Results for "Afrique+de+l'Ouest+et+du+Centre+itinéraire"
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Organisation d'un salon du voyage à vélo: qu'en dites-vous cyclo(tes)?
Une question me passe par la tete cette apres midi:
Si j'organisais un mechant salon du voyage a velo vous viendriez ?
J'ai pense a la ville de Gex dans l'Ain. Parce que je connais tres bien la municipalite, parce que c'est tres proche d'une grande ville bien desservie (Geneve), parce que c'est situe sur le trace de tous les nordistes qui roulent vers le soleil en passant par les rives du lac Leman ou par le col de la Faucille depuis le Haut Jura, parce qu'il y a toute l'infrastructure necessaire pour cela dans cette ville, etc etc...
Comme idee originale, il pourrait y avoir obligation de venir a velo, (retour au choix ;-) Camping en tente obligatoire egalement. Pour 1 ou 2 euros maxi. Vie en groupe; Cuisine et achat de nourriture de facon collective... Inviter un ou deux exposants du coin? Autre? Si vous avez de bonnes idees elles sont les bienvenues bien sur.
Pour la date j'aurais bien vu debut juillet juste au depart des grandes vacances. ...Avant de s'elancer sur la route du Rhone dont le depart est a 15 km, ou la traversee des Grandes Alpes juste a cote egalement.
S'il n'y a que 4 ou 5 personnes cela ne derange pas. ...Vu qu'elles seront venu a velo et que tout le monde sera en camping ce sera forcement sympa...🙂
J'ai bon ?
Si j'organisais un mechant salon du voyage a velo vous viendriez ?
J'ai pense a la ville de Gex dans l'Ain. Parce que je connais tres bien la municipalite, parce que c'est tres proche d'une grande ville bien desservie (Geneve), parce que c'est situe sur le trace de tous les nordistes qui roulent vers le soleil en passant par les rives du lac Leman ou par le col de la Faucille depuis le Haut Jura, parce qu'il y a toute l'infrastructure necessaire pour cela dans cette ville, etc etc...
Comme idee originale, il pourrait y avoir obligation de venir a velo, (retour au choix ;-) Camping en tente obligatoire egalement. Pour 1 ou 2 euros maxi. Vie en groupe; Cuisine et achat de nourriture de facon collective... Inviter un ou deux exposants du coin? Autre? Si vous avez de bonnes idees elles sont les bienvenues bien sur.
Pour la date j'aurais bien vu debut juillet juste au depart des grandes vacances. ...Avant de s'elancer sur la route du Rhone dont le depart est a 15 km, ou la traversee des Grandes Alpes juste a cote egalement.
S'il n'y a que 4 ou 5 personnes cela ne derange pas. ...Vu qu'elles seront venu a velo et que tout le monde sera en camping ce sera forcement sympa...🙂
J'ai bon ?
Votre livre culte?
quel rdt votre livre culte (en rapport avec voyage) ?
pour ma part voici un livre qui a sans doute confirmé mon attrait les voyages : l'usage du monde de Nicolas Bouvier.
si un livre vous a plu (mais vraiment très très beaucoup plu) n'hésitez pas à communiquer votre liste ici. merci
pour ma part voici un livre qui a sans doute confirmé mon attrait les voyages : l'usage du monde de Nicolas Bouvier.
si un livre vous a plu (mais vraiment très très beaucoup plu) n'hésitez pas à communiquer votre liste ici. merci
Review of an expedition cruise to the Seychelles with Ponant from January 25 to February 2, 2026
Hi everyone,
It was totally by chance that I found this cruise while chatting with Alfred in November 2024. It wasn’t planned, but the price was attractive—one of those "great deals" from Ponant that I love and that don’t exist anymore. Since everyone’s wondering, here’s the answer without waiting for the end of the story: after my various loyalty discounts, I paid **3,250 € per person** for 8 nights/9 days on the expedition cruise *The Essentials of the Seychelles*.
Expedition cruises are by far our favorites. The outings are done by Zodiac with the ship’s naturalist guides, everything’s included, and there’s no need to add any excursions or prepare anything.
We’re liking long flights less and less, so to break up the trip, we decided to stop over in Doha for four days on the way there and one day on the way back.
I’m happy to share the good and not-so-good moments, the great surprises, and the disappointments of this trip with you.
It was totally by chance that I found this cruise while chatting with Alfred in November 2024. It wasn’t planned, but the price was attractive—one of those "great deals" from Ponant that I love and that don’t exist anymore. Since everyone’s wondering, here’s the answer without waiting for the end of the story: after my various loyalty discounts, I paid **3,250 € per person** for 8 nights/9 days on the expedition cruise *The Essentials of the Seychelles*.
Expedition cruises are by far our favorites. The outings are done by Zodiac with the ship’s naturalist guides, everything’s included, and there’s no need to add any excursions or prepare anything.
We’re liking long flights less and less, so to break up the trip, we decided to stop over in Doha for four days on the way there and one day on the way back.
I’m happy to share the good and not-so-good moments, the great surprises, and the disappointments of this trip with you.
Kirghizistan 2018

Ouf! Séquestrée par la canicule, j'en ai profité pour faire le carnet de notre dernier voyage! Bonne lecture! Marie
Tout le récit en images en cliquant ici
Texte seul ci-dessous
Kirghistan Juillet 2018 Après un très beau voyage en Mongolie en 2017 où nous avions loué un 4X4 sur place, nous avions envie de découvrir un autre pays d’Asie Centrale cette fois. Va pour le Kirghistan, un petit état assez tranquille (il y a tout de même eu des soulèvements politiques dans l‘extrême SO, où nous n’irons pas, il y a quelques années), très montagneux, où il est aussi désormais possible de louer un 4X4. Cette fois nos 2 filles nous accompagnent et comme la dernière fois nous choisissons d’être totalement autonomes en prenant notre grande tente. Le loueur de voiture nous fournit table, chaises et réchaud. Je lis tout ce que je trouve comme carnets de voyage, scrute Google Earth en long en large et en travers, épluche le guide Bradt (bof), achète la carte papier Gizi Map au 1 :750000 (qq erreurs mais pas trop), télécharge l’application Maps.me et nous concocte un itinéraire sur mesure. Deux semaines devraient déjà nous offrir un bon aperçu du pays! Dimanche 15 juillet Nous atterrissons bien crevés à l’aéroport de Bishkek après 2 vols Turkish Airlines via Istambul, depuis Bâle Mulhouse très pénibles car on a crevé de chaud ! Sergeï de l’agence Travel Expert est bien là. Il patiente le temps que nous retirions qq sous, achetions une carte SIM (de Megacom seul opérateur présent à l’aéroport : les data sont « données », ça ne coûte que qq euros pour 20 Go/semaine ! La voiture est là, toute propre bien qu’un peu cabossée avec 230 000 au compteur ! On réalisera qq jours plus tard qu’il s’agit en fait de miles ce qui fait pas loin de 400 000 km ! Gros V8 qui ne flanchera pas mais amortisseurs en fin de vie ! Le matos de camping est bien là, nous déclinons la popote et le compresseur car nous avons ce qu’il faut. Nous gardons la sangle par contre. Il y a environ 25 km jusqu’à l’hôtel Soluxe réservé à Bishkek. J’avais demandé un early check in mais la chambre n’est pas prête : ils nous permettent gentiment de petit-déjeuner même si à 11h le service est théoriquement terminé. Douche, sieste, et nous partons faire un tour et qq courses alimentaires en ville. Malgré la chaleur (plus de 30°C), la ville nous a semblé agréable à vivre car très verte et aérée. Tous les commerces sont ouverts en ce dimanche après-midi. Il y a un peu partout d’énormes monuments évoquant la période communiste (le pays n’a son indépendance que depuis 1991 !) Tout est un peu déglingué/usé mais propre ! L’islam est la religion dominante mais son application est très soft. Il y a une grosse minorité de russes blancs si bien que nous passons assez inaperçus ce qui est bien agréable. De retour à l’hôtel, il est trop tard pour commander le dîner (ils offrent un service de restauration) alors nous commandons des pizzas que nous dégustons vautrés devant…la finale de coupe du Monde de Foot ! Il n’y a que 4h de décalage horaire et la fatigue du voyage (et la clim) aidant, nous passerons une très bonne nuit ! Lundi 16 juillet Cap à l’ouest par une pénible route en travaux vers Kara Balta puis plein sud vers le village de Suusamir. Dès l’entrée dans la très belle vallée de Suusamir, les yourtes se succèdent le long du bitume : chacun essaie d’améliorer l’ordinaire en vendant fromage et kumis (lait de jument fermenté, la boisson traditionnelle) Chaque étal est pourvu d’une ficelle qui actionne une « sonnette » à quelques mètres dans la yourte ou la roulotte. Je ne sais pas d’où viennent ces roulettes mais il y en a partout ! Très vite nous prenons vers l’est et le village de Suusamir, où après quelques errements nous finissons par dégotter la pompe (en bidons de 5l !) J’ai prévu d’essayer de faire le tour du massif de Sari Kamish, au sud de Kizil-Oy, en partie bordé par la rivière Kökömeren, et je préfère avoir le plein car je ne connais pas l’état des pistes Un joli cimetière surplombe le village, l’occasion de se dégourdir un peu les jambes ! Cette puissante rivière est un affluent de la Naryn qui se jette dans l’Amou-Daria puis dans la mer d’Aral. Elle est presqu’en crue, ça dépote ! Quelques petits villages ponctuent la piste, souvent dotés d’une mosquée clinquante (payée parfois par le Qatar, parfois pour l’Arabie Saoudite, pour ce qu’on en a vu) Cette vallée de la Kökömeren est magnifique. Nous prenons un stop une dame à la sorte de Kizil Oï, qui va comme nous vers le sud. Communication difficile car ici presque personne ne parle anglais et nous ne parlons ni Kirghize ni Russe. Elle nous offre gentiment une flopée de bonbons et beignets qu’elle emballe dans un sac en plastique dont elle retire qq morceaux de mouton, miam ! Nous la déposons 50 km plus loin à Tabilgiti et continuons de longer la rivière en rive droite vers l’ouest. La route est goudronnée depuis la bifurcation vers Sari Bulung sans doute du fait de la présence de la mine d’uranium de Ming-Kush, plus haut à l’est dans la montagne. Les travaux – en cours- sont menés par…des Chinois. Je pense qu’à terme cette route rejoindra la M41 vers le lac de barrage de Toktogul. Nous nous trouvons un bel emplacement de bivouac au bord de la rivière. Nous ne sommes qu’à 1200 m d’altitude et il fait chaud ! Espérons qu’il n’y ait pas trop de déchets radio-actifs dans la rivière ! (sur le coup je n’y ai plus pensé !)
Mardi 17 Juillet Nuit un peu trop chaude… Nous quittons à présent la rivière pour remonter vers le nord-ouest. En prenant de l’altitude, le vert réapparait et nous remontons une vallée assez humide (boue possible si pluie), très fertile, avec jolies fermes assez soignées. Un petit air de Suisse. Que des maisons en « dur », parfois aux toits de chaume. D’ailleurs l’unique voiture rencontrée sur cette boucle est…Suisse, en route depuis 2 mois. Notre trace s’infléchit ensuite vers l’est et nous remontons une longue vallée vers le col de Kirk Kiz Ashuusu. Une vallée très sauvage file vers le nord, dont quelques yourtes gardent l’entrée. Quelques pierres plus ou moins dressées (la faute au bétail) dont l’une est gravée marquent le col (3339m) où le fond de l’air est trop frais pour pique-niquer. Il nous faut descendre un peu pour trouver un coin abrité du vent et près d’un ruisseau, avant de boucler la boucle près de Kizil Oï. Petit problème technique, nous avons actionné la boîte courte et même si la voiture semble fonctionner normalement, il y a plusieurs messages d’alerte au tableau de bord… Nous retournons vers la Vallée de Suusamir, en prenant en stop un kirghize jovial dans le village de Suusamir qui reconnait de suite à notre « salam » que nous sommes Français (ou belges) Il est allé acheter une voiture à Charleroi qu’il a bien sûr ramenée par la route et connait qq mots de Français et d’Anglais. Il a été animateur en Egypte, et son job est d’acheter et de vendre des chevaux. Un sacré numéro ! Nous le déposons qq km plus loin, non sans avoir dû lui promettre que la prochaine fois nous louerons une voiture par son intermédiaire car il pourra nous avoir un bien meilleur prix (j’ai ses coordonnées pour les amateurs !) Nous reprenons de l’essence à la grosse station Gasprom dans la vallée de Suusamir et j’en profite pour envoyer un mail à Sergeï et des photos du tableau de bord. Il répond aussitôt mais son anglais et le mien sont trop mauvais pour se comprendre par téléphone. Il nous suggère de trouver quelqu’un qui parle russe (comme lui) Je sollicite un gars avec une bonne tête qui a un gros 4X4 tout neuf, espérant qu’il parle un peu anglais : très peu en fait mais après m’avoir offert le snikers qu’il venait d’acheter, il skype illico presto son fils, qui lui traduit ma demande. Dans la foulée il « what’s ap « Sergei avec lequel il va passer une heure à faire différents tests et essais sur la voiture. Quand il se met à débrancher la batterie, je lui demande quel est son job : building business me dit-il et il me montre la photo d’un énorme immeuble flambant neuf à Bishkek, qu’il a construit. On n’en revient pas de tant de gentillesse ! Bref, en conclusion, la voiture fonctionne mais les voyants restent allumés. Sergeï me propose de nous amener une autre voiture (il en a pour une bonne demi-journée aller) ou de nous faire une ristourne de 150 $ (engagement qu’il tiendra). On choisit la 2ème option et nous n’aurons plus de problème par la suite (sauf avec l’alarme un peu fantaisiste mais ça n’émeut personne de toute façon) Soulagés nous reprenons la route vers l’ouest dans la belle mais très touristique vallée de Suusamir, puis prenons une piste vers le sud puis l’est afin de nous éloigner de l’axe principal) La lumière de fin de journée est superbe. Nous trouvons un joli coin de bivouac au bord d‘une rivière, et nous installons rapidement, sous le regard attentif des habitants des yourtes situées un peu plus haut, rassemblés en haut de la petite colline. Examen de nomade réussi ! Il nous faut 20 mn chronomètre en main pour tout installer, matelas gonflables (pff…) compris. Un peu plus tard, notre « voisin » dont la yourte est située de l’autre côté de la rivière nous fait une petite visite de courtoisie alors qu’il rentre chez lui. Je lui fais visiter les lieux. Il tâte d’un doigt expert la tension des haubans et d’un coup de botte renfonce 1 ou 2 piquets ! Il a l’air de trouver notre « yourte » un peu trop fragile. C’est pourquoi nous plaçons souvent la voiture du côté au vent afin de la protéger. Satisfait il enfourche son cheval pour traverser la rivière tandis que ses chiens empruntent des petites passerelles que nous n’avions pas vues. Cool, car demain est prévue une grande balade vers les montagnes où j’ai repéré un petit lac d’altitude. Joli ciel de fin de journée… Nous sommes à 2500 m et il fait bon. Mercredi 18 Juillet Grand beau temps au réveil, on a beaucoup de chance avec la météo. J’avais lu pas mal de récit de gens qui avaient eu froid, de la pluie, du brouillard voire de la neige et notre garde-robe n’est pas adaptée, tant mieux ! Après avoir évité un léopard des neiges (comme il est grand par rapport à la tente !), nous nous élevons au milieu des fleurs, au GPS, bientôt rejoints par… Nourik, notre voisin accompagné de ses 2 braves chiens. Ici les cavaliers cheminent toujours sur les crêtes, ce qui permet d’observer à 360° et rien ne leur échappe ! Ansare nous a vus de très loin et nous rejoint. Je ne sais comment, les filles se retrouvent à cheval ! Du moins le temps que je rejoigne la petite troupe. On a vu plusieurs de ces drôles de chiens, mélange de border collie et de lévrier afghan. Plus haut 3 autres cavaliers nous rendent une petite visite : essai des chevaux, photos, pose avec le chien. Du coup j’en oublie de regarder le GPS et on se trompe de vallée ! On aurait pourtant bien vu un petit lac au pied de cette montagne ! En plus un des bergers je le comprends a posteriori a essayé de m’indiquer la bonne direction mais je n’ai pas capté. Bref, on se repose un peu au milieu des fleurs avant de changer de vallée. Ansare s’en retourne avec ses chèvres et son chien a du mal à quitter les filles ! Les filles ne veulent pas perdre d’altitude et vont crapahuter par le haut. Fred et moi prenons le sentier indiqué par le berger (ayé j‘ai compris !) Voilà un lac mais Le lac est encore plus haut au-dessus de ce verrou glaciaire : on en a plein les pattes après 900 m de dénivelé positive ! Les filles nous rejoignent : elles ont vu le lac d’au-dessus et il est « bof » au milieu d’un grand pierrier donc on laisse tomber. On continue vers un autre col plus à l’ouest, avec l’idée de descendre par une autre vallée. Nous sommes rejoints par Nourik et le jeune berger, qui nous amènent le pique-nique ! Bel endroit aux roches tarabiscotées pour goûter au kumis, lait de jument fermenté dont les kirghizes boivent plusieurs litres par jour. Pas mauvais, je m’attendais à pire. J’en reprends même 2 ou 3 fois. Il nous offre aussi du pain et une sorte de fromage dans un petit pot, que Fred a apprécié. Nous partageons qq fruits secs achetés à Bishkek. Le tchaï (thé) bien sucré est excellent. Nourik nous déconseille de changer de vallée, en effet c’est très raide ! On redescend jusqu’à la tente : déjeuner, « douche » puis on remballe tout et nous prenons la route vers le sud en direction du lac de barrage de Toktogul. C’est la route du miel et des framboises (écrasées dommage) Plein de petits stands au bord de la route où les gens vendent leur production : des km de miel puis de km de framboises ! Le lac est à 1000 m d’altitude et il fait chaud ! J’ai repéré un coin de bivouac, hélas rendu inaccessible par le niveau du lac. On se trouve un coin près du village de Sargata, pas très glamour mais au bord d’un ruisseau. Jeudi 19 Juillet Encore une nuit un peu trop chaude… Nous poursuivons notre route vers le sud, en direction de la frontière Tadjik et du Pic Lénine (une des 3 sommets de plus de 7000 m du pays) La Naryn est le principal fleuve du pays, elle coule d’est en ouest et après avoir déposé ses limons dans le lac Toktogul, elle prend une incroyable couleur azur alors que nous la longeons sur plusieurs dizaines de km sur la route M41. Impossible de ne pas y faire une petit pause fraicheur, dans un coin qui invite d’ailleurs au bivouac (pas si facile sur cette portion de la M41) A mesure que nous approchons de Jalal-Abad, le paysage s’urbanise et la circulation se densifie. Il faut avoir un peu de culot et pas mal de sang-froid pour conduire au Kirghistan : même si dans les zones urbanisées, la police et ses radars veille (en général à l’ombre d’un arbre. Si pas d’ombre, pas de radar…) c’est un peu la chevauchée sauvage avec plus d’inconscience que de malice d’ailleurs. Les limitations de vitesse ne sont pas toujours bien claires et il faut être attentif et se calquer sur les autres. Moyennant quoi, on n’a pas été embêté par la police…
On flirte sur plusieurs km avec la frontière avec l’Ouzbékistan (de l’autre côté de ce lac) On arrive en fin de journée vers Gülchö : toute cette portion de route entre Tash Komur et Gülchö est bien pénible. Enfin, la circulation se raréfie et les paysages nous enchantent à nouveau. A Kichi Karakol, nous trouvons un joli coin de bivouac (mais on entend la circulation sur la M41) Vendredi 20 juillet Il ne nous reste plus qu’à franchir le col de Taldiik(3615m) avant de basculer sur Sari-Tash. Quelques indices de chamanisme sur ce cimetière musulman. Dans ce coin du monde, les frontières et les cultures sont intriquées. Vers l’est à 80 km, la frontière chinoise. Vers le sud à 45 km, le col de Kizil Art (4280 m) à la frontière Tadjike. Nous allons vers l’ouest en direction du Pic Lénine (7134m) en descendant la majestueuse Alay valley où coule la Kizil Suu, dont je sais que nous devrons la traverser, ce qui me m’inquiète un peu vu son aspect.. A Sari-Mogol nous tournons vers le sud, et un joli pont nous rassure aussitôt ! Nous sommes à 3000 m et il y a plein de marmottes ! Nous suivons un moment la piste qui mène au camp de base du Pic Lénine puis prenons à gauche vers le Tulpar Lake, en rive droite de la rivière, où aucun permis n’est requis. Nous dépassons une ferme (ou de jeunes enfants tendent la main pour des bonbons, nous n’aurons cela nulle part ailleurs au K.) Nous dépassons le lac et les quelques yourtes touristiques qui le bordent pour piqueniquer un peu plus haut avant de partir randonner vers le haut de la vallée. A droite le Tulpar Lake, devant la voiture et dans la vallée une passerelle permettant d’accéder à pied au camp de base. Il y a de quoi accueillir des dizaines d’alpinistes, dans un certain confort. Le temps est mitigé et il nous faut un peu motiver les troupes pour aller jusqu’au bout du sentier. Bien nous en a pris, nous sommes en face de la moraine glaciaire, en surplomb de la confluence de 2 rivières colorées. On distingue un des 3 ou 4 camps intermédiaires pour aller au sommet (sans doute le camp 1) et plus haut on distingue une trace avec 2 petites silhouettes qui crapahutent. Restons plutôt du côté des fleurs ! On traine un peu espérant que le sommet se dégage, en vain… Demi-tour… Nous trouvons un beau coin de bivouac, près d’un ruisseau avec vue sur le Pic Lénine…sous les nuages. Belles lumières orageuses de fin de journée mais finalement à peine 3 gouttes. Samedi 21 Juillet Le soleil se lève vers 6h00 dans un ciel parfaitement pur… A l’extrême droite notre tente, on aperçoit la dizaine de yourtes touristiques du Tulpar Lake. J’ai repéré une autre belle vallée à l’est de celle où nous avons dormi. Une piste permet de la rejoindre. Il y a des marmottes partout (on ne se les signale même plus) et aussi un beau troupeau de yaks. Petit problème technique avec l’appareil photo qui a pris des libertés artistiques, pff… Très belle vallée qu’il faudrait explorer plus avant… Retour sur Sari Mogol ou de bon matin un groupe chante et danse… Pause déjeuner en redescendant du col Taldiik Ashuu, encore des yaks. Nous reprenons la M41 vers Gülchö (délicieux abricots vendus au seau pour 3 fois rien ! C’est étonnant d’avoir en même temps -certes pas au même endroit- des framboises et des abricots. Nous aurons même des pommes !) Puis à nouveau la route pénible vers Jalal-Abad avant de bifurquer vers Kazarman, à l’est. La piste est peu roulante…on trouve miraculeusement un coin plat avec ruisseau dans le début de la montée vers le col de Kok Art (3335m). Nous sommes visibles de la piste (certes peu fréquentée) mais ne seront pas dérangés. Les gens répondent à notre salut et continuent leur route tranquillement. C’est bien agréable ! Je ne sais pas dire si c’est de la timidité, de la politesse ? Dimanche 22 Juillet Nous reprenons la montée, sur une piste très poussiéreuse et abimée par le passage de camions lourdement chargés de fûts d’aspect peu engageant (je pense qu’ils vont à la mine d’or de Mak Mal au sud de Kazarman) Kazarman, si elle abrite quelques immeubles décrépits, n’est pas si moche que décrite dans le Bradt. Il y a de la verdure, de l’essence et plusieurs commerces dont un supermarché pas trop mal achalandé. Le fond de la vallée que nous suivons jusqu’à Kara-Bulung, baigné par la Narin, évoque une oasis. La région est très agricole et même si nous avons aperçu qq antiques moissonneuses batteuses, la moisson se fait souvent à la faux ! Nous quittons ensuite la vallée fertile en direction du col de Kara-Koo (2625m) Un peu avant celui-ci nous faisons une pause pique nique dans le lit d’une rivière cristalline, à l’ombre d’un cottonwood, au pied de falaises d’un ocre qui nous évoque à tous une fois de plus l’ouest américain. La diversité des paysages nous émerveille ! Il suffit de changer d’altitude, de vallée pour changer de tableau : vert, rouge, jaune ou noir, croupes ondulées, pics acérés, plateaux entaillés de canyons, rivières multicolores. Les villages ne sont pas vilains, toujours très arborés (je trouve que les peupliers sont vraiment l’Arbre de l’Asie Centrale), les maisons décrépies mais pas misérables. Et partout, sauf vraiment dans les endroits les plus reculés, des troupeaux et leurs bergers qui vivent en yourtes, du moins durant la saison estivale. En hiver, il fait très froid, jusqu’à moins 30°C ! On se demande où vont tous ces animaux durant l’hiver ? En tout cas, les réserves de foin sont abondantes, mais les troupeaux immenses ! La présence de ces yourtes implique un réseau de pistes très développé, et sauf quand elles sont détériorées par un passage intensif, elles sont généralement en bon état (rien à voir avec la Mongolie) Elles permettent d’accéder à des vallées perdues, uniquement fréquentées par le bétail et les bergers. Il faut passer au-dessus de 3000 voire 3500 m pour voir des marmottes et des yaks, c’est leur domaine. La population génère très peu d’ordures et nous avons du mal à trouver…des poubelles ! Alors nous profitons du lit de la rivière jonché de bois flotté pour en faire une petite flambée. Après le col, nous redescendons vers la Narin et sa verdure, toujours entourée de badlands. A Jangi Talap, nous jetons un œil à un ancien caravansérail restauré et faisons un bref aller-retour à Ak Tal pour un plein d’essence. Ensuite nous repartons vers le nord en direction du Lac Son Kul : la piste remonte doucement la jolie vallée de la Kurka puis s’élève brutalement vers les alpages. La grimpette est raide mais charmante, au milieu des sapins et des fleurs de montagne. L’arrivée au lac est grandiose : nous sommes à 3000 m, et les sommets qui nous entourent 4000m. Des milliers d’animaux paissent sur ses rives. Les yourtes sont nombreuses mais pas tant que je le craignais car l’endroit est un des « marronniers » de tout voyage au Kirghistan. Il reste de la place ! Après avoir installé le camp, les filles reprennent la voiture pour aller négocier une rando à cheval pour le lendemain. C’est OK pour 8h, 1000 Som (13 euro) pour 2 chevaux pendant 2h. Lundi 23 juillet Nous déposons les filles au camp de yourtes touristiques : leurs chevaux arrivent montés par les 2 bout d’choux d’une « vraie » yourte située un peu plus haut dans la montagne. Elles partent tranquillement vers les crêtes, tandis que nous prenons la voiture pour aller vers le côté est du lac. Nous découvrons d’étranges pierres alignées, avec une succession de cercles de gros cailloux dont le sens nous échappe. Si quelqu’un sait ? Le paysage ne change pas beaucoup mais c’est beau partout ! Nous récupérons les filles, un peu claquées par leur galop à 3000m ! Puis nous redescendons vers Ak-Tal, en faisant une petite pause pique nique au pied du col près de la Kurtka (très bon coin de bivouac !) On continue ensuite en direction de Baetov, où nous reprenons de l’eau à une sorte de fontaine (il s’agit plutôt d’un tuyau sortant du sol que l’on repère grâce aux gens qui viennent s’y désaltérer ou faire le plein de gros bidons, car il semble que toutes les maisons n’ont pas l’eau courante) Faire le plein d’eau n’est pas si simple que je l’aurais cru au Kirghistan, où les rivières sont certes nombreuses, mais souvent en aval de gros troupeaux, et/ou souvent très limoneuses car d’origine glaciaire. Dans tous les villages ou presque on trouve donc ces « tuyaux » qui délivrent une eau que nous avons supposée potable. Nous avons aussi parfois fait le plein (d’eau !) dans des stations services (parfois avec un infect goût de plastique en particulier à Kazarman) Nous avons systématiquement traité l’eau des ruisseaux (avec de l’Aquatabs) et nous n’avons pas été malades. Nous avons mangé profusion de fruits (abricots, pommes) et légumes (tomates, oignons, pommes de terre, concombre) et beaucoup d’œufs (comme en Mongolie, garder précieusement les boites des œufs achetés dans la capitale car ensuite, les œufs sont vendus « tous nus » ) ! Aucun problème non plus.
Après Baetov, nous replongeons dans l’ouest américain et c’est la découverte inattendue de ce vieux caravansérail qui nous ramène en Asie ! Plus loin nous dépassons une ferme qui semble abandonnée avant de commencer l’ascension du col de Börülü (3262 m). La piste est époustouflante, de bonne qualité et il n’y a personne ! On a une pensée émue pour tous ces cyclistes croisés sur l’abominable M41 au nord de Gülcho…. Après le col, quel contraste entre les doux vallons verdoyants et cette haute falaise grise dont le soleil révèle les moindres détails ! La piste redescend vers le hameau de Orto Sirt et la vallée de la Terek. J’ai repéré une piste qui continue de l’autre côté vers l’ouest que l’on distingue sur cette photo. Nous traversons la Terek et continuons vers l’ouest en grimpant dans les alpages. La piste est excellente, ne dessert pourtant que quelques yourtes éparses et une ferme plus haut dans la montagne, que nous dépassons pour finalement nous poser au bord d’un ruisseau, en fond de vallée, au pied de ce glacier. Comme souvent au K, les anciennes moraines sont végétalisées et ça donne un aspect tout-à-fait original au paysage. Nuit paisible à 3000 m, c’est l’altitude idéale pour dormir sans avoir trop chaud !
Mardi 24 Juillet En traversant la Terek hier, nous avons remarqué qu’elle s’écoule au nord du gué dans une jolie gorge que nous avons envie d’explorer. Nous la retraversons donc, la longeons sur sa rive droite presque jusqu’à l’entrée de la gorge et découvrons par hasard une source captée, ça tombe bien ! Nous nous y garons et continuons à pied, pas bien loin hélas car c’est trop accidenté. Bonne petite balade matinale rafraichissante cependant ! Nous reprenons la piste vers le sud, en rive gauche cette fois et nous rapprochons de cette fascinante falaise. On se régale ! Après l’avoir contournée par le col de Kulak(3390 m), nous trouvons une piste qui permet de se rapprocher de sa face sud-est, hélas vite interrompue par le lit effondré d’une rivière. Ce coin mériterait vraiment une exploration plus approfondie mais il est midi, il fait chaud et soif : petite pause piquenique et on envoie le drone à notre place ! Le soleil au zénith n’est pas l’idéal mais il nous semble distinguer plein de jolis tipis (un peu comme certaines formations rencontrées dans l’ouest US, certes moins colorées) Nous sommes inspectés par quelques vautours curieux qui profitent des ascendances. Recharge de la batterie de l’appareil photo directement sur la batterie car en route la prise allume cigare a déjà du boulot : smartphone qui nous sert de GPS, batteries du drone, de sa télécommande, gopro, routeur internet et tutti quanti ! Il nous nous reste ensuite qu’à redescendre vers la routeE125 qui mène en Chine via le Torugart Pass. Nous prenons à G vers le nord et la ville de At Bashi et, comme nous passons devant, nous prenons la piste qui mène au caravansérail de Tash Rabat (autre marronnier), entouré de diverses yourtes commerciales et petits commerces. Il nous a laissés assez indifférents. Après qq courses à At Bashi (il faut en moyenne faire 2 ou 3 boutiques pour trouver des fruits, du pain, des œufs, des légumes, du lai, des jus de fruit et du yaourt), nous prenons en rive gauche une piste qui longe vers l’aval la rivière at-Bashi vers le nord, au nord de la ville. Les badlands aperçu sur Google Earth m ‘avaient donné envie d’aller voir par là mais hélas, il est très difficile d’approcher de la rivière car les pistes secondaires sont souvent effondrées. Il existe une autre piste en rive droite, peut-être est-elle plus propice ? Bref ! demi-tour pour l’amont de la même rivière, plus à l’est où j’ai repéré (toujours sur les vues satellites) de jolies gorges. Nous longeons la rive nord de l’At Bashi et contournons par l’est le massif de At Bashi Kirka. Ensuite nous prenons une piste qui remonte la rivière en rive gauche dans une très jolie vallée parsemée de yourtes. Nous la remontons sur une trentaine de km, jusqu’à surplomber un pont qui permet de passer en rive droite puis de continuer vers l’est, sans doute à perpète (encore un coin à explorer !) Mais la portion de piste qui descend au pont n’inspire pas Fred et le temps est à l’orage alors nous préférons ne pas descendre au bord de la rivière et camper un peu plus haut. Le pont est juste en aval de la confluence entre les rivières At Bashi la rouge et Balikti la bleue. 3 orages et beaucoup de pluie durant la nuit ! La tente a tenu le choc, faut dire qu’elle a déjà fait ses preuves en Islande ! Mercredi 25 Juillet Petite balade matinale en remontant les gorges de la Balitki, puis nous reprenons la piste cette fois vers l’ouest. Quel peut bien être ce système de balancier près de cette yourte ? Après Bosogo, nous repassons en rive droite de l’At Bashi, traversons le village de Ak-Muz, puis son cimetière ( !) avant de continuer jusqu’à Naryn où nous refaisons qq courses. Bien malin qui pourra deviner ce qu’on vend là-dedans ! Nous allons maintenant rejoindre en 2 jours le lac Issik Kul en prenant la piste qui file de Narin vers Tosor (environ 200 km) Vallée très agricole sur les 20 premiers km, la moisson bat son plein ! Nous piqueniquons à la confluence entre Kichi Narin la bleue et Chong Narin la grise, près de ces yourtes inoccupées. Puis nous remontons des gorges, où nous rencontrons des russes équipés de kayaks (sur le toit !) en phase de reconnaissance de la rivière. Le débit est fort mais il y a très peu d’obstacles et ce sur des dizaines de km : avec un très bon niveau de kayak, ça doit être fantastique ! Un e fois franchies les gorges, nous sommes à 2500 m et le paysage, ouvert, grandiose et paisible à la fois s’élève en pente douce jusqu’à la source chaude de Jiluu Suu à 3000 m : cette portion de piste est splendide ! Rencontre avec des yaks… Et même avec un chameau ! On s’arrête pour le gratouiller car il a une bonne tête et les enfants qui jouaient un peu plus haut nous rejoignent. L’ainé ne se fait pas prier pour escalader la bestiole, tout fiérot ! Voilà où habitent les enfants. Ce sont les grandes vacances et il y a de la marmaille partout ! Nous arrivons aux sources chaudes en fin de journée et c’est un peu la foule ! Le bain n’est pas bien grand et ne peut accueillir que 4 personnes à la fois. On continuer la piste sur 1 ou 2 km pour se trouver un coin tranquille au bord de la rivière Üch Emchek, encore une fois au pied d’un glacier. Nuit paisible à 3000 m.
Jeudi 26 Juillet Nous refaisons le plein d’eau dans un torrent d’eau claire puis démarrons de cet endroit la rando vers le Techik Kol, un lac d’altitude situé au-dessus de la source chaude. On tâtonne un peu avant de trouver cette antique passerelle pour traverser le torrent. En contrebas, on aperçoit les « cyclistes courageux » qui quittent le camp, les cyclistes « fainéants » accompagnés d’un véhicule d’assistance qui roupillent encore (mea culpa, cycliste et fainéant c’est antinomique !) et les cavaliers russes (avec la Lada Verte) qui se lèvent tranquillement. La montée (en partie sur une ancienne piste ce qui gâche un peu le paysage) se fait tranquillement. Curiosité géologique : un lac se déverse dans un autre via un torrent au bon débit et voilà ! Pas d’issue visible à ce lac pour l’empêcher de déborder ! Voilà le lac et la passerelle de l’ancienne piste (en partie effondrée) est toujours présente. En redescendant nous croisons les cyclistes « fainéants » russes (à pied sauf un) et les cavaliers russes (à cheval) qui je pense vont continuer vers l’ouest par cette ancienne piste. Fred et les filles redescendent tout schuss tandis que je prends mon temps. Ils veulent se baigner avant que tout ce petit monde ne redescende. Finalement les filles devront patienter un peu le temps que des hommes musulmans et surtout tous nus finissent d’infuser. Fred se joint à eux mais l’eau à 43°C ne lui permet pas de tremper bien longtemps. Je m’abstiens, pas fan du béton, de la promiscuité et de l’eau brûlante. On a pu se laver tous les jours, puisque nous avons toujours campé au bord de l’eau, quitte à faire chauffer un peu d’eau sur le réchaud. Mes troupes bien ramollies par leur baignade, nous reprenons la piste vers le col de Tosor. A l’est de la source chaude, elle devient bien moins roulante car elle flirte avec le lit d’une rivière et traverse aussi plusieurs pierriers. Nous hésitons un peu lors d’un gué pas mal creusé par le courant et recevons l’aide bienvenue d’un kirghize qui habite la yourte juste au-dessus qui nous conseille un passage un peu en aval. Sympa ! Plus loin pas de gué difficile, l’eau est claire et il n’y a pas plus de 30 cm. Les vallées glaciaires perpendiculaires à la nôtre se succèdent, très austères avec ce temps. Un peu plus haut dans la vallée nous sommes intrigués par la présence de formes humanoïdes perchées sur des piquets, mi figures chamanoïdes mi épouvantails…. Il s’agit en fait d’une originale opération markéting orchestrée par cette petite famille kirghize pour capter l’attention des touristes, à la fois amusés et étonnés de croiser cette petite boutique volante dans ce coin perdu ! Ils ont bien mérité qu’on leur achète qq babioles ! La yourte fait aussi restaurant mais nous déclinons la proposition car on n’avance vraiment pas vite sur cette mauvaise piste ! Bien nous en a pris car les choses se corsent encore dans la montée vers le col. Nous dépassons qq cyclistes russes à l’agonie puis les copains plus fringants qui les attendent au col en se caillant. Il est situé à 3893 m au niveau d’un glacier. Il pleuviote, il y a du vent, on les plaint d’autant plus que le bivouac est impossible encore avant plusieurs km. Nous passons enfin sous les nuages et apercevons le lac Issyk Kul (162 X 80 km, 668 m de profondeur) et les montagnes sur sa rive nord. La descente, jolie, nous semble toutefois interminable (le lac est à 1600 m) après cette longue journée. J’ai repéré une presqu’île au nord-est de Tosor qui semble propice au bivouac : il s’agit en fait d’un « camping » sans aucun aménagement, il faut juste payer l‘équivalent de qq euro à la yourte située au début de la piste. Le coin semble connu puisque pour une fois nous ne sommes pas seuls mais l’endroit est assez grand pour que chacun garde sa tranquillité. Il y a qq cyclistes et des Russes et des Kazakhs venus pour pêcher et faire du windsurf. On se pose côté lagune avec la vue sur les montagnes de la rive sud. Bel orage de fin de journée qui passera à côté finalement.
Vendredi 27 juillet Nuit calme bien qu’un peu chaude. Nous sommes tout près du Fairy tale ou Skazka canyon, autre marronnier, dont je n’attends pas grand-chose et qui finalement est très plaisant. Il faut dire que nous y sommes à 8h et que nous y serons tranquille jusqu’à 9h passées. Ensuite les gens arrivent, par lots de 18 en Marchroutka… Le site est assez étendu finalement et nous n’avons pas pu tout explorer car la chaleur monte vite et la belle lumière ne dure pas. Donc venir très tôt ! On a payé (50 som-0,6 €/personne) en sortant. Comme il est tôt nous décidons d’aller chercher un peu de fraicheur en remontant la Vallée de Barskoon jusqu’au col de Ara bel d’où part une vallée désertique parsemée de petits lacs d’altitude. La piste est excellente, arrosée pour éviter la poussière, ça nous change d’hier. Nous dépassons un convoi d’une dizaine de gros camions citernes, siglés Kumtor. C’est la mine d’or gérée par des Canadiens beaucoup plus haut dans la montagne. Nous passons devant la cascade de Barskoon où la profusion de yourtes commerciales nous décourage. Une photo de loin suffira ! Plus haut nous sommes malheureusement obligés de faire demi-tour à une sorte de check point gardé par des hommes portant l’uniforme de la Kumtor. Niet, impossible d’aller plus loin. Pourquoi ? On redescend pour se poser au bord du lac, un peu à l’ouest de Skazka Valley. Nous allons y buller toute l’après-midi (et y prendre qq coups de soleil pour certaine !) C’est amusant de voir tous ces gros cumulus se former à la périphérie du lac sur les sommets des montagnes. En fin d’après-midi nous repartons vers l’ouest (la route goudronnée sur la rive sud du lac est très « ondulante », bien pire que pas mal de pistes) Il fait chaud, c’est vendredi, il y a du monde à la plage ! Petit arrêt à Bokonbaïevo, où ici comme ailleurs nous sommes étonnés de voir ces portraits (plein de personnages différents) accrochés aux réverbères ? Aucune idée de leur signification ? En approchant de Balitchky à l’extrémité est du lac, je me rends compte que la région est beaucoup plus urbanisée et qu’il va être difficile de trouver un coin de bivouac agréable. Pour 4800 som (60 €), nous prenons 2 jolies chambres à l’hôtel Azimut à l’entrée ouest de la ville. Ils acceptent de nous servir le petit-déjeuner dès 7h car nous allons demain faire une balade dans un canyon et vu la chaleur, je préfère démarrer tôt. Pour dîner, nous allons au Smack café et testons quelques plats « typiques » : intérêt plus documentaire que gustatif. Par contre la glace à la pistache est un délice !
Samedi 28 juillet Nous avons bien dormi, les filles ont eu trop chaud (pas de clim et trop de bruit pour ouvrir la fenêtre) A 8h nous commençons la rando dans le Konorchek Canyon (1/2h de route depuis Balitchky) Le début est assez moche et ingrat, puis la vallée se rétrécit et se transforme en canyon avec qq ressauts à escalader. Après 1h de marche on débouche sur une large vallée cernée de badlands. Un petit coup de drone pour cerner les coins les plus intéressants : à gauche toute (donc vers le sud) en remontant le wash. Pas mal de formations tarabiscotées ! De là-haut on aperçoit des collines colorées que nous essayons d’atteindre en remontant un autre canyon, longuet car très sinueux. Finalement nous renonçons peu avant le but car le ciel noircit et ça tonne au loin. Demi-tour sur un bon rythme donc. Arrivés à l’entrée du 1er canyon, nous croisons pas mal de monde (Japonais, Anglais) accompagnés de guides locaux, qui montent en dépit de l’orage. Il y a certes pas mal d’endroits où s’échapper du fond du canyon, mais ce n’est pas possible partout… Money is money… Au total, rando d’un assez mauvais rapport effort/intérêt. Sans doute exagérément promue du fait de sa proximité avec Bishkek et l’Issyk Kul. Dans le même genre, nous faisons sur la route vers Bishkek un détour par la Burana Tower, vantée dans tous les guides. Bof…Enorme parking, plein de marchroutka, seul Fred a eu le courage de descendre de la voiture ! On est vraiment des sauvageons. Nous retrouvons avec plaisir notre hôtel de Bishkek et sa clim (4800 som/ 60 € pour une grande chambre de 4 avec kitchenette et SDB et clim). Cette fois nous commandons à temps pour dîner sur place ! Nous faisons les bagages tandis que Fred va faire laver la voiture (intérieur / extérieur) Excellent dîner sur place, on se régale ! (pour environ 6 ou 7 euro/personne) Dimanche 29 juillet Nous quittons l’hôtel à 7h00. Ils nous ont préparé des breakfast box, très bons) Nous retrouvons Sergeï à 7h30 sur le parking de l’aéroport. Après une rapide inspection, il me rend ma caution (340 €) et la ristourne promise (120 €) Notre avion décolle à 10h30 et après une courte escale à Istanbul nous atterrissons à Bâle vers 17h00. On a ENCORE crevé de chaud avec Turkish Airlines…pfff… Et il fait 37°C en arrivant ! Conclusion : Superbe voyage ! Paysages fantastiques, population discrète et très accueillante ! On a adoré !
Budget pour 2 semaines à 4 Avion pour 4 : 1800 € Location de 4X4, inclus 300 km/j (on a fait 3000 km) : 1070-120 = 950 € 3 nuits d’hôtel à 4 : environ 180 € Sur place (bouffe, essence +/- 0,6 €/l) : 420 € Total : 3350 € soit 840 €/personne.
20 000 km en stop depuis la Normandie jusqu'à Bangkok
Voyage en auto-stop depuis la Normandie (le mardi 28 avril, départ du Pays de Caux) jusqu'en Thaïlande (arrivée à Bangkok 2:26 pm, le 23 juin 2009). Vol Air Asia le 24 Bkk-Rgn.
Yébleron (Normandie) - Strasbourg (Alsace): 700 km.
Je parcours aisément la distance de la Normandie jusqu'à l'Alsace après avoir rendu visite à ma mère. Saluer les Anciens afin qu'ils vous protègent durant votre périple - que leurs esprits soient toujours avec vous et vous accompagnent durant votre cheminement - part d'une bonne logique. Cela ne paye pas de mine mais autant mettre toutes les chances de votre côté !
Qui plus est, j'ai du chaussé les bottes de sept lieues par inadvertance car de normalement quatre étapes ou véhicules, je n'en fait que deux seules, celle de l'aire de St Saens est zappée ainsi que celle de la bifurcation qui me voit descendre habituellement d'un véhicule qui continue vers Lille et me retrouver en pleine ligne droite sur l'autoroute à lever le pouce désespérément. Le gars sort vers Laon et me dépose à l'aire de service où vient de se garer un camion des pompes funèbres pour faire le plein. Je raconte à un gars à qui je viens de demander s'il n'allait pas vers Reims-Metz mon expérience d'avion-stop dans le désert australien qui date de 2003. Un petit avion biréacteur vient de déposer le cercueil d'un aborigène dans une communauté à mi vol entre Kalgoorlie et Ayers Rock, au milieu de "no where". Au moment de faire le plein de carburant à la station service en plein désert, je demande au pilote s'il n'y a pas moyen de me faire voler et m'emmener avec lui. Je suis déjà certain de pouvoir partir avec un "roadtrain" mais pourquoi ne pas prendre le risque de viser plus gros et surtout plus haut ! A vol d'oiseau, les distances sont toujours plus courtes et moins éprouvantes surtout dans le désert. Le pilote téléphone à sa compagnie et reçoit l'autorisation de m'emmener. Est-ce un signe néfaste que ce corbillard passe par içi ? Je suis à peu près certain d'une chose, c'est lui qui va m'embarquer. Je fais d'une pierre deux coups et avance en sautant deux cases car je me retrouve illico presto en Alsace. Le croque-mort est employé par une commune de la communauté urbaine de Strasbourg (C.U.S).
Waltenheim-sur-Zorn (Alsace) - Gambsheim - Grumbacher (Allemagne) - Budapest (Hongrie) 1200 km.
Avec Sophie, fille d'amis de longue dates, nous quittons la maison familiale emmenés par Edith, sa mère, qui lors d'une première tentative infructueuse sur l'aire de service de Vendenheim située sur l'autoroute A4, pousse jusqu'au barrage hydroélectrique de Gambsheim avant de nous déposer côté allemand d'où nous repartons à contre-sens une fois montés sur l'autoroute A5. Je m'explique: nous prenons en fait l'autoroute en direction du sud et de Fribourg-en-Brisgau et descendons à la première aire de service, celle-ci disposant d'une route faisant office de pont autoroutier et reliant les deux aires de service situées l'une et l'autre de chaque côté de l'autoroute. Nous sommes dans le bon sens de notre itinéraire et fonçons désormais vers le nord en direction de Karlsruhe qu'il nous faut dépasser pour atteindre l'aire de Bruchsal. Je pensais descendre sur le parking onze kilomètres avant cette aire en question et de là rejoindre la maison de notre hôte à pied à travers champs mais notre chauffeur doit faire demi tour à la sortie Bruchsal et reprendre la nationale plutôt que l'autoroute puisqu'il s'est détourné de son parcours initial pour pouvoir nous rendre service et nous approcher de notre destination finale. La route principale est parallèle à la rue où nous nous rendons. Le lieu où il nous laisse est à un pâté de maison de notre lieu d'hébergement. Nous passons une soirée autour de la table et nous régalons car Jutta a préparé de délicieux plats végétariens, du riz complet et un curry à l'indienne. Elle nous redépose à l'aire de Bruchsal le lendemain matin vers 7h30, le plein d'énergie fait, prêts à solliciter un véhicule. J'avise alors un camion français immatriculé en Alsace. Quoi de plus naturel à deux pas de la frontière ! Il me faut sortir le "Grand Jeu" pour pouvoir convaincre Marcel, le chauffeur, de nous emmener et nous déposer sur la prochaine aire de service de Sinsheim en direction de Nuremberg, la ville des jouets. Il nous fait faire un virage à 90% que seuls, nous ne serions pas capable d'amorcer sauf si nous trouvions un "véhicule en or" à partir de là où nous sommes, ce qui suppose avoir de bonnes affinités avec "Dame la Chance". Lorsqu'il nous dépose comme je l'ai souhaité sur l'aire de service située entre les deux sorties de l'autoroute vers cette ville de Sinsheim, on peut apercevoir de l'autre côté de l'autoroute, des avions grandeur nature exposés en plein air, partie intégrante du musée de l'aéronautique qui fait la fierté de la ville.
Sur le parking poids-lourds, deux camions hongrois font la coupure avant de repartir pour deux fois quatre heures de conduite. Avec des rudiments de la langue hongroise, je parviens à les décider de nous embarquer pour un premier brin de conduite suivi d'un second agrémenté d'une pause pique-nique debout autour d'un rocher dressé en table. Il nous laissent à Amsfelden, juste avant d'atteindre Linz. Je fais l'aller-retour entre la pompe d'essence et le parking du restaurant pour trouver un véhicule pour deux. Je viens de m'adresser à deux hommes d'affaire hongrois en Lexus qui ont refusé, lorsque sur le retour vers le restaurant, j'avise un Autrichien qui s'avère être une de leur connaissance. Celui-ci les pointe du doigt dans leur voiture de luxe et me confirme qu'ils repartent vers la Hongrie. Les abordant de nouveau avec son aide, ils acceptent de nous embarquer pour Budapest me précisant qu'ils sont susceptibles de passer par le centre ville de Vienne. Ils sont dans l'attente d'un coup de fil. Ils se rendent à Kecskemét, soixante kilomètres plus loin que la capitale hongroise où nous nous rendons. Nous n'avons pas besoin de passer par Vienne que nous évitons. A proximité de la rocade (ringroad) qui contourne Budapest, nous descendons dans une station service pour trouver une voiture qui va au centre directement. Peine perdue car Tibor vient de se faire racoler par un routier pour qu'il le dépose plus au sud de la ville alors qu'il allait transiter par le centre pour se rendre de l'autre côté à Hatvan (60 en hongrois). Puisqu'il rend déjà service à ce chauffeur, nous les suivons et contournons Budapest pendant vingt-cinq kilomètres avant de repiquer vers le centre ville. Quelle générosité ! Cela arrive encore en Europe centrale au 21ème siècle. Qui oserait l'imaginer. Tibor est vraiment un gars sympa et prêt à rendre service. J'aime la Hongrie et ses habitants depuis novembre 1984, la première fois où je l'ai traversée à bicyclette en allant en Egypte. Nous restons tranquille trois journées à prendre du temps pour nous, avec les amis, à discuter et échanger, manger des mets hongrois assortis de vins rouges du Balaton, d'Oporto ou en provenance d'Eger. Je laisse Sophie en bonne compagnie - elle rentre en Eurobus (35 Euros) vers Strasbourg mercredi prochain.
Voyage à suivre dès lundi avec la traversée de l'Ukraine en deux journées. Je décolle le lundi 04 au matin vers l'Ukraine. Je vais à pied jusqu'au parc de Varösliget et me positionne au feu juste avant le pont autoroutier interdit au piétons. J'ai un écriteau indiquant "M3" (= Motorway 3) que j'agite sous le nez des chauffeurs. Je n'ai pas beaucoup à avancer, ni reculer. Un trafic Renault bleu immatriculé 75, Paris centre, retient mon attention. Je n'ai aucun doute, ce sont des Roumains. Je m'approche du véhicule côté passager et passe mon nez à travers la vitre. Je dois insister auprès du chauffeur, un gars autoritaire qui ne s'en laisse pas raconter une, une espèce de grosse brute avec du mépris dans la bouche pour tous ceux autour de lui (une façon de dire qu'il se montre insultant avec ceux autour de lui). Comme cela se passe souvent, il me permet d'ouvrir la portière roulante sur le côté spéciale passager de dernière minute. Je me retrouve à la hâte sur la banquette arrière en compagnie d'une jeune femme charmante, ce qui contraste singulièrement avec l'accueil froid et rude de l'ours non rasé, poitrail dépenaillé, au volant de son véhicule parisien. Erreur sur la provenance car ils viennent tous de Londres et transportent officiellement du tissu. La passagère à mes côtés et celui de devant utilisent ce moyen de transport payant pour revenir au pays qu'ils ont quitté en allant tenter leur chance en Angleterre lorsque la Roumanie a rejoint la Communauté Européenne le 01 janvier 2008. La "brute" tient bon le volant et conduit magistralement, très vite sans tenir compte du danger. Il est en colère lorsqu'une moto-école le force à ralentir, lui interdit de dépasser et lui ordonne de suivre derrière la flottille d'étudiants sur leur deux-roues. Une fois ceux-ci sortis de l'autoroute, il appuie à fond sur les pédales jusqu'au moment où ils sortent de l'autoroute en direction de Satu Mare (Roumanie). J'ai parcouru 180 kilomètres avec eux sur les 220 qui séparent Budapest du poste frontière de Zahony (Cop côté ukrainien). Je rattrape le rond-point et une couple très sympa s'arrête. Leur anglais est très limité voir inexistant. Elle, superbe brune genre poupée hongroise, un décolleté à faire loucher un bigleux est masseuse de métier et bafouille quelques mots d'anglais. Nemès, son mari fait très nounours à ses côtés comme s'il ne savait pas quoi en faire si elle venait à lui tomber dans les bras. Le courant passe entre nous trois. Il y a de l'excitation dans l'air ! Les corps ne demandent qu'à être réunis dans une partie remise à plus tard. Me mettant l'eau à la bouche, ils me font visiter leur coquette maison à deux pas de la route principale. J'ai droit aux coins et recoins du salon avec ses tableaux très suggestifs accrochés au mur. Je visite même le sauna avec des massages en perspective lors de ma venue cet hiver. Les beaux-parents sont présents pour le déjeuner. Je m'éclipse. Mes amis d'un jour me déposent à la frontière avec deux pommes dans les mains. - köszönöm szépen (Thank you very much). a közeli viszontlátásra! (à bientôt!).
Budapest (Hongrie) - Zahony (220 km) - Cop - Lvov (Ukraine, dors 60 km après avoir dépassé la ville de Lvov).
Je suis encore sous le choc. Violent contraste qui s'offre à ma vue avec cette queue interminable de trafic plein de "bêtes de somme" appelés à aller travailler dans la péninsule ibérique, l'Espagne ou bien le Portugal. J'avance à pied jusqu'au guériton et me faufile côté poids-lourd en me cachant derrière les trafics. Je connais bien ce passage frontalier ou le soldat te retient si tu es à pied. Il faut trouver un véhicule qui veuille bien t'emmener car il est interdit de traverser à pied le pont qui enjambe la Tisza. En échappant à ce contrôle d'entrée de jeu, je suis à l'immigration où je fais tamponner mon passeport. Les agents me rappellent, ce que je sais déjà, qu'il me faut un véhicule pour aller de l'autre côté. Ils sont toujours prêts à appeler un taxi mais je demande rapidement à un Ukrainien grassouillet, encaissé dans sa voiture apparemment trop petite pour sa grande taille, ses jambes écartées mal repliées viennent buter sur le volant. Sa femme est derrière avec leur enfant. Je m'assois à côté de lui. Le pont a été rénové. Fini les files d'attentes interminables de 2006/7. Avec l'entrée dans l'Europe de la Hongrie en 2004, les Ukrainiens viennent revendent en Hongrie au marché noir cigarettes et carburant beaucoup moins cher chez eux. Toute la zone frontalière est sujette au trafic très juteux car les prix sont multipliés par cinq notamment pour le tabac. Les cartouches sont cachées tandis que le carburant transite ni vu, ni connu dans les réservoirs qui sont ensuite siphonnés de l'autre côté avant que l'essence ne soit revendue. Les plus gros réservoirs font le plus de profit. Les voitures peuvent ainsi faire jusqu'à cinq aller-retour quotidien. Les gains sont énormes de l'ordre d'une cinquantaine d'Euros par jour. A quoi bon travailler légalement si la contrebande rapporte autant. Les douaniers sont arrosés au passage. Ils connaissent évidement tous les trafiquants. Comme en 2006/7, il y a un francophone qui me posent quelques questions en français. Je lui dit que je ne fais que traverser l'Ukraine et que je continue ensuite vers la Russie. Il traduit à ses collègues qui se montrent intéressés par mon histoire. L'officier d'immigration, non seulement appose un tampon d'entrée mais en rajoute un second avec la mention en russe: "transit Russia" et un nom "Konotop" qui se révèle être l'endroit où bifurquent les lignes de chemin de fer vers la Russie. Je ne remarque rien lorsque je réintègre le véhicule qui me dépose de l'autre côté de la dernière barrière. Ce n'est que plus tard, en inspectant mon passeport, que je remarque ce second tampon inhabituel et ce nom obscure que je ne comprends pas tout d'abord. Ayant l'expérience de l'Union Soviétique, je devine que c'est l'endroit par lequel je dois passer pour sortir du pays. Je pense au train naturellement. Mes yeux suivent les lignes de chemin de fer et je finis par trouver sur la carte de l'Ukraine cette ville à la sonorité familière que l'on aurait presque envie de visiter à l'entendre prononcer. Nœud du réseau ferroviaire ukrainien, elle est ma clef de sortie du pays même si je n'ai pas prévu d'y passer. Elle est mon nœud géorgien dont dépend mon avenir proche. Cette petite addition de l'officier peut me causer quelques difficultés à ma sortie du pays, une bonne raison pour me demander de l'argent. L'Ukraine n'est pas le pays d'Europe centrale le plus facile pour faire de l'auto-stop. Sur ma route vers la Crimée en mai 2007, j'ai eu toutes les peines du monde à accrocher les chauffeurs de poids-lourd. Quant aux voitures particulières, deux cas d'espèces: les propriétaires nouveaux-riches, voitures de luxe ou 4x4 flambants neufs sont pourris aux as et ils n'ont que faire d'un "franzous" sur le bord de la route ou bien les vieilles Lada turbinent toujours et rançonnent leur passager d'une heure ou d'un jour. Il y a beaucoup de combi familiaux ou véhicules collectifs payants appelés "marshoutka", dans la queue à la frontière, de retour de l'étranger, qui filent vers la capitale Kiev (870 km). Je parviens tant bien que mal à dépasser Lvov avec un camion qui s'arrête dans un routier à la campagne. J'aime ce genre de paysage champêtre quand je sais qu'il va falloir trouver un endroit pour la nuit. En totale liberté, sans dépendre de qui que ce soit, je prends un chemin de traverse et m'éloigne après avoir toutefois demandé au pompiste s'il n'avait pas un endroit abrité pour m'héberger. Je chemine heureux sous ce ciel étoilé. Je laisse dans mon dos la route, son restaurant et son aire de service, cachés par une petite déformation du terrain qui a tendance à s'élever. Je suis un chemin carrossable et débouche dans un espace vert délimité par de petites collines boisées. Je devine une habitation en face, à quelques centaines de mètres de distance, les chiens aboient et m'incitent à m'engager plus sur la droite. Je vise un bosquet au pied duquel je trouve refuge. J'étale ma couverture de survie pour protéger le duvet du sol. Je m'assois longuement et contemple le paysage, terre et ciel. Tout est calme. Quelle quiétude ! Les "yeux lumineux" qui courent le long du ruban asphalté vers la capitale se sont éteints. Les chiens rassurés se sont tus. Je peux m'étendre et trouver le sommeil. Je suis seul et content de l'être, satisfait d'avoir fait un bon bout de chemin depuis mon départ de Budapest ce matin. Je dois parcourir presque mille kilomètres demain pour être à proximité de la frontière russe. La date d'entrée de mon visa de transit est le 06 mai.
Mardi 05 mai: en route vers Kiev puis Kharkov (900 km).
J'ai du mal à reprendre le contrôle des opérations ce matin. Les véhicules s'échappent et me glissent des mains. Mon Pouce Magique n'arrive pas à les retenir. Je me déplace frénétiquement et dangereusement comme si un fil était tendu entre l'aire de stationnement et le ruban asphalté. Je suis impuissant et ne peux que regarder les rares véhicules de passage qui ne daignent pas s'arrêter. Je n'aime pas cette situation. Je ne peux pas agir, cela me met en colère. Il y a une source d'eau naturelle au bout du parking. Certaines voitures y font une pause pour remplir des containers qu'ils emmènent dans le coffre ou pour se rafraîchir le visage avant les longues heures de conduite jusqu'à la capitale ukrainienne, ma prochaine étape. En leur demandant poliment, je n'arrive pas à accrocher une voiture vers Kiev. Les locaux n'y vont pas mais certains visiblement comme leur plaque d'immatriculation l'indique s'y rendent. J'essuie plusieurs refus. Je partirai bien à pied sur la route mais si je commence à marcher, les véhicules vont me dépasser très vite et ne s'arrêteront pas. Pas de pitié pour les auto-stoppeurs dans ce pays où les gens font preuve de peu de commisération pour leurs semblables. Je démarre ma journée vers 7h00 avec un camion qui me dépose sur la rocade de Rivne. Un second polonais cette fois m'emmène jusqu'à Jitomir, une centaine de kilomètres avant la capitale. Il continue vers le centre ville et me laisse à l'intersection de la route qui contourne la ville et part vers Kiev. C'est à cette bifurcation que tout va se jouer. Piotr (Pierre), un commercial polonais, qui retourne à Kiev après une fin de semaine dans sa famille, m'embarque jusqu'au centre de Kiev où il réside. Nous n'allons pas brûler les étapes car il se montre très curieux à propos de mon voyage. Il est responsable pour la Russie et l'Ukraine d'une société de distribution de parfums alimentaires. Il parle parfaitement le russe mais n'aime pas le pays. Je le questionne à propos des femmes russes. L'opinion qu'il en a est éloquente, peu brillante et rejoins mon analyse.
A mon intention de continuer vers Kharkov, la seconde ville du pays, pour y arriver le soir même où je suis attendu par Alexis, Piotr s'esclaffe et me prends pour un doux rêveur. - "your idea to come in Kharkov today is completely unrealistic !"
C'est vrai qu'il faut vraiment y croire car l'après-midi est bien entamée et 490 kilomètres séparent les deux villes. Il me laisse, plein d'espoir, vers 15h30, à l'entrée d'une bouche de métro avec deux jetons bleus dans la main, sésames pour passer la barrière de contrôle et avoir accès aux trains. Je ne les utilise pas car, un coup d'œil dans sa direction, je remarque que le contrôleur s'est assoupi. Le plaisir de frauder à la française car je sais pertinemment que je n'en ferais rien de ces jetons qui vont maintenant voyager à travers la Russie jusqu'en Asie du sud-est. Je change de ligne et en route jusqu'à l'avant dernière station "Kharkhovskoïe stanica". Cela me prend presque une heure. Comme son nom l'indique, elle débouche, une fois les escaliers montés, sur la route qui se dirige vers Kharkov. Je m'adresse au chauffeur d'une Lada rouge garée contre le trottoir dans l'attente de son passager parti acheter des hamburgers à la mode ukrainienne. Les deux occupants, crânes rasés, avancent de quatre-vingt kilomètres vers Kharkov. Je suis déjà assis à l'arrière lorsque le passager revient. Ils font de nouveau une courte halte un peu plus loin sur la route et m'offrent une bière ukrainienne. Ils me lâchent au moment où ils tournent. Je n'ai pas le temps de finir de traverser la voie rapide qu'un camion s'arrête après avoir agité ma pancarte sur laquelle est écrit: "Kharkiv" (en ukrainien). Je prends soin de ne pas heurter la susceptibilité des autochtones. Tout comme Lviv (en ukrainien) et Lvov (en russe), Kharkiv s'écrit aussi kharkov (en russe). Il est de bon ton de faire des erreurs volontaires dans l'écriture d'une ville ou d'un lieu pour se distinguer et marquer sa différence avec les auto-stoppeurs locaux mais il ne faut jamais négliger le caractère nationaliste de certains peuples et les blesser dans leurs sentiments. Il me dépose sur une placette de village d'où je crains de ne pas pouvoir repartir. Après qu'il ait manger un morceau et fait des achats, nous continuons. Nous marquons une nouvelle pause dans une pompe à essence car le besoin s'en faisait sentir. Je remarque une Skoda et demande au chauffeur s'il ne va pas à Kharkov. La réponse est positive. J'insiste afin que mon chauffeur intervienne en ma faveur bien que le jeune représentant se débrouille en anglais. Je veux qu'il me recommande auprès de mon nouveau chauffeur. Le relais se fait sans problème. Me voilà à une heure et demie de Kharkiv distante de 160 kilomètres. Malgré la pluie, mon nouvel ange gardien roule très vite. Il fait l'aller-retour Kiev - Kharkiv une fois par mois. Il me propose de téléphoner à Alexis afin de l'avertir de mon arrivée. Je le remercie et retarde le moment de le joindre. Quand nous sommes en périphérie de Kharkiv, nous l'avertissons et convenons d'un rendez-vous au pied de la statue du soldat à la sortie du métro. Toujours en voiture, Sergueï me gratifie d'un tour "Kharkiv by night" avec quelques pauses obligatoires là où il considère que sont les plus beaux endroits de la ville. J'attends quelques minutes qu'Alexis se pointe avec Nastia, jeune étudiante universitaire francophone intéressante et intéressée de me rencontrer. Tous les deux chevauchent des VTT. Elle ne peut malheureusement pas rester longtemps. Il est déjà 23h00. Tandis qu'Alexis la raccompagne chez elle à vélo, je fais cuire du riz, des œufs durs et ouvre une boite de conserve de poisson. Je patiente en grignotant du fromage sec avec du pain noir ukrainien. Je n'ai pas encore diné lorsqu'il rentre. Une fois fini, je m'installe devant le clavier de l'ordinateur et pianote pour mettre en ligne un compte-rendu de ma journée sur les groupes "auto-stoppeur" (inclus sur deux sites d'hébergements gratuits et un Yahoo group). A l'heure qu'il est, j'ai déjà parcouru 2700 km depuis l'Alsace (1500 km en deux jours depuis Budapest) et ne m'accorde que 3h00 de sommeil (coucher à 3h30 et réveil à 6h30).
Mercredi 06 avril: passage de la frontière russe (2730 km parcourus depuis Strasbourg).
Alexis m'impressionne tout comme mon "pouce" doit lui sembler extra ordinaire. Beau gosse, il a de nombreuses qualités y compris celle de savoir danser mais c'est à l'extérieur qu'il s'éclate. Il a le corps fin et musclé d'un athlète en préparation constante pour tenter de battre son propre record. Son anglais est excellent même si je n'arrive pas à tout saisir du premier coup à cause de son intonation. Je le quitte en même temps qu'il part pour le travail. Il m'indique comment quitter la ville à pied sachant qu'il réside proche de la route qui part vers Belgorod située de l'autre côté de la frontière. Je me positionne à un carrefour où il y a un tramway qui fait l'aller-retour sur la ligne qui court dans ma direction. Je pourrais l'emprunter et pousser un peu plus loin mais je suis déterminé à ne pas utiliser de moyens de transport collectif. Rien que du stop même si je peux demander un "lift" gratis au contrôleur du tram en lui expliquant que je cherche la route vers Belgorod. Un vieux camion de l'ère soviétique amorce le virage dans un angle à 90 degrés. Il est si lent qu'il n'a pas besoin de s'arrêter. Je peux sauter dans la cabine en marche. Il est si poussif et concentre tant de chuintements et de tiraillements dans les essieux fatigués et rouillés que la douleur persiste lorsqu'il marque l'arrêt. La rouille lui rongé les articulations. Les roues et les roulement à billes préfèrent autant continuer à tourner pour les siècles à venir plutôt que de casser le cycle. Il se rend justement à Kursk après Belgorod dans la direction qui continue vers Moscou. Quelle chance ! Nous avançons lentement mais surement, vers le poste-frontière distant de 30 kilomètres de Kharkiv. C'est ce qu'il m'importe. Tandis qu'il marque l'arrêt côté douanes, j'attrape mes sacs et me dirige vers la guérite où se trouve l'officier d'immigration qui, après consultation de mon passeport, me demande: - Do you have Grievnas ? Dollars ? Euros ? - Je lui réponds: "non, non, non avec un grand sourire". J'avais pressenti que ce moment arriverait. Il me laisse poireauter devant sa cage puis revient à la charge. Il sait que je suis à pied (en auto-stop, c'est être considéré comme sans véhicule. J'ai déposé par chance mes sacs à un endroit où un autobus marque une pause. Je lui fais signe que je suis attendu afin que l'autobus puisse redémarrer. Vu qu'il sait que je ne lâcherai rien, il préfère rester dans de bons termes et me donner le tampon de sortie du pays sans mentionner l'annotation "Konotop" inscrite à l'entrée. Je reprends mes sacs et continue à pied vers le garde-barrière russe qui jette un coup d'œil sur mon passeport et visa russe avant de me diriger vers le cabanon où l'officier d'immigration, correct et cordial, m'accorde l'entrée sur ce vaste territoire, le pays le plus grand du monde qu'il me faut traverser en seulement onze jours de transit. Il n'y a pas de stylo pour remplir la fiche signalétique d'entrée dans le pays. Malgré son ton poli, l'officier n'en a même pas un à disposition du public. J'en emprunte un à une jeune femme passagère d'une voiture qui me le laisse au moment où elle reçoit son passeport visé. La distance à parcourir est de 7380 kilomètres depuis la frontière ukrainienne jusqu'à la Mandchourie (province chinoise). Je ne réalise pas encore la distance bien que je sais que le pays est très grand pour l'avoir déjà traversé à maintes reprises. En 1988, avec le train - le Transmandchourien à l'aller vers Pékin et le Transmongolien au retour vers Moscou. En 2003, à vélo, depuis Strasbourg jusqu'à Irkoutsk puis Vladivostok (14 000 km). Le calcul est très simple (en arrondissant): - 7380 : 11 (jours de transit) = 670 km quotidien à parcourir. Si l'on ne tient pas compte ni du jour d'entrée, ni du jour de sortie, ou les délais de passage à la frontière ralentissent la progression, cela donne : - 7380 : 9 = 820 km. En aucun cas, il ne m'est pas possible de prendre un jour de repos. Je dois rouler minimum 400 km par jour dans le pire des cas - 23h00 exactement car il y a une heure de décalage, une heure en moins tous les 800 km parcourus qui équivalent en temps à un créneau horaire - si je ne veux pas accuser de retard sur mon itinéraire. Je prends conscience de ces obligations lorsque j'atteins Samara située sur la Volga, 24h plus tard. Mon itinéraire était de passer la frontière ukrainienne à Donetsk en direction de Volgograd puis de remonter le cours du fleuve vers Tcheliabinsk. J'ai du couper au plus court et éliminer une étape en Russie car je suis resté trois journées entières à Budapest, ce qui m'a remis sur la route le lundi 04 avril au matin avec seulement un temps limité de deux jours pour traverser l'Ukraine, mon visa russe étant daté à partir du 06 avril.
Yura m'embarque une fois passé la dernière barrière du poste-frontière. Je dois avouer que cet accueil russe plus que correct et poli contraste singulièrement avec la façon dont j'ai toujours été accueilli dans les consulats russes dans le monde entier et lors de mes précédents passage de frontière. Yura parle bien l'anglais, dépasse le centre ville et se rend à son atelier de voiture situé sur la route de Voronej (250 km de Belgorod). J'ai une chance inouïe qu'il aille dans la bonne direction car les villes sont grandes et étendues. Pour les contourner, les rocades dépassent parfois les trente quarante kilomètres et atteignent parfois plus de cent kilomètres comme par exemple autour de Moscou, ville capitale de la Russie qui est à elle-seule un cas à part. Dès qu'il me dépose un camion avec une remorque dont le chauffeur m'a vu descendre de la voiture de Yura s'arrête avant qu'il n'ait eu le temps de redémarrer. Le camionneur m'invite à déjeuner d'une espèce de bortsch dans un routier russe, sorte de cantine populaire sur le bord de la route. Le caractère boueux du parc de stationnement du aux pluies passagères contraste singulièrement avec l'intérieur propre et coquet de la salle de restaurant hyper chauffée pour un climat si tempéré. Il me dépose sur la bonne route dans la direction de Tambov que je n'atteindrai pas ce soir. Valentine (41 ans), séductrice malgré quelques dents de devant abimées, sort le grand jeu. Nous nous excitons un peu et nous taquinons l'un l'autre le temps que dure notre aventure automobilesque. Divorcée, elle habite à Voronej avec sa fille et va voir sa mère à Lipeck (120 km). Je descends de sa voiture à contrecœur mais qu'est-ce que je peux y faire. Elle m'a demandé mon numéro de téléphone mais n'en ai pas. J'ai le téléphone en horreur. Je sais que je peux envisager la revoir si je reviens à Voronej. Je ne fais jamais marche arrière et mon temps est limité. Elle fait encore un petit bout de route pour me laisser à un rond-point idéal pour pouvoir repartir plus facilement. Je sens bien que cela l'embête de me lâcher. Nos deux cœurs ont failli faire chavirer la chaloupe dans laquelle je suis en train de naviguer. La bise, le sac et me voilà de nouveau sur la route libre comme un oiseau sans fil à la patte. Je décolle avec des ailes de Séraphin même si c'est un poids-lourd qui m'emporte le cœur léger puis une succession de voitures particulières qui finissent toutes par tourner dans la forêt et rentrent chez elles à la fin de cette belle journée. Elles me laissent à l'intersection sur la route principale. Je réussis tant bien que mal à pousser plus loin avec une espèce de médecin branché, petite queue de cheval naissante attaché avec un élastique, marquant une pause qui dure. Chaque minute compte car la nuit approche et l'obscurité guette sa proie. Il est toujours plus difficile de naviguer dans la noirceur et d'agiter un bras pour arrêter un véhicule lorsqu'il fait nuit. Lorsqu'il a fini de discuter affaires avec de vagues connaissances, il reprend le volant pour me déposer un peu plus loin à la bifurcation qui mène vers Dobrianka (3 km). J'hésite à le suivre mais renonce. Ma place est sur la route. Je continue à pied pendant trois kilomètres et aperçois à proximité de la route des toits de maisons ayant l'air inhabitées. Je distingue à deux-cent mètres un embranchement qui permet de les atteindre les pieds secs mais je préfère prendre un raccourci à travers les herbes pour les aborder de derrière. Ce sont principalement deux petites fermettes abandonnées. Je visite les cours intérieures, enceintes cloisonnées qui permettent de garder les porcs et les volailles. Il n'y a pas âme qui vive. Je m'installe dans une petite réserve à foin, sorte de mini grenier dont l'entrée indépendante jouxte le portail qui s'ouvre sur la courette annexe. Je suis déjà endormi quand une voiture dépose dans la nuit une femme, propriétaire de la maison. Elle ne se doute pas qu'un inconnu occupe sa douillette "chambre d'ami". Chacun dans nos quartiers, nous passons une nuit tranquille (480 km depuis la frontière).
Samara, la Volga et Anastasia, l'ambassadrice CS.
Très tôt le matin, réveillée avant l'aube, elle nourrit les poules sans remarquer que le portail a été ouvert la veille. Je l'ai refermé correctement. Les morceaux de tôles sous la porte pour empêcher les animaux de s'échapper ont été replacées mais auraient pu éveiller son attention quant à ma visite. Le loquet de mon cagibi sur sa droite est ouvert car je suis à l'intérieur. Quelle bonne idée elle a de ne pas ouvrir son grenier à foin et de me laisser en toute discrétion sur la paille. Cela lui évite des cris et un peu de frayeur. J'ai le droit à mon intimité finalement même si je suis hôte clandestin. Elle a aussi la bonne idée de ne pas refermer le loquet. Je ne souhaite pas me retrouver prisonnier dans ce trou noir fait comme un rat dévoré par les cafards. Je suppose qu'elle ne remarque pas qu'il est pendant. Je ne veux qu'elle me retrouve plus tard le corps desséché comme un mari dont elle aurait voulu effacer l'existence mais conserver des traces. Je me tiens à carreaux lorsqu'elle est proche et fais le mort, celui qui dort en faisant attention de ne pas faire de bruits, ni de bouger. Une fois qu'ils ont quitté, un peu plus tard, à la lumière du jour, je roule mon duvet et quitte mon refuge d'une nuit. Je n'ai pas eu besoin de réveil. L'arrivée tardive et le départ matinal du véhicule ont rythmé mon sommeil. Plusieurs personnes l'occupaient car j'ai pu différencier plusieurs tons de voix, principalement des hommes. Ils font équipe ensemble et partagent les frais de déplacements avec le covoiturage. Où travaillent-ils ? Hier soir, je n'ai pas vu un bâtiment qui ressemblait de près ou de loin à une usine dans cette campagne russe. Se rendre à Tambov quotidiennement distant d'une centaine de kilomètres prendrait beaucoup de temps mais le fait qu'ils soient rentrés tard et partis tôt peut expliquer cela. J'aurais presque pu me lever et les suivre car je pense qu'ils ont pris la direction de Tambov, celle que je suis depuis Voronej. A l'embranchement repéré hier soir, il crachine. Un seul abri d'autobus sur la route en face, pour les voyageurs dans l'autre sens, me protège partiellement et m'évite d'être trempé. Je hèle les éventuels voitures de passage, principalement des pick-up et tous véhicules susceptibles de m'embarquer mais ils se font rares. Je décroche la timbale avec un mini fourgon branché sur un air de salsa qui dépasse Tambov et me laisse à une intersection en pointe où a été construite une station service, une fourche qui divise la route en deux branches dont l'une continue vers Samara. Un départ matinal en musique, signe auspicieux d'une longue journée de voyage dont le but est d'arriver en soirée chez Anastasia, l'ambassadrice du couchsurfing de la ville de Samara située sur la Volga. Ce sera une journée "camion", peu importe la marque Man, Renault ou Fiat ou bien le chauffeur. Trois occasions, trois cas particuliers, trois routiers très différents les uns des autres. Le premier me repêche à la station service et me laisse à proximité de Pienza, la dernière ville régionale importante avant Togliatti et Samara, distantes de presque un demi millier de kilomètres. Mon deuxième chauffeur a tout l'air d'un play-boy, la trentaine bien entamée. Il se rend à Samara mais nous n'y arriverons pas ensemble. Sur la route, à la sortie d'une bourgade, il s'arrête là où une jeune fille visiblement l'attendait après s'être donné rendez-vous par téléphone. Une connaissance nécessairement, une amie, un membre de la famille. De la voir habillée ainsi, des bas trop grands qui dépassent de ses chaussures à talons, des collants mal ajustés sur des jambes allumettes, en chemisier ouvert sous un paletot à donner froid au plus endurci des cosaques, j'ai pitié et n'ose même pas la regarder. Je fuis son regard alors qu'elle cherche le mien. L'un de ses "mecs", mon chauffeur, est descendu lui parler. Elle l'embarque vers un pâté de maisons pendant une vingtaine de minutes avant qu'ils ne reviennent accompagnés d'une autre femme. Ils me demandent d'attendre sur le bas-côté pendant qu'ils montent tous les trois en cabine. Je suis un peu désorienté. Il ne va tout de même se les taper toutes les deux, se faire sucer ou se faire un truc à trois. Quelle énergie dont il fait preuve ! Je ne doute pas qu'il soit hyper nerveux et très actif mais tout de même. J'ai la présence d'esprit de grimper sur le marchepied et d'exiger qu'ils sortent mes deux sacs. Sait-on jamais ! Elles s'exécutent puisqu'elles sont assises côté passager. Debout avec mes sacs au pied du camion, j'ai l'air d'un couillon. Ils verrouillent les portières et tirent les rideaux. Ils n'avaient plus qu'à démarrer et filer avec mes bagages. Je ne pense pas que c'était leur intention mais inutile de prendre des risques d'autant plus que ma banane était dans le sac-à-dos. Si c'était des préservatifs dont ils avaient besoin, qu'ils me le fassent savoir car j'en ai plein mon sac à distribuer. Je n'ai aucune idée de ce qu'ils fabriquent. Bien qu'aucun gémissement ne soit perçu, je décide de me retirer, déménager et me placer à une distance respectable de l'avant du camion de telle façon que je puisse "faire du pouce" et arrêter un véhicule de passage. Je ne veux pas être un spectateur passif et aveugle. Action, please ! Un Renault bleu puissant au volant duquel son chauffeur s'ennuie à mort me ramasse tout de suite et essaye de me faire parler mais mon russe à ses limites que le chauffeur ignorait avant de m'emmener. Je peux répondre de manière simple à des questions mais je ne peux pas m'exprimer clairement pour donner mon opinion à propos des femmes russes par exemple ou expliquer quelle est la différence entre une Française et une Russe. J'arrive à me faire comprendre mais c'est très laborieux. La gente féminine intéresse beaucoup les routiers du monde entier. Au bout d'un moment, c'est-à-dire très rapidement, je me lasse. La fatigue du voyage ajoutée au manque de sommeil me rend insupportable ces questionnements incessants. Je regrette de ne pas pouvoir plus échanger mais parfois, c'est mieux ainsi. Ce qui est moins courant - la gente féminine qui s'intéresse à la gente féminine - et cela, la question m'a été posée uniquement dans ce vaste pays qu'est la Russie par des femmes: "où sont les plus belles femmes ?" généralement suscite la curiosité masculine. Elles avaient la réponse car elles m'ont affirmé qu'elles étaient en Russie, raison pour laquelle les Européens venaient les chercher et les marier ! Je ne les ai jamais contredite. Je ne vais pas prêcher le contraire à des femmes très centrées sur elles-mêmes la plupart du temps, déesses de l'égocentrisme et de l'hédonisme. Dans le centre de Togliatti, une ville à consonance italienne, je me positionne à un rond-point et lève le pouce en même temps que mon panonceau "Samara". Je ne suis pas long à décrocher une voiture particulière qui s'y rend (60 km). A l'entrée de Samara, nous empruntons la vieille route pour arriver au centre et évitons un détour par la nouvelle route qui, plus loin à un carrefour, donne accès à la route vers Yfa et Tcheliabinsk qu'il me faudra rattraper à partir du centre ville. La vieille route permet d'avoir une perception différente et une vue surannée de ce que pouvait être Samara il y a quelques dizaines d'années. Rien ne semble avoir bougé. La pluie constante ajoute une touche de carte postale figée dans le temps à laquelle la permanence et l'immuabilité se sont attachées. De larges avenues nous accueillent une fois sortis des bois qui entourent la ville. De l'autre côté du fleuve, une zone récréative accessible l'été par un câble tendu au-dessus de la Volga. Les estivants s'y accrochent assis dans des paniers et volent d'une rive à l'autre. Quant mon chauffeur me dépose, je suis encore en périphérie de Samara. Le tramway 20 me guide jusqu'à la place Kubitschek où j'ai rendez-vous avec mon ambassadrice de charme. La "babouchka", digne receveuse dont le visage émacié me fait penser à une grand-mère de l'Altaï, n'exige pas le prix de mon transport. Avec l'aide d'un couple, j'ai pu lui expliquer d'où je viens et ce que je fais. Tram-stop en raccourci. Pour me nourrir, sans argent depuis la frontière, j'ai cuisiné en avance une salade de riz chez Alexis que je conserve dans trois briques de lait découpées sur le dessus pour pouvoir enfourner le riz, une façon de les recycler et surtout d'avoir d'excellents containeurs garni de papier d'aluminium à l'intérieur et garant d'une bonne préservation de la nourriture (3 jours sans problème). Je vais pouvoir me reposer quelques heures toutes les 48h00 pendant ce voyage à travers la Russie puisque j'ai prévu six points de chute comme celui de ce soir. Celui de Volgograd a été annulé puisque j'ai pris au plus court. Irkoutsk et Chita le seront aussi pour d'autres raisons. Il ne m'en reste que trois certains mais des rencontres inopinées permettront des hébergements spontanés d'une nuit, raison pour laquelle j'aime cette forme de voyage totalement improvisé. C'est l'occasion de prendre une douche, laver le linge à la machine (une seule fois à Krasnoïarsk), cuisiner une salade de riz pour le lendemain sur la route.
J'attends quelques minutes à l'abribus quant une jeune et jolie demoiselle vient me cueillir et me donner "un p'tit coin de parapluie pour un coin de paradis". Son français est excellent. Sans un contact électronique au préalable sur l'un des sites d'hébergement, je ne l'aurais jamais rencontrée, unique raison pour laquelle je suis inscrit et enregistré sur ces "club de rencontres" virtuels. Anastasia vit avec sa mère et son petit frère dans un appartement cossu. Quelques très belles photos d'elles ornent les murs du salon. Nous échangeons longuement autour de la table autour d'un fond de bouteille de rosé italien laissé par les précédents "couchsurfeurs". Avant qu'elle n'aille se coucher, elle m'allume l'ordinateur. Je rédige en anglais mon journal de ces dernières 48h00 que je mets en ligne. Bravo la technologie ! J'ai parcouru 820 kilomètres aujourd'hui (820 + 480 = 1300 km depuis la frontière). Bonne nuit (courte 3h00-6h00 = 2h00 de sommeil).
08/ 09/10 mai: Samara - Yfa - Tcheliabinsk - Tioumen - Omsk.
Même si je voulais rester une journée entière en compagnie de Nastia et sa mère, cela ne serait pas possible à cause de mon temps de transit éclair durant lequel je ne peux me permettre de séjourner 24h00 à aucun endroit. De toute façon, même si j'en ai envie, Nastia part au village voir sa "mamie" (comme elle l'appelle) avec son père dans la voiture de son oncle. La "mamie" n'habite pas dans la direction où je vais. Je ne peux même pas les joindre pour décoller de Samara et prolonger l'instant magique de la nuit. Je décide tout de même d'aller faire un tour dans les vieux quartiers de la ville, là où est située l'Alliance française. J'aimerais bien taper quelques pages de mon journal en français sur un clavier azerty. Peine perdue, ils n'ont que du qwerty. Quand je retourne à l'appartement afin de récupérer mes effets et disparaitre, je laisse un camembert dans le frigidaire. Le "Rustique" moulé à la louche, le plus fait dont la date de consommation expire le 01 juin 2009 afin qu'il ne se gâte pas davantage dans mon sac. Celui que je préfère aussi. Faire plaisir à l'autre et savoir donner quand on a reçu. Avec le recul, je pense qu'il fallait mieux donner celui qui était moins odorant bien que de qualité inférieure. Je n'ai jamais su si elle l'avait consommé ou pas mais je pense que nos critères de sélection concernant les goûts ne sont pas identiques d'un peuple à l'autre. Je me suis rendu compte qu'il ne fallait pas nécessairement se priver d'une "délicatesse" pour faire plaisir à l'autre surtout en ce qui concerne les vins, les fromages, le chocolat noir, en raccourci les plaisirs du palais. Les gens ne les apprécient pas à leur juste valeur. Une autre raison pour laquelle je ne peux pas demeurer sur place, c'est la proximité du jour férié dit "jour de la Victoire" du 09 mai 1945. Célébré le 08 mai dans la plupart des pays d'Europe de l'Ouest, il l'est le 09 mai en Russie parce le document fut signé tard le soir du 08 mai. Avec le décalage horaire d'une heure de Moscou sur Berlin, cela correspondait à la date du 09 mai 1945, date à laquelle le gouvernement russe annonça la capitulation de l'armée allemande devant les forces alliées sur le front Ouest. Le jour férié tombant un samedi, le lundi par substitution ne sera pas travaillé or Olga, mon prochain contact à Omsk distante de 1800 kilomètres m'attend pour le 10 ou le 11 mai. J'ai peur qu'il y ait moins de véhicules sur les routes. Ces fins de semaine à rallonge - petits ponts de trois jours - permettent aux familles et amis de se retrouver. Les voitures sont pleines à craquer et il y a moins de camions en mouvement car ils ont le droit eux aussi à des jours de repos. A la mi journée, ayant petit-déjeuner, je m'éloigne à pied de l'appartement et longe le parvis magnifique qui surplombe la Volga majestueuse, puissante et tranquille. A chaque fois que je demande la direction d'Yfa et comment sortir de la ville à pied, les gens s'esclaffent et me disent que ce n'est pas possible. Je me positionne à un feu et saute très rapidement dans une voiture après qu'Igor ait baissé sa vitre pour savoir ce que je voulais. Par chance, il va chez Castorama situé en zone industrielle à la sortie de Samara. Il est vrai qu'il n'y a pas besoin de venir à Samara en Russie pour se rendre chez Casto. Il y en a de plus proches en Normandie ou en Alsace. Un magicien dans un camion de sable sans Pimprenelle me dépose à l'intersection évitée hier soir en empruntant la vieille route. Une route se dirige vers la capitale Moscou et une seconde vers Yfa et Tcheliabinsk (868 km). D'entrée de jeu, une Lada avec un chauffeur fou m'embarque pour une petite centaine de kilomètres. Nous avons du établir un temps record pour parcourir cette distance. Ma moyenne kilométrique diminue avec un Man surchargé en route vers Tcheliabinsk et doit tourner autour de 400 kilomètres aujourd'hui. Il s'arrête sur l'aire de stationnement d'un restaurant. Je trouve refuge dans un bâtiment en construction. J'étale mon duvet sur la couverture de survie pour le couper du sol. Inutile de dire que je l'apprécie dans ces moments.
Je suis réveillé à l'aube et tente quelques "coup de pouce" aux rares voitures qui s'annoncent. Ne voilà-t-il pas qu'une voiture japonaise toute équipée pour un handicapé en provenance de Samara et allant à Ekaterinbourg fait une pause et me remarque sur le bord de la route. Le chauffeur claudicant vient me voir et me demande où je vais. Il veut visiblement m'aider et me faire faire un bout de chemin en direction de Tcheliabinsk. Sa femme est installée à l'arrière avec leur enfant, le siège à côté de lui est vacant. Je m'installe et ne pipe pas un mot car un lecteur DVD fonctionne avec un film d'animation pour le gosse. Sans prévenir, quelques quatre-vingt kilomètres plus loin, il s'arrête près d'une station service et m'ordonne de descendre. Tout comme subitement, il est venu me "pêcher miraculeusement", il me lâche maintenant dans la nature. Je n'argumente pas tellement sa réaction est déconcertante. Je n'essaye même pas de le persuader de m'emmener plus loin. Je me dis qu'après tout, je dois lâcher prise et accepter les événements tels qu'ils se présentent. Quelque chose de "vraiment spécial" et nécessairement meilleur m'attend après ce malheureux "coup du sort". Je ne peux pas ignorer le fait qu'il ait fait preuve de bonne volonté. Le fait de déplacer un pion et de l'approcher de la reine peut aider à la victoire. Je me convaincs que de toute façon, je ne dois plus être très loin de Tcheliabinsk. Une fois mon bon Samaritain reparti, je fais en vain des aller-retour à la pompe à essence. Les voitures restent dans le coin sauf quelques unes en transit sur de longues distances qui refusent car déjà occupées. Je tend le bras pour arrêter n'importe quel véhicule venant dans ma direction. Une voiture avec un jeune gars au volant stoppe à ma hauteur. Il descend et viens m'ouvrir le coffre pour y placer mon sac à armature. Je tombe des nues et suis abasourdi lorsqu'il me dit qu'il rentre chez ses parents à Tioumen distant de presque 800 kilomètres. Voilà le bon "coup de pouce" que je sentais venir. Je l'ai flairé, celui-là ! Il est militaire à Rostov et profite du jour férié pour rentrer visiter sa famille. Nos échanges verbaux sont très limité. Je ne veux pas commettre d'impair et me faire débarquer alors que je peux rouler toute la journée sans discontinuer. Nous évitons et contournons Tcheliabinsk qui était encore à 280 kilomètres lorsqu'il m'a pris en stop. J'élimine volontairement un de mes contacts dans cette ville car nous sommes samedi et Elena est probablement en train de dormir à l'heure qu'il est. Je n'ose même pas lui téléphoner de peur de la réveiller et la déranger. Nous poursuivons notre route vers Kurgan (140 km) et Tioumen (190 km), porte d'entrée de la Sibérie à laquelle je ne m'attendais pas à frapper si vite. Je veille à ne pas froisser mon chauffeur par un geste déplacé et prends soin de lui. La route principale qui relie Kurgan à Omsk transite par le Kazakhstan. Etant dans le doute quant aux conditions de transit sur cette portion de la transsibérienne, je préfère continuer avec "mon chauffeur d'un jour le plus long" et passer par Tioumen avant de reprendre la route vers Omsk (620 km). Je lui explique tant bien que mal car je sais qu'il ne comprend pas que je veuille continuer avec lui. Omsk (720 km) est indiqué tout droit avec un passage par le Kazakhstan obligatoire sans savoir si je ne serai pas refoulé à la frontière. Le détour de Kurgan à Tioumen est presque de 200 kilomètres plus les 620 kilomètres jusqu'à Omsk, ce qui fait une différence d'une centaine de kilomètres seulement (200 + 620 = 820 - 720 = 100 km). Il me dépose finalement en fin d'après-midi à la sortie de Tioumen. Les deux routes contiguës, celle par laquelle nous entrons en ville et celle par laquelle je dois sortir, se touchent et forment un angle aiguë dans la périphérie sud de la ville. Je descends de la voiture en remerciant mon bienfaiteur et marche jusqu'à la route en direction d'Omsk. Je fais le pari que je vais décoller ce soir et y arriver demain matin. Un gars me lance sur la voie rapide pendant vingt-cinq kilomètres. Après quoi, j'assiste à un défilé de voitures avec un concert de klaxons, les hampes des drapeaux russes étant maintenues dans les vitres ouvertes des portières. Ils fêtent la victoire. Les Russes peuvent être très nationalistes. En tant qu'étranger, je dois me faire remarquer sur le bord de la route essayant d'attraper un véhicule. Pourvu qu'ils n'aient pas l'idée de penser que je suis allemand, sinon je peux passer un sale moment si je tombe sur des types bizarres. Je dépasse cette bourgade un peu trop enthousiaste à mon goût et obtiens successivement deux voitures avant de rencontrer "le chauffeur de mes rêves" ou bien appelons-le encore tout simplement "le camion de ma nuit". Celui-ci projette de rouler toute la nuit. Il m'a emmené pour pouvoir discuter afin qu'il puisse rester éveillé. Je vais faire face à la même difficulté de communiquer en profondeur dans la langue russe sur des sujets les plus divers. Nous dînons dans un routier de plats capables de nous tenir au ventre toute la nuit. Plutôt qu'une invitation à diner, je préférerai que nous avertissions Olga de mon arrivée matinale demain matin en lui téléphonant. Au menu, une terrine de pommes de terre aux lardons puis une assiette de soupe accompagné de pain. J'accepte le thé malgré l'heure tardive. Je dois me tenir éveillé, être vigilant et veiller à ce que mon chauffeur ne s'endorme pas. Nous repartons 3/4 d'heure plus tard et roulons non-stop jusqu'au petit matin où nous arrivons à Omsk. Proche du centre ville, nous essayons de contacter Olga sans succès. Il est 7h30 du matin quand je descends du camion. Nous avons tenté maintes fois de la joindre. La voix du répondeur téléphonique nous demande de la rappeler plus tard. C'est peine perdue ! C'est comme si la ligne n'était pas joignable et hors réseau. Olga avec qui, depuis deux mois, j'ai échangé près de vingt-cinq courriels avant d'arriver à Omsk m'a pourtant demandé de venir de préférence le 10 ou le 11, pendant un de ses jours de repos. Je suis confus et un peu en colère. Qu'est-ce qu'elle fout ? Où es-t-elle ? Je n'ai même pas son adresse. J'avance à pied jusqu'au carrefour. Je ne sais même pas par où aller ne sachant pas dans quel quartier elle habite. Lorsque je suis attendu habituellement, j'ai localisé avant de commencer le voyage à l'aide d'Internet l'endroit où mes hôtes vivent, c'est-à-dire situer la rue dans la ville et savoir si c'est du côté où je vais arriver en ville au nord ou à l'opposé au sud, à l'est ou à l'ouest. Beaucoup de chauffeurs connaissent les rues des villes et me demandent l'adresse où je vais. Ils m'aident à trouver l'endroit et même parfois la personne que je cherche, ce qui à priori semble inimaginable que les gens soient si serviables. Cette façon de planifier permet un gain de temps et évite d'avoir à téléphoner. Il faut alors attendre dans la gare (de train ou routière) que l'hôte soit disponible et vienne vous rencontrer. Ensuite, il pourra vous accompagner chez lui. Mes hôtes n'ont pas la moindre idée que je n'ai pas de téléphone portable. Je joue de malchance avec le téléphone. A chaque fois dans ma vie personnelle quand j'ai eu dans le passé besoin d'appeler, le portable était toujours éteint. Ma communication se fait via le site par échange d'E-mail. Que faire ? Une voiture s'arrête à l'angle. Je suis abordé par Volodia qui en sort. "Kann ich Dir helfen ?" (Puis-je t'aider ?) Je remercie le plus grand des hasards, appelons-le encore le destin, de me remettre entre les mains de cet homme providentiel. Il est accueillant et prêt à me rendre service. Il propose de me rapprocher du centre ville où il habite et m'invite à prendre une douche et déjeuner dans son appartement. Sans me connaitre ni d'Adam, ni d'Eve, cet illustre inconnu me laisse rentrer dans sa vie et partage avec moi le fruit de son travail en attendant qu'Olga se réveille et que l'on puisse la joindre ou bien que l'on trouve une solution. Il me reproche de ne pas avoir son adresse. Comment peux-tu être si stupide ? Venir jusqu'à Omsk sans aucune adresse. Je dois ouvrir ma boite aux lettres car elle me l'a peut-être envoyé dans son dernier courriel que je n'ai pas encore lu. Il a parfaitement raison. Son raisonnement est logique. Quand je lui dit que j'ai "rencontré" Olga en ligne, il se méprend sur le sens de rencontrer, il la jette aux orties et me prie de la laisser tomber. Il veut me déposer sur la route qui conduit à Novossibirsk. J'ai roulé toute la nuit sans dormir. Je suis lessivé mais je ne veux pas abandonner mes recherches et quitter la ville sans voir Olga. Je bois du thé noir et mange de la "griechka" en noyant mes inquiétudes dans deux alcools forts fait maison. Il n'y a toujours pas de réponse aux appels successifs. Mon salut réside dans l'ouverture de ma boite aux lettres. Vers 9h00, ultime espoir, nous sortons et gagnons le centre commercial situé en face de sa barre d'immeuble. Il n'y a pas de café Internet. Je demande à une jeune fille plutôt sexy dans sa robe très courte de taffetas noir si je peux avoir accès à l'ordinateur de la boutique dont elle est responsable. Je lui explique mon cas. Elle accepte. Je prends note de l'adresse d'Olga reçue la veille. Volodia connait très bien la rue puisqu'il y a vécu il y a une dizaine d'années quelques numéros de porte plus loin. Heureux hasard qui fait bien les choses. Il est temps pour lui de commencer sa journée. En partant à la campagne, il me dépose à l'adresse indiquée. Il me quitte pour aller à sa datcha. Personne ne répond à l'interphone. Je réussis à monter à l'étage jusqu'à la grille derrière laquelle s'ouvrent deux portes d'appartement qui se font face. Je sonne à l'une et à l'autre. La voisine ouvre et me dit qu'elles - Olga et sa mère - ont quitté la veille au soir pour leur datcha et seront probablement de retour ce soir. Même téléphoner hier soir n'eut servi à rien si elles avaient déjà quitté l'appartement. La datcha est trop éloignée et n'a pas de réseau pour être jointe avec un portable. Quelques appels ont abouti. Olga décroche mais ne peut pas répondre. Dans mon dernier courriel, je lui ai dit que j'allais faire l'impossible pour être à Omsk le 10 ou le 11 tout en lui disant de "vivre sa vie" et qu'elle fasse ce qu'elle à prévu mais je n'imaginais pas qu'elle partirait passer la nuit à la campagne. De quoi me faire rager ! C'est bien la peine d'entrer en contact et passer tant de temps à correspondre avant de se rencontrer alors que le "moment magique", la rencontre réelle dure si peu.
Je laisse mes sacs en sécurité pour la journée sous la responsabilité de la voisine d'en face. Je reviendrai les récupérer en fin d'après-midi. J'ai la journée entière pour faire ce que je veux. Je remonte la grande avenue et retourne lentement en direction de ma "poupée de taffetas noir". Je vais lui demander si je ne peux pas faire ma correspondance et rédiger mon compte-rendu de ces dernières 48h00. Elle n'a vraiment que la peau sur les os et sa gentillesse égale sa beauté, une peau diaphane sous laquelle coule des veines d'ébène. Elle accepte. Je lui tiens compagnie pendant deux heures. Personne n'entre dans la boutique. Mon travail d'écriture achevé, je m'assois sur un banc au rez-de-chaussée et regarde les clientes entrer et sortir du centre commercial. Elles jouent un rôle et se composent toutes un personnage de femmes fatales avec une taille idéale et un soutien-gorge qui rehausse leur poitrine et la met en valeur. Bien que toutes différentes physiquement, il y uniformisation des goûts et des valeurs, toutes sur la même ligne de consommation. Je m'amuse à les regarder. Certaines n'ont pas peur du ridicule à cause de leur petite tenue (in)décente. Elles font vraiment dans le mini mini. D'autres accoutrements prêtent à sourire. J'ai l'impression d'être spectateur attentif d'une comédie dont le film pourrait être intitulé "Jolies femmes". Ainsi va la mode en Russie. Je sors ensuite me balader le long de la Volga. Une promenade tout en béton la longe et je fais l'aller-retour plusieurs fois. Que faire d'autre ? Les gens musardent en famille. Je n'ai pas la tête à lire. Attendre le retour éventuel d'Olga car qui dit qu'elle reviendra aujourd'hui. Ah ! ces femmes russes... Elles vous feraient tourner en bourrique.
Vers 18h30, je retrouve la voisine et l'appartement toujours vide. Je vais devoir reprendre mon sac et trouver un endroit pour passer la nuit. J'ai repéré des logements vacants en cours de construction. Au moment ou je l'attrape en haut des marches de l'escalier et passe les bretelles prêt à redescendre, j'entends la porte de l'ascenseur s'ouvrir. J'ai une seconde d'hésitation avant de quitter et ne voilà-t-il pas qu'apparaissent Olga et sa mère, fatiguées de leurs travaux des champs. Olga me dit clairement qu'elles sont lasses. Je n'ai pas à protester. Je dois considérer que dans mon malheur, j'ai de la chance de ne pas les avoir raté. Cela s'est joué à quelques secondes près. Je ne lui en veux et joue "le grand jeu" comme si c'était une journée exceptionnelle. Après que nous ayons tous pris la douche, j'ouvre en guise d'apéritif un demi de Kriter que nous partageons à quatre, ce qui fait peu dans le verre pour chacun d'entre nous, j'en conviens ! Une demi bouteille qui a bien vieilli et bien voyagé depuis la Normandie avec un arrière-goût très fruité que tout le monde apprécie. Elles ont préparé un plat consistant de pommes de terre et de viande de porc. Je leur fais goûter un brie avec une demi bouteille de Bordeaux qui est arrivée sur le pouce dans mon sac comme la première. Olga, peu disserte, me propose de dormir dans l'appartement de sa grand-mère inoccupé car elle est hospitalisée pour quelques jours. Bien qu'ayant satisfait mon appétit, je cuisine en prévoyance des jours à venir. J'ai pu me permettre de rester une journée entière à Omsk car j'ai roulé toute la journée d'hier et la nuit. 665 kilomètres séparent Omsk de Novossibirsk où je n'ai pas prévu de contact et il y a 789 kilomètres supplémentaires jusqu'à Krasnoïarsk, ce qui donne un total de 1454 km (665 + 789 = 1454 km). Bonne nuit chez la grand-mère. Un peu plus de 4000 km me séparent de la frontière chinoise et il me reste 6 jours de voyage.
Lundi 11 mai - En route vers Novossibirsk (665 km), capitale de la Sibérie (une journée sans camion).
Olga, journaliste pour un magazine d'automobile, son copain, sommelier dans un club et sa mère vont tous les trois travailler aujourd'hui même s'ils n'en ont pas beaucoup l'envie. Ils semblent manquer de motivation mais leur gouvernement leur a demandé en ces temps de crise économique de participer à l'effort national et de travailler ce jour normalement férié. Nous prenons un petit-déjeuner tardif après qu'ils m'aient demandé la veille au soir de les rejoindre vers 9h30. Au menu: café au lait, pain, beurre, confiture et brie de Comte Robert. Devant la profusion d'autobus, je préfère m'abstenir une fois de plus de sauter dans l'un qui part à contre-sens et continue à pied, le signe distinctif de ma prochaine étape à bout de bras: "Novossibirsk". La route est sinueuse et finit par contourner un pâté de maison avant de revenir légèrement vers le centre, telle une hyperbole qui s'éloigne pour mieux se rapprocher. J'hésite et je doute que je sois dans la bonne direction. Je dépasse une Lada garée dans la rue où les maisons en bois se succèdent les unes à côté des autres. Elles ne sont pas récentes et ont du cachet. A les voir en carte postale, je penserai qu'elles ont été construites en Sibérie. Je n'en suis d'ailleurs pas loin. Trois hommes dans cette Lada rouge, deux devant et un derrière qui écrit et rédige un papier officiel que lui dicte le chauffeur au faciès résolument asiatique. "Attends un peu" me répond son voisin aux allures de petit-chef, chemise débraillée sur une poitrine velue. Je pose mon sac à côté de la voiture, heureux de ne plus avoir à le porter. J'attends qu'ils aient fini de recopier leur document. J'ai l'impression que celui de derrière a été mis en difficulté financière et qu'il doit emprunter de l'argent. A cette fin, sa maison en bois en mauvaise état lui sert en quelque sorte de chèque en bois, à rembourser une somme d'argent en contre partie de l'hypothèque. Je n'ose pas croire qu'il s'agit d'une lettre de dénonciation. Les deux gars à l'avant du véhicule sont des requins de la race des usuriers ou des profiteurs. Quand ils ont obtenu ce qu'ils voulaient du troisième larron, ils me font signe de monter et nous partons en direction de la route vers Novossibirsk où ils vont me déposer. Ils me mitraillent de questions diverses de différents calibres sur des registres diversifiés pour m'avouer juste avant de me déposer qu'ils sont de la police. Quels sorte de policiers sont-ils ? Est-ce de la police ou du KGB dont il font partie, celui-ci n'en étant pas moins la police des police. Ils savent où me déposer sur la grand route et tournent sur la gauche, une route qui retourne vers le centre et d'où beaucoup de voitures sortent et s'engagent sur la route principale, celle d'où nous venons. C'est un petit carrefour que peu de voitures dépassent. Au bout, La Sibérie. Je commence ma journée avec deux Ouzbeks dans une Lada pour une quarantaine de kilomètres. Des chaises occupent la banquette. Je dois les replacer pour pouvoir m'asseoir à l'arrière. Ils me larguent à un rond-point en pleine nature d'où je repars avec un "lucky lift", une voiture tirée au sort, la chance me sourit car Grégory retourne au boulot dans l'Altaï. Je parcours près de 500 kilomètres avant qu'il ne prenne vers Karat sur la droite. Avant qu'il ne tourne, j'ai essayé d'attraper un autre véhicule à l'arrêt dans un aire de repos qui permet aux gens de se restaurer et faire une pause. Je demande aux chauffeurs, jeunes et moins jeunes, une place dans leur véhicule, le plus souvent des 4 X4 mais ils s'en contrefoutent magistralement. Autant descendre de la voiture là où Greg doit tourner. Il y a un contrôle de la police, ce qui force les véhicules à ralentir. Un couple dans deux voitures séparées m'emmène vers Novossibirsk distante d'une centaine de kilomètres seulement. Elle, fausse blonde, me voit sur le bord de la route mais n'ose pas me ramasser. Lui, producteur de musique, n'ose pas croire ce que je lui raconte. Il a toutefois le cran de s'arrêter et de me laisser monter dans sa voiture de sport rouge style Maserati. Il flambe. Il a un air crédule et naïf. Lorsque nous marquons une pause dans un restaurant afin qu'ils se refassent une santé, je remarque que sous son apparente douceur, sa partenaire porte la culotte et fait preuve de rigueur. Il n'a qu'à bien se tenir. Ils ont faim. Ils viennent du nord de la Sibérie et conduisent non-stop depuis dix heures. A voir l'état de leurs voitures, ils m'expliquent qu'il y avait de la neige à l'endroit où le groupe qu'il promouvait se produisait. Je sors mon fricot de mon sac et les rejoins. J'hésite à les suivre en ville. Je peux descendre sur la bretelle de contournement de la ville mais je leur fais confiance puisqu'il m'ont assuré que je peux dormir avec eux chez son frère. Nous allons rendre des comptes à un directeur de club associé. Nous sommes reçus dans une arrière salle où trône un billard. Après les présentations et les salamalecs, une bière m'est offerte. Le type qui nous reçoit, la voix rauque et désagréable, accompagnée de son assistante, prend des apparences de mec sûr de lui alors que j'ai une sale impression. Il est mielleux et faux-cul. Quand à mon couple de producteurs, elle est celle qui dirige le groupe et fait de l'événementiel. Son jules est juste un prête-nom dans un monde de brutes dominés par les hommes. J'aurais du écouter mon intuition et les quitter à l'embranchement de la rocade. Je me retrouve tout penaud lorsqu'ils me déposent devant la gare de train à minuit. Je les quitte sans les remercier et leur fais part de mon mécontentement. Je serai au moins venu à Novossibirsk, l'une des agglomérations les plus étendue de la Russie. Que faire d'autre à minuit à Novossibirsk que de remonter l'avenue de Krasnoïarsk afin de sortir du centre. Toute une aventure nocturne. Cela commence par longer toute une série de club, boites, discos et karaoké où les jeunes plus ou moins éméchés prennent le frais avant de replonger dans leur enfer musical. Nous sommes lundi et le dernier jour de party. Direction Krasnoïarsk (789 km). Bon courage. Il n'y a plus de transport en commun. Je m'éloigne à pied du centre et marche pendant une heure ou plus. C'est toujours tout droit ou presque. A un feu, je réussis à chopper un type avec une Lada, un taxi au noir, qui reconduit une jeune fille. Il accepte de me pousser jusqu'à l'endroit où elle se rend. Il la dépose à un grand carrefour où deux hommes sur le trottoir accoudés à une barrière garde-fou boivent. Debout sur la chaussée en face d'eux, une femme alcoolique, le visage abimé, plus en manque d'affection que de sexe, leur demande une bouteille d'accompagnement. Elle l'obtient et vient me prendre par la main. Je lui dis que l'on peut rentrer à la maison maintenant. Elle acquiesce puis se ravise: "as-tu de l'argent ?" Je la lâche et remonte sur le trottoir. Je fais à peine une centaine de mètres puis avise un espace vert derrière une église orthodoxe. La palissade a des trous mais je ne trouve rien qui prévaut du côté de la croix. Je prie pour qu'il ne pleuve pas et étale mon duvet au pied d'un cabanon pour trois heures de repos bien mérité. 3000 kilomètres me séparent de la ville de Chita qui elle-même se situe à 486 km de la frontière chinoise (3500 km environ) et il me reste 5 jours de voyage pour sortir du pays en temps voulu (3500 : 5 = 700 km quotidien). Avec 665 km et mon sixième jour de transit à travers la Russie, j'ai parcouru aujourd'hui plus de la moitié de mon itinéraire en Russie qui totalise 7136 km (sans compter les rocades et détours occasionnés par les impondérables). J'ai cinq journées de voyage en transit derrière moi et cinq à venir, ce lundi 11 étant la journée charnière (5 jours + lundi 11 + 5 jours = 11 jours de transit).
Mardi 12 mai - Novossibirsk - Krasnoïarsk (789 km): une autre journée sans camion.
Cela est peut-être une des conséquences du jour férié mais les voitures particulières sont plus rapides. Je dois traverser à pied Kemerovo et Mariinsk qui m'ont l'air bien séduisante. En fait, là où je suis en ville, à côté d'un feu ou bien dans une ligne de voitures les unes derrière les autres, je me positionne et demande de l'aide de portière à portière comme quelqu'un qui a besoin d'aide, comme un mendi(c)ant qui quémande sa pitance. Je sais que quelqu'un de plus démerdard que le précédent puisqu'il a refusé de me venir en aide va me dépanner. Je cherche juste à aller dans telle direction. Tôt ou tard, je vais obtenir ce que je veux et parvenir à mes fins. Un peu de culot ne fait pas de mal dans la vie. Je n'ai pas encore pris un seul autobus. Un jeune médecin me permet de traverser Kemerovo et me raconte son voyage de noces en Europe de l'Est. Avec sa jeune femme, ils ont atterri à Prague où ils avaient réservé pour cinq jours une chambre d'hôtel et une voiture de location. Chaque jour, ils ont rayonné et se sont baladé dans les pays limitrophes de la Tchéquie comme l'Allemagne, l'Autriche, la Slovaquie et la Hongrie. Je continue vers Mariinsk que j'aimerais revoir plus longuement la prochaine fois. Je n'ai pas vu de paysages exceptionnels depuis Belgorod à part quelques vues un peu plus vallonnées avant d'atteindre Tcheliabinsk mais cela ne saurait tarder avec la Sibérie et la route qui contourne le lac Baïkal. Le permafrost est un frein à l'entretien des routes dont le revêtement se désagrège sous l'effet du gel et du long hiver sibérien. J'ai atteint une aire de stationnement réservée aux clients d'un routier. Je réussis à coincer Andreï avec son pick-up à sa sortie du parking et le convaincs de m'emmener. Il sourit quand je lui dis que je suis français et me demande de lui montrer mon passeport. Plus 300 km restent à parcourir jusqu'à Krasnoïarsk où je veux dormir ce soir chez Anna. Il peut m'emmener mais il doit marquer une brève pause dans un village en cours de route. Son invitation est bienvenue. Marié, père d'une enfant, il a une relation à la campagne. Nombreux sont les hommes russes qui ont une double vie et deux familles sans que l'une ne sache rien de l'autre. Sa profession de commercial est de vendre des engrais dans les zones rurales. Anna m'a laissé son adresse et Andrei avec l'aide du GPS trouve sa rue très facilement. Il m'y dépose. Personne dans l'appartement. Je l'appelle. Elle sera là d'ici trente minutes. Cela me parait tellement plus facile quand j'ai l'adresse en poche. Je prends une douche et Anna me propose de laver mes fringues. Avec ses amis, elle projette d'aller faire un tour à vélo à 22h00 et revenir vers minuit. Je lui donne carte blanche. Ce sera sans moi. Je me revigore avec du thé au gingembre et du miel. Elle me prépare de la "griechka" au lait. Je cuisine du riz comme d'habitude, l'Asie doit y être pour quelque chose. J'écris mon journal et le mets en ligne. Après qu'elle soit rentrée vers minuit trente, avec son copain, nous nous faisons une "camembert-party" arrosée de bière qui dure jusqu'à 3h00 du matin.
Mercredi 13 mai - Krasnoïarsk - Irkoutsk (1100 km).
Réveil au thé noir à 7h00 du matin. Ma faiblesse aujourd'hui est de sauter dans un autobus de la ville, le n° 56 qui part de la gare routière et continue le long de la route qui sort de Krasnoïarsk vers Irkoutsk. La ligne de tramway n° 7 est parallèle pendant un bon moment à l'itinéraire du bus mais ne va pas aussi loin que celui-ci. J'ai complètement oublié l'état déplorable de la route de Krasnoïarsk à Irkoutsk. Il n'y a pas d'asphalte tout le long mais un revêtement de goudron par endroit. Entre les plaques noires, une piste en dur qui bouge en fonction de la saison, des intempéries et des différences de températures. Peu de trafic à partir de Novossibirsk vers l'Est. Tout les mouvements de véhicules se concentrent autour de la capitale Moscou vers Novossibirsk. Qui parle de piste dit nécessairement moins de véhicule susceptible d'emprunter cette "voie de terre". Mon itinéraire passe pas Chita. Je me rappelle que c'est la forêt sans discontinuer après Darasoun dont j'ai de mauvais souvenir. Sorte de "terra incognita" où il faut chercher sa route sans aucune indication. J'ai lu en 2007 sur Internet qu'ils avaient fini la construction de la Transsibérienne et relié Moscou à Vladivostok (9000 km). Kansk, 280 km de Krasnoïarsk, est la ville la plus importante de mon itinéraire aujourd'hui. Deux routiers qui s'ennuyaient me montent jusqu'à la périphérie de Kansk. Après en avoir eu pour leur compte, ils veulent me déposer à l'entrée de la ville. Je ne suis pas d'accord. Je préfère la sortie, plus facile d'attraper un véhicule qui vient du centre. J'insiste pour rester dans la cabine le temps du transit par Kansk et descends plus tard au début de la route étroite vers Irkoutsk. Je sais qu'ils continuent plus loin avant de tourner vers Bratsk mais s'ils sont décidé à se séparer de moi, que puissé-je faire ? Dans cette partie de la Russie, les chauffeurs peuvent vous débarquer aussi vite qu'ils vous ont embarqué à cause des distances importantes. Vous pouvez les amuser quelques heures mais ils n'ont pas forcément envie de vous avoir à côté d'eux pendant 24h00. Il s'agit de parcourir 1100 kilomètres. Il faut faire de longues pauses. Certains coupent la poire en deux et prennent une chambre. Avant un passage à niveau, un trou d'eau oblige les véhicules à ralentir, je réussis à parler à Volodia qui conduit une Lexus 4 x 4 depuis Krasnodar. Il a trois jours de conduite à son actif. Il m'affirme avancer jusqu'à Tulun, proche d'une centaine de kilomètres mais je sais pertinemment qu'il se rend à Irkoutsk distante de presque 700 km. Hésitant à m'emmener, je réussis à le convaincre. Il n'a pas totalement confiance. L'endroit là où il était censé s'arrêter ressemble plus à un village qu'une ville. Je me tais. Inutile de lui rappeler ce détail de l'histoire. Il me dépose à l'entrée d'une aire de service prétextant qu'il va se reposer. Est-ce dire boire un café et continuer, ce que je crois ou bien prendre une chambre et y passer la nuit ? Il cherche à se débarrasser de cassettes de musique et me les donne. Je reste sur la transsibérienne dans l'attente d'un éventuel véhicule et de la nuit qui ne va pas tarder. Je sais qu'il me faut décoller de cette endroit ce soir et rouler cette nuit si je veux conserver une chance de sortir à temps du pays et ne pas dépasser mon visa de transit or cette chance d'accrocher un véhicule est minime car ils sont en nombre réduits sur le parking où sont garés quatre camions et quatre 4 x 4. Je remarque une Lada 4x4 blanche pleine à craquer avec un couple qui s'apprête à quitter vers Irkoutsk. Je ne juge même pas utile de les solliciter. Un gros 4x4 vient se garer à côté de celle de Volodia. Deux gars étranges en sortent. Ils ne collent pas vraiment avec l'image luxueuse qui se dégage de leur puissante voiture. Ils sont habillés chichement et ont plus l'air de paysans que de citadins. Ils donnent l'impression d'être des durs et des coriaces avec qui l'on ne rigole pas et à qui on ne la fait pas. Je n'ai pas eu de franche réponse positive à ma question lorsqu'ils ont fait le plein d'essence. Je vais devoir les rattraper à la sortie du restaurant. J'attends qu'ils en sortent. Ce sera eux ou Volodia de nouveau. Les camions sont là pour la nuit. Je suis sur un fil. Je peux basculer d'un côté ou de l'autre et ne pas pouvoir aller plus loin. Je dois garder mon équilibre et parvenir à mes fins, aller plus loin. Lorsque mes deux gars quittent, je reçois leur assentiment de monter dans leur palace ambulant. Volodia qui furète dans son coffre n'en revient pas que j'ai trouvé une occasion. Je peux le voir à la tête qu'il fait. S'il pensait se faire prier pour que je puisse l'accompagner, il s'est trompé. Il va finir son parcours en solitaire. La roue tourne. C'est à son tour d'être laissé en rade. Il vient vers moi et demande à récupérer une des cassettes qu'il m'a donnée. Je le laisse fouiller dans mon sac mais il ne la trouve pas. Nous quittons l'aire. Le chauffeur, jeune et en surcharge pondérale, dégage une odeur nauséabonde comme un corps en putréfaction. Il a beau être puissant au volant de son char et étaler sa richesse, il n'a qu'une vie, n'est pas immortel et a des soucis à se faire. La mort n'est pas réservée seulement aux autres. Il n'arrête pas de remuer sur son siège atteint visiblement d'une forme de la danse de St Guy comme s'il était assis sur un ressort, voilà qui est gênant pour conduire très vite et dangereusement. Sa vitesse excède presque les limites du 4x4 sur cette piste mouillée et glissante à cause de la pluie intermittente qui tombe. Le passager est un drôle de type, plus âgé, l'air cynique, une relation familiale, un mentor qui à l'air de se moquer de tout un chacun pour un oui ou un non. Je me rappelle trop bien l'expérience précédente où je me suis fait déposé à la station-service. J'évite de demander d'où ils viennent car mon intuition me dit que je ne vais pas faire long feu dans la voiture. Je ne suis pas à l'aise, ni à ma place. Je ne sais pas à quoi ces deux types doivent leur (bonne) fortune mais quelque chose me dit qu'il y a anguille sous roche. Sans surprise, sous prétexte d'être arrivé à leur lieu de destination, le prochain village, ils essayent de me débarquer près d'un restaurant construit dans le style d'un fortin militaire avec sa façade à créneaux. Je les convaincs que l'endroit n'est pas convenable et de me déposer un peu plus loin. Mon temps était compté et gagner des miles à la vitesse à laquelle il conduisait relevait de la gageure (du pari). Seconde tentative de me larguer, je choisis un passage à niveau dans l'attente de Volodia car je sens qu'il va venir me retrouver (pour récupérer sa cassette). Nous avons une longue histoire en commun avec ce genre d'endroit stratégique où nos lignes de vie se sont déjà croisées. J'ai pu demander à mes deux voyous "qui" ils étaient. Bien que tardives, les présentations ont eu lieu et ils m'ont répondu "gypsies". Débarrassé d'eux, la nuit bien présente, il est plus de 22h00, devinez qui arrive quelques minutes plus tard ? Mon vieil ami, Volodia, remis en selle. Je procède de la même façon que la première fois. Je n'ai pas de mal à le convaincre. Il sait à qui il a affaire. Il sait aussi que s'il veut arriver à Irkoutsk (650 km) et conduire toute la nuit, il a besoin de ma compagnie pour rester éveillé tout comme j'ai autant besoin de son aide pour respecter mon planning de voyage. Dès que je suis dans son 4x4, il me demande sa cassette à laquelle il est attaché et qu'il ne retrouve pas. Avant qu'il ne fasse irruption une seconde fois dans ma vie, j'ai pensé que je pourrais peut-être sauter sur un train de marchandises comme je l'ai déjà fait dans le début des années 90 aux Etats-Unis, au Canada et en Russie (2003) dans l'Extrême-Orient russe au-delà de Chita, là où les pistes se confondent les unes les autres sans aucune indication. Je ne lui offre pas de conduire car la Lexus dispose d'une boite de vitesse au changement automatique à laquelle je ne suis pas habitué. Quant à l'odeur de mon dernier camembert, je ne crains pas que cela l'indispose car tout comme les "Gypsies brothers", il roule la fenêtre ouverte. L'air frais lui ravive les sens et l'empêche de s'endormir au volant. Cette unique exemplaire survivant d'une odyssée est destiné à l'exportation vers la Chine. Combien de temps durera-t-il ? Il expire officiellement le 01 juin 2009. Le soutenant dans ses moments les plus difficiles et s'aidant mutuellement, nous finissons par atteindre Angarsk, 60 kilomètres d'Irkoutsk, à l'aube. Malgré la lumière du jour naissant, je trouve refuge, étalé dans mon duvet au milieu des tombes, dans un cimetière situé juste en contrebas de la transsibérienne. Deux bons cycles de sommeil (2 x 80 mn = 160 mn = 2h40) suffisent à recharger les batteries et me remettre en jambe. Après un petit-déjeuner rapide assis entre deux pierres tombales du plus beau goût, j'ai le choix du sol dans ma salle-à-manger à ciel ouvert, je remonte sur la route principale et j'ai à peine commencé à marcher qu'un collectif "mashroutka" s'arrête à ma hauteur et me fait comprendre de monter. Je refuse l'invitation qui m'est faite de me joindre aux passagers payants mais le chauffeur revient à ma hauteur et insiste. Je finis par accepter et me retrouve à Irkoutsk rapidement. Il est à peine 9h00. Les employés arrivent pour reprendre leur travail. Je trouve un endroit pour taper mes piges, les mettre en ligne et laisser mes sacs en sécurité pendant quelques heures de balade à travers le vieil Irkoutsk. L'hôtel "Baïkalsk" sur la grand place délivre des "vouchers" (l'équivalent d'une réservation d'hôtel pour un voyage à venir) pour une somme de trente dollars. Il faut comprendre que le papier nécessaire à l'obtention du visa de touriste pour une période d'un mois coute la modique somme de 30 U.S dollars. "Tourism is a big business". Vers 17h00, je pense à sortir d'Irkoutsk en direction du lac Baïkal. Je ne sais pas quelle route y mène. Les gens ne m'aident pas par ignorance. Je tourne en rond. Je suis obligé d'aller dans le rayon carte de la boutique du "Baïkalsk" et regarder par moi-même où se trouve mon issue de secours. Une jeune fille francophone, très coopérante, avec la plus grande gentillesse qui soit, m'aide de son mieux. Elle s'efforce de pratiquer le français qu'elle apprend à l'université. Je la balaye d''un revers de main sous prétexte que je suis pressé. Je lui explique que je ne peux pas rester pour la nuit à Irkoutsk par manque de nombre de jours de séjour. J'ai l'impression qu'elle va presque exploser de douleur et fondre en larmes. Je ne comprends pas pourquoi. Je sais qu'elle a envie de pratiquer son français. L'ai-je brusquée ? Ai-je été si rude ? J'ai presque envie de la prendre dans mes bras pour la consoler. Je reviendrai et je resterai plus longtemps à Irkoutsk qui le mérite bien. A suivre...
Irkoutsk - Ulan Ude. J-2 et 1600 km depuis Irkoutsk jusqu'à la frontière chinoise.
Yébleron (Normandie) - Strasbourg (Alsace): 700 km.
Je parcours aisément la distance de la Normandie jusqu'à l'Alsace après avoir rendu visite à ma mère. Saluer les Anciens afin qu'ils vous protègent durant votre périple - que leurs esprits soient toujours avec vous et vous accompagnent durant votre cheminement - part d'une bonne logique. Cela ne paye pas de mine mais autant mettre toutes les chances de votre côté !
Qui plus est, j'ai du chaussé les bottes de sept lieues par inadvertance car de normalement quatre étapes ou véhicules, je n'en fait que deux seules, celle de l'aire de St Saens est zappée ainsi que celle de la bifurcation qui me voit descendre habituellement d'un véhicule qui continue vers Lille et me retrouver en pleine ligne droite sur l'autoroute à lever le pouce désespérément. Le gars sort vers Laon et me dépose à l'aire de service où vient de se garer un camion des pompes funèbres pour faire le plein. Je raconte à un gars à qui je viens de demander s'il n'allait pas vers Reims-Metz mon expérience d'avion-stop dans le désert australien qui date de 2003. Un petit avion biréacteur vient de déposer le cercueil d'un aborigène dans une communauté à mi vol entre Kalgoorlie et Ayers Rock, au milieu de "no where". Au moment de faire le plein de carburant à la station service en plein désert, je demande au pilote s'il n'y a pas moyen de me faire voler et m'emmener avec lui. Je suis déjà certain de pouvoir partir avec un "roadtrain" mais pourquoi ne pas prendre le risque de viser plus gros et surtout plus haut ! A vol d'oiseau, les distances sont toujours plus courtes et moins éprouvantes surtout dans le désert. Le pilote téléphone à sa compagnie et reçoit l'autorisation de m'emmener. Est-ce un signe néfaste que ce corbillard passe par içi ? Je suis à peu près certain d'une chose, c'est lui qui va m'embarquer. Je fais d'une pierre deux coups et avance en sautant deux cases car je me retrouve illico presto en Alsace. Le croque-mort est employé par une commune de la communauté urbaine de Strasbourg (C.U.S).
Waltenheim-sur-Zorn (Alsace) - Gambsheim - Grumbacher (Allemagne) - Budapest (Hongrie) 1200 km.
Avec Sophie, fille d'amis de longue dates, nous quittons la maison familiale emmenés par Edith, sa mère, qui lors d'une première tentative infructueuse sur l'aire de service de Vendenheim située sur l'autoroute A4, pousse jusqu'au barrage hydroélectrique de Gambsheim avant de nous déposer côté allemand d'où nous repartons à contre-sens une fois montés sur l'autoroute A5. Je m'explique: nous prenons en fait l'autoroute en direction du sud et de Fribourg-en-Brisgau et descendons à la première aire de service, celle-ci disposant d'une route faisant office de pont autoroutier et reliant les deux aires de service situées l'une et l'autre de chaque côté de l'autoroute. Nous sommes dans le bon sens de notre itinéraire et fonçons désormais vers le nord en direction de Karlsruhe qu'il nous faut dépasser pour atteindre l'aire de Bruchsal. Je pensais descendre sur le parking onze kilomètres avant cette aire en question et de là rejoindre la maison de notre hôte à pied à travers champs mais notre chauffeur doit faire demi tour à la sortie Bruchsal et reprendre la nationale plutôt que l'autoroute puisqu'il s'est détourné de son parcours initial pour pouvoir nous rendre service et nous approcher de notre destination finale. La route principale est parallèle à la rue où nous nous rendons. Le lieu où il nous laisse est à un pâté de maison de notre lieu d'hébergement. Nous passons une soirée autour de la table et nous régalons car Jutta a préparé de délicieux plats végétariens, du riz complet et un curry à l'indienne. Elle nous redépose à l'aire de Bruchsal le lendemain matin vers 7h30, le plein d'énergie fait, prêts à solliciter un véhicule. J'avise alors un camion français immatriculé en Alsace. Quoi de plus naturel à deux pas de la frontière ! Il me faut sortir le "Grand Jeu" pour pouvoir convaincre Marcel, le chauffeur, de nous emmener et nous déposer sur la prochaine aire de service de Sinsheim en direction de Nuremberg, la ville des jouets. Il nous fait faire un virage à 90% que seuls, nous ne serions pas capable d'amorcer sauf si nous trouvions un "véhicule en or" à partir de là où nous sommes, ce qui suppose avoir de bonnes affinités avec "Dame la Chance". Lorsqu'il nous dépose comme je l'ai souhaité sur l'aire de service située entre les deux sorties de l'autoroute vers cette ville de Sinsheim, on peut apercevoir de l'autre côté de l'autoroute, des avions grandeur nature exposés en plein air, partie intégrante du musée de l'aéronautique qui fait la fierté de la ville.
Sur le parking poids-lourds, deux camions hongrois font la coupure avant de repartir pour deux fois quatre heures de conduite. Avec des rudiments de la langue hongroise, je parviens à les décider de nous embarquer pour un premier brin de conduite suivi d'un second agrémenté d'une pause pique-nique debout autour d'un rocher dressé en table. Il nous laissent à Amsfelden, juste avant d'atteindre Linz. Je fais l'aller-retour entre la pompe d'essence et le parking du restaurant pour trouver un véhicule pour deux. Je viens de m'adresser à deux hommes d'affaire hongrois en Lexus qui ont refusé, lorsque sur le retour vers le restaurant, j'avise un Autrichien qui s'avère être une de leur connaissance. Celui-ci les pointe du doigt dans leur voiture de luxe et me confirme qu'ils repartent vers la Hongrie. Les abordant de nouveau avec son aide, ils acceptent de nous embarquer pour Budapest me précisant qu'ils sont susceptibles de passer par le centre ville de Vienne. Ils sont dans l'attente d'un coup de fil. Ils se rendent à Kecskemét, soixante kilomètres plus loin que la capitale hongroise où nous nous rendons. Nous n'avons pas besoin de passer par Vienne que nous évitons. A proximité de la rocade (ringroad) qui contourne Budapest, nous descendons dans une station service pour trouver une voiture qui va au centre directement. Peine perdue car Tibor vient de se faire racoler par un routier pour qu'il le dépose plus au sud de la ville alors qu'il allait transiter par le centre pour se rendre de l'autre côté à Hatvan (60 en hongrois). Puisqu'il rend déjà service à ce chauffeur, nous les suivons et contournons Budapest pendant vingt-cinq kilomètres avant de repiquer vers le centre ville. Quelle générosité ! Cela arrive encore en Europe centrale au 21ème siècle. Qui oserait l'imaginer. Tibor est vraiment un gars sympa et prêt à rendre service. J'aime la Hongrie et ses habitants depuis novembre 1984, la première fois où je l'ai traversée à bicyclette en allant en Egypte. Nous restons tranquille trois journées à prendre du temps pour nous, avec les amis, à discuter et échanger, manger des mets hongrois assortis de vins rouges du Balaton, d'Oporto ou en provenance d'Eger. Je laisse Sophie en bonne compagnie - elle rentre en Eurobus (35 Euros) vers Strasbourg mercredi prochain.
Voyage à suivre dès lundi avec la traversée de l'Ukraine en deux journées. Je décolle le lundi 04 au matin vers l'Ukraine. Je vais à pied jusqu'au parc de Varösliget et me positionne au feu juste avant le pont autoroutier interdit au piétons. J'ai un écriteau indiquant "M3" (= Motorway 3) que j'agite sous le nez des chauffeurs. Je n'ai pas beaucoup à avancer, ni reculer. Un trafic Renault bleu immatriculé 75, Paris centre, retient mon attention. Je n'ai aucun doute, ce sont des Roumains. Je m'approche du véhicule côté passager et passe mon nez à travers la vitre. Je dois insister auprès du chauffeur, un gars autoritaire qui ne s'en laisse pas raconter une, une espèce de grosse brute avec du mépris dans la bouche pour tous ceux autour de lui (une façon de dire qu'il se montre insultant avec ceux autour de lui). Comme cela se passe souvent, il me permet d'ouvrir la portière roulante sur le côté spéciale passager de dernière minute. Je me retrouve à la hâte sur la banquette arrière en compagnie d'une jeune femme charmante, ce qui contraste singulièrement avec l'accueil froid et rude de l'ours non rasé, poitrail dépenaillé, au volant de son véhicule parisien. Erreur sur la provenance car ils viennent tous de Londres et transportent officiellement du tissu. La passagère à mes côtés et celui de devant utilisent ce moyen de transport payant pour revenir au pays qu'ils ont quitté en allant tenter leur chance en Angleterre lorsque la Roumanie a rejoint la Communauté Européenne le 01 janvier 2008. La "brute" tient bon le volant et conduit magistralement, très vite sans tenir compte du danger. Il est en colère lorsqu'une moto-école le force à ralentir, lui interdit de dépasser et lui ordonne de suivre derrière la flottille d'étudiants sur leur deux-roues. Une fois ceux-ci sortis de l'autoroute, il appuie à fond sur les pédales jusqu'au moment où ils sortent de l'autoroute en direction de Satu Mare (Roumanie). J'ai parcouru 180 kilomètres avec eux sur les 220 qui séparent Budapest du poste frontière de Zahony (Cop côté ukrainien). Je rattrape le rond-point et une couple très sympa s'arrête. Leur anglais est très limité voir inexistant. Elle, superbe brune genre poupée hongroise, un décolleté à faire loucher un bigleux est masseuse de métier et bafouille quelques mots d'anglais. Nemès, son mari fait très nounours à ses côtés comme s'il ne savait pas quoi en faire si elle venait à lui tomber dans les bras. Le courant passe entre nous trois. Il y a de l'excitation dans l'air ! Les corps ne demandent qu'à être réunis dans une partie remise à plus tard. Me mettant l'eau à la bouche, ils me font visiter leur coquette maison à deux pas de la route principale. J'ai droit aux coins et recoins du salon avec ses tableaux très suggestifs accrochés au mur. Je visite même le sauna avec des massages en perspective lors de ma venue cet hiver. Les beaux-parents sont présents pour le déjeuner. Je m'éclipse. Mes amis d'un jour me déposent à la frontière avec deux pommes dans les mains. - köszönöm szépen (Thank you very much). a közeli viszontlátásra! (à bientôt!).
Budapest (Hongrie) - Zahony (220 km) - Cop - Lvov (Ukraine, dors 60 km après avoir dépassé la ville de Lvov).
Je suis encore sous le choc. Violent contraste qui s'offre à ma vue avec cette queue interminable de trafic plein de "bêtes de somme" appelés à aller travailler dans la péninsule ibérique, l'Espagne ou bien le Portugal. J'avance à pied jusqu'au guériton et me faufile côté poids-lourd en me cachant derrière les trafics. Je connais bien ce passage frontalier ou le soldat te retient si tu es à pied. Il faut trouver un véhicule qui veuille bien t'emmener car il est interdit de traverser à pied le pont qui enjambe la Tisza. En échappant à ce contrôle d'entrée de jeu, je suis à l'immigration où je fais tamponner mon passeport. Les agents me rappellent, ce que je sais déjà, qu'il me faut un véhicule pour aller de l'autre côté. Ils sont toujours prêts à appeler un taxi mais je demande rapidement à un Ukrainien grassouillet, encaissé dans sa voiture apparemment trop petite pour sa grande taille, ses jambes écartées mal repliées viennent buter sur le volant. Sa femme est derrière avec leur enfant. Je m'assois à côté de lui. Le pont a été rénové. Fini les files d'attentes interminables de 2006/7. Avec l'entrée dans l'Europe de la Hongrie en 2004, les Ukrainiens viennent revendent en Hongrie au marché noir cigarettes et carburant beaucoup moins cher chez eux. Toute la zone frontalière est sujette au trafic très juteux car les prix sont multipliés par cinq notamment pour le tabac. Les cartouches sont cachées tandis que le carburant transite ni vu, ni connu dans les réservoirs qui sont ensuite siphonnés de l'autre côté avant que l'essence ne soit revendue. Les plus gros réservoirs font le plus de profit. Les voitures peuvent ainsi faire jusqu'à cinq aller-retour quotidien. Les gains sont énormes de l'ordre d'une cinquantaine d'Euros par jour. A quoi bon travailler légalement si la contrebande rapporte autant. Les douaniers sont arrosés au passage. Ils connaissent évidement tous les trafiquants. Comme en 2006/7, il y a un francophone qui me posent quelques questions en français. Je lui dit que je ne fais que traverser l'Ukraine et que je continue ensuite vers la Russie. Il traduit à ses collègues qui se montrent intéressés par mon histoire. L'officier d'immigration, non seulement appose un tampon d'entrée mais en rajoute un second avec la mention en russe: "transit Russia" et un nom "Konotop" qui se révèle être l'endroit où bifurquent les lignes de chemin de fer vers la Russie. Je ne remarque rien lorsque je réintègre le véhicule qui me dépose de l'autre côté de la dernière barrière. Ce n'est que plus tard, en inspectant mon passeport, que je remarque ce second tampon inhabituel et ce nom obscure que je ne comprends pas tout d'abord. Ayant l'expérience de l'Union Soviétique, je devine que c'est l'endroit par lequel je dois passer pour sortir du pays. Je pense au train naturellement. Mes yeux suivent les lignes de chemin de fer et je finis par trouver sur la carte de l'Ukraine cette ville à la sonorité familière que l'on aurait presque envie de visiter à l'entendre prononcer. Nœud du réseau ferroviaire ukrainien, elle est ma clef de sortie du pays même si je n'ai pas prévu d'y passer. Elle est mon nœud géorgien dont dépend mon avenir proche. Cette petite addition de l'officier peut me causer quelques difficultés à ma sortie du pays, une bonne raison pour me demander de l'argent. L'Ukraine n'est pas le pays d'Europe centrale le plus facile pour faire de l'auto-stop. Sur ma route vers la Crimée en mai 2007, j'ai eu toutes les peines du monde à accrocher les chauffeurs de poids-lourd. Quant aux voitures particulières, deux cas d'espèces: les propriétaires nouveaux-riches, voitures de luxe ou 4x4 flambants neufs sont pourris aux as et ils n'ont que faire d'un "franzous" sur le bord de la route ou bien les vieilles Lada turbinent toujours et rançonnent leur passager d'une heure ou d'un jour. Il y a beaucoup de combi familiaux ou véhicules collectifs payants appelés "marshoutka", dans la queue à la frontière, de retour de l'étranger, qui filent vers la capitale Kiev (870 km). Je parviens tant bien que mal à dépasser Lvov avec un camion qui s'arrête dans un routier à la campagne. J'aime ce genre de paysage champêtre quand je sais qu'il va falloir trouver un endroit pour la nuit. En totale liberté, sans dépendre de qui que ce soit, je prends un chemin de traverse et m'éloigne après avoir toutefois demandé au pompiste s'il n'avait pas un endroit abrité pour m'héberger. Je chemine heureux sous ce ciel étoilé. Je laisse dans mon dos la route, son restaurant et son aire de service, cachés par une petite déformation du terrain qui a tendance à s'élever. Je suis un chemin carrossable et débouche dans un espace vert délimité par de petites collines boisées. Je devine une habitation en face, à quelques centaines de mètres de distance, les chiens aboient et m'incitent à m'engager plus sur la droite. Je vise un bosquet au pied duquel je trouve refuge. J'étale ma couverture de survie pour protéger le duvet du sol. Je m'assois longuement et contemple le paysage, terre et ciel. Tout est calme. Quelle quiétude ! Les "yeux lumineux" qui courent le long du ruban asphalté vers la capitale se sont éteints. Les chiens rassurés se sont tus. Je peux m'étendre et trouver le sommeil. Je suis seul et content de l'être, satisfait d'avoir fait un bon bout de chemin depuis mon départ de Budapest ce matin. Je dois parcourir presque mille kilomètres demain pour être à proximité de la frontière russe. La date d'entrée de mon visa de transit est le 06 mai.
Mardi 05 mai: en route vers Kiev puis Kharkov (900 km).
J'ai du mal à reprendre le contrôle des opérations ce matin. Les véhicules s'échappent et me glissent des mains. Mon Pouce Magique n'arrive pas à les retenir. Je me déplace frénétiquement et dangereusement comme si un fil était tendu entre l'aire de stationnement et le ruban asphalté. Je suis impuissant et ne peux que regarder les rares véhicules de passage qui ne daignent pas s'arrêter. Je n'aime pas cette situation. Je ne peux pas agir, cela me met en colère. Il y a une source d'eau naturelle au bout du parking. Certaines voitures y font une pause pour remplir des containers qu'ils emmènent dans le coffre ou pour se rafraîchir le visage avant les longues heures de conduite jusqu'à la capitale ukrainienne, ma prochaine étape. En leur demandant poliment, je n'arrive pas à accrocher une voiture vers Kiev. Les locaux n'y vont pas mais certains visiblement comme leur plaque d'immatriculation l'indique s'y rendent. J'essuie plusieurs refus. Je partirai bien à pied sur la route mais si je commence à marcher, les véhicules vont me dépasser très vite et ne s'arrêteront pas. Pas de pitié pour les auto-stoppeurs dans ce pays où les gens font preuve de peu de commisération pour leurs semblables. Je démarre ma journée vers 7h00 avec un camion qui me dépose sur la rocade de Rivne. Un second polonais cette fois m'emmène jusqu'à Jitomir, une centaine de kilomètres avant la capitale. Il continue vers le centre ville et me laisse à l'intersection de la route qui contourne la ville et part vers Kiev. C'est à cette bifurcation que tout va se jouer. Piotr (Pierre), un commercial polonais, qui retourne à Kiev après une fin de semaine dans sa famille, m'embarque jusqu'au centre de Kiev où il réside. Nous n'allons pas brûler les étapes car il se montre très curieux à propos de mon voyage. Il est responsable pour la Russie et l'Ukraine d'une société de distribution de parfums alimentaires. Il parle parfaitement le russe mais n'aime pas le pays. Je le questionne à propos des femmes russes. L'opinion qu'il en a est éloquente, peu brillante et rejoins mon analyse.
A mon intention de continuer vers Kharkov, la seconde ville du pays, pour y arriver le soir même où je suis attendu par Alexis, Piotr s'esclaffe et me prends pour un doux rêveur. - "your idea to come in Kharkov today is completely unrealistic !"
C'est vrai qu'il faut vraiment y croire car l'après-midi est bien entamée et 490 kilomètres séparent les deux villes. Il me laisse, plein d'espoir, vers 15h30, à l'entrée d'une bouche de métro avec deux jetons bleus dans la main, sésames pour passer la barrière de contrôle et avoir accès aux trains. Je ne les utilise pas car, un coup d'œil dans sa direction, je remarque que le contrôleur s'est assoupi. Le plaisir de frauder à la française car je sais pertinemment que je n'en ferais rien de ces jetons qui vont maintenant voyager à travers la Russie jusqu'en Asie du sud-est. Je change de ligne et en route jusqu'à l'avant dernière station "Kharkhovskoïe stanica". Cela me prend presque une heure. Comme son nom l'indique, elle débouche, une fois les escaliers montés, sur la route qui se dirige vers Kharkov. Je m'adresse au chauffeur d'une Lada rouge garée contre le trottoir dans l'attente de son passager parti acheter des hamburgers à la mode ukrainienne. Les deux occupants, crânes rasés, avancent de quatre-vingt kilomètres vers Kharkov. Je suis déjà assis à l'arrière lorsque le passager revient. Ils font de nouveau une courte halte un peu plus loin sur la route et m'offrent une bière ukrainienne. Ils me lâchent au moment où ils tournent. Je n'ai pas le temps de finir de traverser la voie rapide qu'un camion s'arrête après avoir agité ma pancarte sur laquelle est écrit: "Kharkiv" (en ukrainien). Je prends soin de ne pas heurter la susceptibilité des autochtones. Tout comme Lviv (en ukrainien) et Lvov (en russe), Kharkiv s'écrit aussi kharkov (en russe). Il est de bon ton de faire des erreurs volontaires dans l'écriture d'une ville ou d'un lieu pour se distinguer et marquer sa différence avec les auto-stoppeurs locaux mais il ne faut jamais négliger le caractère nationaliste de certains peuples et les blesser dans leurs sentiments. Il me dépose sur une placette de village d'où je crains de ne pas pouvoir repartir. Après qu'il ait manger un morceau et fait des achats, nous continuons. Nous marquons une nouvelle pause dans une pompe à essence car le besoin s'en faisait sentir. Je remarque une Skoda et demande au chauffeur s'il ne va pas à Kharkov. La réponse est positive. J'insiste afin que mon chauffeur intervienne en ma faveur bien que le jeune représentant se débrouille en anglais. Je veux qu'il me recommande auprès de mon nouveau chauffeur. Le relais se fait sans problème. Me voilà à une heure et demie de Kharkiv distante de 160 kilomètres. Malgré la pluie, mon nouvel ange gardien roule très vite. Il fait l'aller-retour Kiev - Kharkiv une fois par mois. Il me propose de téléphoner à Alexis afin de l'avertir de mon arrivée. Je le remercie et retarde le moment de le joindre. Quand nous sommes en périphérie de Kharkiv, nous l'avertissons et convenons d'un rendez-vous au pied de la statue du soldat à la sortie du métro. Toujours en voiture, Sergueï me gratifie d'un tour "Kharkiv by night" avec quelques pauses obligatoires là où il considère que sont les plus beaux endroits de la ville. J'attends quelques minutes qu'Alexis se pointe avec Nastia, jeune étudiante universitaire francophone intéressante et intéressée de me rencontrer. Tous les deux chevauchent des VTT. Elle ne peut malheureusement pas rester longtemps. Il est déjà 23h00. Tandis qu'Alexis la raccompagne chez elle à vélo, je fais cuire du riz, des œufs durs et ouvre une boite de conserve de poisson. Je patiente en grignotant du fromage sec avec du pain noir ukrainien. Je n'ai pas encore diné lorsqu'il rentre. Une fois fini, je m'installe devant le clavier de l'ordinateur et pianote pour mettre en ligne un compte-rendu de ma journée sur les groupes "auto-stoppeur" (inclus sur deux sites d'hébergements gratuits et un Yahoo group). A l'heure qu'il est, j'ai déjà parcouru 2700 km depuis l'Alsace (1500 km en deux jours depuis Budapest) et ne m'accorde que 3h00 de sommeil (coucher à 3h30 et réveil à 6h30).
Mercredi 06 avril: passage de la frontière russe (2730 km parcourus depuis Strasbourg).
Alexis m'impressionne tout comme mon "pouce" doit lui sembler extra ordinaire. Beau gosse, il a de nombreuses qualités y compris celle de savoir danser mais c'est à l'extérieur qu'il s'éclate. Il a le corps fin et musclé d'un athlète en préparation constante pour tenter de battre son propre record. Son anglais est excellent même si je n'arrive pas à tout saisir du premier coup à cause de son intonation. Je le quitte en même temps qu'il part pour le travail. Il m'indique comment quitter la ville à pied sachant qu'il réside proche de la route qui part vers Belgorod située de l'autre côté de la frontière. Je me positionne à un carrefour où il y a un tramway qui fait l'aller-retour sur la ligne qui court dans ma direction. Je pourrais l'emprunter et pousser un peu plus loin mais je suis déterminé à ne pas utiliser de moyens de transport collectif. Rien que du stop même si je peux demander un "lift" gratis au contrôleur du tram en lui expliquant que je cherche la route vers Belgorod. Un vieux camion de l'ère soviétique amorce le virage dans un angle à 90 degrés. Il est si lent qu'il n'a pas besoin de s'arrêter. Je peux sauter dans la cabine en marche. Il est si poussif et concentre tant de chuintements et de tiraillements dans les essieux fatigués et rouillés que la douleur persiste lorsqu'il marque l'arrêt. La rouille lui rongé les articulations. Les roues et les roulement à billes préfèrent autant continuer à tourner pour les siècles à venir plutôt que de casser le cycle. Il se rend justement à Kursk après Belgorod dans la direction qui continue vers Moscou. Quelle chance ! Nous avançons lentement mais surement, vers le poste-frontière distant de 30 kilomètres de Kharkiv. C'est ce qu'il m'importe. Tandis qu'il marque l'arrêt côté douanes, j'attrape mes sacs et me dirige vers la guérite où se trouve l'officier d'immigration qui, après consultation de mon passeport, me demande: - Do you have Grievnas ? Dollars ? Euros ? - Je lui réponds: "non, non, non avec un grand sourire". J'avais pressenti que ce moment arriverait. Il me laisse poireauter devant sa cage puis revient à la charge. Il sait que je suis à pied (en auto-stop, c'est être considéré comme sans véhicule. J'ai déposé par chance mes sacs à un endroit où un autobus marque une pause. Je lui fais signe que je suis attendu afin que l'autobus puisse redémarrer. Vu qu'il sait que je ne lâcherai rien, il préfère rester dans de bons termes et me donner le tampon de sortie du pays sans mentionner l'annotation "Konotop" inscrite à l'entrée. Je reprends mes sacs et continue à pied vers le garde-barrière russe qui jette un coup d'œil sur mon passeport et visa russe avant de me diriger vers le cabanon où l'officier d'immigration, correct et cordial, m'accorde l'entrée sur ce vaste territoire, le pays le plus grand du monde qu'il me faut traverser en seulement onze jours de transit. Il n'y a pas de stylo pour remplir la fiche signalétique d'entrée dans le pays. Malgré son ton poli, l'officier n'en a même pas un à disposition du public. J'en emprunte un à une jeune femme passagère d'une voiture qui me le laisse au moment où elle reçoit son passeport visé. La distance à parcourir est de 7380 kilomètres depuis la frontière ukrainienne jusqu'à la Mandchourie (province chinoise). Je ne réalise pas encore la distance bien que je sais que le pays est très grand pour l'avoir déjà traversé à maintes reprises. En 1988, avec le train - le Transmandchourien à l'aller vers Pékin et le Transmongolien au retour vers Moscou. En 2003, à vélo, depuis Strasbourg jusqu'à Irkoutsk puis Vladivostok (14 000 km). Le calcul est très simple (en arrondissant): - 7380 : 11 (jours de transit) = 670 km quotidien à parcourir. Si l'on ne tient pas compte ni du jour d'entrée, ni du jour de sortie, ou les délais de passage à la frontière ralentissent la progression, cela donne : - 7380 : 9 = 820 km. En aucun cas, il ne m'est pas possible de prendre un jour de repos. Je dois rouler minimum 400 km par jour dans le pire des cas - 23h00 exactement car il y a une heure de décalage, une heure en moins tous les 800 km parcourus qui équivalent en temps à un créneau horaire - si je ne veux pas accuser de retard sur mon itinéraire. Je prends conscience de ces obligations lorsque j'atteins Samara située sur la Volga, 24h plus tard. Mon itinéraire était de passer la frontière ukrainienne à Donetsk en direction de Volgograd puis de remonter le cours du fleuve vers Tcheliabinsk. J'ai du couper au plus court et éliminer une étape en Russie car je suis resté trois journées entières à Budapest, ce qui m'a remis sur la route le lundi 04 avril au matin avec seulement un temps limité de deux jours pour traverser l'Ukraine, mon visa russe étant daté à partir du 06 avril.
Yura m'embarque une fois passé la dernière barrière du poste-frontière. Je dois avouer que cet accueil russe plus que correct et poli contraste singulièrement avec la façon dont j'ai toujours été accueilli dans les consulats russes dans le monde entier et lors de mes précédents passage de frontière. Yura parle bien l'anglais, dépasse le centre ville et se rend à son atelier de voiture situé sur la route de Voronej (250 km de Belgorod). J'ai une chance inouïe qu'il aille dans la bonne direction car les villes sont grandes et étendues. Pour les contourner, les rocades dépassent parfois les trente quarante kilomètres et atteignent parfois plus de cent kilomètres comme par exemple autour de Moscou, ville capitale de la Russie qui est à elle-seule un cas à part. Dès qu'il me dépose un camion avec une remorque dont le chauffeur m'a vu descendre de la voiture de Yura s'arrête avant qu'il n'ait eu le temps de redémarrer. Le camionneur m'invite à déjeuner d'une espèce de bortsch dans un routier russe, sorte de cantine populaire sur le bord de la route. Le caractère boueux du parc de stationnement du aux pluies passagères contraste singulièrement avec l'intérieur propre et coquet de la salle de restaurant hyper chauffée pour un climat si tempéré. Il me dépose sur la bonne route dans la direction de Tambov que je n'atteindrai pas ce soir. Valentine (41 ans), séductrice malgré quelques dents de devant abimées, sort le grand jeu. Nous nous excitons un peu et nous taquinons l'un l'autre le temps que dure notre aventure automobilesque. Divorcée, elle habite à Voronej avec sa fille et va voir sa mère à Lipeck (120 km). Je descends de sa voiture à contrecœur mais qu'est-ce que je peux y faire. Elle m'a demandé mon numéro de téléphone mais n'en ai pas. J'ai le téléphone en horreur. Je sais que je peux envisager la revoir si je reviens à Voronej. Je ne fais jamais marche arrière et mon temps est limité. Elle fait encore un petit bout de route pour me laisser à un rond-point idéal pour pouvoir repartir plus facilement. Je sens bien que cela l'embête de me lâcher. Nos deux cœurs ont failli faire chavirer la chaloupe dans laquelle je suis en train de naviguer. La bise, le sac et me voilà de nouveau sur la route libre comme un oiseau sans fil à la patte. Je décolle avec des ailes de Séraphin même si c'est un poids-lourd qui m'emporte le cœur léger puis une succession de voitures particulières qui finissent toutes par tourner dans la forêt et rentrent chez elles à la fin de cette belle journée. Elles me laissent à l'intersection sur la route principale. Je réussis tant bien que mal à pousser plus loin avec une espèce de médecin branché, petite queue de cheval naissante attaché avec un élastique, marquant une pause qui dure. Chaque minute compte car la nuit approche et l'obscurité guette sa proie. Il est toujours plus difficile de naviguer dans la noirceur et d'agiter un bras pour arrêter un véhicule lorsqu'il fait nuit. Lorsqu'il a fini de discuter affaires avec de vagues connaissances, il reprend le volant pour me déposer un peu plus loin à la bifurcation qui mène vers Dobrianka (3 km). J'hésite à le suivre mais renonce. Ma place est sur la route. Je continue à pied pendant trois kilomètres et aperçois à proximité de la route des toits de maisons ayant l'air inhabitées. Je distingue à deux-cent mètres un embranchement qui permet de les atteindre les pieds secs mais je préfère prendre un raccourci à travers les herbes pour les aborder de derrière. Ce sont principalement deux petites fermettes abandonnées. Je visite les cours intérieures, enceintes cloisonnées qui permettent de garder les porcs et les volailles. Il n'y a pas âme qui vive. Je m'installe dans une petite réserve à foin, sorte de mini grenier dont l'entrée indépendante jouxte le portail qui s'ouvre sur la courette annexe. Je suis déjà endormi quand une voiture dépose dans la nuit une femme, propriétaire de la maison. Elle ne se doute pas qu'un inconnu occupe sa douillette "chambre d'ami". Chacun dans nos quartiers, nous passons une nuit tranquille (480 km depuis la frontière).
Samara, la Volga et Anastasia, l'ambassadrice CS.
Très tôt le matin, réveillée avant l'aube, elle nourrit les poules sans remarquer que le portail a été ouvert la veille. Je l'ai refermé correctement. Les morceaux de tôles sous la porte pour empêcher les animaux de s'échapper ont été replacées mais auraient pu éveiller son attention quant à ma visite. Le loquet de mon cagibi sur sa droite est ouvert car je suis à l'intérieur. Quelle bonne idée elle a de ne pas ouvrir son grenier à foin et de me laisser en toute discrétion sur la paille. Cela lui évite des cris et un peu de frayeur. J'ai le droit à mon intimité finalement même si je suis hôte clandestin. Elle a aussi la bonne idée de ne pas refermer le loquet. Je ne souhaite pas me retrouver prisonnier dans ce trou noir fait comme un rat dévoré par les cafards. Je suppose qu'elle ne remarque pas qu'il est pendant. Je ne veux qu'elle me retrouve plus tard le corps desséché comme un mari dont elle aurait voulu effacer l'existence mais conserver des traces. Je me tiens à carreaux lorsqu'elle est proche et fais le mort, celui qui dort en faisant attention de ne pas faire de bruits, ni de bouger. Une fois qu'ils ont quitté, un peu plus tard, à la lumière du jour, je roule mon duvet et quitte mon refuge d'une nuit. Je n'ai pas eu besoin de réveil. L'arrivée tardive et le départ matinal du véhicule ont rythmé mon sommeil. Plusieurs personnes l'occupaient car j'ai pu différencier plusieurs tons de voix, principalement des hommes. Ils font équipe ensemble et partagent les frais de déplacements avec le covoiturage. Où travaillent-ils ? Hier soir, je n'ai pas vu un bâtiment qui ressemblait de près ou de loin à une usine dans cette campagne russe. Se rendre à Tambov quotidiennement distant d'une centaine de kilomètres prendrait beaucoup de temps mais le fait qu'ils soient rentrés tard et partis tôt peut expliquer cela. J'aurais presque pu me lever et les suivre car je pense qu'ils ont pris la direction de Tambov, celle que je suis depuis Voronej. A l'embranchement repéré hier soir, il crachine. Un seul abri d'autobus sur la route en face, pour les voyageurs dans l'autre sens, me protège partiellement et m'évite d'être trempé. Je hèle les éventuels voitures de passage, principalement des pick-up et tous véhicules susceptibles de m'embarquer mais ils se font rares. Je décroche la timbale avec un mini fourgon branché sur un air de salsa qui dépasse Tambov et me laisse à une intersection en pointe où a été construite une station service, une fourche qui divise la route en deux branches dont l'une continue vers Samara. Un départ matinal en musique, signe auspicieux d'une longue journée de voyage dont le but est d'arriver en soirée chez Anastasia, l'ambassadrice du couchsurfing de la ville de Samara située sur la Volga. Ce sera une journée "camion", peu importe la marque Man, Renault ou Fiat ou bien le chauffeur. Trois occasions, trois cas particuliers, trois routiers très différents les uns des autres. Le premier me repêche à la station service et me laisse à proximité de Pienza, la dernière ville régionale importante avant Togliatti et Samara, distantes de presque un demi millier de kilomètres. Mon deuxième chauffeur a tout l'air d'un play-boy, la trentaine bien entamée. Il se rend à Samara mais nous n'y arriverons pas ensemble. Sur la route, à la sortie d'une bourgade, il s'arrête là où une jeune fille visiblement l'attendait après s'être donné rendez-vous par téléphone. Une connaissance nécessairement, une amie, un membre de la famille. De la voir habillée ainsi, des bas trop grands qui dépassent de ses chaussures à talons, des collants mal ajustés sur des jambes allumettes, en chemisier ouvert sous un paletot à donner froid au plus endurci des cosaques, j'ai pitié et n'ose même pas la regarder. Je fuis son regard alors qu'elle cherche le mien. L'un de ses "mecs", mon chauffeur, est descendu lui parler. Elle l'embarque vers un pâté de maisons pendant une vingtaine de minutes avant qu'ils ne reviennent accompagnés d'une autre femme. Ils me demandent d'attendre sur le bas-côté pendant qu'ils montent tous les trois en cabine. Je suis un peu désorienté. Il ne va tout de même se les taper toutes les deux, se faire sucer ou se faire un truc à trois. Quelle énergie dont il fait preuve ! Je ne doute pas qu'il soit hyper nerveux et très actif mais tout de même. J'ai la présence d'esprit de grimper sur le marchepied et d'exiger qu'ils sortent mes deux sacs. Sait-on jamais ! Elles s'exécutent puisqu'elles sont assises côté passager. Debout avec mes sacs au pied du camion, j'ai l'air d'un couillon. Ils verrouillent les portières et tirent les rideaux. Ils n'avaient plus qu'à démarrer et filer avec mes bagages. Je ne pense pas que c'était leur intention mais inutile de prendre des risques d'autant plus que ma banane était dans le sac-à-dos. Si c'était des préservatifs dont ils avaient besoin, qu'ils me le fassent savoir car j'en ai plein mon sac à distribuer. Je n'ai aucune idée de ce qu'ils fabriquent. Bien qu'aucun gémissement ne soit perçu, je décide de me retirer, déménager et me placer à une distance respectable de l'avant du camion de telle façon que je puisse "faire du pouce" et arrêter un véhicule de passage. Je ne veux pas être un spectateur passif et aveugle. Action, please ! Un Renault bleu puissant au volant duquel son chauffeur s'ennuie à mort me ramasse tout de suite et essaye de me faire parler mais mon russe à ses limites que le chauffeur ignorait avant de m'emmener. Je peux répondre de manière simple à des questions mais je ne peux pas m'exprimer clairement pour donner mon opinion à propos des femmes russes par exemple ou expliquer quelle est la différence entre une Française et une Russe. J'arrive à me faire comprendre mais c'est très laborieux. La gente féminine intéresse beaucoup les routiers du monde entier. Au bout d'un moment, c'est-à-dire très rapidement, je me lasse. La fatigue du voyage ajoutée au manque de sommeil me rend insupportable ces questionnements incessants. Je regrette de ne pas pouvoir plus échanger mais parfois, c'est mieux ainsi. Ce qui est moins courant - la gente féminine qui s'intéresse à la gente féminine - et cela, la question m'a été posée uniquement dans ce vaste pays qu'est la Russie par des femmes: "où sont les plus belles femmes ?" généralement suscite la curiosité masculine. Elles avaient la réponse car elles m'ont affirmé qu'elles étaient en Russie, raison pour laquelle les Européens venaient les chercher et les marier ! Je ne les ai jamais contredite. Je ne vais pas prêcher le contraire à des femmes très centrées sur elles-mêmes la plupart du temps, déesses de l'égocentrisme et de l'hédonisme. Dans le centre de Togliatti, une ville à consonance italienne, je me positionne à un rond-point et lève le pouce en même temps que mon panonceau "Samara". Je ne suis pas long à décrocher une voiture particulière qui s'y rend (60 km). A l'entrée de Samara, nous empruntons la vieille route pour arriver au centre et évitons un détour par la nouvelle route qui, plus loin à un carrefour, donne accès à la route vers Yfa et Tcheliabinsk qu'il me faudra rattraper à partir du centre ville. La vieille route permet d'avoir une perception différente et une vue surannée de ce que pouvait être Samara il y a quelques dizaines d'années. Rien ne semble avoir bougé. La pluie constante ajoute une touche de carte postale figée dans le temps à laquelle la permanence et l'immuabilité se sont attachées. De larges avenues nous accueillent une fois sortis des bois qui entourent la ville. De l'autre côté du fleuve, une zone récréative accessible l'été par un câble tendu au-dessus de la Volga. Les estivants s'y accrochent assis dans des paniers et volent d'une rive à l'autre. Quant mon chauffeur me dépose, je suis encore en périphérie de Samara. Le tramway 20 me guide jusqu'à la place Kubitschek où j'ai rendez-vous avec mon ambassadrice de charme. La "babouchka", digne receveuse dont le visage émacié me fait penser à une grand-mère de l'Altaï, n'exige pas le prix de mon transport. Avec l'aide d'un couple, j'ai pu lui expliquer d'où je viens et ce que je fais. Tram-stop en raccourci. Pour me nourrir, sans argent depuis la frontière, j'ai cuisiné en avance une salade de riz chez Alexis que je conserve dans trois briques de lait découpées sur le dessus pour pouvoir enfourner le riz, une façon de les recycler et surtout d'avoir d'excellents containeurs garni de papier d'aluminium à l'intérieur et garant d'une bonne préservation de la nourriture (3 jours sans problème). Je vais pouvoir me reposer quelques heures toutes les 48h00 pendant ce voyage à travers la Russie puisque j'ai prévu six points de chute comme celui de ce soir. Celui de Volgograd a été annulé puisque j'ai pris au plus court. Irkoutsk et Chita le seront aussi pour d'autres raisons. Il ne m'en reste que trois certains mais des rencontres inopinées permettront des hébergements spontanés d'une nuit, raison pour laquelle j'aime cette forme de voyage totalement improvisé. C'est l'occasion de prendre une douche, laver le linge à la machine (une seule fois à Krasnoïarsk), cuisiner une salade de riz pour le lendemain sur la route.
J'attends quelques minutes à l'abribus quant une jeune et jolie demoiselle vient me cueillir et me donner "un p'tit coin de parapluie pour un coin de paradis". Son français est excellent. Sans un contact électronique au préalable sur l'un des sites d'hébergement, je ne l'aurais jamais rencontrée, unique raison pour laquelle je suis inscrit et enregistré sur ces "club de rencontres" virtuels. Anastasia vit avec sa mère et son petit frère dans un appartement cossu. Quelques très belles photos d'elles ornent les murs du salon. Nous échangeons longuement autour de la table autour d'un fond de bouteille de rosé italien laissé par les précédents "couchsurfeurs". Avant qu'elle n'aille se coucher, elle m'allume l'ordinateur. Je rédige en anglais mon journal de ces dernières 48h00 que je mets en ligne. Bravo la technologie ! J'ai parcouru 820 kilomètres aujourd'hui (820 + 480 = 1300 km depuis la frontière). Bonne nuit (courte 3h00-6h00 = 2h00 de sommeil).
08/ 09/10 mai: Samara - Yfa - Tcheliabinsk - Tioumen - Omsk.
Même si je voulais rester une journée entière en compagnie de Nastia et sa mère, cela ne serait pas possible à cause de mon temps de transit éclair durant lequel je ne peux me permettre de séjourner 24h00 à aucun endroit. De toute façon, même si j'en ai envie, Nastia part au village voir sa "mamie" (comme elle l'appelle) avec son père dans la voiture de son oncle. La "mamie" n'habite pas dans la direction où je vais. Je ne peux même pas les joindre pour décoller de Samara et prolonger l'instant magique de la nuit. Je décide tout de même d'aller faire un tour dans les vieux quartiers de la ville, là où est située l'Alliance française. J'aimerais bien taper quelques pages de mon journal en français sur un clavier azerty. Peine perdue, ils n'ont que du qwerty. Quand je retourne à l'appartement afin de récupérer mes effets et disparaitre, je laisse un camembert dans le frigidaire. Le "Rustique" moulé à la louche, le plus fait dont la date de consommation expire le 01 juin 2009 afin qu'il ne se gâte pas davantage dans mon sac. Celui que je préfère aussi. Faire plaisir à l'autre et savoir donner quand on a reçu. Avec le recul, je pense qu'il fallait mieux donner celui qui était moins odorant bien que de qualité inférieure. Je n'ai jamais su si elle l'avait consommé ou pas mais je pense que nos critères de sélection concernant les goûts ne sont pas identiques d'un peuple à l'autre. Je me suis rendu compte qu'il ne fallait pas nécessairement se priver d'une "délicatesse" pour faire plaisir à l'autre surtout en ce qui concerne les vins, les fromages, le chocolat noir, en raccourci les plaisirs du palais. Les gens ne les apprécient pas à leur juste valeur. Une autre raison pour laquelle je ne peux pas demeurer sur place, c'est la proximité du jour férié dit "jour de la Victoire" du 09 mai 1945. Célébré le 08 mai dans la plupart des pays d'Europe de l'Ouest, il l'est le 09 mai en Russie parce le document fut signé tard le soir du 08 mai. Avec le décalage horaire d'une heure de Moscou sur Berlin, cela correspondait à la date du 09 mai 1945, date à laquelle le gouvernement russe annonça la capitulation de l'armée allemande devant les forces alliées sur le front Ouest. Le jour férié tombant un samedi, le lundi par substitution ne sera pas travaillé or Olga, mon prochain contact à Omsk distante de 1800 kilomètres m'attend pour le 10 ou le 11 mai. J'ai peur qu'il y ait moins de véhicules sur les routes. Ces fins de semaine à rallonge - petits ponts de trois jours - permettent aux familles et amis de se retrouver. Les voitures sont pleines à craquer et il y a moins de camions en mouvement car ils ont le droit eux aussi à des jours de repos. A la mi journée, ayant petit-déjeuner, je m'éloigne à pied de l'appartement et longe le parvis magnifique qui surplombe la Volga majestueuse, puissante et tranquille. A chaque fois que je demande la direction d'Yfa et comment sortir de la ville à pied, les gens s'esclaffent et me disent que ce n'est pas possible. Je me positionne à un feu et saute très rapidement dans une voiture après qu'Igor ait baissé sa vitre pour savoir ce que je voulais. Par chance, il va chez Castorama situé en zone industrielle à la sortie de Samara. Il est vrai qu'il n'y a pas besoin de venir à Samara en Russie pour se rendre chez Casto. Il y en a de plus proches en Normandie ou en Alsace. Un magicien dans un camion de sable sans Pimprenelle me dépose à l'intersection évitée hier soir en empruntant la vieille route. Une route se dirige vers la capitale Moscou et une seconde vers Yfa et Tcheliabinsk (868 km). D'entrée de jeu, une Lada avec un chauffeur fou m'embarque pour une petite centaine de kilomètres. Nous avons du établir un temps record pour parcourir cette distance. Ma moyenne kilométrique diminue avec un Man surchargé en route vers Tcheliabinsk et doit tourner autour de 400 kilomètres aujourd'hui. Il s'arrête sur l'aire de stationnement d'un restaurant. Je trouve refuge dans un bâtiment en construction. J'étale mon duvet sur la couverture de survie pour le couper du sol. Inutile de dire que je l'apprécie dans ces moments.
Je suis réveillé à l'aube et tente quelques "coup de pouce" aux rares voitures qui s'annoncent. Ne voilà-t-il pas qu'une voiture japonaise toute équipée pour un handicapé en provenance de Samara et allant à Ekaterinbourg fait une pause et me remarque sur le bord de la route. Le chauffeur claudicant vient me voir et me demande où je vais. Il veut visiblement m'aider et me faire faire un bout de chemin en direction de Tcheliabinsk. Sa femme est installée à l'arrière avec leur enfant, le siège à côté de lui est vacant. Je m'installe et ne pipe pas un mot car un lecteur DVD fonctionne avec un film d'animation pour le gosse. Sans prévenir, quelques quatre-vingt kilomètres plus loin, il s'arrête près d'une station service et m'ordonne de descendre. Tout comme subitement, il est venu me "pêcher miraculeusement", il me lâche maintenant dans la nature. Je n'argumente pas tellement sa réaction est déconcertante. Je n'essaye même pas de le persuader de m'emmener plus loin. Je me dis qu'après tout, je dois lâcher prise et accepter les événements tels qu'ils se présentent. Quelque chose de "vraiment spécial" et nécessairement meilleur m'attend après ce malheureux "coup du sort". Je ne peux pas ignorer le fait qu'il ait fait preuve de bonne volonté. Le fait de déplacer un pion et de l'approcher de la reine peut aider à la victoire. Je me convaincs que de toute façon, je ne dois plus être très loin de Tcheliabinsk. Une fois mon bon Samaritain reparti, je fais en vain des aller-retour à la pompe à essence. Les voitures restent dans le coin sauf quelques unes en transit sur de longues distances qui refusent car déjà occupées. Je tend le bras pour arrêter n'importe quel véhicule venant dans ma direction. Une voiture avec un jeune gars au volant stoppe à ma hauteur. Il descend et viens m'ouvrir le coffre pour y placer mon sac à armature. Je tombe des nues et suis abasourdi lorsqu'il me dit qu'il rentre chez ses parents à Tioumen distant de presque 800 kilomètres. Voilà le bon "coup de pouce" que je sentais venir. Je l'ai flairé, celui-là ! Il est militaire à Rostov et profite du jour férié pour rentrer visiter sa famille. Nos échanges verbaux sont très limité. Je ne veux pas commettre d'impair et me faire débarquer alors que je peux rouler toute la journée sans discontinuer. Nous évitons et contournons Tcheliabinsk qui était encore à 280 kilomètres lorsqu'il m'a pris en stop. J'élimine volontairement un de mes contacts dans cette ville car nous sommes samedi et Elena est probablement en train de dormir à l'heure qu'il est. Je n'ose même pas lui téléphoner de peur de la réveiller et la déranger. Nous poursuivons notre route vers Kurgan (140 km) et Tioumen (190 km), porte d'entrée de la Sibérie à laquelle je ne m'attendais pas à frapper si vite. Je veille à ne pas froisser mon chauffeur par un geste déplacé et prends soin de lui. La route principale qui relie Kurgan à Omsk transite par le Kazakhstan. Etant dans le doute quant aux conditions de transit sur cette portion de la transsibérienne, je préfère continuer avec "mon chauffeur d'un jour le plus long" et passer par Tioumen avant de reprendre la route vers Omsk (620 km). Je lui explique tant bien que mal car je sais qu'il ne comprend pas que je veuille continuer avec lui. Omsk (720 km) est indiqué tout droit avec un passage par le Kazakhstan obligatoire sans savoir si je ne serai pas refoulé à la frontière. Le détour de Kurgan à Tioumen est presque de 200 kilomètres plus les 620 kilomètres jusqu'à Omsk, ce qui fait une différence d'une centaine de kilomètres seulement (200 + 620 = 820 - 720 = 100 km). Il me dépose finalement en fin d'après-midi à la sortie de Tioumen. Les deux routes contiguës, celle par laquelle nous entrons en ville et celle par laquelle je dois sortir, se touchent et forment un angle aiguë dans la périphérie sud de la ville. Je descends de la voiture en remerciant mon bienfaiteur et marche jusqu'à la route en direction d'Omsk. Je fais le pari que je vais décoller ce soir et y arriver demain matin. Un gars me lance sur la voie rapide pendant vingt-cinq kilomètres. Après quoi, j'assiste à un défilé de voitures avec un concert de klaxons, les hampes des drapeaux russes étant maintenues dans les vitres ouvertes des portières. Ils fêtent la victoire. Les Russes peuvent être très nationalistes. En tant qu'étranger, je dois me faire remarquer sur le bord de la route essayant d'attraper un véhicule. Pourvu qu'ils n'aient pas l'idée de penser que je suis allemand, sinon je peux passer un sale moment si je tombe sur des types bizarres. Je dépasse cette bourgade un peu trop enthousiaste à mon goût et obtiens successivement deux voitures avant de rencontrer "le chauffeur de mes rêves" ou bien appelons-le encore tout simplement "le camion de ma nuit". Celui-ci projette de rouler toute la nuit. Il m'a emmené pour pouvoir discuter afin qu'il puisse rester éveillé. Je vais faire face à la même difficulté de communiquer en profondeur dans la langue russe sur des sujets les plus divers. Nous dînons dans un routier de plats capables de nous tenir au ventre toute la nuit. Plutôt qu'une invitation à diner, je préférerai que nous avertissions Olga de mon arrivée matinale demain matin en lui téléphonant. Au menu, une terrine de pommes de terre aux lardons puis une assiette de soupe accompagné de pain. J'accepte le thé malgré l'heure tardive. Je dois me tenir éveillé, être vigilant et veiller à ce que mon chauffeur ne s'endorme pas. Nous repartons 3/4 d'heure plus tard et roulons non-stop jusqu'au petit matin où nous arrivons à Omsk. Proche du centre ville, nous essayons de contacter Olga sans succès. Il est 7h30 du matin quand je descends du camion. Nous avons tenté maintes fois de la joindre. La voix du répondeur téléphonique nous demande de la rappeler plus tard. C'est peine perdue ! C'est comme si la ligne n'était pas joignable et hors réseau. Olga avec qui, depuis deux mois, j'ai échangé près de vingt-cinq courriels avant d'arriver à Omsk m'a pourtant demandé de venir de préférence le 10 ou le 11, pendant un de ses jours de repos. Je suis confus et un peu en colère. Qu'est-ce qu'elle fout ? Où es-t-elle ? Je n'ai même pas son adresse. J'avance à pied jusqu'au carrefour. Je ne sais même pas par où aller ne sachant pas dans quel quartier elle habite. Lorsque je suis attendu habituellement, j'ai localisé avant de commencer le voyage à l'aide d'Internet l'endroit où mes hôtes vivent, c'est-à-dire situer la rue dans la ville et savoir si c'est du côté où je vais arriver en ville au nord ou à l'opposé au sud, à l'est ou à l'ouest. Beaucoup de chauffeurs connaissent les rues des villes et me demandent l'adresse où je vais. Ils m'aident à trouver l'endroit et même parfois la personne que je cherche, ce qui à priori semble inimaginable que les gens soient si serviables. Cette façon de planifier permet un gain de temps et évite d'avoir à téléphoner. Il faut alors attendre dans la gare (de train ou routière) que l'hôte soit disponible et vienne vous rencontrer. Ensuite, il pourra vous accompagner chez lui. Mes hôtes n'ont pas la moindre idée que je n'ai pas de téléphone portable. Je joue de malchance avec le téléphone. A chaque fois dans ma vie personnelle quand j'ai eu dans le passé besoin d'appeler, le portable était toujours éteint. Ma communication se fait via le site par échange d'E-mail. Que faire ? Une voiture s'arrête à l'angle. Je suis abordé par Volodia qui en sort. "Kann ich Dir helfen ?" (Puis-je t'aider ?) Je remercie le plus grand des hasards, appelons-le encore le destin, de me remettre entre les mains de cet homme providentiel. Il est accueillant et prêt à me rendre service. Il propose de me rapprocher du centre ville où il habite et m'invite à prendre une douche et déjeuner dans son appartement. Sans me connaitre ni d'Adam, ni d'Eve, cet illustre inconnu me laisse rentrer dans sa vie et partage avec moi le fruit de son travail en attendant qu'Olga se réveille et que l'on puisse la joindre ou bien que l'on trouve une solution. Il me reproche de ne pas avoir son adresse. Comment peux-tu être si stupide ? Venir jusqu'à Omsk sans aucune adresse. Je dois ouvrir ma boite aux lettres car elle me l'a peut-être envoyé dans son dernier courriel que je n'ai pas encore lu. Il a parfaitement raison. Son raisonnement est logique. Quand je lui dit que j'ai "rencontré" Olga en ligne, il se méprend sur le sens de rencontrer, il la jette aux orties et me prie de la laisser tomber. Il veut me déposer sur la route qui conduit à Novossibirsk. J'ai roulé toute la nuit sans dormir. Je suis lessivé mais je ne veux pas abandonner mes recherches et quitter la ville sans voir Olga. Je bois du thé noir et mange de la "griechka" en noyant mes inquiétudes dans deux alcools forts fait maison. Il n'y a toujours pas de réponse aux appels successifs. Mon salut réside dans l'ouverture de ma boite aux lettres. Vers 9h00, ultime espoir, nous sortons et gagnons le centre commercial situé en face de sa barre d'immeuble. Il n'y a pas de café Internet. Je demande à une jeune fille plutôt sexy dans sa robe très courte de taffetas noir si je peux avoir accès à l'ordinateur de la boutique dont elle est responsable. Je lui explique mon cas. Elle accepte. Je prends note de l'adresse d'Olga reçue la veille. Volodia connait très bien la rue puisqu'il y a vécu il y a une dizaine d'années quelques numéros de porte plus loin. Heureux hasard qui fait bien les choses. Il est temps pour lui de commencer sa journée. En partant à la campagne, il me dépose à l'adresse indiquée. Il me quitte pour aller à sa datcha. Personne ne répond à l'interphone. Je réussis à monter à l'étage jusqu'à la grille derrière laquelle s'ouvrent deux portes d'appartement qui se font face. Je sonne à l'une et à l'autre. La voisine ouvre et me dit qu'elles - Olga et sa mère - ont quitté la veille au soir pour leur datcha et seront probablement de retour ce soir. Même téléphoner hier soir n'eut servi à rien si elles avaient déjà quitté l'appartement. La datcha est trop éloignée et n'a pas de réseau pour être jointe avec un portable. Quelques appels ont abouti. Olga décroche mais ne peut pas répondre. Dans mon dernier courriel, je lui ai dit que j'allais faire l'impossible pour être à Omsk le 10 ou le 11 tout en lui disant de "vivre sa vie" et qu'elle fasse ce qu'elle à prévu mais je n'imaginais pas qu'elle partirait passer la nuit à la campagne. De quoi me faire rager ! C'est bien la peine d'entrer en contact et passer tant de temps à correspondre avant de se rencontrer alors que le "moment magique", la rencontre réelle dure si peu.
Je laisse mes sacs en sécurité pour la journée sous la responsabilité de la voisine d'en face. Je reviendrai les récupérer en fin d'après-midi. J'ai la journée entière pour faire ce que je veux. Je remonte la grande avenue et retourne lentement en direction de ma "poupée de taffetas noir". Je vais lui demander si je ne peux pas faire ma correspondance et rédiger mon compte-rendu de ces dernières 48h00. Elle n'a vraiment que la peau sur les os et sa gentillesse égale sa beauté, une peau diaphane sous laquelle coule des veines d'ébène. Elle accepte. Je lui tiens compagnie pendant deux heures. Personne n'entre dans la boutique. Mon travail d'écriture achevé, je m'assois sur un banc au rez-de-chaussée et regarde les clientes entrer et sortir du centre commercial. Elles jouent un rôle et se composent toutes un personnage de femmes fatales avec une taille idéale et un soutien-gorge qui rehausse leur poitrine et la met en valeur. Bien que toutes différentes physiquement, il y uniformisation des goûts et des valeurs, toutes sur la même ligne de consommation. Je m'amuse à les regarder. Certaines n'ont pas peur du ridicule à cause de leur petite tenue (in)décente. Elles font vraiment dans le mini mini. D'autres accoutrements prêtent à sourire. J'ai l'impression d'être spectateur attentif d'une comédie dont le film pourrait être intitulé "Jolies femmes". Ainsi va la mode en Russie. Je sors ensuite me balader le long de la Volga. Une promenade tout en béton la longe et je fais l'aller-retour plusieurs fois. Que faire d'autre ? Les gens musardent en famille. Je n'ai pas la tête à lire. Attendre le retour éventuel d'Olga car qui dit qu'elle reviendra aujourd'hui. Ah ! ces femmes russes... Elles vous feraient tourner en bourrique.
Vers 18h30, je retrouve la voisine et l'appartement toujours vide. Je vais devoir reprendre mon sac et trouver un endroit pour passer la nuit. J'ai repéré des logements vacants en cours de construction. Au moment ou je l'attrape en haut des marches de l'escalier et passe les bretelles prêt à redescendre, j'entends la porte de l'ascenseur s'ouvrir. J'ai une seconde d'hésitation avant de quitter et ne voilà-t-il pas qu'apparaissent Olga et sa mère, fatiguées de leurs travaux des champs. Olga me dit clairement qu'elles sont lasses. Je n'ai pas à protester. Je dois considérer que dans mon malheur, j'ai de la chance de ne pas les avoir raté. Cela s'est joué à quelques secondes près. Je ne lui en veux et joue "le grand jeu" comme si c'était une journée exceptionnelle. Après que nous ayons tous pris la douche, j'ouvre en guise d'apéritif un demi de Kriter que nous partageons à quatre, ce qui fait peu dans le verre pour chacun d'entre nous, j'en conviens ! Une demi bouteille qui a bien vieilli et bien voyagé depuis la Normandie avec un arrière-goût très fruité que tout le monde apprécie. Elles ont préparé un plat consistant de pommes de terre et de viande de porc. Je leur fais goûter un brie avec une demi bouteille de Bordeaux qui est arrivée sur le pouce dans mon sac comme la première. Olga, peu disserte, me propose de dormir dans l'appartement de sa grand-mère inoccupé car elle est hospitalisée pour quelques jours. Bien qu'ayant satisfait mon appétit, je cuisine en prévoyance des jours à venir. J'ai pu me permettre de rester une journée entière à Omsk car j'ai roulé toute la journée d'hier et la nuit. 665 kilomètres séparent Omsk de Novossibirsk où je n'ai pas prévu de contact et il y a 789 kilomètres supplémentaires jusqu'à Krasnoïarsk, ce qui donne un total de 1454 km (665 + 789 = 1454 km). Bonne nuit chez la grand-mère. Un peu plus de 4000 km me séparent de la frontière chinoise et il me reste 6 jours de voyage.
Lundi 11 mai - En route vers Novossibirsk (665 km), capitale de la Sibérie (une journée sans camion).
Olga, journaliste pour un magazine d'automobile, son copain, sommelier dans un club et sa mère vont tous les trois travailler aujourd'hui même s'ils n'en ont pas beaucoup l'envie. Ils semblent manquer de motivation mais leur gouvernement leur a demandé en ces temps de crise économique de participer à l'effort national et de travailler ce jour normalement férié. Nous prenons un petit-déjeuner tardif après qu'ils m'aient demandé la veille au soir de les rejoindre vers 9h30. Au menu: café au lait, pain, beurre, confiture et brie de Comte Robert. Devant la profusion d'autobus, je préfère m'abstenir une fois de plus de sauter dans l'un qui part à contre-sens et continue à pied, le signe distinctif de ma prochaine étape à bout de bras: "Novossibirsk". La route est sinueuse et finit par contourner un pâté de maison avant de revenir légèrement vers le centre, telle une hyperbole qui s'éloigne pour mieux se rapprocher. J'hésite et je doute que je sois dans la bonne direction. Je dépasse une Lada garée dans la rue où les maisons en bois se succèdent les unes à côté des autres. Elles ne sont pas récentes et ont du cachet. A les voir en carte postale, je penserai qu'elles ont été construites en Sibérie. Je n'en suis d'ailleurs pas loin. Trois hommes dans cette Lada rouge, deux devant et un derrière qui écrit et rédige un papier officiel que lui dicte le chauffeur au faciès résolument asiatique. "Attends un peu" me répond son voisin aux allures de petit-chef, chemise débraillée sur une poitrine velue. Je pose mon sac à côté de la voiture, heureux de ne plus avoir à le porter. J'attends qu'ils aient fini de recopier leur document. J'ai l'impression que celui de derrière a été mis en difficulté financière et qu'il doit emprunter de l'argent. A cette fin, sa maison en bois en mauvaise état lui sert en quelque sorte de chèque en bois, à rembourser une somme d'argent en contre partie de l'hypothèque. Je n'ose pas croire qu'il s'agit d'une lettre de dénonciation. Les deux gars à l'avant du véhicule sont des requins de la race des usuriers ou des profiteurs. Quand ils ont obtenu ce qu'ils voulaient du troisième larron, ils me font signe de monter et nous partons en direction de la route vers Novossibirsk où ils vont me déposer. Ils me mitraillent de questions diverses de différents calibres sur des registres diversifiés pour m'avouer juste avant de me déposer qu'ils sont de la police. Quels sorte de policiers sont-ils ? Est-ce de la police ou du KGB dont il font partie, celui-ci n'en étant pas moins la police des police. Ils savent où me déposer sur la grand route et tournent sur la gauche, une route qui retourne vers le centre et d'où beaucoup de voitures sortent et s'engagent sur la route principale, celle d'où nous venons. C'est un petit carrefour que peu de voitures dépassent. Au bout, La Sibérie. Je commence ma journée avec deux Ouzbeks dans une Lada pour une quarantaine de kilomètres. Des chaises occupent la banquette. Je dois les replacer pour pouvoir m'asseoir à l'arrière. Ils me larguent à un rond-point en pleine nature d'où je repars avec un "lucky lift", une voiture tirée au sort, la chance me sourit car Grégory retourne au boulot dans l'Altaï. Je parcours près de 500 kilomètres avant qu'il ne prenne vers Karat sur la droite. Avant qu'il ne tourne, j'ai essayé d'attraper un autre véhicule à l'arrêt dans un aire de repos qui permet aux gens de se restaurer et faire une pause. Je demande aux chauffeurs, jeunes et moins jeunes, une place dans leur véhicule, le plus souvent des 4 X4 mais ils s'en contrefoutent magistralement. Autant descendre de la voiture là où Greg doit tourner. Il y a un contrôle de la police, ce qui force les véhicules à ralentir. Un couple dans deux voitures séparées m'emmène vers Novossibirsk distante d'une centaine de kilomètres seulement. Elle, fausse blonde, me voit sur le bord de la route mais n'ose pas me ramasser. Lui, producteur de musique, n'ose pas croire ce que je lui raconte. Il a toutefois le cran de s'arrêter et de me laisser monter dans sa voiture de sport rouge style Maserati. Il flambe. Il a un air crédule et naïf. Lorsque nous marquons une pause dans un restaurant afin qu'ils se refassent une santé, je remarque que sous son apparente douceur, sa partenaire porte la culotte et fait preuve de rigueur. Il n'a qu'à bien se tenir. Ils ont faim. Ils viennent du nord de la Sibérie et conduisent non-stop depuis dix heures. A voir l'état de leurs voitures, ils m'expliquent qu'il y avait de la neige à l'endroit où le groupe qu'il promouvait se produisait. Je sors mon fricot de mon sac et les rejoins. J'hésite à les suivre en ville. Je peux descendre sur la bretelle de contournement de la ville mais je leur fais confiance puisqu'il m'ont assuré que je peux dormir avec eux chez son frère. Nous allons rendre des comptes à un directeur de club associé. Nous sommes reçus dans une arrière salle où trône un billard. Après les présentations et les salamalecs, une bière m'est offerte. Le type qui nous reçoit, la voix rauque et désagréable, accompagnée de son assistante, prend des apparences de mec sûr de lui alors que j'ai une sale impression. Il est mielleux et faux-cul. Quand à mon couple de producteurs, elle est celle qui dirige le groupe et fait de l'événementiel. Son jules est juste un prête-nom dans un monde de brutes dominés par les hommes. J'aurais du écouter mon intuition et les quitter à l'embranchement de la rocade. Je me retrouve tout penaud lorsqu'ils me déposent devant la gare de train à minuit. Je les quitte sans les remercier et leur fais part de mon mécontentement. Je serai au moins venu à Novossibirsk, l'une des agglomérations les plus étendue de la Russie. Que faire d'autre à minuit à Novossibirsk que de remonter l'avenue de Krasnoïarsk afin de sortir du centre. Toute une aventure nocturne. Cela commence par longer toute une série de club, boites, discos et karaoké où les jeunes plus ou moins éméchés prennent le frais avant de replonger dans leur enfer musical. Nous sommes lundi et le dernier jour de party. Direction Krasnoïarsk (789 km). Bon courage. Il n'y a plus de transport en commun. Je m'éloigne à pied du centre et marche pendant une heure ou plus. C'est toujours tout droit ou presque. A un feu, je réussis à chopper un type avec une Lada, un taxi au noir, qui reconduit une jeune fille. Il accepte de me pousser jusqu'à l'endroit où elle se rend. Il la dépose à un grand carrefour où deux hommes sur le trottoir accoudés à une barrière garde-fou boivent. Debout sur la chaussée en face d'eux, une femme alcoolique, le visage abimé, plus en manque d'affection que de sexe, leur demande une bouteille d'accompagnement. Elle l'obtient et vient me prendre par la main. Je lui dis que l'on peut rentrer à la maison maintenant. Elle acquiesce puis se ravise: "as-tu de l'argent ?" Je la lâche et remonte sur le trottoir. Je fais à peine une centaine de mètres puis avise un espace vert derrière une église orthodoxe. La palissade a des trous mais je ne trouve rien qui prévaut du côté de la croix. Je prie pour qu'il ne pleuve pas et étale mon duvet au pied d'un cabanon pour trois heures de repos bien mérité. 3000 kilomètres me séparent de la ville de Chita qui elle-même se situe à 486 km de la frontière chinoise (3500 km environ) et il me reste 5 jours de voyage pour sortir du pays en temps voulu (3500 : 5 = 700 km quotidien). Avec 665 km et mon sixième jour de transit à travers la Russie, j'ai parcouru aujourd'hui plus de la moitié de mon itinéraire en Russie qui totalise 7136 km (sans compter les rocades et détours occasionnés par les impondérables). J'ai cinq journées de voyage en transit derrière moi et cinq à venir, ce lundi 11 étant la journée charnière (5 jours + lundi 11 + 5 jours = 11 jours de transit).
Mardi 12 mai - Novossibirsk - Krasnoïarsk (789 km): une autre journée sans camion.
Cela est peut-être une des conséquences du jour férié mais les voitures particulières sont plus rapides. Je dois traverser à pied Kemerovo et Mariinsk qui m'ont l'air bien séduisante. En fait, là où je suis en ville, à côté d'un feu ou bien dans une ligne de voitures les unes derrière les autres, je me positionne et demande de l'aide de portière à portière comme quelqu'un qui a besoin d'aide, comme un mendi(c)ant qui quémande sa pitance. Je sais que quelqu'un de plus démerdard que le précédent puisqu'il a refusé de me venir en aide va me dépanner. Je cherche juste à aller dans telle direction. Tôt ou tard, je vais obtenir ce que je veux et parvenir à mes fins. Un peu de culot ne fait pas de mal dans la vie. Je n'ai pas encore pris un seul autobus. Un jeune médecin me permet de traverser Kemerovo et me raconte son voyage de noces en Europe de l'Est. Avec sa jeune femme, ils ont atterri à Prague où ils avaient réservé pour cinq jours une chambre d'hôtel et une voiture de location. Chaque jour, ils ont rayonné et se sont baladé dans les pays limitrophes de la Tchéquie comme l'Allemagne, l'Autriche, la Slovaquie et la Hongrie. Je continue vers Mariinsk que j'aimerais revoir plus longuement la prochaine fois. Je n'ai pas vu de paysages exceptionnels depuis Belgorod à part quelques vues un peu plus vallonnées avant d'atteindre Tcheliabinsk mais cela ne saurait tarder avec la Sibérie et la route qui contourne le lac Baïkal. Le permafrost est un frein à l'entretien des routes dont le revêtement se désagrège sous l'effet du gel et du long hiver sibérien. J'ai atteint une aire de stationnement réservée aux clients d'un routier. Je réussis à coincer Andreï avec son pick-up à sa sortie du parking et le convaincs de m'emmener. Il sourit quand je lui dis que je suis français et me demande de lui montrer mon passeport. Plus 300 km restent à parcourir jusqu'à Krasnoïarsk où je veux dormir ce soir chez Anna. Il peut m'emmener mais il doit marquer une brève pause dans un village en cours de route. Son invitation est bienvenue. Marié, père d'une enfant, il a une relation à la campagne. Nombreux sont les hommes russes qui ont une double vie et deux familles sans que l'une ne sache rien de l'autre. Sa profession de commercial est de vendre des engrais dans les zones rurales. Anna m'a laissé son adresse et Andrei avec l'aide du GPS trouve sa rue très facilement. Il m'y dépose. Personne dans l'appartement. Je l'appelle. Elle sera là d'ici trente minutes. Cela me parait tellement plus facile quand j'ai l'adresse en poche. Je prends une douche et Anna me propose de laver mes fringues. Avec ses amis, elle projette d'aller faire un tour à vélo à 22h00 et revenir vers minuit. Je lui donne carte blanche. Ce sera sans moi. Je me revigore avec du thé au gingembre et du miel. Elle me prépare de la "griechka" au lait. Je cuisine du riz comme d'habitude, l'Asie doit y être pour quelque chose. J'écris mon journal et le mets en ligne. Après qu'elle soit rentrée vers minuit trente, avec son copain, nous nous faisons une "camembert-party" arrosée de bière qui dure jusqu'à 3h00 du matin.
Mercredi 13 mai - Krasnoïarsk - Irkoutsk (1100 km).
Réveil au thé noir à 7h00 du matin. Ma faiblesse aujourd'hui est de sauter dans un autobus de la ville, le n° 56 qui part de la gare routière et continue le long de la route qui sort de Krasnoïarsk vers Irkoutsk. La ligne de tramway n° 7 est parallèle pendant un bon moment à l'itinéraire du bus mais ne va pas aussi loin que celui-ci. J'ai complètement oublié l'état déplorable de la route de Krasnoïarsk à Irkoutsk. Il n'y a pas d'asphalte tout le long mais un revêtement de goudron par endroit. Entre les plaques noires, une piste en dur qui bouge en fonction de la saison, des intempéries et des différences de températures. Peu de trafic à partir de Novossibirsk vers l'Est. Tout les mouvements de véhicules se concentrent autour de la capitale Moscou vers Novossibirsk. Qui parle de piste dit nécessairement moins de véhicule susceptible d'emprunter cette "voie de terre". Mon itinéraire passe pas Chita. Je me rappelle que c'est la forêt sans discontinuer après Darasoun dont j'ai de mauvais souvenir. Sorte de "terra incognita" où il faut chercher sa route sans aucune indication. J'ai lu en 2007 sur Internet qu'ils avaient fini la construction de la Transsibérienne et relié Moscou à Vladivostok (9000 km). Kansk, 280 km de Krasnoïarsk, est la ville la plus importante de mon itinéraire aujourd'hui. Deux routiers qui s'ennuyaient me montent jusqu'à la périphérie de Kansk. Après en avoir eu pour leur compte, ils veulent me déposer à l'entrée de la ville. Je ne suis pas d'accord. Je préfère la sortie, plus facile d'attraper un véhicule qui vient du centre. J'insiste pour rester dans la cabine le temps du transit par Kansk et descends plus tard au début de la route étroite vers Irkoutsk. Je sais qu'ils continuent plus loin avant de tourner vers Bratsk mais s'ils sont décidé à se séparer de moi, que puissé-je faire ? Dans cette partie de la Russie, les chauffeurs peuvent vous débarquer aussi vite qu'ils vous ont embarqué à cause des distances importantes. Vous pouvez les amuser quelques heures mais ils n'ont pas forcément envie de vous avoir à côté d'eux pendant 24h00. Il s'agit de parcourir 1100 kilomètres. Il faut faire de longues pauses. Certains coupent la poire en deux et prennent une chambre. Avant un passage à niveau, un trou d'eau oblige les véhicules à ralentir, je réussis à parler à Volodia qui conduit une Lexus 4 x 4 depuis Krasnodar. Il a trois jours de conduite à son actif. Il m'affirme avancer jusqu'à Tulun, proche d'une centaine de kilomètres mais je sais pertinemment qu'il se rend à Irkoutsk distante de presque 700 km. Hésitant à m'emmener, je réussis à le convaincre. Il n'a pas totalement confiance. L'endroit là où il était censé s'arrêter ressemble plus à un village qu'une ville. Je me tais. Inutile de lui rappeler ce détail de l'histoire. Il me dépose à l'entrée d'une aire de service prétextant qu'il va se reposer. Est-ce dire boire un café et continuer, ce que je crois ou bien prendre une chambre et y passer la nuit ? Il cherche à se débarrasser de cassettes de musique et me les donne. Je reste sur la transsibérienne dans l'attente d'un éventuel véhicule et de la nuit qui ne va pas tarder. Je sais qu'il me faut décoller de cette endroit ce soir et rouler cette nuit si je veux conserver une chance de sortir à temps du pays et ne pas dépasser mon visa de transit or cette chance d'accrocher un véhicule est minime car ils sont en nombre réduits sur le parking où sont garés quatre camions et quatre 4 x 4. Je remarque une Lada 4x4 blanche pleine à craquer avec un couple qui s'apprête à quitter vers Irkoutsk. Je ne juge même pas utile de les solliciter. Un gros 4x4 vient se garer à côté de celle de Volodia. Deux gars étranges en sortent. Ils ne collent pas vraiment avec l'image luxueuse qui se dégage de leur puissante voiture. Ils sont habillés chichement et ont plus l'air de paysans que de citadins. Ils donnent l'impression d'être des durs et des coriaces avec qui l'on ne rigole pas et à qui on ne la fait pas. Je n'ai pas eu de franche réponse positive à ma question lorsqu'ils ont fait le plein d'essence. Je vais devoir les rattraper à la sortie du restaurant. J'attends qu'ils en sortent. Ce sera eux ou Volodia de nouveau. Les camions sont là pour la nuit. Je suis sur un fil. Je peux basculer d'un côté ou de l'autre et ne pas pouvoir aller plus loin. Je dois garder mon équilibre et parvenir à mes fins, aller plus loin. Lorsque mes deux gars quittent, je reçois leur assentiment de monter dans leur palace ambulant. Volodia qui furète dans son coffre n'en revient pas que j'ai trouvé une occasion. Je peux le voir à la tête qu'il fait. S'il pensait se faire prier pour que je puisse l'accompagner, il s'est trompé. Il va finir son parcours en solitaire. La roue tourne. C'est à son tour d'être laissé en rade. Il vient vers moi et demande à récupérer une des cassettes qu'il m'a donnée. Je le laisse fouiller dans mon sac mais il ne la trouve pas. Nous quittons l'aire. Le chauffeur, jeune et en surcharge pondérale, dégage une odeur nauséabonde comme un corps en putréfaction. Il a beau être puissant au volant de son char et étaler sa richesse, il n'a qu'une vie, n'est pas immortel et a des soucis à se faire. La mort n'est pas réservée seulement aux autres. Il n'arrête pas de remuer sur son siège atteint visiblement d'une forme de la danse de St Guy comme s'il était assis sur un ressort, voilà qui est gênant pour conduire très vite et dangereusement. Sa vitesse excède presque les limites du 4x4 sur cette piste mouillée et glissante à cause de la pluie intermittente qui tombe. Le passager est un drôle de type, plus âgé, l'air cynique, une relation familiale, un mentor qui à l'air de se moquer de tout un chacun pour un oui ou un non. Je me rappelle trop bien l'expérience précédente où je me suis fait déposé à la station-service. J'évite de demander d'où ils viennent car mon intuition me dit que je ne vais pas faire long feu dans la voiture. Je ne suis pas à l'aise, ni à ma place. Je ne sais pas à quoi ces deux types doivent leur (bonne) fortune mais quelque chose me dit qu'il y a anguille sous roche. Sans surprise, sous prétexte d'être arrivé à leur lieu de destination, le prochain village, ils essayent de me débarquer près d'un restaurant construit dans le style d'un fortin militaire avec sa façade à créneaux. Je les convaincs que l'endroit n'est pas convenable et de me déposer un peu plus loin. Mon temps était compté et gagner des miles à la vitesse à laquelle il conduisait relevait de la gageure (du pari). Seconde tentative de me larguer, je choisis un passage à niveau dans l'attente de Volodia car je sens qu'il va venir me retrouver (pour récupérer sa cassette). Nous avons une longue histoire en commun avec ce genre d'endroit stratégique où nos lignes de vie se sont déjà croisées. J'ai pu demander à mes deux voyous "qui" ils étaient. Bien que tardives, les présentations ont eu lieu et ils m'ont répondu "gypsies". Débarrassé d'eux, la nuit bien présente, il est plus de 22h00, devinez qui arrive quelques minutes plus tard ? Mon vieil ami, Volodia, remis en selle. Je procède de la même façon que la première fois. Je n'ai pas de mal à le convaincre. Il sait à qui il a affaire. Il sait aussi que s'il veut arriver à Irkoutsk (650 km) et conduire toute la nuit, il a besoin de ma compagnie pour rester éveillé tout comme j'ai autant besoin de son aide pour respecter mon planning de voyage. Dès que je suis dans son 4x4, il me demande sa cassette à laquelle il est attaché et qu'il ne retrouve pas. Avant qu'il ne fasse irruption une seconde fois dans ma vie, j'ai pensé que je pourrais peut-être sauter sur un train de marchandises comme je l'ai déjà fait dans le début des années 90 aux Etats-Unis, au Canada et en Russie (2003) dans l'Extrême-Orient russe au-delà de Chita, là où les pistes se confondent les unes les autres sans aucune indication. Je ne lui offre pas de conduire car la Lexus dispose d'une boite de vitesse au changement automatique à laquelle je ne suis pas habitué. Quant à l'odeur de mon dernier camembert, je ne crains pas que cela l'indispose car tout comme les "Gypsies brothers", il roule la fenêtre ouverte. L'air frais lui ravive les sens et l'empêche de s'endormir au volant. Cette unique exemplaire survivant d'une odyssée est destiné à l'exportation vers la Chine. Combien de temps durera-t-il ? Il expire officiellement le 01 juin 2009. Le soutenant dans ses moments les plus difficiles et s'aidant mutuellement, nous finissons par atteindre Angarsk, 60 kilomètres d'Irkoutsk, à l'aube. Malgré la lumière du jour naissant, je trouve refuge, étalé dans mon duvet au milieu des tombes, dans un cimetière situé juste en contrebas de la transsibérienne. Deux bons cycles de sommeil (2 x 80 mn = 160 mn = 2h40) suffisent à recharger les batteries et me remettre en jambe. Après un petit-déjeuner rapide assis entre deux pierres tombales du plus beau goût, j'ai le choix du sol dans ma salle-à-manger à ciel ouvert, je remonte sur la route principale et j'ai à peine commencé à marcher qu'un collectif "mashroutka" s'arrête à ma hauteur et me fait comprendre de monter. Je refuse l'invitation qui m'est faite de me joindre aux passagers payants mais le chauffeur revient à ma hauteur et insiste. Je finis par accepter et me retrouve à Irkoutsk rapidement. Il est à peine 9h00. Les employés arrivent pour reprendre leur travail. Je trouve un endroit pour taper mes piges, les mettre en ligne et laisser mes sacs en sécurité pendant quelques heures de balade à travers le vieil Irkoutsk. L'hôtel "Baïkalsk" sur la grand place délivre des "vouchers" (l'équivalent d'une réservation d'hôtel pour un voyage à venir) pour une somme de trente dollars. Il faut comprendre que le papier nécessaire à l'obtention du visa de touriste pour une période d'un mois coute la modique somme de 30 U.S dollars. "Tourism is a big business". Vers 17h00, je pense à sortir d'Irkoutsk en direction du lac Baïkal. Je ne sais pas quelle route y mène. Les gens ne m'aident pas par ignorance. Je tourne en rond. Je suis obligé d'aller dans le rayon carte de la boutique du "Baïkalsk" et regarder par moi-même où se trouve mon issue de secours. Une jeune fille francophone, très coopérante, avec la plus grande gentillesse qui soit, m'aide de son mieux. Elle s'efforce de pratiquer le français qu'elle apprend à l'université. Je la balaye d''un revers de main sous prétexte que je suis pressé. Je lui explique que je ne peux pas rester pour la nuit à Irkoutsk par manque de nombre de jours de séjour. J'ai l'impression qu'elle va presque exploser de douleur et fondre en larmes. Je ne comprends pas pourquoi. Je sais qu'elle a envie de pratiquer son français. L'ai-je brusquée ? Ai-je été si rude ? J'ai presque envie de la prendre dans mes bras pour la consoler. Je reviendrai et je resterai plus longtemps à Irkoutsk qui le mérite bien. A suivre...
Irkoutsk - Ulan Ude. J-2 et 1600 km depuis Irkoutsk jusqu'à la frontière chinoise.
Trois générations, 23 jours, 11 états, western happiness
J’ai longtemps hésité à écrire ce carnet, au retour de ce merveilleux voyage, en Juillet, il m’a semblé que plusieurs autres carnets parlaient plus ou moins des mêmes lieux , et d’autres ont suivi les mois suivants, je les ai lu et continue à les lire avec beaucoup de Plaisir (encore merci bibouns51, marcalamar, marati et les autres, trop nombreux pour que je les cite tous), ils me rappellent ces endroits superbes et ces 3 semaines d’émerveillements.
Mais en décembre, mon père, le seul participant masculin à ce beau voyage, nous a quitté . Et en y réfléchissant, j’ai eu envie de raconter ce dernier road trip tous ensemble , pour moi c’est un rappel de bons souvenirs, et j’espère que pour certains ça donnera encore un autre exemple, les voyages à 3 générations n’étant pas si fréquents dans les carnets. Voyager avec les grands-parents et les enfants ados, ça force chacun à faire des concessions, à s’adapter au rythme et aux envies des uns et des autres…
C’était déjà le 6ème voyage dans l’Ouest pour moi, en une vingtaine d’année, et 3ème en trois ans:
En 2017, un trip à 9 avec un couple d’amis, ma soeur et nos 5 enfants, de San Francisco à Las Vegas en passant par les parcs les plus fréquemment visités (Grand Canyon, Bryce, …) sans passer par Los Angeles (https://voyageforum.com/v.f?post=8264822;#8264822 ).
En 2018, toute seule sans enfants, à la découverte du Yellowstone puis de Valley of fire, Cedar breaks et Snow Canyon entre autres (https://voyageforum.com/v.f?post=9100875;#9100875 )
Et 2019, l’objet de ce carnet, avec mes parents, mes deux filles de 14 et 16 ans et ma niece de 17 ans. Il y a eu plusieurs versions de l’itinéraire, j’avais fait une liste de nombreux endroits possibles et chacun a donné son classement. J’ai pris les lieux qui avaient le plus de voix de préférence et j’ai essayé de tous les mettre dans un itinéraire bien chargé mais je pense assez équilibré. Les incontournables étaient pour moi Yellowstone et Monument Valley que je voulais absolument leur faire découvrir à tous. Et pour les enfants, Universal Studios à Los Angeles et un nouveau passage à Las Vegas qu’elles avaient adoré deux ans plus tôt. Pour mes parents, le Mont Rushmore leur faisait envie. Le résultat a été un road trip de 23 jours, avec 2 vols intérieurs, 11 états traversés, 11 parcs nationaux, des lieux marqués par l’histoire indienne…on a beaucoup ri, un peu marché, et si souvent été éblouis.
Alors, après ce long préambule, comme on dit dans New-York Unité spéciale; voilà leur histoire . 😊
Comme nous avions un vol le 25 Juin au matin, un direct CDG-Los Angeles, on a décidé de rejoindre Paris en TGV le 24 au soir, pour dormir près de l’aéroport. Le 25, frais et dispos, nous voilà à l’aéroport. Pas de bagages à enregistrer, nous avons tous voyagé avec une valise cabine et un sac à dos. On monte bien à temps dans l’A380, et on attend le décollage…et on attend…et on attend…on nous parle d’un petit souci technique, on attend toujours…au bout d’un moment, on nous dit qu’on va nous faire sortir, que du personnel au sol nous prépare une salle climatisée (oui, il fait plutôt chaud ces jours-ci) pour nous recevoir en attendant de nous trouver un autre avion… Quand enfin on peut sortir, pas vraiment de salle climatisée mais du personnel qui nous traite un peu comme du bétail pour nous faire sortir au plus vite et nous dit de récupérer nos bagages (youpie, on n’en a pas à récupérer) et d’aller au comptoir air France où on va nous trouver un prochain vol. Mais c’est pas possible, on a nos places pour Universal demain nous! Au comptoir, on arrive dans les premiers, n’ayant pas de bagages à récupérer (mais ayant dû parcourir CDG de long en large) et là commence la recherche d’une solution pour nous 6. Première proposition: attendre minuit (on est 11h du matin à peu près là)pour prendre un vol ver Mexico, y attendre 8h puis avoir enfin un vol vers Los Angeles. Notre refus est clair, tant qu’à arriver demain, autant partir demain matin, au moins on aura une nuit de repos d’ici là. On finit par nous trouver un vol le lendemain matin, avec une escale à Detroit et arrivée en fin d’après-midi à Los Angeles. Bon, bein on fera avec…vous nous trouvez un hotel pour cette nuit? Euh…"on n’en trouve pas directement mais trouvez vous même et on vous remboursera…"je comprends qu’ils n’aient pas trouvé, il m’a fallu 2h pour finalement trouver des chambres à Chantilly, il n’y avait rien de libre plus près (les environs de l’aéroport étaient surbookés et on était six donc besoin de minimum 2 chambres). Franchement, la gestion de la situation par Air France ne nous a pas du tout impressionnés. Heureusement qu’ils ont fini par nous rembourser l’hotel et nous dédommager pour le vol 2 mois plus tard, une fois la plainte enregistrée et traitée sur leur site.
J’ai profité de l’après-midi et la soirée à l’hotel pour appeler Universal, et là, super service, ils ont accepté de changer la date des billets sans problème en apprenant la situation. J’ai aussi appelé pour changer la date de location de la voiture (prevue au depart pour 48h, on l’aura finalement prise juste 24h) et ça a été sans souci.
Le lendemain, 26 Juin, on retourne à l’aéroport avec une petite apprehension, mais tout se passe bien, premier vol ok, étape à Détroit rapide pour le passage à la douane et deuxième vol très bien également. A l’arrivée à Los Angeles, pour rejoindre notre hotel près de Universal, on fait un petit arrêt à Griffith Park, voir le signe Hollywood à la tombée du jour,

et après une pizza près de l’hotel, on s’effondre dans nos lits. Hotel : BLVD hotel and spa, très correct, jolie chambre, pas de petit déjeuner, bien situé (on peut aller à Universal à pieds).
Mais en décembre, mon père, le seul participant masculin à ce beau voyage, nous a quitté . Et en y réfléchissant, j’ai eu envie de raconter ce dernier road trip tous ensemble , pour moi c’est un rappel de bons souvenirs, et j’espère que pour certains ça donnera encore un autre exemple, les voyages à 3 générations n’étant pas si fréquents dans les carnets. Voyager avec les grands-parents et les enfants ados, ça force chacun à faire des concessions, à s’adapter au rythme et aux envies des uns et des autres…
C’était déjà le 6ème voyage dans l’Ouest pour moi, en une vingtaine d’année, et 3ème en trois ans:
En 2017, un trip à 9 avec un couple d’amis, ma soeur et nos 5 enfants, de San Francisco à Las Vegas en passant par les parcs les plus fréquemment visités (Grand Canyon, Bryce, …) sans passer par Los Angeles (https://voyageforum.com/v.f?post=8264822;#8264822 ).
En 2018, toute seule sans enfants, à la découverte du Yellowstone puis de Valley of fire, Cedar breaks et Snow Canyon entre autres (https://voyageforum.com/v.f?post=9100875;#9100875 )
Et 2019, l’objet de ce carnet, avec mes parents, mes deux filles de 14 et 16 ans et ma niece de 17 ans. Il y a eu plusieurs versions de l’itinéraire, j’avais fait une liste de nombreux endroits possibles et chacun a donné son classement. J’ai pris les lieux qui avaient le plus de voix de préférence et j’ai essayé de tous les mettre dans un itinéraire bien chargé mais je pense assez équilibré. Les incontournables étaient pour moi Yellowstone et Monument Valley que je voulais absolument leur faire découvrir à tous. Et pour les enfants, Universal Studios à Los Angeles et un nouveau passage à Las Vegas qu’elles avaient adoré deux ans plus tôt. Pour mes parents, le Mont Rushmore leur faisait envie. Le résultat a été un road trip de 23 jours, avec 2 vols intérieurs, 11 états traversés, 11 parcs nationaux, des lieux marqués par l’histoire indienne…on a beaucoup ri, un peu marché, et si souvent été éblouis.
Alors, après ce long préambule, comme on dit dans New-York Unité spéciale; voilà leur histoire . 😊
Comme nous avions un vol le 25 Juin au matin, un direct CDG-Los Angeles, on a décidé de rejoindre Paris en TGV le 24 au soir, pour dormir près de l’aéroport. Le 25, frais et dispos, nous voilà à l’aéroport. Pas de bagages à enregistrer, nous avons tous voyagé avec une valise cabine et un sac à dos. On monte bien à temps dans l’A380, et on attend le décollage…et on attend…et on attend…on nous parle d’un petit souci technique, on attend toujours…au bout d’un moment, on nous dit qu’on va nous faire sortir, que du personnel au sol nous prépare une salle climatisée (oui, il fait plutôt chaud ces jours-ci) pour nous recevoir en attendant de nous trouver un autre avion… Quand enfin on peut sortir, pas vraiment de salle climatisée mais du personnel qui nous traite un peu comme du bétail pour nous faire sortir au plus vite et nous dit de récupérer nos bagages (youpie, on n’en a pas à récupérer) et d’aller au comptoir air France où on va nous trouver un prochain vol. Mais c’est pas possible, on a nos places pour Universal demain nous! Au comptoir, on arrive dans les premiers, n’ayant pas de bagages à récupérer (mais ayant dû parcourir CDG de long en large) et là commence la recherche d’une solution pour nous 6. Première proposition: attendre minuit (on est 11h du matin à peu près là)pour prendre un vol ver Mexico, y attendre 8h puis avoir enfin un vol vers Los Angeles. Notre refus est clair, tant qu’à arriver demain, autant partir demain matin, au moins on aura une nuit de repos d’ici là. On finit par nous trouver un vol le lendemain matin, avec une escale à Detroit et arrivée en fin d’après-midi à Los Angeles. Bon, bein on fera avec…vous nous trouvez un hotel pour cette nuit? Euh…"on n’en trouve pas directement mais trouvez vous même et on vous remboursera…"je comprends qu’ils n’aient pas trouvé, il m’a fallu 2h pour finalement trouver des chambres à Chantilly, il n’y avait rien de libre plus près (les environs de l’aéroport étaient surbookés et on était six donc besoin de minimum 2 chambres). Franchement, la gestion de la situation par Air France ne nous a pas du tout impressionnés. Heureusement qu’ils ont fini par nous rembourser l’hotel et nous dédommager pour le vol 2 mois plus tard, une fois la plainte enregistrée et traitée sur leur site.
J’ai profité de l’après-midi et la soirée à l’hotel pour appeler Universal, et là, super service, ils ont accepté de changer la date des billets sans problème en apprenant la situation. J’ai aussi appelé pour changer la date de location de la voiture (prevue au depart pour 48h, on l’aura finalement prise juste 24h) et ça a été sans souci.
Le lendemain, 26 Juin, on retourne à l’aéroport avec une petite apprehension, mais tout se passe bien, premier vol ok, étape à Détroit rapide pour le passage à la douane et deuxième vol très bien également. A l’arrivée à Los Angeles, pour rejoindre notre hotel près de Universal, on fait un petit arrêt à Griffith Park, voir le signe Hollywood à la tombée du jour,

et après une pizza près de l’hotel, on s’effondre dans nos lits. Hotel : BLVD hotel and spa, très correct, jolie chambre, pas de petit déjeuner, bien situé (on peut aller à Universal à pieds).
Péripéties d'une famille en terres namibiennes
Il règne une atmosphère un peu étrange ce weekend à la maison… Alors que d’habitude, à la veille d’un grand départ la tension et l’agitation dominent ; cette année c’est le calme. Tellement calme que le weekend nous paraît long. Tellement long que l’impatience nous ronge intérieurement ; comme une boule au ventre prête à exploser d’émerveillement au fil des surprises et rencontres qui nous attendent au cours des 4 prochaines semaines.
La Namibie c’est une grande première pour toute la tribu. Si avec nos 3 enfants nous avons coutume de poser nos valises sur le sol américain, cette année cap au Sud ! Autre façon de voyager aussi, puisque notre habituel combo SUV+motels laisse place à l’inévitable 4x4 avec le motel – euh la tente – sur le toit… A nous la zenitude des ciels étoilés au milieu du désert ! Nous sommes adeptes des randos dans le wilderness des US ; cette année nous plongeons dans une autre dimension de la notion des grands espaces. Et pourquoi fait-il si calme à la maison alors ?? Parce que nous sommes fin prêts. Tous les sacs sont bouclés depuis vendredi soir ; alors qu’on ne décolle que ce dimanche à 17h… Nous sommes confiants. Parce que tout est réservé sur place via Madiza Tours à Windhoek. Parce que le forum nous a procuré les excellents conseils indispensables à l’établissement et la réussite d’un tel itinéraire que nous voulons « plein la vue sans trop se presser ». Merci encore à tous ceux qui l’alimentent quotidiennement !
J’ai pris l’habitude de rédiger mes carnets de voyage au-jour-le-jour ; seule façon selon moi d’immortaliser des souvenirs tellement forts et nombreux que je crains que les détails ne soient trop éphémères. Même si cela demande un certain investissement en temps, quel bonheur quand ces souvenirs se ravivent à la relecture des semaines, des mois, des années plus tard ! Quand je voyage aux Etats-Unis, je prends plaisir aussi à partager mes notes et photos journalières en live (ou presque) sur le forum. Notes qui servent ensuite à la rédaction plus formelle de mon blog - http://photoolivier.com/wp/decouverte-usa/. Ici en Namibie, je sais que le défi sera de taille, étant donné l’absence quasi complète de connexion internet tout au long de notre périple, et le manque d’électricité pour recharger l’ordi ; le traditionnel « live » risque d’accuser rapidement un sacré différé ; mais qu’importe ! C’est un ressenti « à chaud » que nous voulons partager.
Aussi, nous vous invitons par le biais de ce carnet à prendre place sur le toit de notre 4x4, et à en prendre plein la vue autant que nous alors que nous dévalons les pistes namibiennes. Nombre de places illimitées 😊
Olivier
La Namibie c’est une grande première pour toute la tribu. Si avec nos 3 enfants nous avons coutume de poser nos valises sur le sol américain, cette année cap au Sud ! Autre façon de voyager aussi, puisque notre habituel combo SUV+motels laisse place à l’inévitable 4x4 avec le motel – euh la tente – sur le toit… A nous la zenitude des ciels étoilés au milieu du désert ! Nous sommes adeptes des randos dans le wilderness des US ; cette année nous plongeons dans une autre dimension de la notion des grands espaces. Et pourquoi fait-il si calme à la maison alors ?? Parce que nous sommes fin prêts. Tous les sacs sont bouclés depuis vendredi soir ; alors qu’on ne décolle que ce dimanche à 17h… Nous sommes confiants. Parce que tout est réservé sur place via Madiza Tours à Windhoek. Parce que le forum nous a procuré les excellents conseils indispensables à l’établissement et la réussite d’un tel itinéraire que nous voulons « plein la vue sans trop se presser ». Merci encore à tous ceux qui l’alimentent quotidiennement !
J’ai pris l’habitude de rédiger mes carnets de voyage au-jour-le-jour ; seule façon selon moi d’immortaliser des souvenirs tellement forts et nombreux que je crains que les détails ne soient trop éphémères. Même si cela demande un certain investissement en temps, quel bonheur quand ces souvenirs se ravivent à la relecture des semaines, des mois, des années plus tard ! Quand je voyage aux Etats-Unis, je prends plaisir aussi à partager mes notes et photos journalières en live (ou presque) sur le forum. Notes qui servent ensuite à la rédaction plus formelle de mon blog - http://photoolivier.com/wp/decouverte-usa/. Ici en Namibie, je sais que le défi sera de taille, étant donné l’absence quasi complète de connexion internet tout au long de notre périple, et le manque d’électricité pour recharger l’ordi ; le traditionnel « live » risque d’accuser rapidement un sacré différé ; mais qu’importe ! C’est un ressenti « à chaud » que nous voulons partager.
Aussi, nous vous invitons par le biais de ce carnet à prendre place sur le toit de notre 4x4, et à en prendre plein la vue autant que nous alors que nous dévalons les pistes namibiennes. Nombre de places illimitées 😊
Olivier
Quatre semaines magnifiques, de la Namibie aux chutes Victoria
Bonjour à tous,
De retour de notre magnifique voyage, j'aimerais remercier les membres de ce forum pour leur précieuse aide lors de la préparation du voyage.
La Namibie nous a envoûtée, une partie de nous est rentrée à la maison, l'autre partie est restée là-bas.
Encore ce soir, à table, nous discutions avec nos enfants, afin de comprendre pourquoi ce voyage nous a tant enchanté. Les paysages sont beaux, voir très très beaux, mais nous avons souvent vu de magnifiques paysages lors de nos voyages.
Alors pourquoi? Les animaux? Oui, c'est génial tous ces animaux qui se promènent partout! A peine arrivée, nous voyons nos premiers babouins le long de la piste d'atterrissage et notre premier et dernier serpent sur la route. Les rencontres animalières étaient riches, très riches, inoubliables, fabuleuses! Mais, ce sont surtout les rencontres avec la population locale qui nous ont touchées. Peut-être, parce que nous ne nous y attendions pas?
Comment oublier ce petit garçon, qui nous a suivi de la station service à Opuwo jusqu'au supermarché, il ne disait rien, il nous regardait seulement avec ses grands yeux. Son visage et tout son corps étaient gris de poussière, ses habits en lambeaux. Quand j'ai ouvert le coffre, il m'a montré la bouteille d'eau. Quand je lui ai tendu une bouteille pleine, il a eu le sourire jusqu'aux oreilles.
Ce garçon Himba qui voulait absolument vendre une chèvre à notre fils.
Ce père de famille qui doit chercher deux fois par semaine de l'eau à 15 km de sa hutte.
Cette maîtresse d'école qui a fait chanter et réciter une comptine aux enfants rien que pour nous.
Cette famille à qui nous avons donné des T-shirts avec le logo du club de natation de notre région.
Ce garçon Himba qui voulait absolument être pris en photo avec son chien.
Ce maître d'école, bien habillé, avec sa baguette en main, qui donnait un cours au pied d'un arbre à ses élèves assis en rang sur de petites chaises en plastique, le tableau noir posé contre le tronc d'arbre.
Et encore, et encore...que des belles rencontres. Parfois juste quelques minutes, parfois quelques heures. Ils étaient contents de parler de leur pays, ils étaient contents de voir que nous apprécions de communiquer avec eux. Nous avions soif d'en savoir plus, de comprendre leur culture, leur façon de vivre. En partageant un petit bout de leur vie, ils nous ont fait un énorme cadeau. Merci à eux.
Mais, il y a aussi les magnifiques couchers du soleil et surtout, le ciel nocturne. Des milliers d'étoiles et la voie lactée. C'est magique! Jamais, avons-nous vu un ciel pareil.
Et, il y a ce silence, ce vide, ces espaces vierges, qu'est ce qu'on était bien.
Tout ceux qui aimeraient lire le carnet sans passer par les messages et conseils sur la voiture, le TO, les routes, etc., peuvent aller directement à la page deux ou cliquer sur ce lien: voyageforum.com/...post=7706008#7706008 vous arriverez directement au récit du J1.😉








De retour de notre magnifique voyage, j'aimerais remercier les membres de ce forum pour leur précieuse aide lors de la préparation du voyage.
La Namibie nous a envoûtée, une partie de nous est rentrée à la maison, l'autre partie est restée là-bas.
Encore ce soir, à table, nous discutions avec nos enfants, afin de comprendre pourquoi ce voyage nous a tant enchanté. Les paysages sont beaux, voir très très beaux, mais nous avons souvent vu de magnifiques paysages lors de nos voyages.
Alors pourquoi? Les animaux? Oui, c'est génial tous ces animaux qui se promènent partout! A peine arrivée, nous voyons nos premiers babouins le long de la piste d'atterrissage et notre premier et dernier serpent sur la route. Les rencontres animalières étaient riches, très riches, inoubliables, fabuleuses! Mais, ce sont surtout les rencontres avec la population locale qui nous ont touchées. Peut-être, parce que nous ne nous y attendions pas?
Comment oublier ce petit garçon, qui nous a suivi de la station service à Opuwo jusqu'au supermarché, il ne disait rien, il nous regardait seulement avec ses grands yeux. Son visage et tout son corps étaient gris de poussière, ses habits en lambeaux. Quand j'ai ouvert le coffre, il m'a montré la bouteille d'eau. Quand je lui ai tendu une bouteille pleine, il a eu le sourire jusqu'aux oreilles.
Ce garçon Himba qui voulait absolument vendre une chèvre à notre fils.
Ce père de famille qui doit chercher deux fois par semaine de l'eau à 15 km de sa hutte.
Cette maîtresse d'école qui a fait chanter et réciter une comptine aux enfants rien que pour nous.
Cette famille à qui nous avons donné des T-shirts avec le logo du club de natation de notre région.
Ce garçon Himba qui voulait absolument être pris en photo avec son chien.
Ce maître d'école, bien habillé, avec sa baguette en main, qui donnait un cours au pied d'un arbre à ses élèves assis en rang sur de petites chaises en plastique, le tableau noir posé contre le tronc d'arbre.
Et encore, et encore...que des belles rencontres. Parfois juste quelques minutes, parfois quelques heures. Ils étaient contents de parler de leur pays, ils étaient contents de voir que nous apprécions de communiquer avec eux. Nous avions soif d'en savoir plus, de comprendre leur culture, leur façon de vivre. En partageant un petit bout de leur vie, ils nous ont fait un énorme cadeau. Merci à eux.
Mais, il y a aussi les magnifiques couchers du soleil et surtout, le ciel nocturne. Des milliers d'étoiles et la voie lactée. C'est magique! Jamais, avons-nous vu un ciel pareil.
Et, il y a ce silence, ce vide, ces espaces vierges, qu'est ce qu'on était bien.
Tout ceux qui aimeraient lire le carnet sans passer par les messages et conseils sur la voiture, le TO, les routes, etc., peuvent aller directement à la page deux ou cliquer sur ce lien: voyageforum.com/...post=7706008#7706008 vous arriverez directement au récit du J1.😉








Southwest and Sturgis: hot summer 2015
Bonjour à tous
De retour après trois semaines, je ne ferai pas ici un carnet chronologique et classique et relatant au jour le jour notre voyage car d'autres l'ont fait ici et très bien. Je préfère donner des impressions et des remarques un peu en vrac au fil des souvenirs qui reviennent par vagues. C'était en effet mon douzième séjour aux Etats Unis et j'ai trouvé pas mal de changements depuis mon dernier trip là-bas en 2011. Peut être un peu de lassitude, de la fatigue (j'ai quatre ans de plus 😉) ou bien est ce effectivement vrai que le pays a évolué, et pas toujours dans le bon sens, en adéquation avec notre monde connecté ? Un mélange de tout cela... mais encore évidemment des moments de magie et de plaisir et des photos par centaines car ce magnifique coin de notre planète reste spectaculaire et uniquement scenic sous tous les angles. A bientôt,
Take care
Chris
Kenya February 2020: From Tsavo to Samburu via Meru National Park
Good evening everyone,
I hope you're all doing well despite this very unusual time…
Here’s a new travel journal to get you back on the Kenyan trails.
It was a really great idea to buy those flight tickets to Nairobi back in December. When Benoit suggested this new safari in February, I hesitated a little (very little): it was the season with particularly high temperatures, and the short rainy season in November/December had been very heavy, raising concerns about the state of the tracks… Given the current situation, no regrets, of course… We quickly organized the safari with our usual guide, and we booked the accommodations ourselves directly. (If we’d waited just a few more weeks, we might’ve regretted it…)
For once, we were able to leave from the airport near where we live (Lorient - Lann Bihoué), which is really convenient: no driving, no parking… We left home at 2 PM on Tuesday, February 18th, and arrived in Nairobi at 6 AM the next morning—perfect. (With a layover in CDG, of course 😉) Upon arrival, after a forehead temperature check by airport staff, we got our visas very quickly (forms filled out before departure). The customs agents congratulated us on our passports full of Kenyan stamps… but we still had to pay the 40 € for the visa.
All that was left was to collect our luggage, and we’d be ready to leave the airport shortly after landing. But there was a small issue: the baggage conveyor belt was broken… Eventually, the suitcases and bags were brought out by hand… Hakuna Matata, as they say here—no problem, as long as they’re all there. Benoit sent a message to Félix, our guide, to come meet us in the airport parking lot. After catching up with our respective families, we set off toward the Mombasa road, heading to Voi.
Traffic in Nairobi is still as heavy as ever, and the pollution is very noticeable (cars, but also cement factories…). The current lockdown has changed things. On social media, Mount Kenya and Kilimanjaro seem visible from Nairobi now!…
The first stop on this safari was a place we hadn’t visited before: the LUMO Community Wildlife Conservancy lumoconservancy.com/. It’s a small reserve located west of Tsavo West and near the Taita Hills. The reserve is managed by the local community, and entry fees are lower than in Tsavo’s national parks. We had initially planned to spend three days in Tsavo East, but since the accommodation wasn’t available for that long, we ended up choosing this option, which turned out to be a great discovery. Since the reserve is small, I think it’s hard to spend more than two days there. The advantage is that, since it’s not a national park, activities like walks or night safaris can be offered.
Alright, here are a few images to set the mood.



Elephants, but also hartebeests and lots of giraffes in a light we really liked.




It was a really great idea to buy those flight tickets to Nairobi back in December. When Benoit suggested this new safari in February, I hesitated a little (very little): it was the season with particularly high temperatures, and the short rainy season in November/December had been very heavy, raising concerns about the state of the tracks… Given the current situation, no regrets, of course… We quickly organized the safari with our usual guide, and we booked the accommodations ourselves directly. (If we’d waited just a few more weeks, we might’ve regretted it…)
For once, we were able to leave from the airport near where we live (Lorient - Lann Bihoué), which is really convenient: no driving, no parking… We left home at 2 PM on Tuesday, February 18th, and arrived in Nairobi at 6 AM the next morning—perfect. (With a layover in CDG, of course 😉) Upon arrival, after a forehead temperature check by airport staff, we got our visas very quickly (forms filled out before departure). The customs agents congratulated us on our passports full of Kenyan stamps… but we still had to pay the 40 € for the visa.
All that was left was to collect our luggage, and we’d be ready to leave the airport shortly after landing. But there was a small issue: the baggage conveyor belt was broken… Eventually, the suitcases and bags were brought out by hand… Hakuna Matata, as they say here—no problem, as long as they’re all there. Benoit sent a message to Félix, our guide, to come meet us in the airport parking lot. After catching up with our respective families, we set off toward the Mombasa road, heading to Voi.
Traffic in Nairobi is still as heavy as ever, and the pollution is very noticeable (cars, but also cement factories…). The current lockdown has changed things. On social media, Mount Kenya and Kilimanjaro seem visible from Nairobi now!…
The first stop on this safari was a place we hadn’t visited before: the LUMO Community Wildlife Conservancy lumoconservancy.com/. It’s a small reserve located west of Tsavo West and near the Taita Hills. The reserve is managed by the local community, and entry fees are lower than in Tsavo’s national parks. We had initially planned to spend three days in Tsavo East, but since the accommodation wasn’t available for that long, we ended up choosing this option, which turned out to be a great discovery. Since the reserve is small, I think it’s hard to spend more than two days there. The advantage is that, since it’s not a national park, activities like walks or night safaris can be offered.
Alright, here are a few images to set the mood.



Elephants, but also hartebeests and lots of giraffes in a light we really liked.




Une semaine en Islande au mois d'avril
Tout a commencé au mois de novembre, nous avions la possibilité de partir une semaine début avril, mais aucune idée où aller. Le ski, il fait souvent trop chaud en avril, certaines destinations sont trop loin pour une semaine, une capitale, pourquoi pas, mais voilà, nous n’étions pas très encouragés à visiter une ville.
J’ai mis nos dates sur le site d’EasyJet et j’ai regardé une par une les destinations qui pourraient nous plaire. Reykjavik, eh oui, ça c’est une bonne idée. Mon mari était tout de suite emballé et hop, nous avons réservé nos billets le même soir. De plus, les billets n'étaient vraiment pas chers, Fr. 150.- pour un aller-retour par personne.🙂
J’ai commencé à lire des carnets et j'ai consulté les forums. Eh oui, il fallait encore réserver la voiture et trouver l'itinéraire avant de réserver les hôtels. Les retours que j’ai pu lire sur certains loueurs internationaux étaient catastrophiques, nous avons donc choisi un loueur islandais. Il faut dire que la location de voiture est très chère en Islande et les assurances le sont également. Encore quelques réservations d’hôtels soit en direct ou via booking et le voyage était organisé.🙂
Mercredi 1 avril Nous partons de l'aéroport de Genève à 14h30 avec 25 minutes de retard. Le vol de 4h30 avec EasyJet se passe bien et nous arrivons à Keflavik à 17h00 heure locale. En attendant notre bagage, nous retirons des couronnes islandaises dans un bancomat. Ouf, notre valise est là, nous pouvons donc passer la douane. Un employé de l'agence de location de voiture vient nous chercher pour nous amener dans l'agence à Keflavik. Nous remplissons les papiers et partons avec notre Toyota Auris qui affiche seulement 5000 kilomètres au compteur. Cette voiture est plus grande que celle que nous avons réservée, c’est une automatique, elle est parfaite.
Il fait beau, nous décidons de visiter un peu avant de rejoindre notre hôtel à Hveragerði. Premier arrêt, le Blue Lagon, ce bassin thermal est très beau, l’eau est bleue turquoise et la roche volcanique gris foncé.
Autour du Blue Lagon






Blue Lagon
Nous nous promenons un peu avant de partir pour Krisuvik notre prochain arrêt. La route est belle, le paysage très sauvage il y a de la roche volcanique à perte de vue. Nous avons également de belles vues sur l’océan. Quand nous arrivons à Krisuvik, le paysage est dans l'ombre et il fait très froid. Nous décidons de ne pas visiter ce site aujourd'hui, nous y reviendrons à la fin de notre séjour. Nous jetons juste un coup d’œil au lac Grænvatn, celui-ci est gelé.


Arrivés à l'hôtel, nous déposons nos bagages dans la chambre, puis nous allons manger au restaurant de l'hôtel. Le cadre est magnifique, nous avons une superbe vue sur la rivière et les fumerolles. Le repas est excellent, du canard pour Benoît et de l'agneau pour moi. Dommage qu'il fasse si froid et que le vent soit si fort, nous ne profitons pas de la piscine, ni des jacuzzis. Notre chambre est une petite maisonnette contiguë avec un balcon qui donne sur la rivière. Malheureusement, il ne fait pas très chaud dans la chambre, nous ne tardons pas à nous coucher.
J’ai mis nos dates sur le site d’EasyJet et j’ai regardé une par une les destinations qui pourraient nous plaire. Reykjavik, eh oui, ça c’est une bonne idée. Mon mari était tout de suite emballé et hop, nous avons réservé nos billets le même soir. De plus, les billets n'étaient vraiment pas chers, Fr. 150.- pour un aller-retour par personne.🙂
J’ai commencé à lire des carnets et j'ai consulté les forums. Eh oui, il fallait encore réserver la voiture et trouver l'itinéraire avant de réserver les hôtels. Les retours que j’ai pu lire sur certains loueurs internationaux étaient catastrophiques, nous avons donc choisi un loueur islandais. Il faut dire que la location de voiture est très chère en Islande et les assurances le sont également. Encore quelques réservations d’hôtels soit en direct ou via booking et le voyage était organisé.🙂
Mercredi 1 avril Nous partons de l'aéroport de Genève à 14h30 avec 25 minutes de retard. Le vol de 4h30 avec EasyJet se passe bien et nous arrivons à Keflavik à 17h00 heure locale. En attendant notre bagage, nous retirons des couronnes islandaises dans un bancomat. Ouf, notre valise est là, nous pouvons donc passer la douane. Un employé de l'agence de location de voiture vient nous chercher pour nous amener dans l'agence à Keflavik. Nous remplissons les papiers et partons avec notre Toyota Auris qui affiche seulement 5000 kilomètres au compteur. Cette voiture est plus grande que celle que nous avons réservée, c’est une automatique, elle est parfaite.
Il fait beau, nous décidons de visiter un peu avant de rejoindre notre hôtel à Hveragerði. Premier arrêt, le Blue Lagon, ce bassin thermal est très beau, l’eau est bleue turquoise et la roche volcanique gris foncé.
Autour du Blue Lagon






Blue LagonNous nous promenons un peu avant de partir pour Krisuvik notre prochain arrêt. La route est belle, le paysage très sauvage il y a de la roche volcanique à perte de vue. Nous avons également de belles vues sur l’océan. Quand nous arrivons à Krisuvik, le paysage est dans l'ombre et il fait très froid. Nous décidons de ne pas visiter ce site aujourd'hui, nous y reviendrons à la fin de notre séjour. Nous jetons juste un coup d’œil au lac Grænvatn, celui-ci est gelé.


Arrivés à l'hôtel, nous déposons nos bagages dans la chambre, puis nous allons manger au restaurant de l'hôtel. Le cadre est magnifique, nous avons une superbe vue sur la rivière et les fumerolles. Le repas est excellent, du canard pour Benoît et de l'agneau pour moi. Dommage qu'il fasse si froid et que le vent soit si fort, nous ne profitons pas de la piscine, ni des jacuzzis. Notre chambre est une petite maisonnette contiguë avec un balcon qui donne sur la rivière. Malheureusement, il ne fait pas très chaud dans la chambre, nous ne tardons pas à nous coucher.
Retour sur trois semaines passées au Botswana, août 2011
Voila, retour à la réalité depuis une semaine. Evidement des images, émotions ... plein la tête.
Je commence ce carnet rapidement avec quelques images. D'autres seront disponibles sur mon site perso plus tard, je vous en informerais.
Je tiens également à remercier tout ceux qui m'ont aidé à préparer ce voyage.
Après la Namibie, le Botswana s'imposait naturellement. Sauf que c'est un pays plus sauvage et que l'on se retrouve au milieu de la faune qui est bien plus abondante qu'en Namibie. La préparation est plus fastidieuse car elle doit être réalisée longtemps à l'avance, le pays ne disposant pas d'infrastructure pour le tourisme de masse (et c'est voulu, et c'est tant mieux). Il faut donc réserver les camps, lodges … minimum 8 à 10 mois à l'avance. De plus, en cas d'indisponibilité de camp à un endroit, c'est tout le planning qui est à revoir car il n'y a pas forcement de camp à 10 km à la ronde, les temps de trajet peuvent être long … Bref, je décide de passer par une personne locale, Brenda de chez Maun Self Drive que je remercie pour son efficacité. Je lui donne mon itinéraire et elle s'occupe de toutes les réservations. J'ai de la chance, aucun problème sur l'itinéraire voulu. Seules les lodges à Maun et Kasane que je souhaitais sont indisponibles. Fin février tout est quasiment bouclé. Fin avril, je règle toutes les réservations et mi mai je reçois tous les voucher par courrier (enfin par fedex). Le 4x4 est également réservé dès janvier chez AJC4x4, petite agence de location mais avec du super matos. Dernier point, réservation d'un téléphone satellite chez Sat4Rent, on ne sait jamais. Très longue attente avant le voyage.
29/7 Départ 4h45 de la maison pour un train prévu 5h50 depuis Marseille direction Bruxelles. Train à l'heure. Arrivée 11h20 à Bruxelles Midi. Il ne fait pas très chaud. On est un peu perdu, il n'est pas facile de se repérer dans cette gare. Je galère pour trouver le guichet afin d’acheter les billets nous permettant de nous rendre à l'aéroport. Finalement j'arrive à le trouver, mais il nous faudra plus de 30mn d’attente pour les récupérer. Ce sont les vacances et ce sont des stagiaires qui sont aux commandes. Arrivée à l’aéroport vers 12h30, passage chez Quick car il n’y a pas grand chose dans cette aéroport puis check-in. Une file d’attente incroyable devant les guichets d’Egyptair. Et ça ne va pas vite, à tel point que je me dis que l’on aura du retard. Finalement tout se passe bien, malgré la lenteur, décollage à 16 :00 comme prévu dans un A321 assez récent. Notre premier repas Egyptair nous rappel que nous ne sommes plus dans le même monde gastronomique qu’est la France. Ce sera d’ailleurs pour moi la seule tentative de ce trajet allé. Transit par le Caire pour un changement d’avion, pour un A330-200 au hub d’Egyptair ou toutes les bétaillères arrivent et repartent. A la descente sur le tarmac, une chaleur étouffante nous envahis, il fait très chaud. 3h30 d’attente à airer dans les couloirs puis on repart pour Johannesburg. On arrive plus ou moins à dormir mais le vol passe finalement vite. Repas servi à bord, sauf pour moi car je pense que ça ne passera pas.
30/7 Arrivée à Johannesburg à 7h25 un peu en avance (Déjà 26h que nous sommes partis de la maison). Il fait beau mais froid. Récupération des bagages sans soucis puis direction le guichet American Express pour les retraits d’argent. J’ai besoins de Rand (Afrique du Sud et Namibie), de Pulas (Botswana) et de Dollars (Zimbabwe). Petit soucis, je ne peux pas retirer les sommes souhaitées car avec ma carte Amex je suis limité à 1500 € par semaine (je ne le savais pas, il a fallu que je téléphone pour comprendre le problème. Bonjour le prix de la communication et le temps perdu !). Je récupère ensuite le téléphone satellite loué auprès de Sat4Rent, rendez-vous avez été pris devant le guichet Amex quelques jours avant notre arrivée. Enfin, avec 1h30 de retard sur l’horaire prévue, départ pour Modimolle afin de récupérer notre 4x4 chez AJC4x4 Hire. La personne qui nous accompagne, dont le nom m’échappe, est le représentant d’AJC en Allemagne. Lui et sa femme ont quittés l’Europe depuis Avril pour s’installer en Afrique du Sud. Arrivée vers 11h45 à Modimolle qui se trouve à environ 150 km de Joburg. En chemin, test de tous mes GPS munis des fameuses cartes T4A. 4 GPS au total : 1 ipad, 2 iphone et 1 pocket pc qui avait bien fonctionné deux ans auparavant en Namibie. Quel régal cet ipad en tant que GPS et ça marche impec. Nandi, la patronne d’AJC nous accueil, on règle les derniers détails administratifs puis vient le moment de découvrir la bête. Un Defender TD5 Rouge de 2004, 158000 Km au compteur plutôt rustique mais super équipé. Oups, que c’est imposant ! 2m45 de hauteur tentes fermées. On fait le tour, on check un peu tout, on nous explique comment utiliser le treuille, le hi-lift jack (cric pour les 4x4), la boite courte, le diff lock, ce que l’on doit ou ne doit on pas faire dans le sable, passages de gués, le snorkel … Tout y passe. Faut dire que j’avais préparé un questionnaire concernant l’utilisation du 4x4 et de ses accessoires. Le timing prévu était de partir vers 11h30 pour arriver, à minima, à Palapye au Botswana. Il est 13h30 lorsque l’on quitte AJC, 2 heures de retard sur le planning. La patronne nous déconseille de nous arrêter à Mokopane pour la nuit et pense qu’il serait mieux de rester à Modimolle. Je n’en fait qu’à ma tête, pas envie de rester en Afrique du Sud. Je décide donc de partir directement au Botswana mais par le chemin le plus directe à savoir le poste frontière de Stockpoort/Parr's Halt Border. La route est goudronnée, et on retrouve des paysages de brousse jusqu'à Lephalale. On s’arrête à une petite superette à Vaalwater pour acheter le minimum à savoir de l’eau et 4 salades toutes prêtes, ce qui nous arrangent bien. Après Lephalale, notre première piste sablonneuse, je teste le 4x4, tout va bien. Tout le monde s’est endormi, je vois les premiers animaux. Phacochères et kudus. Pas d’arrêt, pas le temps. Le passage à la frontière côté Afrique du Sud se passe bien. Côté Botswanais, c’est plus long, on voit tout de suite la différence : côté Afrique du Sud, des stressés alors qu’ici, c’est la force tranquille. Faut remplir des papiers pour l’immigration, payer les assurances pour le véhicule mais aussi passer la barrière sanitaire : un gars muni d’un asperseur fait tout le tour du 4x4 et dépose une tonne de produit blanc un peu partout. On nous demande également de marcher dans un bac dans lequel se trouve une vieille serpillère noirâtre, légèrement humidifiée probablement par le même liquide contenu dans aspersoir du gars. On se demande en quoi tout ceci peu servir à empêcher la diffusion de bactérie ou autre. Bref, une demi-heure pour tout ceci. Finalement, on arrive à Serowe en début de soirée dans la nuit (mais avec beaucoup de véhicule qui circulent). Comme point de chute, j’avais repéré le Serowe Hôtel bien, mais sans plus, ambiance et température froide dans cet endroit. Repas à l’hôtel, pas rapide car on est au Botswana, puis gros dodo ! Trajet : 400 Km - 5h 2 chambres + 4 repas + 4 petits déjs : environ 1700 Pulas (180€)
31/7 Bonne nuit récupératrice. On prend notre temps au petit déjeuner (de toute façon on n’a pas le choix, c’est lent !). Première impression positive, les Botswanais on l’air heureux dès que l’on commence à communiquer avec eux, sourire, rigolade. Programme du jour : gros ravitaillement, plein du 4x4, visite de Serowe puis direction le Khama Rhino Sanctuary à moins de 50 km. Pour le ravitaillement, direction le nouveau SPAR à quelques km au sud de l’hôtel. On trouve tout ce dont on à besoin. 2 caddies remplis pour 1100 pulas (120 €). Madame n’en revient pas. Exemple, la viande est à moins de 4€ le kg ! Sur le parking, on passe un bon moment pour tout ranger. Vient la visite du centre de Serowe. Je pensais que ce genre de ville était plutôt développé. En réalité, c’est un gros village avec quelques commerces en tout genre typiquement africain comme on peu le voir à la télévision. Quelques cahutes ou l'on trouve de tout et n'importe quoi. Tout est concentré dans un rayon de 500 mètres au maximum. On y trouve une case faisant office de coiffeur, une autre vendant quelques oranges ou oignons, un hangar dans lequel on trouve d’énorme sac de farine (je pense). Quel dépaysement lorsque l’on ne s’attend pas à cela. Je n’ai pas souvenir d’avoir vu cela en Namibie. On a donc vite fait le tour du centre ville. Nous arrivons au Khama Rhino vers 13h00. On s’installe sur notre emplacement que l’on a d’ailleurs du mal à trouver tant il y a de chemin qui parte dans tout les sens. Petit tour aux abulitions (sanitaires) et la c'est la cata (j'ai pas dit caca mais ça aurait pu). C'est mal entretenu et en plus il y a un courant d'air la dedans et avec le froid qu'il fait (même à 13h), impossible d'envisager de prendre une douche la dedans. On attendra plus tard pour la toilette. On s'installe, on prépare un déjeuner rapide puis on part pour notre premier game drive du voyage. Les pistes sont plus ou moins sablonneuses et sont plutôt concentrées autour d'une plaine herbeuse (mais plusieurs pans) avec des points de vue tout autour. Il a beaucoup plu cette année, les herbes sont très hautes. Le but du Khama c'est de voir des rhino. Malheureusement rien en vue. Des impalas, autruches, zèbres, gnous mais pas de rhino. Cela nous permet quand même de nous remémorer tous ces animaux et qu'évidement on ne voit pas chez nous. Dès que l'on voit une zèbre, tout le monde dans le 4x4 : hooo le zèbre. Vient ensuite le tour des impalas : hooo les impalas. Il est presque 18h lorsque l'on retourne au camp. Le soleil se couche, on prépare le repas du soir. Dès que le soleil disparaît, il fait (encore) plus froid, on ne s'éternise pas pour rentrer dans les tentes. A propos des tentes, l'automatisme de dépliage n'est pas perdu ! 5 minutes max par tente.
1/8 1ère nuit sous la tente difficile car froide. On s'active dans le froid pour le game drive du matin. Pliage des tentes, la c'est plus long, le système de housse est différent de la namibie. Il est 6h50 lorsque l'on quitte le camp. Le soleil va se lever. On retourne sur les pistes fréquentées la veille. Encore des impalas, gnous, zèbres … mais aussi un chacal qui a récupéré une proie, un impala a priori. On assiste à une scène curieuse : l'impala est visiblement en deux morceaux distant d'une trentaine de mètre. Se trouvent prêt d'un des deux morceaux deux vautours. Mais ça ne plait pas au chacal qui ne souhaite pas partager. Il leurs fonce dessus. A ce moment, les deux vautours s'envolent pour atterrirent prêt de l'autre morceaux. Le chacal voyant cela repart d'ou il était venu pour les chasser. Du coup les vautours repartent eux aussi de la ou ils étaient précédemment. Ce petit manège durera 10 bonnes minutes puis le chacal disparaîtra derrière un buisson. On aperçoit ensuite de l'autre côté du pan, un rhino. 10 mn plus tard, on se retrouve de l'autre côté du pan pour essayer de le trouver. On tourne, retourne puis on tombe dessus. Très imposant mais il rentre dans le bush et est de dos. Impossible de le voir de face. On continue nos recherches puis on s'arrête au bird hide. Aucun oiseau mais 4 superbes impalas éclairés par la belle lumière du matin. A notre retour au camp, j'aperçois brièvement un Cobe à Croissant femelle planqué dans le bush. On peut voir la hauteur des herbes sur la photo. Au camp, préparation du petit déjeuner, rapide toilette puis départ pour ...
Suite prochainement ...
PS : pour regarder les photos, 1 clique sur la première puis défilement avec les flèches gauche et droite.
Je tiens également à remercier tout ceux qui m'ont aidé à préparer ce voyage.
Après la Namibie, le Botswana s'imposait naturellement. Sauf que c'est un pays plus sauvage et que l'on se retrouve au milieu de la faune qui est bien plus abondante qu'en Namibie. La préparation est plus fastidieuse car elle doit être réalisée longtemps à l'avance, le pays ne disposant pas d'infrastructure pour le tourisme de masse (et c'est voulu, et c'est tant mieux). Il faut donc réserver les camps, lodges … minimum 8 à 10 mois à l'avance. De plus, en cas d'indisponibilité de camp à un endroit, c'est tout le planning qui est à revoir car il n'y a pas forcement de camp à 10 km à la ronde, les temps de trajet peuvent être long … Bref, je décide de passer par une personne locale, Brenda de chez Maun Self Drive que je remercie pour son efficacité. Je lui donne mon itinéraire et elle s'occupe de toutes les réservations. J'ai de la chance, aucun problème sur l'itinéraire voulu. Seules les lodges à Maun et Kasane que je souhaitais sont indisponibles. Fin février tout est quasiment bouclé. Fin avril, je règle toutes les réservations et mi mai je reçois tous les voucher par courrier (enfin par fedex). Le 4x4 est également réservé dès janvier chez AJC4x4, petite agence de location mais avec du super matos. Dernier point, réservation d'un téléphone satellite chez Sat4Rent, on ne sait jamais. Très longue attente avant le voyage.
29/7 Départ 4h45 de la maison pour un train prévu 5h50 depuis Marseille direction Bruxelles. Train à l'heure. Arrivée 11h20 à Bruxelles Midi. Il ne fait pas très chaud. On est un peu perdu, il n'est pas facile de se repérer dans cette gare. Je galère pour trouver le guichet afin d’acheter les billets nous permettant de nous rendre à l'aéroport. Finalement j'arrive à le trouver, mais il nous faudra plus de 30mn d’attente pour les récupérer. Ce sont les vacances et ce sont des stagiaires qui sont aux commandes. Arrivée à l’aéroport vers 12h30, passage chez Quick car il n’y a pas grand chose dans cette aéroport puis check-in. Une file d’attente incroyable devant les guichets d’Egyptair. Et ça ne va pas vite, à tel point que je me dis que l’on aura du retard. Finalement tout se passe bien, malgré la lenteur, décollage à 16 :00 comme prévu dans un A321 assez récent. Notre premier repas Egyptair nous rappel que nous ne sommes plus dans le même monde gastronomique qu’est la France. Ce sera d’ailleurs pour moi la seule tentative de ce trajet allé. Transit par le Caire pour un changement d’avion, pour un A330-200 au hub d’Egyptair ou toutes les bétaillères arrivent et repartent. A la descente sur le tarmac, une chaleur étouffante nous envahis, il fait très chaud. 3h30 d’attente à airer dans les couloirs puis on repart pour Johannesburg. On arrive plus ou moins à dormir mais le vol passe finalement vite. Repas servi à bord, sauf pour moi car je pense que ça ne passera pas.
30/7 Arrivée à Johannesburg à 7h25 un peu en avance (Déjà 26h que nous sommes partis de la maison). Il fait beau mais froid. Récupération des bagages sans soucis puis direction le guichet American Express pour les retraits d’argent. J’ai besoins de Rand (Afrique du Sud et Namibie), de Pulas (Botswana) et de Dollars (Zimbabwe). Petit soucis, je ne peux pas retirer les sommes souhaitées car avec ma carte Amex je suis limité à 1500 € par semaine (je ne le savais pas, il a fallu que je téléphone pour comprendre le problème. Bonjour le prix de la communication et le temps perdu !). Je récupère ensuite le téléphone satellite loué auprès de Sat4Rent, rendez-vous avez été pris devant le guichet Amex quelques jours avant notre arrivée. Enfin, avec 1h30 de retard sur l’horaire prévue, départ pour Modimolle afin de récupérer notre 4x4 chez AJC4x4 Hire. La personne qui nous accompagne, dont le nom m’échappe, est le représentant d’AJC en Allemagne. Lui et sa femme ont quittés l’Europe depuis Avril pour s’installer en Afrique du Sud. Arrivée vers 11h45 à Modimolle qui se trouve à environ 150 km de Joburg. En chemin, test de tous mes GPS munis des fameuses cartes T4A. 4 GPS au total : 1 ipad, 2 iphone et 1 pocket pc qui avait bien fonctionné deux ans auparavant en Namibie. Quel régal cet ipad en tant que GPS et ça marche impec. Nandi, la patronne d’AJC nous accueil, on règle les derniers détails administratifs puis vient le moment de découvrir la bête. Un Defender TD5 Rouge de 2004, 158000 Km au compteur plutôt rustique mais super équipé. Oups, que c’est imposant ! 2m45 de hauteur tentes fermées. On fait le tour, on check un peu tout, on nous explique comment utiliser le treuille, le hi-lift jack (cric pour les 4x4), la boite courte, le diff lock, ce que l’on doit ou ne doit on pas faire dans le sable, passages de gués, le snorkel … Tout y passe. Faut dire que j’avais préparé un questionnaire concernant l’utilisation du 4x4 et de ses accessoires. Le timing prévu était de partir vers 11h30 pour arriver, à minima, à Palapye au Botswana. Il est 13h30 lorsque l’on quitte AJC, 2 heures de retard sur le planning. La patronne nous déconseille de nous arrêter à Mokopane pour la nuit et pense qu’il serait mieux de rester à Modimolle. Je n’en fait qu’à ma tête, pas envie de rester en Afrique du Sud. Je décide donc de partir directement au Botswana mais par le chemin le plus directe à savoir le poste frontière de Stockpoort/Parr's Halt Border. La route est goudronnée, et on retrouve des paysages de brousse jusqu'à Lephalale. On s’arrête à une petite superette à Vaalwater pour acheter le minimum à savoir de l’eau et 4 salades toutes prêtes, ce qui nous arrangent bien. Après Lephalale, notre première piste sablonneuse, je teste le 4x4, tout va bien. Tout le monde s’est endormi, je vois les premiers animaux. Phacochères et kudus. Pas d’arrêt, pas le temps. Le passage à la frontière côté Afrique du Sud se passe bien. Côté Botswanais, c’est plus long, on voit tout de suite la différence : côté Afrique du Sud, des stressés alors qu’ici, c’est la force tranquille. Faut remplir des papiers pour l’immigration, payer les assurances pour le véhicule mais aussi passer la barrière sanitaire : un gars muni d’un asperseur fait tout le tour du 4x4 et dépose une tonne de produit blanc un peu partout. On nous demande également de marcher dans un bac dans lequel se trouve une vieille serpillère noirâtre, légèrement humidifiée probablement par le même liquide contenu dans aspersoir du gars. On se demande en quoi tout ceci peu servir à empêcher la diffusion de bactérie ou autre. Bref, une demi-heure pour tout ceci. Finalement, on arrive à Serowe en début de soirée dans la nuit (mais avec beaucoup de véhicule qui circulent). Comme point de chute, j’avais repéré le Serowe Hôtel bien, mais sans plus, ambiance et température froide dans cet endroit. Repas à l’hôtel, pas rapide car on est au Botswana, puis gros dodo ! Trajet : 400 Km - 5h 2 chambres + 4 repas + 4 petits déjs : environ 1700 Pulas (180€)
31/7 Bonne nuit récupératrice. On prend notre temps au petit déjeuner (de toute façon on n’a pas le choix, c’est lent !). Première impression positive, les Botswanais on l’air heureux dès que l’on commence à communiquer avec eux, sourire, rigolade. Programme du jour : gros ravitaillement, plein du 4x4, visite de Serowe puis direction le Khama Rhino Sanctuary à moins de 50 km. Pour le ravitaillement, direction le nouveau SPAR à quelques km au sud de l’hôtel. On trouve tout ce dont on à besoin. 2 caddies remplis pour 1100 pulas (120 €). Madame n’en revient pas. Exemple, la viande est à moins de 4€ le kg ! Sur le parking, on passe un bon moment pour tout ranger. Vient la visite du centre de Serowe. Je pensais que ce genre de ville était plutôt développé. En réalité, c’est un gros village avec quelques commerces en tout genre typiquement africain comme on peu le voir à la télévision. Quelques cahutes ou l'on trouve de tout et n'importe quoi. Tout est concentré dans un rayon de 500 mètres au maximum. On y trouve une case faisant office de coiffeur, une autre vendant quelques oranges ou oignons, un hangar dans lequel on trouve d’énorme sac de farine (je pense). Quel dépaysement lorsque l’on ne s’attend pas à cela. Je n’ai pas souvenir d’avoir vu cela en Namibie. On a donc vite fait le tour du centre ville. Nous arrivons au Khama Rhino vers 13h00. On s’installe sur notre emplacement que l’on a d’ailleurs du mal à trouver tant il y a de chemin qui parte dans tout les sens. Petit tour aux abulitions (sanitaires) et la c'est la cata (j'ai pas dit caca mais ça aurait pu). C'est mal entretenu et en plus il y a un courant d'air la dedans et avec le froid qu'il fait (même à 13h), impossible d'envisager de prendre une douche la dedans. On attendra plus tard pour la toilette. On s'installe, on prépare un déjeuner rapide puis on part pour notre premier game drive du voyage. Les pistes sont plus ou moins sablonneuses et sont plutôt concentrées autour d'une plaine herbeuse (mais plusieurs pans) avec des points de vue tout autour. Il a beaucoup plu cette année, les herbes sont très hautes. Le but du Khama c'est de voir des rhino. Malheureusement rien en vue. Des impalas, autruches, zèbres, gnous mais pas de rhino. Cela nous permet quand même de nous remémorer tous ces animaux et qu'évidement on ne voit pas chez nous. Dès que l'on voit une zèbre, tout le monde dans le 4x4 : hooo le zèbre. Vient ensuite le tour des impalas : hooo les impalas. Il est presque 18h lorsque l'on retourne au camp. Le soleil se couche, on prépare le repas du soir. Dès que le soleil disparaît, il fait (encore) plus froid, on ne s'éternise pas pour rentrer dans les tentes. A propos des tentes, l'automatisme de dépliage n'est pas perdu ! 5 minutes max par tente.
1/8 1ère nuit sous la tente difficile car froide. On s'active dans le froid pour le game drive du matin. Pliage des tentes, la c'est plus long, le système de housse est différent de la namibie. Il est 6h50 lorsque l'on quitte le camp. Le soleil va se lever. On retourne sur les pistes fréquentées la veille. Encore des impalas, gnous, zèbres … mais aussi un chacal qui a récupéré une proie, un impala a priori. On assiste à une scène curieuse : l'impala est visiblement en deux morceaux distant d'une trentaine de mètre. Se trouvent prêt d'un des deux morceaux deux vautours. Mais ça ne plait pas au chacal qui ne souhaite pas partager. Il leurs fonce dessus. A ce moment, les deux vautours s'envolent pour atterrirent prêt de l'autre morceaux. Le chacal voyant cela repart d'ou il était venu pour les chasser. Du coup les vautours repartent eux aussi de la ou ils étaient précédemment. Ce petit manège durera 10 bonnes minutes puis le chacal disparaîtra derrière un buisson. On aperçoit ensuite de l'autre côté du pan, un rhino. 10 mn plus tard, on se retrouve de l'autre côté du pan pour essayer de le trouver. On tourne, retourne puis on tombe dessus. Très imposant mais il rentre dans le bush et est de dos. Impossible de le voir de face. On continue nos recherches puis on s'arrête au bird hide. Aucun oiseau mais 4 superbes impalas éclairés par la belle lumière du matin. A notre retour au camp, j'aperçois brièvement un Cobe à Croissant femelle planqué dans le bush. On peut voir la hauteur des herbes sur la photo. Au camp, préparation du petit déjeuner, rapide toilette puis départ pour ...
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PS : pour regarder les photos, 1 clique sur la première puis défilement avec les flèches gauche et droite.
Votre avis sur la France
La France (j'allais dire notre pays , c'était oublier que le site VF est canadien, enfin c'est pas loin concernant les francophones, il s'agit de nos cousins😎), donc voilà ma réflexion: que vous ayez beaucoup voyagé ou pas, loin ou pas, à vélo, avec sac à dos (certains diraient bagpacker), en solo, en bivouac sauvage, en fréquentant les hôtels deux ou quatre étoiles, avec agence ou autrement, vous situez la France à quel niveau en matière d’intérêt touristique ou de voyage, car selon son point de vue j'ai constaté que l'on peut faire la différence entre touriste et voyageur?
Je vous livre en matière de préambule mon sentiment, la France c'est le top du top et de plus en France il y a un paradis sur Terre (certains diront que c'est un pays indépendant) la Corse. Je précise je ne suis pas corse, mais lyonnais qui ne jure que par les Vosges.
Au plaisir de vous lire Luc
Retour sur un beau voyage (Californie - Panama – Floride - Louisiane)
Salut à tous,
Cette fois, c’est notre tour … , notre tour d’essayer d’apporter un (petit) plus au forum, notre tour d’apporter un petit retour d’expérience sur notre récent voyage de ce début 2015 en Amérique Centrale et du Nord. Ce n’est que justice d’apporter notre pierre après avoir été glaner des infos précieuses sur le site à l’occasion de la préparation de nos voyages précédents. Si, à l’époque, la vie professionnelle active ne nous laissait guère l’occasion faire un retour sur l’expérience acquise lors de ces voyages, il en va un peu différemment maintenant …
1) Nous …
Tous deux jeunes retraités dans la soixantaine naissante après une vie professionnelle active, affamés de découvertes et de voyages. Les enfants ont quitté le nid depuis quelques années et volent de leurs propres ailes et les 3 petits-fils poussent en taille (mais pas encore assez en sagesse).

2) Notre projet …
Si nous voyageons fréquemment en Europe (en moto de préférence, en city trip, en croisière ou en séjours divers), nous sommes également passionnés par l’Amérique du Nord (Canada et USA) où nous avons déjà fait une série de voyages touristiques sur une période de 35 ans, … notre premier voyage vers les USA datant en effet de 1980 …
Aux USA, comme au Canada, on se sent bien …, on s’y est toujours bien senti et on y a toujours été bien accueilli …
Cette fois, nous avons voulu y retourner en janvier 2015 : - pour quitter la morosité hivernale de nos régions durant cette période - pour flâner un peu au soleil en terre déjà largement connue … et ce sera donc la Californie du sud … et Las Vegas - pour découvrir une partie des USA que nous ne connaissions pas encore (à savoir la Floride et la Louisiane).
Le cahier des charges est donc clair : Repos et récupération en Californie (+ Las Vegas) et découverte des attraits essentiels de la Floride et de la Louisiane.
Ces deux pôles étant fort distants, voire assez incompatibles, un trait d’union entre eux s’imposait …
C’est là qu’un coup de chance s’est produit, à savoir la découverte de l’existence de croisières entre Los Angeles et Miami via le passage du Canal de Panama à cette époque de l’année.
Cette opportunité nous convenait parfaitement puisqu’elle faisait un lien « direct » entre Los Angeles et Miami, tout en nous permettant de faire une croisière et de découvrir très (trop) rapidement et très (trop) superficiellement malheureusement, des images du Mexique, du Costa Rica, de Colombie et de traverser le Canal de Panama.
Tenant compte que nous ne voulions pas dépasser les deux mois d’absence, notre calendrier fût donc le suivant de mi janvier à mi mars 2015 :
- deux semaines relax et cool en terrains connus en Californie - deux semaines de croisière entre Los Angeles et Miami en musardant le long de la riviera mexicaine avant de passer le canal de Panama - trois grosses semaines de découverte de la Floride et de la Louisiane
3) L’organisation et la préparation du voyage
Avant d’en arriver au récit de notre escapade, je me propose d’insister un peu plus largement que d’habitude sur la préparation et l’organisation de ce voyage. Expliquer un peu notre fonctionnement dans la préparation et la logistique peut peut-être aider à faciliter la réflexion de futurs nouveaux voyageurs.
Quand on est « jeune voyageur » avant que l’expérience (et les ans) ne vienne, il est précieux d’avoir l’éclairage de la manière dont d’autres s’y prennent. C’est dans cet esprit que j’ai développé un peu plus (voire trop) NOTRE fonctionnement. Que les vétérans du forum nous pardonnent …
La réussite d’un grand voyage est, pour nous, d’abord liée à la qualité de sa préparation et de son organisation avant départ.
Pour nous, la préparation fait partie intégrante du plaisir du voyage. Les 6 mois qui précèdent un tel parcours se passent à le préparer, à le mâcher, à y penser, à en rêver, à le peaufiner, à maltraiter internet, les guides, notre forum bien aimé, bref … c’est presque la plus belle phase du projet … et on se demanderait bien parfois, juste avant de partir, s’il est bien nécessaire de décoller, tant on l’a déjà fait de fois dans sa tête, ce voyage … (et aussi parfois parce qu’on a un peu peur d’être, parfois, déçus …)
Avertissement : Attention, ce qui sera mentionné dans la suite constitue « My Practices » et non « The Best Practices ». Autrement dit, il s’agit de nos pratiques convenant à notre personnalité et à notre mode de fonctionnement, sans autre prétention.
Et puis, quand même … comme le signale le sage adage « Chacun fait son lit comme il veut se coucher … ».
Micy
Cette fois, c’est notre tour … , notre tour d’essayer d’apporter un (petit) plus au forum, notre tour d’apporter un petit retour d’expérience sur notre récent voyage de ce début 2015 en Amérique Centrale et du Nord. Ce n’est que justice d’apporter notre pierre après avoir été glaner des infos précieuses sur le site à l’occasion de la préparation de nos voyages précédents. Si, à l’époque, la vie professionnelle active ne nous laissait guère l’occasion faire un retour sur l’expérience acquise lors de ces voyages, il en va un peu différemment maintenant …
1) Nous …
Tous deux jeunes retraités dans la soixantaine naissante après une vie professionnelle active, affamés de découvertes et de voyages. Les enfants ont quitté le nid depuis quelques années et volent de leurs propres ailes et les 3 petits-fils poussent en taille (mais pas encore assez en sagesse).

2) Notre projet …
Si nous voyageons fréquemment en Europe (en moto de préférence, en city trip, en croisière ou en séjours divers), nous sommes également passionnés par l’Amérique du Nord (Canada et USA) où nous avons déjà fait une série de voyages touristiques sur une période de 35 ans, … notre premier voyage vers les USA datant en effet de 1980 …
Aux USA, comme au Canada, on se sent bien …, on s’y est toujours bien senti et on y a toujours été bien accueilli …
Cette fois, nous avons voulu y retourner en janvier 2015 : - pour quitter la morosité hivernale de nos régions durant cette période - pour flâner un peu au soleil en terre déjà largement connue … et ce sera donc la Californie du sud … et Las Vegas - pour découvrir une partie des USA que nous ne connaissions pas encore (à savoir la Floride et la Louisiane).
Le cahier des charges est donc clair : Repos et récupération en Californie (+ Las Vegas) et découverte des attraits essentiels de la Floride et de la Louisiane.
Ces deux pôles étant fort distants, voire assez incompatibles, un trait d’union entre eux s’imposait …
C’est là qu’un coup de chance s’est produit, à savoir la découverte de l’existence de croisières entre Los Angeles et Miami via le passage du Canal de Panama à cette époque de l’année.
Cette opportunité nous convenait parfaitement puisqu’elle faisait un lien « direct » entre Los Angeles et Miami, tout en nous permettant de faire une croisière et de découvrir très (trop) rapidement et très (trop) superficiellement malheureusement, des images du Mexique, du Costa Rica, de Colombie et de traverser le Canal de Panama.
Tenant compte que nous ne voulions pas dépasser les deux mois d’absence, notre calendrier fût donc le suivant de mi janvier à mi mars 2015 :
- deux semaines relax et cool en terrains connus en Californie - deux semaines de croisière entre Los Angeles et Miami en musardant le long de la riviera mexicaine avant de passer le canal de Panama - trois grosses semaines de découverte de la Floride et de la Louisiane
3) L’organisation et la préparation du voyage
Avant d’en arriver au récit de notre escapade, je me propose d’insister un peu plus largement que d’habitude sur la préparation et l’organisation de ce voyage. Expliquer un peu notre fonctionnement dans la préparation et la logistique peut peut-être aider à faciliter la réflexion de futurs nouveaux voyageurs.
Quand on est « jeune voyageur » avant que l’expérience (et les ans) ne vienne, il est précieux d’avoir l’éclairage de la manière dont d’autres s’y prennent. C’est dans cet esprit que j’ai développé un peu plus (voire trop) NOTRE fonctionnement. Que les vétérans du forum nous pardonnent …
La réussite d’un grand voyage est, pour nous, d’abord liée à la qualité de sa préparation et de son organisation avant départ.
Pour nous, la préparation fait partie intégrante du plaisir du voyage. Les 6 mois qui précèdent un tel parcours se passent à le préparer, à le mâcher, à y penser, à en rêver, à le peaufiner, à maltraiter internet, les guides, notre forum bien aimé, bref … c’est presque la plus belle phase du projet … et on se demanderait bien parfois, juste avant de partir, s’il est bien nécessaire de décoller, tant on l’a déjà fait de fois dans sa tête, ce voyage … (et aussi parfois parce qu’on a un peu peur d’être, parfois, déçus …)
Avertissement : Attention, ce qui sera mentionné dans la suite constitue « My Practices » et non « The Best Practices ». Autrement dit, il s’agit de nos pratiques convenant à notre personnalité et à notre mode de fonctionnement, sans autre prétention.
Et puis, quand même … comme le signale le sage adage « Chacun fait son lit comme il veut se coucher … ».
Micy
La moustache au vent - Récit d'un voyage à vélo
LA MOUSTACHE AU VENT – Récit d’un voyage à vélo
AVANT LE DEPART
Il n’y a pas grand-chose à comprendre au final. J’aime ressentir la musique en moi, chaque note me saisit, j’aime sentir le vent qui souffle contre ma peau, qui me gifle parfois le visage. Cette douleur passagère m’est agréable. J’aime pouvoir rire aux éclats, et vider mes poumons d’un souffle, j’aime pouvoir retenir l’air et faire souffrir chacune de mes alvéoles. Cette sensation de bonheur mêlé à la peine, est complètement mienne. Pourtant, rien ici ne fait sens. Le corps poursuit, ce que l’esprit ne veut pas suivre. Il n’y a qu’une partie qui survit. Je suis une plante déracinée, dans laquelle la sève continue de s’écouler mais qui ne porte aucune feuille. Qui s’accroche comme le lierre, mais sur laquelle rien ne pousse. Tout est sec.
Mes poumons se vident d’un souffle, et l’inspiration est plus forte. Ca va vite, j’ai besoin de sentir la vie en moi, l’intérieur se meurt. Tous mes muscles se contractent à l’idée de reconnaitre l’infinité du temps qui s’écoule. Pourquoi rester ? Je ne trouve de sens nulle part, rien ne me correspond. Le souffle s’accélère, encore plus fort.
A un certain moment, il a fallu faire un choix. On s’arrête ou on avance. La sensation de vide était alors si intense, que j’aurai pu m’arrêter. Mais la sève continue à couler et je veux qu’elle coule encore. Il y a forcément quelque chose. Je veux construire encore plus fort. Je veux trouver le ciment et le béton. Je veux le trouver en moi. Apprendre à construire, et à reconstruire. Je veux découvrir le pré d’à côté. Est-ce pour trouver ailleurs une eau qui permette aux fleurs de pousser sur du lierre ? Il est évident que je rêve d’aventure, de découvertes, de rencontres. Mais une partie de moi veut fuir, évidement, Et alors ? Quoiqu’il en soit, mon rêve est de voyager. Je pourrais trouver mon eau ici, mais je veux la gouter ailleurs.
Petit descriptif du « ou quand quoi comment ? »
Ca fait approximativement mille ans maintenant que je rêve de voyager, j’en ai rempli mes cahiers, rabâché ça en boucle à mon entourage jusqu’à saturation. Ce n’est pas mon premier voyage mais ma première aventure solo. Le vélo a barré ma route d’une manière inattendue. Au cours d’une discussion avec Françoise, une amie qui me raconte des histoires farfelues sur son voyage à vélo du Tessin jusqu’en Turquie, les yeux plein de choses bizarres. Ca a provoqué chez moi un truc particulier et mes longs poils se sont dressés d’un coup. « Oui ! Voilà ! Le vélo ! Ca va plus vite que la marche, je n’aurai pas à porter de sac à dos… Ca me semble la bonne combine. Oui, mais… je n’ai pas de vélo, et surtout je n’en ai plus fais depuis… En ai-je seulement fais un jour ? ».
Bah allez ce n’est qu’un détail on réglera ça en route. Prochaine question, le « ou » ? Bon il est évident que je rêve du moyen orient depuis un bout d’temps… j’organise le trajet depuis Sofia en Bulgarie, jusqu’à Beirut au Liban. Mais la situation devient de plus en plus tendue et j’accepte de changer mes projets pour la Birmanie. Ce pays qui vécu cloitré pendant des années sous une tragique dictature menée par la junte militaire. Je ne connais pas grand-chose de ce pays, juste l’histoire d’Aung San Suu Kyi qui fut assignée à résidence de 1990 à 2010 bien qu’élue démocratiquement par le peuple, son prix Nobel de la paix en 1991. Je m’intéresse un peu plus à l’histoire qui est dramatique mais fort intéressante. A l’expiration de mon visa, 28 jours plus tard, je pourrai sortir du pays en traversant la frontière avec la Thaïlande car depuis quelques semaines une frontière terrestre est ouverte mais il faut des autorisations spéciales, et la région semble passablement dangereuse. Seule, je préfère prendre l’avion pour rejoindre Bangkok. Après quoi je suivrai la route direction Singapour et selon la carte, il s’agira d’une longue descente tranquille !
Ainsi dont, vous voulez savoir ce qui se passe dans la tête d’une voyageuse à vélo ?
En fait, ce voyage, personne n’y croyait vraiment. Moi non plus d’ailleurs. Quelques mois avant mon départ, un balai à la main, je finis ma journée de boulot à nettoyer ce vieux bistrot du Grand-Pont. J’entends la patronne parler avec ses clients de l’autre côté du bar dans un bon accent valaisan, que l’alcool ingurgité rend encore plus prononcé : - La jeune ? Non elle, elle reste pas. Elle part dans un mois elle veut voyager. Tu savais pas ? - Quoi ? Elle veut partir ? Ben elle veut aller ou ? - Bon, dans les pays par là bas, vers l’Asie - Mais non pas par là-bas ! Mais non elle va jamais partir. - Elle va jamais revenir surtout ! - Non, non mais attends, c’est pas tout, tu sais pas la meilleure? Elle va partir à vélo ! - A vélo ? Ahaha ! Mais non voyons regarde là ! - A vélo ? Mais pourquoi ? Seule, à vélo, elle va se faire tuer c’est sur. - Oui, juste après avoir été violée ! - Non mais c’est trop dangereux elle peut pas partir.
Bon quoi, vraiment personne n’y croit ? Voilà les 3 mots que je ne cesserais d’entendre jusqu’à mon départ : Viol, accident, maladie. « Sandrine, tu sais … viol… accident… maladie… ». Je vais de toute manière partir, et la seule chose dont j’ai besoin c’est de soutien, mais tout le monde s’obstine à rabâcher tous les derniers articles de journaux qui parlent de mort, maladie et … De viol ! Huu, ben oui merci je savais pas !
Je plie un pull, un pantalon, un truc de cycliste rembourré (pour éviter les douleurs il parait), 3 slips, un couteau, une ficelle, des pinces à linges, une tente. J’empacte tout ça dans 2 sacoches et voilà, je m’en vais pour 3 mois de vélo en Asie. Entendre ces remarques me décourage. Je déballe le tout. Je peux pas faire ça. J’ai jamais fais de vélo. J’aime pas le vélo, j’ai jamais aimé ça. Pourtant je suis partie pour 3 mois…. Alors pourquoi ? Ah oui. Les rencontres, l’esprit qui s’évade, un truc comme ça. Oui c’est juste, c’est exactement ce dont je rêve depuis si longtemps. Allez je remets tout à l’intérieur. «… Seule, elle peut pas faire ça seule. S’il lui arrive quelque chose. ». Roh bon sang… C’est vrai seule… Je peux pas. Non je peux pas. Mon estomac se noue d’avantage. Allez je ressors tout. Arrête, c’est cette liberté, dont tu rêves de gouter. Tu vas devoir trouver en toi toute les ressources pour avancer, c’est le but, trouver ton eau, tout ça… « Oh t’es chiante là d’dans, 3 mois seule avec toi ça promet… ». Je remets le tout dans les sacoches et les ferme. Pour de bon. Ou presque.
C’est vrai que dans ma tête ça à toujours été le chaos, il a par exemple fallu que je change 3 fois de vélo pour finalement me retrouver 24h avant mon vol… Sans rien, et finir par acheter la vieille occas’ du coin, un vieux vélo qui a déjà du en voir bien des couleurs avant de se retrouver dans la soute de cet avion qui s’envole pour la Birmanie. Ben oui, ça c’est moi, parfaitement désorganisée, mais maintenant que j’y suis, c’est exactement ma place. Fou, inconscient, dangereux, sont les mots que j’ai le plus entendu, et vu de l’extérieur ça peut le paraitre, mais pour moi je suis à ma place. C’est une suite logique. Malgré toutes ces remarques négatives, je dois quand même dire que pas mal de membres de mon entourage, dont certains très inattendus, m’ont soutenus et aidés pour organiser ça. Je les remercie d’ailleurs vivement.
Allez je quitte les belles vallées de mon pays aux couleurs d’automne pour embarquer dans l’avion avec mon vélo que je plastifie à l’aéroport. Facile ! Et voilà, quelques heures plus tard, je m’assieds sur cette vieille chaise tremblante de Yangon en Birmanie où j’écris mes premières lignes, face à ce bâtiment sur lequel pousse une sorte de lierre qui s’attache facilement à la façade grisâtre. A côté, quelques enfants à moitié dévêtu. Mes yeux se posent sur la route, qui n’est pas si mauvaise, d’accord quelques trous, un peu bosselée… mais ça va l’faire.
Le temps de remonter quelques pièces sur mon vélo, je suis déjà entourée d’une dizaine de birmans qui me sourient et m’aide à regonfler les pneus, refixer les freins etc. On m’avait parlé d’un peuple aimable et ouvert, et bien on ne m’a pas menti. L’aventure débute aux premiers kilomètres à travers la ville quand on me parle de la Shwedagon Pagoda… La quoi ? Une imposante pagode de plus 110 mètres de hauteur réputée à travers toute la Birmanie pour être le premier lieu de pèlerinage bouddhiste. L’histoire raconte qu’elle contiendrait huit cheveux de bouddha…. Cheveux ou pas, cet endroit dégage une atmosphère très particulière avec cet encens qui brule de partout. Elle s’illumine dans l’obscurité de la nuit. Les moines font du tourisme et les touristes méditent. Le site est impressionnant, les pèlerins tournent dans le sens des aiguilles d’une montre autour de la stupa centrale, recouverte de feuille d’or, de diamant, de zéphires. Moi je m’attarde autour des nombreuses stupas qui l’entoure. Je marche tout en admirant cette œuvre qui brille, resplendit et se détache de ce ciel sombre dans lequel une lune à moitié pleine s’éveille. La scène, est … incroyable, surréaliste, ou suis-je ? Ce n’est pas l’or, les diamants, la hauteur, c’est l’air, les couleurs, l’atmosphère, les odeurs. Je suis abasourdie, stupéfaite, je referme ma bouche qui devait pendre depuis plusieurs heures maintenant.
Le lendemain, je roule à travers la ville pour trouver une adresse… alors qu’il n’y en a pas vraiment. On va bien rire, car je compte beaucoup sur Jasper, un type rencontré sur les sites de fanatiques de la selle. J’ai besoin de ses conseils pour me renseigner sur les différents itinéraires possibles. Ca me prend plusieurs heures mais je suis chez lui. Nous buvons un café à la mode birmane, c’est-à-dire moitié café moitié lait condensé sucré. Nous discutons un peu puis observons les cartes. Il me parle des différents itinéraires… Qui me semble tous … impossible.
Quoi ? Huitante kilomètres pour le lendemain, cent pour le jour d’après, et puis quoi ? Tu veux me faire aller dans les montagnes ? Ahahah Pauvre fou t’as pas compris que j’ai tellement peur de devoir faire de la montée que dans ma tête lorsque j’ai organisé ce voyage j’ai choisi que des pays plats et même une route qui partait du nord en direction du sud pour avoir l’impression de descendre ! Je le regarde, déglutit lentement, lui souris gentiment. Mais il rêve lui !! Je ne vois même pas comment c’est possible… Mais bon… Je suis là pour ça alors… on se jette à l’eau ?
Allez le lendemain à cinq heure j’arpente les ruelles de cette grande ville l’estomac fort noué afin de rejoindre Bago, ma première destination à quelques huitante kilomètres de Yangon. A peine je pose un pied à terre pour sortir ma carte que les habitants m’abordent pour savoir si je suis perdu, d’où je viens, ou je vais, pourquoi je suis la, etc. J’adore, ainsi je ne suis pratiquement jamais perdue. J’enchaine les premiers kilomètres et m’éloigne tranquillement des centaines de motos qui m’entourent pour me retrouver dans les campagnes. Excellent, c’est super beau, je traverse des rivières ou des birmans pêchent sur des canots en bois. Les motocyclistes qui me dépassent ralentissent pour observer, curieux, souriant et me salue chaleureusement.
Je suis sur mon vélo et les premiers kils sont difficiles… je me demande quand même pourquoi ? Mais quand l’esprit vogue et que je vois ces birmans m’encourager, ça me donne une énergie puissante. Le climat est aride, et lorsque des véhicules me dépassent, la poussière s’élève en un nuage orangé. Allez, c’est possible. Je traverse plusieurs villages, entre lesquels la végétation luxuriante offre des champs fertiles pour les rizières et autres plantations. Lorsqu’enfin j’arrive à Bago, je suis plus que fière de mon exploit. Ainsi donc, c’est possible… Voyager à vélo en Birmanie est possible ! La prochaine étape est de trouver une Guest House pour passer la nuit. Malgré le sens de l’hospitalité des birmans, le gouvernement leur interdit de loger des étrangers. Il faut dire que le pays est ouvert aux touristes que depuis quelques années. La junte militaire exerce encore une forte influence dans ce pays qui se considère actuellement comme une république. Il n’empêche que je vais devoir attendre de sortir du pays pour pouvoir profiter de mon équipement de camping.
A Bago, je suis à nouveau stupéfaite face au nombre de Pagodes et stupas dont on voit les pointes se dégager entre les palmiers et la brume qui s’évapore avec les derniers rayons de soleil. Les chants des prières bouddhistes raisonnent dans toute la ville et vous plongent dans une sorte de transe. Le paysage, les chansons, lescouleurs, les odeurs, mon corps n’appartient plus à cette dimension.
Durant les prochains jours je roule direction du sud est. Chaque étape est plus ou moins déterminée par des Guest House ou je peux passer la nuit. Mes journées sont ponctuées de rencontres fascinantes avec ce peuple birman.
Un matin, je m’arrête en bordure de route et rencontre une couple amusant. C’était ce fameux matin ou je rêvai secrètement de manger un bon pain au chocolat encore tout chaud… Ma fois bon, les insectes grillés qu’ils m’ont offerts n’étaient pas si mal. Et sous leur toit en bamboo, ils cachent encore d’autres surprises. J’aperçois une bouteille en plastique remplie d’un liquide blanchâtre qui a l’air super rafraichissant. Je les questionne, et comme je ne comprends toujours pas le birman, ils me montrent du doigt un palmier et me propose de déguster. Ben ouais c’est clair ! La femme me tend un sourire complice alors que son mari part chercher des verres. Il nous sert 3 godets, et boivent ça cul sec l’air tout amusé. Je fais de même en riant. Mais qu’est-ce que c’est ? Je leur achète la bouteille en me disant que je trouverai bien quelqu’un sur la route qui arrivera à me renseigner. Nous buvons encore quelques verres et je repars de toute bonne humeur. C’est quelques mètres plus loin, alors que ma tête tourne et que j’effectue ma première chute à vélo que je comprends que mes soupçons étaient bien fondés… C’était bien de l’alcool. De l’alcool de palme.
Un peu plus loin, une autre famille m’invite à manger des crevettes fraichement péchée dans la rivière. Ils me comblent de cadeau alors que leur maison tient tout juste debout. Au fur et à mesure de l’après-midi je vois de nouveau visage apparaitre dans cette frêle maison qui ne compte qu’une seule pièce. Je rencontre ainsi les parents, leurs 4 enfants, leurs cousins, oncle tante, etc. Nous sommes à présent une quinzaine de personne regroupée autour de la table. Ils refusent que je paie quelque chose alors qu’ils m’ont nourris, offert café, encens, bracelets, … J’ouvre mon sac et leur offre ce que je peux. Les enfants sont étonnés de voir que je ramène des bracelets venant de l’Afrique, et d’autres de l’Inde. Nous passons du bon temps ensemble et rions beaucoup. Malheureusement, je ne peux pas m’éterniser et reprend la route. Les jours s’écoulent, je me sens toujours plus en sécurité, prête à recevoir et à offrir.
Mail - Birmanie
Salut à tous,
Le voyage à vélo se passe super bien, l’itinéraire que j’ai fais ces jours-ci était le suivant: Yangon – Mal moule moule mien de son vrai nom Mawlamyine que je ne peux toujours pas prononcer, par contre je commence à avoir très mal à la moule.
Quelques petites nouvelles: - Escarre stade 3 au vagin - Je suis stérile et n’aurais jamais d’enfants. - Les milliers de moustiques que j avais connus en Inde ont décidés de faire le détour pour me revoir... Merci les gars, fallait pas.... - Les moines prennent le bus, fument et portent même des Rayban! L’avantage de voyager à vélo c’est évidemment les rencontres. C’est parfois complètement farfelu... Mais très drôle. Il y a encore très peu de touristes en Birmanie donc même les plus beaux sites sont agréables à visiter. Sinon c’est vrai qu’il fait très chaud, j’ai d’ailleurs la moustache qui perle en continu… Pour le moment je laisse mon corps récupérer et j’organise la suite du voyage. C’est vrai que j’aurais aimé avoir un itinéraire point A - B mais j’aime autant profiter de visiter ce pays en même temps parce que ça en vaut vraiment la peine ! Je vous embrasse tous bien fort, et sans la moustache qui perle cette fois parce que j’ai pu rester sèche pendant 1h grâce à la clim’ de ce cybercafé.
A bientôt bec bec vous me manquez tous !
Voilà dix jours que j’ai commencé ce voyage et je suis actuellement à Kyauksé après environ 600 km de vélo. Qui aurait cru qui j’y arriverai ? Cette ville a beaucoup de charme et je suis maintenant assise sur une bâtisse en bois à travers laquelle s’élève un vieil arbre dont les branches retombent uniformément sur le toit en tôle. La terrasse surplombe une rivière qui s’écoule lentement. Quelques personnes sur leur barque pour pêcher, d’autres viennent se baigner après une chaude journée. Des enfants sur l’autre rive jouent au ballon aux dernières lueurs du jour. Les villageois m’offrent quelques sourires. Je profite de voir un birman qui commande une sorte d’omelette pour leur faire comprendre que j’aimerai gouter à ça. Bon, ben ça n’avait rien à voir avec une omelette mais au moins ça change du riz. Miam. Je profite de fumer une cigarette au bord de cette rivière pour vous expliquer comment se sont déroulés les jours les plus éprouvants de cette aventure.
PELMEL DE NOTES ET MAILS
Mail – Birmanie, Laos
Salut les moustaches gelées! Bon alors faudra bien que j'vous raconte un peu... Parce qu'il s'en passe des choses sur ce velo!!! D'abord sachez que je me porte bien. Presque six semaines que je suis en voyage et deux semaines maintenant que j'ai quitté la Birmanie... C'est un pays vraiment incroyable et c'est difficile d'expliquer le pourquoi du comment mais comme je l'ai déjà dit, certainement de par l'influence du bouddhisme, les birmans sont emprunt d'une gentillesse et d'une amabilité qui m'a vraiment étonnée. Je suis contente d'avoir commencé par ce pays, car je m'y suis sentie super à l'aise et en sécurité tout le long du voyage. Evidemment c'est un pays très particulier et je ne peux que vous encourager à vous plonger dans son histoire car c'est passionnant!
Je venais de quitter Mawlamyine, à 350 kilomètres au sud ouest de Yangon. J’étais alors dans un bus qui devait me ramener vers le centre du pays, mais tous mes orifices se sont révoltés et se sont mis à régurgiter des liquides étranges et de couleurs variées, je vous passe les détails. J’étais mal. Mais vraiment mal ! Après 4h passé dans un bus à jeter régulièrement par la fenêtre des sacs en plastique remplis de … oké pas de détails. Le bus s’arrête enfin dans une ville où fort heureusement j’étais déjà passée quelques jours plus tôt. BAGO ! J’entre dans la guest house et me lyophilise sur place. Pendant deux jours j’y suis restée enfermée, sans manger et en buvant à peine. Quand je décide d’aller mourir ailleurs, je pointe le bout de ma moustache à l’extérieur et le tenancier de l’hôtel m’offre un petit remontant vitaminé. En discutant, je lui dis que je suis déjà venu chez lui il y a environ une semaine, et il me lâche innocemment : Toi ? Non, non je me souviens d’une femme à vélo mais c’était alors une « strong woman » pleine d’énergie… Toi… heu… Il va falloir que tu continues à boire des vitamines !
Mais heur ! Bon je me lasse d’être malade alors j’embarque dans un autre bus qui me dirige vers le lac Inlé. C’est une destination très prisée en Birmanie, j’y rencontre beaucoup de touristes et après une nuit blanche dans un bus qui arpente les montées et les descentes entre les montagnes, je partage ma barque avec une famille d’allemand pour visiter le lac. Il est environ 17h lorsque j’arrive à la Guest House. Avant d’aller me coucher, je discute avec le réceptionniste pour lui demander des renseignements sur les conditions de la route que je devrais prendre le lendemain. J'avais seulement le récit trouvé sur internet d'un couple qui l’avait fait. Ah oui parce qu’évidemment, j'allais pas passer par la route principale faut pas déconner. Et le type me regarde étrangement et me dit catégoriquement que c'est impossible! - Impossible? Comment ca? Il y a bien une route non? - Oui mais en mauvais état et quand bien même rejoindre la plaine par cette direction est tout bonnement impossible! Mais il m'agace ce type!!!! Je vais le faire de toute manière! Pour me rassurer je lui demande si c'est possible de rejoindre au moins le prochain village et depuis là je m'organiserai... "good luck" Qu'il me dit. Qu'à cela n'tienne, rien à battre, allez je fonce! J’ai quand même le soucis bien ancré, et je me demande encore si je devrais pas prendre un bus au lieu de me perdre dans les montagnes de cette région que je ne connais pas. « Enfin… allez quoi t’y connais rien ici, et si le type te dis que c’est pas possible, c’est bien qu’il y a une raison non ? » Arh, peut-on faire taire cette voix ? Ca doit être possible puisqu’un couple l’a déjà fait. Maintenant que j’y suis c’est certainement pas pour rebrousser chemin. Inutile de vous dire que la nuit fut animée entre la partie de moi, aventurière qui rêve d’enfourcher mon vélo pour me perdre dans des contrées inconnues, et celle, un brin réaliste qui tente désespérément de me raisonner. Le matin, 5h30 je commence sur la route principale avant de m'aventurer sur la petite route de campagne, en construction ?! Je suis heureuse d’être remontée sur selle, mon fessier nettement moins. Enfin, ... Pour mettre un peu de piment dans cette histoire il se met à pleuvoir... C’est marrant, le type de la Guest House m’avait pourtant assuré qu’il ne pleuvrait pas. Et bien j’espère qu’il se trompe également sur la route. Heureusement la pluie dure juste un peu, juste pour que j’en garde un bon souvenir car la route en terre devient de plus en plus boueuse et sur certaines pentes je dois enlever la boue qui m'empêche alors d'avancer! Elle s’accroche partout, j’en ai sur mes lunettes, ma casquette, mes sacoches. La, c’est l’aventure. Je rencontre un ou deux tracteurs sur la route, bloqués eux-aussi par cette boue collante et invalidante. Nous nous entraidons pour remettre nos véhicules en route.
Et le paysage est sublime, des champs ocre, vert et jaune! C’est vrai qu'il n'y a personne par contre! Mais quelle liberté! C'est beau! Je déchante un peu en arrivant à Pindaya, ville touristique. Je partage ma chambre avec une allemande et nous visitons la grotte au 8'000 bouddhas. Et c’est bon de pouvoir rire. Même si je ris beaucoup avec les birmans que je rencontre, lui dire que ma seule envie sur le moment est d’envoyer mon vélo tout boueux dans ce lac me fait du bien. Nous marchons beaucoup, et rencontrons un moine que nous invitons à manger et qui nous apprends toutes sortes de choses sur la culture bouddhiste. Encore une fois, je dors peu car l’étape du lendemain s’annonce encore plus difficile. Un birman me déconseille fortement de me lancer dans cette épreuve. Ils sont plusieurs à m’affirmer que la route est mauvaise et qu’il n’y aura personne si il m’arrive quelque chose. Oui, ben merci ça j’ai compris. Allez, aux aurores j’entame la première partie, j’ai peur de m’égarer et de ne pas trouver cette petite route qui serpente entre les montagnes. Elle n’y est même pas sur ma carte. Voir les premiers rayons du soleil transpercer cette brume matinale qui recouvre les pâturages offre un spectacle incroyable. Je m’arrête pour admirer et ma main se pose instinctivement sur mon appareil photo, et puis, non. Je décide de garder la magie de cet instant pour moi. A quoi bon partir seule si je ne suis pas capable d’apprécier ces moments uniquement pour moi ? Je décide à cet instant de savourer le temps qui passe sans me préoccuper de l’avenir, ni du passé, juste d’être là. Et c’est une mission difficile en repensant à ce que tout le monde me dit sur la route. La vue est incroyable, l’air est encore frais, et les seuls bruits que j’entends sont les quelques coqs, dont le son s’égare timidement entre les collines. Des montées, des descentes, de fortes montées, puis de petites descentes… C’est pas tout juste cette histoire là. C’est toujours plus long de monter que de descendre. Je n’aime pas beaucoup cette logique. Je pédale donc entre les champs dont les couleurs, si intenses, rendent ce paysage presque surréaliste. Soudain, au milieu de nulle part, j’aperçois deux immenses statuettes de bouddhas qui se dressent au milieu d’une colline elle-même recouverte de milliers de stupas en chaux. Mais ou suis-je ? Il n’y a aucune habitation, ni aucune forme de vie à des dizaines de kilomètres à la ronde. Mon vélo s’arrête, bien qu’extrêmement épuisée je rebrousse chemin pour arriver au pied des marches qui s’élèvent verticalement vers le ciel. Quelques minutes plus tard, plus essoufflée que jamais j’arrive au sommet de ce temple. Si toutefois c’en est un ? Là, ouais je suis vraiment seule au monde, il n’y a que le bruit d’un berger qui fait traverser son troupeau sur l’autre rive de la rivière qui lézarde entre les prairies. Des champs, des collines, des montagnes, j’ai une vue imprenable sur toute la plaine. Ce pays est décidément bluffant. Le temps s’arrête, tout s’arrête c’est si bon.
Mais la route est longue et je saute sur mon vélo en direction de Ywangan, le prochain village. Je commence à apercevoir de la vie, quelques bœufs défilent à mes côtés tirant des charrettes remplies de choux. Les paysans sont surpris de voir ma charrette à moi et je me demande qui des deux a le visage le plus interrogatif. Quoiqu’il en soit, nous nous saluons chaleureusement. Je commence à sentir mes muscles devenir de moins en moins conciliants face aux montées. Une pause, je craque, j’entame les noix et raisins secs de survie. Allez je reprends pour m’arrêter à nouveau quelques minutes plus tard, persuadée d’être arrivée au bout de mes forces. Physiquement ça ne suit plus. 10, 20 30 kilomètres encore ? Je n’ai pas la moindre idée du temps qu’il me reste pour arriver. Mais mon corps refuse de me tirer plus loin. Des filles en bord de route vendent quelques spécialités sucrées qui, je l’espère, seront plus efficace que ces maudites noix. Elles doivent aussi me dévisager étrangement lorsque je m’endors sur une de leur table. J’essaie de résister mais je ne peux lutter, je suis épuisée. Un moment plus tard je réunis tout mon courage, mes dernières forces et arrive, je ne sais comment jusqu’à Ywangan.
Le temps de laver à la main mes quelques vêtements, et je m’étale sur ce lit, je m’effondre. Je n’en peux plus. Fatiguée, je me sens seule. Tous les bons moments je veux pourvoir les partager et j’ai besoin de soutien durant ces moments éprouvants. C’est si beau, mais dur, et même un peu trop. J’aimerai être chez moi avec ma famille. Ne penser à rien. Ne pas savoir que mes habits ne seront pas secs demain, ne pas savoir qu’il faut que je répare mon vélo, encore. Ne pas savoir que ma famille et mes amis me manquent, ne pas savoir que j’ai faim et que je ne sais pas ce que je trouverai sur la route à manger, ne pas savoir que le trajet de demain me semble une fois de plus irréalisable, ne pas savoir que chacun de mes muscles me fait souffrir… Il doit être 17h quand je m’endors, le cœur lourd.
Le lendemain, la birmane qui me loge m’offre un café, une mandarine et quelques douceurs pour me donner des forces me dit-elle. Je lui souris certainement du plus beau sourire que je peux et lui dit infiniment merci. Son attention me touche. Et je m’en vais. Je sens l’odeur du bois dans les forêts qui me rappel le mayen et je sens mes muscles qui se contractent pour me hisser au sommet de ce col. Je sens l’air, frais qui se glisse à travers les manches de ma veste. Le ciel est parsemé de nuages d’une teinte rougeâtre, offert par les premiers rayons de soleil. La lune éclaire difficilement l’autre partie du ciel, plus sombre. Cette montée est agréable, je sais qu’elle donne sur un versant presque inhabité entre les montagnes. Les moments difficiles, je commence à les accepter, ils font partie du voyage et j’apprends à me donner du courage, à croire en moi. Je pense à mes amis et à ma famille, ça me donne de la force et j’arrive au sommet. Je contemple l’étendue des montagnes ou se confinent des prairies parsemés de petits arbustes. Ensemble, ils forment des replis creusés par les rivières. J’entame la route, faiblement éclairée par les premiers rayons du soleil et les larmes qui coulent ne sont pas uniquement dues au vent. Je lâche le guidon en pleine descente et trouve un équilibre précaire ou je sens le vent fouetter mon visage et sécher mes joues. L’extase est complet. Je descends, encore et encore, remonte parfois quelques collines puis continue à descendre, sans fin. Je m’arrête sous un abri en bamboo, pour savourer cette journée. Couchée, sur cette paillasse, j’observe la fumée s’évadant de cette cigarette et qui, dans un courant d’air, disparait. Un accord parfait. Ainsi, après toutes ces montées, il y a aussi des descentes… L’éphémère a du bon. Je profite d’arriver à Kyauksé pour me reposer, physiquement et psychologiquement. Mais le jour d’après je reprends la route direction Bagan !
Cette trève dans mon esprit n’aura pas duré long. En route pour la prochaine étape, je reluque chaque véhicule motorisé afin de trouver une astuce pour y accrocher mes sacoches et ne plus jamais entendre parler de vélo. J’arrête, c’est fini, faire ça seule ? Non plus jamais, en plus en vélo ? Quelle idée, faut être barré, non c’est fini. Même tous les « Mingalaba » des birmans avec leurs sourires bienveillants ne me donnent plus de courage.
En arrivant à Bagan, je suis époustouflée… Cette ville est un musée à ciel ouvert, des centaines et des centaines de temples étendus sur une cinquantaine de kilomètre à la ronde. Des temples en briques orangées poussent à travers le paysage arrosé par l’Irrawaddy, il y en a dans chaque recoin de cette plaine. Pas époustouflée non. Complètement hébétée… Une fois de plus je dois refermer ma bouche qui reste grande ouverte, tant je suis plongée dans l’absolue beauté de ce paysage. Non mais c’est dingue ! Ou suis-je ? Je passe la journée à errer entre ces temples, ma lampe de poche en main pour éclairer les quelques fresques que le temps n’a pas encore effacé. L’espace d’une journée je deviens archéologue. Mon souffle permet de faire voler la poussière sur de vieilles peintures, sculptures, statuettes dont les nombreuses symboliques m’échappent la plupart du temps. D’étroits escaliers serpentent entre les étages et me permettent d’atteindre un surplomb depuis lequel j’aperçois une centaine de temple entre les champs… Je suis seule, face à une merveille innommable, indescriptible. Cet instant est si pure, si prenant, tous mes sens sont aux aguets. Je sens l’air chaud qui monte, l’odeur de la terre, des briques, de la poussière, je suis et j’appartiens au monde qui m’entoure.
Soudain, mon corps n’est plus, mon esprit s’emporte, comme s’il échappait au temps, je me laisse transporter, et m’évade ailleurs.
Pourtant la saveur de cet instant devient amer. J’ai besoin de pousser quelqu’un a côté de moi pour lui dire : « Mec !! Regarde ça ! Tu vois aussi la même chose que moi ? Tu vois comme c’est beau ? ». Ma lutte aujourd’hui devient la solitude. Ce n’est pas dans les difficultés quotidiennes qu’elle est la plus pesante. Je prends confiance en moi, pour trouver ma route. Mais apprécier pleinement ces moments d’extase me parait insurmontable. Pourquoi ce besoin d’être à deux pour apprécier un beau paysage, un bon moment, un instant comme celui-ci ? Comme me l’a suggérée une amie, je vais tenter de faire de la solitude mon alliée. Mais pour le moment les émotions sont trop fortes, et je ne peux retenir les larmes qui coulent.
Demain sera une journée sans vélo, histoire de me changer les idées… Mais ce foutu deux roues me rattrape et nous partons ensemble pour le mont Popa, découvrir un temple construit sur de la lave séchée. Environ 50 kilomètres de route qui me semblent bien ridicules à présent face aux kils que j’ai parcourus ces derniers jours. Le MONT Popa, mont, montée… c’est pas du plat non ! Sur la route, je prends quand même le temps de déguster un café avec une femme birmane qui m’offre des cacahuètes fraichement récoltées par leur famille. Je continue à pédaler et vois le jour décliner doucement. Soudain, une jeep, probablement un des seuls véhicules que j’ai vu passer sur cette route s’arrête à mes côtés : - Where you want to go ? - Heum… to the mont Popa - With your bicycle ? - Yes… - Ahah ! But it’s too far you must come with us !
Alors ils m’embarquent dans leur jeep et nous rions beaucoup. Ils me conduisent jusqu’au petit village au pied de l’ancien volcan. Là haut, j’entends deux touristes m’interpeler. Ils ont aussi un vélo !! Ainsi je fais la rencontre d'un jeune couple qui venait depuis la Turquie... à vélo!!! J’ai un milliard de question à leur poser, et je mets toute mon énergie à essayer de faire évoluer mon anglais. Bien évidement depuis le début de ce voyage la langue est un handicap. Mais comme tout handicap ça me permet de développer de nouvelles capacités. Et la barrière de la langue me fait découvrir une autre manière de communiquer. Oui bon ça va le relativisme et l’optimisme, pour le moment ça m’emmerde parce que j’aimerai pouvoir leur hurler dessus qu’ils m’expliquent! POURQUOI ? Pourquoi le vélo, pourquoi avoir mal, pourquoi l’incertitude, pourquoi avoir toujours l’impression de ne jamais atteindre ses buts, pourquoi pédaler pendant des heures en entendant « clic clic clic » cet inoffensif cliquetis, qui malgré mes tentatives désespérée pour le réparer tente de me rendre complètement zinzin !
Bref, je me calme et c’est tellement bon de les écouter raconter leurs aventures. Je m’imbibe de leurs histoires. De savoir qu'eux aussi en avait bien bavé au début, qu'ils avaient aussi bien eu mal au cul! Je leur explique que je n’en peux plus et que je songe parfois à arrêter. Ils me demandent alors de leur promettre de tenir encore deux semaines. De les voir là, en Birmanie après avoir traversé tous ces pays, moi ça me donne des frissons, et ça me remotive! Okay, va pour deux semaines. Je les regarde, les dévisage, ils sont si beaux ! Leurs yeux me transmettent tellement de vie. Dans le regard je perçois des rires, de l’amour. Ils sont si naturels, si vivant ! Voilà, là je ressens quelque chose de profond. Je réalise que je vais encore devoir traverser pas mal d’épreuves mais que ce que je lis à ce moment dans leurs yeux est une raison suffisante pour avoir mal, pour avoir faim, pour douter, ou encore devenir fou à supporter l’incessant « cliquetis » de ce foutu vélo… Ce n’est qu’en apercevant de petites douceurs à la fin du repas, que j’entends Jan dire à sa copine : « It’s look like something with lait condensé. ». Lait condensé… je mets quelques secondes avant de réaliser… - Non attendez… Tu vas pas me dire que… Vous parlez vraiment français ? - Si, si on est quebequois ! - … Mais… Je vous ai déjà dis que j’allais devenir fou ?
Pour la suite, je vadrouille durant quelques jours autour de Mandalay, à la conquête des anciennes capitales. Mes genoux deviennent de plus en plus douloureux. Je savais bien que j’allais vivre des moments difficiles, pourtant je les apprécie. Dès que je sors des villes, je ne croise plus de véhicule, et me retrouve seule, n’ayant pour compagnon que l’air qui glisse contre ma peau lorsque je pédale. La terre est aride, du sable s’égare sur les routes, et seuls quelques rares arbustes offrent un repère aux oiseaux qui me regarde pédaler avec un air dubitatif. L’air est sec et chaud, il brûle ma peau, et crever au milieu de cette vaste plaine désertique n’était pas le moment le plus agréable du voyage. Dans ma tête j’entends raisonner : « On retrouva son corps après plusieurs jours… », et j’aperçois les vautours s’agiter autour de moi…
Dire que j’avais peur de me trouver sur des axes routiers surchargés. Il n’y a qu’une route qui s’étale à perte de vue. Je suis seule et cette solitude me plait, la liberté de me laisser porter car ma place est ici, elle se trouve juste là sur cette selle de masochiste, au milieu de la Birmanie. Je deviens les aventures et les rencontres qui sont ma raison d’être ici et maintenant. Dans l’après-midi, je m’assieds dans un café et discute jusqu’au coucher du soleil avec Divig Jame. Il me parle de sa famille, de sa vie, et me donne pour conseil : « Give your smile to everyone, but your love to only one ». Des jeunes nous offre des cigares, et je découvre les délices des cigares birmans, qui laisse un léger gout sucré sur les lèvres. Le temps passe et lui aussi a une saveur toute particulière.
Les birmans portent le lunggi, les birmanes se dessinent des motifs sur les joues avec du Tenakka dont la teinte jaune, éclaire leur visage. Cette poudre extraite d’un arbre adoucit la peau et la protège du soleil. Ils ont tellement de charme, leurs yeux pétillent et leurs sourires sont si sincères. Si les délicieux plaisirs des courbatures à mes cuisses s’atténuent, ce sont des courbatures aux zygomatiques qui apparaissent !
Ils me font rire quand je passe avec ma bicyclette, ils m’observent très discrètement, mais si je leur adresse un sourire ou si je les salue, alors ils accourent, ralentissent avec leur scooter, appellent leurs amis, me posent un tas de question dans un anglais très approximatif. Toujours avec énormément de respect.
Dire que j’ai osé trouver le temps long. Ces trois semaines passées en Birmanie se sont écoulées en un souffle. Je viens tout juste d’arriver et demain je vais pédaler jusqu’à l’aéroport de Mandalay pour mon vol vers Bangkok. J’apprécie de pouvoir me laisser guider par les rencontres, de laisser l’aventure me saisir, et de lâcher prise. Chaque instant devient un cadeau que je m’empresse de déballer avec avidité. C’est sur de minuscules chaises en plastic comme il en existe partout en Birmanie que j’écris ces mots. Je suis sur une fine lande de terre au milieu de l’Irrawaddy, juste sous le pont d’U-Bein construit sur 1.2 km en bois de Teck. Quelques barques en bois s’égarent à contre jour dans les lumières du coucher de soleil. Elles se laissent doucement porter par le courant de la rivière qui n’est pas pressée de s’écouler. Je remonte sur le pont et assise les jambes pendante je le sens trembler. Lorsque le soleil s’est finalement couché en déballant toutes les couleurs les plus chaudes qu’il pouvait, le pont s’ébranle de plus belle sous le pas pressé des touristes qui rejoignent avec hâte leur bus climatisé. Je suis heureuse de retrouver mon vélo (tout aussi climatisé) et d’avoir cette liberté de pédaler et de me diriger là ou l’aventure me porte.
Bon je vous laisse respirer? Parce que j'ai pas finis! Une fois à Bangkok, il me reste plus qu'à « redescendre » au sud en direction de Singapour. Mais attends... J'ai fais environ 1200 km en un mois. Et il me reste encore deux mois... Alors quoi ? Ca me laisse tout le temps de gambader! Allez il faut choisir une destination. Le Vietnam, le Laos? Le Laos... Le nord? Des montagnes, encore? Mais c'est clair!
Avec le recul, cette expérience dans les montagnes en Birmanie est le meilleur souvenir que j'ai! Allez, le temps de me renseigner un peu sur la région, de rester de nouveau clouée au lit avec 40°C de fièvre et des frissons. Petit souvenir de Bago, je n’ai plus d’eau et mon estomac est en mode « régurgitation » et refuse d’ingurgiter les médocs de ma pharmacie. Je n’ai qu’un brumeux souvenir de m’être retrouvée au milieu de la rue à demander à une passante où se trouvait l’hôpital le plus proche. Elle me montre un cabinet à 200 mètres, génial c’est parti ! Deux injections, une perfusion, et quelques pilules, plus tard, je suis sur pied. Ou sur selle pour être plus exact. Je prends un bus, un train et hop me voilà au nord du Sud Est Asiatique… En tout cas bien plus au nord d’où j’avais imaginé me retrouver un jour… Mon nouvel objectif : Rejoindre Singapour depuis Luang Prabeng au nord du Laos.
Je me baigne un peu dans des chutes d’eau avant d’entamer la première montée. Les montagnes en Birmanie ? Ahah c'était des collines! Avant la montée, j'aperçois en bord de route un camion qui fume sa race! Il venait de prendre la même route que moi mais en sens inverse, et du coup ses freins fumaient tellement que j’en ai eu l'estomac tout noué en pensant qu’il fallait faire le même trajet dans l'autre sens.... Et ouais ça grimpe sec! Mais quel plaisir! Le paysage se transforme lentement au rythme de mes tours de pédale. La vue devient de plus en plus belle, et à chaque fois que je crois atteindre le sommet, paf, encore une montée ! Bon sang, ces montagnes sont extensibles ! Plus l’effort est tenace plus la vue est belle. Le soir je plante ma tente au milieu d’une prairie avec une vue imprenable sur les montagnes! Jamais je n’aurai imaginé être là à admirer le soleil se coucher derrière ces montagnes et ces vallées laotiennes, inondées par les dernières lueurs qui percent à travers les nuages. La solitude n’est plus menaçante. Vraiment, je suis contente d'avoir rencontré ce couple et leur avoir promis de tenir ces deux semaines. Bien que je commence à croire que le pari est fou, c'est le bonheur total et j'ai la sensation d'être exactement à la bonne place. C'est l'aventure que je devais vivre, je pense à toutes les personnes qui m'ont encouragées et soutenues et je leurs/vous dis merci mille fois!!! Je franchis le premier col et déjeune dans un village qui doit compter six habitants… Environ. La route continue à s’étendre entre les collines, et je continue à grimper. Mon moral est d’acier, j’ai mal mais c’est supportable. Si la fatigue se fait sentir, et que les pauses se font de plus en plus fréquentes, je continue et traverse de petits villages où les enfants me courent après avec leurs « Sabaidi !! » me tapent dans la main et parfois même poussent mon vélo. Il commence à faire de plus en plus frais. En arrivant à Kiewkacham, je croise 4 cyclistes au bord de la route qui discutent. "Is it a cyclist meeting?". Un couple qui arrive à l'instant qui pédalait juste devant moi et l'autre qui venait depuis l'autre direction. Nous partageons nos expériences de voyage autour d’un bon repas. Quel plaisir! Je suis restée dormir là avec un des couples tandis que Rachel et Alex ont poursuivis leur route. Après ça, nous nous sommes rencontrés plusieurs fois sur la route en direction de Vientiane c’était marrant. Sur la route que je pensais être la plus difficile du voyage, je crois n’avoir jamais eu autant de plaisir à grimper, puis de descendre et enfin me réjouir de la prochaine montée. Qui l’aurait cru ?
En arrivant proche de Kasi, je crève. Roue arrière pour la 3eme fois. ARGH! Une bouteille en verre, une entaille de 4cm sur mon pneu. Cette fois j’en ai marre mais je garde le moral pour rejoindre le prochain village. En arrivant, on me dit qu’il sera impossible de changer de pneu à moins de rejoindre en bus la prochaine ville. Mh… ce jeune laotien remarque bien que cette idée ne me plait pas vraiment et il me propose de recoudre mon pneu. Pardon ? Ben oui, il a du fil, une aiguille alors pourquoi pas ? Et bien étonnamment, ça a tenu plus de 30 kilomètres. Bon pas le choix, en bus jusqu'à la prochaine ville. Mais quel sentiment d'échec. Je ne supporte même pas de regarder la vue à l'extérieur (qui est absolument magnifique!). Arrivée à la prochaine ville, je peux réparer le tout et je fais la connaissance d’Henri, un belge d’une cinquantaine d’année qui voyage aussi à vélo. On discute un peu et je lui explique que je dois retourner en arrière pour refaire cette route! Je veux prendre un bus et retourner à Kasi! Il me propose de faire la route avec lui en sens inverse, c’est reparti !
En discutant avec Henri, il me propose de continuer la route avec lui direction l'extrême nord du Laos. C’est un homme très intéressant, qui a voyagé dans tous les continents à vélo et la route qui est encore plus "sauvage" m'attire terriblement. Je sais au moment ou je lui dis « non, je dois continuer ma propre route », que je risque de regretter mon choix. Ainsi j'ai repris mon chemin, seule, dans le bon sens. Sur la route jusqu’à Vientiane, je me suis faite invitée par un Laotien qui a vécu durant trente ans en France. Il m’invite dans sa belle maison au bord d’une rivière. Nous mangeons des spécialités locales que je déguste avec délectation.
J'apprécie chaque jour un peu plus ce voyage. Malgré les difficultés, c'est une telle sensation de liberté! Maintenant que je vous écris, je dois encore prendre une décision, soit poursuivre au Sud direction « Singapour » et suivre plus ou moins mon plan initial, soit retourner au Nord dans les montagnes et me diriger vers le Vietnam puis la Chine! Il parait selon certains forums que ce sont les pires montagnes avec un dénivelé assez affolant... Qu'est-ce que vous en dites? Mail – North Thailand
Haha ! Salut les moustaches bien gelées mais toujours pas enneigées à ce que j'ai compris? Bon j'imagine qu'en ces jours d'après fêtes vous êtes fatigués... Et j'ai de quoi vous divertir avec quelques aventures et je sais que vous trépidez d'impatience de connaitre la suite de l'histoire qui fut... plutôt bien mouvementée et ... forte en émotion!
Ah et bonne année hein!!! Je voulais vous envoyer une photo de mon vélo sous les cocotiers au bord de la plage avec écris Happy New Year, mais vous comprendrez pourquoi j'ai pas vraiment eu le temps.
Alors aux dernières news je vous écrivais depuis Vientiane, la capitale du Laos. Souvenez-vous, j'hésitais à prendre la route pour le nord, le Vietnam et la Chine. D'ailleurs je vous remercie pour vos encouragements ça a été dur de choisir. Et bien sachez que le matin au réveil je me dirige vers "la rue des ambassades et consulats" et me retrouve entre celle du Vietnam et celle de la Thaïlande... Incapable de décider, je rêverai de partir dans les montagnes encore, mais je dois faire des demandes de visas pour le Vietnam ainsi que pour la Chine, et je devrai encore trouver un avion pour me rendre jusqu’à Singapour dans 2 mois… Compliqué… pourtant la Thaïlande ne m’intéresse pas trop. Bon je laisse le destin choisir! Pile - Thaïlande / Face - Chine et Vietnam Pile, la Thaïlande! Soit! C'est parti!
Je profite encore pour manger des baguettes, et sandwichs (héritage de la colonisation française). Pour vous donner une idée des prix, j'ai eu mon sandwich, un café et un paquet de cigarette pour environ 1.50 CHF (Non moi pour ce prix la je continue à fumer hein!!). Du coup, étant dans la capitale je profite également pour trouver une bonne coiffeuse et tenter de rattraper la coupe playmobile du coiffeur Birman. Je lui explique un peu comment je vois l'affaire et désespérément je remarque que la coupe devient de pire en pire jusqu’au moment ou.... Elle sort la tondeuse, bon juste pour les petits poils derrière, que j'me dis. Mais non! Je sens la tondeuse qui monte! Argh, je tente de l'arrêter mais avec la moitié du crane rasé, y'a plus grand chose à faire.... Donc j'ai l'arrière du crane rasé, ce qui est finalement assez pratique, voyons le bon côté de la chose.
Le lendemain, les cheveux au vent... heu non pardon, le crane au soleil, je repars pour traverser la frontière Laos/Thaïlande et je m'apprête à entamer la route qui me mènera jusqu'à Singapour. Ainsi depuis la frontière jusqu'au contournement de Bangkok j'arrive à suivre les petites routes de campagnes grâce à Henri qui m'avait ... (Oui Henri souvenez-vous, le cycliste Belge rencontré au Laos! Qui pour l'anecdote était infirme et ne pouvait plus utiliser son bras gauche. Malgré ça il a continué la bicyclette dans tous les continents… Sacré Henri!). Du coup, il m'avait raconté comment dans les petites campagnes du nord de la Thaïlande j'allais croiser des camions chargés de canne à sucre puisque c'est la récolte actuellement. Et comment c'était facile de s'accrocher à ces camions qui roulent à environ 40 km/h pour se laisser trainer sur quelques kil comme ça.
Moi tout ça, ça m'a vendu du rêve, alors toute la journée j'avais que ça en tête...Mais bien entendu ces fichus camions passent tous dans le sens inverse... Jusqu'au moment où à mes côtés, il y en a un qui ralentit et ni une ni deux, je m'accroche au premier truc que je trouve. Ainsi, agrippée à une espèce de tige métallique je découvre l'agréable sensation d'avancer sans effort... Aaah, c’est si bon ! Hé ho ! Attend tu fais quoi la? Pourquoi t'accélères comme ça? T'es sensé rouler à 40 km/h pas à 80 ou 100 km/h! Et t'es pas sensé dépasser tous les autres camions! Bon, allez je lâche c'est trop dangereux. Mais ma main refuse de lâcher. Oh et puis non hein! Maintenant que je la tiens, je lâche plus! Et je profite un max de cette pure dose d'adrénaline.
Après quelques kilomètres, il change de route à mon grand regret... Et ho! Je crois que je suis pas la seule à avoir apprécié la balade, mon vélo tire la tête. Du coup la roue est bloquée, pas moyen de donner un coup de pédale. Et il faut savoir que la nuit commence à tomber et de nouveau je suis juste à une dizaine de kil de la ville ou je voulais arriver. J’ai l’option d’essayer de le réparer moi-même mais je vois déjà comment cette histoire va finir… et la fin ne me plait pas vraiment. Ou alors je marche jusqu’à la prochaine ville. Là, une Thaïlandaise s'arrête sur son scooter et me débite un flot de parole thaïlandais parfaitement incompréhensible. Lisant dans mes yeux toute mon incompréhension et mon désespoir elle agrippe 2 écharpes ensemble et me donne le bout. "Quoi attend tu veux me tirer avec ton scooter jusqu'à la prochaine ville avec ces écharpes? Et ton bébé dans tout ca? AAhhh tu le tiens entre tes pieds là ou il était avant... Ouais attend non là, c'est un peu dangereux!"
Mais elle ne lâche pas l'affaire. Alors on a essayé, je suis évidement tombée et vraiment je lui ai fais comprendre que c'était dangereux pour son gamin! Je vais marcher jusqu'à la prochaine ville et je lui dis qu'elle doit avoir d’autres choses à faire que de rester là à m’observer galérer. Mais non elle arrête une moto et demande au type pour que je m'accroche derrière... Bon ben soit! Camion, scooter, moto au lieu de tenter de les échanger maintenant je me contente de m'y accrocher à l'arrière! Arrivée à la ville suivante on trouve un petit magasin où le type, apparemment un peu éméché démonte presque tout mon vélo et regarde les pièces par terre pendant un bon moment... et là je m'dis que ce type n'a sûrement jamais vu ce genre de vélo avant et qu'il ne sait pas du tout quoi faire et que c’est fichu! Mais non il remonte le tout en 2 min! Il refuse même que je le paie... je sais pas trop quoi faire, tout le monde me regarde et moi qui suis là, persuadée que cette femme à scooter avec son bébé voulait m'arnaquer, persuadée que ces jeunes à motos attendait juste que je sois seule et qu'il fasse nuit pour me violer, et persuadée que ce type venait de pulvériser mon vélo ... Non c'était juste de bon cœur, et ils tiennent absolument à me guider jusqu'à la Guest House, où je leur offre à tous des bracelets enfouis dans mon packtage. Du coup ils m'offrent aussi des cadeaux... notamment les 2 écharpes! :-) Moi ça me déboussole toute cette gentillesse!! Je suis perdue... Merci, Kopounka...
Après une courte nuit de sommeil, je continue la route et je plante ma tente plusieurs fois et notamment une nuit ou le matin j'ai vu affiché moins de 10 degrés... J'ai eu plus de courbature à cause de cette nuit passée à trembler et grelotter qu'en faisant 150 bornes par jour à vélo! C'est pour dire!
Après 5 jours dans les campagnes du Nord, j'atteins les grandes villes aux alentours de Bangkok. Un soir, arrivée à Saraburi je m’arrête dans un centre d’information, qui était en fait un poste de police pour avoir quelques infos sur la ville et une flic trouve ce voyage génial et me propose de me raccompagner chez elle en voiture pour que je puisse me doucher. Elle tient absolument à m'héberger, alors hop ! Le vélo dans sa voiture elle me conduit chez elle, retourne travailler et reviens le soir avec ses enfants et nous soupons ensemble, pleins de petits plats thaïlandais que mon Thaï ne me permet pas de commander habituellement dans les restos. Mhhhh. Une fois de plus je suis hébétée devant leur sens de l'accueil... Je lui raconte un peu mon voyage et notamment le fait que j'ai pas mal pédalé pour être sûre d'être dans une grande ville ou je pourrais avoir internet le jour de noël et appeler ma famille. Du coup elle tient absolument à me conduire à Bangkok le lendemain. Offre que je ne peux pas accepter. Mais enfin, c'était un pur bonheur de rencontrer sa famille, de manger avec eux, de la voir faire ses prières bouddhistes à la bougie et de dormir au milieu de vingtaine de statuettes de bouddhas. Elle m'offre une amulette de protection. Amulette qui a surement du me sauver la mise durant les jours suivant quand j'empruntais les autoroutes à 8 voies avec ma pancarte "Merry Christmas" à l'arrière de mon vélo.... Mais ça c'est une autre histoire.
Voir ma famille réunie autour du sapin de noël ça m'a fait tout chaud au cœur et ça m'a redonné du courage pour affronter la suite des événements. Parce que 3 jours sur des autoroutes... Il faut être complètement con... Surtout quand on crève pour la cinquième fois au milieu de l'autoroute. Pfiou, je deviens bonne pour changer les pneus, en moins de 10 min (dont 5 passées à hurler et pleurer contre ce vélo qui veut définitivement me rendre zinzin!). Allez, je continue et je sais que dans quelques kilomètres j'atteins la côte. Là, je rencontre une nouvelle difficulté. Le nombre de routes différentes qu'il existe vers la côte et une carte qui ne les représentent malheureusement pas toutes. En plus, souvent c'est écrit en Thai alors qu'on soit clair, la plupart du temps, je ne sais même pas où je vais. Il faut suivre le sud de toute manière et dès que je peux j'emprunte une route qui m'emmène vers la mer. Bon, bien souvent il s’agit de cul de sac, mais des jolis cul d’sac hein ! Le meilleur moment c'est notamment une fois où ... Ah mais quelle histoire... Par ou commencer?
C'est donc le matin et la veille j'ai rencontré un cycliste londonien qui vit maintenant en Thaïlande avec sa compagne et qui m'a hébergé pour la nuit. On fait un bout de trajet ensemble par les petites routes d’où j’étais heureuse d’apercevoir les montagnes de la Birmanie. Il a besoin de retirer de l'argent et du coup j’en profite pour faire de même. Mais il n’y a plus de carte de crédit dans mon porte monnaie heum... Ah oui? Zut... Bon, lui rentre chez lui et moi je continue ma route en me disant que je risque d'être dans la merde (excusez mon langage mais il est approprié). J'essaie d'appeler la banque, plus de batterie... Et le chargeur me lâche. Impossible de recharger. Okay alors quoi ? J'essaie la cabine téléphonique pour appeler Super Maman au secours... C'est pas une cabine téléphonique et le thaïlandais à côté rigole bien quand il me voit chercher le téléphone. (Si vous aviez vu la scène!!!). Il insiste pour que j’utilise son portable, malgré le fait que ce soit un appel international… Je lui dis « non », il me dit « c’est un cadeau, t’as pas le choix… ». Les Thaïs ont définitivement le cœur bien gros ! Un appel à la banque, un appel à ma mère (qui dort a 3h du matin). Bon je suis pas plus avancée, et je ne peux que continuer à pédaler un peu stressée. Je réessaie d'appeler maman dans de vraies cabines téléphoniques cette fois. La première ne marche pas et la deuxième, un Thaï me fait signe que c'est ok et que je peux utiliser... heu... oui mais non. On rigole bien de voir le câble sectionné et moi avec le téléphone à l’oreille. Le soir je plante ma tente en bord de mer, ou la vue est juste incroyablement belle. Une sorte de baie avec des bateaux de toutes les couleurs qui arrivent au port.
J’arrive à charger juste de batterie dans un café pour retenter un appel et demander de l'argent par Western Union à Super Maman, cette fois-ci c'est bon je suis soulagée elle le fera dans la journée. Merci maman! Bon on est le 28, le lendemain c'est dimanche et tout est fermé. Du coup je continue jusqu'au 30 ou j'arrive dans une assez grande ville pour trouver une Western Union, mais quand j'y arrive enfin on me dit que tout est fermé le 30, 31, et le premier. D'accord il me reste environ 300 bath, soit environ 8 CHF pour 4 jours... et pour passer nouvel an? Que je rêvais de passer, le cul tout endoloris posé sur du sable fin de l'une de ces plages paradisiaques qui m'entoure. Tu rêves Sandro à vélo!!!!
Bon quelles cartes me reste-t-il? Essayer de rejoindre Chumphon une plus grande ville encore et trouver une autre solution là? C'est parti je continue à pédaler... Je passe notamment par une ville qui s'appelle Bankrut... Salop de destin arrête de te foutre de moi maintenant, je trouve cette plaisanterie de très mauvais gout!!! Ah et je vous ai dis que je me perdais? Souvent? Et que quand tu as environ 140 km à faire pour atteindre Chumphon, t’as juste pas envie de te perdre. Non mais attend... Prépare toi: Alors j'ai l'habitude de regarder du côté gauche pour voir la mer, puisque je vais vers le Sud et que je suis sur la cote Est. Mais, quand, soudainement elle apparait à droite tu fais quoi? Mais quoi? Comment ça à droite? Attend! Et je suis bien en train de me diriger vers le Sud? Et ces Thaïs m'ont bien dit que j'étais sur la bonne route quand je leur ai demandé mon chemin? Mais... Roh bon moi j'abandonne, mer à droite à gauche, plus d'argent, plus de moral, pffff et plus de main valide. Oui parce que la veille quand j'essayais de planter ma tente dans l'enceinte d'un temple en bord de mer mais que le vent m'empêchait de faire les choses correctement, et que le sol était tellement dur que je devais y mettre toute ma force. Ajouté à ça toute la colère que j'avais à ce moment, c'était pas exactement une bonne idée de laisser son doigt entre la brique et la sardine... Roh et puis quand les chiens ont rongés les cordes qui maintenait tant bien que mal cette foutu tente qui ne tenait que par la peur. C'était trop... Je vous passe les détails vélohistics qui ont handicapés 2 doigts de mon autre main.
Donc oui j'abandonne! Mais j'abandonne pas comme à Bagan en Birmanie. Là vraiment les limites sont atteintes, peux plus! Qu'on me rappatrieeeeeee!!!
Non je ne peux pas. Pas le choix. Je dois continuer, je savais bien que ce serait dur et le but est aussi de relever ces défis, c'est pour ca que je suis partie! A ce moment je puise vraiment au fond de moi. J'ai même peur de manger et de dépenser les quelques bats qu'il me reste. Koh Lanta me voila! Alors je joue une dernière carte, j'écris le nom de la ville : CHUMPHON au dos de mon vélo, sait on jamais! 110 km... 100 km... 80 ... J'en peux absolument plus que ce soit clair et c'est pas tant physique, l'épuisement est vraiment psychologique. Je finis par pousser mon vélo, en me disant que dans quelques mètres se trouve une station service et que ce serait plus facile de trouver quelqu'un qui puisse m'emmener jusqu’à Chumphon. Et une voiture s'arrête... me prend et me dépose à 50 mètres d'un centre commerciale avec une western Union... Pfffffiou... Je ne sais même pas comment le remercier, mais MERCI!!! Je voudrais lui offrir plein de cadeaux aussi, mais tout ce qu’il me reste, ce sont deux écharpes…
Voila, j'aimerai vous partager plus que seulement ces quelques anecdotes! Mais c'est difficile... La plupart du temps je doute, souvent je me demande vraiment ce que je fais là et pourquoi je fais ça et je dois sans cesse me remettre en question. C'est dur à expliquer ce qu'on ressent quand on passe sept heures posée sur une selle pas tout à fait confortable et souvent je me dis que c'est absurde et que ca n'a pas de sens. Qu'à toutes ces difficultés y'en a pas mal d'autres notamment le fait que je sois une femme qui voyage seule. Si je n'ai pas eu de problème particulier je suis souvent sur la réserve et je ne peux pas toujours agir comme je le voudrais et cette sensation est très frustrante. Elle l’est d’autant plus depuis le jour où je me suis faite suivre par un militaire ivre en scooter qui me faisait des propositions quelques peu dégradantes. Depuis, mon couteau suisse est à portée de main.
Mais après tout ça quand on me demande comment je vis ce voyage, je me surprends à dire que c'est incroyable et que j'adore ça! Quelqu'un y comprend quelque chose?
Allez demain je reprends la route pour la côte ouest cette fois-ci. La mer sera à ma droite, normalement…
Ah oui dans la rubrique animalière: Sur ma route je croise quantité d'animaux: Poule, canard, cochon, éléphant, serpent, chien, gnous, etc. A un moment quand je roulais, je me dis "tiens c'est marrant j'ai toujours pas vu de crocodile ou de truc comme ça." Et bien, les amis, sachez qu’il ne faut jamais se dire ce genre de truc! A peine quelques minutes après, je vois bouger quelque chose dans les buissons sur ma droite, je ralentis et vois un énorme reptile, genre crocodile, ou alligator un truc bien moche en tout cas! Je crois n’avoir jamais été aussi vite avec mon vélo... Du moins, pas depuis l'histoire du camion.
Allez bec à tous je vous embrasse bien fort!
Sandro à vélo
Mail – South Thailand
Salut les moustachus comment va ?? Bon je vous préviens… cette histoire est complètement folle. J’en ai vu de toutes les couleurs depuis la dernière fois! Il s’agira de bien tristes histoires ainsi que de nouvelles plus réjouissantes. Dans l’épisode précèdent vous avez eu à faire à un Sandro à bout de souffle. Je me trouvais à Chumphon soit à 500 km en ligne droite de la frontière Malaisienne où je me trouve actuellement. Environ 1000 km si on aime se perdre dans les contrées reculées.
Aujourd’hui, je prends le temps de vous écrire car c’est mon vélo qui est à bout de souffle. Après 4’000 km parcouru depuis le début du voyage, j’ai le regret de vous annoncer que Racer, mon compagnon est décédé. Les freins m’avaient déjà lâché à des centaines de kilomètres de là, le boitier de vitesse aussi… Et je ne vous parle pas de la selle qui déjà qu’inconfortable ne tenait plus du tout à sa juste place à cause des vis que j’avais un peu trop usées.
Bon alors oui, oui bien entendu que j’ai le gros chagrin! Malgré les conflits quotidiens, moi je commençais à bien l’aimer mon vélo…. Bon je ne m’attarde pas sur ce triste événement. A l’heure actuelle j’ai un beau vélo tout neuf, très bon marché, certainement un peu trop mais je me réjouis de l’apprivoiser dans le col de demain. Bon alors vous voulez de l’aventure ? Ce que vous voulez savoir c’est comment je me suis faite escortée par le chef de la police de Panare du Sud Est de la Thaïlande par exemple ? Et bien je vous raconte.
Je bicycle à travers la forêt tropicale et ma moustache se transforme en une grosse touffe qui dégouline des litres d’eau en continu! Sérieux, je bois environ cinq litres par jour. Les paysages sont saisissants, tantôt en pleine forêt vers des cascades, tantôt en bord de mer où je suis seule pour me baigner.
Un matin on me fait chiquer du “Katom”? Une sorte de feuille avec de la chaux, et on me fait fumer le tabac local roulé dans des feuilles de Yatchun ? Ah les Thaïs aiment bien se foutre de moi quand j’essaie de nouveaux trucs… Bizarrement j’enchaine pas mal de kil après ça. C’était quoi déjà le nom? Katom? Mh…. Bon allez, je continue à rouler et je dois retrouver des amis à Krabi et décide de me poser quelques jours. Six jours… Comment ça six jours? Je vous jure que je croyais qu’il s’était écoulé deux jours seulement… Et bien j’en avais besoin. Et sur la côte de la mer d’Andaman les paysages sont également incroyables. De l’eau transparente, du sable fin, des coraux, des poissons de toutes les couleurs qui nagent autour de toi… Un petit gout de paradis. Des falaises de calcaires qui surgissent de l’eau surmontées par une épaisse forêt dans laquelle des singes avec d’énormes yeux bleus se baladent.
Durant ces six jours je dois quand même vous parler de Kho Phi Phi, une île où j’ai du me rendre uniquement pour des raisons vélohistics !!! Si si je vous jure ! Je devais rencontrer Ludovic qui a voyagé en Malaisie en vélo et j’ai besoin de ses conseils car il est passé par le Sud Est de la Thaïlande qui est une région à risque. Des conflits durent depuis plusieurs dizaines d’années et ont fait plusieurs milliers de mort. A la frontière avec la Malaisie je sais également qu’il y a des risques d’enlèvement. Je ne veux pas prendre de risque mais comme il est passé par là en vélo je pars à la pêche aux infos. Ainsi, il m’assure que la situation n’est plus aussi risquée et qu’à vélo c’est tout à fait faisable. Je me renseigne également auprès de la population locale et généralement ils me disent que c’est possible.
Pourquoi s’acharner à vouloir retraverser le pays pour aller à l’est me direz-vous ? (pour ceux qui ont suivi l’histoire est/ouest) ? Et bien il s’agit surtout d’éviter les grandes villes de la cote ouest de la Malaisie et de bicycler sur les routes de campagnes de l’est. Avec la moustache ébouriffée je reprends ma route car il se met à souffler et je lutte pas mal pour avancer contre le vent. Durant quelques jours je sillonne à travers des paysages incroyables entre cascades, grottes, récolte d’ananas et autres merveilles. Au fil de mon avancée vers le sud, je trouve toujours plus de mosquées et de moins en moins de temples. La population devient majoritairement musulmane et je décide de profiter des derniers temples bouddhistes que je croise pour discuter avec des moines et demander l’hébergement pour la nuit. Nombre de voyageurs que j’ai croisé sur la route voyagent de temple en temple et moi je trouve ça super intéressant et je me réjouis de pouvoir partager des expériences avec des moines bouddhistes comme j’avais pu le faire en Birmanie. Et une fois de plus on me refuse l’hospitalité, cette fois on a l’honnêteté de me dire que c’est parce que je suis une femme. Alors je savais bien que nous étions des êtres à part, de par notre infinie gentillesse, bonté, grâce et intelligence et que les hommes en sont fortement jaloux mais je ne pensais pas qu’on allait me renvoyer comme ça !
Ainsi je me renseigne auprès d’un poste de police sur les autres possibilités de logement dans le coin et une femme accoure pour traduire. A nouveau, elle trouve intéressant que je voyage comme ça et elle propose de m’héberger chez elle. Elle se réjouit de m’emmener au marché, de me présenter à ses amies etc. Un point de plus pour les femmes !
Elle m’emmène également à une cérémonie funéraire bouddhiste ou je peux observer des spectacles d’ombres chinoises, et ou les femmes s’amusent également à me faire chiquer du Katom. Elles rient bien de me voir une heure après, la bouche encore pleine de feuille et de cette noix étrange dont je n’arrive toujours pas à savoir le nom.
Le lendemain je continue et découvre encore milles cascades, et je fais la connaissance également en route d’un couple parfaitement incroyable! Ils voyagent maintenant depuis un mois à vélo et vont continuer encore minimum six mois avec leurs deux enfants ! A vélo ! Non mais attendez : Le premier a cinq ans et il fait environ vingt km par jour puis accroche son vélo à celui de la mère pour aller faire la sieste dans la remorque tirée par le père. Le deuxième a tout juste 3 mois ! C’est complètement fou non ?
Ils continuent vers l’ouest moi je file a l’est, je dors proche des cascades, ou je profite de me laver et me reposer dans cette eau paisible. J’effraie juste un espèce de gros reptile (évitons le mot crocodile ou vous allez me faire rentrer sur le champ). Et la à nouveau une femme, musulmane cette fois tente de discuter quelques mots avec moi et veut m’héberger pour la nuit. Nous passons la soirée avec les voisins sous un couvert juste à côté de la cascade. Les hommes fument, les femmes chiquent, je mets le voile, nous rigolons bien même si ils ne parlent pas un mot d’anglais et moi « Thai ? nik noi, nik noi». Ils sont tellement surpris que je voyage seule, ils montrent toujours un avec leur doigt et me demande ou est le deuxième ? Elle rigole bien le soir quand un chat vient s’endormir entre mes bras. Elle me montre deux avec ses doigts, comme quoi maintenant je ne suis plus seule !
A mon réveil je bouscule ce foutu chat qui est bien trop collant et je vois qu’il pleut… génial justement la route que je prends est en terre ! Impression de déjà vu de la Birmanie... C’est parti et je passe une superbe journée sur des petites routes de campagne. J’entends des « Sawadikaaa » et des « Hello » de partout parfois au milieu de nul part et j’ai beau chercher des fois je ne vois personne ! Peut être ma schizophrénie naissante ?!
Non pas ça non ! Je dois m’arrêter pisser. Mais … il y a dix minutes aussi. Et … ça brule. Noooon je suis tombée deux fois malade je n’en veux plus merci. J’ai jamais eu d’infection urinaire mais les symptômes sont là, et ils s’assemblent à merveille avec une activité que je pratique régulièrement ces temps-ci. Heureusement je suis au milieu de nulle part dans la nature alors je peux m’arrêter chaque dix minutes pour uriner. Mais ça devient long, ça brûle, ça pique. AAArrrgh et si l’infection remontait au rein ? L’avantage d’être perdu dans la brousse devient vite un inconvénient. Il va me falloir supporter deux jours avant de trouver un hôpital. A l’accueil… Si c’était bien l’accueil, je m’explique… mais personne ne parle anglais. Pfiou… il me regarde étrangement. Bon ben c’est parti pour un Dessiner c’est gagner : Aujourd’hui on dessine une infection urinaire ! On rigole bien mais ils me comprennent toujours pas. Après un moment quelqu’un arrive pour traduire. Okay des antibiotiques, ça roule !! Gagné !
Après ça je me mets d’accord avec ma conscience pour prendre plus de temps en campagne et mettre le vélo dans le train afin d’éviter les grandes villes. Ainsi je fais quelques kils en train pour traverser HatYai et je reprends le vélo pour rejoindre la côte Est en bord de mer et là c’est désert ! Je m’accroche un moment à une autre voiture et me retrouve rapidement sur la côte pour pédaler sur une route déserte. Parfait pour le camping... Quand soudain… la route s’arrête, elle est détruite et se fait avaler par la mer… Heu… d’accord mais moi je fais quoi alors la ? Je trouve la situation très amusante et prends quelques photos en me disant que vous allez bien rire en les voyant car moi j’avais bien vu qu’il y avait des traces de pneus sur le coté de la route. Ouais… mais en fait elles ne mènent nulle part… Ah oui ? Si la ! Un camion ! Un type arrive, serpette en main, et me regarde en riant comme un bossu ! Je veux bien rire mais je fais quoi moi la ? Je viens de me taper pas mal de kil et c’est la fin d’après-midi. A lui de trouver ça amusant car il connait un chemin à travers les prairies pour rejoindre la route, la vrai cette fois. Je le suis tant bien que mal avec mon gros vélo. Ah voila… La route principale… Le temps de me montrer encore 1 avec son doigt ? Je devrais lui dire non, comme je fais parfois par sécurité mais je ne décèle rien en lui qui ne m’inquiète. Oui je voyage seul. Je le remercie chaleureusement et roule en direction du prochain village.
La … Ca devient bizarre. Normalement je prends de quoi manger et continue à rouler pour m’éloigner un peu, trouver un coin tranquille et planter la tente… Mais y’a bien quelque chose d’étrange dans cette ville, y’a un truc qui pue. Et je ne parle pas des centaines de poissons que les pêcheurs font sécher au soleil. Y’a quelque chose qui cloche dans l’ambiance de cette ville et je me sens pas à l’aise. Il faut trouver quelque part pour dormir ou je suis en sécurité. Je me dirige vers une sorte d’école ou de librairie et demande s’il est possible de mettre la tente dans leur jardin car ça semble être sécurisé. D’un seul coup, tout le monde s’active, on appel la directrice même l’hôpital pour me loger. Je me sens mal et leur dit que je ne veux pas déranger et que je vais continuer ma route. Mais ils ne me laissent pas partir et m’emmènent jusqu’au poste de police. La je suis en sécurité pour dormir… Okay merci beaucoup. Mais pourquoi ? Je fais la rencontre du chef de la police, ils me proposent un petit local pour passer la nuit. On me demande ce que je veux manger et réponds innocemment que je vais juste sortir au marché pour aller chercher deux ou trois bricoles. «No no too dangerous !!». Apparemment la situation est beaucoup plus tendue, les conflits perdurent et il y a de nombreuses victimes ces temps-ci. On m’impose le couvre feu à 18h et entre temps on m’accompagne en voiture au marché. Il est difficile de communiquer pour savoir ce qu’il se passe exactement. Je me sens un peu coupable de causer tout ce chamboulement. Pas de soucis qu’ils me disent et profitent pour prendre des tas de photos, tantôt avec lui, tantôt sans elle, tantôt avec le vélo, le pouce levé, etc. Le soir j’assiste à la descente du drapeau thaïlandais avec l’hymne national et je discute de l’itinéraire pour la suite avec quelques flics. Je soupçonne l’un d’entre eux qui parlait un peu anglais d’être resté aussi longtemps uniquement pour traduire….
Cette histoire me fait pas mal réfléchir... Est-ce que je fais bien de voyager comme ça en étant une femme? Je commence à tout remettre en question Le lendemain, le chef de la police m’escorte jusqu’à la province ou je me trouvais la veille et ou je suis en sécurité.
Pour moi c’est une énorme chance de voyager comme ça. Tout ce que je vis au quotidien surpasse tellement ce que j’avais pu espérer. Je fais des rencontres tant inattendues ! Et les thaïs apprécient de voir des gens qui voyagent comme ça. Ils m’encouragent beaucoup, et ça m’aide parce que la route est parfois très longue et difficile malgré tout l’éloge que je fais de ce voyage.
Ce soir je suis à Satun et tout fermait à cause du shutdown et des protestations à Bangkok. La Thaïlande devient mouvementée avec l’approche des élections et pas mal de chose vont changer dans ce pays. Je n’ai pas de regret d’avoir pris cette route au lieu du Vietnam et de la Chine. Je suis étonnée de m’entendre dire que c’est un pays incroyable. Son principal atout après l’amabilité des Thais bien entendu ? La cuisiiiiiiiiiiine ! Pour ceux qui s’attendent à me voir rentrer tout maigre et musclé par la bicyclette ne vous en faites pas... je mange teeeelllement ! J’imagine si je n’étais pas venu en vélo... O_O
Dingue mais dans chaque ville que je traverse, je découvre des nouveaux plats, nouveaux desserts, nouveaux fruits, nouveaux parfums, nouvelles couleurs... L’odeur alléchante m’attire toujours et même à vélo parfois je suis obligée de m’arrêter, pour gouter tant ca sent bon. C’est mon dernier soir en Thaïlande. Demain je prends la route direction la Malaisie, j’aurais aimé passer par l’Indonésie mais un volcan me barre la route. Bon mes amis moustachus, à bientôt pour de nouvelles aventures !! Sandro et son nouveau vélo
Mail – Malaysia
Salut les sportifs!!
J'voulais la faire genre philosophe et vous écrire un mail du style : Il n'y a pas de montagne qui soit infranchissable à celui qui veut vraiment la gravir... Mais bon j'ai trop de truc à raconter alors on va la faire soft question philo.
Cette fois-ci c'est avec la moustache pleine d'épice que je vous écris. J'ai des miettes de curry, de miel, de coco, et de sésame entre les poils qui bordent mes lèvres. Hé oui la Malaisie et Singapour pour la nourriture, c'est énorme! Ah oui je ne vous ai pas dis? Je suis à Singapour!! Ahaha ... Entre 4500 et 5000 km dans chaque mollet, je vous assure que l'autre jour en me rasant les jambes (ben oui quoi vous pensiez que je vivais comme un Yeti dans ma tente?!) j'ai tâté le mollet et oh mon dieu!!! Il a changé de coupe!! J'ai le mollet sportif! Qui l'eu cru?!
Mais revenons à ce qui nous intéresse le plus... La nourriture! Donc dans mon dernier mail je vous ventais les mérites de la cuisine Thaï comme d'un pur paradis culinaire. Et bien après avoir traversé la frontière Thaïlande\Malaisie, testé mon nouveau vélo dans un col, puis passé la nuit dans un parc national à regretter l'ancien, j'arrive en Malaisie et passe la soirée suivante à Aloe Setar. Là, je découvre qu'on peut manger de TOUT. Alors depuis, c'est indien le matin, avec ses puri, roti et dosa; malais à midi et chinois le soir.
Parce que la Malaisie c'est ca: Tout un mélange de culture! C'est assez drôle, je rencontre des indiens musulmans, des malais bouddhistes, des chinois chrétiens qui mange indien dans le quartier islamique... Ouais, faut suivre hein! Parfois dans une même rue tu trouves un temple chinois, un temple hindouiste, une mosquée et une église, c'est assez original. Donc si je vous dis que j'ai fêté le nouvel Chinois avec des indiens dans une église catholique vous allez me croire?
Donc le cul de nouveau tout endolori, je continue la route sur la côte Ouest. Les premiers kils sont intéressants, même assez beau... Et puis je me rapproche des grandes villes et depuis, c'est l'horreur, l'angoisse! Un trafic hyper dense, et les klaxons que j'entends désormais ne sont plus uniquement pour me saluer et m'encourager! Et ou est passé la ligne de sécurité qui bordait l'ensemble des routes de Thaïlande? Je me retrouve donc sur une route surchargée par des vacanciers qui rentrent fêter le nouvel an dans leur famille... Sans ligne de sécurité. Du coup il reste environ 5cm sur la route que je peux occuper et si par hasard tu dépasses cette limite et que la roue dévie dans le fossé, tu risques de te retrouver à manger le bitume malais, avec quelques bleus et le nouveau rétroviseur tout brisé (qui m'avait fraichement été offert par Robert, un cycliste rencontré sur la route avec qui nous avons passé l'après midi à débattre de l'utilité de ces rétroviseurs sur un vélo). Enfin, bon ça suffit de rêvasser! Je continue la route en redoublant de vigilance....
Un après midi, je rencontre deux cyclistes et ils me parlent d'un certain Akmal, qui vit à Kuala Lumpur et qui serait une référence cyclocyclique. Je ne suis pas, mais pas du tout intéressée parce que Kuala Lumpur étant la capitale, c'est LA ville que je vais éviter! Pour sur. Mais bon je note quand même son nom... Les : "Sait-on jamais" des voyages se révèlent parfois utiles. Et je continue la route entre champs de palmiers, champs de palmiers et champs de palmiers. Car la Malaisie c'est aussi ça ... Des plantations de palmiers .... Encore et encore!
Le soir j'arrive à Kuala Selangor et je pose ma tente dans un parc naturel, et bien que parfaitement épuisée par une journée de cyclisme dans le trafic et les palmiers, et la CHALEUR (en majuscule parce qu'il fait TRES chaud) je sens que l'aventure m'attend quelque part et je grimpe une ENORME pente (en majuscule parce qu'elle était encore plus ENORME en étant fatiguée). Et j'admire le coucher de soleil avec quelques autres touristes. Tiens d'autres cyclistes!!! On échange quelques mots et je parle notamment avec un type qui me dit :
"Oh mais tu aurais du m'écrire sur Warmshower (un site pour héberger les accros de la selle), je t'aurais donné des conseils sur les routes à prendre."
"Ah oui?"
"Ouais on dit parfois que je suis l'information center de la Malaisie à bicyclette" ... Attends voir. Je sors de ma poche le papier avec écris Akmal dessus. " Je suis sur que tu t'appel Akmal!"
… Dans le mille! Je regarde autour de moi… Qui s’amuse à me jouer des tours comme ça ?
Bref, du coup il m'héberge durant deux jours, m'aide à revendre la bicyclette que je vais devoir envoyer quatre jours plus tard à son destinataire. L'après midi, il m'invite à un mariage ou je porte la robe traditionnelle Malaisienne et le lendemain, nous redessinons la suite du parcours. Il me reste à présent quatre jours. Et je voulais pas avoir à vous écrire: "ouais ben les palmiers étaient sympa quoi!!"
Alors hop quelques 8h de bus plus tard, je suis au nord-est et prête pour retraverser le pays entre collines et montagnes! Il n'y aura rien du tout sur ma route jusqu'à la prochaine ville à environ 190km plus loin. Enfin... si un sanctuaire ou je peux rester dormir en milieu de parcours. Akmal me vente les mérites de cette route avec des éléphants, des lacs, et pas le moindre véhicule! On regarde encore la route et si je me dépêche je peux même faire le col des Camerons Highlands, qui est une station touristique assez prisée pour ses plantations de thé, de légumes, de fraises et surtout pour son air frais. Je ne vous l'ai pas dis mais cette destination m'a hantée depuis mon arrivée sur le sol malaisien. Allez Akmal je vais l'faire!!! On rit pas mal parce que c'est "juste" environ 500km de route, en altitude... Mais je trouverai une solution. Donc après ces huit heures de bus je grimpe sur le vélo. Et c'est parti! Les paysages, une fois de plus sont saisissants et juste un ou deux véhicules qui me crient "Good Luck" au passage... mh j'aime ça! Bon. la journée j'ai pas vu les éléphants, et le soir, le sanctuaire était fermé et... je n'ai pas prévu assez d'eau et de nourriture pour deux jours.
Pfff… Seule en bord de route, je me dis que la soirée va être longue. Mais avec ma chance légendaire une voiture passe, s’arrête pour me demander si tout va bien. Et ben tiens ! Il est très aimable, prends mon vélo le mets dans le coffre.
Quand il entend que je vais chercher une église pour la nuit, il me propose de payer l'hôtel. Car la Malaisie c'est aussi ça: des Malaisiens super généreux! Je décline poliment en lui assurant que je vais me débrouiller et qu'en cas de besoin je peux payer la chambre. Quelque instant plus tard, il sort du véhicule et me prie de rester à l'intérieur. Il est juste trop tard quand j'arrive à lire entre les symboles chinois : Hôtel... Et c'est ainsi la plupart du temps, dans les restos généralement, je suis très surprise quand parfois des gens des tables voisines me paient mon repas à mon insu et s'en vont, parfois même sans m'adresser la parole. Juste un sourire... Ca s'est produit très souvent un peu partout... Cette nuit là donc, je dors à l'hôtel, même après avoir longtemps insisté.
Enfin... Depuis le début, que ce soit en Birmanie, au Laos, en Thaïlande et en Malaisie, leur générosité m'impressionne. Mais pas uniquement pour ce qu'on m'offre mais pour l'intérêt qu'ils démontrent, pour leur ouverture d'esprit, leur calme, leur humour... Mais reprenons, donc après une bonne nuit de sommeil je peux m'aventurer sur la route des camerons Highlands! 195km... Sans l'ombre de vie durant ce trajet. J'entasse nourriture et bouteille d'eau pour 2j. Et c'est parti! Ça grimpe un peu et ça redescend un peu moins. Après six heures de route, une petite pause sur les seuls cinq centimètres carrés d'ombre que je trouve est la bienvenue. Et soudain, une voiture s'arrête. "Do you need to go to the Cameron Highlands? " Et ben tiens!!! Justement! Merci! Une chance légendaire tu disais ?
Arrivée en haut, je rencontre une cycliste polonaise parfaitement zinzin! D'une part parce qu'elle, elle à fait toute l'ascension des Cameron Highlands sur son vélo et pas sur un fauteuil en cuir! Et surtout parce qu'elle est polonaise! Je m'explique : Elle, elle rentre tout simplement chez elle en vélo depuis Kuala Lumpur! EN POLOGNE! (en majuscule parce que la Pologne c'est loin!). Zinzin, et extrêmement courageuse car contrairement à moi, elle n'a reçu aucun soutien de sa famille et de ses amis. Pfiou... Elle n'a pas de blog, alors je ne peux pas vous encourager à suivre ses histoires...
Mais je me rends compte en l'écoutant à quel point j'ai de la chance. Merci.... Vraiment pour votre soutien à tous. C'est énorme la chance que j'ai eu depuis le début... Enfin même si j'ai eu quelques épreuves plus difficile et que le destin s'est bien foutu de moi avec l'histoire de Bankrout notamment, il m'a bien sourit par la suite! Un clin d'œil assez drôle est celui de la mandarine:
Je bicycle tranquillement et normalement j'ai toujours des fruits accrochés au porte bagage, au cas où! Mais exactement au moment où je m'aperçois que je n'ai rien et qu'il va falloir trouver quelque chose sur la route, j'entends un klaxon, un type à scooter me passe à côté, freine, me tend une mandarine et s'en va... C'est rigolo! Merci!!!
Mon voyage s'est terminé hier, à Ipoh où j'ai envoyé mon vélo dans le train. J'arrive à Singapour à 2h du mat' car il a fallu changer la locomotive en cours de route... Dans la Guest house je fonds en larme, c'est terminé! Mes sentiments sont partagés ... Qui l'eu cru? Des larmes de tristesse car c'est une aventure merveilleuse qui s'achève et également des larmes de joie perlent sur mes joues. Et puis je ris! Je suis tellement heureuse!!! Qui à la chance de pouvoir réaliser son rêve?
Voila le dernier chapitre de cette aventure... Je vous lance quelques trucs en vracs que j'ai appris en route et que j'avais envie de partager.
- Ne jamais marier un singe. Conseil de Jack Loback rencontré à Penang et qui après quelques bières m'a supplié et fait promettre de ne jamais marier un singe, (du calendrier chinois bien sur). Ca me paraissait important de le partager avec vous.
- Beaucoup de gens m'ont dit avant de partir que c'était de la pure folie de faire ce voyage, mais ce qui aurait été plus fou encore aurait de ne jamais l'entreprendre.
- Il y a une règle physique avec laquelle je ne suis pas d'accord: Les montées à vélo durent toujours beaucoup plus longtemps que les descentes... Ca c'est ce que je me disais au début du voyage. Et puis par la suite, ce que j'ai réalisé c'est que pour chaque montée, aussi difficile soit elle, il y a une descente par la suite. Autant profiter des montées et trouver en sois la force qui nous pousse vers le sommet. On découvre finalement pas mal de chose à l’intérieur de nous-même, et les paysages sont époustouflant une fois en haut. On voit la route qu’on a déjà parcouru, et on peut choisir celle qu’on veut emprunter pour la suite.
- Si vous me demandez ce que j'ai trouvé le plus dur pendant ce voyage, je vous répondrai sans hésitation: La selle de mon vélo.
- S'il vous plait, quand vous ouvrez une portière sur la route, regardez s'il n’y a pas un cycliste un peu rêveur juste derrière...
- Le bonheur est simple, et j'en ai pleuré d'y avoir gouté, de l'avoir savouré et de m'en être léché les doigts tant c'était bon!
Ce voyage m’a permis de d’allier toutes les choses que j’apprécie. La nature, l’aventure, les rencontres, l’inattendu, la découverte, d’autres cultures, spiritualités, le partage, l’entraide, les défis, l’adrénaline, la nourriture et même de nouveaux styles capillaires. Ce voyage m’a surtout permis de découvrir quels étaient les piliers et les fondations dont j’avais besoin.
M.E.R.C.I en majuscule parce que je vous suis très reconnaissante pour m'avoir soutenu, aidé à préparer ce voyage ou simplement pour m'avoir encouragé pendant ces quelques mois.
Allez, sur ce, je vais aller me faire tailler la moustache pour mon retour en Suisse... Qui sait, avec mon expérience des coiffeurs asiatiques, je vais peut être rentrer sans moustache O_O
Sandro sans son vélo...
AU RETOUR
A mon retour, tout semblait avoir changé, j’ai eu soudain l’impression d’être parti pendant des années. Et puis la seconde d’après, c’était l’inverse. Rien n’avait changé, tout était exactement comme avant le départ et j’ai eu l’impression de n’être jamais parti. J’ai eu peur d’oublier, d’oublier les couleurs, les parfums, les saveurs, les rencontres. J’ai eu peur de ne pas me rappeler. Mais j’ai choisi de profiter de chaque instant de ce voyage. J’ai choisi d’être là, bien présente à chaque minute et toutes les couleurs, les parfums, les saveurs avaient encore plus de goût, les rencontres devenaient plus vraies encore. Et puis oui, bien entendu, je vais oublier… Au début je ne me souviendrais plus du nom de cette femme qui m’avait hébergé chez elle, et qui été restée dormir avec moi entre les statuettes de bouddhas et l’encens qui brulait au salon. Je vais oublier son rire, le gout des desserts qu’elle m’avait ramené. J’oublierai l’odeur de l’encens et l’atmosphère qui se dégageait quand elle récitait ses prières bouddhistes à la lumière des bougies devant son livret qui avait terni avec le temps. Et puis, bien entendu, par la suite j’oublierai ces instants passés avec elle. Viendra un jour ou j’oublierai même que Smile, une thaïlandaise m’a invitée chez elle… Mais je n’oublierai jamais le bonheur d’avoir vécu ces instants avec tellement d’intensité.
Il y a beaucoup de vent et de tempête. Ayant eu l’impression d’avoir poussé un peu de travers, j’avais le sentiment de plier plus facilement dès que le souffle devenait plus fort. Comme si tous ces arbres résistait mieux et restait droit alors que le mien se fissurait chaque jour un peu plus. J’ai voulu solidifier mes racines et devenir le roseau qui plie mais ne rompt pas. Aujourd’hui je n’ai plus peur d’avancer. C’est moi qui possède les pinceaux. Le voyage m’a permis de découvrir qu’il existe d’autres couleurs, et je m’extasie à les mélanger et tester chaque jour de nouvelles teintes. Chaque matin j’ai l’opportunité de choisir les tons et je n’ai plus peur de jeter de la peinture sur cette toile blanche.
Alors quoi ? Qu’est ce qui a changé ? La liberté ? D’être plongée dans une autre atmosphère ? De ressentir la vie au plus profond de mon être ? De sentir l’air tantôt frais, tantôt chaud, jusqu’à le sentir brulant lorsque le soleil était au zénith ? De savoir qu’avec moi j’avais le nécessaire pour survivre et que cela me permettait de vivre mes envies à chaque instant. De ne plus penser ni au passé, ni à l’avenir mais de me laisser porter par le courant du moment présent. De profiter des rencontres pour me guider. De prendre le temps, de vivre, de ressentir, et depuis lors même le sentiment de solitude s’en est allé. Un certain moment il avait occupé beaucoup de place, et puis quand j’ai réussi à savourer chaque instant presque égoïstement, alors il n’a plus été aussi fort. Vivre est devenu soudainement si agréable, si intense. Mon bonheur n’a jamais été aussi parfait. D’avoir porté en moi ce rêve pendant des années, et de pouvoir le dessiner selon mes désirs. De vivre des moments difficiles et déstabilisants ou je me suis rendue compte que je n’avais pas à saisir le bonheur mais juste à le ressentir car il était là. Je sens la vie dans chaque partie de mon corps. La sève coule à plein flot, j’ai même de la peine à la canaliser mais elle donne naissance à des pousses dont j’ignorais l’existence
Vivre était pour moi si effrayant. Les couleurs semblaient fades et elles ne me correspondaient pas. Le monde évoluait dans une direction que je ne voulais pas suivre. Pourtant, le bonheur était là, je le savais puisque tout le monde semblait en jouir. Ou alors, s’ils n’en jouissaient pas, ils survivaient quand même. Même si ça leur était égal de savoir pourquoi ils étaient là, ils survivaient… Mais moi je me meurs. Je crève putin ! Je me suis laisser trainer jusque là. J’ai vécu à défaut de ne pas mourir mais à aucun moment j’ai vécu parce que j’avais envie de vivre. Sans raison, sans but, je ne suis qu’un amas de cellules qui continue à se diviser. L’unique chose dont je suis certaine et que je ressens au fond de moi, c’est la mort. Je suis certaine de mourir et d’être vouée à disparaitre. Si pendant des années c’est cette réalité qui était invalidante, avec les années cette peur de mourir s’est transformée en peur de vivre. Et puis, plus que la peur de vivre, c’était l’indifférence par rapport à la vie qui fut le plus troublant.
Mais je refuse d’être un corps qui évolue sans but. Je refuse d’être indifférente et de me laisser trainer.
Aujourd’hui je ne sais pas plus qu’avant quelle est cette force, je ne sais pas ce qui a changé. Il n’y a finalement qu’une seule chose que j’ai compris. Que ce soit en Afrique, en Inde, en haut à Nend’ ou en Birmanie, la seule chose qui réunit les hommes et la seule chose qui m’a permis d’être de retour aujourd’hui de ce voyage c’est l’amour. Alors oui, on le savait ça, l’amour on le loue à tous les gouts, on le loue dans les mosquées, dans les temples, dans les églises, depuis la nuit des temps sous toutes ces formes. On le décline au présent, au passé, au futur. Mais le ressentir, au fond de sois, c’est tellement fort, que je n’ai plus besoin de chercher d’eau, je l’ai en moi et je le ressens en chaque personne que je rencontre. Tous les jours. Je ne crois en aucun Dieu, et je ne m’allierai à aucune religion. Si dieu est amour, alors il est dans chaque personne que je rencontre. Dans chaque sourire qu’on me tend. Si l’amour est la seule chose qui me permette de ne pas être un corps qui avance sans but, alors ça me suffit pour avoir envie de continuer. Ca me suffit pour avoir envie d’être là maintenant à écrire, ça me suffit pour clore cette histoire et ça me suffira pour me lever demain.
AVANT LE DEPART
Il n’y a pas grand-chose à comprendre au final. J’aime ressentir la musique en moi, chaque note me saisit, j’aime sentir le vent qui souffle contre ma peau, qui me gifle parfois le visage. Cette douleur passagère m’est agréable. J’aime pouvoir rire aux éclats, et vider mes poumons d’un souffle, j’aime pouvoir retenir l’air et faire souffrir chacune de mes alvéoles. Cette sensation de bonheur mêlé à la peine, est complètement mienne. Pourtant, rien ici ne fait sens. Le corps poursuit, ce que l’esprit ne veut pas suivre. Il n’y a qu’une partie qui survit. Je suis une plante déracinée, dans laquelle la sève continue de s’écouler mais qui ne porte aucune feuille. Qui s’accroche comme le lierre, mais sur laquelle rien ne pousse. Tout est sec.
Mes poumons se vident d’un souffle, et l’inspiration est plus forte. Ca va vite, j’ai besoin de sentir la vie en moi, l’intérieur se meurt. Tous mes muscles se contractent à l’idée de reconnaitre l’infinité du temps qui s’écoule. Pourquoi rester ? Je ne trouve de sens nulle part, rien ne me correspond. Le souffle s’accélère, encore plus fort.
A un certain moment, il a fallu faire un choix. On s’arrête ou on avance. La sensation de vide était alors si intense, que j’aurai pu m’arrêter. Mais la sève continue à couler et je veux qu’elle coule encore. Il y a forcément quelque chose. Je veux construire encore plus fort. Je veux trouver le ciment et le béton. Je veux le trouver en moi. Apprendre à construire, et à reconstruire. Je veux découvrir le pré d’à côté. Est-ce pour trouver ailleurs une eau qui permette aux fleurs de pousser sur du lierre ? Il est évident que je rêve d’aventure, de découvertes, de rencontres. Mais une partie de moi veut fuir, évidement, Et alors ? Quoiqu’il en soit, mon rêve est de voyager. Je pourrais trouver mon eau ici, mais je veux la gouter ailleurs.
Petit descriptif du « ou quand quoi comment ? »
Ca fait approximativement mille ans maintenant que je rêve de voyager, j’en ai rempli mes cahiers, rabâché ça en boucle à mon entourage jusqu’à saturation. Ce n’est pas mon premier voyage mais ma première aventure solo. Le vélo a barré ma route d’une manière inattendue. Au cours d’une discussion avec Françoise, une amie qui me raconte des histoires farfelues sur son voyage à vélo du Tessin jusqu’en Turquie, les yeux plein de choses bizarres. Ca a provoqué chez moi un truc particulier et mes longs poils se sont dressés d’un coup. « Oui ! Voilà ! Le vélo ! Ca va plus vite que la marche, je n’aurai pas à porter de sac à dos… Ca me semble la bonne combine. Oui, mais… je n’ai pas de vélo, et surtout je n’en ai plus fais depuis… En ai-je seulement fais un jour ? ».
Bah allez ce n’est qu’un détail on réglera ça en route. Prochaine question, le « ou » ? Bon il est évident que je rêve du moyen orient depuis un bout d’temps… j’organise le trajet depuis Sofia en Bulgarie, jusqu’à Beirut au Liban. Mais la situation devient de plus en plus tendue et j’accepte de changer mes projets pour la Birmanie. Ce pays qui vécu cloitré pendant des années sous une tragique dictature menée par la junte militaire. Je ne connais pas grand-chose de ce pays, juste l’histoire d’Aung San Suu Kyi qui fut assignée à résidence de 1990 à 2010 bien qu’élue démocratiquement par le peuple, son prix Nobel de la paix en 1991. Je m’intéresse un peu plus à l’histoire qui est dramatique mais fort intéressante. A l’expiration de mon visa, 28 jours plus tard, je pourrai sortir du pays en traversant la frontière avec la Thaïlande car depuis quelques semaines une frontière terrestre est ouverte mais il faut des autorisations spéciales, et la région semble passablement dangereuse. Seule, je préfère prendre l’avion pour rejoindre Bangkok. Après quoi je suivrai la route direction Singapour et selon la carte, il s’agira d’une longue descente tranquille !
Ainsi dont, vous voulez savoir ce qui se passe dans la tête d’une voyageuse à vélo ?
En fait, ce voyage, personne n’y croyait vraiment. Moi non plus d’ailleurs. Quelques mois avant mon départ, un balai à la main, je finis ma journée de boulot à nettoyer ce vieux bistrot du Grand-Pont. J’entends la patronne parler avec ses clients de l’autre côté du bar dans un bon accent valaisan, que l’alcool ingurgité rend encore plus prononcé : - La jeune ? Non elle, elle reste pas. Elle part dans un mois elle veut voyager. Tu savais pas ? - Quoi ? Elle veut partir ? Ben elle veut aller ou ? - Bon, dans les pays par là bas, vers l’Asie - Mais non pas par là-bas ! Mais non elle va jamais partir. - Elle va jamais revenir surtout ! - Non, non mais attends, c’est pas tout, tu sais pas la meilleure? Elle va partir à vélo ! - A vélo ? Ahaha ! Mais non voyons regarde là ! - A vélo ? Mais pourquoi ? Seule, à vélo, elle va se faire tuer c’est sur. - Oui, juste après avoir été violée ! - Non mais c’est trop dangereux elle peut pas partir.
Bon quoi, vraiment personne n’y croit ? Voilà les 3 mots que je ne cesserais d’entendre jusqu’à mon départ : Viol, accident, maladie. « Sandrine, tu sais … viol… accident… maladie… ». Je vais de toute manière partir, et la seule chose dont j’ai besoin c’est de soutien, mais tout le monde s’obstine à rabâcher tous les derniers articles de journaux qui parlent de mort, maladie et … De viol ! Huu, ben oui merci je savais pas !
Je plie un pull, un pantalon, un truc de cycliste rembourré (pour éviter les douleurs il parait), 3 slips, un couteau, une ficelle, des pinces à linges, une tente. J’empacte tout ça dans 2 sacoches et voilà, je m’en vais pour 3 mois de vélo en Asie. Entendre ces remarques me décourage. Je déballe le tout. Je peux pas faire ça. J’ai jamais fais de vélo. J’aime pas le vélo, j’ai jamais aimé ça. Pourtant je suis partie pour 3 mois…. Alors pourquoi ? Ah oui. Les rencontres, l’esprit qui s’évade, un truc comme ça. Oui c’est juste, c’est exactement ce dont je rêve depuis si longtemps. Allez je remets tout à l’intérieur. «… Seule, elle peut pas faire ça seule. S’il lui arrive quelque chose. ». Roh bon sang… C’est vrai seule… Je peux pas. Non je peux pas. Mon estomac se noue d’avantage. Allez je ressors tout. Arrête, c’est cette liberté, dont tu rêves de gouter. Tu vas devoir trouver en toi toute les ressources pour avancer, c’est le but, trouver ton eau, tout ça… « Oh t’es chiante là d’dans, 3 mois seule avec toi ça promet… ». Je remets le tout dans les sacoches et les ferme. Pour de bon. Ou presque.
C’est vrai que dans ma tête ça à toujours été le chaos, il a par exemple fallu que je change 3 fois de vélo pour finalement me retrouver 24h avant mon vol… Sans rien, et finir par acheter la vieille occas’ du coin, un vieux vélo qui a déjà du en voir bien des couleurs avant de se retrouver dans la soute de cet avion qui s’envole pour la Birmanie. Ben oui, ça c’est moi, parfaitement désorganisée, mais maintenant que j’y suis, c’est exactement ma place. Fou, inconscient, dangereux, sont les mots que j’ai le plus entendu, et vu de l’extérieur ça peut le paraitre, mais pour moi je suis à ma place. C’est une suite logique. Malgré toutes ces remarques négatives, je dois quand même dire que pas mal de membres de mon entourage, dont certains très inattendus, m’ont soutenus et aidés pour organiser ça. Je les remercie d’ailleurs vivement.
Allez je quitte les belles vallées de mon pays aux couleurs d’automne pour embarquer dans l’avion avec mon vélo que je plastifie à l’aéroport. Facile ! Et voilà, quelques heures plus tard, je m’assieds sur cette vieille chaise tremblante de Yangon en Birmanie où j’écris mes premières lignes, face à ce bâtiment sur lequel pousse une sorte de lierre qui s’attache facilement à la façade grisâtre. A côté, quelques enfants à moitié dévêtu. Mes yeux se posent sur la route, qui n’est pas si mauvaise, d’accord quelques trous, un peu bosselée… mais ça va l’faire.
Le temps de remonter quelques pièces sur mon vélo, je suis déjà entourée d’une dizaine de birmans qui me sourient et m’aide à regonfler les pneus, refixer les freins etc. On m’avait parlé d’un peuple aimable et ouvert, et bien on ne m’a pas menti. L’aventure débute aux premiers kilomètres à travers la ville quand on me parle de la Shwedagon Pagoda… La quoi ? Une imposante pagode de plus 110 mètres de hauteur réputée à travers toute la Birmanie pour être le premier lieu de pèlerinage bouddhiste. L’histoire raconte qu’elle contiendrait huit cheveux de bouddha…. Cheveux ou pas, cet endroit dégage une atmosphère très particulière avec cet encens qui brule de partout. Elle s’illumine dans l’obscurité de la nuit. Les moines font du tourisme et les touristes méditent. Le site est impressionnant, les pèlerins tournent dans le sens des aiguilles d’une montre autour de la stupa centrale, recouverte de feuille d’or, de diamant, de zéphires. Moi je m’attarde autour des nombreuses stupas qui l’entoure. Je marche tout en admirant cette œuvre qui brille, resplendit et se détache de ce ciel sombre dans lequel une lune à moitié pleine s’éveille. La scène, est … incroyable, surréaliste, ou suis-je ? Ce n’est pas l’or, les diamants, la hauteur, c’est l’air, les couleurs, l’atmosphère, les odeurs. Je suis abasourdie, stupéfaite, je referme ma bouche qui devait pendre depuis plusieurs heures maintenant.
Le lendemain, je roule à travers la ville pour trouver une adresse… alors qu’il n’y en a pas vraiment. On va bien rire, car je compte beaucoup sur Jasper, un type rencontré sur les sites de fanatiques de la selle. J’ai besoin de ses conseils pour me renseigner sur les différents itinéraires possibles. Ca me prend plusieurs heures mais je suis chez lui. Nous buvons un café à la mode birmane, c’est-à-dire moitié café moitié lait condensé sucré. Nous discutons un peu puis observons les cartes. Il me parle des différents itinéraires… Qui me semble tous … impossible.
Quoi ? Huitante kilomètres pour le lendemain, cent pour le jour d’après, et puis quoi ? Tu veux me faire aller dans les montagnes ? Ahahah Pauvre fou t’as pas compris que j’ai tellement peur de devoir faire de la montée que dans ma tête lorsque j’ai organisé ce voyage j’ai choisi que des pays plats et même une route qui partait du nord en direction du sud pour avoir l’impression de descendre ! Je le regarde, déglutit lentement, lui souris gentiment. Mais il rêve lui !! Je ne vois même pas comment c’est possible… Mais bon… Je suis là pour ça alors… on se jette à l’eau ?
Allez le lendemain à cinq heure j’arpente les ruelles de cette grande ville l’estomac fort noué afin de rejoindre Bago, ma première destination à quelques huitante kilomètres de Yangon. A peine je pose un pied à terre pour sortir ma carte que les habitants m’abordent pour savoir si je suis perdu, d’où je viens, ou je vais, pourquoi je suis la, etc. J’adore, ainsi je ne suis pratiquement jamais perdue. J’enchaine les premiers kilomètres et m’éloigne tranquillement des centaines de motos qui m’entourent pour me retrouver dans les campagnes. Excellent, c’est super beau, je traverse des rivières ou des birmans pêchent sur des canots en bois. Les motocyclistes qui me dépassent ralentissent pour observer, curieux, souriant et me salue chaleureusement.
Je suis sur mon vélo et les premiers kils sont difficiles… je me demande quand même pourquoi ? Mais quand l’esprit vogue et que je vois ces birmans m’encourager, ça me donne une énergie puissante. Le climat est aride, et lorsque des véhicules me dépassent, la poussière s’élève en un nuage orangé. Allez, c’est possible. Je traverse plusieurs villages, entre lesquels la végétation luxuriante offre des champs fertiles pour les rizières et autres plantations. Lorsqu’enfin j’arrive à Bago, je suis plus que fière de mon exploit. Ainsi donc, c’est possible… Voyager à vélo en Birmanie est possible ! La prochaine étape est de trouver une Guest House pour passer la nuit. Malgré le sens de l’hospitalité des birmans, le gouvernement leur interdit de loger des étrangers. Il faut dire que le pays est ouvert aux touristes que depuis quelques années. La junte militaire exerce encore une forte influence dans ce pays qui se considère actuellement comme une république. Il n’empêche que je vais devoir attendre de sortir du pays pour pouvoir profiter de mon équipement de camping.
A Bago, je suis à nouveau stupéfaite face au nombre de Pagodes et stupas dont on voit les pointes se dégager entre les palmiers et la brume qui s’évapore avec les derniers rayons de soleil. Les chants des prières bouddhistes raisonnent dans toute la ville et vous plongent dans une sorte de transe. Le paysage, les chansons, lescouleurs, les odeurs, mon corps n’appartient plus à cette dimension.
Durant les prochains jours je roule direction du sud est. Chaque étape est plus ou moins déterminée par des Guest House ou je peux passer la nuit. Mes journées sont ponctuées de rencontres fascinantes avec ce peuple birman.
Un matin, je m’arrête en bordure de route et rencontre une couple amusant. C’était ce fameux matin ou je rêvai secrètement de manger un bon pain au chocolat encore tout chaud… Ma fois bon, les insectes grillés qu’ils m’ont offerts n’étaient pas si mal. Et sous leur toit en bamboo, ils cachent encore d’autres surprises. J’aperçois une bouteille en plastique remplie d’un liquide blanchâtre qui a l’air super rafraichissant. Je les questionne, et comme je ne comprends toujours pas le birman, ils me montrent du doigt un palmier et me propose de déguster. Ben ouais c’est clair ! La femme me tend un sourire complice alors que son mari part chercher des verres. Il nous sert 3 godets, et boivent ça cul sec l’air tout amusé. Je fais de même en riant. Mais qu’est-ce que c’est ? Je leur achète la bouteille en me disant que je trouverai bien quelqu’un sur la route qui arrivera à me renseigner. Nous buvons encore quelques verres et je repars de toute bonne humeur. C’est quelques mètres plus loin, alors que ma tête tourne et que j’effectue ma première chute à vélo que je comprends que mes soupçons étaient bien fondés… C’était bien de l’alcool. De l’alcool de palme.
Un peu plus loin, une autre famille m’invite à manger des crevettes fraichement péchée dans la rivière. Ils me comblent de cadeau alors que leur maison tient tout juste debout. Au fur et à mesure de l’après-midi je vois de nouveau visage apparaitre dans cette frêle maison qui ne compte qu’une seule pièce. Je rencontre ainsi les parents, leurs 4 enfants, leurs cousins, oncle tante, etc. Nous sommes à présent une quinzaine de personne regroupée autour de la table. Ils refusent que je paie quelque chose alors qu’ils m’ont nourris, offert café, encens, bracelets, … J’ouvre mon sac et leur offre ce que je peux. Les enfants sont étonnés de voir que je ramène des bracelets venant de l’Afrique, et d’autres de l’Inde. Nous passons du bon temps ensemble et rions beaucoup. Malheureusement, je ne peux pas m’éterniser et reprend la route. Les jours s’écoulent, je me sens toujours plus en sécurité, prête à recevoir et à offrir.
Mail - Birmanie
Salut à tous,
Le voyage à vélo se passe super bien, l’itinéraire que j’ai fais ces jours-ci était le suivant: Yangon – Mal moule moule mien de son vrai nom Mawlamyine que je ne peux toujours pas prononcer, par contre je commence à avoir très mal à la moule.
Quelques petites nouvelles: - Escarre stade 3 au vagin - Je suis stérile et n’aurais jamais d’enfants. - Les milliers de moustiques que j avais connus en Inde ont décidés de faire le détour pour me revoir... Merci les gars, fallait pas.... - Les moines prennent le bus, fument et portent même des Rayban! L’avantage de voyager à vélo c’est évidemment les rencontres. C’est parfois complètement farfelu... Mais très drôle. Il y a encore très peu de touristes en Birmanie donc même les plus beaux sites sont agréables à visiter. Sinon c’est vrai qu’il fait très chaud, j’ai d’ailleurs la moustache qui perle en continu… Pour le moment je laisse mon corps récupérer et j’organise la suite du voyage. C’est vrai que j’aurais aimé avoir un itinéraire point A - B mais j’aime autant profiter de visiter ce pays en même temps parce que ça en vaut vraiment la peine ! Je vous embrasse tous bien fort, et sans la moustache qui perle cette fois parce que j’ai pu rester sèche pendant 1h grâce à la clim’ de ce cybercafé.
A bientôt bec bec vous me manquez tous !
Voilà dix jours que j’ai commencé ce voyage et je suis actuellement à Kyauksé après environ 600 km de vélo. Qui aurait cru qui j’y arriverai ? Cette ville a beaucoup de charme et je suis maintenant assise sur une bâtisse en bois à travers laquelle s’élève un vieil arbre dont les branches retombent uniformément sur le toit en tôle. La terrasse surplombe une rivière qui s’écoule lentement. Quelques personnes sur leur barque pour pêcher, d’autres viennent se baigner après une chaude journée. Des enfants sur l’autre rive jouent au ballon aux dernières lueurs du jour. Les villageois m’offrent quelques sourires. Je profite de voir un birman qui commande une sorte d’omelette pour leur faire comprendre que j’aimerai gouter à ça. Bon, ben ça n’avait rien à voir avec une omelette mais au moins ça change du riz. Miam. Je profite de fumer une cigarette au bord de cette rivière pour vous expliquer comment se sont déroulés les jours les plus éprouvants de cette aventure.
PELMEL DE NOTES ET MAILS
Mail – Birmanie, Laos
Salut les moustaches gelées! Bon alors faudra bien que j'vous raconte un peu... Parce qu'il s'en passe des choses sur ce velo!!! D'abord sachez que je me porte bien. Presque six semaines que je suis en voyage et deux semaines maintenant que j'ai quitté la Birmanie... C'est un pays vraiment incroyable et c'est difficile d'expliquer le pourquoi du comment mais comme je l'ai déjà dit, certainement de par l'influence du bouddhisme, les birmans sont emprunt d'une gentillesse et d'une amabilité qui m'a vraiment étonnée. Je suis contente d'avoir commencé par ce pays, car je m'y suis sentie super à l'aise et en sécurité tout le long du voyage. Evidemment c'est un pays très particulier et je ne peux que vous encourager à vous plonger dans son histoire car c'est passionnant!
Je venais de quitter Mawlamyine, à 350 kilomètres au sud ouest de Yangon. J’étais alors dans un bus qui devait me ramener vers le centre du pays, mais tous mes orifices se sont révoltés et se sont mis à régurgiter des liquides étranges et de couleurs variées, je vous passe les détails. J’étais mal. Mais vraiment mal ! Après 4h passé dans un bus à jeter régulièrement par la fenêtre des sacs en plastique remplis de … oké pas de détails. Le bus s’arrête enfin dans une ville où fort heureusement j’étais déjà passée quelques jours plus tôt. BAGO ! J’entre dans la guest house et me lyophilise sur place. Pendant deux jours j’y suis restée enfermée, sans manger et en buvant à peine. Quand je décide d’aller mourir ailleurs, je pointe le bout de ma moustache à l’extérieur et le tenancier de l’hôtel m’offre un petit remontant vitaminé. En discutant, je lui dis que je suis déjà venu chez lui il y a environ une semaine, et il me lâche innocemment : Toi ? Non, non je me souviens d’une femme à vélo mais c’était alors une « strong woman » pleine d’énergie… Toi… heu… Il va falloir que tu continues à boire des vitamines !
Mais heur ! Bon je me lasse d’être malade alors j’embarque dans un autre bus qui me dirige vers le lac Inlé. C’est une destination très prisée en Birmanie, j’y rencontre beaucoup de touristes et après une nuit blanche dans un bus qui arpente les montées et les descentes entre les montagnes, je partage ma barque avec une famille d’allemand pour visiter le lac. Il est environ 17h lorsque j’arrive à la Guest House. Avant d’aller me coucher, je discute avec le réceptionniste pour lui demander des renseignements sur les conditions de la route que je devrais prendre le lendemain. J'avais seulement le récit trouvé sur internet d'un couple qui l’avait fait. Ah oui parce qu’évidemment, j'allais pas passer par la route principale faut pas déconner. Et le type me regarde étrangement et me dit catégoriquement que c'est impossible! - Impossible? Comment ca? Il y a bien une route non? - Oui mais en mauvais état et quand bien même rejoindre la plaine par cette direction est tout bonnement impossible! Mais il m'agace ce type!!!! Je vais le faire de toute manière! Pour me rassurer je lui demande si c'est possible de rejoindre au moins le prochain village et depuis là je m'organiserai... "good luck" Qu'il me dit. Qu'à cela n'tienne, rien à battre, allez je fonce! J’ai quand même le soucis bien ancré, et je me demande encore si je devrais pas prendre un bus au lieu de me perdre dans les montagnes de cette région que je ne connais pas. « Enfin… allez quoi t’y connais rien ici, et si le type te dis que c’est pas possible, c’est bien qu’il y a une raison non ? » Arh, peut-on faire taire cette voix ? Ca doit être possible puisqu’un couple l’a déjà fait. Maintenant que j’y suis c’est certainement pas pour rebrousser chemin. Inutile de vous dire que la nuit fut animée entre la partie de moi, aventurière qui rêve d’enfourcher mon vélo pour me perdre dans des contrées inconnues, et celle, un brin réaliste qui tente désespérément de me raisonner. Le matin, 5h30 je commence sur la route principale avant de m'aventurer sur la petite route de campagne, en construction ?! Je suis heureuse d’être remontée sur selle, mon fessier nettement moins. Enfin, ... Pour mettre un peu de piment dans cette histoire il se met à pleuvoir... C’est marrant, le type de la Guest House m’avait pourtant assuré qu’il ne pleuvrait pas. Et bien j’espère qu’il se trompe également sur la route. Heureusement la pluie dure juste un peu, juste pour que j’en garde un bon souvenir car la route en terre devient de plus en plus boueuse et sur certaines pentes je dois enlever la boue qui m'empêche alors d'avancer! Elle s’accroche partout, j’en ai sur mes lunettes, ma casquette, mes sacoches. La, c’est l’aventure. Je rencontre un ou deux tracteurs sur la route, bloqués eux-aussi par cette boue collante et invalidante. Nous nous entraidons pour remettre nos véhicules en route.
Et le paysage est sublime, des champs ocre, vert et jaune! C’est vrai qu'il n'y a personne par contre! Mais quelle liberté! C'est beau! Je déchante un peu en arrivant à Pindaya, ville touristique. Je partage ma chambre avec une allemande et nous visitons la grotte au 8'000 bouddhas. Et c’est bon de pouvoir rire. Même si je ris beaucoup avec les birmans que je rencontre, lui dire que ma seule envie sur le moment est d’envoyer mon vélo tout boueux dans ce lac me fait du bien. Nous marchons beaucoup, et rencontrons un moine que nous invitons à manger et qui nous apprends toutes sortes de choses sur la culture bouddhiste. Encore une fois, je dors peu car l’étape du lendemain s’annonce encore plus difficile. Un birman me déconseille fortement de me lancer dans cette épreuve. Ils sont plusieurs à m’affirmer que la route est mauvaise et qu’il n’y aura personne si il m’arrive quelque chose. Oui, ben merci ça j’ai compris. Allez, aux aurores j’entame la première partie, j’ai peur de m’égarer et de ne pas trouver cette petite route qui serpente entre les montagnes. Elle n’y est même pas sur ma carte. Voir les premiers rayons du soleil transpercer cette brume matinale qui recouvre les pâturages offre un spectacle incroyable. Je m’arrête pour admirer et ma main se pose instinctivement sur mon appareil photo, et puis, non. Je décide de garder la magie de cet instant pour moi. A quoi bon partir seule si je ne suis pas capable d’apprécier ces moments uniquement pour moi ? Je décide à cet instant de savourer le temps qui passe sans me préoccuper de l’avenir, ni du passé, juste d’être là. Et c’est une mission difficile en repensant à ce que tout le monde me dit sur la route. La vue est incroyable, l’air est encore frais, et les seuls bruits que j’entends sont les quelques coqs, dont le son s’égare timidement entre les collines. Des montées, des descentes, de fortes montées, puis de petites descentes… C’est pas tout juste cette histoire là. C’est toujours plus long de monter que de descendre. Je n’aime pas beaucoup cette logique. Je pédale donc entre les champs dont les couleurs, si intenses, rendent ce paysage presque surréaliste. Soudain, au milieu de nulle part, j’aperçois deux immenses statuettes de bouddhas qui se dressent au milieu d’une colline elle-même recouverte de milliers de stupas en chaux. Mais ou suis-je ? Il n’y a aucune habitation, ni aucune forme de vie à des dizaines de kilomètres à la ronde. Mon vélo s’arrête, bien qu’extrêmement épuisée je rebrousse chemin pour arriver au pied des marches qui s’élèvent verticalement vers le ciel. Quelques minutes plus tard, plus essoufflée que jamais j’arrive au sommet de ce temple. Si toutefois c’en est un ? Là, ouais je suis vraiment seule au monde, il n’y a que le bruit d’un berger qui fait traverser son troupeau sur l’autre rive de la rivière qui lézarde entre les prairies. Des champs, des collines, des montagnes, j’ai une vue imprenable sur toute la plaine. Ce pays est décidément bluffant. Le temps s’arrête, tout s’arrête c’est si bon.
Mais la route est longue et je saute sur mon vélo en direction de Ywangan, le prochain village. Je commence à apercevoir de la vie, quelques bœufs défilent à mes côtés tirant des charrettes remplies de choux. Les paysans sont surpris de voir ma charrette à moi et je me demande qui des deux a le visage le plus interrogatif. Quoiqu’il en soit, nous nous saluons chaleureusement. Je commence à sentir mes muscles devenir de moins en moins conciliants face aux montées. Une pause, je craque, j’entame les noix et raisins secs de survie. Allez je reprends pour m’arrêter à nouveau quelques minutes plus tard, persuadée d’être arrivée au bout de mes forces. Physiquement ça ne suit plus. 10, 20 30 kilomètres encore ? Je n’ai pas la moindre idée du temps qu’il me reste pour arriver. Mais mon corps refuse de me tirer plus loin. Des filles en bord de route vendent quelques spécialités sucrées qui, je l’espère, seront plus efficace que ces maudites noix. Elles doivent aussi me dévisager étrangement lorsque je m’endors sur une de leur table. J’essaie de résister mais je ne peux lutter, je suis épuisée. Un moment plus tard je réunis tout mon courage, mes dernières forces et arrive, je ne sais comment jusqu’à Ywangan.
Le temps de laver à la main mes quelques vêtements, et je m’étale sur ce lit, je m’effondre. Je n’en peux plus. Fatiguée, je me sens seule. Tous les bons moments je veux pourvoir les partager et j’ai besoin de soutien durant ces moments éprouvants. C’est si beau, mais dur, et même un peu trop. J’aimerai être chez moi avec ma famille. Ne penser à rien. Ne pas savoir que mes habits ne seront pas secs demain, ne pas savoir qu’il faut que je répare mon vélo, encore. Ne pas savoir que ma famille et mes amis me manquent, ne pas savoir que j’ai faim et que je ne sais pas ce que je trouverai sur la route à manger, ne pas savoir que le trajet de demain me semble une fois de plus irréalisable, ne pas savoir que chacun de mes muscles me fait souffrir… Il doit être 17h quand je m’endors, le cœur lourd.
Le lendemain, la birmane qui me loge m’offre un café, une mandarine et quelques douceurs pour me donner des forces me dit-elle. Je lui souris certainement du plus beau sourire que je peux et lui dit infiniment merci. Son attention me touche. Et je m’en vais. Je sens l’odeur du bois dans les forêts qui me rappel le mayen et je sens mes muscles qui se contractent pour me hisser au sommet de ce col. Je sens l’air, frais qui se glisse à travers les manches de ma veste. Le ciel est parsemé de nuages d’une teinte rougeâtre, offert par les premiers rayons de soleil. La lune éclaire difficilement l’autre partie du ciel, plus sombre. Cette montée est agréable, je sais qu’elle donne sur un versant presque inhabité entre les montagnes. Les moments difficiles, je commence à les accepter, ils font partie du voyage et j’apprends à me donner du courage, à croire en moi. Je pense à mes amis et à ma famille, ça me donne de la force et j’arrive au sommet. Je contemple l’étendue des montagnes ou se confinent des prairies parsemés de petits arbustes. Ensemble, ils forment des replis creusés par les rivières. J’entame la route, faiblement éclairée par les premiers rayons du soleil et les larmes qui coulent ne sont pas uniquement dues au vent. Je lâche le guidon en pleine descente et trouve un équilibre précaire ou je sens le vent fouetter mon visage et sécher mes joues. L’extase est complet. Je descends, encore et encore, remonte parfois quelques collines puis continue à descendre, sans fin. Je m’arrête sous un abri en bamboo, pour savourer cette journée. Couchée, sur cette paillasse, j’observe la fumée s’évadant de cette cigarette et qui, dans un courant d’air, disparait. Un accord parfait. Ainsi, après toutes ces montées, il y a aussi des descentes… L’éphémère a du bon. Je profite d’arriver à Kyauksé pour me reposer, physiquement et psychologiquement. Mais le jour d’après je reprends la route direction Bagan !
Cette trève dans mon esprit n’aura pas duré long. En route pour la prochaine étape, je reluque chaque véhicule motorisé afin de trouver une astuce pour y accrocher mes sacoches et ne plus jamais entendre parler de vélo. J’arrête, c’est fini, faire ça seule ? Non plus jamais, en plus en vélo ? Quelle idée, faut être barré, non c’est fini. Même tous les « Mingalaba » des birmans avec leurs sourires bienveillants ne me donnent plus de courage.
En arrivant à Bagan, je suis époustouflée… Cette ville est un musée à ciel ouvert, des centaines et des centaines de temples étendus sur une cinquantaine de kilomètre à la ronde. Des temples en briques orangées poussent à travers le paysage arrosé par l’Irrawaddy, il y en a dans chaque recoin de cette plaine. Pas époustouflée non. Complètement hébétée… Une fois de plus je dois refermer ma bouche qui reste grande ouverte, tant je suis plongée dans l’absolue beauté de ce paysage. Non mais c’est dingue ! Ou suis-je ? Je passe la journée à errer entre ces temples, ma lampe de poche en main pour éclairer les quelques fresques que le temps n’a pas encore effacé. L’espace d’une journée je deviens archéologue. Mon souffle permet de faire voler la poussière sur de vieilles peintures, sculptures, statuettes dont les nombreuses symboliques m’échappent la plupart du temps. D’étroits escaliers serpentent entre les étages et me permettent d’atteindre un surplomb depuis lequel j’aperçois une centaine de temple entre les champs… Je suis seule, face à une merveille innommable, indescriptible. Cet instant est si pure, si prenant, tous mes sens sont aux aguets. Je sens l’air chaud qui monte, l’odeur de la terre, des briques, de la poussière, je suis et j’appartiens au monde qui m’entoure.
Soudain, mon corps n’est plus, mon esprit s’emporte, comme s’il échappait au temps, je me laisse transporter, et m’évade ailleurs.
Pourtant la saveur de cet instant devient amer. J’ai besoin de pousser quelqu’un a côté de moi pour lui dire : « Mec !! Regarde ça ! Tu vois aussi la même chose que moi ? Tu vois comme c’est beau ? ». Ma lutte aujourd’hui devient la solitude. Ce n’est pas dans les difficultés quotidiennes qu’elle est la plus pesante. Je prends confiance en moi, pour trouver ma route. Mais apprécier pleinement ces moments d’extase me parait insurmontable. Pourquoi ce besoin d’être à deux pour apprécier un beau paysage, un bon moment, un instant comme celui-ci ? Comme me l’a suggérée une amie, je vais tenter de faire de la solitude mon alliée. Mais pour le moment les émotions sont trop fortes, et je ne peux retenir les larmes qui coulent.
Demain sera une journée sans vélo, histoire de me changer les idées… Mais ce foutu deux roues me rattrape et nous partons ensemble pour le mont Popa, découvrir un temple construit sur de la lave séchée. Environ 50 kilomètres de route qui me semblent bien ridicules à présent face aux kils que j’ai parcourus ces derniers jours. Le MONT Popa, mont, montée… c’est pas du plat non ! Sur la route, je prends quand même le temps de déguster un café avec une femme birmane qui m’offre des cacahuètes fraichement récoltées par leur famille. Je continue à pédaler et vois le jour décliner doucement. Soudain, une jeep, probablement un des seuls véhicules que j’ai vu passer sur cette route s’arrête à mes côtés : - Where you want to go ? - Heum… to the mont Popa - With your bicycle ? - Yes… - Ahah ! But it’s too far you must come with us !
Alors ils m’embarquent dans leur jeep et nous rions beaucoup. Ils me conduisent jusqu’au petit village au pied de l’ancien volcan. Là haut, j’entends deux touristes m’interpeler. Ils ont aussi un vélo !! Ainsi je fais la rencontre d'un jeune couple qui venait depuis la Turquie... à vélo!!! J’ai un milliard de question à leur poser, et je mets toute mon énergie à essayer de faire évoluer mon anglais. Bien évidement depuis le début de ce voyage la langue est un handicap. Mais comme tout handicap ça me permet de développer de nouvelles capacités. Et la barrière de la langue me fait découvrir une autre manière de communiquer. Oui bon ça va le relativisme et l’optimisme, pour le moment ça m’emmerde parce que j’aimerai pouvoir leur hurler dessus qu’ils m’expliquent! POURQUOI ? Pourquoi le vélo, pourquoi avoir mal, pourquoi l’incertitude, pourquoi avoir toujours l’impression de ne jamais atteindre ses buts, pourquoi pédaler pendant des heures en entendant « clic clic clic » cet inoffensif cliquetis, qui malgré mes tentatives désespérée pour le réparer tente de me rendre complètement zinzin !
Bref, je me calme et c’est tellement bon de les écouter raconter leurs aventures. Je m’imbibe de leurs histoires. De savoir qu'eux aussi en avait bien bavé au début, qu'ils avaient aussi bien eu mal au cul! Je leur explique que je n’en peux plus et que je songe parfois à arrêter. Ils me demandent alors de leur promettre de tenir encore deux semaines. De les voir là, en Birmanie après avoir traversé tous ces pays, moi ça me donne des frissons, et ça me remotive! Okay, va pour deux semaines. Je les regarde, les dévisage, ils sont si beaux ! Leurs yeux me transmettent tellement de vie. Dans le regard je perçois des rires, de l’amour. Ils sont si naturels, si vivant ! Voilà, là je ressens quelque chose de profond. Je réalise que je vais encore devoir traverser pas mal d’épreuves mais que ce que je lis à ce moment dans leurs yeux est une raison suffisante pour avoir mal, pour avoir faim, pour douter, ou encore devenir fou à supporter l’incessant « cliquetis » de ce foutu vélo… Ce n’est qu’en apercevant de petites douceurs à la fin du repas, que j’entends Jan dire à sa copine : « It’s look like something with lait condensé. ». Lait condensé… je mets quelques secondes avant de réaliser… - Non attendez… Tu vas pas me dire que… Vous parlez vraiment français ? - Si, si on est quebequois ! - … Mais… Je vous ai déjà dis que j’allais devenir fou ?
Pour la suite, je vadrouille durant quelques jours autour de Mandalay, à la conquête des anciennes capitales. Mes genoux deviennent de plus en plus douloureux. Je savais bien que j’allais vivre des moments difficiles, pourtant je les apprécie. Dès que je sors des villes, je ne croise plus de véhicule, et me retrouve seule, n’ayant pour compagnon que l’air qui glisse contre ma peau lorsque je pédale. La terre est aride, du sable s’égare sur les routes, et seuls quelques rares arbustes offrent un repère aux oiseaux qui me regarde pédaler avec un air dubitatif. L’air est sec et chaud, il brûle ma peau, et crever au milieu de cette vaste plaine désertique n’était pas le moment le plus agréable du voyage. Dans ma tête j’entends raisonner : « On retrouva son corps après plusieurs jours… », et j’aperçois les vautours s’agiter autour de moi…
Dire que j’avais peur de me trouver sur des axes routiers surchargés. Il n’y a qu’une route qui s’étale à perte de vue. Je suis seule et cette solitude me plait, la liberté de me laisser porter car ma place est ici, elle se trouve juste là sur cette selle de masochiste, au milieu de la Birmanie. Je deviens les aventures et les rencontres qui sont ma raison d’être ici et maintenant. Dans l’après-midi, je m’assieds dans un café et discute jusqu’au coucher du soleil avec Divig Jame. Il me parle de sa famille, de sa vie, et me donne pour conseil : « Give your smile to everyone, but your love to only one ». Des jeunes nous offre des cigares, et je découvre les délices des cigares birmans, qui laisse un léger gout sucré sur les lèvres. Le temps passe et lui aussi a une saveur toute particulière.
Les birmans portent le lunggi, les birmanes se dessinent des motifs sur les joues avec du Tenakka dont la teinte jaune, éclaire leur visage. Cette poudre extraite d’un arbre adoucit la peau et la protège du soleil. Ils ont tellement de charme, leurs yeux pétillent et leurs sourires sont si sincères. Si les délicieux plaisirs des courbatures à mes cuisses s’atténuent, ce sont des courbatures aux zygomatiques qui apparaissent !
Ils me font rire quand je passe avec ma bicyclette, ils m’observent très discrètement, mais si je leur adresse un sourire ou si je les salue, alors ils accourent, ralentissent avec leur scooter, appellent leurs amis, me posent un tas de question dans un anglais très approximatif. Toujours avec énormément de respect.
Dire que j’ai osé trouver le temps long. Ces trois semaines passées en Birmanie se sont écoulées en un souffle. Je viens tout juste d’arriver et demain je vais pédaler jusqu’à l’aéroport de Mandalay pour mon vol vers Bangkok. J’apprécie de pouvoir me laisser guider par les rencontres, de laisser l’aventure me saisir, et de lâcher prise. Chaque instant devient un cadeau que je m’empresse de déballer avec avidité. C’est sur de minuscules chaises en plastic comme il en existe partout en Birmanie que j’écris ces mots. Je suis sur une fine lande de terre au milieu de l’Irrawaddy, juste sous le pont d’U-Bein construit sur 1.2 km en bois de Teck. Quelques barques en bois s’égarent à contre jour dans les lumières du coucher de soleil. Elles se laissent doucement porter par le courant de la rivière qui n’est pas pressée de s’écouler. Je remonte sur le pont et assise les jambes pendante je le sens trembler. Lorsque le soleil s’est finalement couché en déballant toutes les couleurs les plus chaudes qu’il pouvait, le pont s’ébranle de plus belle sous le pas pressé des touristes qui rejoignent avec hâte leur bus climatisé. Je suis heureuse de retrouver mon vélo (tout aussi climatisé) et d’avoir cette liberté de pédaler et de me diriger là ou l’aventure me porte.
Bon je vous laisse respirer? Parce que j'ai pas finis! Une fois à Bangkok, il me reste plus qu'à « redescendre » au sud en direction de Singapour. Mais attends... J'ai fais environ 1200 km en un mois. Et il me reste encore deux mois... Alors quoi ? Ca me laisse tout le temps de gambader! Allez il faut choisir une destination. Le Vietnam, le Laos? Le Laos... Le nord? Des montagnes, encore? Mais c'est clair!
Avec le recul, cette expérience dans les montagnes en Birmanie est le meilleur souvenir que j'ai! Allez, le temps de me renseigner un peu sur la région, de rester de nouveau clouée au lit avec 40°C de fièvre et des frissons. Petit souvenir de Bago, je n’ai plus d’eau et mon estomac est en mode « régurgitation » et refuse d’ingurgiter les médocs de ma pharmacie. Je n’ai qu’un brumeux souvenir de m’être retrouvée au milieu de la rue à demander à une passante où se trouvait l’hôpital le plus proche. Elle me montre un cabinet à 200 mètres, génial c’est parti ! Deux injections, une perfusion, et quelques pilules, plus tard, je suis sur pied. Ou sur selle pour être plus exact. Je prends un bus, un train et hop me voilà au nord du Sud Est Asiatique… En tout cas bien plus au nord d’où j’avais imaginé me retrouver un jour… Mon nouvel objectif : Rejoindre Singapour depuis Luang Prabeng au nord du Laos.
Je me baigne un peu dans des chutes d’eau avant d’entamer la première montée. Les montagnes en Birmanie ? Ahah c'était des collines! Avant la montée, j'aperçois en bord de route un camion qui fume sa race! Il venait de prendre la même route que moi mais en sens inverse, et du coup ses freins fumaient tellement que j’en ai eu l'estomac tout noué en pensant qu’il fallait faire le même trajet dans l'autre sens.... Et ouais ça grimpe sec! Mais quel plaisir! Le paysage se transforme lentement au rythme de mes tours de pédale. La vue devient de plus en plus belle, et à chaque fois que je crois atteindre le sommet, paf, encore une montée ! Bon sang, ces montagnes sont extensibles ! Plus l’effort est tenace plus la vue est belle. Le soir je plante ma tente au milieu d’une prairie avec une vue imprenable sur les montagnes! Jamais je n’aurai imaginé être là à admirer le soleil se coucher derrière ces montagnes et ces vallées laotiennes, inondées par les dernières lueurs qui percent à travers les nuages. La solitude n’est plus menaçante. Vraiment, je suis contente d'avoir rencontré ce couple et leur avoir promis de tenir ces deux semaines. Bien que je commence à croire que le pari est fou, c'est le bonheur total et j'ai la sensation d'être exactement à la bonne place. C'est l'aventure que je devais vivre, je pense à toutes les personnes qui m'ont encouragées et soutenues et je leurs/vous dis merci mille fois!!! Je franchis le premier col et déjeune dans un village qui doit compter six habitants… Environ. La route continue à s’étendre entre les collines, et je continue à grimper. Mon moral est d’acier, j’ai mal mais c’est supportable. Si la fatigue se fait sentir, et que les pauses se font de plus en plus fréquentes, je continue et traverse de petits villages où les enfants me courent après avec leurs « Sabaidi !! » me tapent dans la main et parfois même poussent mon vélo. Il commence à faire de plus en plus frais. En arrivant à Kiewkacham, je croise 4 cyclistes au bord de la route qui discutent. "Is it a cyclist meeting?". Un couple qui arrive à l'instant qui pédalait juste devant moi et l'autre qui venait depuis l'autre direction. Nous partageons nos expériences de voyage autour d’un bon repas. Quel plaisir! Je suis restée dormir là avec un des couples tandis que Rachel et Alex ont poursuivis leur route. Après ça, nous nous sommes rencontrés plusieurs fois sur la route en direction de Vientiane c’était marrant. Sur la route que je pensais être la plus difficile du voyage, je crois n’avoir jamais eu autant de plaisir à grimper, puis de descendre et enfin me réjouir de la prochaine montée. Qui l’aurait cru ?
En arrivant proche de Kasi, je crève. Roue arrière pour la 3eme fois. ARGH! Une bouteille en verre, une entaille de 4cm sur mon pneu. Cette fois j’en ai marre mais je garde le moral pour rejoindre le prochain village. En arrivant, on me dit qu’il sera impossible de changer de pneu à moins de rejoindre en bus la prochaine ville. Mh… ce jeune laotien remarque bien que cette idée ne me plait pas vraiment et il me propose de recoudre mon pneu. Pardon ? Ben oui, il a du fil, une aiguille alors pourquoi pas ? Et bien étonnamment, ça a tenu plus de 30 kilomètres. Bon pas le choix, en bus jusqu'à la prochaine ville. Mais quel sentiment d'échec. Je ne supporte même pas de regarder la vue à l'extérieur (qui est absolument magnifique!). Arrivée à la prochaine ville, je peux réparer le tout et je fais la connaissance d’Henri, un belge d’une cinquantaine d’année qui voyage aussi à vélo. On discute un peu et je lui explique que je dois retourner en arrière pour refaire cette route! Je veux prendre un bus et retourner à Kasi! Il me propose de faire la route avec lui en sens inverse, c’est reparti !
En discutant avec Henri, il me propose de continuer la route avec lui direction l'extrême nord du Laos. C’est un homme très intéressant, qui a voyagé dans tous les continents à vélo et la route qui est encore plus "sauvage" m'attire terriblement. Je sais au moment ou je lui dis « non, je dois continuer ma propre route », que je risque de regretter mon choix. Ainsi j'ai repris mon chemin, seule, dans le bon sens. Sur la route jusqu’à Vientiane, je me suis faite invitée par un Laotien qui a vécu durant trente ans en France. Il m’invite dans sa belle maison au bord d’une rivière. Nous mangeons des spécialités locales que je déguste avec délectation.
J'apprécie chaque jour un peu plus ce voyage. Malgré les difficultés, c'est une telle sensation de liberté! Maintenant que je vous écris, je dois encore prendre une décision, soit poursuivre au Sud direction « Singapour » et suivre plus ou moins mon plan initial, soit retourner au Nord dans les montagnes et me diriger vers le Vietnam puis la Chine! Il parait selon certains forums que ce sont les pires montagnes avec un dénivelé assez affolant... Qu'est-ce que vous en dites? Mail – North Thailand
Haha ! Salut les moustaches bien gelées mais toujours pas enneigées à ce que j'ai compris? Bon j'imagine qu'en ces jours d'après fêtes vous êtes fatigués... Et j'ai de quoi vous divertir avec quelques aventures et je sais que vous trépidez d'impatience de connaitre la suite de l'histoire qui fut... plutôt bien mouvementée et ... forte en émotion!
Ah et bonne année hein!!! Je voulais vous envoyer une photo de mon vélo sous les cocotiers au bord de la plage avec écris Happy New Year, mais vous comprendrez pourquoi j'ai pas vraiment eu le temps.
Alors aux dernières news je vous écrivais depuis Vientiane, la capitale du Laos. Souvenez-vous, j'hésitais à prendre la route pour le nord, le Vietnam et la Chine. D'ailleurs je vous remercie pour vos encouragements ça a été dur de choisir. Et bien sachez que le matin au réveil je me dirige vers "la rue des ambassades et consulats" et me retrouve entre celle du Vietnam et celle de la Thaïlande... Incapable de décider, je rêverai de partir dans les montagnes encore, mais je dois faire des demandes de visas pour le Vietnam ainsi que pour la Chine, et je devrai encore trouver un avion pour me rendre jusqu’à Singapour dans 2 mois… Compliqué… pourtant la Thaïlande ne m’intéresse pas trop. Bon je laisse le destin choisir! Pile - Thaïlande / Face - Chine et Vietnam Pile, la Thaïlande! Soit! C'est parti!
Je profite encore pour manger des baguettes, et sandwichs (héritage de la colonisation française). Pour vous donner une idée des prix, j'ai eu mon sandwich, un café et un paquet de cigarette pour environ 1.50 CHF (Non moi pour ce prix la je continue à fumer hein!!). Du coup, étant dans la capitale je profite également pour trouver une bonne coiffeuse et tenter de rattraper la coupe playmobile du coiffeur Birman. Je lui explique un peu comment je vois l'affaire et désespérément je remarque que la coupe devient de pire en pire jusqu’au moment ou.... Elle sort la tondeuse, bon juste pour les petits poils derrière, que j'me dis. Mais non! Je sens la tondeuse qui monte! Argh, je tente de l'arrêter mais avec la moitié du crane rasé, y'a plus grand chose à faire.... Donc j'ai l'arrière du crane rasé, ce qui est finalement assez pratique, voyons le bon côté de la chose.
Le lendemain, les cheveux au vent... heu non pardon, le crane au soleil, je repars pour traverser la frontière Laos/Thaïlande et je m'apprête à entamer la route qui me mènera jusqu'à Singapour. Ainsi depuis la frontière jusqu'au contournement de Bangkok j'arrive à suivre les petites routes de campagnes grâce à Henri qui m'avait ... (Oui Henri souvenez-vous, le cycliste Belge rencontré au Laos! Qui pour l'anecdote était infirme et ne pouvait plus utiliser son bras gauche. Malgré ça il a continué la bicyclette dans tous les continents… Sacré Henri!). Du coup, il m'avait raconté comment dans les petites campagnes du nord de la Thaïlande j'allais croiser des camions chargés de canne à sucre puisque c'est la récolte actuellement. Et comment c'était facile de s'accrocher à ces camions qui roulent à environ 40 km/h pour se laisser trainer sur quelques kil comme ça.
Moi tout ça, ça m'a vendu du rêve, alors toute la journée j'avais que ça en tête...Mais bien entendu ces fichus camions passent tous dans le sens inverse... Jusqu'au moment où à mes côtés, il y en a un qui ralentit et ni une ni deux, je m'accroche au premier truc que je trouve. Ainsi, agrippée à une espèce de tige métallique je découvre l'agréable sensation d'avancer sans effort... Aaah, c’est si bon ! Hé ho ! Attend tu fais quoi la? Pourquoi t'accélères comme ça? T'es sensé rouler à 40 km/h pas à 80 ou 100 km/h! Et t'es pas sensé dépasser tous les autres camions! Bon, allez je lâche c'est trop dangereux. Mais ma main refuse de lâcher. Oh et puis non hein! Maintenant que je la tiens, je lâche plus! Et je profite un max de cette pure dose d'adrénaline.
Après quelques kilomètres, il change de route à mon grand regret... Et ho! Je crois que je suis pas la seule à avoir apprécié la balade, mon vélo tire la tête. Du coup la roue est bloquée, pas moyen de donner un coup de pédale. Et il faut savoir que la nuit commence à tomber et de nouveau je suis juste à une dizaine de kil de la ville ou je voulais arriver. J’ai l’option d’essayer de le réparer moi-même mais je vois déjà comment cette histoire va finir… et la fin ne me plait pas vraiment. Ou alors je marche jusqu’à la prochaine ville. Là, une Thaïlandaise s'arrête sur son scooter et me débite un flot de parole thaïlandais parfaitement incompréhensible. Lisant dans mes yeux toute mon incompréhension et mon désespoir elle agrippe 2 écharpes ensemble et me donne le bout. "Quoi attend tu veux me tirer avec ton scooter jusqu'à la prochaine ville avec ces écharpes? Et ton bébé dans tout ca? AAhhh tu le tiens entre tes pieds là ou il était avant... Ouais attend non là, c'est un peu dangereux!"
Mais elle ne lâche pas l'affaire. Alors on a essayé, je suis évidement tombée et vraiment je lui ai fais comprendre que c'était dangereux pour son gamin! Je vais marcher jusqu'à la prochaine ville et je lui dis qu'elle doit avoir d’autres choses à faire que de rester là à m’observer galérer. Mais non elle arrête une moto et demande au type pour que je m'accroche derrière... Bon ben soit! Camion, scooter, moto au lieu de tenter de les échanger maintenant je me contente de m'y accrocher à l'arrière! Arrivée à la ville suivante on trouve un petit magasin où le type, apparemment un peu éméché démonte presque tout mon vélo et regarde les pièces par terre pendant un bon moment... et là je m'dis que ce type n'a sûrement jamais vu ce genre de vélo avant et qu'il ne sait pas du tout quoi faire et que c’est fichu! Mais non il remonte le tout en 2 min! Il refuse même que je le paie... je sais pas trop quoi faire, tout le monde me regarde et moi qui suis là, persuadée que cette femme à scooter avec son bébé voulait m'arnaquer, persuadée que ces jeunes à motos attendait juste que je sois seule et qu'il fasse nuit pour me violer, et persuadée que ce type venait de pulvériser mon vélo ... Non c'était juste de bon cœur, et ils tiennent absolument à me guider jusqu'à la Guest House, où je leur offre à tous des bracelets enfouis dans mon packtage. Du coup ils m'offrent aussi des cadeaux... notamment les 2 écharpes! :-) Moi ça me déboussole toute cette gentillesse!! Je suis perdue... Merci, Kopounka...
Après une courte nuit de sommeil, je continue la route et je plante ma tente plusieurs fois et notamment une nuit ou le matin j'ai vu affiché moins de 10 degrés... J'ai eu plus de courbature à cause de cette nuit passée à trembler et grelotter qu'en faisant 150 bornes par jour à vélo! C'est pour dire!
Après 5 jours dans les campagnes du Nord, j'atteins les grandes villes aux alentours de Bangkok. Un soir, arrivée à Saraburi je m’arrête dans un centre d’information, qui était en fait un poste de police pour avoir quelques infos sur la ville et une flic trouve ce voyage génial et me propose de me raccompagner chez elle en voiture pour que je puisse me doucher. Elle tient absolument à m'héberger, alors hop ! Le vélo dans sa voiture elle me conduit chez elle, retourne travailler et reviens le soir avec ses enfants et nous soupons ensemble, pleins de petits plats thaïlandais que mon Thaï ne me permet pas de commander habituellement dans les restos. Mhhhh. Une fois de plus je suis hébétée devant leur sens de l'accueil... Je lui raconte un peu mon voyage et notamment le fait que j'ai pas mal pédalé pour être sûre d'être dans une grande ville ou je pourrais avoir internet le jour de noël et appeler ma famille. Du coup elle tient absolument à me conduire à Bangkok le lendemain. Offre que je ne peux pas accepter. Mais enfin, c'était un pur bonheur de rencontrer sa famille, de manger avec eux, de la voir faire ses prières bouddhistes à la bougie et de dormir au milieu de vingtaine de statuettes de bouddhas. Elle m'offre une amulette de protection. Amulette qui a surement du me sauver la mise durant les jours suivant quand j'empruntais les autoroutes à 8 voies avec ma pancarte "Merry Christmas" à l'arrière de mon vélo.... Mais ça c'est une autre histoire.
Voir ma famille réunie autour du sapin de noël ça m'a fait tout chaud au cœur et ça m'a redonné du courage pour affronter la suite des événements. Parce que 3 jours sur des autoroutes... Il faut être complètement con... Surtout quand on crève pour la cinquième fois au milieu de l'autoroute. Pfiou, je deviens bonne pour changer les pneus, en moins de 10 min (dont 5 passées à hurler et pleurer contre ce vélo qui veut définitivement me rendre zinzin!). Allez, je continue et je sais que dans quelques kilomètres j'atteins la côte. Là, je rencontre une nouvelle difficulté. Le nombre de routes différentes qu'il existe vers la côte et une carte qui ne les représentent malheureusement pas toutes. En plus, souvent c'est écrit en Thai alors qu'on soit clair, la plupart du temps, je ne sais même pas où je vais. Il faut suivre le sud de toute manière et dès que je peux j'emprunte une route qui m'emmène vers la mer. Bon, bien souvent il s’agit de cul de sac, mais des jolis cul d’sac hein ! Le meilleur moment c'est notamment une fois où ... Ah mais quelle histoire... Par ou commencer?
C'est donc le matin et la veille j'ai rencontré un cycliste londonien qui vit maintenant en Thaïlande avec sa compagne et qui m'a hébergé pour la nuit. On fait un bout de trajet ensemble par les petites routes d’où j’étais heureuse d’apercevoir les montagnes de la Birmanie. Il a besoin de retirer de l'argent et du coup j’en profite pour faire de même. Mais il n’y a plus de carte de crédit dans mon porte monnaie heum... Ah oui? Zut... Bon, lui rentre chez lui et moi je continue ma route en me disant que je risque d'être dans la merde (excusez mon langage mais il est approprié). J'essaie d'appeler la banque, plus de batterie... Et le chargeur me lâche. Impossible de recharger. Okay alors quoi ? J'essaie la cabine téléphonique pour appeler Super Maman au secours... C'est pas une cabine téléphonique et le thaïlandais à côté rigole bien quand il me voit chercher le téléphone. (Si vous aviez vu la scène!!!). Il insiste pour que j’utilise son portable, malgré le fait que ce soit un appel international… Je lui dis « non », il me dit « c’est un cadeau, t’as pas le choix… ». Les Thaïs ont définitivement le cœur bien gros ! Un appel à la banque, un appel à ma mère (qui dort a 3h du matin). Bon je suis pas plus avancée, et je ne peux que continuer à pédaler un peu stressée. Je réessaie d'appeler maman dans de vraies cabines téléphoniques cette fois. La première ne marche pas et la deuxième, un Thaï me fait signe que c'est ok et que je peux utiliser... heu... oui mais non. On rigole bien de voir le câble sectionné et moi avec le téléphone à l’oreille. Le soir je plante ma tente en bord de mer, ou la vue est juste incroyablement belle. Une sorte de baie avec des bateaux de toutes les couleurs qui arrivent au port.
J’arrive à charger juste de batterie dans un café pour retenter un appel et demander de l'argent par Western Union à Super Maman, cette fois-ci c'est bon je suis soulagée elle le fera dans la journée. Merci maman! Bon on est le 28, le lendemain c'est dimanche et tout est fermé. Du coup je continue jusqu'au 30 ou j'arrive dans une assez grande ville pour trouver une Western Union, mais quand j'y arrive enfin on me dit que tout est fermé le 30, 31, et le premier. D'accord il me reste environ 300 bath, soit environ 8 CHF pour 4 jours... et pour passer nouvel an? Que je rêvais de passer, le cul tout endoloris posé sur du sable fin de l'une de ces plages paradisiaques qui m'entoure. Tu rêves Sandro à vélo!!!!
Bon quelles cartes me reste-t-il? Essayer de rejoindre Chumphon une plus grande ville encore et trouver une autre solution là? C'est parti je continue à pédaler... Je passe notamment par une ville qui s'appelle Bankrut... Salop de destin arrête de te foutre de moi maintenant, je trouve cette plaisanterie de très mauvais gout!!! Ah et je vous ai dis que je me perdais? Souvent? Et que quand tu as environ 140 km à faire pour atteindre Chumphon, t’as juste pas envie de te perdre. Non mais attend... Prépare toi: Alors j'ai l'habitude de regarder du côté gauche pour voir la mer, puisque je vais vers le Sud et que je suis sur la cote Est. Mais, quand, soudainement elle apparait à droite tu fais quoi? Mais quoi? Comment ça à droite? Attend! Et je suis bien en train de me diriger vers le Sud? Et ces Thaïs m'ont bien dit que j'étais sur la bonne route quand je leur ai demandé mon chemin? Mais... Roh bon moi j'abandonne, mer à droite à gauche, plus d'argent, plus de moral, pffff et plus de main valide. Oui parce que la veille quand j'essayais de planter ma tente dans l'enceinte d'un temple en bord de mer mais que le vent m'empêchait de faire les choses correctement, et que le sol était tellement dur que je devais y mettre toute ma force. Ajouté à ça toute la colère que j'avais à ce moment, c'était pas exactement une bonne idée de laisser son doigt entre la brique et la sardine... Roh et puis quand les chiens ont rongés les cordes qui maintenait tant bien que mal cette foutu tente qui ne tenait que par la peur. C'était trop... Je vous passe les détails vélohistics qui ont handicapés 2 doigts de mon autre main.
Donc oui j'abandonne! Mais j'abandonne pas comme à Bagan en Birmanie. Là vraiment les limites sont atteintes, peux plus! Qu'on me rappatrieeeeeee!!!
Non je ne peux pas. Pas le choix. Je dois continuer, je savais bien que ce serait dur et le but est aussi de relever ces défis, c'est pour ca que je suis partie! A ce moment je puise vraiment au fond de moi. J'ai même peur de manger et de dépenser les quelques bats qu'il me reste. Koh Lanta me voila! Alors je joue une dernière carte, j'écris le nom de la ville : CHUMPHON au dos de mon vélo, sait on jamais! 110 km... 100 km... 80 ... J'en peux absolument plus que ce soit clair et c'est pas tant physique, l'épuisement est vraiment psychologique. Je finis par pousser mon vélo, en me disant que dans quelques mètres se trouve une station service et que ce serait plus facile de trouver quelqu'un qui puisse m'emmener jusqu’à Chumphon. Et une voiture s'arrête... me prend et me dépose à 50 mètres d'un centre commerciale avec une western Union... Pfffffiou... Je ne sais même pas comment le remercier, mais MERCI!!! Je voudrais lui offrir plein de cadeaux aussi, mais tout ce qu’il me reste, ce sont deux écharpes…
Voila, j'aimerai vous partager plus que seulement ces quelques anecdotes! Mais c'est difficile... La plupart du temps je doute, souvent je me demande vraiment ce que je fais là et pourquoi je fais ça et je dois sans cesse me remettre en question. C'est dur à expliquer ce qu'on ressent quand on passe sept heures posée sur une selle pas tout à fait confortable et souvent je me dis que c'est absurde et que ca n'a pas de sens. Qu'à toutes ces difficultés y'en a pas mal d'autres notamment le fait que je sois une femme qui voyage seule. Si je n'ai pas eu de problème particulier je suis souvent sur la réserve et je ne peux pas toujours agir comme je le voudrais et cette sensation est très frustrante. Elle l’est d’autant plus depuis le jour où je me suis faite suivre par un militaire ivre en scooter qui me faisait des propositions quelques peu dégradantes. Depuis, mon couteau suisse est à portée de main.
Mais après tout ça quand on me demande comment je vis ce voyage, je me surprends à dire que c'est incroyable et que j'adore ça! Quelqu'un y comprend quelque chose?
Allez demain je reprends la route pour la côte ouest cette fois-ci. La mer sera à ma droite, normalement…
Ah oui dans la rubrique animalière: Sur ma route je croise quantité d'animaux: Poule, canard, cochon, éléphant, serpent, chien, gnous, etc. A un moment quand je roulais, je me dis "tiens c'est marrant j'ai toujours pas vu de crocodile ou de truc comme ça." Et bien, les amis, sachez qu’il ne faut jamais se dire ce genre de truc! A peine quelques minutes après, je vois bouger quelque chose dans les buissons sur ma droite, je ralentis et vois un énorme reptile, genre crocodile, ou alligator un truc bien moche en tout cas! Je crois n’avoir jamais été aussi vite avec mon vélo... Du moins, pas depuis l'histoire du camion.
Allez bec à tous je vous embrasse bien fort!
Sandro à vélo
Mail – South Thailand
Salut les moustachus comment va ?? Bon je vous préviens… cette histoire est complètement folle. J’en ai vu de toutes les couleurs depuis la dernière fois! Il s’agira de bien tristes histoires ainsi que de nouvelles plus réjouissantes. Dans l’épisode précèdent vous avez eu à faire à un Sandro à bout de souffle. Je me trouvais à Chumphon soit à 500 km en ligne droite de la frontière Malaisienne où je me trouve actuellement. Environ 1000 km si on aime se perdre dans les contrées reculées.
Aujourd’hui, je prends le temps de vous écrire car c’est mon vélo qui est à bout de souffle. Après 4’000 km parcouru depuis le début du voyage, j’ai le regret de vous annoncer que Racer, mon compagnon est décédé. Les freins m’avaient déjà lâché à des centaines de kilomètres de là, le boitier de vitesse aussi… Et je ne vous parle pas de la selle qui déjà qu’inconfortable ne tenait plus du tout à sa juste place à cause des vis que j’avais un peu trop usées.
Bon alors oui, oui bien entendu que j’ai le gros chagrin! Malgré les conflits quotidiens, moi je commençais à bien l’aimer mon vélo…. Bon je ne m’attarde pas sur ce triste événement. A l’heure actuelle j’ai un beau vélo tout neuf, très bon marché, certainement un peu trop mais je me réjouis de l’apprivoiser dans le col de demain. Bon alors vous voulez de l’aventure ? Ce que vous voulez savoir c’est comment je me suis faite escortée par le chef de la police de Panare du Sud Est de la Thaïlande par exemple ? Et bien je vous raconte.
Je bicycle à travers la forêt tropicale et ma moustache se transforme en une grosse touffe qui dégouline des litres d’eau en continu! Sérieux, je bois environ cinq litres par jour. Les paysages sont saisissants, tantôt en pleine forêt vers des cascades, tantôt en bord de mer où je suis seule pour me baigner.
Un matin on me fait chiquer du “Katom”? Une sorte de feuille avec de la chaux, et on me fait fumer le tabac local roulé dans des feuilles de Yatchun ? Ah les Thaïs aiment bien se foutre de moi quand j’essaie de nouveaux trucs… Bizarrement j’enchaine pas mal de kil après ça. C’était quoi déjà le nom? Katom? Mh…. Bon allez, je continue à rouler et je dois retrouver des amis à Krabi et décide de me poser quelques jours. Six jours… Comment ça six jours? Je vous jure que je croyais qu’il s’était écoulé deux jours seulement… Et bien j’en avais besoin. Et sur la côte de la mer d’Andaman les paysages sont également incroyables. De l’eau transparente, du sable fin, des coraux, des poissons de toutes les couleurs qui nagent autour de toi… Un petit gout de paradis. Des falaises de calcaires qui surgissent de l’eau surmontées par une épaisse forêt dans laquelle des singes avec d’énormes yeux bleus se baladent.
Durant ces six jours je dois quand même vous parler de Kho Phi Phi, une île où j’ai du me rendre uniquement pour des raisons vélohistics !!! Si si je vous jure ! Je devais rencontrer Ludovic qui a voyagé en Malaisie en vélo et j’ai besoin de ses conseils car il est passé par le Sud Est de la Thaïlande qui est une région à risque. Des conflits durent depuis plusieurs dizaines d’années et ont fait plusieurs milliers de mort. A la frontière avec la Malaisie je sais également qu’il y a des risques d’enlèvement. Je ne veux pas prendre de risque mais comme il est passé par là en vélo je pars à la pêche aux infos. Ainsi, il m’assure que la situation n’est plus aussi risquée et qu’à vélo c’est tout à fait faisable. Je me renseigne également auprès de la population locale et généralement ils me disent que c’est possible.
Pourquoi s’acharner à vouloir retraverser le pays pour aller à l’est me direz-vous ? (pour ceux qui ont suivi l’histoire est/ouest) ? Et bien il s’agit surtout d’éviter les grandes villes de la cote ouest de la Malaisie et de bicycler sur les routes de campagnes de l’est. Avec la moustache ébouriffée je reprends ma route car il se met à souffler et je lutte pas mal pour avancer contre le vent. Durant quelques jours je sillonne à travers des paysages incroyables entre cascades, grottes, récolte d’ananas et autres merveilles. Au fil de mon avancée vers le sud, je trouve toujours plus de mosquées et de moins en moins de temples. La population devient majoritairement musulmane et je décide de profiter des derniers temples bouddhistes que je croise pour discuter avec des moines et demander l’hébergement pour la nuit. Nombre de voyageurs que j’ai croisé sur la route voyagent de temple en temple et moi je trouve ça super intéressant et je me réjouis de pouvoir partager des expériences avec des moines bouddhistes comme j’avais pu le faire en Birmanie. Et une fois de plus on me refuse l’hospitalité, cette fois on a l’honnêteté de me dire que c’est parce que je suis une femme. Alors je savais bien que nous étions des êtres à part, de par notre infinie gentillesse, bonté, grâce et intelligence et que les hommes en sont fortement jaloux mais je ne pensais pas qu’on allait me renvoyer comme ça !
Ainsi je me renseigne auprès d’un poste de police sur les autres possibilités de logement dans le coin et une femme accoure pour traduire. A nouveau, elle trouve intéressant que je voyage comme ça et elle propose de m’héberger chez elle. Elle se réjouit de m’emmener au marché, de me présenter à ses amies etc. Un point de plus pour les femmes !
Elle m’emmène également à une cérémonie funéraire bouddhiste ou je peux observer des spectacles d’ombres chinoises, et ou les femmes s’amusent également à me faire chiquer du Katom. Elles rient bien de me voir une heure après, la bouche encore pleine de feuille et de cette noix étrange dont je n’arrive toujours pas à savoir le nom.
Le lendemain je continue et découvre encore milles cascades, et je fais la connaissance également en route d’un couple parfaitement incroyable! Ils voyagent maintenant depuis un mois à vélo et vont continuer encore minimum six mois avec leurs deux enfants ! A vélo ! Non mais attendez : Le premier a cinq ans et il fait environ vingt km par jour puis accroche son vélo à celui de la mère pour aller faire la sieste dans la remorque tirée par le père. Le deuxième a tout juste 3 mois ! C’est complètement fou non ?
Ils continuent vers l’ouest moi je file a l’est, je dors proche des cascades, ou je profite de me laver et me reposer dans cette eau paisible. J’effraie juste un espèce de gros reptile (évitons le mot crocodile ou vous allez me faire rentrer sur le champ). Et la à nouveau une femme, musulmane cette fois tente de discuter quelques mots avec moi et veut m’héberger pour la nuit. Nous passons la soirée avec les voisins sous un couvert juste à côté de la cascade. Les hommes fument, les femmes chiquent, je mets le voile, nous rigolons bien même si ils ne parlent pas un mot d’anglais et moi « Thai ? nik noi, nik noi». Ils sont tellement surpris que je voyage seule, ils montrent toujours un avec leur doigt et me demande ou est le deuxième ? Elle rigole bien le soir quand un chat vient s’endormir entre mes bras. Elle me montre deux avec ses doigts, comme quoi maintenant je ne suis plus seule !
A mon réveil je bouscule ce foutu chat qui est bien trop collant et je vois qu’il pleut… génial justement la route que je prends est en terre ! Impression de déjà vu de la Birmanie... C’est parti et je passe une superbe journée sur des petites routes de campagne. J’entends des « Sawadikaaa » et des « Hello » de partout parfois au milieu de nul part et j’ai beau chercher des fois je ne vois personne ! Peut être ma schizophrénie naissante ?!
Non pas ça non ! Je dois m’arrêter pisser. Mais … il y a dix minutes aussi. Et … ça brule. Noooon je suis tombée deux fois malade je n’en veux plus merci. J’ai jamais eu d’infection urinaire mais les symptômes sont là, et ils s’assemblent à merveille avec une activité que je pratique régulièrement ces temps-ci. Heureusement je suis au milieu de nulle part dans la nature alors je peux m’arrêter chaque dix minutes pour uriner. Mais ça devient long, ça brûle, ça pique. AAArrrgh et si l’infection remontait au rein ? L’avantage d’être perdu dans la brousse devient vite un inconvénient. Il va me falloir supporter deux jours avant de trouver un hôpital. A l’accueil… Si c’était bien l’accueil, je m’explique… mais personne ne parle anglais. Pfiou… il me regarde étrangement. Bon ben c’est parti pour un Dessiner c’est gagner : Aujourd’hui on dessine une infection urinaire ! On rigole bien mais ils me comprennent toujours pas. Après un moment quelqu’un arrive pour traduire. Okay des antibiotiques, ça roule !! Gagné !
Après ça je me mets d’accord avec ma conscience pour prendre plus de temps en campagne et mettre le vélo dans le train afin d’éviter les grandes villes. Ainsi je fais quelques kils en train pour traverser HatYai et je reprends le vélo pour rejoindre la côte Est en bord de mer et là c’est désert ! Je m’accroche un moment à une autre voiture et me retrouve rapidement sur la côte pour pédaler sur une route déserte. Parfait pour le camping... Quand soudain… la route s’arrête, elle est détruite et se fait avaler par la mer… Heu… d’accord mais moi je fais quoi alors la ? Je trouve la situation très amusante et prends quelques photos en me disant que vous allez bien rire en les voyant car moi j’avais bien vu qu’il y avait des traces de pneus sur le coté de la route. Ouais… mais en fait elles ne mènent nulle part… Ah oui ? Si la ! Un camion ! Un type arrive, serpette en main, et me regarde en riant comme un bossu ! Je veux bien rire mais je fais quoi moi la ? Je viens de me taper pas mal de kil et c’est la fin d’après-midi. A lui de trouver ça amusant car il connait un chemin à travers les prairies pour rejoindre la route, la vrai cette fois. Je le suis tant bien que mal avec mon gros vélo. Ah voila… La route principale… Le temps de me montrer encore 1 avec son doigt ? Je devrais lui dire non, comme je fais parfois par sécurité mais je ne décèle rien en lui qui ne m’inquiète. Oui je voyage seul. Je le remercie chaleureusement et roule en direction du prochain village.
La … Ca devient bizarre. Normalement je prends de quoi manger et continue à rouler pour m’éloigner un peu, trouver un coin tranquille et planter la tente… Mais y’a bien quelque chose d’étrange dans cette ville, y’a un truc qui pue. Et je ne parle pas des centaines de poissons que les pêcheurs font sécher au soleil. Y’a quelque chose qui cloche dans l’ambiance de cette ville et je me sens pas à l’aise. Il faut trouver quelque part pour dormir ou je suis en sécurité. Je me dirige vers une sorte d’école ou de librairie et demande s’il est possible de mettre la tente dans leur jardin car ça semble être sécurisé. D’un seul coup, tout le monde s’active, on appel la directrice même l’hôpital pour me loger. Je me sens mal et leur dit que je ne veux pas déranger et que je vais continuer ma route. Mais ils ne me laissent pas partir et m’emmènent jusqu’au poste de police. La je suis en sécurité pour dormir… Okay merci beaucoup. Mais pourquoi ? Je fais la rencontre du chef de la police, ils me proposent un petit local pour passer la nuit. On me demande ce que je veux manger et réponds innocemment que je vais juste sortir au marché pour aller chercher deux ou trois bricoles. «No no too dangerous !!». Apparemment la situation est beaucoup plus tendue, les conflits perdurent et il y a de nombreuses victimes ces temps-ci. On m’impose le couvre feu à 18h et entre temps on m’accompagne en voiture au marché. Il est difficile de communiquer pour savoir ce qu’il se passe exactement. Je me sens un peu coupable de causer tout ce chamboulement. Pas de soucis qu’ils me disent et profitent pour prendre des tas de photos, tantôt avec lui, tantôt sans elle, tantôt avec le vélo, le pouce levé, etc. Le soir j’assiste à la descente du drapeau thaïlandais avec l’hymne national et je discute de l’itinéraire pour la suite avec quelques flics. Je soupçonne l’un d’entre eux qui parlait un peu anglais d’être resté aussi longtemps uniquement pour traduire….
Cette histoire me fait pas mal réfléchir... Est-ce que je fais bien de voyager comme ça en étant une femme? Je commence à tout remettre en question Le lendemain, le chef de la police m’escorte jusqu’à la province ou je me trouvais la veille et ou je suis en sécurité.
Pour moi c’est une énorme chance de voyager comme ça. Tout ce que je vis au quotidien surpasse tellement ce que j’avais pu espérer. Je fais des rencontres tant inattendues ! Et les thaïs apprécient de voir des gens qui voyagent comme ça. Ils m’encouragent beaucoup, et ça m’aide parce que la route est parfois très longue et difficile malgré tout l’éloge que je fais de ce voyage.
Ce soir je suis à Satun et tout fermait à cause du shutdown et des protestations à Bangkok. La Thaïlande devient mouvementée avec l’approche des élections et pas mal de chose vont changer dans ce pays. Je n’ai pas de regret d’avoir pris cette route au lieu du Vietnam et de la Chine. Je suis étonnée de m’entendre dire que c’est un pays incroyable. Son principal atout après l’amabilité des Thais bien entendu ? La cuisiiiiiiiiiiine ! Pour ceux qui s’attendent à me voir rentrer tout maigre et musclé par la bicyclette ne vous en faites pas... je mange teeeelllement ! J’imagine si je n’étais pas venu en vélo... O_O
Dingue mais dans chaque ville que je traverse, je découvre des nouveaux plats, nouveaux desserts, nouveaux fruits, nouveaux parfums, nouvelles couleurs... L’odeur alléchante m’attire toujours et même à vélo parfois je suis obligée de m’arrêter, pour gouter tant ca sent bon. C’est mon dernier soir en Thaïlande. Demain je prends la route direction la Malaisie, j’aurais aimé passer par l’Indonésie mais un volcan me barre la route. Bon mes amis moustachus, à bientôt pour de nouvelles aventures !! Sandro et son nouveau vélo
Mail – Malaysia
Salut les sportifs!!
J'voulais la faire genre philosophe et vous écrire un mail du style : Il n'y a pas de montagne qui soit infranchissable à celui qui veut vraiment la gravir... Mais bon j'ai trop de truc à raconter alors on va la faire soft question philo.
Cette fois-ci c'est avec la moustache pleine d'épice que je vous écris. J'ai des miettes de curry, de miel, de coco, et de sésame entre les poils qui bordent mes lèvres. Hé oui la Malaisie et Singapour pour la nourriture, c'est énorme! Ah oui je ne vous ai pas dis? Je suis à Singapour!! Ahaha ... Entre 4500 et 5000 km dans chaque mollet, je vous assure que l'autre jour en me rasant les jambes (ben oui quoi vous pensiez que je vivais comme un Yeti dans ma tente?!) j'ai tâté le mollet et oh mon dieu!!! Il a changé de coupe!! J'ai le mollet sportif! Qui l'eu cru?!
Mais revenons à ce qui nous intéresse le plus... La nourriture! Donc dans mon dernier mail je vous ventais les mérites de la cuisine Thaï comme d'un pur paradis culinaire. Et bien après avoir traversé la frontière Thaïlande\Malaisie, testé mon nouveau vélo dans un col, puis passé la nuit dans un parc national à regretter l'ancien, j'arrive en Malaisie et passe la soirée suivante à Aloe Setar. Là, je découvre qu'on peut manger de TOUT. Alors depuis, c'est indien le matin, avec ses puri, roti et dosa; malais à midi et chinois le soir.
Parce que la Malaisie c'est ca: Tout un mélange de culture! C'est assez drôle, je rencontre des indiens musulmans, des malais bouddhistes, des chinois chrétiens qui mange indien dans le quartier islamique... Ouais, faut suivre hein! Parfois dans une même rue tu trouves un temple chinois, un temple hindouiste, une mosquée et une église, c'est assez original. Donc si je vous dis que j'ai fêté le nouvel Chinois avec des indiens dans une église catholique vous allez me croire?
Donc le cul de nouveau tout endolori, je continue la route sur la côte Ouest. Les premiers kils sont intéressants, même assez beau... Et puis je me rapproche des grandes villes et depuis, c'est l'horreur, l'angoisse! Un trafic hyper dense, et les klaxons que j'entends désormais ne sont plus uniquement pour me saluer et m'encourager! Et ou est passé la ligne de sécurité qui bordait l'ensemble des routes de Thaïlande? Je me retrouve donc sur une route surchargée par des vacanciers qui rentrent fêter le nouvel an dans leur famille... Sans ligne de sécurité. Du coup il reste environ 5cm sur la route que je peux occuper et si par hasard tu dépasses cette limite et que la roue dévie dans le fossé, tu risques de te retrouver à manger le bitume malais, avec quelques bleus et le nouveau rétroviseur tout brisé (qui m'avait fraichement été offert par Robert, un cycliste rencontré sur la route avec qui nous avons passé l'après midi à débattre de l'utilité de ces rétroviseurs sur un vélo). Enfin, bon ça suffit de rêvasser! Je continue la route en redoublant de vigilance....
Un après midi, je rencontre deux cyclistes et ils me parlent d'un certain Akmal, qui vit à Kuala Lumpur et qui serait une référence cyclocyclique. Je ne suis pas, mais pas du tout intéressée parce que Kuala Lumpur étant la capitale, c'est LA ville que je vais éviter! Pour sur. Mais bon je note quand même son nom... Les : "Sait-on jamais" des voyages se révèlent parfois utiles. Et je continue la route entre champs de palmiers, champs de palmiers et champs de palmiers. Car la Malaisie c'est aussi ça ... Des plantations de palmiers .... Encore et encore!
Le soir j'arrive à Kuala Selangor et je pose ma tente dans un parc naturel, et bien que parfaitement épuisée par une journée de cyclisme dans le trafic et les palmiers, et la CHALEUR (en majuscule parce qu'il fait TRES chaud) je sens que l'aventure m'attend quelque part et je grimpe une ENORME pente (en majuscule parce qu'elle était encore plus ENORME en étant fatiguée). Et j'admire le coucher de soleil avec quelques autres touristes. Tiens d'autres cyclistes!!! On échange quelques mots et je parle notamment avec un type qui me dit :
"Oh mais tu aurais du m'écrire sur Warmshower (un site pour héberger les accros de la selle), je t'aurais donné des conseils sur les routes à prendre."
"Ah oui?"
"Ouais on dit parfois que je suis l'information center de la Malaisie à bicyclette" ... Attends voir. Je sors de ma poche le papier avec écris Akmal dessus. " Je suis sur que tu t'appel Akmal!"
… Dans le mille! Je regarde autour de moi… Qui s’amuse à me jouer des tours comme ça ?
Bref, du coup il m'héberge durant deux jours, m'aide à revendre la bicyclette que je vais devoir envoyer quatre jours plus tard à son destinataire. L'après midi, il m'invite à un mariage ou je porte la robe traditionnelle Malaisienne et le lendemain, nous redessinons la suite du parcours. Il me reste à présent quatre jours. Et je voulais pas avoir à vous écrire: "ouais ben les palmiers étaient sympa quoi!!"
Alors hop quelques 8h de bus plus tard, je suis au nord-est et prête pour retraverser le pays entre collines et montagnes! Il n'y aura rien du tout sur ma route jusqu'à la prochaine ville à environ 190km plus loin. Enfin... si un sanctuaire ou je peux rester dormir en milieu de parcours. Akmal me vente les mérites de cette route avec des éléphants, des lacs, et pas le moindre véhicule! On regarde encore la route et si je me dépêche je peux même faire le col des Camerons Highlands, qui est une station touristique assez prisée pour ses plantations de thé, de légumes, de fraises et surtout pour son air frais. Je ne vous l'ai pas dis mais cette destination m'a hantée depuis mon arrivée sur le sol malaisien. Allez Akmal je vais l'faire!!! On rit pas mal parce que c'est "juste" environ 500km de route, en altitude... Mais je trouverai une solution. Donc après ces huit heures de bus je grimpe sur le vélo. Et c'est parti! Les paysages, une fois de plus sont saisissants et juste un ou deux véhicules qui me crient "Good Luck" au passage... mh j'aime ça! Bon. la journée j'ai pas vu les éléphants, et le soir, le sanctuaire était fermé et... je n'ai pas prévu assez d'eau et de nourriture pour deux jours.
Pfff… Seule en bord de route, je me dis que la soirée va être longue. Mais avec ma chance légendaire une voiture passe, s’arrête pour me demander si tout va bien. Et ben tiens ! Il est très aimable, prends mon vélo le mets dans le coffre.
Quand il entend que je vais chercher une église pour la nuit, il me propose de payer l'hôtel. Car la Malaisie c'est aussi ça: des Malaisiens super généreux! Je décline poliment en lui assurant que je vais me débrouiller et qu'en cas de besoin je peux payer la chambre. Quelque instant plus tard, il sort du véhicule et me prie de rester à l'intérieur. Il est juste trop tard quand j'arrive à lire entre les symboles chinois : Hôtel... Et c'est ainsi la plupart du temps, dans les restos généralement, je suis très surprise quand parfois des gens des tables voisines me paient mon repas à mon insu et s'en vont, parfois même sans m'adresser la parole. Juste un sourire... Ca s'est produit très souvent un peu partout... Cette nuit là donc, je dors à l'hôtel, même après avoir longtemps insisté.
Enfin... Depuis le début, que ce soit en Birmanie, au Laos, en Thaïlande et en Malaisie, leur générosité m'impressionne. Mais pas uniquement pour ce qu'on m'offre mais pour l'intérêt qu'ils démontrent, pour leur ouverture d'esprit, leur calme, leur humour... Mais reprenons, donc après une bonne nuit de sommeil je peux m'aventurer sur la route des camerons Highlands! 195km... Sans l'ombre de vie durant ce trajet. J'entasse nourriture et bouteille d'eau pour 2j. Et c'est parti! Ça grimpe un peu et ça redescend un peu moins. Après six heures de route, une petite pause sur les seuls cinq centimètres carrés d'ombre que je trouve est la bienvenue. Et soudain, une voiture s'arrête. "Do you need to go to the Cameron Highlands? " Et ben tiens!!! Justement! Merci! Une chance légendaire tu disais ?
Arrivée en haut, je rencontre une cycliste polonaise parfaitement zinzin! D'une part parce qu'elle, elle à fait toute l'ascension des Cameron Highlands sur son vélo et pas sur un fauteuil en cuir! Et surtout parce qu'elle est polonaise! Je m'explique : Elle, elle rentre tout simplement chez elle en vélo depuis Kuala Lumpur! EN POLOGNE! (en majuscule parce que la Pologne c'est loin!). Zinzin, et extrêmement courageuse car contrairement à moi, elle n'a reçu aucun soutien de sa famille et de ses amis. Pfiou... Elle n'a pas de blog, alors je ne peux pas vous encourager à suivre ses histoires...
Mais je me rends compte en l'écoutant à quel point j'ai de la chance. Merci.... Vraiment pour votre soutien à tous. C'est énorme la chance que j'ai eu depuis le début... Enfin même si j'ai eu quelques épreuves plus difficile et que le destin s'est bien foutu de moi avec l'histoire de Bankrout notamment, il m'a bien sourit par la suite! Un clin d'œil assez drôle est celui de la mandarine:
Je bicycle tranquillement et normalement j'ai toujours des fruits accrochés au porte bagage, au cas où! Mais exactement au moment où je m'aperçois que je n'ai rien et qu'il va falloir trouver quelque chose sur la route, j'entends un klaxon, un type à scooter me passe à côté, freine, me tend une mandarine et s'en va... C'est rigolo! Merci!!!
Mon voyage s'est terminé hier, à Ipoh où j'ai envoyé mon vélo dans le train. J'arrive à Singapour à 2h du mat' car il a fallu changer la locomotive en cours de route... Dans la Guest house je fonds en larme, c'est terminé! Mes sentiments sont partagés ... Qui l'eu cru? Des larmes de tristesse car c'est une aventure merveilleuse qui s'achève et également des larmes de joie perlent sur mes joues. Et puis je ris! Je suis tellement heureuse!!! Qui à la chance de pouvoir réaliser son rêve?
Voila le dernier chapitre de cette aventure... Je vous lance quelques trucs en vracs que j'ai appris en route et que j'avais envie de partager.
- Ne jamais marier un singe. Conseil de Jack Loback rencontré à Penang et qui après quelques bières m'a supplié et fait promettre de ne jamais marier un singe, (du calendrier chinois bien sur). Ca me paraissait important de le partager avec vous.
- Beaucoup de gens m'ont dit avant de partir que c'était de la pure folie de faire ce voyage, mais ce qui aurait été plus fou encore aurait de ne jamais l'entreprendre.
- Il y a une règle physique avec laquelle je ne suis pas d'accord: Les montées à vélo durent toujours beaucoup plus longtemps que les descentes... Ca c'est ce que je me disais au début du voyage. Et puis par la suite, ce que j'ai réalisé c'est que pour chaque montée, aussi difficile soit elle, il y a une descente par la suite. Autant profiter des montées et trouver en sois la force qui nous pousse vers le sommet. On découvre finalement pas mal de chose à l’intérieur de nous-même, et les paysages sont époustouflant une fois en haut. On voit la route qu’on a déjà parcouru, et on peut choisir celle qu’on veut emprunter pour la suite.
- Si vous me demandez ce que j'ai trouvé le plus dur pendant ce voyage, je vous répondrai sans hésitation: La selle de mon vélo.
- S'il vous plait, quand vous ouvrez une portière sur la route, regardez s'il n’y a pas un cycliste un peu rêveur juste derrière...
- Le bonheur est simple, et j'en ai pleuré d'y avoir gouté, de l'avoir savouré et de m'en être léché les doigts tant c'était bon!
Ce voyage m’a permis de d’allier toutes les choses que j’apprécie. La nature, l’aventure, les rencontres, l’inattendu, la découverte, d’autres cultures, spiritualités, le partage, l’entraide, les défis, l’adrénaline, la nourriture et même de nouveaux styles capillaires. Ce voyage m’a surtout permis de découvrir quels étaient les piliers et les fondations dont j’avais besoin.
M.E.R.C.I en majuscule parce que je vous suis très reconnaissante pour m'avoir soutenu, aidé à préparer ce voyage ou simplement pour m'avoir encouragé pendant ces quelques mois.
Allez, sur ce, je vais aller me faire tailler la moustache pour mon retour en Suisse... Qui sait, avec mon expérience des coiffeurs asiatiques, je vais peut être rentrer sans moustache O_O
Sandro sans son vélo...
AU RETOUR
A mon retour, tout semblait avoir changé, j’ai eu soudain l’impression d’être parti pendant des années. Et puis la seconde d’après, c’était l’inverse. Rien n’avait changé, tout était exactement comme avant le départ et j’ai eu l’impression de n’être jamais parti. J’ai eu peur d’oublier, d’oublier les couleurs, les parfums, les saveurs, les rencontres. J’ai eu peur de ne pas me rappeler. Mais j’ai choisi de profiter de chaque instant de ce voyage. J’ai choisi d’être là, bien présente à chaque minute et toutes les couleurs, les parfums, les saveurs avaient encore plus de goût, les rencontres devenaient plus vraies encore. Et puis oui, bien entendu, je vais oublier… Au début je ne me souviendrais plus du nom de cette femme qui m’avait hébergé chez elle, et qui été restée dormir avec moi entre les statuettes de bouddhas et l’encens qui brulait au salon. Je vais oublier son rire, le gout des desserts qu’elle m’avait ramené. J’oublierai l’odeur de l’encens et l’atmosphère qui se dégageait quand elle récitait ses prières bouddhistes à la lumière des bougies devant son livret qui avait terni avec le temps. Et puis, bien entendu, par la suite j’oublierai ces instants passés avec elle. Viendra un jour ou j’oublierai même que Smile, une thaïlandaise m’a invitée chez elle… Mais je n’oublierai jamais le bonheur d’avoir vécu ces instants avec tellement d’intensité.
Il y a beaucoup de vent et de tempête. Ayant eu l’impression d’avoir poussé un peu de travers, j’avais le sentiment de plier plus facilement dès que le souffle devenait plus fort. Comme si tous ces arbres résistait mieux et restait droit alors que le mien se fissurait chaque jour un peu plus. J’ai voulu solidifier mes racines et devenir le roseau qui plie mais ne rompt pas. Aujourd’hui je n’ai plus peur d’avancer. C’est moi qui possède les pinceaux. Le voyage m’a permis de découvrir qu’il existe d’autres couleurs, et je m’extasie à les mélanger et tester chaque jour de nouvelles teintes. Chaque matin j’ai l’opportunité de choisir les tons et je n’ai plus peur de jeter de la peinture sur cette toile blanche.
Alors quoi ? Qu’est ce qui a changé ? La liberté ? D’être plongée dans une autre atmosphère ? De ressentir la vie au plus profond de mon être ? De sentir l’air tantôt frais, tantôt chaud, jusqu’à le sentir brulant lorsque le soleil était au zénith ? De savoir qu’avec moi j’avais le nécessaire pour survivre et que cela me permettait de vivre mes envies à chaque instant. De ne plus penser ni au passé, ni à l’avenir mais de me laisser porter par le courant du moment présent. De profiter des rencontres pour me guider. De prendre le temps, de vivre, de ressentir, et depuis lors même le sentiment de solitude s’en est allé. Un certain moment il avait occupé beaucoup de place, et puis quand j’ai réussi à savourer chaque instant presque égoïstement, alors il n’a plus été aussi fort. Vivre est devenu soudainement si agréable, si intense. Mon bonheur n’a jamais été aussi parfait. D’avoir porté en moi ce rêve pendant des années, et de pouvoir le dessiner selon mes désirs. De vivre des moments difficiles et déstabilisants ou je me suis rendue compte que je n’avais pas à saisir le bonheur mais juste à le ressentir car il était là. Je sens la vie dans chaque partie de mon corps. La sève coule à plein flot, j’ai même de la peine à la canaliser mais elle donne naissance à des pousses dont j’ignorais l’existence
Vivre était pour moi si effrayant. Les couleurs semblaient fades et elles ne me correspondaient pas. Le monde évoluait dans une direction que je ne voulais pas suivre. Pourtant, le bonheur était là, je le savais puisque tout le monde semblait en jouir. Ou alors, s’ils n’en jouissaient pas, ils survivaient quand même. Même si ça leur était égal de savoir pourquoi ils étaient là, ils survivaient… Mais moi je me meurs. Je crève putin ! Je me suis laisser trainer jusque là. J’ai vécu à défaut de ne pas mourir mais à aucun moment j’ai vécu parce que j’avais envie de vivre. Sans raison, sans but, je ne suis qu’un amas de cellules qui continue à se diviser. L’unique chose dont je suis certaine et que je ressens au fond de moi, c’est la mort. Je suis certaine de mourir et d’être vouée à disparaitre. Si pendant des années c’est cette réalité qui était invalidante, avec les années cette peur de mourir s’est transformée en peur de vivre. Et puis, plus que la peur de vivre, c’était l’indifférence par rapport à la vie qui fut le plus troublant.
Mais je refuse d’être un corps qui évolue sans but. Je refuse d’être indifférente et de me laisser trainer.
Aujourd’hui je ne sais pas plus qu’avant quelle est cette force, je ne sais pas ce qui a changé. Il n’y a finalement qu’une seule chose que j’ai compris. Que ce soit en Afrique, en Inde, en haut à Nend’ ou en Birmanie, la seule chose qui réunit les hommes et la seule chose qui m’a permis d’être de retour aujourd’hui de ce voyage c’est l’amour. Alors oui, on le savait ça, l’amour on le loue à tous les gouts, on le loue dans les mosquées, dans les temples, dans les églises, depuis la nuit des temps sous toutes ces formes. On le décline au présent, au passé, au futur. Mais le ressentir, au fond de sois, c’est tellement fort, que je n’ai plus besoin de chercher d’eau, je l’ai en moi et je le ressens en chaque personne que je rencontre. Tous les jours. Je ne crois en aucun Dieu, et je ne m’allierai à aucune religion. Si dieu est amour, alors il est dans chaque personne que je rencontre. Dans chaque sourire qu’on me tend. Si l’amour est la seule chose qui me permette de ne pas être un corps qui avance sans but, alors ça me suffit pour avoir envie de continuer. Ca me suffit pour avoir envie d’être là maintenant à écrire, ça me suffit pour clore cette histoire et ça me suffira pour me lever demain.
Bons restos en Namibie
Bonjour à tous les passionnés de Namibie, et je vois que vous êtes de + en + nombreux,
J'ai cherché un fil de discussion sur les bons restos dans ce magnifique pays, et je n'ai rien trouvé.... Quelqu'un pourrait-il me donner quelques conseils, restos à Windhoek, Walvis Bay, Swakopmund ou ailleurs?
Merci!
J'ai cherché un fil de discussion sur les bons restos dans ce magnifique pays, et je n'ai rien trouvé.... Quelqu'un pourrait-il me donner quelques conseils, restos à Windhoek, Walvis Bay, Swakopmund ou ailleurs?
Merci!
Fouta-Djalon (massif) en Guinée: informations récentes?
il y a quelques années nous avons parcouru a velo quelques pays de afrique de l ouest a velo b f togo benin notre envie de revenir c est focalisee sur cette région de guinée mais les renseignements dates un peu si quelques personnes ont des infos récentes ce serait avec plaisir
.
nos dates( flexible) de voyages en gros fin decembre pour 1 bon mois minimum merci a tous
Voyage à vélo: Niger ou Nigeria?
Bonjour à tous,
J'ai un projet qui me trotte dans la tête depuis pas mal de temps: traverser l'Afrique à Vélo. Cependant il y a un léger problème pour passer de l'Afrique de l'ouest à l'Afrique centrale. Si je m'en tiens aux informations disponibles sur le site des ambassades de France, une escorte policière est obligatoire au Niger (indispensable ?), et indispensable au Nigeria, pour les raisons que l'on peut imaginer. Mais qu'en est-il dans la réalité ? Que me conseillez-vous à part prendre l'avion ? Sachant que je suis un homme, 28 ans, grand et très courtois, avec un certain humour.
Merci d'avance pour vos réponses !
J'ai un projet qui me trotte dans la tête depuis pas mal de temps: traverser l'Afrique à Vélo. Cependant il y a un léger problème pour passer de l'Afrique de l'ouest à l'Afrique centrale. Si je m'en tiens aux informations disponibles sur le site des ambassades de France, une escorte policière est obligatoire au Niger (indispensable ?), et indispensable au Nigeria, pour les raisons que l'on peut imaginer. Mais qu'en est-il dans la réalité ? Que me conseillez-vous à part prendre l'avion ? Sachant que je suis un homme, 28 ans, grand et très courtois, avec un certain humour.
Merci d'avance pour vos réponses !
Arnaque au Vietnam
Je rentre du Vietnam. Je suis déçue du Nord. On est sans cesse sollicité pour acheter. Si on ne veut pas, on se fait agresser verbalement. On nous colle les objets sur les bras et on insiste lourdement. Et cela sans arrêt. De plus, on vous demande en service de faire de la monnaie, enfin l'inverse, d'échanger un billet en euros contre des pièces et là encore on se fait arnaquer. On veut rendre service et on en est de 16 euros sur 20. On vous montre les pièces par 10 alignées, seulement la première est de 2 euros, le reste sont des pièces THAI. Même couleur, même taille. Faites attention, je n'ai pas été la seule à me faire avoir.
Mais le pire c'est le harcèlement pour acheter. Vraiment in-suportable. Si je reviens au Vietnam, j'éviterais HANOI. Ensuite, exemple vous achetez pour 300 00 dongs, on vous fait croire que vous avez donné un billet de 10 OOO dongs à la place de 100 000, alors que vous n'avez en poche que des 100 000. Encore une arnaque. Mon avis sur les Vietnamiens : des voleurs qui profitent du tourisme. Mais un jour, les touristes n'iront plus.
Carnet d'une croisière Caraïbes / transatlantique en 31 jours sur Deliziosa
Bonjour à tous,
Ce lundi de Pâques 28 mars 2016, mon épouse et moi-même venons de rentrer d'un magnifique voyage de 45 jours, dont une croisière de 31 nuits/32 jours sur Costa DELIZIOSA, et je me propose de dresser un petit bilan de cette croisière qui nous a globalement largement enchantés.

Ce petit carnet sera donc notre vision de cette croisière. Il sera donc nécessairement partiel mais également partial et aussi largement subjectif. Il reflétera notre ressenti, mais aussi nos constatations objectives sur lesquelles notre appréciation finale sera basée. Cette appréciation est bien évidemment liée à la notion de rapport qualité/prix. Car la question finale à la descente du bateau est bien: ai je eu globalement les services que je pouvais attendre pour l'argent que cela m'a coûté ?
Comme nous étions un certain nombre de membre du forum sur le navire, je compte sur eux pour y ajouter leur propre vision de ce beau voyage et compléter mon récit de leurs apports sur les différents points que j'évoquerai.
· Pourquoi cette croisière ?
Nous souhaitions quitter la Belgique, durant cet hiver qui peut être long et déplaisant, pour aller profiter de cieux plus cléments et cela juste après les fêtes familiales de fin d’année.
Etant retraités, le temps ne nous était pas trop compté et notre préférence allait vers l’Amérique Centrale et l’Amérique du nord si possible.
En juin 2016, la consultation des offres des différents croisiéristes nous a mis sur la piste d’une croisière Costa au départ de Miami (Fort Lauderdale) pour une boucle de 10 jours dans les Caraïbes suivie d’une traversée transatlantique en 21 jours, toujours depuis Miami et en direction de Venise.
Départ le 25 février depuis Miami, arrivée le 27 mars (dimanche de Pâques) à Venise sur le Costa DELIZIOSA.
La boucle de 10 jours dans les Caraïbes au départ de Fort Lauderdale tournait autour de l’île de Cuba (sans y faire arrêt) dans le sens horlogique avec escales à
- Fort Lauderdale (Floride) - Nassau (Bahamas) - Amber Cove (Rép Dominicaine) - Ocho Rios (Jamaïque) - Grand Cayman (Iles Caymans) - Roatan (Honduras) - Cozumel (Mexique) - Fort Lauderdale (Floride)
La transatlantique, en 21 jours, reprenait des escales à - Fort Lauderdale (Floride) - San Juan (Porto Rico) - St.Thomas (Iles Vierges) - Antigua (Antilles) 6 jours pleins de mer - Santa Cruz De Tenerife (Canaries) - Malaga (Espagne) - Marseille (France) - Savone (Italie) - Dubrovnik (Croatie) - Naples (Italie) - Venise
Ce programme nous a immédiatement séduits…
Nous ne sommes pas tout à fait des novices en matière de croisière puisqu’après avoir découvert la méditerranée avec le CORAL de Louis Cruise vers 2007, puis avec le Costa ALLEGRA en 2011 et le Costa FORTUNA en 2014, nous avons fait une très belle croisière début 2015 sur le Norwegian STAR de NCL entre Los Angeles et Miami via le Canal de Panama.
Techniquement parlant, cette croisière de 31 nuits sur le Costa DELIZIOSA constituait la fin du séjour du DELIZIOSA en Floride et son repositionnement en Méditerranée en vue d’y effectuer la saison estivale européenne au départ de Venise. En fait le Costa DELIZIOSA avait traversé l’atlantique en novembre 2015 dans le but d’être positionné à Miami et d’y effectuer une série de boucles répétitives de 10 jours (depuis Port Everglades à Fort Lauderdale) dans les Caraïbes de novembre 2015 à février 2016. Notre croisière était constituée de la dernière de ces boucles et de la traversée transatlantique nécessaire au repositionnement du navire en Méditerranée en vue de sa saison printemps/été 2016 depuis Venise.
Le vol vers Miami n’étant pas compris dans la réservation de notre croisière, nous l’avons réservé à part.
Tant qu’à faire, nous avons décidé d’anticiper le vol par rapport à la date de début de croisière afin de nous permettre de batifoler un peu à deux en Floride pendant 12 jours avant de monter sur le bateau.
· Notre réservation
En croisière, nous avons toujours réservé des cabines intérieures « premium » lors de nos voyages précédents. Nous avons toujours été très satisfaits de ce choix. Nous ne sommes pas claustrophobes et en croisière, on ne reste finalement guère dans les cabines que pour dormir. A la réservation nous avons donc conservé ce choix qui nous a toujours plu.
Nous avons été très étonnés par le prix demandé par Costa pour cette transatlantique le prix « plein » des cabines pour cette transatlantique sur site belge de Costa variait d’un peu plus de 1.200 EUR à un peu plus de 1.600 EUR par personne pour les 32 jours pour les cabines intérieures et cabines avec balcon (hors vols et autres frais, bien sûr).
1.200 EUR/pers pour une croisière de 32 jours, … c’est qu’il y a sûrement une astuce, c’est qu’il y a un vice caché quelque part, c’est qu’il faut ramer pour faire avancer le rafiot ou que l’on doit faire cuire ses repas sur un réchaud à gaz dans la cabine après avoir acheté sa nourriture au Super U ou à l’Intermarché de fond de cale …
Eh ben non, … c’est possible !!!
Costa a manifestement fait un (très) gros effort sur ses prix relatifs à cette croisière de 31 nuits pour remplir le navire puisque notre réservation directe auprès de Costa Belgique s’est faite six mois à l’avance au montant de 977,36 EUR par personne pour une cabine intérieure premium de deux personnes, cela tenant compte des quelques réductions complémentaires que nous avions pu obtenir, entre autre sur base de notre niveau CORAL. Ceci correspond à un prix (assez dérisoire) de 31,5 EUR par personne et par jour (hors boissons, hors vols, hors frais de séjour à bord et hors excursions bien sûr). De plus, sans demande particulière de notre part, nous avons été surclassés gratuitement sur l’ensemble de la croisière vers une agréable cabine extérieure nous offrant un espace plus large qu’attendu en cabine intérieure.
Nous n’avions réservé à l’avance aucun forfait boissons ni d’excursions, ce dont nous nous féliciterons ultérieurement.
· Nos réservations accessoires
Le vol direct aller simple de Bruxelles vers Miami (MIA) a été réservé chez JETAIRFLY pour 229 EUR/pers. Nous avons également réservé une voiture AVIS pour 12 jours au départ de MIA avec abandon à l’agence AVIS de Port Everglades située à Fort Lauderdale au port d’embarquement sur le Costa DELIZIOSA. Le retour « at home » depuis Venise sera assuré par vol direct Venise – Bruxelles via SN BRUSSELS AIRLINE le lundi de Pâques après une nuit d’hôtel à Venise. Tenant compte des évènements de BRUSSELS AIRPORT qui était encore fermé ce lundi de Pâques, notre vol de retour a été retardé de 4H00 et s'est fait à destination de Liège.
· La préparation
Un tel voyage de 45 jours au total nécessite une indispensable préparation approfondie si l’on veut mettre toutes les chances de son côté pour tenter d’en faire une réussite à tous niveaux. Par préparation, j’entends une préparation « logistique », une préparation « touristique » et … une préparation « psychologique ».
Cela prend du temps, beaucoup de temps durant les mois précédant le départ … et cela constitue aussi déjà pleinement une agréable partie intégrante du voyage …
· L’embarquement sur le Costa DELIZIOSA à Port Everglades (Fort Lauderdale – Miami)
Après avoir sillonné la Floride (Miami, Tampa, Sarasota, Ocala, Saint Augustine, Palm Beach, …) du 13 au 25 février, nous laissons la voiture à l’agence AVIS proche du port et la navette AVIS nous amène au pied du bateau qui nous attend au fond du port.
Nous avions reçu notre « carnet de voyage » Costa par E-mail quelques jours avant départ de Belgique. Hormis le fait que ce « carnet » mentionnait le N° 4330 de la cabine qui nous était attribuée, il contenait également le formulaire d’embarquement en plus des étiquettes à appliquer sur nos grosses valises, ainsi que les informations générales d’usage. A la descente de la navette AVIS au pied du bateau, il est 13H30 ce 25 février, des porteurs COSTA prennent immédiatement possession de nos grosses valises que nous retrouverons devant notre cabine 2 ou 3 heures plus tard. Le départ du navire est prévu à 23H00. Arrivé tôt (à 06H00 ou 07H00), le bateau a déjà débarqué tous ses croisiéristes arrivés en fin de croisière.
Il n’y a pas foule aux comptoirs d’enregistrement COSTA et les hôtesses d’accueil sont assez désœuvrées. L’enregistrement se fait à grande vitesse en 5 minutes et sans attente sur base de notre formulaire d’embarquement évoqué plus haut et à l’appui de nos passeports.
Nous montons à bord à 13H45 et le personnel de bord nous invite gentiment à fréquenter le buffet du restaurant du pont 9. Les cabines ne sont pas encore toutes prêtes et il nous est demandé de patienter un peu.
Vers 14H30, mon épouse, curieuse et désireuse de s’installer déjà dans notre cabine N° 4330, se décide d’y aller jeter un œil et la trouve prête à nous accueillir alors que nos cartes Costa et les informations générales d’usage nous attendent déjà sur le lit …




La carte COSTA, au format d’une carte bancaire, est une carte nominative personnelle qui permet non seulement d’ouvrir la porte de sa cabine mais permet également d’enregistrer toutes les dépenses faites à bord et d’enregistrer les entrées et sorties du bateau aux escales.
La carte est donc le seul élément INDISPENSABLE à toujours avoir avec soi sur le navire, mais également pour se rendre au dehors aux escales, puisque la carte personnelle est indispensable pour descendre (enregistrement des personnes quittant le bateau) et … remonter (autorisation d’accès et enregistrement des remontées). La carte COSTA constitue un moyen d’identification de substitution. Une photo est prise de chaque croisiériste à sa première montée à bord et est associée à sa carte dans le système informatique COSTA, bien que la carte elle-même ne comporte pas de photo.
A la descente ou à la remontée, le personnel COSTA qui scanne la carte voit la photo du passager correspondant sur son terminal et vérifie la concordance avec la personne présente.
Par la suite, j'aurai d'ailleurs l'occasion d'être rappelé gentiment à l'ordre par le personnel de sécurité COSTA après avoir interverti ma carte avec celle de mon épouse lors d'une descente à terre.
Le ballet des porteurs de valises commence déjà et les nôtres nous serons livrées rapidement. Madame va (enfin) pouvoir déballer et … tout ranger … pour 31 nuits.
Pendant ce temps, et tenant compte du faible nombre de passagers déjà à bord, j’en profite pour découvrir rapidement et grossièrement le navire.
Voila pour la toute première partie de ce récit ….
Si quelques lecteurs du forum se déclarent intéressés par une suite, je me proposerai de développer celle-ci sur base de la structure suivante :
La vie à bord et son fonctionnement
- Notre cabine (équipement, services, …) - Les langues - Le diario di bordo - Les changements d’heure - Internet et téléphone - Le room service - La restauration (selfs services, restaurant « gratuit », restaurants payants, …) - Les animations (danse, plage, cours, présentations touristiques, …) - Les sports (piste 3°, salle de sport, piste jogging, basket, cours gym, …) - Les boissons … et les forfaits - Les piscines - Le bronzage - L’hôtesse francophone, le bureau des excursions, le service clientèle - Les spectacles en soirée - Les animations musicales - Les bars - Le service « photos » - Les shops et les achats à bord - La bibliothèque - Les « croisiéristes » - Le personnel de bord (bars, restaurants, room service, …) - L’entretien du navire (intérieur et extérieur) - Les soirées gala et les réceptions du Commandant - L’ambiance générale
Les escales : - Escale : o Fort Lauderdale (Floride) o Nassau (Bahamas) o Amber Cove (Rép Dominicaine) o Ocho Rios (Jamaïque) o Grand Cayman (Iles Caymans) o Roatan (Honduras) o Cozumel (Mexique) o San Juan (Porto Rico) o St.Thomas (Iles Vierges) o Antigua (Antilles) o Santa Cruz De Tenerife (Canaries) o Malaga (Espagne) o Marseille (France) o Savone (Italie) o Dubrovnik (Croatie) o Naples (Italie) - Amplitude - Les excursions - Les mises en garde - Les prix - Les « pourboires » - Les contrôles de sécurité
Divers : - Le climat rencontré - Les températures - Les frais « d’hôtel » à bord
Bilan final
- Bilan global - Appréciation finale
Pour avoir déjà eu l’occasion de publier un carnet par le passé (portant entre autre sur une croisière Los Angeles/Canal de Panama/Miami : voir http://voyageforum.com/discussion/retour-beau-voyage-californie-panama-floride-louisiane-d7010436/ ), je sais que la rédaction d’un tel carnet est un gros travail, voire même un gros, gros, gros travail…
Par contre le point positif est que cela permet au rédacteur (et aux autres participants) de se remémorer de bons (ou de moins bons) moments.
Donc, … tout soutien moral …, tout petit mot d’encouragement … sera (grandement) apprécié du rédacteur ….
Joseph
Ce lundi de Pâques 28 mars 2016, mon épouse et moi-même venons de rentrer d'un magnifique voyage de 45 jours, dont une croisière de 31 nuits/32 jours sur Costa DELIZIOSA, et je me propose de dresser un petit bilan de cette croisière qui nous a globalement largement enchantés.

Ce petit carnet sera donc notre vision de cette croisière. Il sera donc nécessairement partiel mais également partial et aussi largement subjectif. Il reflétera notre ressenti, mais aussi nos constatations objectives sur lesquelles notre appréciation finale sera basée. Cette appréciation est bien évidemment liée à la notion de rapport qualité/prix. Car la question finale à la descente du bateau est bien: ai je eu globalement les services que je pouvais attendre pour l'argent que cela m'a coûté ?
Comme nous étions un certain nombre de membre du forum sur le navire, je compte sur eux pour y ajouter leur propre vision de ce beau voyage et compléter mon récit de leurs apports sur les différents points que j'évoquerai.
· Pourquoi cette croisière ?
Nous souhaitions quitter la Belgique, durant cet hiver qui peut être long et déplaisant, pour aller profiter de cieux plus cléments et cela juste après les fêtes familiales de fin d’année.
Etant retraités, le temps ne nous était pas trop compté et notre préférence allait vers l’Amérique Centrale et l’Amérique du nord si possible.
En juin 2016, la consultation des offres des différents croisiéristes nous a mis sur la piste d’une croisière Costa au départ de Miami (Fort Lauderdale) pour une boucle de 10 jours dans les Caraïbes suivie d’une traversée transatlantique en 21 jours, toujours depuis Miami et en direction de Venise.
Départ le 25 février depuis Miami, arrivée le 27 mars (dimanche de Pâques) à Venise sur le Costa DELIZIOSA.
La boucle de 10 jours dans les Caraïbes au départ de Fort Lauderdale tournait autour de l’île de Cuba (sans y faire arrêt) dans le sens horlogique avec escales à
- Fort Lauderdale (Floride) - Nassau (Bahamas) - Amber Cove (Rép Dominicaine) - Ocho Rios (Jamaïque) - Grand Cayman (Iles Caymans) - Roatan (Honduras) - Cozumel (Mexique) - Fort Lauderdale (Floride)
La transatlantique, en 21 jours, reprenait des escales à - Fort Lauderdale (Floride) - San Juan (Porto Rico) - St.Thomas (Iles Vierges) - Antigua (Antilles) 6 jours pleins de mer - Santa Cruz De Tenerife (Canaries) - Malaga (Espagne) - Marseille (France) - Savone (Italie) - Dubrovnik (Croatie) - Naples (Italie) - Venise
Ce programme nous a immédiatement séduits…
Nous ne sommes pas tout à fait des novices en matière de croisière puisqu’après avoir découvert la méditerranée avec le CORAL de Louis Cruise vers 2007, puis avec le Costa ALLEGRA en 2011 et le Costa FORTUNA en 2014, nous avons fait une très belle croisière début 2015 sur le Norwegian STAR de NCL entre Los Angeles et Miami via le Canal de Panama.
Techniquement parlant, cette croisière de 31 nuits sur le Costa DELIZIOSA constituait la fin du séjour du DELIZIOSA en Floride et son repositionnement en Méditerranée en vue d’y effectuer la saison estivale européenne au départ de Venise. En fait le Costa DELIZIOSA avait traversé l’atlantique en novembre 2015 dans le but d’être positionné à Miami et d’y effectuer une série de boucles répétitives de 10 jours (depuis Port Everglades à Fort Lauderdale) dans les Caraïbes de novembre 2015 à février 2016. Notre croisière était constituée de la dernière de ces boucles et de la traversée transatlantique nécessaire au repositionnement du navire en Méditerranée en vue de sa saison printemps/été 2016 depuis Venise.
Le vol vers Miami n’étant pas compris dans la réservation de notre croisière, nous l’avons réservé à part.
Tant qu’à faire, nous avons décidé d’anticiper le vol par rapport à la date de début de croisière afin de nous permettre de batifoler un peu à deux en Floride pendant 12 jours avant de monter sur le bateau.
· Notre réservation
En croisière, nous avons toujours réservé des cabines intérieures « premium » lors de nos voyages précédents. Nous avons toujours été très satisfaits de ce choix. Nous ne sommes pas claustrophobes et en croisière, on ne reste finalement guère dans les cabines que pour dormir. A la réservation nous avons donc conservé ce choix qui nous a toujours plu.
Nous avons été très étonnés par le prix demandé par Costa pour cette transatlantique le prix « plein » des cabines pour cette transatlantique sur site belge de Costa variait d’un peu plus de 1.200 EUR à un peu plus de 1.600 EUR par personne pour les 32 jours pour les cabines intérieures et cabines avec balcon (hors vols et autres frais, bien sûr).
1.200 EUR/pers pour une croisière de 32 jours, … c’est qu’il y a sûrement une astuce, c’est qu’il y a un vice caché quelque part, c’est qu’il faut ramer pour faire avancer le rafiot ou que l’on doit faire cuire ses repas sur un réchaud à gaz dans la cabine après avoir acheté sa nourriture au Super U ou à l’Intermarché de fond de cale …
Eh ben non, … c’est possible !!!
Costa a manifestement fait un (très) gros effort sur ses prix relatifs à cette croisière de 31 nuits pour remplir le navire puisque notre réservation directe auprès de Costa Belgique s’est faite six mois à l’avance au montant de 977,36 EUR par personne pour une cabine intérieure premium de deux personnes, cela tenant compte des quelques réductions complémentaires que nous avions pu obtenir, entre autre sur base de notre niveau CORAL. Ceci correspond à un prix (assez dérisoire) de 31,5 EUR par personne et par jour (hors boissons, hors vols, hors frais de séjour à bord et hors excursions bien sûr). De plus, sans demande particulière de notre part, nous avons été surclassés gratuitement sur l’ensemble de la croisière vers une agréable cabine extérieure nous offrant un espace plus large qu’attendu en cabine intérieure.
Nous n’avions réservé à l’avance aucun forfait boissons ni d’excursions, ce dont nous nous féliciterons ultérieurement.
· Nos réservations accessoires
Le vol direct aller simple de Bruxelles vers Miami (MIA) a été réservé chez JETAIRFLY pour 229 EUR/pers. Nous avons également réservé une voiture AVIS pour 12 jours au départ de MIA avec abandon à l’agence AVIS de Port Everglades située à Fort Lauderdale au port d’embarquement sur le Costa DELIZIOSA. Le retour « at home » depuis Venise sera assuré par vol direct Venise – Bruxelles via SN BRUSSELS AIRLINE le lundi de Pâques après une nuit d’hôtel à Venise. Tenant compte des évènements de BRUSSELS AIRPORT qui était encore fermé ce lundi de Pâques, notre vol de retour a été retardé de 4H00 et s'est fait à destination de Liège.
· La préparation
Un tel voyage de 45 jours au total nécessite une indispensable préparation approfondie si l’on veut mettre toutes les chances de son côté pour tenter d’en faire une réussite à tous niveaux. Par préparation, j’entends une préparation « logistique », une préparation « touristique » et … une préparation « psychologique ».
Cela prend du temps, beaucoup de temps durant les mois précédant le départ … et cela constitue aussi déjà pleinement une agréable partie intégrante du voyage …
· L’embarquement sur le Costa DELIZIOSA à Port Everglades (Fort Lauderdale – Miami)
Après avoir sillonné la Floride (Miami, Tampa, Sarasota, Ocala, Saint Augustine, Palm Beach, …) du 13 au 25 février, nous laissons la voiture à l’agence AVIS proche du port et la navette AVIS nous amène au pied du bateau qui nous attend au fond du port.
Nous avions reçu notre « carnet de voyage » Costa par E-mail quelques jours avant départ de Belgique. Hormis le fait que ce « carnet » mentionnait le N° 4330 de la cabine qui nous était attribuée, il contenait également le formulaire d’embarquement en plus des étiquettes à appliquer sur nos grosses valises, ainsi que les informations générales d’usage. A la descente de la navette AVIS au pied du bateau, il est 13H30 ce 25 février, des porteurs COSTA prennent immédiatement possession de nos grosses valises que nous retrouverons devant notre cabine 2 ou 3 heures plus tard. Le départ du navire est prévu à 23H00. Arrivé tôt (à 06H00 ou 07H00), le bateau a déjà débarqué tous ses croisiéristes arrivés en fin de croisière.
Il n’y a pas foule aux comptoirs d’enregistrement COSTA et les hôtesses d’accueil sont assez désœuvrées. L’enregistrement se fait à grande vitesse en 5 minutes et sans attente sur base de notre formulaire d’embarquement évoqué plus haut et à l’appui de nos passeports.
Nous montons à bord à 13H45 et le personnel de bord nous invite gentiment à fréquenter le buffet du restaurant du pont 9. Les cabines ne sont pas encore toutes prêtes et il nous est demandé de patienter un peu.
Vers 14H30, mon épouse, curieuse et désireuse de s’installer déjà dans notre cabine N° 4330, se décide d’y aller jeter un œil et la trouve prête à nous accueillir alors que nos cartes Costa et les informations générales d’usage nous attendent déjà sur le lit …




La carte COSTA, au format d’une carte bancaire, est une carte nominative personnelle qui permet non seulement d’ouvrir la porte de sa cabine mais permet également d’enregistrer toutes les dépenses faites à bord et d’enregistrer les entrées et sorties du bateau aux escales.
La carte est donc le seul élément INDISPENSABLE à toujours avoir avec soi sur le navire, mais également pour se rendre au dehors aux escales, puisque la carte personnelle est indispensable pour descendre (enregistrement des personnes quittant le bateau) et … remonter (autorisation d’accès et enregistrement des remontées). La carte COSTA constitue un moyen d’identification de substitution. Une photo est prise de chaque croisiériste à sa première montée à bord et est associée à sa carte dans le système informatique COSTA, bien que la carte elle-même ne comporte pas de photo.
A la descente ou à la remontée, le personnel COSTA qui scanne la carte voit la photo du passager correspondant sur son terminal et vérifie la concordance avec la personne présente.
Par la suite, j'aurai d'ailleurs l'occasion d'être rappelé gentiment à l'ordre par le personnel de sécurité COSTA après avoir interverti ma carte avec celle de mon épouse lors d'une descente à terre.
Le ballet des porteurs de valises commence déjà et les nôtres nous serons livrées rapidement. Madame va (enfin) pouvoir déballer et … tout ranger … pour 31 nuits.
Pendant ce temps, et tenant compte du faible nombre de passagers déjà à bord, j’en profite pour découvrir rapidement et grossièrement le navire.
Voila pour la toute première partie de ce récit ….
Si quelques lecteurs du forum se déclarent intéressés par une suite, je me proposerai de développer celle-ci sur base de la structure suivante :
La vie à bord et son fonctionnement
- Notre cabine (équipement, services, …) - Les langues - Le diario di bordo - Les changements d’heure - Internet et téléphone - Le room service - La restauration (selfs services, restaurant « gratuit », restaurants payants, …) - Les animations (danse, plage, cours, présentations touristiques, …) - Les sports (piste 3°, salle de sport, piste jogging, basket, cours gym, …) - Les boissons … et les forfaits - Les piscines - Le bronzage - L’hôtesse francophone, le bureau des excursions, le service clientèle - Les spectacles en soirée - Les animations musicales - Les bars - Le service « photos » - Les shops et les achats à bord - La bibliothèque - Les « croisiéristes » - Le personnel de bord (bars, restaurants, room service, …) - L’entretien du navire (intérieur et extérieur) - Les soirées gala et les réceptions du Commandant - L’ambiance générale
Les escales : - Escale : o Fort Lauderdale (Floride) o Nassau (Bahamas) o Amber Cove (Rép Dominicaine) o Ocho Rios (Jamaïque) o Grand Cayman (Iles Caymans) o Roatan (Honduras) o Cozumel (Mexique) o San Juan (Porto Rico) o St.Thomas (Iles Vierges) o Antigua (Antilles) o Santa Cruz De Tenerife (Canaries) o Malaga (Espagne) o Marseille (France) o Savone (Italie) o Dubrovnik (Croatie) o Naples (Italie) - Amplitude - Les excursions - Les mises en garde - Les prix - Les « pourboires » - Les contrôles de sécurité
Divers : - Le climat rencontré - Les températures - Les frais « d’hôtel » à bord
Bilan final
- Bilan global - Appréciation finale
Pour avoir déjà eu l’occasion de publier un carnet par le passé (portant entre autre sur une croisière Los Angeles/Canal de Panama/Miami : voir http://voyageforum.com/discussion/retour-beau-voyage-californie-panama-floride-louisiane-d7010436/ ), je sais que la rédaction d’un tel carnet est un gros travail, voire même un gros, gros, gros travail…
Par contre le point positif est que cela permet au rédacteur (et aux autres participants) de se remémorer de bons (ou de moins bons) moments.
Donc, … tout soutien moral …, tout petit mot d’encouragement … sera (grandement) apprécié du rédacteur ….
Joseph











