Voici qq mots écrits récemment:
L’idée chemine depuis longtemps dans mon esprit: je veux partir. Non pas en voyage organisé à la suite du troupeau enchaînant les visites des plus somptueux sites comme on feuillette un catalogue, sans en comprendre les merveilles et la beauté. Ni comme routard, avec pour tout bagage un sac de couchage et un guide à la couverture exotique – quoiqu’à l’antipode des sentiers battus et rebattus par les “explorateurs” du précédent groupe, cette option a l’avantage, à mes yeux, d’être immersive et donc plus prompte à dévoiler les richesses d’une culture en permettant une réelle intégration à la population locale.
Cependant, mon projet avait deux aboutissements: découvrir et aider.
Aider. Avec le recul, cette pensée me semble quelque peu naïve: comment quelqu’un, aussi bien intentionné soit-il, qui entreprend un voyage de quelques semaines dans un pays en en ignorant les meours et la langue, peut-il offrir quelque chose à ses hôtes?
Aussi me suis-je tournée vers une organisation humanitaire, familière de ce genre de projets et avant tout au fait des besoins des populations locales: ASMAE, l’association de Soeur Emmanuelle.
Pendant deux jours de formation, je rencontrai mes partenaires de voyage, pour la grande majorité aussi inexpérimentés que moi (quoique ma “collègue de chantier” entreprenait son onzième voyage en Inde), découvrai les rouages de l’association, les missions et leurs objectifs, ainsi que le chantier auquel j’étais assignée. Je partirai à Pune, petite ville de cinq millions d’habitants à 400 km de Bombay, dans le Maharashtra.
Deux groupes partiraient et vivraient ensemble. Le premier, composé de quatre jeunes, devaient soutenir des enseignantes indiennes dans deux écoles situées dans un bidonville de l'ouest de la ville, pour sensibiliser les enfants à la lecture. Les deux autres personnes du groupe, dont je faisais partie, avaient en charge un groupe d'une vingtaine d'adolescentes dans un bidonville du sud. L'objectif était de les faire s'exprimer et s'interroger sur leur condition de futures femmes et mères, ainsi que sur leurs perspectives d'avenir.
La période d’attente fièvreuse précédent le jour du grand départ passa bien vite et le 02 juillet 2009, nous embarquions dans l’avion pour Bombay.
Passés les premiers jours de fatigue, la découverte du pays et de ses habitants nous ravissait et nous étonnait tour à tour. Mais bientôt, j'éprouvai un grand désarroi devant tant de misère, qui se transforma en colère quand je réalisai, au contact de ces indiennes si hospitalières et si souriantes, que ce peuple n'avait d'autre choix que de se résigner à accepter son sort!
Dans le même temps, je me remettai entièrement en question: comment ai-je cru que je pouvais aider ces gens? Pourquoi suis-je, moi, née dans un pays riche et pas eux? Quel mérite ai-je? Certes, je savais que le chantier s'inscrivait dans un chantier à long terme et que notre intervention n'était que ponctuelle, mais je ne pensais pas éprouver autant de frustration devant mon inutilité.
Aujourd'hui, je repense très souvent à cette expérience. Avec plus de recul qu'en Juillet dernier, j'essaie de me convaincre que si nous n'avons apporté aucune amélioration matérielle dans le quotidien de ce petit groupe si attachant, nous y avons mutuellement beaucoup appris et partagé. Bien plus qu'un confort matériel éphémère et pas toujours bien adapté, nous avons vécu, ensemble, une aventure unique et inoubliable pour chacun de nous.
Ce n'est pas l'idée que je me faisais du voyage humanitaire. Peut-être ces jeunes filles se sont-elles dit: "Ces riches étrangers viennent de l'autre bout du monde pour passer du temps avec nous". et j'espère qu'elles ont conscience de le mériter et d'avoir été aussi actrices que nous dans cette mission du coeur.