Afric'Addict

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VO
Afrique du Sud

Au commencement.

Les formalités préalables au départ se déroulent d'une façon inhabituellement rapide, tant celles liées à la voiture et à l'avitaillement que l'obtention du visa pour le Mozambique auprès du consulat du Cap. Il faut dire qu'édifié par ses rebuffades du précédent départ (une semaine passée sur place, de préparatifs en contretemps, à la mettre en condition), deux semaines avant mon arrivée, j'avais inscrit la case à roulettes au fameux stage de motivation « Go Beyond » de Land Rover. Deux semaines qui n'ont pas été de trop pour l'écouter et la préparer pour un voyage de treize semaines envisagé tout au long des côtes du Mozambique et jusqu'au Malawi puis la Zambie. Trente heures après l'atterrissage, nous sommes prêts à partir, un peu déconcertés que tout aille aussi bien : à quand la première tuile ? Elle n'aura pas tardé ! A huit heures je vois un sac ouvert sur le parking, mon sac ! Pendant la nuit, passée au backpacker où nous avons nos habitudes en début et en fin de voyage, la voiture a été cambriolée par une vitre brisée. A neuf heures la police établit un constat désabusé, à dix heures la vitre est commandée et notre hôte, confus sinon confondu, nous offre une partie du séjour. Nous sommes un samedi et il faudra attendre mardi soir pour partir, vitre changée. Tout le monde a été parfait!

La voiture de location est si moche qu'elle ne peut être sortie que du cerveau d'un styliste bridé (par les contingences économiques, s'entend). Par charité, on en taira la marque (d'autant que cette nation vient de battre l'Afrique du Sud lors d'un match de rugby de la Coupe du Monde et qu'on ne leur cause plus. Sans compter qu'on n'a pas oublié que les mêmes élaborent un whisky à faire passer un Ecossais par toutes les couleurs du tartan).

Une lampée d'Avenir 2012 (Chardonnay, notes florales, etc) est comme la première gorgée de lait, quoiqu'on en ait aucun souvenir, mais elle pourrait tout aussi bien être la dernière. En serait-elle encore meilleure ? Est-il normal de régresser au stade oral lorsqu'on revient aux origines de l'espèce ?

Le lendemain, après une bière artisanale LionHeart, c'est Tiger qui nous accueille dans son ermitage de Mc Gregor. Ce village très ancien fut un des premiers établis par les colons s'éloignant du Cap et, comme souvent, la rue principale est nommée Voortrekker (le nom des pionniers) et se termine par une piste en cul-de-sac face à la montagne.

L'institution dominicale est tenue par un couple de quinquas, gay et cordial, en rupture du Cap et dignes fils de Cecil Rhodes, en moins téméraires. Comme il faut décidément que ces blancs mettent à part, et faute de pouvoir le faire désormais avec les noirs, ce sont les fumeurs qui trinquent et qu'on parque dans un enclos végétalcerné d'effluves florales capiteuses, un vice censé couvrir l'autre. Une femme, millésime 1930, descend d'une fourgonnette siglée du nom d'un domaine viticole de la vallée (est-ce son Chenin blanc dans nos verres?). Noueuse comme un cep et guère plus haute, nez crochu, les mains comme des serres et une longue crinière de neige frisée au fer, elle gravit les marches qui conduisent au restaurant où elle est accueillie comme une hôte de marque : elle est la maman d'un des restaurateurs à qui elle apporte un panier bleu, comme un secret.

Dans l'Overberg, c'est la fashion week et les défilés sont jonchés de fleurs multicolores, plus Kenzo que Karl, tandis qu'au débouché des vallées, dans les champs bataves, d'autres fleurs mouvantes s'affairent autour d'arbres fruitiers contraints en espalier: bonnets roses, tuniques bleues, foulards jaunes, en autant de variations qu'il y a de petites mains.

La suite du tour de chauffe nous emmène saluer les baleines batifolantes d'Hermanus et les pingouins facétieux de Betty's Bay, fait halte dans un manoir de Gordon's Bay dont la girouette est une baleine harponnée au faîtage, et se termine au garage : la bête est prête. 3, 2, 1... Go ! (beyond). GOG (Good Old Grahamstown)

La déprise des Anglais n'est pas achevée et la ville est cotonnée dans un fog qui rassure la cathédrale anglicane et les façades victoriennes. Dans les faubourgs nord, des vaches maigres divaguent parmi le bric-à-brac de constructions légères et les épaves de pick-up désossées, dans une constellation d'ordures. Elles broutent une Voie Lactée déchue (pots de yaourt ou de fromage frais, bouteilles de lait) et on accusera leurs pets de crever l'ozone alors qu'elles ne font que crever les bulles de plastique de la zone humaine; émissives, oui, émissaires, non ! Un enfant, sanglé dans un anorak bleu glacier, s'agrippe aux hardes d'un vieillard grunge pour traverser la route.

Un Paradis ?

Dans la rivière, des dizaines d'enfants frétillent en bancs, mais on peut aussi taquiner la truite dans la Bell River. On se tient aux pieds du sud Lesotho, un cavalier noir, à cru, remonte la rue principale au galop, fendant un troupeau de moutons qui la traversait. Au plus près de l'eau, les quelques rues en terre du village historique sont bordées de jolis cottages sans clôtures, dont beaucoup sont devenus des guesthouses et, attenant sur la colline, s'il y a bien un township, c'est comme un township de campagne (il n'y a pas de mot pour le dire, autre que location). Les rues sont pavées et les lots sont assez grands pour que des enclos à volaille, à moutons et à chevaux jouxtent les constructions d'infortune Un mariage, venu de loin, se tient sur le parvis de l'église réformée où on nous invite avec force gestes et sourires le seul hôtel de la petite ville moribonde, édifié au dix-neuvième siècle, est à vendre l'extrême gentillesse de l'artiste qui nous offre un thé est comme le sucre-glace de ses gâteaux. Nous passons la nuit dans une chambre du pub local installé dans une école désaffectée et classée monument historique. Une heure avant la tombée du jour, les pick-up et les motos tout-terrain (le goudron s'est arrêté à quatre-vingt kilomètres d'ici) commencent à arriver pour le rituel braai du samedi soir. Tout ce que l'alpage compte de fermiers s'est donné rendez-vous sous mes fenêtres : autant nous joindre à eux.

… Ou un enfer ?

En plus du braai hebdomadaire, ce soir il y a match, match de rugby ! Et devinez qui joue ? l'Afrique du Sud ! Contre Samoa, une occasion de laver l'affront nippon. Le pub est plein comme un stade, une bonne moitié des spectateurs (soit la totalité des hommes) ne déparerait pas dans le pack sud-africain. Ils font le match physiquement, comme s'ils étaient sur le terrain, han, ouch, hop (traduit de l'afrikaans) quand le ballon fuse de mains en mains, mais en beaucoup plus bruyants -où est l'arbitre?-, j'ai perdu la moitié de l'audition ce soir. Leurs filles de vingt ans, belles comme savent l'être les slaves, sont au premier rang (faute de night-club?) tandis qu'un colosse de Rhodes attise un alignement de braises qui tiendrait à peine entre deux poteaux et qu'on apaisera de viandes, dix minutes avant la fin du temps réglementaire. A 22-6, essai marqué avec élégance par un joueur sud-africain métis (ils ont aussi une espèce de Chabal), d'une bourrade, mon voisin me décolle la plèvre. J'hésite à demander réparation à la tenancière qui m'a tout l'air d'une ex-championne de catch. Demain, nous quitterons cette vallée par le plus haut col d'Afrique du Sud.

Gorges

Mavis, haute comme trois mangues et également ronde, est coiffée d'une perruque raide moirée. Son sourire est irrésistible mais je résiste à son offre de dessert. Elle officie à l'Oribi Gorge Hotel qui hésite entre mauvais goût et charme (vus de la maison). La construction est de béton imitant la pierre locale mais, alors que chaque pierre devrait être différente de l'autre, on fait face à un copié-collé à l'infini. La réceptionniste, moulée à la louche, se rengorge lorsqu'elle traverse le lobby, le maître d'hôtel file sur ses escarpins vernis et le barman est à la fois pro et friendly (la classe internationale). Une famille indienne locale, quatre générations attablées, qui insuffle un cérémonial à la salle un jeune couple métis, d'ascendances cosmopolites un autre, plus âgé, de blancs qui rêvent de France deux blancs-becs qui se bécotent, insouciants de l'intendance et nous, voilà toute l'assemblée. La chambre est vaste mais qui a conçu la salle de bains ne doit jamais en prendre : allongé, on a la tête dans les robinets et la pomme de douche qui goutte (le supplice éponyme) sur le crâne. Lorsqu'elle se vide, la baignoire dégorge dans le lavabo. Au matin, l'Oribi Gorge est voilée mais pas assez pour cacher le désastre. Une compagnie de divertissements a installé des agrès, saut à l'élastique, pont suspendu et une vaste fabrique de ciment occupe le fond de la vallée.

Océans

Vus de leurs rivages, l'Indien et l'Atlantique ont en commun d'être des briseurs de grèves, les battant sans relâche, ressac ressassé, stakhanovistes de la vague écumant d'impuissance. Sur la Dolphin Coast, des kilomètres de côtes sauvages au pays zoulou, un simple panneau vous rappelle qu'il n'y a pas de filet anti-requins et que vous vous baignez sous votre entière responsabilité. J'ai bien fait d'oublier mon costume de bains, ce n'est pas un coin pour les pingouins.

Où sommes-nous Tembe ?

A l'entrée de la réserve, un cerbère mutique nous délivre des tickets et, par ondulation mambesques du bras, nous indique comment gagner le lodge de Tembe Elephant Reserve. Nous méconnaissons le langage des serpents, le plan multi-polycopié est illisible et sans échelle et la signalétique réduite : il nous faudra une demi-heure pour trouver le havre situé à deux kilomètres de l'entrée. Pour demeurer ici, il aurait fallu réserver à Durban, à cinq cent kilomètres de là, il n'y a pas de possibilité de camper et les installations, réputées luxueuses et chères en conséquence, sont moyennement tenues en regard des prétentions. De toute évidence, les voyageurs indépendants et imprévoyants ne sont pas les bienvenus. Cela tombe bien, nous n'avons aucune envie de rester après une virée par les pistes sablonneuses où nous rencontrons les soi-disant plus grands éléphants d'Afrique (et donc du monde). De toutes façons, un éléphant c'est grand et lourd, alors qu'il pèse sept tonnes au lieu de six ne change rien à l'affaire, d'autant que ce n'est pas la taille qui compte mais la vitalité. Et les éléphants de Tembe sont mous. Il y a aussi des Nyalas (beaucoup) dont la femelle est sans doute la moins gracieuse des antilopes africaines : croupe en dedans, échine arrondie, encolure plongeante et déplacement lourd. Un peu plus tard, à l'entrée de Kosi Bay, une garde-barrière enjouée nous explique que la réception est fermée mais que nous n'avons qu'à choisir un emplacement ou un chalet, que les gardiens nous donneront les clefs et qu'on verra demain. Demain nous entrons au Mozambique par Ponta do Ouro.
VO
Mozambique

Maputo, le jour et la nuit.

Un ferry épuisé, qui peinera à détacher du quai la partie fixe du tablier d'accès qui s'y est fichée sous la charge, nous exfiltre de la populeuse Catembe vers la capitale qu'on embrasse largement et, au-delà, la perspective des trois mille kilomètres de côte que nous suivrons jusqu'au nord du pays. Dans la baie croisent en outre, des cargos, des unités de pêche industrielle, des vedettes rapides et des dhows minuscules aux voiles en bâche plastique noire (se prennent-ils pour des corsaires?). Sur le ferry, des vendeurs de tout et de rien ( mais ici le tout se résume parfois à rien) passent de ponts en coursives.

Clara et Oliver résident dans le quartier diplomatique, entre l'Ambassade de la République de Corée et la Délégation de la Fédération de Russie mais ils ne sont pas en Chine, quoique. Une maison voisine est occupée par une dizaine d'ingénieurs chinois qui s'adonnent, deux fois par semaine, à un karaoké lugubre jusqu'à la moitié de la nuit qu'ils retiennent. Dans la rue, chaque porte est gardée jour et nuit par une armée de vigiles qui se regroupent parfois autour de téléviseurs posés sur des tables de camping. Qui rendra justice aux voleurs pour leur contribution à la création d'emplois et à la croissance du PIB ?

Dans le quartier du port on marche dans des rues sales, évitant difficilement les détritus en décomposition dont les effluves se mêlent à celle de la cuisine confectionnée sur les trottoirs, en quête du Teatro Avenida cher à Henning Mankell (le reverra-t-il?), dont il s'occupait et où se situe l'action d'un de ses romans. Toute la matinée, la ville est sans électricité et une gardienne étonnée nous autorise à visiter une salle plongée dans la pénombre, sombre présage. PS. Nous marchions dans Maputo le premier octobre et apprenons le décès de Mankell le cinq. Ils ne sont pas si nombreux les auteurs au visage pâle, hormis les sud-africains, à évoquer les noirs d'abord comme leur alter ego.

Vogue

De l'autre côté de la barrière de bambou qui sépare nos mondes, une flottille de femmes croise sur la plage, des bassines multicolores sur la tête. Assis, on ne voit que les bassines comme posées sur l'océan, tanguant et roulant au rythme des marches chaloupées. Deux façons de mettre à l'eau, deux façons de vivre : six hommes agrippent les bordées et glissent le dhow sur le sable ; un 4x4 blanc accroche la proue du semi-rigide et décrit un large cercle dans l'eau pour l'amener de face.

Marnage

Tout voyage comporte ses moments de galères, ses jours où on rame, et cette fois on est encalminé sur le rivage de l'Océan Indien. Au point du jour à cinq heures, on grenouille ou on crawle avant un petit-déjeuner qui apporte, à lui seul, les calories suffisantes pour la journée d'un adulte inactif, journée qui s'écoule au rythme lent de petites marées. Il faut manger des poissons crus à peine arrachés à l'onde, dont on vous sert des portions incongrues et je crains qu'à poursuivre ce régime il me pousse des nageoires. Entre deux, on collecte et on gobe des coquillages. Les vendeurs de rue tiennent dans leur paume des crevettes géantes et les animent en douce, comme on le fait d'une souris de chiffon pour les enfants. La mer a une maladie de peau avec des zones plus claires, les falaises de sable enflammées de l'Archipel de Bazaruto plongent dans l'océan, comme pour apaiser la brûlure. Fondu devant la beauté, liquéfié par la chaleur, fasciné par le ballet des dhows, on écluse des bières pour préserver l'étiage. La langueur du service, le vol lent des pélicans, l'oscillation du hamac, le temps s'immobilise. Le corps, en manque des vibrations de la piste, s'abandonne au massage dans une paillote de plage et on contraint les bras, habitués au diamètre du volant, à se resserrer sur le clavier ou à tenir un livre sans trembler.

Massage

La table a les pieds dans l'océan et la masseuse, noire tout de blanc vêtue, de l'eau au genou. Elle me demande si je le veux soft, medium ou hard : courageux mais pas téméraire, j'opte pour medium. Bien m'en a pris, elle me luxe une cheville et me fêle la clavicule gauche. Par le trou ménagé pour la tête j'ai le regard dans l'eau et, tout à coup, passe une raie manta (le soleil cogne, elle ne m'a pas encore massé la crâne mais je ne perds rien pour attendre). Je regagne le sable ferme en crabe, huileux comme un loukoum, le sable s'y colle et me voilà crumble.

Gorongoza

Je ne vais pas en faire un fromage mais le Parque da Gorongoza, c'est pas ça. Le camping minuscule est à l'abandon et adossé à des installations bureaucratiques pléthoriques délabrées, la partie accessible du parc est inférieure à 20% de sa superficie et surtout, il n'est pas possible d'y conduire soi-même. Il semble que la priorité du management (américain, si j'ai bien compris) soit la conservation. Dès potron-minet, nous voilà donc livrés pour trois heures à un chauffeur-guide irlandais qui, cinq cent mètres après le départ, nous immobilise un quart d'heure devant un faon de Red Hartebeest et y va de son histoire, comme quoi cette espèce d'antilope aurait cette particularité de laisser aux faons une certaine autonomie dans le bush (et de leur livrer la tétée par drone?). Arrive la mère : c'est pas bientôt fini ces diffamations ? Nous progressons d'un kilomètre et nous voilà collés à une colonne de fourmi ; puis ce sera un oiseau (un rollier, d'accord, mais c'est quand même commun) et des empreintes de mangouste; à ce stade, si on tombe sur un éléphant, c'est la fin du safari. Le parc est très sec. Les points d'eau naturels sont au stade peau de crocodile et il n'y en a pas d'artificiels : les animaux se sont repliés vers ce qui reste du lac central... inaccessible aux touristes. Pas un Big5, pas un félin ni une girafe, pas d'hippo, nada !

Vénus

C'est à la fois une guesthouse, un bar-restaurant et un salon de beauté. La meilleure adresse de la ville, ce que confirmera l'arrivée d'un 4x4 blanc de l'Unicef. Pour une fois, la lenteur est officialisée, voire revendiquée : le serveur nous pointe la mention sur le menu qui annonce quarante-cinq minutes d'attente pour une salade et un steak alors que nous sommes les seuls clients. La voiture est stationnée juste devant l'entrée de l'institution et les passantes se mirent dans les vitres teintées. Je propose à la Vénus en chef (la Vénus assistante dort de tout son long dans le canapé de l'accueil) de poser des vitres déformantes sur la voiture si elle m'intéresse au chiffre d'affaires du salon de beauté.

Les rouges et les blancs

Pour fêter l'indépendance du pays du Portugal, en 1974, les mozambicains n'ont pas trouvé mieux que de s'engager dans une guerre civile d'une vingtaine d'années. Depuis, il y a de loin en loin des regains de tension comme la semaine passée où les forces gouvernementales (les rouges) auraient tendu une embuscade au convoi du chef d l'opposition (les blancs). Bilan : 20 morts, ça c'est du débat politique ! Il y a peu, il fallait traverser le centre du pays sous escorte mais cette fois on circule librement. La police et l'armée ne sont pas plus présentes qu'à l'accoutumée et les douaniers volants ont toujours aussi soif. Nous faisons une pause dans une clairière où flotte le drapeau de la Renamo (les blancs) et les arbres sont placardés à l'effigie du chef. Arrivent trois vélos transportant cinq adolescents de retour de l'école, dont une porte dans le dos son bébé de trois mois (le petit est précoce). Une des bicyclettes est transformée en vélo-citerne, les sacoches remplacées par des bidons de vingt-cinq litres d'eau. Mourinho connaît trois mots de français et la compagnie s'esclaffe de nos tentatives de dialogue.

Les carrières des pauvres

En bordure de la route du nord, les enfants carriers alignent des tas de moellons et de graviers de différents calibres concassés au marteau. Des éleveurs agitent à bout de bras des volailles vivantes aux plumes hérissées, d'autres (ou bien sont-ce des chasseurs, tant les gigots semblent rebondis pour être de chèvres) des pièces de viandes boucanées et fumées. Des maraîchers empilent artistiquement tomates, aulx et oignons. Des revendeurs siphonnent l'essence au litre à l'enseigne du Bidon Jaune. Les briquetiers empilent les briques crues de façon à laisser circuler l'air chaud du feu qu'ils allument aux fondations de l'édifice. Des cultivateurs brandissent des resses d'arachides et parfois des tiges de canne. Des distillateurs vendent sans taxes un alcool épais de couleur brune, des quincailliers des casseroles étamées, des cuisinières des fritures. C'est un supermarché en ligne et en plein-air.

Les hippos du Zambèze

Immédiatement après le pont de plus de deux kilomètres qui enjambe le Zambèze, s'annonce un lodge inespéré. Le camping est relégué assez loin dans les bois et c'est du restaurant qu'on profite du coucher du soleil au-dessus du fleuve. S'éternise à table une journée de formation de l'antenne provinciale du Ministère de l'Education, dames en tailleur, perchées, messieurs en chemises ajustées à des estomacs florissants. Les révolutionnaires, seigneurs (saigneurs) d'un peuple d'ignorants se sont embourgeoisés. En regard des reliefs de leur déjeuner, un poisson du fleuve grillé et un ragoût de chèvre font figure de plat du pauvre.

Île

Autrefois reine du pays, au pouvoir sans partage ni limites, désormais lépreuse jaune décati, couverte de tâches de vieillesse, ce qui n'est pas effondré étant de guingois, mais le charme intact malgré les années de fards et de faste, la bonne fée Unesco lui offre l'éternité. Ilha de Moçambique ressemble à une ville bombardée, il y a autant de moellons entassés que maçonnés et ses nouveaux habitants ont reconstruit des villages africains dans les cours des palais abandonnés de la première capitale du Mozambique portugais. D'autres occupent les macutis précaires de l'ancien cantonnement inondable des esclaves. Ilha de Moçambique, alanguie et indolente, désormais sinistrée et surpeuplée (7500 hab./km2 sur une seul niveau) illustre un rêve impossible. Un 4X4 de la FAO (mission accomplie, ses occupants sont bien nourris), une équipe de mozambicaines vêtues de T-shirt d'une organisation de lutte contre le paludisme qui distribue des moustiquaires aux familles et séjourne dans la plus jolie guesthouse de l'île (comme des moustiquaires y sont déjà installées, cela économise le stock) nous rappellent l'extrême dépendance du pays à l'aide internationale. En nage dans la touffeur de la nuit Moçambique, j'écoute la plainte des milliers d'esclaves qui transitèrent par cette île, digne Soeur de la Côte de Goa et de Gorée.

Activités aquatiques

Dans la baie qui sépare l'île du continent, c'est la Mozambica's Cup, le dhow jaune, mieux toilé au près serré, réduit son retard sur le dhow rouge et arrivé à sa hauteur lui coupe le vent. La voile rouge faseille puis, bordée serrée s'accroche. Mais ce n'est que la bouée virée et dhow au vent qu'il donnera toute sa mesure. Des pêcheurs à pieds, de l'eau à la poitrine, impulsent des mouvements secs aux lignes qu'ils traînent, tendent et détendent. C'est comme s'ils jouaient de la guitare ou qu'ils dansaient. Dans un sac, accroché au cou et qui repose sur la poitrine, ils jettent leurs prises palpitantes et leur coeur bat plus fort. Quand l'océan se retire, femmes et enfants griffent la grève en quête de coquillages que les petites filles cuiront et vendront dans les rues, offerts dans un plateau porté sur la tête. Des pirogues rapides jettent des filets au large et ramènent des prises qu'on retrouvera le soir en carpaccios. Et les rares touristes bullent dans l'océan indien.
VO
Ilha de Moçambique
PE
Ah ben quand même ....l'est pas mort !
Qui boit l'eau d'une terre étrangère doit en suivre les coutumes (proverbe Mongol)
KO
Un titre comme un palimpseste qui en laisse entrevoir d'autres...

Cette terre lointaine qui n'est chaque fois ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, t'impose donc un cinquième récit : une histoire familière dont il faut renouveler les couleurs, alors...

Africa dicte... des mots plutôt que des images, les bruits de la ville et des vies singulières. Des saveurs sans le contenu des assiettes, des animaux qui ne soient ni des trophées ni un palmarès à exhiber.

Afrique a dit... les yeux ouverts sur autre chose que l'instant décisif, même et surtout si la vie déborde du cadre.

(A suivre...)
AT
Ô Dolma, pardonne à une pauvre vfiste égarée de troubler la sérénité du Carnet de Voyou mais je ne peux m'empêcher de demander...

Je regagne le sable ferme en crabe, huileux comme un loukoum, le sable s'y colle et me voilà crumble.

.. si de ceci, il existe une photo ?
PE
Ô Dolma, pardonne à une pauvre vfiste égarée de troubler la sérénité du Carnet de Voyou mais je ne peux m'empêcher de demander...

Je regagne le sable, ferme en crabe, huileux comme un loukoum, le sable s'y colle et me voilà crumble.

.. si de ceci, il existe une photo ?

Dit Kola , il n'y a pas que le titre de palimpseste .....( pénibles finalement ces logiciels ) Pardonne moi Attila , mais bon ...une photo c'est bien nécessaire ???
Qui boit l'eau d'une terre étrangère doit en suivre les coutumes (proverbe Mongol)
KO
Pardonne moi Attila, mais bon...une photo c'est bien nécessaire ???

Je t'en prie ne soit pas farouche, quand lui vient l'eau à la bouche...
PE
Décidément, t'es fan du poète disparu
Qui boit l'eau d'une terre étrangère doit en suivre les coutumes (proverbe Mongol)
AT
Un crumble à l'anis ?
MU
Quel bonheur de te retrouver (enfin!) pour cette virée en Afrique australe et même plus loin [:)].

Comme je suis (presque) aussi terre à terre qu'Attila, j'adhère () à sa demande de photo .

Muriel
Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis (Saint Exupéry)
DO
Hello Attila

Tes amis et toi peuvent "troubler la sérénité" de ce carnet autant qu'il vous plaira : je le lis ailleurs [:P]...

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
KO
Coucou... Tu le lis en avant-première exclusive ? [:)]
RJ
Ah voilà un carnet qui se lit sans photo ... ça change, mais bon dès fois on aimerait bien en voir aussi .... un peu comme moi quand je mets des mots dans mon carnet
"Je suis africain, non pas parce que je suis né en Afrique, mais parce que l'Afrique est née en moi." Kwame Nkrumah.

"J'ai appris que le courage n'est pas l'absence de peur, mais la capacité de la vaincre." Nelson Mandela

https://www.en-voyages.fr
MA
Bonjour,

Un texte fort intéressant comme d'hab [;)]

Je plussoie, sans grand espoir, à la demande de qqs illustrations
KA
Je suis là moi aussi [:)] Mais je n'ai pas encore lu, je découvre... A bientôt !
Mes photos sur Flickr: https://www.flickr.com/photos/153304262@N05/albums "Le Temps nous égare. Le Temps nous étreint. Le Temps nous est gare. Le Temps nous est train".
LA
Toujours autant de bonheur à te lire.... J'ai l'impression de me promener dans une galerie de tableaux, où les mots remplacent les peintures.

Mais une question : y a t'il beaucoup de touristes au Mozambique ? On n'entend pas souvent parler de ce pays comme destination.
" Nous ne saurons jamais tout le bien qu'un simple sourire peut être capable de faire." Mère Teresa
EM
Comme toujours tu nous embarques dès les premiers mots ... Tu es notre Henning Mankell à nous [;)]
Emma

http://www.manuetjc-tribulations.com
AI
Un titre comme un palimpseste qui en laisse entrevoir d'autres...

Cette terre lointaine qui n'est chaque fois ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, t'impose donc un cinquième récit : une histoire familière dont il faut renouveler les couleurs, alors...

Africa dicte... des mots plutôt que des images, les bruits de la ville et des vies singulières. Des saveurs sans le contenu des assiettes, des animaux qui ne soient ni des trophées ni un palmarès à exhiber.

Afrique a dit... les yeux ouverts sur autre chose que l'instant décisif, même et surtout si la vie déborde du cadre.

(A suivre...)

Oui et pis aussi y'a la fric a dicte où c'est qu'on peut n'aller, passque si t'as pas la fric ben tu peux pas n'y aller, et ça c'est moi qui l'dicte ! En gros, y'a pus qu'à les yeux pour pleurer...et le palimpsete pour se moucher dedans que je dicte.... moi...

(ça va pas m'aider à avancer mon carnet à moi ce palimpseste là...[:/])
Erwan La vie est belle ! La vie est belle ! Je me tue à vous le dire disait la fleur. Et elle meurt ( J.Prévert)
AI
Et les rares touristes bullent dans l'océan indien.

.. regardant passer des raies mantas par le trou du siège de massage en pensant au cours du dhow jones qui n'en finit pas d'onduler.

De l'autre côté de la barrière de bambou qui sépare nos mondes, une flottille de femmes croise sur la plage, des bassines multicolores sur la tête. Assis, on ne voit que les bassines comme posées sur l'océan, tanguant et roulant au rythme des marches chaloupées.

Clic clac : c'est dans la boite !
Erwan La vie est belle ! La vie est belle ! Je me tue à vous le dire disait la fleur. Et elle meurt ( J.Prévert)
MA
Chouette, chouette chouette, une nouvelle histoire qui commence [:)] [:)] [:)]
https://apprentisvoyageurs.com
VO
Kola, avec Mama Africa c'est une histoire d'amour mais pas d'inceste.

Perju t'en as, hein !

Attila, Muriel, il n'y a pas de photos du loukoum (ou alors d'une collection privée) mais je vous donne (en exclusivité) la recette du loukoum sablé : prendre une bonne pâte, l'assouplir à la main (éviter le rouleau à pâtisserie), veillez à ce qu'elle ne lève pas trop vite... -Mon loukoum ? -Ouiii (je crois qu'on m'appelle).

Dolma, tu observeras que je réponds en un seul message pour ne pas te perdre.

Régis, Madi, lorsque j'aurai une connexion qui le permettra, je posterai quelques photos.

Kate as-tu lu ?

LacaYo, le galeriste te remercie; à part les sud-africains il y a peu de touristes internationaux au Mozambique et en dehors de quelques lieux (Tofo, Vilankulo, Gorongosa et Ilha de Moçambique) il n'y en a pas du tout (et donc aucune infrastructure dédiée).

Emma me manque, elle, et AirOne confirme qu'il a bien deux yeux.

Max, trois fois merci !
PE
Perju t'en as, hein !

heu ??? tu peux préciser ....je suis un peu largué [:/]
Qui boit l'eau d'une terre étrangère doit en suivre les coutumes (proverbe Mongol)
AI
Perju t'en as, hein !

heu ??? tu peux préciser ....je suis un peu largué [:/]

Ben comme pour moi : deux yeux...pour pleurer...[:/] À moins qu'il n'ait voulu parler des photos ? Ou, alors d'une paire de c...
Erwan La vie est belle ! La vie est belle ! Je me tue à vous le dire disait la fleur. Et elle meurt ( J.Prévert)
AT
c ... ?

Cornes de gazelles ?

C'est une vraie pâtisserie orientale ce carnet ! (J' hésite quand même à mettre le petit bonhomme jaune qui tire la langue. ..)
MI
Salut !

Content de te lire !

Pour le Gorongoza...

Les ravages des années de guerre civile ont exterminé les animaux.

Un riche américain a effectivement pris en concession pour une 40aine d'années le dit parc. Avec comme mission qu'il s'est donné de le faire revivre... Dur labeur ! Lent labeur !

Le sus-nommé américain ne fait pas celà pour l'argent...il en a déjà tellement.

Louons son courage même si aujourd'hui ce n'est que le début d'une renaissance.

Bonne route.
michel85200
VO
Mozambique

Une vie de pont

Aux marches de la Vallée du grand rift nous décidons d'aborder le Namuli, second massif le plus élevé du pays, par la face nord réputée la plus difficile. La piste eut son heure de gloire mais elle est désormais négligée et personne n'a rapporté les ponts emportés par les crues. Les ouvrages de pierre et de béton sont encore là mais déconnectés de la terre et il faut franchir les rivières sur des passerelles de bois précaires et craquantes ou à gué. Les enfants et les adolescents s'enfuient à l'approche de la voiture tandis que les hommes, impassibles mais attentifs, n'attendent qu'un geste pour le retourner joyeusement et que les femmes vous paient de votre sourire au centuple. On maudit le soleil impitoyable et les latitudes lénifiantes, la voiture noire est rouge de latérite et ses occupants des peaux-rouges. Comme nous, le jour décline et nous demandons asile dans un village. C'est possible, peut-être, certainement, mais il faut l'accord d'on ne comprend pas qui. Un homme enfourche sa mobylette en quête du sésame mais ne revient pas alors que la nuit, elle, arrive. Confondus en excuses et en remerciements (mais sans regrets, l'ex-futur voisin s'étant équipé de cette calamité de panneaux solaires portatifs qui alimentent des radios-tue-tête), nous quittons l'attroupement d'une trentaine de personnes, surgies on ne sait d'où, qui attendent le résultat des courses en commentant l'événement. La piste s'engage sur un pont en pierre qui se termine... dans la rivière, cinq mètres en contrebas (il n'y avait ni signalisation, ni même un arbre couché signalant le danger ceux qui passent là sont censés savoir). Machine arrière et franchissement à gué, aux phares: pas de court-circuit, c'est bon ! Nous établissons le bivouac sur le domaine public au milieu de la route qui menait au pont, bruit de cascades et grenouilles en prime. La nuit je lis l'excellent Naissance d'un pont de Maylis de Kerangal, virtuose de la virgule et de l'essoufflement du lecteur : il y a un monde entre son pont et le nôtre. Le soleil est encore derrière la montagne que la rivière est déjà en activité, lavoir et salle de bains où ça papote gaiement sur ce drôle de scarabée qui joue les escargots sa maison sur le dos. Quels martiens vont donc en sortir ?

Un thé à Gurué

De ce qui fut les plus vastes plantations de thé de l'hémisphère sud, que reste-t-il ? Les plantations parmi les plus au sud du continent, maigre consolation ! Des collines couvertes de plants sans vitalité, quelques séchoirs rongés d'humidité. Pourtant, le climat et l'altitude sont inchangés. Le départ de certains opérateurs au moment de l'indépendance, le non renouvellement des plants, l'absence d'investissements et, sans doute, un marché plus concurrentiel ont eu raison de la principale activité de la région. C'est difficile à admettre et à comprendre mais les africains se révèlent peu doués pour les cultures autres que vivrières. Des grappes d'hommes désoeuvrés hantent les allées des plantations, sourds aux demandes de soins des plantes. Ils ont mis le feu à certaines parcelles de thé entourant la maison du pasteur qui nous accepte dans son vaste jardin brûlé à la périphérie (l'écobuage a bon dos et dans le nord, des lits des rivières aux sommets des montagnes en passant par les plantations d'eucalyptus, partout le sol est calciné) et ils font de petits fagots des branches de théiers dont ils ne laissent que les souches. Si l'ambition était de convertir la plantation au thé fumé, c'est cramé ! Les frangipaniers, les flamboyants et les jacarandas fleurissent. Les avocatiers, les papayers et les manguiers sont déjà mûrs. Le pasteur a retrouvé l'Eden. Eve dit que la papaye cuite au feu sauvage a un goût caramélisé les litchis ne sont pas mûrs et je ne vois nulle trace de pommier mais il faut que je l'ai à l'oeil.

Avec le temps

Hans est un autrichien arrivé à Gurué il y a dix-huit ans en tant que missionnaire quasi-quinquagénaire puis, tombé sous le charme d'une paroissienne (ce n'est pas très catholique) y est demeuré comme mari et père et s'est fait hôtelier-restaurateur-épicier pour nourrir sa famille. Il se désole d'assister au délitement de l'économie rurale au profit d'une économie marchande des bricoles mondiales. Ses enfants étudient en Autriche, sa femme refuse de quitter le Mozambique et pointent des problèmes de santé. Il n'a plus le feu sacré, il a perdu la foi. Nous suivons dans la rue un porteur de quatre caisses de soda empilées sur la tête, nuque droite mais genoux fléchis et tremblants. On n'ose imaginer ce qui lui arriverait si la charge venait à verser : il n'y a pas si longtemps, on marquait au fer rouge le front des bergers perdant du bétail.

Gurué , capitale mondiale de l'écologie.

Ce n'est pas une affirmation à la légère, examinons les faits pour cette agglomération de cent mille habitants. 1- Production : faible et décroissante (ça va devenir insoutenable économiquement mais c'est un autre sujet). 2- Infrastructures et équipements publics : une dizaine de rues à demi éclairées dont la moitié goudronnées et un unique rond-point, pas de piscine, de patinoire, de médiathèque ni aucune chose de cette sorte 3- Des transports optimisés : peu de voitures particulières, des transports collectifs exclusivement privés qui ne s'ébranlent que lorsqu'ils sont bondés, des milliers de bicyclettes et des dizaines de milliers de piétons. Une des deux stations de carburant a fermé ses pompes et des vendeurs de patates occupent les pistes (en attente de l'unité de transformation en bio-carburant?). 4- Habitat : soit de briques extraites puis façonnées sur place à la main et cuites au bois local approché à dos de femmes, soit entièrement végétal. Pas de chauffage ni de climatisation, très rarement l'eau courante et l'électricité. 5- Alimentation : presque exclusivement végétale, apports inférieurs à 1500Kcal/j. Je me demande si en décembre ils enverront des délégués à Paris. On doit considérer qu'ils sont bons pour « agir local » mais pas pour « penser global ».

Malawi

Bienvenue en Ubuwi

Un jeune policier nous explique que, depuis le début de ce mois, il n'est plus délivré de visa au minuscule poste frontière de Entre Lagos et qu'il faut se rendre au service de l'immigration à Zomba, à cent kilomètres d'ici. Il n'y a pas non plus de bureau où souscrire l'assurance obligatoire permettant de circuler sur les routes de ce confetti. Cependant, il a les solutions : il va nous délivrer un visa temporaire de trois jours et nous prendrons également l'assurance à Zomba, ancienne capitale du Malawi réputée en son temps plus belle capitale de l'Empire Britannique. Nous sommes emballés. Au moment de remplir le sésame provisoire il se penche vers nous -ses dents rayent le comptoir- et marmonne une histoire de sous. Je fais le sourd. Il insiste, ses collègues l'appuient, je me fâche et menace de retourner au Mozambique. Non, non, restez, on va s'arranger. Je sors, ma Co prend la situation en main, réalise qu'il faudra y passer et obtient de payer 10 000 kwachas (env. 16€) au lieu du double réclamé. Bien entendu, il n'est pas en mesure d'établir un reçu j'embrouille la police des frontières sur le change en payant en rands sud-africains, ce qu'il accepte faute de changeur sur place, et lui verse 25 rands au lieu des 250 au taux en cours. Nous filons à la douane, bureau mitoyen, nous acquitter de la taxe d'importation temporaire de la voiture, ça traîne un peu et revoilà mon policier qui suggère, embarrassé, qu'il y aurait erreur. Ah bon ? Ce qui devait arriver arriva : au premier barrage de police on se propose de nous verbaliser pour défaut d'assurance. Refusant d'entendre nos explications sur les lacunes de leur système. Le policier établit la contravention (10 000, ils aiment les chiffres ronds) et nous la tend. Je demande à voir le chef de poste (j'irai jusqu'au général s'il le faut), le gamin me prend au mot et nous voilà face à un colosse, la badine sous le bras. Je reste en retrait, ma Co opère et obtient l'annulation de l'amende. Au second contrôle (20 kilomètres plus loin), ils remettent ça et il n'y a pas de chef. Nous acceptons de payer une amende de 5000 kwachas avec un reçu dont on nous assure qu'il servira de sauf-conduit jusqu'à Zomba. Les services de l'immigration de Zomba sont logés dans un ancien édifice datant de la colonisation et gardés par un planton qui scrute nos passeports, pose quelques questions, propose d'acheter ma voiture (t'as qu'à la confisquer mon gars!) et nous conduit au bureau du chef (nous verrons bientôt que ce n'est qu'un sous-chef). Le type est à l'image de son pays, tout en longueur et langueur. Nous savons qu'ils n'acceptent que des dollars américains (quelle drôle d'idée, si ce n'est pour obtenir une devise forte à bon compte), mais n'avons que des euros et des rands nous sommes un samedi, il est dix heures, dans deux heures tout le pays ferme et je lui propose un taux avantageux. Il vérifie dans son journal (caché sous la Bible), est tenté d'accepter puis se ravise : nous devons aller changer dans une banque et il nous rappelle que ses bureaux ferment à midi. Première banque, pas de dollars la deuxième banque accepte de changer les euros contre des kwachas (merci bien, les ATM c'est fait pour qui?) mais pas des dollars la troisième banque nous sauve. Pendant que l'une braquait les banques, l'autre se faisait étriller par un assureur. Il est 11:05, retour dans les bureaux du sous-chef qui pose sa Bible et commence à remplir des documents tandis que nous en noircissons d'autres, sort un encreur sec, recherche de l'encre et tamponne à tout va, sauf le passeport. Au moment de rassembler ses liasses, catastrophe, les visas temporaires se sont envolés, littéralement puisqu'on les retrouve sur le sol du bureau adjacent. Le mec chantonne, j'hésite à faire les chœurs, et nous enjoint de le suivre vers un autre bureau, celui du chef (dont on espère que c'est le bon). C'est une pièce cubique minuscule que la rondeur du gradé emplit tout entier. Danse de tampons, festival de signatures et contre-signatures, rédaction d'un reçu. J'observe dans le carnet à souche des visas que le précédent a été délivré huit jours plus tôt (on comprend que lorsqu'ils tiennent un client, ils le gardent). Il est 12:00, le chef se lève, tire les rideaux et quitte le bureau. Retour chez le sous-chef qui examine les liasses, porte des mentions, les classe, relève la tête et lâche mi-mangue mi-papaye « it is a long process » (t'as raison mon pote, y a pas le feu au Lac). On se dit qu'il ne va pas faire du zèle tout l'après-midi.

Mvuu ? Vu !

Liwonde NP est bordé par la Shire, large rivière baignant la plus importante concentration d'hippopotames du continent (et donc du monde) auxquels s'ajoutent un millier d'éléphants dont une palanquée de petits, des buffles et des crocos par sacs (le délicat Président Banda les nourrissait volontiers de brchettes d'opposants). Hélas, le parc est assez facile d'accès donc très fréquenté par les groupes (nous sommes les seuls voyageurs indépendants). On atteint Mvuu Wilderness Camp par une belle piste sinuant entre baobabs, euphorbes et dattiers pour constater que dans le wilderness a été creusé un trou d'eau dédié à cette espèce qui tout le jour y barbote et y éructe (voilà pourquoi les hippopotames ont de si petites oreilles); aujourd'hui, c'est une vingtaine de jeunes écossais et deux équipes d'une douzaine de seniors. Une heure après la nuit tombée les tam-tams appellent à la soupe devant de longues tablées. Assis dans l'ombre, j'observe l'arrivée de la première procession de seniors, leur chef se dandinant lourdement au son des percussions. La chenille écossaise suit de près et ceux qui cet après-midi écoutaient de la variété internationale autour de la piscine semblent se demander pourquoi on les soul. La chenille de queue reste silencieuse et s'attable sans un regard pour la brigade de cuisiniers en sueur derrière les feux où ils ont jeté deux arbres entiers (soyons fous!). Au petit matin, nous passons une heure parmi une harde d'une cinquantaine d'éléphants déjeunant en paix d'un grand baobab qu'ils terminaient d'abattre hier.

Lac Malawi

Lac mer intérieure, amnios du continent mère, mer sans sel mais non sans saveurs. Eve s'immerge (s'enlace, ne s'en lasse pas), va-t-elle rejoindre la côte de l'homme ? Lové fœtus dans un œuf de palmes tressées suspendu à un caoutchouc l'homme attend.

Dans le lac des poissons bleu incognito, sur le granit un lézard zèbre, la queue bleu électrique et un autre brun clair gaufré, la queue orange incandescent. Nous sommes chez un marchand de couleurs.

Ambiance étrange à Cape Maclear, important village de pêcheurs et de cultivatrices où se sont incrustés des lodges, le tout inséré dans le Lake Malawi NP. Les habitants sont dans les cases comme les poissons qui sèchent sur des claies prodiguant accessoirement l'ombre au repos du pêcheur. Chembe Eagles Nest, situé à l'extrémité est du village et adossé à un chaos granitique est un excellent refuge pour les campeurs. Plus à l'ouest se tiennent des lodges parfaitement tenus par les locaux, de petits restaurants qui ne le sont pas moins et leur cohorte d'échoppes d'african art et de guides my friend, lunettes de soleil blanches remontées sur les dreadlocks.

La Chinafrique...

… on en a marre (comme chante ou presque Tiken Jah Fakoly dans Francafrique).

George et Leslie, sud-africains, sont pour dix mois sur les routes de l'Afrique : du Cap en Ouganda et au Rwanda et retour... à vélo ! Nous les rencontrons sur le rivage du Lac Malawi et les rejoignons au camping le plus calme du coin et, assurent-ils, le meilleur du Malawi. Ils n'ont pas apprécié leur passage en Zambie (outre les parcs, il n'y a rien et les parcs à vélo c'est interdit) et souffrent au Malawi où des grappes de jeunes les assaillent lors de la traversée des villages incessants ou leur jettent pierres et mangues vertes. Ils sont épuisés et George se sent vieux. Nous ne sommes que tous les quatre dans le camp établi sur la plage qui incline au bain. Ils se couchent comme les poulets-bicyclette et se retirent avec le jour pour partir dès six heures couvrir une étape de soixante kilomètres. Vers vingt heures deux voitures se garent face au lac phares allumés et déversent une dizaine de jeunes chinois qui, en quelques minutes, installent un barbecue à gaz, des glacières et une sono qui crache des noodles. Les gardes les ont laissé passer et nous expliquent que nous sommes dans une zone day use... ouverte la nuit. George sort de sa tente les cheveux aux épaules en pétard mais sa visite au manager du lodge dont nous dépendons sera vaine. Les envahisseurs quitteront les lieux après minuit laissant à même la plage les cadavres de trois bouteilles de whisky, d'une trentaine de Red Bull et d'autant de bières.
AT
J'espère qu'il te reste quelques dollars et un peu de patience pour franchir la frontière zambienne...[;)]
MA
Bonheur de te lire encore et de te suivre dans ta traversée dans notre imaginaire, fort fourni en détails.....mais quelques photos seraient bienvenues! Celle du Mozambique, géniale, c'est toi qui en as fait le montage ? Hâte de lire la suite Zambienne....on y sera l'été prochain.
mayrig
VO
Tu as raison Michel, soyons patients (Est-ce que tu pourrais l'être pour deux?[;)]). D'autant qu'il ne serait pas idiot de créer des sanctuaires d'où l'homme serait totalement exclu. Ce qui est gênant à Gorongoza, c'est l'impression d'être entre deux. Et l'idée que les révolutionnaires communistes confient la gestion d'un bien public à un milliardaire américain.

Comme tu es là: nous avons emprunté la piste sud qui permet de quitter le Baviaanskloof avant la partie Reserve (en venant de l'ouest). Pas de difficulté particulière (en septembre), beaucoup de barrières à ouvrir et refermer, piste lente et paysages plaisants mais pas plus qu'en traversant l'ensemble du Baviaans.
VO
Entrée en Zenbie hier, cinq guichets en moins d'une heure. Cool.
MU
Y'en a des plus doués que d'autres....[;)] Muriel
Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis (Saint Exupéry)
VO
Merci Mayrig. Non la photo n'est pas de moi (quand ce sera le cas, ça se verra): c'est un tableau au mur de la plus charmante GH de Ilha de Moçambique qui résume joliment ce que dégage l'île.

Arrivée en Zambie hier et nuit d'enfer au Croc Valley (South Luangwa): les éléphants autour de la voiture!
VO
(Malawi) Livingstonia

Cette mission écossaise séculaire surplombe le lac de sept cent mètres et y gagne autant de degrés de fraîcheur, degrés qu'il a fallu gravir par une piste en lacets serrés, une heure pour une douzaine de kilomètres. Dans l'éco-lodge où nous campons règne l'élégance que confère la simplicité et le dénuement, sur la terrasse sans garde-fou une balancelle surplombe l'à-pic (mieux vaut la fréquenter au petit-déjeuner qu'après le dîner), les bois d'essences dures sont beaux bruts. Dans l'aube blanche, la presqu'île courbe qui ferme la baie au nord est prolongée par un îlot (une chistera projetant la balle mais le mur est à quarante kilomètres de là, sur la rive tanzanienne). Des maisonnettes enrochées fusent des appels et des chevrotements, les fumées s'élèvent difficilement dans l'air lourd. La montagne est rousse, les arbres au feuillage caduque sont encore imberbes, dans la vallée les toits sont réparés, les sillons levés et les fossés curés : le pays attend le déluge.

Vwaza, vas-y

Vwasa est une petite réserve au nord ouest du Malawi, ouverte sur les grands parcs voisins de Zambie, où vous louez un emplacement de camping et vous retrouvez, faute de sanitaires, avec une case-terrasse-salle d'eau. Le lac s'est retiré (lui aussi attend le déluge) et dans ce qu'il en reste des centaines d'hippopotames s'immergent, en relevant le niveau. Une harde d'éléphants fébriles dont un nouveau-né, des buffles avec quelques veaux complètent le tableau. Le « capitaine » du camp (comme il se nomme) est friendly mais feignant, les installations sont zimbabwéennes : un jour lointain les choses ont été bien faites et depuis, faute de moyens, de savoir-faire et de motivation tout se déglingue. Les seuls autres occupants du camp sont un père blanchi et sa jeune fille adulte que dore leur feu à cent mètres du nôtre. Nous sommes sous le vent qui nous apporte en signaux de fumée les bribes d'une conversation à la fois passionnée et sereine, drôle et grave.

Scotland

Nous savons les ciels d'encre et le granit, les horizons bouchés soudain dégagés. Mais nous ignorions que l'Ecosse était si éloignée de la Bretagne, qu'elle était peuplée d'hommes à la peau sombre et au sourire éclatant. Que des zèbres et des élands du Cap broutaient les highlands et qu'on y taquinait le vif-argent à la mouche tsé-tsé. Que les châteaux étaient de paille. Nyila NP est le plus vaste parc du pays, le plus élevé aussi : nous campons à 2336 mètres au-dessus de l'océan (et encore avons-nous pris l'emplacement le plus bas) et à 1836 mètres au-dessus du Lac Malawi qui n'est qu'à une heure de vol des corbeaux qui jouent les babouins. Nous sommes au point le plus haut du voyage, en latitude comme en altitude. Demain commence le retour vers Cape Town et, dans un accès de fétichisme, nous rendons grâce à la bête qui nous a conduit jusqu'ici sans barguigner. Un panonceau indique « unlimited firewood » et dès quinze heure Matthews qui est notre ange gardien particulier construit et allume un feu avec une sensibilité remarquable. Le camp est établi dans une clairière en demi-lune, ouverte sur le plateau qui offre à la Lune une ondulation comme un réceptacle. Qui a changé les décors pendant la nuit ? Nous sommes au Montana en octobre ! Le soleil pâle rétro-éclaire les conifères, je me réchauffe près du feu vif et clair, les mains en coupe sur le bol, face à une chevauchée de croupes -et au milieu coule la rivière- où paissent des bisons albinos... Des bisons albinos ? Il faudra en parler aux Missouliens.

Plus tard, en route par des pistes lentes, fatigué de faire ma Queen Elisabeth en saluant d'une main agitée ceux que nous croisions à pied, je saluai d'une main fixe et certains hommes répondirent en levant les deux mains à hauteur des épaules. Je n'avais pourtant pas l'index et le majeur en pistolet comme le font certains lorsqu'ils pensent qu'on ne les voit pas. Aurais-je un sourire de hold-up ?

A little slice of paradise

L'anse, étroite et peu profonde, est bornée par des promontoires et ponctuée d'îlots. Se glisser dans le lac, y boire des tasses douces, en ressortir lessivé sous le regard goguenard des cormorans du Cap blanchissant le granit.

Cet après-midi, un jardinier a élagué des branches basses qu'il a déposé aux portes du paradis. Une femme enceinte portant un nouveau-né dans le dos entreprend de former un fagot, posant en fondations deux branches maîtresses qu'elle tourne et retourne jusqu'à l'accouplement parfait, collecte les autres par épaisseur décroissante, se lève, se plie, la progéniture suit. Coupe de longues graminées qu'elle tresse en liens et assemble l'ouvrage, le dresse enfin qui est deux fois plus haut qu'elle, se penche vers l'avant la tête visant le milieu du fardeau, un coup de reins et hop. Tout en marchant déjà, elle le soulève à deux ou trois reprises pour l'ajuster jusqu'à trouver l'équilibre. Alors, les mains libres ajustent le pagne et, souveraine, elle commence à grimper.

Robbie, enseignant en Grande-Bretagne, a fait la surprise à sa mère d'organiser un voyage d'une semaine au Malawi pour y fêter ses soixante-dix ans. Anne a vécu deux ans ici comme volontaire, elle avait vingt ans. Elle est ce soir en grande tenue, épaules nues au mépris des insectes. Son constat est un peu plus optimiste que celui de Paul Theroux (lui aussi ancien volontaire revenu sur place après un demi-siècle) qui affirme que la situation s'est dégradée alors qu'Anne dit que rien n'a changé dans le mode de vie des Malawites. Robbie est en Afrique pour la première fois et lorsque je lui demande d'en parler en dix mots, il me répond d'un seul : wow ! Et nous offre a little slice du gâteau d'anniversaire. Sur la plage du lac qui ce soir fait la mer (vagues, écume, ressac) les braises offrent un second reflet à la Lune qui se lève miel. /... J'adresse mes chaleureux remerciements à Pierre77N et à Bolobolobolo (Eric, sais-tu qu'au Mozambique, bolo désigne un gâteau?) qui m'ont convaincu que Malawi se prononce Malaoui. Et pour leur indéfectible soutien en direct lorsqu'il s'agit de pallier mon impréparation délibérée.
MI
Salut,

Content de suivre tes péripéties.

Me méfiant des révolutionnaires en général (et des généraux révolutionnaires), communistes ou pas...l'idée qu'un milliardaire puisse dépenser son argent là et pour çà me plait mieux. Faut-il qu'il soit bien dépensé.

La piste Sud en venant de l'Ouest...Me connaissant, je suppute que tu as compris que tu m'avais déjà perdu... Parles tu de la Kougga 4x4 ?

R 332 en venant de Willowmore qui plonge vers la mer après Studtis, débouchant sur la R62 ?

C'est surtout la 1ère partie de la R 332, la Studtis pass qui m'inquièterait en raison des nombreux gués...
michel85200
MA
Bonjour à toi dans ce slice de paradise, Tu suis les traces de Laurens Van Der Postdans son magnifique 'Venture to the interior' au Malawi ? En tous les cas, tes descriptions nous donnent fortement envie d'aller glaner par là et y récolter quelques belles images ... Bien à toi, au plaisir de te lire!
mayrig
BO
Arrivée en Zambie hier et nuit d'enfer au Croc Valley (South Luangwa): les éléphants autour de la voiture!

Tu étais prévenu !! C' est toujours les quatre même...
Le bonheur commence où le bitume s 'arrête et ....quand on est plus de quatre on est une bande de c... (Georges Brassens)
AT
Ben, c'est plus simple quand tu as précédemment lu le mode d'emploi !
EM
Honte à moi , je ne connaissais le Malawi que les frasques adoptives d'une star américaine en mal de scandales.

Ici les arbres nous offrent leurs magnifiques couleurs d'automne pendant que tu nous envoies une belle palette de couleurs africaddictiennes [;)]
Emma

http://www.manuetjc-tribulations.com
MA
Si j'ai tout compris vaut mieux pas avoir à négocier avec ta cop [;)]
https://apprentisvoyageurs.com
BO
J'adresse mes chaleureux remerciements à Pierre77N et à Bolobolobolo (Eric, sais-tu qu'au Mozambique, bolo désigne un gâteau?) qui m'ont convaincu que Malawi se prononce Malaoui. Et pour leur indéfectible soutien en direct lorsqu'il s'agit de pallier mon impréparation délibérée.

Salut Jean Luc,

You are welcome pour le soutien..d' autant que tu sais que je me morfonds en ce moment dans ma tanière, j' ai eu aujourd' hui (en bravant les interdictions de la faculté) mes premières activités "outdoor" depuis 4 semaines, j' ai passé 3 heures à souffler/broyer ces p... de feuilles qui nous tombent des arbres à l' automne (les couleurs sont superbes)...

Pour le pseudo, merci de l' info, tu en connais la genèse (pour les non initiés, je ne savais pas quoi mettre et "bolobolo" désigne dans l' univers de la création publicitaire le remplissage que l' on met en l' absence de texte sur des esquisses de documents graphiques, donc n' importe quoi.. comme "bolobolo" était déjà pris, j' ai rajouté un gâteau sur la cerise, ça fait "bolobolobolo")....

Bonne nuit avec la bande des quatre !!

A+
Le bonheur commence où le bitume s 'arrête et ....quand on est plus de quatre on est une bande de c... (Georges Brassens)
AI
j'adresse mes chaleureux remerciements à Pierre77N et à Bolobolobolo (Eric, sais-tu qu'au Mozambique, bolo désigne un gâteau?) qui m'ont convaincu que Malawi se prononce Malaoui

Ben oui : on est pas mal là, non ?
Erwan La vie est belle ! La vie est belle ! Je me tue à vous le dire disait la fleur. Et elle meurt ( J.Prévert)
VO
Zambie express

Crocs Valley

Des éléphants au bar, des hippos au bain, des girafes en virée de shopping, des courses d'antilopes, des combats de babouins aboyant et les singeries des vervets malins : voilà ce que nous a offert le lit de la Luangwa River qui tire la langue dans le sable, réduite à un filet alors que bientôt elle enflera à cinquante mètres de largeur. Voilà le cadeau offert dans un hamac à ceux qui refusent de payer 75$ pour passer la journée dans un parc d'où sont exclus les campeurs et qui demeurent sur la rive opposée de la rivière qui en est la limite théorique, limite non matérialisée que les animaux ignorent.

Plus loin, entre deux méandres, la rivière s'évase pour accueillir deux groupes d'hippopotames éloignés d'un vingtaine de mètres (on dirait la finale du rugby, impression accentuée par un aka sauvage). Rasant la berge, debout dans une pirogue qu'il propulse à la gaffe, un pêcheur déclenche un concert de grandes gueules à dix mètres. Un crocodile respectable quitte la berge, glissant devant la proue. Les eaux où se prélassent les hippopotames sont nourricières et donc poissonneuses : c'est là que la pêche sera bonne (les poissons, on sait pas). Entre les deux bandes d'hippos, l'homme déroule le filet d'une berge à l'autre, sur une quinzaine de mètres et le positionne au retour, précis, concentré, calme mais attentif. Il doit en dérouler un second parallèlement et à dix mètres du premier mais les hippos en aval sont trop proches alors il sort un lance pierre (de ceux qu'on utilise ici pour tenir les singes à distance des victuailles) et commence à canarder les mastodontes, David contre Goliath, qui s'éloignent juste ce qu'il faut et l'observent disposer le piège, comme lui imperturbables.

Au début de la seconde soirée, au moment où la même famille d'éléphants philanthropes qui a pris ses aises dans le camp se dirige vers notre avant poste, la lumière s'éteint partout (y en a un qui a localisé le disjoncteur?). Pile au moment où je sortais l'apéro du réfrigérateur. Nous sommes à dix mètres, j'ai incliné le faisceau de la torche vers le sol : désolé les gars, je n'ai pas de punch orange, seulement du Brandy.

Encore

Je lis Encore, écrit à l'encre rouge, sang et colère, par l'écrivain turc Hakan Günday, les migrations clandestines contées par l'enfant d'un passeur stambouliote enrôlé à neuf ans dans le business. «Encore !» C'est la supplication de ceux qui ont levé l'ancre, confinés en attente du passage du Bosphore et que les passeurs rationnent en eau. « Encore », c'est le souffle de l'ami emporté à quarante ans qui, bien que préparé à cet autre voyage, aurait volontiers poursuivi celui en cours. « Encore », c'est la demande manifeste des mains des enfants avec qui nous venons de partager un pain. Encore, comme les Toujours plus & Plus encore de F. de Closets, consubstantiel de notre condition ? Encore, une addiction ?

Kennedy et nous

Pendant ses vingt années de service comme chef de cuisine dans les lodges de la région, Kennedy a fait marcher son cerveau et fructifier un pécule qui lui a permis d'ouvrir un petit camp sur les terres de ses ancêtres, tout au bord du Zambèze. Il est en amont des escrocs en bande organisée que sont les lodges à l'entrée du Parc National et le parc lui-même. Pour un camping exclusif nous paierons quatre fois moins que pour le collectif du lodge voisin. Si nous restons deux jours, Kennedy pourrait-il nous cuisiner du poisson de fleuve et organiser une sortie en bateau silencieux ? May be. Le camp est cerné par les éléphants mais Kennedy affirme que grâce à son ingénieux système ils n'y entrent pas. Il l'a clôturé avec de solides épieux reliés par un unique fil de fer auquel sont suspendues par paires des bouteilles de verre vides (éviter celles de Fanta orange). Au tintement, les pachydermes feraient demi-tour. Les éléphants de Mana Pools, la grande réserve zimbabwéenne établie sur l'autre rive, s'aventurent par les hauts fonds sur les îles qui partagent le fleuve. La nuit j'entends un rugissement : est-ce le lion qui m'épargna à Mana Pools voilà deux ans ? Je murmure des remerciements. Au matin, le poisson est commandé, il arrivera dès qu'il sera pêché, si ce n'est pour le déjeuner ce sera pour le dîner. Un canoë qui fut neuf arrive par le fleuve, deux hommes le tirent au sec et ils sont bientôt six autour de l'esquif, qui colmatant les voies d'eau, qui ripolinant la coque, un troisième lavant des gilets (de sauvetage?), les autres soutenant les premiers comme il convient ici (à moins que ce ne soit le shadow cabinet). Il se pourrait bien que nous soyons la cause de cette agitation et au moins naviguerons-nous avec du matériel révisé. Remontant le fleuve comme un galérien -ma pagaie est un couvercle de bidon fixé sur un bâton- on croirait assister à un concours de pêche. Des dizaines de très jeunes femmes portant toutes un enfant, dormant ou tétant, sont alignées dans les roseaux avec des cannes rudimentaires et attrapent des poissons de la taille des sardines. Je mords ou je mords pas ? Au retour, le courant du Zambèze nous porte à la vitesse d'un hippo hors de l'eau lorsqu'il n'est pas hors de lui, hippopotames qu'on avertit de notre arrivée en frappant la coque avec les pagaies pour qu'ils éclosent à la surface. Il n'y a plus qu'à slalomer. Des éclairs stupéfiants illuminent le Zimbabwe. Robert aura encore eu une vision, on l'entend tonner dans sa luxueuse résidence. Kennedy applaudit Obama, son demi-frère.

Le cauchemar de Cécile

Jusque dans les villages reculés, les déchets en plastique forment un nouveau substrat mêlé à la terre qui élève chaque année le niveau mettant les habitants à l'abri de la montée des océans. En outre, ce substrat limite l'évaporation des sols et on peut le trouver décoratif comme revêtement de sol. La forêt est mise en coupe réglée pour la cuisson des aliments et la vente de charbon de bois. Bien entendu, personne ne replante (sauf les petites graines qui font qu'en quelques décennies la population du continent va doubler). Pendant ce temps, quelques dizaines de millions de personnes s'adonnent au tri-sélectif (dont on peine à calculer le bénéfice écologique global) et Cécile a d'autres soucis.

C'est Kwacha ?

C'est la monnaie du Malawi et celle de la Zambie mais elles n'ont en commun que le nom : un euro vaut entre cinq et six cent kwachas malawites mais moins de quatorze kwachas zambiens. Au Malawi, la plus grosse coupure est de mille kwachas (environ un euro cinquante) et les retraits dans les distributeurs sont limités à quarante mille kwachas soit quarante billets, la machine en a plein la mâchoire. Le carburant ne se payant qu'en espèces, il faut recourir deux fois au distributeur pour faire le plein heureusement que le pays est petit. En Zambie, on retire facilement deux mille kwachas (cent quarante euros) et on paye le carburant par carte de crédit. Kwa d'autre ? La Malawi nous a réjouis. Le lac est l'épine dorsale du pays qui, avec les réserves, structure le voyage. Les étapes ne sont jamais longues, les paysages sont variés et les campeurs sont les bienvenus. A l'inverse, la Zambie est vaste (et nous n'en avons qu'effleuré le sud-ouest: South Luangwa, Lower Zambezi, Kafue), les étapes parfois longues et rugueuses, les campeurs souvent proscrits et les prix stratosphériques. L'avantage de ces deux pays est que le voyageur n'est pas gêné par ses semblables et qu'on y côtoie facilement les habitants.
VO
Si j'ai tout compris vaut mieux pas avoir à négocier avec ta cop [;)]

Pour ma part, j'ai renoncé: elle dit, je dicte.
VO
Eric, une prescription complémentaire à celles de la Faculté: un peu de médecine africaine! La température devrait baisser d'ici ton arrivée: cet après-midi, 42°C au nord du Kalahari.
VO
Ben oui : on est pas mal là, non ?

Pas mal, oui! Mais il ne faut pas oublier la MalaOne.
BO
Eric, une prescription complémentaire à celles de la Faculté: un peu de médecine africaine! La température devrait baisser d'ici ton arrivée: cet après-midi, 42°C au nord du Kalahari.

Hello,

Présentement, il fait 39°C à L' Stone, on annonce 32°C dans une semaine avec pluie le WE et re-pluie à partir du vendredi suivant...(j' arrive le mercredi et compte repartir le vendredi)..

A peu près la même chose dans Caprivi, où je me rends après (vu les risques de pluie et comme je suis solo, je ne pense pas prendre Ngoma / Savuti / Maun.. je reste les pieds au sec).

A+
Le bonheur commence où le bitume s 'arrête et ....quand on est plus de quatre on est une bande de c... (Georges Brassens)
AI
Ben oui : on est pas mal là, non ?

Pas mal, oui! Mais il ne faut pas oublier la MalaOne.

Mais quand vas tu cesser avec tous ces "mala" dis ?
Erwan La vie est belle ! La vie est belle ! Je me tue à vous le dire disait la fleur. Et elle meurt ( J.Prévert)
PI
J'adresse mes chaleureux remerciements à Pierre77N et à Bolobolobolo (Eric, sais-tu qu'au Mozambique, bolo désigne un gâteau?) qui m'ont convaincu que Malawi se prononce Malaoui. Et pour leur indéfectible soutien en direct lorsqu'il s'agit de pallier mon impréparation délibérée.

Les miens en retour pour m'avoir convaincu que ça valait le coup de laisser quelques dollars à The Old Man de l'autre côté du fleuve...
DI
salut Voyou,

Finalement, si tu n'avais aucun problème au cours de tes voyages (panne de voiture, cambriolage, arnaque des douaniers, des policiers.....), j'ai l'impression que l'Afrique t'intéresserait beaucoup moins. Je trouve ça très marrant assise confortablement dans mon fauteuil, mais à vivre, je ne suis pas certaine d'être aussi flegmatique et zen que toi. N'empêche que c'est sympa de partager.
Nord Chili, NOA, Sud Lipez, La Paz août 2012 https://voyageforum.com/forum/mois_dans_andes_peripeties_en_altitude_D5526293/ Apologie du southwest en hiver https://voyageforum.com/forum/apologie_sud-ouest_etats-unis_en_hiver_D5851267/ Impressions d'Afrique et de Namibie

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