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La version avec carte et photos (de meilleure qualité) est visible ici:
Tolar Grande (1)
Tolar Grande (2)
Mardi 13 novembre
La nuit a été coupée par une longue insomnie, comme chaque fois que je dors au-dessus de 3500 m.
Petit déjeuner frugal, ou basique, au choix: thé, quelques toast grillés et confiture de pêche (sans beurre), point.
Le rendez-vous avec l'agence Tourisme responsable (One Rom Travel) est fixé entre 13 h 30 et 14 heures au restaurant Inka Huaysi. Un repérage des lieux, un tour dans San Antonio, ville minière entièrement autochtone, et nous allons patienter dans les canapés de l'hôtel.
Nous repassons à Abra de Alto Chorillos, un col à 4560 m, où se trouve une apacheta, monticule de pierre et de différentes offrandes, entre autres des bouteilles vides. Les pierres sont apportées spécialement pour ces lieux de culte, très importants pour les habitants de la Puna. Elles peuvent signaler le point le plus haut d'un chemin, un changement de lieu ou un nouvel horizon. Ou être élevées au mois d'août, en offrande à la Pachamama (la Terre-Mère).
Aux abords du salar de Pocitos, dans le village du même nom, un arrêt aux baños, puis nous reprenons la piste. Les photos en roulant ne sont pas faciles à prendre, comme sur la piste de la Laguna Brava, car je ne peux quand même pas demander à Lorenzo de s'arrêter tous les 100 mètres ;-)
Le paysage devient totalement différent de ce que nous avons vu jusque-là, tout de sel et d'argile mêlés, de cônes ocre rouge aux profondes stries verticales, plantés dans le sable clair.
Et même ici, le sphinx veille...
Je peux me rendre compte que la piste est en de nombreux endroits inaccessible aux berlines, par exemple en quittant le Desierto del Diablo (est-ce une idée ou Lorenzo accélère-t-il en le traversant?)– ainsi nommé parce que, paraît-il, on peut apercevoir, certaines nuits, une silhouette rôder –, dans la montée de sable profond aux multiples virages. Ailleurs c'est la roche qui n'aurait pas permis le passage.
Les heures passent, Lorenzo conduit très bien, toujours prudemment. Le pick-up s'essouffle un peu dans les montées, le regard, lui, s'absorbe et se perd à l'horizon de cette ancienne mer qui a laissé derrière elle tant de merveilles.

Les couleurs changent constamment.
Au loin on aperçoit le volcan Llullaillaco.
Tolar Grande, aux maisons basses et aux rues larges et de terre battue, est dans un site magnifique, à 3500 mètres d'altitude.
Lorenzo passe de maison en maison puis nous amène à la Casa rosa, à un angle du village face aux collines ocre. Deux chambres, une avec un lit matrimonial, l'autre avec deux lits twin, un petit salon salle à manger cuisine, une salle de bains, c'est neuf et très propre.
Le village compte une école qui va jusqu'au collège, un hôpital, une association franco-argentine des Indiens de la puna, une « gare » qui n'en finit pas... Au-dessus, le bleu du ciel, immense.
L'ancien village est né de la gangue d'argile et de sel, il reste quelques maisons, au regard désormais vide...
Du haut du chemin de croix qui domine Tolar la vue s'étend, vers l'ouest et le sud, sur le moutonnement infini des anciens fonds marins, cuivrés dans le jour qui tombe. Pas un bruit, pas un mouvement au sol ou dans le ciel...

Avant de rejoindre sa famille, Lorenzo nous a donné rendez-vous à huit heures pour le repas du soir à la cantina, alors que le lendemain, pour le petit déjeuner et le repas de midi, ce sera au au Parador Llullaillaco.
Nous dînons en compagnie d'un couple de Français, aperçu à la petite agence locale de San Antonio de los Cobres, et d'une jeune Argentine. Eux dorment ici, en fait chez Lorenzo, qui loue une pièce avec des lits superposés. Peut-être est-ce sa femme qui s'occupe de la cantina.
Peu après, deux habitants de Tolar viennent eux aussi prendre leur repas.
Mercredi 14
Insomnie à nouveau.
Par la porte ouverte, on aperçoit dans la lumière du matin les petites collines rondes et rousses sous le ciel bleu et, juste devant la Casa rosa, l'église blanche sous le chemin de croix.
Déjeuner au Parador, puis départ à 9 heures pour les Ojos del Mar, à quelques kilomètres sur le plateau, six petites lagunes bleues cernées de cristaux de sel blanc étincelant. Là vivent, comme à Yellowstone, des micro-organismes vieux de trois millions et demi d'années. La mer s'est retirée mais a laissé derrière elle ces yeux de turquoise où se perd le reflet des montagnes environnantes.


Lorenzo reprend le volant pour nous emmener à El Arenal. En partant nous traversons l'ancien village, sorti il y a bien longtemps de sa gangue et qui y retourne inéluctablement.
La voie ferrée qui vient du Chili, ou qui y retourne, comme on préfère. Ici aussi, sur le panneau en croix, il est recommandé de s'arrêter, de regarder et d'écouter ;-) (« Pare, Mire, Escuche »).
La piste sinue au milieu de nouvelles formations de sel et d'argile, sculptées par le vent et la fonte des neiges. Car s'il ne pleut que très rarement (30 mm par an nous dit Lorenzo), en hiver la neige tombe en abondance et recouvre de plusieurs mètres ces déserts salés.
El Arenal, étonnant petit désert de sable blond niché au creux des collines ocre. Constamment, depuis qu'on est arrivés aux alentours de Tolar Grande, me revient cette phrase/titre (de Rick Bass) à l'esprit : « Là où se trouvait la mer... »
Tandis qu'Alain, Marina et moi partons explorer les alentours, Lorenzo fait les cent pas, pensif. Le temps passe... au bout d'un moment nous l'apercevons au loin qui commence à gravir la pente sableuse et nous lui emboîtons le pas.
L'environnement est extrême, mais ne décourage pas pour autant les bonnes volontés!
Ce n'est pas toujours évident pour celui qui a le vertige mais Alain le surmonte d'une façon incroyable. Car Lorenzo, voyant que nous suivons sans problème, monte toujours plus haut, jusqu'à El Mirador, quelques entailles pour finir dans la roche très abrupte, lui grimpe comme un cabri mais moi non.

Alain m'aide pour franchir les derniers mètres, et là... la vue à 360° est la plus belle que j'aie jamais vue! Devant nous, l'immense salar d'Arizaro jusqu'aux volcans Llullaillaco, Socompa, les cerros Pular et Aracar à des dizaines de kilomètres ; derrière nous, le moutonnement infini des collines et des montagnes de sel. Nous restons longtemps ainsi, tous les quatre, fascinés.
D'ici, on peut même apercevoir Tolar Grande...
Retour à midi. Repas avec Marina au Parador Llullaillaco (une cantina), poulet et riz, bons – Alain, à la place du poulet, a une belle omelette au fromage –, suivis d'un dessert local: fromage, confiture de cayote (fruit de la famille des courges, pastèques, potirons, etc.) et noix, délicieux, que l'on avait déjà mangé en 2011.
A 14 heures, nous repartons cette fois pour le cône d'Arita de l'autre côté du salar d'Arizaro, le 3e plus grand au monde et le plus important d'Argentine (150 km de long et de 50 à 70 m de large).
Le salar comprend de l'onyx, du sel, du marbre et du cuivre, et diffère selon ce que nous traversons, vagues pétrifiées, petits boules blanches, froissement, larges écailles dorées...
La piste n'en finit pas, nous roulons longtemps, longtemps dans ce désert. Enfin, Lorenzo se gare en bordure de piste et nous dit : « Voilà! Le cône d'Arita est à vous! »
Le kilomètre et demi de salar pour y arriver est ardu, et si nous ne nous tordons pas les pieds ici ou là ce sera un miracle, mais je repère une trace et essaie de la suivre. La silhouette parfaitement conique du « volcan » (puisqu'il s'agit d'un volcan nous a dit Lorenzo, mais apparemment rien n'est prouvé si l'on fait des recherches sur Google; les hypothèses sont nombreuses, n'excluant pas... la main des petits hommes verts ;-)), la silhouette, donc, grossit peu à peu, sur son flanc droit on distingue le dessin d'une vache, comme un géoglyphe.

Arrivés au pied, l'envie nous prend de mettre nos pas dans ceux visibles dans le sable clair. Aux deux tiers, les zones sombres se révèlent dures comme la pierre et nos chaussures n'accrochent plus du tout. La pente est importante et quelque chose nous dit que nous sommes montés assez haut...
Nous remontons dans le pick-up et finissons de traverser le salar jusqu'à la mine de marbre, encore quelques photos, puis nous rentrons sur Tolar.
Le soir, dans la cantina, nous avons la surprise de voir attablés deux Français que nous avons croisés la veille à l'agence de San Antonio, Denis et Dominique, très sympa, retraités de l'enseignement et voyageurs infatigables. Ils viennent d'arriver avec le colectivo, sont logés chez Lorenzo, et comptaient rester plusieurs jours. Mais Dominique a le visage très rouge et enflé au niveau des sinus et ils ne savent plus trop que faire.
(superbe piste/route!)