Chère Brigitte,
Si la fille de ton ami a 17 ans, elle doit encore être à l'école et doit participer aux semaines obligatoires de "l'escuela de campo", camp d'un mois en milieu rural pendant l'année scolaire (à partir de 12 ans jusqu'au bac). Ces camps ne sont pas volontaires, il font partie du programme scolaire (moitié cours/moitié travail dans les champs). C'est le ministère de l'éducation qui en assume toute l'organisation.
Les jeunes n'aiment pas ces camps, du moins au début. Puis ils s'organisent d'une année à l'autre et comme c'est le cas pour de nombreuses "galères", une fois adultes, ils ne racontent que les bons souvenirs qu'ils en ont... et en rient beaucoup ! Le dimanche, les parents peuvent rendre visite à leurs enfants sur place (avec un transport organisé et gratuit). J'ai souvent participé à ces dimanches de visite et j'avoue avoir été impressionnée plus d'une fois... par les quantités de victuailles que les mères apportaient chaque fois à leurs enfants pour qu'ils ne manquent surtout de rien. Dans les années 70-80 (periodo especial), les mères passaient une bonne partie de la semaine à trouver et à rassembler ce qu'elles allaient donner à leurs "petits" le dimanche !
Actuellement, beaucoup de jeunes se font dispenser de ces camps, avec des excuses plus ou moins valables ou si les parents, comme tu le dis, ont la possibilité de payer des pots de vin. Comme la nôtre, la société cubaine a évolué, elle est devenue bien plus individualiste qu'auparavant et chacun pense d'abord à soi, d'où les problèmes qui surgissent dans ces camps, mais ailleurs aussi... Beaucoup de parents s'en plaignent.
Après le bac, les jeunes qui ont suivi des études et qui ne font pas de service militaire doivent accomplir une année de travail social, une forme de "contre-partie" à la possibilité d'avoir pu étudier. Je crois que les médecins doivent même faire deux ans de travail social en dispensaire ou polyclinique en province. Là aussi, nombreux sont ceux qui trouvent un prétexte pour ne pas le faire...
Ces camps scolaires (et le travail social) n'ont toutefois rien à voir avec les brigades volontaires de travail en été, pendant les vacances, dont j'ai parlé dans mon dernier post et qui n'existent pratiquement plus.
Amitiés
Marianne
PS. Bien d'autres choses ont également disparu aujourd'hui: les dimanches rouges (domingos rojos), soit un dimanche par mois où les gens du quartier se rassemblaient la demi-journée pour nettoyer ensemble les rues et les zones vertes... s'était une occasion de se rencontrer, d'échanger les derniers potins, souvent même de pique-niquer ensemble à midi, etc. A l'époque, ce travail était organisé par les CDR (comités de défense de la révolution, un dans chaque rue), qui ne jouent plus qu'un rôle marginal aujourd'hui. Dans le temps, ce sont les CDR qui organisaient les veilles de nuit (guardia de noche...ce qui rendait les rues très sûres), les activités communautaires et récréatives dans leur zone, etc. Anecdote: pendant ces années, une excuse classique était "tenìa guardia"... j'étais de garde !