Au delà de la publication d'un ouvrage la rédaction d'articles, y compris en ligne, pour
la presse voyage (ou autre) peut apporter quelques rémunérations.
Réussir implique déjà de bien choisir ses sujets, et en premier lieu de traiter ce qu'on connaît ou on ressent le mieux, pas forcément à l'autre bout du monde ou dans un contexte difficile. Il peut être d'ailleurs utile de se spécialiser selon ses envies et de commencer au plus près de chez‑soi, à moindres frais, histoire de se faire la main, de tester ses capacités et voir les réactions, sans oublier bien sûr de demander conseil et de regarder (d'un oeil critique) ce que font les autres. Pas la peine non plus de faire trop long; trois ou quatre feuillets (1 500 signes/page) semblent suffisants dans un premier temps pour démarcher un média.
Si vous partez dans l'idée de faire un reportage, préparez bien votre sujet tant au niveau de sa réalisation que des débouchés médiatiques. Informez‑vous, préparez un planning et rentabilisez votre voyage en prévoyant plusieurs angles d'approche.
Par exemple, la traversée d'un pays à vélo peut induire des articles et photos mettant en avant le moyen de locomotion, les peuples et cultures rencontrées ou une population particulière et ses coutumes, la faune et la flore, les paysages, l'architecture, etc. N'oubliez pas non plus les informations pratiques à recueillir sur place, elles vous feront gagner un temps précieux et éviter de longues recherches lorsqu'on vous demandera en plus une fiche pratique sur le pays. Grâce à cela, vos possibilités de débouchés auprès des médias n'en seront que plus importantes au retour, surtout si vous avez parlé préalablement de vos projets à quelques‑uns. Mais attention, comme partout, il existe aussi des modes (et des piratages) et arriver trop tard avec un article vu et revu ferme beaucoup de portes.
Pour beaucoup de reportages nécessitant des photos, c'est l'image qui reste le plus important; le texte étant fréquemment retouché selon le style du magazine. Ceci dit, connaître justement ce style est un plus que de toute manière on aurait tort de négliger.
A signaler au passage une petite astuce qui s'avère très souvent payante: lorsque vous proposez un reportage à un journal, essayez de présenter celui‑ci dans une mise en page et une forme identiques à ce qu'il serait s'il était publié. Outre le fait d'avoir déjà un travail à peu près calibré, vous donnerez plus de force et d'impact à votre reportage (ça atténuera aussi ses faiblesses), et surprendrez souvent votre interlocuteur qui aura parfois un regard moins critique.
Les médias, et en premier lieu bien sûr la presse voyage, sont très sollicités. Donc, seule la qualité ou le scoop ont généralement des chances d'être retenus et de rapporter quelque argent. Mais on ne doit pas oublier non plus que chaque support dispose déjà d'un lot de journalistes ou de pigistes et travaille souvent avec des agences en matière de photos.
Évitez aussi dans vos recherches de faire une fixation sur la presse nationale à gros tirage. Même si à l'occasion celle‑ci recherche des articles "d'amateurs", il existe aussi de multiples publications locales, associatives, thématiques, d'organismes privés et publics ou à tirages réduits qui, sans pour autant être spécialisées dans le voyage, pourront être intéressées par votre travail. En plus de cela c'est un bon moyen pour se faire la main avant de s'attaquer à autre chose.
A ce sujet les médias régionaux peuvent présenter un bon tremplin à la publication de récits ou de photos. Même si la demande n'est que rarement formulée (à vous aussi de la susciter) elle existe car, de temps à autres, cette presse aime bien faire rêver ses lecteurs en leur présentant des articles de voyage sur des destinations exotiques ou peu fréquentées. Faites plutôt simple mais pas simpliste, dans le descriptif (pas forcément vécu) en évitant de trop choquer tant au niveau du texte que des photos. Les titres ayant leur tirages essentiellement en milieu urbain sont généralement plus difficiles à décrocher que ceux qui traitent du monde rural, et habiter la région est parfois un avantage. Sachez aussi qu'un journal dispose souvent de plusieurs éditions locales.
Enfin, on rappelle qu'il existe aussi des journaux virtuels ou les versions en ligne des médias qu'on aurait tort de ne pas solliciter.
Mais au niveau financier, gare aux illusions! Ainsi, à moins d'être déjà connu, n'espérez pas être payé sur commande, bien au contraire. Car, évidemment, la rémunération est loin d'être toujours au rendez‑vous. Vous n'aurez juste parfois que la satisfaction d'avoir été publié, ce qui peut être déjà un premier pas en attendant mieux.
De toute façon, on aurait tort de croire que plus un journal est connu, plus la rémunération est importante. C'est même parfois le contraire (mais en général ils ne s'en vantent pas! ). Tous ne pratiquent pas en effet le tarif moyen de 45 € le feuillet (1 500 signes) et il assez courant qu'on vous offre pour votre travail un échange de marchandise ou une publicité gratuite si vous disposez d'un bouquin à vendre.
Ne pensez pas non plus arriver à décrocher régulièrement et facilement de nombreux contrats qui plus est très bien rémunérés; la réalité est souvent tout autre. Il faut savoir en effet être patient, et même très patient, car entre deux réussites il peut se passer pas mal de temps. D'où la nécessité si l'on veut réussir de prévoir ses ressources ou tout au moins de trouver un banquier compréhensif. Autant de raisons pour débuter "petit", prudemment et pas forcément dans le domaine du sensationnel et du lointain.
Malgré tout, rien ne vous empêche d'établir un plan d'action et de contacter des supports nombreux et variés. Faites marcher votre imagination pour trouver des débouchés. Utilisez le téléphone, le fax, Internet, faites des mailing personnalisés en indiquant les grandes lignes de votre sujet, en présentant un extrait, en joignant à l'occasion un visuel représentatif. Si les gens ne vous connaissent pas, n'oubliez pas de vous présenter brièvement et ayez un press‑book des travaux déjà publiés. Et puis bien sûr faites des relances, car convaincre demande parfois beaucoup de temps et d'énergie.
Par la suite, lorsque vous avez réussi à caser quelques‑uns de vos travaux, entretenez vos relations, proposez régulièrement d'autres choses. Vous ayant fait confiance une première fois, un même média vous reprendra d'autant plus facilement (du moins si le premier résultat a été satisfaisant). Et si par hasard, vous ne pouvez répondre à une demande, renvoyez systématiquement vers d'autres personnes de votre entourage. Vous aurez tout à y gagner.
Quant à votre statut, sauf si vous arrivez à devenir salarié (de plus en plus rare), vous serez considéré le plus souvent comme travailleur indépendant avec toute la liberté, mais aussi les contraintes, notamment financières, que cela implique. Puis quand vos piges vous feront gagner aux alentours du Smic, vous pourrez alors prétendre au statut de journaliste.
Bien entendu tout cela passera par une communication et une promotion de son travail, voire pourquoi pas de soi même, auprès des professionnels. Quelques conseils valables aussi bien pour un ouvrage que tout autre projet voyage...