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Antarctique à la voile
Bonjour,
je démarre cette discussion car quand j'ai voulu partir, je n'ai pas trouvé l'info que je cherchais sur le site. Il y a bien quelques sujets sur les croisières en Antarctique, mais peu sur la voile. Alors, voici quelques réflexions, 3 mois après mon retour.
J'ai donc expérimenté une croisière de 24 jours sur le Vaihéré, goëlette de 24 m, sur la péninsule Antarctique, à partir d'Ushuaïa.

D'abord, les raisons de mon choix : - Si le prix est très cher (comme la plupart des passagers, j'ai cassé ma tirelire pour ça), ramené au prix de la journée, et en plus, au prix de la journée en Antarctique, c'est tout à fait concurrentiel. - Je suis passée par une agence (Terre d'Aventures Nantes - ils ont été au top - relayés par Grand-Nord Grand-Large). On peut s'adresser directement au capitaine du Vaihéré, mais je voulais la sécurité d'un voyage organisé et d'une bonne assurance. Lors de la grève d'Aeroargentinas en arrivant à Buenos-Aires, ils ont tout pris en mains : nouveau vol, hôtel, contact avec le Vaihéré et remboursement des frais de taxi et téléphone. Un très bon boulot d'agence. Mais ça a un prix. - J'ai choisi un "bateau" qui avait de l'expérience (environ 50 croisières comme celle-ci) et des références. C'est à mon retour, pourtant, que j'ai retrouvé un article sur son capitaine, Eric ; - Un bateau assez gros pour avoir un peu de confort. 3 membres d'équipage et 10 passagers, ça permet de se connaître et de trouver des gens avec des points communs. - J'ai choisi les dates pour une meilleure météo, statistiquement bien sûr, et le plus de chances de voir des animaux. Je m'étais renseignée sur Podorange, qui a aussi un bon programme, mais qui partait trop tard à mon goût. Les capitaines se connaissent et Eric nous en a dit du bien. Ce peut être un bon choix (je ne veux pas faire de publicité spécialement pour Vaihéré mais je ne peux juger que ce que j'ai essayé). - Et surtout Noël et jour de l'an avec les pingouins et les phoques, loin de l'Europe et des fêtes traditionnelles.
Et j'ai tout eu : - Un temps splendide : mer calme (trop, car on a presque tout le temps navigué au moteur), un thermomètre qui est monté à 20 ° (je parle bien de °C positifs et de température à l'ombre, mais au-dessus de la cabine. J'ai vérifié un autre jour dans le cockpit pour éviter l'erreur peut-être due au chauffage : 12 °). A l'inverse, on a dû descendre à -1 ou -2 °C. Donc, très loin des températures attendues (pour ne pas dire "espérée"). Peu de vent (juste un retour anticipé de 2 jours - mais on avait déjà notre record de navigation sur place) pour éviter un "coup de chien". Seul bémol : si ça préfigure le réchauffement climatique, c'est très triste.
- L'expérience du skipper et la sécurité : il faut savoir qu'il n'y a ni port, ni quai en Antarctique. On descend à terre en zodiac qu'on accroche à des rochers. Idem pour le voilier. Et s'il n'y a pas de rocher, on reste en "stand-by (quarts de nuit pour surveiller la dérive du bateau et des icebergs). Or, quand on arrivait au mouillage, notre skipper sortait ses notes manuscrites et savait exactement à quel rocher nous accrocher. Cette connaissance du terrain était très rassurante.
Question sécurité, il y avait tout à bord (normal). Le bateau est légalement enregistré et possède une radio, plusieurs moteurs et un stock de carburant.
Moi qui ai fait pas mal de voile, je suis hyper exigeante sur le sujet.
- Sur les animaux : c'est un régal d'approcher ces petits manchots. Les bébés sont nés le 1e janvier. On n'en a vu qu'à un seul endroit, mais tout petits.

Les baleines venaient jouer avec le bateau, et on aurait pu toucher les phoques, mais nous avons respecté les règles d'approche (l'agence et le bateau sont inscrits aux conventions internationales de protection de l'Antarctique). Il y a à bord une bibliothèque d'une grande richesse avec les trace de passage de scientifiques, et les 3 membres de l'équipage ont su nous montrer bien autre chose que les manchots et phoques : tubes de pontes de mollusques, drôles de méduses, phoques traversant des bancs de plancton luminescent et visibles comme des spectres sous l'eau, etc ...
Je suis amateure d'astronomie. J'avais à peine levé les yeux que le second s'approchait pour me montrer la croix du sud. Bruno, fan d'histoire, ou Claire, d'alpinisme, avaient aussi réponse à tous leur appétit de connaissance.
- le confort ? On a eu la chance d'avoir beau temps. Dans ces cabines minuscules avec des vêtements mouillés, ce doit être moins drôle. Mais il faisait bien chaud à bord. Les quarts étaient un peu longs d'autant plus que rien ne se passait. Mais ça nous faisait sortir du bateau, participer à sa vie, et faire connaissance. Une très bonne chose pour 13 personnes qui ne se connaissent pas et sont renfermés ensemble pendant 24 jours. Et sans trop se laver.
Le téléphone et Internet ? éteint au fond du sac. Ca n'a apparemment gêné personne. En cas de problème, il y a la radio à bord. Alors, on se libère l'esprit. Moi, j'ai adoré.
- Les gens ? A ce sujet, pour avoir accompagné des voyages "aventure", je savais qu'il y avait un risque. Nous étions pour la plupart de jeunes retraités (la majorité entre 60 et 65 ans) mais il y avait un couple de jeunes "routards" qui avaient travaillé à UshuaÏa pour se payer le voyage. Les gens étaient simples et décontractés. Pas de concours de fringues ou de "rouleurs de mécaniques". On avait tous dû faire de grosses économies pour venir. Bon ! ce n'était pas non plus ce qu'on peut qualifier de "milieu modeste".
- L'équipage ? : J'ai trouvé un équipage au top de ses responsabilités, sachant déjouer les éventuels mini soucis qui peuvent se déclarer en vase clos. D'une intelligence et d'une patience extraordinaire de la part de tous les trois (et je sais que moi même, je ne suis ni facile ni patiente) . Et ça, ce n'est pas rien !!!

- Le trajet : les 4 semaines sont prévues pour répondre aux aléas (météo ou ... grève des avions). Avec 13 jours sur place nous avons égalé le record de durée. Nous sommes rentrés de façon à éviter une tempête et quand elle est arrivée, nous étions à l'abri en Terre de Feu. Cela nous a permis une transition en douceur avant le retour à Ushuaïa. Là encore, le skipper connaît très bien le coin. Cependant, en raison des nouvelles relations Argentine / Chili, il n'était pas possible de passer la frontière en bateau (ou sans le déclarer, à ses risques et périls). Le Cap Horn est côté chilien. On l'a vu de loin. Mais ça, ça change tous les ans. Le Vaihéré fait aussi de super croisières dans les canaux de Terre de Feu, quand il le peut. Le trajet dépend aussi des conditions météo. Le soir de Noël, un bloc de glace gros comme une maison était suspendu au-dessus du mouillage. Nous avons dîné en vitesse et dû reprendre nos quarts pour 7 H de plus. Plus au sud, nous n'avons pas pu traverser le canal Lemaire et aller aussi bas qu'on le souhaitait. Mais tout ça c'est normal quand on navigue à la voile dans ce type de pays. Avec 4 semaines, on finit toujours par "en avoir pour son argent".


Que dire de plus : Si ! on a très bien mangé. Et ça, je ne m'y attendais pas. Je m'étais bourrée de vitamines avant de partir, mais nous avions un bon stock de fruits et légumes. Attention ! on ne pêche pas en Antarctique et nous avons été au régime "viande".
Voilà, j'avais envie de vous raconter tout ça. Et si vous avez des questions, je serai hyper contente d'y répondre, si je peux. Je vais essayer de mettre quelques photos. Certaines aussi du site Vaihéré sont de moi ou de mon groupe. Chantal
Le Cap Horn avant la tempête
J'ai donc expérimenté une croisière de 24 jours sur le Vaihéré, goëlette de 24 m, sur la péninsule Antarctique, à partir d'Ushuaïa.

D'abord, les raisons de mon choix : - Si le prix est très cher (comme la plupart des passagers, j'ai cassé ma tirelire pour ça), ramené au prix de la journée, et en plus, au prix de la journée en Antarctique, c'est tout à fait concurrentiel. - Je suis passée par une agence (Terre d'Aventures Nantes - ils ont été au top - relayés par Grand-Nord Grand-Large). On peut s'adresser directement au capitaine du Vaihéré, mais je voulais la sécurité d'un voyage organisé et d'une bonne assurance. Lors de la grève d'Aeroargentinas en arrivant à Buenos-Aires, ils ont tout pris en mains : nouveau vol, hôtel, contact avec le Vaihéré et remboursement des frais de taxi et téléphone. Un très bon boulot d'agence. Mais ça a un prix. - J'ai choisi un "bateau" qui avait de l'expérience (environ 50 croisières comme celle-ci) et des références. C'est à mon retour, pourtant, que j'ai retrouvé un article sur son capitaine, Eric ; - Un bateau assez gros pour avoir un peu de confort. 3 membres d'équipage et 10 passagers, ça permet de se connaître et de trouver des gens avec des points communs. - J'ai choisi les dates pour une meilleure météo, statistiquement bien sûr, et le plus de chances de voir des animaux. Je m'étais renseignée sur Podorange, qui a aussi un bon programme, mais qui partait trop tard à mon goût. Les capitaines se connaissent et Eric nous en a dit du bien. Ce peut être un bon choix (je ne veux pas faire de publicité spécialement pour Vaihéré mais je ne peux juger que ce que j'ai essayé). - Et surtout Noël et jour de l'an avec les pingouins et les phoques, loin de l'Europe et des fêtes traditionnelles.
Et j'ai tout eu : - Un temps splendide : mer calme (trop, car on a presque tout le temps navigué au moteur), un thermomètre qui est monté à 20 ° (je parle bien de °C positifs et de température à l'ombre, mais au-dessus de la cabine. J'ai vérifié un autre jour dans le cockpit pour éviter l'erreur peut-être due au chauffage : 12 °). A l'inverse, on a dû descendre à -1 ou -2 °C. Donc, très loin des températures attendues (pour ne pas dire "espérée"). Peu de vent (juste un retour anticipé de 2 jours - mais on avait déjà notre record de navigation sur place) pour éviter un "coup de chien". Seul bémol : si ça préfigure le réchauffement climatique, c'est très triste.

- L'expérience du skipper et la sécurité : il faut savoir qu'il n'y a ni port, ni quai en Antarctique. On descend à terre en zodiac qu'on accroche à des rochers. Idem pour le voilier. Et s'il n'y a pas de rocher, on reste en "stand-by (quarts de nuit pour surveiller la dérive du bateau et des icebergs). Or, quand on arrivait au mouillage, notre skipper sortait ses notes manuscrites et savait exactement à quel rocher nous accrocher. Cette connaissance du terrain était très rassurante.
Question sécurité, il y avait tout à bord (normal). Le bateau est légalement enregistré et possède une radio, plusieurs moteurs et un stock de carburant.
Moi qui ai fait pas mal de voile, je suis hyper exigeante sur le sujet.
- Sur les animaux : c'est un régal d'approcher ces petits manchots. Les bébés sont nés le 1e janvier. On n'en a vu qu'à un seul endroit, mais tout petits.
Les baleines venaient jouer avec le bateau, et on aurait pu toucher les phoques, mais nous avons respecté les règles d'approche (l'agence et le bateau sont inscrits aux conventions internationales de protection de l'Antarctique). Il y a à bord une bibliothèque d'une grande richesse avec les trace de passage de scientifiques, et les 3 membres de l'équipage ont su nous montrer bien autre chose que les manchots et phoques : tubes de pontes de mollusques, drôles de méduses, phoques traversant des bancs de plancton luminescent et visibles comme des spectres sous l'eau, etc ...
Je suis amateure d'astronomie. J'avais à peine levé les yeux que le second s'approchait pour me montrer la croix du sud. Bruno, fan d'histoire, ou Claire, d'alpinisme, avaient aussi réponse à tous leur appétit de connaissance.
- le confort ? On a eu la chance d'avoir beau temps. Dans ces cabines minuscules avec des vêtements mouillés, ce doit être moins drôle. Mais il faisait bien chaud à bord. Les quarts étaient un peu longs d'autant plus que rien ne se passait. Mais ça nous faisait sortir du bateau, participer à sa vie, et faire connaissance. Une très bonne chose pour 13 personnes qui ne se connaissent pas et sont renfermés ensemble pendant 24 jours. Et sans trop se laver.
Le téléphone et Internet ? éteint au fond du sac. Ca n'a apparemment gêné personne. En cas de problème, il y a la radio à bord. Alors, on se libère l'esprit. Moi, j'ai adoré.
- Les gens ? A ce sujet, pour avoir accompagné des voyages "aventure", je savais qu'il y avait un risque. Nous étions pour la plupart de jeunes retraités (la majorité entre 60 et 65 ans) mais il y avait un couple de jeunes "routards" qui avaient travaillé à UshuaÏa pour se payer le voyage. Les gens étaient simples et décontractés. Pas de concours de fringues ou de "rouleurs de mécaniques". On avait tous dû faire de grosses économies pour venir. Bon ! ce n'était pas non plus ce qu'on peut qualifier de "milieu modeste".
- L'équipage ? : J'ai trouvé un équipage au top de ses responsabilités, sachant déjouer les éventuels mini soucis qui peuvent se déclarer en vase clos. D'une intelligence et d'une patience extraordinaire de la part de tous les trois (et je sais que moi même, je ne suis ni facile ni patiente) . Et ça, ce n'est pas rien !!!
- Le trajet : les 4 semaines sont prévues pour répondre aux aléas (météo ou ... grève des avions). Avec 13 jours sur place nous avons égalé le record de durée. Nous sommes rentrés de façon à éviter une tempête et quand elle est arrivée, nous étions à l'abri en Terre de Feu. Cela nous a permis une transition en douceur avant le retour à Ushuaïa. Là encore, le skipper connaît très bien le coin. Cependant, en raison des nouvelles relations Argentine / Chili, il n'était pas possible de passer la frontière en bateau (ou sans le déclarer, à ses risques et périls). Le Cap Horn est côté chilien. On l'a vu de loin. Mais ça, ça change tous les ans. Le Vaihéré fait aussi de super croisières dans les canaux de Terre de Feu, quand il le peut. Le trajet dépend aussi des conditions météo. Le soir de Noël, un bloc de glace gros comme une maison était suspendu au-dessus du mouillage. Nous avons dîné en vitesse et dû reprendre nos quarts pour 7 H de plus. Plus au sud, nous n'avons pas pu traverser le canal Lemaire et aller aussi bas qu'on le souhaitait. Mais tout ça c'est normal quand on navigue à la voile dans ce type de pays. Avec 4 semaines, on finit toujours par "en avoir pour son argent".


Que dire de plus : Si ! on a très bien mangé. Et ça, je ne m'y attendais pas. Je m'étais bourrée de vitamines avant de partir, mais nous avions un bon stock de fruits et légumes. Attention ! on ne pêche pas en Antarctique et nous avons été au régime "viande".
Voilà, j'avais envie de vous raconter tout ça. Et si vous avez des questions, je serai hyper contente d'y répondre, si je peux. Je vais essayer de mettre quelques photos. Certaines aussi du site Vaihéré sont de moi ou de mon groupe. Chantal
Le Cap Horn avant la tempêteCherche à réunir des retraité(e)s ou seniors style routard(e)s
Cherche à réunir séniors ou retraité(e)s style routard(e)s
1 164 réponses · 21 639 affichages · Partager
Je cherche à réunir des Séniors ou Retraité (e)s style Routard (e)s pour envisager de voyager ensemble ou simplement échanger des infos sur ce forum. Si comme moi vous n'aimez pas voyager seuls, mais par contre vous voulez prendre du bon temps et partager des super moments, on peut peut-être dans un premier temps communiquer pour voir si nos profils correspondent. Plusieurs fois j'ai eu la chance de voyager avec des gens extras et j'ai dans mon sac-à-dos pleins de souvenirs formidables. Nous sommes nombreux sur ce forum à correspondre depuis plusieurs années. J'avais posté un message similaire qui est devenu une véritable discussion et à permis des super rencontres et des voyages collectifs. Beaucoup se reconnaîtront (je ne vais pas les nommer, ils sont trop nombreux) et j'espère qu'ils vont à nouveau apporter leur contribution Cette nouvelle discussion s'adresse à celles et à ceux qui conçoivent le voyage en transports locaux (quelque fois taxis ou loc de 4x4), hébergements très simples (petits hôtels, aub. de jeunesse ou chez l'habitant), repas sur les marchés ou dans petites gargotes, maximum de contacts avec la population locale et convivialité et solidarité avec mes coéquipier (éres). Personnellement je n'attends que l'occasion se présente ! Enfin ma motivation pour poster ce message: j'ai la chance de partager ma vie avec une femme formidable, son seul défaut : elle déteste les voyages ! Et moi c'est ma passion (Je pense que beaucoup sont dans mon cas!) Alors si vous vous reconnaissez laissez un message, je suis sûr que nous allons être nombreux à souhaiter faire connaissance.
Cordialement
Didier
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Je cherche à réunir des Séniors ou Retraité (e)s style Routard (e)s pour envisager de voyager ensemble ou simplement échanger des infos sur ce forum. Si comme moi vous n'aimez pas voyager seuls, mais par contre vous voulez prendre du bon temps et partager des super moments, on peut peut-être dans un premier temps communiquer pour voir si nos profils correspondent. Plusieurs fois j'ai eu la chance de voyager avec des gens extras et j'ai dans mon sac-à-dos pleins de souvenirs formidables. Nous sommes nombreux sur ce forum à correspondre depuis plusieurs années. J'avais posté un message similaire qui est devenu une véritable discussion et à permis des super rencontres et des voyages collectifs. Beaucoup se reconnaîtront (je ne vais pas les nommer, ils sont trop nombreux) et j'espère qu'ils vont à nouveau apporter leur contribution Cette nouvelle discussion s'adresse à celles et à ceux qui conçoivent le voyage en transports locaux (quelque fois taxis ou loc de 4x4), hébergements très simples (petits hôtels, aub. de jeunesse ou chez l'habitant), repas sur les marchés ou dans petites gargotes, maximum de contacts avec la population locale et convivialité et solidarité avec mes coéquipier (éres). Personnellement je n'attends que l'occasion se présente ! Enfin ma motivation pour poster ce message: j'ai la chance de partager ma vie avec une femme formidable, son seul défaut : elle déteste les voyages ! Et moi c'est ma passion (Je pense que beaucoup sont dans mon cas!) Alors si vous vous reconnaissez laissez un message, je suis sûr que nous allons être nombreux à souhaiter faire connaissance.
Cordialement
Didier
Quel mini ordinateur pour un long voyage en sac à dos?
Bonjour
Je prépare actuellement un voyage d'au moins 1an en russie et en asie . Je prevois de partir uniquement avec un sac à dos.
Je souhaiterais acheter un mini ordinateur (pas de tablette ou pc hybride ) mais je n'y connais pas grand chose 🤪
Voici mes critères:
10 pouces dans l'ideal Une bonne autonomie SSD Assez solide qd mm.. .
Pour le syteme d'exploitation, je ne sais vraiment pas ce qui est mieux pour moi. sachant que l'ordinateur sera surtout pour donner des nouvelles et surfer. Mais j'aimerais aussi pouvoir consulter des cartes sans connexion (si qq'un connait qq chose!) Et dernière chose, je voudrais aussi avoir la possibilité d'insérer des cartes SIM prepayées que j'acheterai dans les differents pays ( cest pas cher à ce qu'il parait ...)pr avoir une connexion s'il n'y a pas la possibilité de capter un reseau wifi. Pour ça on m'a parlé d''une carte usb dans laquelle tu peux insérer une sim... Voila voilà! Je suis un peu perdue parmi ttes ces offres et mes critères, merci d'avance pr votre aide!
10 pouces dans l'ideal Une bonne autonomie SSD Assez solide qd mm.. .
Pour le syteme d'exploitation, je ne sais vraiment pas ce qui est mieux pour moi. sachant que l'ordinateur sera surtout pour donner des nouvelles et surfer. Mais j'aimerais aussi pouvoir consulter des cartes sans connexion (si qq'un connait qq chose!) Et dernière chose, je voudrais aussi avoir la possibilité d'insérer des cartes SIM prepayées que j'acheterai dans les differents pays ( cest pas cher à ce qu'il parait ...)pr avoir une connexion s'il n'y a pas la possibilité de capter un reseau wifi. Pour ça on m'a parlé d''une carte usb dans laquelle tu peux insérer une sim... Voila voilà! Je suis un peu perdue parmi ttes ces offres et mes critères, merci d'avance pr votre aide!
Retour du Magica aux Caraïbes du 3 au 10 mars 2017
bonjour tout le monde !!!
me voici de retour du magica, sur une croisière aux caraibes, avec en nouvelles escales ARUBA ET BONAIRE
si je fais un compte rendu, c'est justement pour ces deux escales peu connu des croisiéristes français, car mes recherches ont été très difficiles avant de partir ...
cette croisière été programmée pour retrouver minoquide et sa moitié, et mes parents se sont rajoutés ensuite .... C'est donc une croisière tranquille qui a été programmée car mon papa et minoquide ne sont pas de gros marcheurs ....
comme une semaine est vraiment trop court, avec l'homme nous avons rallongé le plaisir par 4 jours avant la croisière en guadeloupe ... nous avons donc décollé le 27février de lyon ...une location de voiture à carrefour location, pour 4 jours, avec récupération du véhicule à l'aéroport, et un retour à l'agence, mais avec un racompagnement du chauffeur au port .... j'ai trouvé un gite pour 4 nuits, que je recommande fortement !!! c'est "o'source de pierrette" qui se trouve au lamantin, certes pas au bord de la mer, mais je voulais quelque chose pas très loin de l'aéroport, (minoquide nous rejoignant le 1 ER mars) pas très loin du port, et pas très loin de basse terre.... un gîte tout neuf (ouvert en aout) ou l'accueil est excellent, voir dépassant nos attentes... KANIKA est une personne adorable, aillant le sens de l'accueil ... les gîtes sont trop mignons, et très bien conçut et plusieurs surprises vous attendront ... Donc à peine arrivés, nous récupérons notre voiture, et nous allons prendre possession de notre gîte ... nous sommes en avance sur l'horaire, et du coup kanika n'est pas la à notre arrivée, et c'est 10 minutes plus tard qu'elle arrive catastrophée !! nous la rassurons ne voyant pas ou était le problème ... bref elle nous explique tout, et nous découvrons que bcp de prestations inatendues sont comprises dans le prix, ... le premier jour, j'avais réservé une sortie en mer pour aller voir des dauphins.... Nous avions déjà tenté l'expérience en martinique en décembre, et à part un cachalot très très très loin, nous n'avions rien vu .... en prime nous avions traversé de gros grains, et pour ma part, chopé la crève ... BREF cette fois ci j'avais prévu le kway heureusement, cette fois ci encore nous avons essuyé la pluie ... BILAN de cette journée, ....ben encore aucun dauphin, mais des cachalots, dont un qui s'est gentiment laissé approcher ... Le lendemain, randonnée palmée dans la réserve cousteau, sortie intéressante, ou nous avons pu voir des poissons, en tous genres et de toutes tailles, des tortues, raies, soles etc etc bonne journée !! le soir nous allons récupérer minoquide et sa moitié à l'aéroport, le lendemain, nous retournons sur la plage de malandure pour revoir des tortues une petite nous fera un coucou ... puis nous montons jusqu'à la plage de grande anse, pour un repas et un peu de plage ... soirée barbecue au gîte, puis dernière nuit le lendemain c'est les valises, après une matinée tranquille au gîte, un lego dans la voiture pour rentrer toutes les valises, direction le port .... la première galère ... il est 14H30, mes parents atterrissent à 14H45 et en raison du plan vigipirate, pas question de rentrer dans l'enceinte du port avant 15 h il nous faut décharger pourtant, PAS LE CHOIX.... je commence par me prendre le choux avec le vigile, prétextant que minoquide ne peut rester debout, et qu'il faut que j'aille chercher mes parents à l'aéroport .... il autorise minoquide à rentrer mais ne veut pas que sa moitié rentre aussi ... je vois rouge, le ton monte ... BREF nous avons l'autorisation à ce que tout le monde rentre pose les bagages autour de minoquide, à condition que nous ressortions tout de suite .... ON rentre et j'avise une personne de costa, et je lui demande à ce que minoquide rentre dans le hangar ... pas de problème, ils peuvent attendre à l'intérieur, à condition qu'ils ne quittent pas les bagages des yeux ... LE Vigil de l'entrée arrive et commence à râler .... bref je lui dis que j'ai l'autorisation de costa donc .... de toute façon nous ressortons rapidement et direction l'aéroport .... RETOUR au port avec notre nouvelle cargaison, mais cette fois ci on peut rentrer dans l'enceinte du port ... L'enregistrement des bagages a commencé, minoquide a fait les siens, mais n'a pu faire les nôtres ...pas grave, je les récupère, pendant qu'ils embarquent .... J'ai un peu de mal à faire prendre celle de l'homme car il n'est pas la, parti faire reprendre la voiture .... BREF après un enregistrement chaotique car mon père avait perdu sa carte d'enregistrement entre le comptoir et le bas du bateau, et ensuite son passeport, puis ensuite le numéro de sa cabine .... bref après un moment de stress, nous prenons possession de nos suites ... Première surprise, ce n'est plus une bouteille de spumante qui nous attends mais une bouteille de champagne .... bon ça ne change pas grand chose, car le champagne est compris dans le forfait boissons suite ...
avant de parler des escales, je vais parler du bateau, et des nouveaux avantages suites et diamant sur le magica, pas de restaurant club, et c'est vraiment dommage ... un coin dans le restaurant esmeralda, mais rien à voir avec le service, et le coté cosy du favolosa ... le personnel est charmant, mais le premier soir c'est un peu le bordel, on nous demande la carte toutes les 5 minutes, et au bout d'un moment ça devient lassant ... LE premier soir ils avaient la "game boy" pour les commandes, mais les autres jours, ils avaient repris l'ancienne méthode, et ce n'est pas plus mal ... Coté qualité des repas, pas de bonnes surprises comme sur le favolosa en décembre, mais cela est resté correct dans l'ensemble ... Nous avons pris une fois l'option homard, à 15 euros par personne, c'était bon la chef une jeune femme de 25 ans, en est à son 8 EME contrat avec costa, mais bon il reste quelque progrès à faire quand même .... la cabine, j'avais eu l'opportunité de passer de suite à grande suite pour 10 euros de plus, et nous avons été satisfait de la cabine .... toutefois, j'aurai aimé avoir deux transats sur le balcon, à la place des deux fauteuils et repose pieds ...mais bon j'avoue que la météo n'ayant pas été superbe, avec vent et pluie régulière je n'en aurais pas profité ....
sur le bateau, j'ai largement profité du service de réservation à bord, et comme j'avais fait qu'une seule croisière en 2016 et que c'était ma première de 2017 je pouvais bénéficier du surclassement des diamants, je deviens maintenant incollable sur le sujet !!! et grâce à une petite modification, pas encore résolue, je vais même pouvoir si tout se passe bien économiser env 1600 euros sur ma croisière de juin passant même de suite à suite samsara ....bref je ne sais pas si cet avantage va durer longtemps, mais autant dire que j'ai quelque projets dans les tuyaux, pour 2019 !!! EN TOUT CAS EN 2017 je vais en profiter largement, et faire voyager ma famille pour pas cher ...donc comme à dit le monsieur sur le bateau, "c'est pas cher costa cette année !! " je l'ai tellement embêté, que le dernier jour, je lui ai offert la bouteille de champagne de la cabine ...
coté animation, si au mois de décembre maralpine avait trouvé le favolosa "mort" sur le magica pas de soucis !! en plus comme le temps était incertain, cela se faisait à l'intérieur ... Foule et bruit à gogo ....🏴☠️
cette croisière été programmée pour retrouver minoquide et sa moitié, et mes parents se sont rajoutés ensuite .... C'est donc une croisière tranquille qui a été programmée car mon papa et minoquide ne sont pas de gros marcheurs ....
comme une semaine est vraiment trop court, avec l'homme nous avons rallongé le plaisir par 4 jours avant la croisière en guadeloupe ... nous avons donc décollé le 27février de lyon ...une location de voiture à carrefour location, pour 4 jours, avec récupération du véhicule à l'aéroport, et un retour à l'agence, mais avec un racompagnement du chauffeur au port .... j'ai trouvé un gite pour 4 nuits, que je recommande fortement !!! c'est "o'source de pierrette" qui se trouve au lamantin, certes pas au bord de la mer, mais je voulais quelque chose pas très loin de l'aéroport, (minoquide nous rejoignant le 1 ER mars) pas très loin du port, et pas très loin de basse terre.... un gîte tout neuf (ouvert en aout) ou l'accueil est excellent, voir dépassant nos attentes... KANIKA est une personne adorable, aillant le sens de l'accueil ... les gîtes sont trop mignons, et très bien conçut et plusieurs surprises vous attendront ... Donc à peine arrivés, nous récupérons notre voiture, et nous allons prendre possession de notre gîte ... nous sommes en avance sur l'horaire, et du coup kanika n'est pas la à notre arrivée, et c'est 10 minutes plus tard qu'elle arrive catastrophée !! nous la rassurons ne voyant pas ou était le problème ... bref elle nous explique tout, et nous découvrons que bcp de prestations inatendues sont comprises dans le prix, ... le premier jour, j'avais réservé une sortie en mer pour aller voir des dauphins.... Nous avions déjà tenté l'expérience en martinique en décembre, et à part un cachalot très très très loin, nous n'avions rien vu .... en prime nous avions traversé de gros grains, et pour ma part, chopé la crève ... BREF cette fois ci j'avais prévu le kway heureusement, cette fois ci encore nous avons essuyé la pluie ... BILAN de cette journée, ....ben encore aucun dauphin, mais des cachalots, dont un qui s'est gentiment laissé approcher ... Le lendemain, randonnée palmée dans la réserve cousteau, sortie intéressante, ou nous avons pu voir des poissons, en tous genres et de toutes tailles, des tortues, raies, soles etc etc bonne journée !! le soir nous allons récupérer minoquide et sa moitié à l'aéroport, le lendemain, nous retournons sur la plage de malandure pour revoir des tortues une petite nous fera un coucou ... puis nous montons jusqu'à la plage de grande anse, pour un repas et un peu de plage ... soirée barbecue au gîte, puis dernière nuit le lendemain c'est les valises, après une matinée tranquille au gîte, un lego dans la voiture pour rentrer toutes les valises, direction le port .... la première galère ... il est 14H30, mes parents atterrissent à 14H45 et en raison du plan vigipirate, pas question de rentrer dans l'enceinte du port avant 15 h il nous faut décharger pourtant, PAS LE CHOIX.... je commence par me prendre le choux avec le vigile, prétextant que minoquide ne peut rester debout, et qu'il faut que j'aille chercher mes parents à l'aéroport .... il autorise minoquide à rentrer mais ne veut pas que sa moitié rentre aussi ... je vois rouge, le ton monte ... BREF nous avons l'autorisation à ce que tout le monde rentre pose les bagages autour de minoquide, à condition que nous ressortions tout de suite .... ON rentre et j'avise une personne de costa, et je lui demande à ce que minoquide rentre dans le hangar ... pas de problème, ils peuvent attendre à l'intérieur, à condition qu'ils ne quittent pas les bagages des yeux ... LE Vigil de l'entrée arrive et commence à râler .... bref je lui dis que j'ai l'autorisation de costa donc .... de toute façon nous ressortons rapidement et direction l'aéroport .... RETOUR au port avec notre nouvelle cargaison, mais cette fois ci on peut rentrer dans l'enceinte du port ... L'enregistrement des bagages a commencé, minoquide a fait les siens, mais n'a pu faire les nôtres ...pas grave, je les récupère, pendant qu'ils embarquent .... J'ai un peu de mal à faire prendre celle de l'homme car il n'est pas la, parti faire reprendre la voiture .... BREF après un enregistrement chaotique car mon père avait perdu sa carte d'enregistrement entre le comptoir et le bas du bateau, et ensuite son passeport, puis ensuite le numéro de sa cabine .... bref après un moment de stress, nous prenons possession de nos suites ... Première surprise, ce n'est plus une bouteille de spumante qui nous attends mais une bouteille de champagne .... bon ça ne change pas grand chose, car le champagne est compris dans le forfait boissons suite ...
avant de parler des escales, je vais parler du bateau, et des nouveaux avantages suites et diamant sur le magica, pas de restaurant club, et c'est vraiment dommage ... un coin dans le restaurant esmeralda, mais rien à voir avec le service, et le coté cosy du favolosa ... le personnel est charmant, mais le premier soir c'est un peu le bordel, on nous demande la carte toutes les 5 minutes, et au bout d'un moment ça devient lassant ... LE premier soir ils avaient la "game boy" pour les commandes, mais les autres jours, ils avaient repris l'ancienne méthode, et ce n'est pas plus mal ... Coté qualité des repas, pas de bonnes surprises comme sur le favolosa en décembre, mais cela est resté correct dans l'ensemble ... Nous avons pris une fois l'option homard, à 15 euros par personne, c'était bon la chef une jeune femme de 25 ans, en est à son 8 EME contrat avec costa, mais bon il reste quelque progrès à faire quand même .... la cabine, j'avais eu l'opportunité de passer de suite à grande suite pour 10 euros de plus, et nous avons été satisfait de la cabine .... toutefois, j'aurai aimé avoir deux transats sur le balcon, à la place des deux fauteuils et repose pieds ...mais bon j'avoue que la météo n'ayant pas été superbe, avec vent et pluie régulière je n'en aurais pas profité ....
sur le bateau, j'ai largement profité du service de réservation à bord, et comme j'avais fait qu'une seule croisière en 2016 et que c'était ma première de 2017 je pouvais bénéficier du surclassement des diamants, je deviens maintenant incollable sur le sujet !!! et grâce à une petite modification, pas encore résolue, je vais même pouvoir si tout se passe bien économiser env 1600 euros sur ma croisière de juin passant même de suite à suite samsara ....bref je ne sais pas si cet avantage va durer longtemps, mais autant dire que j'ai quelque projets dans les tuyaux, pour 2019 !!! EN TOUT CAS EN 2017 je vais en profiter largement, et faire voyager ma famille pour pas cher ...donc comme à dit le monsieur sur le bateau, "c'est pas cher costa cette année !! " je l'ai tellement embêté, que le dernier jour, je lui ai offert la bouteille de champagne de la cabine ...
coté animation, si au mois de décembre maralpine avait trouvé le favolosa "mort" sur le magica pas de soucis !! en plus comme le temps était incertain, cela se faisait à l'intérieur ... Foule et bruit à gogo ....🏴☠️
Sarajevo deux époques
Les Balkans sont une région, où foisonnent les sociétés, zone d'achoppement et de conflits entre les cultures, où longtemps l'empire ottoman a affronté la chrétienté. Les influences ont fluctué au gré des fortunes de guerre. Tous ces pays je les ai visités plus ou moins longuement. Chacun d'entre eux a eu sa période de gloire au cours du millénaire écoulé, et pour la Grèce son apogée remonte encore bien plus loin. L'un d'eux, je le connais assez bien pour y avoir vécu trois ans. J'y ai laissé une partie de mon cœur, l’Albanie, pays dans lequel je me suis forgé des amitiés très fortes et indéfectibles.
La Bosnie je l'ai aussi arpentée à différentes occasions, tout particulièrement au cours d'un long épisode dramatique de son histoire, le siège de Sarajevo. Mes voyages dans ce coin d'Europe, où l'on se sent très loin, plongé dans cette constellation de petits pays, qui chacun a une identité forte, j'en ai fait déjà plusieurs compte-rendus dans les carnets de voyage forum. L'un de ces écrits je ne l'avais jamais publié, car il pourrait s’apparenter quelque part à un voyage dans la guerre. Mais j'ai décidé de vous le soumettre, car il pourra intéresser les amoureux de cette ville extraordinaire qu'est Sarajevo, et que je trouve toujours aussi envoûtante chaque fois que j'y retourne. Donc voici ce texte, et désolé si certains le trouveront très très long et manquant de photos, mais j'espère qu'il donnera envie d'aller visiter ces terres balkaniques qui sont pétries par deux mille ans d'histoire:
Sarajevo deux époques, souvenirs, anecdotes
Sarajevo, cette ville au nom évocateur, qui tient une place particulière dans l'histoire de l'Europe, j'ai eu l'opportunité de la connaître à deux époques relativement rapprochées mais très différentes. La première fois, quatre mois durant le siège en 1994 en pleine guerre de Bosnie, et la seconde en effectuant un bref passage de deux jours en 2008 au cours d'un périple balkanique. Ces deux expériences dans des contextes opposés, me permettent de mettre en exergue tous les contrastes d'atmosphère au gré des circonstances et des événements que cette ville magique a connus. L'été 1994 arrive à grands pas, j'ai programmé mes vacances, j'irai faire de l'alpinisme du côté de la Vanoise. Brutalement à deux jours du départ, changement de destination, on m'informe que je pars à court terme pour Sarajevo dans le cadre des missions de guidage d'avions de combat. A peine le temps de prendre quelques habits, prévenir ma famille et je suis en route pour une formation accélérée afin de me remettre en tête les techniques aéronautiques appropriées. Les cours théoriques et pratiques sont prodigués par de braves Américains qui n'ont jamais imaginé que sur la terre des gens pouvaient parler autre chose que leur langage qui s'apparente plus à une suite d'acronymes et d'onomatopées à peine prononcés qu'à de l'anglais ! Après une injection à haute dose d'une semaine, je prends la direction de la Bosnie, plus spécialement Sarajevo et son siège. Survol des Alpes, je distingue très nettement les montagnes que je voulais grimper à proximité du col du Mont Cenis, mais l'aventure sera différente.
Je suis arrivé sur l'aéroport surchargé de matériels et d'hommes. La première urgence est de trouver à se loger avec mon équipe, nous sommes 7. On déniche un petit réduit, digne des plus minuscules refuges que j'ai connus en montagne. A 7 nous nous empilons sur 6 mètres carrés, mais ça va. Il ne fait pas froid nous sommes en juillet. D'ailleurs on pourrait avoir très, très chaud, car notre réduit est adossé au dépôt de munitions de la légion étrangère, un obus mal placé et nous prenons un billet direct pour la vaporisation. Nous allons vivre dans cet espace réduit quelques semaines, mais l'activité était si intense que lorsque nous le rejoignions nous nous écroulions dans le sommeil.
Ma première sortie dans la ville me permet de saisir immédiatement l'atmosphère qui y règne. Cité complètement bloquée où tout le monde se cache. Les rues sont désertes, la population vit, comme des rats, terrée. Les militaires dans les blindés et engoncés dans leur gilet pare-balles sont les seuls à donner un peu d'animation à la cité. Rarement, toujours furtivement on aperçoit un civil qui presse le pas dans une rue et disparaît bien vite pour éviter d'être tué par une balle qu'elle soit perdue ou non.
La ville de Sarajevo occupe le fond d'une cuvette toute en longueur. Du fait de son développement, les maisons par manque de place ont colonisé les collines environnantes. Des quartiers serrés se pressent tout au long des pentes de cette multitude de buttes raides, qui rentrent carrément dans la ville basse et l'encerclent de toutes parts. En levant les yeux, la première chose qui frappe, ce sont les façades de maisons individuelles qui constellent tous les reliefs environnants. Il ne faut pas de grandes explications pour comprendre, que de toutes ces fenêtres en encorbellement, des multitudes d'yeux vous regardent voire vous surveillent. Elles sont innombrables, les unes sur les autres, tout au long de ces grandes pentes qui tombent dans la ville. Tels de gros yeux inexpressifs mais lourds de menaces dissimulées, elles peuvent à tout moment prêter assistance à l'auteur d'un assassinat, tapi à l'abri de la lumière, son arme de précision à la main. On imagine facilement tous ces guetteurs scrutant l'immobilité de la ville. Combien de snipers, qui vous prennent dans leur croisillon, se cachent derrière ces ouvertures, à dessein pleines de pénombre ? Combien de fois, montant les escaliers de la fameuse patinoire la Skandéria j'ai senti ces regards sur moi. L'impression est étrange et désagréable, mais il ne sert à rien de lever les yeux, cela pourrait juste être pris pour un acte de provocation, et souvent la susceptibilité du tireur est proportionnelle à son taux d'imbibition à la slibovitch, alcool blanc de prune.
Au cours de différentes missions, je suis amené à remonter des rues remplies de carcasses de voitures et de trams bombardés et incendiés, on se croit dans un film de fiction, des spectacles dantesques de rouille et de fer tordu, mais non c'est la réalité. Par endroits, il faut bousculer certains obstacles avec le blindé pour passer sur ces chaussées recouvertes de gravats. Lors de ces déplacements en véhicules, des gens nous regardent à la dérobée. Dans les jardins de nombreuses maisons particulières les voitures sont bâchées et protégées dans un recoin de terrasse, en attendant des jours meilleurs où il y aura de l'essence, des routes en état et plus d'obus qui s’abattent selon une logique parfois difficile à saisir.
Assister au bombardement d'une ville est une expérience étrange. De gros obus frappent de plein fouet des façades qui s'écroulent dans des nuages de fumée. Les obus lorsqu'ils vous survolent, vous réalisez avec précision le danger qu'ils représentent. S'ils font un bruit strident et aigu, cela signifie qu'ils ont une vitesse élevée et qu'ils vont aller frapper plus loin. Par contre s'ils font un bruit plus mat avec des flop flop, cela trahit une vitesse faible et un engin qui commence à tanguer sur son axe, d'où une chute dans les environs. On apprend très vite, en regardant les autres, à réagir. J'ai fait cette découverte sur une colline en présence d'un groupe de Bosniaques, alors que je faisais des repérages concernant le positionnement des différentes forces en présence. La ville était sous le bombardement régulier de canons serbes de gros calibre. Nous nous trouvions sur la trajectoire des obus, mais bien en-deçà de leur point d'impact. Nous les entendions donc nous survoler dans un sifflement strident. Soudain, un bruit beaucoup plus bas, accompagné du fameux flop flop, décrit si souvent par les poilus de la grande guerre, a provoqué une réaction de fuite immédiate de mes interlocuteurs bosniaques. Effectivement un gros obus est tombé beaucoup plus près que les précédents mais à une distance, où le danger restait faible. C'est ce qu'on appelle apprendre par l'expérience ou sur le tas.
Dans la ville de Sarajevo une petite communauté de Croates se trouve prise en otage entre les Serbes et les Bosniaques. Participer à un office religieux parmi ce groupe catholique est très poignant. Même là, il faut se méfier du scoop journalistique, on pourrait rapidement faire croire en juxtaposant sur une même photo un militaire français et une religieuse croate que nous sommes là pour prendre parti en leur faveur. Bien sûr que leur situation nous émeut, bien sûr que dans la mesure de nos moyens nous les pourvoyons en nourriture, mais nous le ferions de la même manière pour les autres communautés, lorsque des êtres humains sont dans la nécessité impérieuse ils méritent une égalité de traitement. Dans cette petite communauté acculée, la ferveur est très importante, jeunes et vieux montrent la même foi. Je me souviens d'une anecdote amusante malgré la situation. Le prêtre de la légion étrangère française célèbre l'office au cours duquel il se réfère aux noces de Cana. Le légionnaire d'origine croate, lui servant d'interprète, traduit par noces de canard, d'où éclat de rire franc de toute la communauté croate. La difficulté et l'incertitude extrêmes n'enlèvent pas à l'être humain son sens de l'humour et son envie de rire. C'est rassurant. Bien que n'étant pas particulièrement pratiquant, ces offices me bouleversaient par la conviction et l'espérance qui émanaient de cette population martyrisée. Le fait d'y penser quinze ans après, je sens toujours monter en moi de l'émotion.
Observateur de cette situation dramatique que vit une population à trois entités et aussi un peu acteur pour essayer d’y remédier, on ne peut qu'éprouver un réel malaise en constatant toute la frénésie de ce qu'on appelle l'information pour contenter le voyeurisme de nos populations occidentales. Il faut dire que c'est tentant, bien installé chez soi le soir à vingt heures de regarder le sacro-saint journal télévisé qui distille sa kyrielle de faits divers sordides. Montrer des obus écraser une cité qui vit ou plutôt survit dans une immense détresse, c'est l'assurance de faire exploser l'audimat. Pourquoi le spectateur qui se cache en chacun de nous est-il si friand de ce genre de spectacle ? Voyeurisme par rapport à la mort, réconfort de voir qu'il y a plus malheureux que nous, oublier ses petits déboires quotidiens professionnels ou sentimentaux ?
J'ai été au cours de mes nombreux déplacements témoin de situations curieuses, que je ne comprenais pas toujours. Sur la fameuse �� snipers allée » complètement déserte, un cycliste, seul sur l'immense ruban de goudron, marche recroquevillé son vélo à la main, et semble se protéger derrière le cadre de sa bicyclette, étrange ! Face à lui les hautes façades d'immeubles, desquelles des yeux amis et d’autres hostiles le surveillent, ces derniers prêts à délivrer la mort. Cette scène est surréaliste, le temps semble suspendu. L'hésitation de l'individu, de toute évidence dans une mauvaise situation est angoissante. À chaque instant on s'attend à entendre un bruit sec se répercutant le long des murs et voir l'homme et son vélo s'abattre au sol. Ce spectacle fait véritablement mal par la tension qu'il engendre. En bruit de fond permanent le son des détonations rappelle que la guerre est présente. On s'y adapte au point que l'absence de tir semble anormale. Se réveiller au bruit de la poudre devient une habitude, un peu à la manière du chant des oiseaux au printemps qui accompagne la reprise de conscience au sortir du sommeil. Lorsque je suis rentré en France, la première semaine j'étais réveillé tôt à cause justement de l'absence de ce bruit de fond qui m'avait accompagné durant quatre mois. L'accoutumance est telle, que le retour à la vie normale semble bizarre. Dès mon arrivée chez moi, je suis parti en montagne remonter le canyon de la Niscle dans les Pyrénées espagnoles. Ne plus avoir à porter un gilet pare-balles, ne plus faire attention aux mines, ne plus chercher le sniper embusqué, pouvoir se déplacer sans contrainte sur de grands espaces, cela procure une sensation étrange, comme si le retour à la normale nécessitait une rééducation. En quatre mois de conditions particulières, on s'adapte très fortement à la situation locale et l'on ne réalise pas à quel point cette adaptation formate les actions réflexes. De façon étrange dans ce canyon de la Niscle, qui est une œuvre de la nature titanesque et de grande beauté, je me sentais comme dans un environnement inhabituel par cette absence de dangers. Il faut se réhabituer à la normalité, et je comprends très bien qu'après des expériences extrêmes, ce qui n'a pas été mon cas, cette réadaptation soit très longue, voire impossible.
J'ai lu à plusieurs reprises des comptes-rendus de voyages en zones de guerre. Ces pratiques suscitent des critiques parfois acerbes, le voyeurisme étant considéré comme indécent. Cela me semble logique, et effectivement, je ne sais pas ce que j'aurais ressenti si j'étais venu simplement me promener, attiré par une curiosité malsaine. Je n'étais pas dans ce cas. Je me demande quelle différence existe entre le touriste en zone de guerre et le journaliste qui couvre l’événement ? Ce dernier ne fournit-il pas un document et des photos, choc des images oblige, à des gens curieux de voir plus que de savoir, poussés par ce qu'il faut appeler l'attrait du spectaculaire morbide donc du voyeurisme ? Mon premier réflexe serait de condamner le tourisme en zone de conflit, alors pourquoi permettre les scoops souvent violents des reporters, qui sous couvert d’information visent au sensationnel si possible bien sanguinolent ? Bien sûr, il me sera répondu qu'il s'agit du devoir d'information. Mais s'agit-il vraiment d'information ou d'un business lucratif à la limite de la décence ? Les journalistes, j'en ai croisé un certain nombre durant cette saison en Bosnie. Comme nous tous, ils faisaient leur métier, même si parfois « JT » oblige, contrainte de temps incompressible du 20h, les informations étaient à mon sens un peu arrangées voire beaucoup. L'obus de mortier filmé était peut-être payé et pas forcément attribué au bon camp, d'où l’ire du camp en question. Il nous arrivait même de recevoir des obus après le fameux JT en guise de protestations, tout du moins c'est ce que j'ai ressenti.
Cependant la visite des journalistes était toujours intéressante, révélatrice du mode de fonctionnement de nos sociétés, prises sous le feu des scoops et de l'information immédiate. Cette précipitation à rapporter de l'information, conditionnée par l'urgence du produit à livrer, quelles que soient les conditions de la collecte et la crédibilité des sources, conduit très logiquement à la désinformation ou même dans certains cas à la manipulation. Je me souviens avoir vu certains impacts de balles troublants sur certains véhicules, qui me faisaient penser qu'ils avaient été demandés par les occupants du dit véhicule pour les besoins du sensationnel à médiatiser. Peut-être ai-je l'esprit mal tourné ? En effet lorsque l'on me présente des traces de balles prétendument tirées par un sniper et que je vois des impacts très rapprochés, semblables à une rafale d'arme du style kalachnikov, je me pose des questions ! Mais imaginons le ou la reporter qui couvre l'événement du siège de Sarajevo et qui un soir ne rapporte rien de très spectaculaire pour la ‘grand-messe’ de 20heures, alors que ses concurrents des autres chaînes font un tabac. Il est fort à parier que ce journaliste va se retrouver très rapidement dans un placard à couvrir le fait divers en province. Donc dans cette surenchère de la précipitation, pour ne pas perdre son emploi, on est prêt à tout pour ne pas priver le bon peuple de France de son coup d'adrénaline en mangeant sa soupe devant son téléviseur. Il est important de lui montrer que ça pète, et mon Dieu que ce soit les uns ou les autres qui font péter ça n'a pas d'importance. Cela en a d'autant moins, qu'entre Serbes, Croates et Bosniaques la majorité des spectateurs ne fait pas la différence et puis s'en fout. L'important étant que ça pète autant que dans la série américaine sur laquelle ils vont embrayer dès le JT terminé. Je ne citerai pas les noms de chaînes dont j'ai vu, je dirais même subi les sarcasmes des représentants, qui dans l'anxiété de ne pas avoir suffisamment de matière à transférer par leur antenne satellite, me reprochaient de faire de la rétention d'information. Mais comment se prononcer sur une situation que l'on ne cerne pas complètement, mouvante à souhait, toute erreur d'interprétation pouvant avoir des répercussions graves. Tout particulièrement étaient concernés ceux qui restaient sur le terrain, les représailles n'étaient pas exclues de la part d'une faction que l'on aurait accusée à tort d'une action perpétrée par l'ennemi. Je trouvais dommage d'avoir à considérer les journalistes de mon propre pays comme un danger pour ma sécurité et essayer de les fuir autant que je pouvais. Je me souviens cependant d'un journaliste de Libération qui venait sur les zones de confrontation et qui posait peu de questions, mais cherchait à se faire sa propre idée de la situation. En le regardant, je comprenais qu'il mûrissait son article et qu'il n'était pas pressé. Ce qu'il fournirait serait certainement le fruit de sa conviction après son expérience sur le terrain et non un show médiatique à consommer le soir même.
Vie en zone de danger, comme il est étrange en tant que militaire de vivre dans des endroits où l'on se sent menacé sans être confronté à la guerre telle que nous l'avons tous gravée en nous par la narration des grands massacres entre Occidentaux. En effet, les deux conflagrations mondiales ont conditionné notre vision d'un conflit. Nous imaginons tout d'abord une hécatombe de militaires, comme par exemple sur les plages de Normandie ou dans les tranchées de Verdun ou de la Somme. Cela ne veut pas dire que les civils ont été épargnés dans ces périodes troublées. Là à Sarajevo pour les soldats internationaux, il s'agit plutôt de vie sous menaces multiples, mais non de danger de mort immédiate comme à Omaha Beach. En effet, durant mon séjour pas un seul soldat des forces internationales ne sera tué, tant mieux. Pour se préserver sur les itinéraires que nous empruntons à pied, des levées de terre ont été faites, ce qui permet un abri relatif contre les snipers. Mais par endroits, il y a des interruptions, par exemple aux carrefours, et là, on reste à découvert. C'est le cas en particulier pour accéder à la machine à laver, un petit passage devant le croisillon d'un fusil à lunette, mais on va quand même nettoyer son linge. C'est aussi le cas pour se rendre à une citerne où nous allons puiser de l'eau pour nettoyer les WC, égalité de traitement, quel que soit le grade chacun va chercher son seau pour les toilettes. Cette ambiance sous contrainte, on s'y habitue tellement que parfois cela en devient dangereux. Je me souviens de ce militaire monté en haut de la protection de terre et qui fumait tranquillement sa cigarette sous le regard de snipers. Il m'a de toute évidence pris pour un mauvais coucheur, lorsque je lui ai donné sèchement l'ordre de redescendre fumer à l'abri. Je pourrais relater d'autres anecdotes de ce genre qui me viennent à l'esprit, cependant ne vous y trompez pas cela n'enlève rien à l'extrême compétence et au dévouement sans faille des militaires français. Dans le cadre de ces coalitions aux ordres de l'ONU, on se trouve comme pris dans une énorme machine administrative à la réaction molle, alors que des populations vivent des situations dramatiques. Srebrenica et son massacre en sont la preuve manifeste. Assez vite, en ce qui me concerne je me suis fait une idée du niveau de danger auquel j'étais confronté. Bien sûr cela est statistique en fonction des événements que l'on constate. Comme je l'ai dit, malgré les tirs de tous calibres permanents, en tant que soldats de la force internationale, à la période où je me trouvais à Sarajevo, nous étions peu visés. À d'autres périodes ce n'était plus le cas, mais durant les quatre mois où j'ai été présent, nous n'avons eu à déplorer qu'un seul blessé. Par contre parmi les trois entités, bosniaques, croates et serbes les morts se comptaient par centaines, combattants et civils confondus. On prend rapidement conscience, que sur un même lieu, nous ne sommes pas tous soumis aux mêmes conditions et aux mêmes dangers. Parfois je pensais à Chamonix en été et à sa ronde permanente d'hélicoptères lancés dans des sauvetages souvent périlleux pour aider de nombreux alpinistes, ou malheureusement récupérer les corps de ceux qui y laissent leur vie. Durant les deux mois d'une saison à la « Mecque de l’alpinisme » la liste des blessés et de ceux qui ne reviendront pas est longue. Je ne pouvais m'empêcher de penser que statistiquement durant cet été 1994, le grimpeur dans les Alpes était plus en danger que le militaire plongé dans le siège de Sarajevo. Cette comparaison me troublait beaucoup. Comment l'assouvissement d'une passion peut-elle se révéler plus dangereuse que la participation à ce qu'on appelle une guerre, même s'il s'agit de mission d’interposition ?
Les sorties nocturnes dans la ville pour faire des essais de transmissions avec les avions, alors que les rues ont été rendues aux factions est une expérience pour le moins impressionnante. De nuit comme de jour le travail se fait généralement à partir d'un blindé. Espace carcéral auquel on s'habitue. On a parfois l'impression d'être en immersion dans un milieu glauque, entouré de bruits de tirs, à serpenter parmi des carcasses détruites, parfois des balles de petit calibre claquent sur le blindage. Ne rêve-t-on pas ? Sommes-nous dans un film d'anticipation au centre d'une ville soumise à la plus abominable des insurrections ? Non, il s'agit bien de la réalité. Dans cette ambiance tendue, la voix nasillarde d'un pilote américain, anglais ou français se fait entendre dans les écouteurs et la procédure de guidage commence. Être le maillon d'une énorme machine de guerre ou de paix, selon le point de vue, raccroche à une réalité palpable et par certains côtés est rassurante, surtout lorsqu'on pense être dans le camp des gentils. De toute évidence être le soldat d'un pays démocratique évite les états d'âme. Notre Président, à cette époque s'appelait François Mitterrand, même lorsque l'on n'a pas voté pour lui, l'image d'humanisme qui lui est attachée rassure le soldat engagé sur sa décision.
La vie dans une ville assiégée et affamée par encerclement laisse des souvenirs profonds. Circuler dans un quartier sous bombardement est une situation étrange. Le souffle puissant des déflagrations qui remonte les rues dans un râle rauque est impressionnant. Cela produit un bruit presque épais à la manière d'un gémissement profond et lugubre, canalisé par de hautes façades qui le compriment en lui donnant longueur et gravité. Il se propage accompagné d'une multitude d'échos tout aussi graves qui entretiennent le son. On sait qu'un obus est tombé à proximité, mais on ne voit rien entre les bâtiments, seul ce souffle renseigne sur la proximité de l'explosion. On est d'autant plus surpris, que le sifflement de la munition en vol a été atténué par le bruit du moteur de notre véhicule. Un jour où les tirs étaient particulièrement nourris, j'ai assisté à ce spectacle incompréhensible de civils qui n'avaient pas l'air de paniquer, comme s'il y avait un accord tacite sur le lieu précis du bombardement. Ils restaient sur le pas de leur porte, alors que le bombardement était tout proche. Je n'ai jamais eu d'explications. J'ai vu avec surprise le fameux marché de Sarajevo qui se tenait, même misérablement, alors qu'autour des munitions de gros calibres tombaient.
Au cours de nos missions il nous arrivait de dialoguer avec des avions alors que nous étions en pleine ville. Un après-midi, alors que nous stationnons sur la petite place de la patinoire, nous allons commencer une séance d'entraînement aux procédures de guidage avec des pilotes. Le lieu où nous nous trouvons est sous le feu permanent des belligérants qui se battent entre eux. Les armes qu'ils utilisent, principalement de petit calibre, ne représentent pas un réel danger pour nous, dans la mesure où nous restons dans notre véhicule blindé. Avant que la séance d'entraînement commence, je donne mes consignes à l'équipage du véhicule. Je leur précise qu'il s'agit d'un entraînement donc en aucun cas nous ne devons prendre de risque inutile. C'est à dire que tout problème technique de transmission qui nécessiterait une intervention extérieure au blindé ne doit pas être pris en compte, sécurité du personnel est prioritaire. Le contact est établi avec un A10 américain. Au début tout se passe bien, puis le contact radio se détériore. J'ai de plus en plus de mal à communiquer avec l'avion. Tout absorbé à mon travail à essayer d'interpréter les paroles de l'aviateur hachées et baignées dans une importante friture, je ne prête plus attention à mon environnement immédiat. Alors subitement la liaison redevient parfaite et la compréhension mutuelle facile. L'avion ayant fini son passage le calme revient dans l'habitacle de notre blindé. Alors discutant avec l'adjudant des transmissions qui m'assiste, je réalise qu'il était sorti sur le toit changer une antenne pour rétablir la communication, alors que partout autour nous entendions les bruits secs des balles qui frappaient les façades et parfois le métal de notre véhicule. Sans chercher à comprendre, régissant à son seul réflexe de technicien, l'adjudant était monté sur le toit pour changer un embout d'antenne restant exposé de longues secondes aux balles qui fusaient dans tous les sens. Il considérait qu'il avait simplement rempli sa mission. Cependant pour le principe, alors qu’il avait fait preuve d’un véritable courage, je lui ai reproché d'être sorti alors que j'avais demandé de limiter les risques. Mais je ne pouvais m'empêcher de penser que si la situation se dégradait et si l’on passait à une phase plus offensive, j'étais entouré de vrais combattants qui iraient jusqu'au bout sans se poser de question. Les périodes de vie en ville alternaient avec les périodes de vie en montagne, sur le fameux mont de Bijelasnica. Lorsqu'on est montagnard, que l'on soit en temps de paix ou de guerre l'attrait de l'ambiance de la montagne reste très fort. Nous logions dans un chalet de bois dans lequel des photos de montagnes prestigieuses étaient accrochées aux murs, en particulier les Tre Cime di Lavaredo et l'Everest. J'ai même trouvé un topo d'escalade écrit en yougoslave. Décor immense autour de ce point haut qui était le départ de la descente de ski des JO de Sarajevo. Quelques soldats français habitent ce lieu. En fonction des missions le nombre varie de cinq à une petite trentaine. Nous y sommes venus pour la première fois au mois d'août, après que les belligérants l'aient quitté suite à des accords internationaux. À notre arrivée nous découvrons un site dévasté, dans un état de grande saleté. Les derniers occupants ayant déféqué au beau milieu des pièces et saccagé le mobilier. Nous prenons donc régulièrement nos quartiers dans ces montagnes et remettons de l'ordre dans ce magnifique refuge. Ma mission principale était la détection de tous les matériels militaires dans les plaines environnantes pour les signaler à l'aviation. En conséquence j'ai passé beaucoup de temps assis tout en haut d'une cime à scruter. Il ne m'était jamais arrivé de rester au sommet d'une montagne une semaine complète. Expérience étonnante et enrichissante, je ne trouvais pas le temps long. Pouvoir assister au cours des jours qui s'écoulent à l'évolution météorologique autour d'un sommet, quel plaisir ! Bien entendu, j'y ai connu tous les temps : beau, chaud, soleil, couvert, venteux, pluvieux, froid et même la neige.
Le site était d'une grande beauté et très sauvage, bien qu'il s'agisse du sommet d'une station de ski. Le dénivelé était important par rapport à la plaine que nous dominions. De ce point, vers le nord, la vue donnait sur les Monts Igman et ensuite embrassait la cuvette de Sarajevo. Certains jours où la brume remplissait les terres basses, de Sarajevo ne surnageaient au-dessus du brouillard que les tours de retransmission détruites, qui comme des statues fracassées, portaient témoignage de la folie des hommes, qui plus bas s'affamaient et s'entretuaient. Il m'arrivait souvent de venir m'isoler seul assis au sommet. Tous les matins au lever du jour j'étais un spectateur assidu de ce moment magique, que tout alpiniste apprécie plus que tout. Pour le montagnard, généralement assister à l'apparition du soleil d'un sommet signifie que l'entreprise de la journée a été un succès puisqu'on est arrivé au but que l'on s'était fixé, donc tout à loisir, l'esprit libre on peut se livrer à ce fantastique spectacle de la nature. Bien évidemment ma situation et les raisons de ma présence étaient bien différentes de la motivation habituelle du grimpeur partant à l'assaut d'une face. Un matin, à cinq heures, alors que la nuit ne va pas tarder à céder la place à la lumière, assis seul, tous les sens en éveil je m'imprègne de ce spectacle dans ce contexte particulier du siège. Sous Bijelasnica une mer de nuages s'étale, de laquelle sortent quelques points hauts des collines enserrant Sarajevo. La distance à la ville amortit le bruit du canon qui est quasi permanent, et le transforme en une rumeur lointaine, sourde et diffuse. Y a-t-il vraiment la guerre ? Ce moment de joie intense que tout alpiniste gardera pour toujours dans son cœur va se produire. À l'est, la clarté se fait de plus en plus nette et les nuages prennent des teintes irisées qui s'étalent du rouge vif au marron sombre presque noir, dans un dégradé continu d'est en ouest. Alors, le soleil perce la couche et apparaît déformé du fait de la distorsion de la lumière traversant l'atmosphère. À cet instant, j'aperçois dans la direction de l'astre du jour deux « bateaux » chevauchant à vive allure cette mer de nuages calme. Enfin, je distingue leurs silhouettes surmontées de leurs doubles dérives caractéristiques. Il s'agit de deux F14 de l'US Navy qui convergent vers ma position, point caractéristique connu de tous les aviateurs de la coalition. Arrivés au pied de la montagne, ils l'escaladent en patrouille serrée au plus près du relief. J'ai tout loisir de les regarder monter vers ma position. L'un des avions me survole de quelques mètres, tandis que le second passe en dessous dans le petit col qui est à ma droite en contrebas. Je peux voir très distinctement les casques de l'équipage de l'aéronef lancé à vive allure. Heureusement que je me suis levé, dire que j'aurais pu rater un tel spectacle, qui restera gravé en moi à jamais. Je ne peux m'empêcher de penser à ma chère maman à laquelle j'ai dit, que j'étais en Italie. Si elle pouvait imaginer « l’enfer » qui est le mien. Je sais que ce genre de réflexion peut choquer, mais c’était bien mon état d’âme à ce moment, confronté à un double spectacle de beauté de la nature au lever du jour et de merveille technologique, le tout dans un environnement de guerre. Les journées étaient bien remplies, entre le travail technique, les visites d'autorités alliées ou serbes, de journalistes et même de troupes tentant des actions tout du moins d'intimidation. Dans ce contexte, pris entre les positions des Serbes et des Bosniaques, ce que nous craignions le plus c'était de nous faire attaquer par une faction, qui essaierait d'en rejeter la faute sur leurs ennemis afin que nous les attaquions à notre tour en guise de représailles. Du fait de cette insécurité, lorsque nous restions peu nombreux, nous prenions des précautions particulières, car nous ne pouvions rester éveillés toute la nuit. Nous déployions autour de notre refuge, des systèmes d'alarme constitués de fils fins reliés à des mines éclairantes. Un soir alors que nous sommes seulement cinq au sommet de cette montagne, réunis pour dîner, une explosion nous indique qu'une mine a été déclenchée. Branle-bas, nous montons rapidement sur le toit, prêts à répliquer en cas d'attaque. Que constatons-nous ? Un gros lièvre qui détale et qui de toute évidence était le responsable du déclenchement de notre alarme. Il est étrange de se retrouver couché à plat ventre sur le toit d'un refuge en montagne un pistolet mitrailleur à la main. L'adrénaline dans ces cas est la même que celle qui inonde lors d'un passage difficile d'escalade, tout l'esprit tendu vers l'action. De plus le groupe réagit comme un seul homme, chacun se positionnant au meilleur endroit prêt à faire front. L'esprit d'équipe dans ces situations lorsqu'il est bien rôdé est un atout indéniable. Je ne dirais pas presque déçus, nous retournons terminer notre dîner.
A deux mille mètres d'altitude, en l'absence de toute lumière parasite, la nuit est magnifique. En Bosnie à l'été 1994, des lumières parasites il n'y en avait pas, le pays n'étant plus approvisionné en électricité. Au mois d'août à l'époque des grands passages d'étoiles filantes, j'ai assisté de mon promontoire à de véritables feux d'artifices. Ce qui était aussi très curieux à regarder, c'était la ligne de démarcation ou ligne de front entre les belligérants. Autant la journée, elle n'était pas matérialisée à travers les forêts qui s'étalaient à nos pieds, la nuit par contre, les lampes de poche et les petits feux ponctuaient très nettement cette ligne qui séparait des hommes en guerre. Un soir j'étais en train de la regarder serpenter au gré des mouvements de terrain. Un avion m'a contacté pour venir étudier la zone. Dès que le bruit de son réacteur, très ténu à peine perceptible du fait de sa hauteur, s'est fait entendre, la ligne de front s'est presque instantanément éteinte. Dans cette quiétude de l'été, il ne fallait pas se fier aux apparences. Les hommes restaient très vigilants et se guettaient, prêts à donner la mort à l'imprudent qui se serait laissé prendre par la douceur de l'été.
Parfois nous étions confrontés à des situations difficiles. Un exemple, à quelques centaines de mètres de notre refuge, se trouvait le cadavre d'un combattant bosniaque en zone serbe. Des tractations par radio sont engagées afin que ses camarades puissent le récupérer. Les Serbes ne s'y opposent pas dans la mesure où, on leur rend la dépouille de l'un des leurs en échange. La réponse du camp adverse est simple : nous ne détenons pas de cadavre serbe, par contre nous avons des prisonniers, nous allons en tuer un, et vous donner son cadavre en échange. La négociation s'est égarée et a traîné quelques jours. Au mois d'août la chaleur aidant, le corps du combattant s'est rapidement métamorphosé et ce sont les soldats français qui sont allés le ramasser afin que les siens puissent lui donner une sépulture décente.
Il m'est arrivé d'avoir à participer à des reconnaissances le long de lignes de crêtes, afin de nous assurer que les différentes factions de combattants respectaient bien le retrait auquel elles s'étaient engagées. Hors le contexte très particulier de cette guerre balkanique, le déplacement en lui-même consistait en une magnifique balade sur une crête aérienne, offrant de toutes parts une vue magnifique sur un pays sauvage, très peu habité. Le problème des mines nous préoccupait cependant, et nous faisions attention. Sur ce sol de rocher dénudé, le risque de marcher sur l'une d'elles était faible. Par contre déclencher un système de piège en tirant du pied sur un fil me semblait possible.
Un jour où l'activité aérienne était interrompue pour cause de météo très mauvaise, je suis parti me balader dans le brouillard en pleine montagne avec l'un de mes camarades. Outre le danger inhérent à la montagne par mauvais temps, nous ressentions des impressions fortes à l'idée du contexte général de la région à ce moment. Devant nous, une masse sombre apparaît, nous marquons l'arrêt puis nous approchons. Il s'agit d'une stèle à la mémoire de randonneurs morts de froid après s'être égarés dans le mauvais temps. Cet accident remontait à plusieurs années avant le début de la guerre.
Depuis mon observatoire, j'ai aussi assisté à la destruction totale de la station de ski olympique par les Serbes. En effet, lorsqu'ils se sont retirés de cette zone, afin d'être sûrs que les Bosniaques n'utiliseraient pas les installations, ils ont tout dynamité. Par un bel après-midi, j'ai vu les pylônes des remontées mécaniques plier sous les charges d'explosif. Le feu d'artifice a duré un certain temps, avec en bouquet le dynamitage avec une très forte charge de bunkers qui se trouvaient à quelques mille cinq cents mètres de ma position. Des blocs énormes ont été projetés et un immense panache de fumée s'est élevé tel un geyser. L'onde de choc forte a sérieusement secoué notre bâtiment. Ce soir-là, tout autour dans un ciel clair il n'y avait que désolation et incendies. En contrebas un très bel ensemble hôtelier finissait de se consumer dans la nuit qui s'installait.
Bien que souvent isolé sur mon piton, je savais que très vite l'actualité pouvait me propulser au premier plan, au travers d'une déclaration à des reporters français mais aussi serbes. Il m'est arrivé à ce titre une expérience très intéressante et pleine d'enseignements. Ce jour-là, nous étions assez nombreux au sommet de la montagne, mon équipe, six en comptant le spécialiste du renseignement, un petit détachement de la Légion pour assurer notre sécurité et un détachement de parachutistes qui effectuait une mission spécifique. En tout, nous étions une bonne vingtaine. Un nuage de poussière tout en bas de notre montagne attire mon attention. Un véhicule monte. Lorsque j'arrive à le discerner clairement, je constate qu'il s'agit d'une voiture civile non blindée et non tout terrain, donc ce ne sont pas les journalistes habituels, reconnaissables à leur 4x4 aux vitres blindées. Immédiatement j'interroge le spécialiste du renseignement, qui me dit reconnaître ce véhicule. Il s'agit d'une équipe de télévision serbe venant de Belgrade. Qu'est-ce que cela signifie ? Le chemin est long pour arriver jusqu'à nous le long de ce chemin très caillouteux. Nous avons tout le temps de nous perdre en interrogations. Enfin la voilà cette voiture qui débouche sur l'esplanade devant notre bâtiment. Il s'agit d'une petite auto à la silhouette carrée, bien dans la tradition des véhicules des pays de l'est. En sortent deux journalistes, une femme et un homme à l'aspect assez miteux. Ils ne sont pas armés, donc pas considérés comme hostiles. Leur hostilité résidant cependant dans leur caméra. En effet, ne faisant pas confiance aux journalistes français, il est encore moins question de faire confiance à une équipe serbe, qui vient probablement sur instruction. Je demande à chacun de ne pas communiquer avec les nouveaux arrivants. Ayant enlevé mes différents attributs de grade, de nom et surtout d'appartenance à l'armée de l'air, je les laisse s'approcher. Une fois au contact, j'engage la conversation, et je ne juge pas utile de les empêcher de filmer, dans la mesure où nous ne leur parlons pas, afin d'éviter toute tentative de manipulation. Rapidement ils ne semblent plus motivés pour nous filmer, je pense les avoir découragés. Alors le spécialiste du renseignement attire mon attention sur le nouveau nuage de poussière qui vient à notre rencontre. Très vite les véhicules sont identifiés. Il s'agit de l'un des généraux de l'armée serbe de Bosnie accompagné de certains de ses adjoints. Les véhicules s'arrêtent à proximité de celui des journalistes. Le général et l'un de ses subordonnés descendent du premier ainsi que quelques officiers du second. Les journalistes se sont mis en position pour filmer. Je n'ai aucun mandat pour recevoir qui que ce soit de l'un des camps belligérants. Je me tiens donc en retrait, montrant très clairement que je n'ai pas l'intention d'accueillir cette délégation même si à sa tête se trouve un général. Ce dernier juge vite la situation et entreprend de faire le tour de la position. N'étant pas menaçant, ses adjoints non plus, je ne juge pas utile de leur en interdire l'accès. Cependant je les fais suivre par un légionnaire d'origine yougoslave, lui demandant de se tenir à la distance nécessaire et suffisante pour écouter ce qui se dit. La conversation entre ces officiers serbes est édifiante. En gros le général dit : les Français sont là mais n'en n'ont rien à foutre. Ensuite il revient se camper au milieu du terre-plein et attend que l'un d'entre nous vienne à son contact. J'interdis à quiconque de bouger. Alors le journaliste serbe s'approche et me dit que le général désirerait me parler. Ayant pris précédemment les précautions nécessaires afin que les caractéristiques de mon uniforme ne puissent être utilisées à des fins de propagande proserbe, je m'approche. Le général me tend la main, j'en fais de même. Et commence un grand serrage de mains à la mode communiste sous l'œil de la caméra. Je n'apprécie pas et me mets à tourner, pour perturber la prise de vue. Mon interlocuteur me pose un certain nombre de questions que j'élude et il me fait constater que je suis particulièrement prudent. A l'une d'entre elles je réponds que les montagnes de son pays sont très jolies et que j'apprécie d'avoir à m'y trouver. Il regarde les siens un peu interloqué et sourit. Je ne me sens pas particulièrement à l'aise, d'autant plus que le journaliste essaie de me coller le micro sous le nez. Je parle donc le moins distinctement possible tout en tournant, et la langue anglaise se prête bien à la non-articulation. Nous sommes donc tous à tourner sur ce terre-plein au sommet d'une montagne. Même si cela n'a pas duré très longtemps, j'ai eu l'impression d'une éternité. En effet, mes interlocuteurs sont aguerris beaucoup plus que je ne le suis à l'art de la manipulation et de la désinformation, donc je me sens dans cet entretien en position de vulnérabilité. Le général voyant toute l'hostilité passive que je manifeste à son encontre n'insiste pas trop. Il me dit au-revoir et repart avec ses adjoints. La voiture des journalistes les suit dans la foulée. Je ne pense pas qu'ils puissent exploiter les images qu'ils viennent de faire. Cette visite me semble étrange et surréaliste.
Nous sommes vraiment dans une situation bizarre au milieu de belligérants qui peuvent investir notre position dans la mesure où ils ne sont pas hostiles, mais auxquels nous nous opposerons s'ils sont armés. Alors que je me perds depuis une heure en conjectures sur la signification réelle de cette visite, l'un des parachutistes attire mon attention sur un groupe d'hommes à pied qui monte la pente raide qui conduit à notre position. Nous identifions tout de suite un groupe de combat d'une dizaine de soldats serbes, cette fois armés. Immédiatement je réunis les légionnaires et les parachutistes et les fais se positionner face à la menace. Les intrus constatent que nous réagissons mais continuent leur progression. À ma droite les légionnaires à ma gauche les parachutistes, échelonnés le long de la crête. Les armes sont clairement mises en position de tir. Ils montent toujours. Par contre ils ne lèvent pas leurs armes. J'y suis particulièrement attentif, car s'ils ont ordre d'attaquer il est fort probable que la première balle sera pour moi. La tension monte très clairement. Le lieutenant commandant le détachement de parachutistes positionné à quelques mètres de moi, tenant son pistolet mitrailleur prêt, m'interroge d'un regard insistant et n'attend qu'un signe de ma part pour tirer dans le tas. Pas de panique, mais ça ne va pas tarder à urger! Ils continuent de monter. Même s'ils ne sont pas directement menaçants, il n'est pas question de les laisser arriver avec leurs armes. Ils ne sont plus qu'à deux cents mètres. Les deux chefs de détachements légion et parachutiste guettent la moindre de mes réactions. J'ai clairement conscience de la décision rapide et lourde de conséquences, que je peux être amené à prendre à la moindre évolution de la situation. Les Serbes sentent que cela ne va pas tarder à dégénérer. Nous avons l'avantage de la hauteur, ce qui psychologiquement est confortable. Alors je vois le chef de groupe de combat serbe poser son arme, tous ses hommes en font de même, mais ils continuent de monter. Pour moi, cela est différent par rapport à mes directives. Je demande aux militaires français tout en restant extrêmement vigilants de ne plus les viser directement. Les Serbes arrivent à notre contact. Ils nous demandent de l'eau. Nous leur en offrons. Nous échangeons quelques paroles en restant les uns et les autres sur nos gardes, faisant attention à tout geste mal interprété, car après ces minutes de grosse tension, il faut revenir au calme psychologique. Puis ils repartent par où ils étaient arrivés. Au passage ils récupèrent leurs armes et disparaissent au bas de la montagne. De toute évidence, leur général les a envoyés pour nous tester. Je ne sais pas à quelle réaction il s'attendait. Par contre, je sais qu'il aurait suffi d'un détail, un petit incident, par exemple un soldat serbe qui trébuche en levant malencontreusement son arme de façon menaçante, et que j'interprète comme un déclenchement d'offensive pour que je fasse tirer sur le groupe.
À la fin de ma mission de quatre mois, la passation de consignes à mon successeur m'a une fois de plus amené à vivre une situation chargée en adrénaline. En effet, alors que je le conduisais sur les différents sites environnant Sarajevo à partir desquels nous guidions les avions, il se montra très curieux concernant l'un d'eux. Il s'agissait d'un point haut sur l'une des collines dominant la ville. Sur le mouvement de terrain en face de nous se trouvait une ligne de canons serbes. Afin de les faire désigner aux avions de combat, nous prenions comme point de repère initial une usine dans la vallée sous nos pieds. Cette usine nous ne la voyions pas du fait d'une rupture de pente. Cependant, je savais précisément où elle se situait et j'en connaissais les caractéristiques, car l'aéronavale française m'avait fait parvenir des photos de qualité. Mais mon camarade ne voulant se satisfaire des photos, il me demanda donc que nous allions voir de nos propres yeux cette fameuse usine. Pour ce faire, il fallait passer une petite ligne de crête à partir de laquelle la vue était plongeante sur le fond de la vallée. Je lui dis que cette manœuvre je ne l'avais jamais faite, elle était inutile et de plus fort dangereuse, car considérée à coup sûr comme une provocation par les Serbes. Nous nous dirigeons à pied vers ce lieu, alors que je m'efforce de le convaincre de la stupidité de ce que nous sommes en train d'accomplir. Au moment de passer cette fameuse ligne de crête, un sifflement strident et violent se fait entendre. L'air autour de nous est comme déchiré par une vibration puissante. Nous réalisons immédiatement que nous avons été la cible d'un tir direct. L'obus à pleine vitesse a dû passer dans un rayon d'une dizaine de mètres, mais heureusement un peu au-dessus. Du fait de notre position dominante il a franchi la colline et s'est écrasé loin derrière. Là j'ai dit à mon camarade que je refuse de continuer et je fais demi-tour, il me suit. Un deuxième obus s’abat à une centaine de mètres dans le jardin potager d'une villa en contrebas. Nous nous mettons à courir vers notre véhicule blindé. Une fois que nous sommes à l'intérieur, un troisième obus éclate à proximité et nous recevons quelques pierres projetées par le souffle de la déflagration. De toute évidence les Serbes nous ont fait passer un message, quant aux limites à ne pas dépasser. Je l'ai bien senti depuis quelques mois que je travaille dans ce secteur, qu'il y a un code de comportement non écrit mais bien établi entre eux et nous. S'ils avaient voulu nous tuer je pense que le premier coup aurait été le bon. Cependant plus j'y pense et plus je me dis que ce premier obus est passé très, très près. La moindre erreur de tir de leur part et nous le recevions directement et nous étions transformés en poussière. Ce sont là des expériences uniques, qui lorsque vous les avez vécues, vous marquent pour votre vie. Face à des décisions lourdes de conséquences que l'on peut être amené à prendre, je constate que je ne me pose plus de questions annexes. Toute la réflexion, que chaque militaire a dû avoir en amont concernant le métier des armes, permet de réagir sans état d'âme mais en gardant en tête les principes de démocratie et d'importance de la vie humaine.
Voilà ce que j'ai vécu dans cette ville et ses environs durant quatre mois de l'année 1994. C'est avec beaucoup d'intérêt et une curiosité exacerbée que j'y reviens en mai 2008, au cours d'un périple à travers les Balkans.
Mon arrivée se fait par une route à forte circulation, alors que je connaissais ce pays au travers d'un trafic inexistant hormis les véhicules militaires de la coalition de l'ONU. Donc tout surpris je rentre dans une ville qui n'a plus rien à voir avec celle où j'avais vécu. Très rapidement j'arrive au carrefour où durant quatre mois j'avais connu cette carcasse de tramway tordue et rouillée. Je suis impressionné par l'activité de la ville. Les façades des immeubles gardent les traces de la guerre. Comme il est étrange de voir cette foule dans ces rues dont je garde le souvenir d'un lieu désert, où seules les déflagrations perturbaient le silence pesant. Ce qui me frappe tout de suite une fois de plus, c'est cette foule de constructions escaladant les collines, mélange de maisons de quartiers, de mosquées et de cimetières. Ces derniers ne sont pas cachés par de grands murs afin de les soustraire à la vue. Bien au contraire ces véritables forêts de stèles blanches éclatantes, surgissent un peu partout au gré des reliefs qui enserrent la ville, par groupes plus ou moins importants. Au cours de mon séjour précédent, cette cité, je ne l'avais pas perçue de cette façon, sans doute accaparé à guider des avions à partir de mon blindé.
Après renseignement je vais loger chez l'habitant à mi-chemin du sommet d'une colline, où je me rendais fréquemment pour accomplir ma mission. Lorsque je parle au propriétaire de cet endroit que j'avais fréquenté pendant le siège, je le sens un peu gêné. Il me dira au fil de la conversation qu'à cette époque il était réfugié en Suisse. Il n'a pas à se sentir gêné. En effet, qu'aurait-il bien pu apporter en restant ici durant cette période de terreur ? Le quartier est superbe, constitué de petites rues en pente, délimitées par des maisons très balkaniques, un étage maximum, bien propres, badigeonnées à la chaux. De temps à autre une mosquée aux dimensions réduites, avec un minaret noir en bois dépasse au-dessus des toits. Que ce quartier est esthétique ! Sur une fenêtre deux chats sont langoureusement étalés, l'un d'eux est d'une blancheur immaculée et l'absence de contraste sur le mur blanc est étonnante. Sans délimitation aucune on passe de la rue à l'un des multiples cimetières. Les stèles funéraires relèvent plus de monuments historiques que des froides demeures de défunts que l'on rencontre chez nous. En s'y promenant on ressent tout le poids de l'histoire récente et dramatique, mais aussi et surtout de l'histoire ancienne et multiple, chrétienne et principalement ottomane. Le syncrétisme est palpable dans ce mélange de cultures. Ce qui est étonnant c'est qu'une guerre ait pu éclater. Pourquoi des peuples qui ont de tels points de convergence peuvent arriver à se battre. Des origines différentes qui subsistent malgré le temps et qui resurgissent sous le poids des évolutions géostratégiques, sous la pression de systèmes idéologiques du passé. Des chefs à l'esprit obtus, exacerbent les peurs par rapport à l'autre et tout éclate ? Cette différence culturelle entre orthodoxes, catholiques et musulmans, je l'ai connue en Albanie. Mais les situations ne peuvent se comparer. Dans ce petit pays, quelles que soient les origines religieuses, le voisin n'est pas ressenti comme une menace, même si on s'en moque parfois. Sans doute est-ce là tout le côté néfaste d'un politicien, qui de par son formatage idéologique, entretient des barrières entre les différents groupes, alors que son prédécesseur avait maintenu l'union, certes d'une main de fer. Sans doute est-ce facile de dire ce que je dis, la réalité de la relation humaine étant complexe. Peut-être les groupes d'origine différente ne sont pas vraiment solubles entre eux? Adieu les belles illusions de citoyen du monde, image idyllique que nos démocraties colportent de façon un peu hypocrite. Dans notre pays, la France la fraction ethnique est une réalité qui semble devenir de plus en plus visible. On comprend d'autant mieux, alors que nous sommes un pays encore prospère qui se veut démocratique, pays des droits de l'homme, que dans un pays pauvre régi par des règles sorties du communisme stalinien, les explosions entre groupes soient inévitables. Ces clivages qui montent les hommes les uns contre les autres, n'empêchent pas qu'individuellement ces mêmes hommes soient accueillants et très sensibles, c'est tout le paradoxe de la race humaine.
En tout cas je ne suis pas très optimiste pour le devenir de la Bosnie et de Sarajevo en particulier. Ce que j'y ai vu en 2008 n'est pas très rassurant. J'ai ressenti que si en apparence les frontières n'existaient plus, les différents groupes les situaient toujours avec précision. Si nous, Occidentaux, nous pouvons passer dans les différentes zones de Bosnie, les autochtones semblent beaucoup plus cantonnés par secteur. Par exemple il n'est pas possible de faire le tour de l'aéroport de Sarajevo en bus. De façon inexplicable à première vue, il s'arrête à un endroit et ne va pas plus loin. Cela semble correspondre aux limites de la zone de front que j'ai connue il y a plus de vingt ans.
Ayant donc utilisé le bus jusqu'à son terminus je continue mon tour à pied et je tombe sur le fameux tunnel, dont à l'époque nous ne savions pas s'il s'agissait d'un mythe ou d'une réalité. Que d'émotion cela me procure d'y pénétrer. Ce tunnel permettait aux Bosniaques de rejoindre la ville de Sarajevo en passant sous l'aéroport, car tous les accès terrestres étaient tenus par les Serbes, ou maintenus sous leur menace. De son point d'entrée sous terre je distingue très nettement le bâtiment de l'aéroport dans lequel j'avais été logé au cours de mon dernier mois de présence. Me revient à l'esprit mon installation dans la pièce qui m'avait été attribuée avec mon équipe. La fenêtre détruite ne protégeait pas la pièce des intempéries, mais surtout des tirs éventuels de snipers bien identifiés à proximité. Donc très humblement nous avions mis des sacs de sable dans le trou béant de la fenêtre, laissant un petit espace latéral afin que la lumière entre. Aucun sniper ne nous a jamais tiré dessus. Par contre je n'ai jamais cherché à les narguer. S'il avait été question de les détruire, alors il y aurait eu le choix entre un tir de blindé ou un passage d'avion, mais ce n'était pas à l'ordre du jour. Cependant mon successeur, sans doute plus joueur, s'est amusé à attirer l'attention d'un sniper. De ce fait de temps à autre, il se rappelait à son bon souvenir en lui tirant une balle dans la pièce, rien que pour le « fun ». Je suis content de ne pas avoir goûté ce genre de plaisir !
En regardant les vastes espaces dégagés de cet aérodrome, me reviennent en mémoire les soirées, où alors incorporé dans un régiment de légion je prenais des tours d'officier de service, dont la mission principale la nuit était de suivre la fameuse mission dite de « crossing ». Il s'agissait de gérer le flux de Bosniaques qui traversait en surface la zone de l'aéroport contrôlée par la force internationale. Tous ne pouvant pas emprunter le tunnel, le passage à l'air libre se faisait sous les yeux des Serbes qui avaient une vue directe sur la scène, car ils tenaient les deux extrémités de la piste. Or en vertu d'un accord international, la force militaire de l'ONU avait la responsabilité d'interdire aux Bosniaques de traverser en ce lieu. Il en résultait une situation ubuesque. Les Serbes nous menaçaient de tirer dans le tas si nous n'empêchions pas les Bosniaques de passer. Avec des véhicules blindés coordonnés de la tour de contrôle à l'aide d'intensificateurs de lumière infrarouge nous surveillions les passages. Avec nos blindés nous interceptions les personnes en train de traverser et les ramenions à leur point de départ. Dans une même nuit il n'était pas rare de ramener plusieurs fois la même personne. Et la population essayant de traverser était très diverse, ça allait de la jeune fille en mini-jupe au paysan qui traversait avec sa vache. Bien évidemment cette dernière il n'était pas question de la faire monter dans le blindé, on l'accrochait donc à l'extérieur. Tout ce ballet était observé par les Serbes qui parfois nous appelaient au téléphone pour nous dire d'être plus efficaces, en nous menaçant d'ouvrir le feu au canon si nous n'obtempérions pas. Me trouver là en bordure du terrain d'aviation avec tous ces souvenirs qui me reviennent à l'esprit est très émouvant. Prendre les transports en commun le long de « sniper allée » que cela me semble étonnant. Cette avenue est longue, je n'en avais plus un tel souvenir. Une ville déserte se traverse effectivement plus facilement qu'une ville noyée dans un trafic important. Des grappes humaines dans ces bus, cela prouve que la vie a repris malgré les problèmes qui subsistent. La visite du musée national, qui délimitait quasiment la ligne de front est aussi un moment unique. L'un de ses conservateurs qui y est demeuré tout au long de la guerre, vous montre la position de la ligne de front, qui passait pratiquement dans le petit bout de pelouse attenant au bâtiment.
Je pénètre dans l'enceinte de l'université. Une partie des bâtiments est abandonnée, étant trop endommagée et les réparations tardent. Ce qui est frappant, ce sont ces murs criblés de balles. Ces scènes je les ai aussi beaucoup vues en Croatie, autre pays dévasté par cette guerre de désagrégation de la Yougoslavie. Mais lorsque l'on regarde les façades de nombre de nos cathédrales on y voit les mêmes traces, souvenirs des conflits passés. Une fois dans les bâtiments occupés, un cerbère femme à l'allure peu sympathique me demande ce que je fais en ce lieu. Je lui réponds que je cherche la bibliothèque, qu'elle m'indique. Cela me permet de continuer à me promener pour m'imprégner de l'ambiance de cette université. Beaucoup d'étudiants y circulent l'air empressé, mais il m'est difficile de me faire une idée de l'activité réelle qui y est menée. Nombreux sont ceux qui parlent au moins un peu l'anglais, me semble-t-il.
Cette ville de Sarajevo la nuit est magnifique. Y manger dans un petit restaurant du centre, attablé sur la terrasse en pleine rue piétonne, au milieu d'une foule dense qui déambule, permet de bien prendre le pouls de la population. Beaucoup de jeunes, moins cependant que dans la ville de Prisren, capitale historique du Kosovo, que j'ai traversée la semaine précédente. Un pourcentage non négligeable de jeunes femmes sont voilées. Mais contrairement à ce que l'on voit généralement, ces voilages sont multicolores de tissu de belle qualité et moulants sur tout le corps. Ce que je pensais être le but du voilage, cacher les formes féminines, a ici l'effet inverse et révèle toute la grâce et l'esthétique de la passante. Que faut-il y comprendre ?
Le soir après ce bain de foule agréable, dans cette zone bien éclairée, que j'avais connue lugubre et déserte durant de longues nuits, je remonte à ma chambre. Il fait bon. La ville vue de haut est une véritable splendeur. Les collines environnantes enserrent de leurs lumières plongeantes cette cité qui s'étire en longueur. Une multitude de mosquées pointent leurs minarets couronnés d'ampoules. Je longe un grand cimetière aux stèles centenaires, elles débordent de l'autre côté de la rue qui le délimite, en colonisant quelques plates-bandes. On dirait qu’elles ont décidé d’aller se promener en prenant quelque liberté. Toutes ces pierres blanches érigées de facture ottomane, aux formes arrondies et pleines d'harmonie, reflètent la lumière environnante. Il règne en ce lieu une grande quiétude et cette atmosphère prend aux tripes. De telles rencontres faites au hasard vous tombent dessus par surprise et brutalement déclenchent une émotion très forte. Dans ces instants, l'émoi qui monte et vous envahit, procure une forme de béatitude que l'on aimerait garder en soi longtemps. Il me faut m'engager ensuite dans une petite rue en pente raide, pleine de pénombre. Au détour d'un mur, une mosquée au minaret de bois noir luit faiblement, tel un fanal sombre. Cette ville de nuit m'a bouleversé.
Ces deux passages séparés par 15 ans dans Sarajevo m'ont inspiré les quelques pages précédentes. Cette ville dans laquelle des événements capitaux pour l'Europe se sont déroulés au cours de toutes les époques de notre histoire, en particulier l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand héritier du trône d'Autriche par un jeune Serbe le 28 juin 1914, lieu permanent d'affrontement de civilisations et de religions, revêt à mes yeux une grande importance. Elle représente la ville balkanique dans toute sa splendeur et sa complexité historique. Avoir assisté, et participé à mon niveau, à l'un de ses épisodes historiques, l'un sans doute des plus dramatiques, me laisse une impression forte et des images indélébiles. La simple évocation de ce nom, Sarajevo, réveille en moi le souvenir d'une période passée, vécue avec intensité. Cette saison en Bosnie est probablement à l'origine de cette passion balkanique que j'éprouve fortement et que j'ai cultivée à travers d'autres pays, en particulier l'Albanie. D'ailleurs le jour où je changerai de véhicule, nécessairement j'aurai droit à une plaque avec nouvelle immatriculation qui laisse le choix du département. Et si j'en ai la possibilité à la place du 69 dans le coin inférieur droit j'aimerais mettre un aigle albanais, symbole balkanique par excellence, qui transcende les frontières de plusieurs pays.
Sarajevo deux époques, souvenirs, anecdotes
Sarajevo, cette ville au nom évocateur, qui tient une place particulière dans l'histoire de l'Europe, j'ai eu l'opportunité de la connaître à deux époques relativement rapprochées mais très différentes. La première fois, quatre mois durant le siège en 1994 en pleine guerre de Bosnie, et la seconde en effectuant un bref passage de deux jours en 2008 au cours d'un périple balkanique. Ces deux expériences dans des contextes opposés, me permettent de mettre en exergue tous les contrastes d'atmosphère au gré des circonstances et des événements que cette ville magique a connus. L'été 1994 arrive à grands pas, j'ai programmé mes vacances, j'irai faire de l'alpinisme du côté de la Vanoise. Brutalement à deux jours du départ, changement de destination, on m'informe que je pars à court terme pour Sarajevo dans le cadre des missions de guidage d'avions de combat. A peine le temps de prendre quelques habits, prévenir ma famille et je suis en route pour une formation accélérée afin de me remettre en tête les techniques aéronautiques appropriées. Les cours théoriques et pratiques sont prodigués par de braves Américains qui n'ont jamais imaginé que sur la terre des gens pouvaient parler autre chose que leur langage qui s'apparente plus à une suite d'acronymes et d'onomatopées à peine prononcés qu'à de l'anglais ! Après une injection à haute dose d'une semaine, je prends la direction de la Bosnie, plus spécialement Sarajevo et son siège. Survol des Alpes, je distingue très nettement les montagnes que je voulais grimper à proximité du col du Mont Cenis, mais l'aventure sera différente.
Je suis arrivé sur l'aéroport surchargé de matériels et d'hommes. La première urgence est de trouver à se loger avec mon équipe, nous sommes 7. On déniche un petit réduit, digne des plus minuscules refuges que j'ai connus en montagne. A 7 nous nous empilons sur 6 mètres carrés, mais ça va. Il ne fait pas froid nous sommes en juillet. D'ailleurs on pourrait avoir très, très chaud, car notre réduit est adossé au dépôt de munitions de la légion étrangère, un obus mal placé et nous prenons un billet direct pour la vaporisation. Nous allons vivre dans cet espace réduit quelques semaines, mais l'activité était si intense que lorsque nous le rejoignions nous nous écroulions dans le sommeil.
Ma première sortie dans la ville me permet de saisir immédiatement l'atmosphère qui y règne. Cité complètement bloquée où tout le monde se cache. Les rues sont désertes, la population vit, comme des rats, terrée. Les militaires dans les blindés et engoncés dans leur gilet pare-balles sont les seuls à donner un peu d'animation à la cité. Rarement, toujours furtivement on aperçoit un civil qui presse le pas dans une rue et disparaît bien vite pour éviter d'être tué par une balle qu'elle soit perdue ou non.
La ville de Sarajevo occupe le fond d'une cuvette toute en longueur. Du fait de son développement, les maisons par manque de place ont colonisé les collines environnantes. Des quartiers serrés se pressent tout au long des pentes de cette multitude de buttes raides, qui rentrent carrément dans la ville basse et l'encerclent de toutes parts. En levant les yeux, la première chose qui frappe, ce sont les façades de maisons individuelles qui constellent tous les reliefs environnants. Il ne faut pas de grandes explications pour comprendre, que de toutes ces fenêtres en encorbellement, des multitudes d'yeux vous regardent voire vous surveillent. Elles sont innombrables, les unes sur les autres, tout au long de ces grandes pentes qui tombent dans la ville. Tels de gros yeux inexpressifs mais lourds de menaces dissimulées, elles peuvent à tout moment prêter assistance à l'auteur d'un assassinat, tapi à l'abri de la lumière, son arme de précision à la main. On imagine facilement tous ces guetteurs scrutant l'immobilité de la ville. Combien de snipers, qui vous prennent dans leur croisillon, se cachent derrière ces ouvertures, à dessein pleines de pénombre ? Combien de fois, montant les escaliers de la fameuse patinoire la Skandéria j'ai senti ces regards sur moi. L'impression est étrange et désagréable, mais il ne sert à rien de lever les yeux, cela pourrait juste être pris pour un acte de provocation, et souvent la susceptibilité du tireur est proportionnelle à son taux d'imbibition à la slibovitch, alcool blanc de prune.
Au cours de différentes missions, je suis amené à remonter des rues remplies de carcasses de voitures et de trams bombardés et incendiés, on se croit dans un film de fiction, des spectacles dantesques de rouille et de fer tordu, mais non c'est la réalité. Par endroits, il faut bousculer certains obstacles avec le blindé pour passer sur ces chaussées recouvertes de gravats. Lors de ces déplacements en véhicules, des gens nous regardent à la dérobée. Dans les jardins de nombreuses maisons particulières les voitures sont bâchées et protégées dans un recoin de terrasse, en attendant des jours meilleurs où il y aura de l'essence, des routes en état et plus d'obus qui s’abattent selon une logique parfois difficile à saisir.
Assister au bombardement d'une ville est une expérience étrange. De gros obus frappent de plein fouet des façades qui s'écroulent dans des nuages de fumée. Les obus lorsqu'ils vous survolent, vous réalisez avec précision le danger qu'ils représentent. S'ils font un bruit strident et aigu, cela signifie qu'ils ont une vitesse élevée et qu'ils vont aller frapper plus loin. Par contre s'ils font un bruit plus mat avec des flop flop, cela trahit une vitesse faible et un engin qui commence à tanguer sur son axe, d'où une chute dans les environs. On apprend très vite, en regardant les autres, à réagir. J'ai fait cette découverte sur une colline en présence d'un groupe de Bosniaques, alors que je faisais des repérages concernant le positionnement des différentes forces en présence. La ville était sous le bombardement régulier de canons serbes de gros calibre. Nous nous trouvions sur la trajectoire des obus, mais bien en-deçà de leur point d'impact. Nous les entendions donc nous survoler dans un sifflement strident. Soudain, un bruit beaucoup plus bas, accompagné du fameux flop flop, décrit si souvent par les poilus de la grande guerre, a provoqué une réaction de fuite immédiate de mes interlocuteurs bosniaques. Effectivement un gros obus est tombé beaucoup plus près que les précédents mais à une distance, où le danger restait faible. C'est ce qu'on appelle apprendre par l'expérience ou sur le tas.
Dans la ville de Sarajevo une petite communauté de Croates se trouve prise en otage entre les Serbes et les Bosniaques. Participer à un office religieux parmi ce groupe catholique est très poignant. Même là, il faut se méfier du scoop journalistique, on pourrait rapidement faire croire en juxtaposant sur une même photo un militaire français et une religieuse croate que nous sommes là pour prendre parti en leur faveur. Bien sûr que leur situation nous émeut, bien sûr que dans la mesure de nos moyens nous les pourvoyons en nourriture, mais nous le ferions de la même manière pour les autres communautés, lorsque des êtres humains sont dans la nécessité impérieuse ils méritent une égalité de traitement. Dans cette petite communauté acculée, la ferveur est très importante, jeunes et vieux montrent la même foi. Je me souviens d'une anecdote amusante malgré la situation. Le prêtre de la légion étrangère française célèbre l'office au cours duquel il se réfère aux noces de Cana. Le légionnaire d'origine croate, lui servant d'interprète, traduit par noces de canard, d'où éclat de rire franc de toute la communauté croate. La difficulté et l'incertitude extrêmes n'enlèvent pas à l'être humain son sens de l'humour et son envie de rire. C'est rassurant. Bien que n'étant pas particulièrement pratiquant, ces offices me bouleversaient par la conviction et l'espérance qui émanaient de cette population martyrisée. Le fait d'y penser quinze ans après, je sens toujours monter en moi de l'émotion.
Observateur de cette situation dramatique que vit une population à trois entités et aussi un peu acteur pour essayer d’y remédier, on ne peut qu'éprouver un réel malaise en constatant toute la frénésie de ce qu'on appelle l'information pour contenter le voyeurisme de nos populations occidentales. Il faut dire que c'est tentant, bien installé chez soi le soir à vingt heures de regarder le sacro-saint journal télévisé qui distille sa kyrielle de faits divers sordides. Montrer des obus écraser une cité qui vit ou plutôt survit dans une immense détresse, c'est l'assurance de faire exploser l'audimat. Pourquoi le spectateur qui se cache en chacun de nous est-il si friand de ce genre de spectacle ? Voyeurisme par rapport à la mort, réconfort de voir qu'il y a plus malheureux que nous, oublier ses petits déboires quotidiens professionnels ou sentimentaux ?
J'ai été au cours de mes nombreux déplacements témoin de situations curieuses, que je ne comprenais pas toujours. Sur la fameuse �� snipers allée » complètement déserte, un cycliste, seul sur l'immense ruban de goudron, marche recroquevillé son vélo à la main, et semble se protéger derrière le cadre de sa bicyclette, étrange ! Face à lui les hautes façades d'immeubles, desquelles des yeux amis et d’autres hostiles le surveillent, ces derniers prêts à délivrer la mort. Cette scène est surréaliste, le temps semble suspendu. L'hésitation de l'individu, de toute évidence dans une mauvaise situation est angoissante. À chaque instant on s'attend à entendre un bruit sec se répercutant le long des murs et voir l'homme et son vélo s'abattre au sol. Ce spectacle fait véritablement mal par la tension qu'il engendre. En bruit de fond permanent le son des détonations rappelle que la guerre est présente. On s'y adapte au point que l'absence de tir semble anormale. Se réveiller au bruit de la poudre devient une habitude, un peu à la manière du chant des oiseaux au printemps qui accompagne la reprise de conscience au sortir du sommeil. Lorsque je suis rentré en France, la première semaine j'étais réveillé tôt à cause justement de l'absence de ce bruit de fond qui m'avait accompagné durant quatre mois. L'accoutumance est telle, que le retour à la vie normale semble bizarre. Dès mon arrivée chez moi, je suis parti en montagne remonter le canyon de la Niscle dans les Pyrénées espagnoles. Ne plus avoir à porter un gilet pare-balles, ne plus faire attention aux mines, ne plus chercher le sniper embusqué, pouvoir se déplacer sans contrainte sur de grands espaces, cela procure une sensation étrange, comme si le retour à la normale nécessitait une rééducation. En quatre mois de conditions particulières, on s'adapte très fortement à la situation locale et l'on ne réalise pas à quel point cette adaptation formate les actions réflexes. De façon étrange dans ce canyon de la Niscle, qui est une œuvre de la nature titanesque et de grande beauté, je me sentais comme dans un environnement inhabituel par cette absence de dangers. Il faut se réhabituer à la normalité, et je comprends très bien qu'après des expériences extrêmes, ce qui n'a pas été mon cas, cette réadaptation soit très longue, voire impossible.
J'ai lu à plusieurs reprises des comptes-rendus de voyages en zones de guerre. Ces pratiques suscitent des critiques parfois acerbes, le voyeurisme étant considéré comme indécent. Cela me semble logique, et effectivement, je ne sais pas ce que j'aurais ressenti si j'étais venu simplement me promener, attiré par une curiosité malsaine. Je n'étais pas dans ce cas. Je me demande quelle différence existe entre le touriste en zone de guerre et le journaliste qui couvre l’événement ? Ce dernier ne fournit-il pas un document et des photos, choc des images oblige, à des gens curieux de voir plus que de savoir, poussés par ce qu'il faut appeler l'attrait du spectaculaire morbide donc du voyeurisme ? Mon premier réflexe serait de condamner le tourisme en zone de conflit, alors pourquoi permettre les scoops souvent violents des reporters, qui sous couvert d’information visent au sensationnel si possible bien sanguinolent ? Bien sûr, il me sera répondu qu'il s'agit du devoir d'information. Mais s'agit-il vraiment d'information ou d'un business lucratif à la limite de la décence ? Les journalistes, j'en ai croisé un certain nombre durant cette saison en Bosnie. Comme nous tous, ils faisaient leur métier, même si parfois « JT » oblige, contrainte de temps incompressible du 20h, les informations étaient à mon sens un peu arrangées voire beaucoup. L'obus de mortier filmé était peut-être payé et pas forcément attribué au bon camp, d'où l’ire du camp en question. Il nous arrivait même de recevoir des obus après le fameux JT en guise de protestations, tout du moins c'est ce que j'ai ressenti.
Cependant la visite des journalistes était toujours intéressante, révélatrice du mode de fonctionnement de nos sociétés, prises sous le feu des scoops et de l'information immédiate. Cette précipitation à rapporter de l'information, conditionnée par l'urgence du produit à livrer, quelles que soient les conditions de la collecte et la crédibilité des sources, conduit très logiquement à la désinformation ou même dans certains cas à la manipulation. Je me souviens avoir vu certains impacts de balles troublants sur certains véhicules, qui me faisaient penser qu'ils avaient été demandés par les occupants du dit véhicule pour les besoins du sensationnel à médiatiser. Peut-être ai-je l'esprit mal tourné ? En effet lorsque l'on me présente des traces de balles prétendument tirées par un sniper et que je vois des impacts très rapprochés, semblables à une rafale d'arme du style kalachnikov, je me pose des questions ! Mais imaginons le ou la reporter qui couvre l'événement du siège de Sarajevo et qui un soir ne rapporte rien de très spectaculaire pour la ‘grand-messe’ de 20heures, alors que ses concurrents des autres chaînes font un tabac. Il est fort à parier que ce journaliste va se retrouver très rapidement dans un placard à couvrir le fait divers en province. Donc dans cette surenchère de la précipitation, pour ne pas perdre son emploi, on est prêt à tout pour ne pas priver le bon peuple de France de son coup d'adrénaline en mangeant sa soupe devant son téléviseur. Il est important de lui montrer que ça pète, et mon Dieu que ce soit les uns ou les autres qui font péter ça n'a pas d'importance. Cela en a d'autant moins, qu'entre Serbes, Croates et Bosniaques la majorité des spectateurs ne fait pas la différence et puis s'en fout. L'important étant que ça pète autant que dans la série américaine sur laquelle ils vont embrayer dès le JT terminé. Je ne citerai pas les noms de chaînes dont j'ai vu, je dirais même subi les sarcasmes des représentants, qui dans l'anxiété de ne pas avoir suffisamment de matière à transférer par leur antenne satellite, me reprochaient de faire de la rétention d'information. Mais comment se prononcer sur une situation que l'on ne cerne pas complètement, mouvante à souhait, toute erreur d'interprétation pouvant avoir des répercussions graves. Tout particulièrement étaient concernés ceux qui restaient sur le terrain, les représailles n'étaient pas exclues de la part d'une faction que l'on aurait accusée à tort d'une action perpétrée par l'ennemi. Je trouvais dommage d'avoir à considérer les journalistes de mon propre pays comme un danger pour ma sécurité et essayer de les fuir autant que je pouvais. Je me souviens cependant d'un journaliste de Libération qui venait sur les zones de confrontation et qui posait peu de questions, mais cherchait à se faire sa propre idée de la situation. En le regardant, je comprenais qu'il mûrissait son article et qu'il n'était pas pressé. Ce qu'il fournirait serait certainement le fruit de sa conviction après son expérience sur le terrain et non un show médiatique à consommer le soir même.
Vie en zone de danger, comme il est étrange en tant que militaire de vivre dans des endroits où l'on se sent menacé sans être confronté à la guerre telle que nous l'avons tous gravée en nous par la narration des grands massacres entre Occidentaux. En effet, les deux conflagrations mondiales ont conditionné notre vision d'un conflit. Nous imaginons tout d'abord une hécatombe de militaires, comme par exemple sur les plages de Normandie ou dans les tranchées de Verdun ou de la Somme. Cela ne veut pas dire que les civils ont été épargnés dans ces périodes troublées. Là à Sarajevo pour les soldats internationaux, il s'agit plutôt de vie sous menaces multiples, mais non de danger de mort immédiate comme à Omaha Beach. En effet, durant mon séjour pas un seul soldat des forces internationales ne sera tué, tant mieux. Pour se préserver sur les itinéraires que nous empruntons à pied, des levées de terre ont été faites, ce qui permet un abri relatif contre les snipers. Mais par endroits, il y a des interruptions, par exemple aux carrefours, et là, on reste à découvert. C'est le cas en particulier pour accéder à la machine à laver, un petit passage devant le croisillon d'un fusil à lunette, mais on va quand même nettoyer son linge. C'est aussi le cas pour se rendre à une citerne où nous allons puiser de l'eau pour nettoyer les WC, égalité de traitement, quel que soit le grade chacun va chercher son seau pour les toilettes. Cette ambiance sous contrainte, on s'y habitue tellement que parfois cela en devient dangereux. Je me souviens de ce militaire monté en haut de la protection de terre et qui fumait tranquillement sa cigarette sous le regard de snipers. Il m'a de toute évidence pris pour un mauvais coucheur, lorsque je lui ai donné sèchement l'ordre de redescendre fumer à l'abri. Je pourrais relater d'autres anecdotes de ce genre qui me viennent à l'esprit, cependant ne vous y trompez pas cela n'enlève rien à l'extrême compétence et au dévouement sans faille des militaires français. Dans le cadre de ces coalitions aux ordres de l'ONU, on se trouve comme pris dans une énorme machine administrative à la réaction molle, alors que des populations vivent des situations dramatiques. Srebrenica et son massacre en sont la preuve manifeste. Assez vite, en ce qui me concerne je me suis fait une idée du niveau de danger auquel j'étais confronté. Bien sûr cela est statistique en fonction des événements que l'on constate. Comme je l'ai dit, malgré les tirs de tous calibres permanents, en tant que soldats de la force internationale, à la période où je me trouvais à Sarajevo, nous étions peu visés. À d'autres périodes ce n'était plus le cas, mais durant les quatre mois où j'ai été présent, nous n'avons eu à déplorer qu'un seul blessé. Par contre parmi les trois entités, bosniaques, croates et serbes les morts se comptaient par centaines, combattants et civils confondus. On prend rapidement conscience, que sur un même lieu, nous ne sommes pas tous soumis aux mêmes conditions et aux mêmes dangers. Parfois je pensais à Chamonix en été et à sa ronde permanente d'hélicoptères lancés dans des sauvetages souvent périlleux pour aider de nombreux alpinistes, ou malheureusement récupérer les corps de ceux qui y laissent leur vie. Durant les deux mois d'une saison à la « Mecque de l’alpinisme » la liste des blessés et de ceux qui ne reviendront pas est longue. Je ne pouvais m'empêcher de penser que statistiquement durant cet été 1994, le grimpeur dans les Alpes était plus en danger que le militaire plongé dans le siège de Sarajevo. Cette comparaison me troublait beaucoup. Comment l'assouvissement d'une passion peut-elle se révéler plus dangereuse que la participation à ce qu'on appelle une guerre, même s'il s'agit de mission d’interposition ?
Les sorties nocturnes dans la ville pour faire des essais de transmissions avec les avions, alors que les rues ont été rendues aux factions est une expérience pour le moins impressionnante. De nuit comme de jour le travail se fait généralement à partir d'un blindé. Espace carcéral auquel on s'habitue. On a parfois l'impression d'être en immersion dans un milieu glauque, entouré de bruits de tirs, à serpenter parmi des carcasses détruites, parfois des balles de petit calibre claquent sur le blindage. Ne rêve-t-on pas ? Sommes-nous dans un film d'anticipation au centre d'une ville soumise à la plus abominable des insurrections ? Non, il s'agit bien de la réalité. Dans cette ambiance tendue, la voix nasillarde d'un pilote américain, anglais ou français se fait entendre dans les écouteurs et la procédure de guidage commence. Être le maillon d'une énorme machine de guerre ou de paix, selon le point de vue, raccroche à une réalité palpable et par certains côtés est rassurante, surtout lorsqu'on pense être dans le camp des gentils. De toute évidence être le soldat d'un pays démocratique évite les états d'âme. Notre Président, à cette époque s'appelait François Mitterrand, même lorsque l'on n'a pas voté pour lui, l'image d'humanisme qui lui est attachée rassure le soldat engagé sur sa décision.
La vie dans une ville assiégée et affamée par encerclement laisse des souvenirs profonds. Circuler dans un quartier sous bombardement est une situation étrange. Le souffle puissant des déflagrations qui remonte les rues dans un râle rauque est impressionnant. Cela produit un bruit presque épais à la manière d'un gémissement profond et lugubre, canalisé par de hautes façades qui le compriment en lui donnant longueur et gravité. Il se propage accompagné d'une multitude d'échos tout aussi graves qui entretiennent le son. On sait qu'un obus est tombé à proximité, mais on ne voit rien entre les bâtiments, seul ce souffle renseigne sur la proximité de l'explosion. On est d'autant plus surpris, que le sifflement de la munition en vol a été atténué par le bruit du moteur de notre véhicule. Un jour où les tirs étaient particulièrement nourris, j'ai assisté à ce spectacle incompréhensible de civils qui n'avaient pas l'air de paniquer, comme s'il y avait un accord tacite sur le lieu précis du bombardement. Ils restaient sur le pas de leur porte, alors que le bombardement était tout proche. Je n'ai jamais eu d'explications. J'ai vu avec surprise le fameux marché de Sarajevo qui se tenait, même misérablement, alors qu'autour des munitions de gros calibres tombaient.
Au cours de nos missions il nous arrivait de dialoguer avec des avions alors que nous étions en pleine ville. Un après-midi, alors que nous stationnons sur la petite place de la patinoire, nous allons commencer une séance d'entraînement aux procédures de guidage avec des pilotes. Le lieu où nous nous trouvons est sous le feu permanent des belligérants qui se battent entre eux. Les armes qu'ils utilisent, principalement de petit calibre, ne représentent pas un réel danger pour nous, dans la mesure où nous restons dans notre véhicule blindé. Avant que la séance d'entraînement commence, je donne mes consignes à l'équipage du véhicule. Je leur précise qu'il s'agit d'un entraînement donc en aucun cas nous ne devons prendre de risque inutile. C'est à dire que tout problème technique de transmission qui nécessiterait une intervention extérieure au blindé ne doit pas être pris en compte, sécurité du personnel est prioritaire. Le contact est établi avec un A10 américain. Au début tout se passe bien, puis le contact radio se détériore. J'ai de plus en plus de mal à communiquer avec l'avion. Tout absorbé à mon travail à essayer d'interpréter les paroles de l'aviateur hachées et baignées dans une importante friture, je ne prête plus attention à mon environnement immédiat. Alors subitement la liaison redevient parfaite et la compréhension mutuelle facile. L'avion ayant fini son passage le calme revient dans l'habitacle de notre blindé. Alors discutant avec l'adjudant des transmissions qui m'assiste, je réalise qu'il était sorti sur le toit changer une antenne pour rétablir la communication, alors que partout autour nous entendions les bruits secs des balles qui frappaient les façades et parfois le métal de notre véhicule. Sans chercher à comprendre, régissant à son seul réflexe de technicien, l'adjudant était monté sur le toit pour changer un embout d'antenne restant exposé de longues secondes aux balles qui fusaient dans tous les sens. Il considérait qu'il avait simplement rempli sa mission. Cependant pour le principe, alors qu’il avait fait preuve d’un véritable courage, je lui ai reproché d'être sorti alors que j'avais demandé de limiter les risques. Mais je ne pouvais m'empêcher de penser que si la situation se dégradait et si l’on passait à une phase plus offensive, j'étais entouré de vrais combattants qui iraient jusqu'au bout sans se poser de question. Les périodes de vie en ville alternaient avec les périodes de vie en montagne, sur le fameux mont de Bijelasnica. Lorsqu'on est montagnard, que l'on soit en temps de paix ou de guerre l'attrait de l'ambiance de la montagne reste très fort. Nous logions dans un chalet de bois dans lequel des photos de montagnes prestigieuses étaient accrochées aux murs, en particulier les Tre Cime di Lavaredo et l'Everest. J'ai même trouvé un topo d'escalade écrit en yougoslave. Décor immense autour de ce point haut qui était le départ de la descente de ski des JO de Sarajevo. Quelques soldats français habitent ce lieu. En fonction des missions le nombre varie de cinq à une petite trentaine. Nous y sommes venus pour la première fois au mois d'août, après que les belligérants l'aient quitté suite à des accords internationaux. À notre arrivée nous découvrons un site dévasté, dans un état de grande saleté. Les derniers occupants ayant déféqué au beau milieu des pièces et saccagé le mobilier. Nous prenons donc régulièrement nos quartiers dans ces montagnes et remettons de l'ordre dans ce magnifique refuge. Ma mission principale était la détection de tous les matériels militaires dans les plaines environnantes pour les signaler à l'aviation. En conséquence j'ai passé beaucoup de temps assis tout en haut d'une cime à scruter. Il ne m'était jamais arrivé de rester au sommet d'une montagne une semaine complète. Expérience étonnante et enrichissante, je ne trouvais pas le temps long. Pouvoir assister au cours des jours qui s'écoulent à l'évolution météorologique autour d'un sommet, quel plaisir ! Bien entendu, j'y ai connu tous les temps : beau, chaud, soleil, couvert, venteux, pluvieux, froid et même la neige.
Le site était d'une grande beauté et très sauvage, bien qu'il s'agisse du sommet d'une station de ski. Le dénivelé était important par rapport à la plaine que nous dominions. De ce point, vers le nord, la vue donnait sur les Monts Igman et ensuite embrassait la cuvette de Sarajevo. Certains jours où la brume remplissait les terres basses, de Sarajevo ne surnageaient au-dessus du brouillard que les tours de retransmission détruites, qui comme des statues fracassées, portaient témoignage de la folie des hommes, qui plus bas s'affamaient et s'entretuaient. Il m'arrivait souvent de venir m'isoler seul assis au sommet. Tous les matins au lever du jour j'étais un spectateur assidu de ce moment magique, que tout alpiniste apprécie plus que tout. Pour le montagnard, généralement assister à l'apparition du soleil d'un sommet signifie que l'entreprise de la journée a été un succès puisqu'on est arrivé au but que l'on s'était fixé, donc tout à loisir, l'esprit libre on peut se livrer à ce fantastique spectacle de la nature. Bien évidemment ma situation et les raisons de ma présence étaient bien différentes de la motivation habituelle du grimpeur partant à l'assaut d'une face. Un matin, à cinq heures, alors que la nuit ne va pas tarder à céder la place à la lumière, assis seul, tous les sens en éveil je m'imprègne de ce spectacle dans ce contexte particulier du siège. Sous Bijelasnica une mer de nuages s'étale, de laquelle sortent quelques points hauts des collines enserrant Sarajevo. La distance à la ville amortit le bruit du canon qui est quasi permanent, et le transforme en une rumeur lointaine, sourde et diffuse. Y a-t-il vraiment la guerre ? Ce moment de joie intense que tout alpiniste gardera pour toujours dans son cœur va se produire. À l'est, la clarté se fait de plus en plus nette et les nuages prennent des teintes irisées qui s'étalent du rouge vif au marron sombre presque noir, dans un dégradé continu d'est en ouest. Alors, le soleil perce la couche et apparaît déformé du fait de la distorsion de la lumière traversant l'atmosphère. À cet instant, j'aperçois dans la direction de l'astre du jour deux « bateaux » chevauchant à vive allure cette mer de nuages calme. Enfin, je distingue leurs silhouettes surmontées de leurs doubles dérives caractéristiques. Il s'agit de deux F14 de l'US Navy qui convergent vers ma position, point caractéristique connu de tous les aviateurs de la coalition. Arrivés au pied de la montagne, ils l'escaladent en patrouille serrée au plus près du relief. J'ai tout loisir de les regarder monter vers ma position. L'un des avions me survole de quelques mètres, tandis que le second passe en dessous dans le petit col qui est à ma droite en contrebas. Je peux voir très distinctement les casques de l'équipage de l'aéronef lancé à vive allure. Heureusement que je me suis levé, dire que j'aurais pu rater un tel spectacle, qui restera gravé en moi à jamais. Je ne peux m'empêcher de penser à ma chère maman à laquelle j'ai dit, que j'étais en Italie. Si elle pouvait imaginer « l’enfer » qui est le mien. Je sais que ce genre de réflexion peut choquer, mais c’était bien mon état d’âme à ce moment, confronté à un double spectacle de beauté de la nature au lever du jour et de merveille technologique, le tout dans un environnement de guerre. Les journées étaient bien remplies, entre le travail technique, les visites d'autorités alliées ou serbes, de journalistes et même de troupes tentant des actions tout du moins d'intimidation. Dans ce contexte, pris entre les positions des Serbes et des Bosniaques, ce que nous craignions le plus c'était de nous faire attaquer par une faction, qui essaierait d'en rejeter la faute sur leurs ennemis afin que nous les attaquions à notre tour en guise de représailles. Du fait de cette insécurité, lorsque nous restions peu nombreux, nous prenions des précautions particulières, car nous ne pouvions rester éveillés toute la nuit. Nous déployions autour de notre refuge, des systèmes d'alarme constitués de fils fins reliés à des mines éclairantes. Un soir alors que nous sommes seulement cinq au sommet de cette montagne, réunis pour dîner, une explosion nous indique qu'une mine a été déclenchée. Branle-bas, nous montons rapidement sur le toit, prêts à répliquer en cas d'attaque. Que constatons-nous ? Un gros lièvre qui détale et qui de toute évidence était le responsable du déclenchement de notre alarme. Il est étrange de se retrouver couché à plat ventre sur le toit d'un refuge en montagne un pistolet mitrailleur à la main. L'adrénaline dans ces cas est la même que celle qui inonde lors d'un passage difficile d'escalade, tout l'esprit tendu vers l'action. De plus le groupe réagit comme un seul homme, chacun se positionnant au meilleur endroit prêt à faire front. L'esprit d'équipe dans ces situations lorsqu'il est bien rôdé est un atout indéniable. Je ne dirais pas presque déçus, nous retournons terminer notre dîner.
A deux mille mètres d'altitude, en l'absence de toute lumière parasite, la nuit est magnifique. En Bosnie à l'été 1994, des lumières parasites il n'y en avait pas, le pays n'étant plus approvisionné en électricité. Au mois d'août à l'époque des grands passages d'étoiles filantes, j'ai assisté de mon promontoire à de véritables feux d'artifices. Ce qui était aussi très curieux à regarder, c'était la ligne de démarcation ou ligne de front entre les belligérants. Autant la journée, elle n'était pas matérialisée à travers les forêts qui s'étalaient à nos pieds, la nuit par contre, les lampes de poche et les petits feux ponctuaient très nettement cette ligne qui séparait des hommes en guerre. Un soir j'étais en train de la regarder serpenter au gré des mouvements de terrain. Un avion m'a contacté pour venir étudier la zone. Dès que le bruit de son réacteur, très ténu à peine perceptible du fait de sa hauteur, s'est fait entendre, la ligne de front s'est presque instantanément éteinte. Dans cette quiétude de l'été, il ne fallait pas se fier aux apparences. Les hommes restaient très vigilants et se guettaient, prêts à donner la mort à l'imprudent qui se serait laissé prendre par la douceur de l'été.
Parfois nous étions confrontés à des situations difficiles. Un exemple, à quelques centaines de mètres de notre refuge, se trouvait le cadavre d'un combattant bosniaque en zone serbe. Des tractations par radio sont engagées afin que ses camarades puissent le récupérer. Les Serbes ne s'y opposent pas dans la mesure où, on leur rend la dépouille de l'un des leurs en échange. La réponse du camp adverse est simple : nous ne détenons pas de cadavre serbe, par contre nous avons des prisonniers, nous allons en tuer un, et vous donner son cadavre en échange. La négociation s'est égarée et a traîné quelques jours. Au mois d'août la chaleur aidant, le corps du combattant s'est rapidement métamorphosé et ce sont les soldats français qui sont allés le ramasser afin que les siens puissent lui donner une sépulture décente.
Il m'est arrivé d'avoir à participer à des reconnaissances le long de lignes de crêtes, afin de nous assurer que les différentes factions de combattants respectaient bien le retrait auquel elles s'étaient engagées. Hors le contexte très particulier de cette guerre balkanique, le déplacement en lui-même consistait en une magnifique balade sur une crête aérienne, offrant de toutes parts une vue magnifique sur un pays sauvage, très peu habité. Le problème des mines nous préoccupait cependant, et nous faisions attention. Sur ce sol de rocher dénudé, le risque de marcher sur l'une d'elles était faible. Par contre déclencher un système de piège en tirant du pied sur un fil me semblait possible.
Un jour où l'activité aérienne était interrompue pour cause de météo très mauvaise, je suis parti me balader dans le brouillard en pleine montagne avec l'un de mes camarades. Outre le danger inhérent à la montagne par mauvais temps, nous ressentions des impressions fortes à l'idée du contexte général de la région à ce moment. Devant nous, une masse sombre apparaît, nous marquons l'arrêt puis nous approchons. Il s'agit d'une stèle à la mémoire de randonneurs morts de froid après s'être égarés dans le mauvais temps. Cet accident remontait à plusieurs années avant le début de la guerre.
Depuis mon observatoire, j'ai aussi assisté à la destruction totale de la station de ski olympique par les Serbes. En effet, lorsqu'ils se sont retirés de cette zone, afin d'être sûrs que les Bosniaques n'utiliseraient pas les installations, ils ont tout dynamité. Par un bel après-midi, j'ai vu les pylônes des remontées mécaniques plier sous les charges d'explosif. Le feu d'artifice a duré un certain temps, avec en bouquet le dynamitage avec une très forte charge de bunkers qui se trouvaient à quelques mille cinq cents mètres de ma position. Des blocs énormes ont été projetés et un immense panache de fumée s'est élevé tel un geyser. L'onde de choc forte a sérieusement secoué notre bâtiment. Ce soir-là, tout autour dans un ciel clair il n'y avait que désolation et incendies. En contrebas un très bel ensemble hôtelier finissait de se consumer dans la nuit qui s'installait.
Bien que souvent isolé sur mon piton, je savais que très vite l'actualité pouvait me propulser au premier plan, au travers d'une déclaration à des reporters français mais aussi serbes. Il m'est arrivé à ce titre une expérience très intéressante et pleine d'enseignements. Ce jour-là, nous étions assez nombreux au sommet de la montagne, mon équipe, six en comptant le spécialiste du renseignement, un petit détachement de la Légion pour assurer notre sécurité et un détachement de parachutistes qui effectuait une mission spécifique. En tout, nous étions une bonne vingtaine. Un nuage de poussière tout en bas de notre montagne attire mon attention. Un véhicule monte. Lorsque j'arrive à le discerner clairement, je constate qu'il s'agit d'une voiture civile non blindée et non tout terrain, donc ce ne sont pas les journalistes habituels, reconnaissables à leur 4x4 aux vitres blindées. Immédiatement j'interroge le spécialiste du renseignement, qui me dit reconnaître ce véhicule. Il s'agit d'une équipe de télévision serbe venant de Belgrade. Qu'est-ce que cela signifie ? Le chemin est long pour arriver jusqu'à nous le long de ce chemin très caillouteux. Nous avons tout le temps de nous perdre en interrogations. Enfin la voilà cette voiture qui débouche sur l'esplanade devant notre bâtiment. Il s'agit d'une petite auto à la silhouette carrée, bien dans la tradition des véhicules des pays de l'est. En sortent deux journalistes, une femme et un homme à l'aspect assez miteux. Ils ne sont pas armés, donc pas considérés comme hostiles. Leur hostilité résidant cependant dans leur caméra. En effet, ne faisant pas confiance aux journalistes français, il est encore moins question de faire confiance à une équipe serbe, qui vient probablement sur instruction. Je demande à chacun de ne pas communiquer avec les nouveaux arrivants. Ayant enlevé mes différents attributs de grade, de nom et surtout d'appartenance à l'armée de l'air, je les laisse s'approcher. Une fois au contact, j'engage la conversation, et je ne juge pas utile de les empêcher de filmer, dans la mesure où nous ne leur parlons pas, afin d'éviter toute tentative de manipulation. Rapidement ils ne semblent plus motivés pour nous filmer, je pense les avoir découragés. Alors le spécialiste du renseignement attire mon attention sur le nouveau nuage de poussière qui vient à notre rencontre. Très vite les véhicules sont identifiés. Il s'agit de l'un des généraux de l'armée serbe de Bosnie accompagné de certains de ses adjoints. Les véhicules s'arrêtent à proximité de celui des journalistes. Le général et l'un de ses subordonnés descendent du premier ainsi que quelques officiers du second. Les journalistes se sont mis en position pour filmer. Je n'ai aucun mandat pour recevoir qui que ce soit de l'un des camps belligérants. Je me tiens donc en retrait, montrant très clairement que je n'ai pas l'intention d'accueillir cette délégation même si à sa tête se trouve un général. Ce dernier juge vite la situation et entreprend de faire le tour de la position. N'étant pas menaçant, ses adjoints non plus, je ne juge pas utile de leur en interdire l'accès. Cependant je les fais suivre par un légionnaire d'origine yougoslave, lui demandant de se tenir à la distance nécessaire et suffisante pour écouter ce qui se dit. La conversation entre ces officiers serbes est édifiante. En gros le général dit : les Français sont là mais n'en n'ont rien à foutre. Ensuite il revient se camper au milieu du terre-plein et attend que l'un d'entre nous vienne à son contact. J'interdis à quiconque de bouger. Alors le journaliste serbe s'approche et me dit que le général désirerait me parler. Ayant pris précédemment les précautions nécessaires afin que les caractéristiques de mon uniforme ne puissent être utilisées à des fins de propagande proserbe, je m'approche. Le général me tend la main, j'en fais de même. Et commence un grand serrage de mains à la mode communiste sous l'œil de la caméra. Je n'apprécie pas et me mets à tourner, pour perturber la prise de vue. Mon interlocuteur me pose un certain nombre de questions que j'élude et il me fait constater que je suis particulièrement prudent. A l'une d'entre elles je réponds que les montagnes de son pays sont très jolies et que j'apprécie d'avoir à m'y trouver. Il regarde les siens un peu interloqué et sourit. Je ne me sens pas particulièrement à l'aise, d'autant plus que le journaliste essaie de me coller le micro sous le nez. Je parle donc le moins distinctement possible tout en tournant, et la langue anglaise se prête bien à la non-articulation. Nous sommes donc tous à tourner sur ce terre-plein au sommet d'une montagne. Même si cela n'a pas duré très longtemps, j'ai eu l'impression d'une éternité. En effet, mes interlocuteurs sont aguerris beaucoup plus que je ne le suis à l'art de la manipulation et de la désinformation, donc je me sens dans cet entretien en position de vulnérabilité. Le général voyant toute l'hostilité passive que je manifeste à son encontre n'insiste pas trop. Il me dit au-revoir et repart avec ses adjoints. La voiture des journalistes les suit dans la foulée. Je ne pense pas qu'ils puissent exploiter les images qu'ils viennent de faire. Cette visite me semble étrange et surréaliste.
Nous sommes vraiment dans une situation bizarre au milieu de belligérants qui peuvent investir notre position dans la mesure où ils ne sont pas hostiles, mais auxquels nous nous opposerons s'ils sont armés. Alors que je me perds depuis une heure en conjectures sur la signification réelle de cette visite, l'un des parachutistes attire mon attention sur un groupe d'hommes à pied qui monte la pente raide qui conduit à notre position. Nous identifions tout de suite un groupe de combat d'une dizaine de soldats serbes, cette fois armés. Immédiatement je réunis les légionnaires et les parachutistes et les fais se positionner face à la menace. Les intrus constatent que nous réagissons mais continuent leur progression. À ma droite les légionnaires à ma gauche les parachutistes, échelonnés le long de la crête. Les armes sont clairement mises en position de tir. Ils montent toujours. Par contre ils ne lèvent pas leurs armes. J'y suis particulièrement attentif, car s'ils ont ordre d'attaquer il est fort probable que la première balle sera pour moi. La tension monte très clairement. Le lieutenant commandant le détachement de parachutistes positionné à quelques mètres de moi, tenant son pistolet mitrailleur prêt, m'interroge d'un regard insistant et n'attend qu'un signe de ma part pour tirer dans le tas. Pas de panique, mais ça ne va pas tarder à urger! Ils continuent de monter. Même s'ils ne sont pas directement menaçants, il n'est pas question de les laisser arriver avec leurs armes. Ils ne sont plus qu'à deux cents mètres. Les deux chefs de détachements légion et parachutiste guettent la moindre de mes réactions. J'ai clairement conscience de la décision rapide et lourde de conséquences, que je peux être amené à prendre à la moindre évolution de la situation. Les Serbes sentent que cela ne va pas tarder à dégénérer. Nous avons l'avantage de la hauteur, ce qui psychologiquement est confortable. Alors je vois le chef de groupe de combat serbe poser son arme, tous ses hommes en font de même, mais ils continuent de monter. Pour moi, cela est différent par rapport à mes directives. Je demande aux militaires français tout en restant extrêmement vigilants de ne plus les viser directement. Les Serbes arrivent à notre contact. Ils nous demandent de l'eau. Nous leur en offrons. Nous échangeons quelques paroles en restant les uns et les autres sur nos gardes, faisant attention à tout geste mal interprété, car après ces minutes de grosse tension, il faut revenir au calme psychologique. Puis ils repartent par où ils étaient arrivés. Au passage ils récupèrent leurs armes et disparaissent au bas de la montagne. De toute évidence, leur général les a envoyés pour nous tester. Je ne sais pas à quelle réaction il s'attendait. Par contre, je sais qu'il aurait suffi d'un détail, un petit incident, par exemple un soldat serbe qui trébuche en levant malencontreusement son arme de façon menaçante, et que j'interprète comme un déclenchement d'offensive pour que je fasse tirer sur le groupe.
À la fin de ma mission de quatre mois, la passation de consignes à mon successeur m'a une fois de plus amené à vivre une situation chargée en adrénaline. En effet, alors que je le conduisais sur les différents sites environnant Sarajevo à partir desquels nous guidions les avions, il se montra très curieux concernant l'un d'eux. Il s'agissait d'un point haut sur l'une des collines dominant la ville. Sur le mouvement de terrain en face de nous se trouvait une ligne de canons serbes. Afin de les faire désigner aux avions de combat, nous prenions comme point de repère initial une usine dans la vallée sous nos pieds. Cette usine nous ne la voyions pas du fait d'une rupture de pente. Cependant, je savais précisément où elle se situait et j'en connaissais les caractéristiques, car l'aéronavale française m'avait fait parvenir des photos de qualité. Mais mon camarade ne voulant se satisfaire des photos, il me demanda donc que nous allions voir de nos propres yeux cette fameuse usine. Pour ce faire, il fallait passer une petite ligne de crête à partir de laquelle la vue était plongeante sur le fond de la vallée. Je lui dis que cette manœuvre je ne l'avais jamais faite, elle était inutile et de plus fort dangereuse, car considérée à coup sûr comme une provocation par les Serbes. Nous nous dirigeons à pied vers ce lieu, alors que je m'efforce de le convaincre de la stupidité de ce que nous sommes en train d'accomplir. Au moment de passer cette fameuse ligne de crête, un sifflement strident et violent se fait entendre. L'air autour de nous est comme déchiré par une vibration puissante. Nous réalisons immédiatement que nous avons été la cible d'un tir direct. L'obus à pleine vitesse a dû passer dans un rayon d'une dizaine de mètres, mais heureusement un peu au-dessus. Du fait de notre position dominante il a franchi la colline et s'est écrasé loin derrière. Là j'ai dit à mon camarade que je refuse de continuer et je fais demi-tour, il me suit. Un deuxième obus s’abat à une centaine de mètres dans le jardin potager d'une villa en contrebas. Nous nous mettons à courir vers notre véhicule blindé. Une fois que nous sommes à l'intérieur, un troisième obus éclate à proximité et nous recevons quelques pierres projetées par le souffle de la déflagration. De toute évidence les Serbes nous ont fait passer un message, quant aux limites à ne pas dépasser. Je l'ai bien senti depuis quelques mois que je travaille dans ce secteur, qu'il y a un code de comportement non écrit mais bien établi entre eux et nous. S'ils avaient voulu nous tuer je pense que le premier coup aurait été le bon. Cependant plus j'y pense et plus je me dis que ce premier obus est passé très, très près. La moindre erreur de tir de leur part et nous le recevions directement et nous étions transformés en poussière. Ce sont là des expériences uniques, qui lorsque vous les avez vécues, vous marquent pour votre vie. Face à des décisions lourdes de conséquences que l'on peut être amené à prendre, je constate que je ne me pose plus de questions annexes. Toute la réflexion, que chaque militaire a dû avoir en amont concernant le métier des armes, permet de réagir sans état d'âme mais en gardant en tête les principes de démocratie et d'importance de la vie humaine.
Voilà ce que j'ai vécu dans cette ville et ses environs durant quatre mois de l'année 1994. C'est avec beaucoup d'intérêt et une curiosité exacerbée que j'y reviens en mai 2008, au cours d'un périple à travers les Balkans.
Mon arrivée se fait par une route à forte circulation, alors que je connaissais ce pays au travers d'un trafic inexistant hormis les véhicules militaires de la coalition de l'ONU. Donc tout surpris je rentre dans une ville qui n'a plus rien à voir avec celle où j'avais vécu. Très rapidement j'arrive au carrefour où durant quatre mois j'avais connu cette carcasse de tramway tordue et rouillée. Je suis impressionné par l'activité de la ville. Les façades des immeubles gardent les traces de la guerre. Comme il est étrange de voir cette foule dans ces rues dont je garde le souvenir d'un lieu désert, où seules les déflagrations perturbaient le silence pesant. Ce qui me frappe tout de suite une fois de plus, c'est cette foule de constructions escaladant les collines, mélange de maisons de quartiers, de mosquées et de cimetières. Ces derniers ne sont pas cachés par de grands murs afin de les soustraire à la vue. Bien au contraire ces véritables forêts de stèles blanches éclatantes, surgissent un peu partout au gré des reliefs qui enserrent la ville, par groupes plus ou moins importants. Au cours de mon séjour précédent, cette cité, je ne l'avais pas perçue de cette façon, sans doute accaparé à guider des avions à partir de mon blindé.
Après renseignement je vais loger chez l'habitant à mi-chemin du sommet d'une colline, où je me rendais fréquemment pour accomplir ma mission. Lorsque je parle au propriétaire de cet endroit que j'avais fréquenté pendant le siège, je le sens un peu gêné. Il me dira au fil de la conversation qu'à cette époque il était réfugié en Suisse. Il n'a pas à se sentir gêné. En effet, qu'aurait-il bien pu apporter en restant ici durant cette période de terreur ? Le quartier est superbe, constitué de petites rues en pente, délimitées par des maisons très balkaniques, un étage maximum, bien propres, badigeonnées à la chaux. De temps à autre une mosquée aux dimensions réduites, avec un minaret noir en bois dépasse au-dessus des toits. Que ce quartier est esthétique ! Sur une fenêtre deux chats sont langoureusement étalés, l'un d'eux est d'une blancheur immaculée et l'absence de contraste sur le mur blanc est étonnante. Sans délimitation aucune on passe de la rue à l'un des multiples cimetières. Les stèles funéraires relèvent plus de monuments historiques que des froides demeures de défunts que l'on rencontre chez nous. En s'y promenant on ressent tout le poids de l'histoire récente et dramatique, mais aussi et surtout de l'histoire ancienne et multiple, chrétienne et principalement ottomane. Le syncrétisme est palpable dans ce mélange de cultures. Ce qui est étonnant c'est qu'une guerre ait pu éclater. Pourquoi des peuples qui ont de tels points de convergence peuvent arriver à se battre. Des origines différentes qui subsistent malgré le temps et qui resurgissent sous le poids des évolutions géostratégiques, sous la pression de systèmes idéologiques du passé. Des chefs à l'esprit obtus, exacerbent les peurs par rapport à l'autre et tout éclate ? Cette différence culturelle entre orthodoxes, catholiques et musulmans, je l'ai connue en Albanie. Mais les situations ne peuvent se comparer. Dans ce petit pays, quelles que soient les origines religieuses, le voisin n'est pas ressenti comme une menace, même si on s'en moque parfois. Sans doute est-ce là tout le côté néfaste d'un politicien, qui de par son formatage idéologique, entretient des barrières entre les différents groupes, alors que son prédécesseur avait maintenu l'union, certes d'une main de fer. Sans doute est-ce facile de dire ce que je dis, la réalité de la relation humaine étant complexe. Peut-être les groupes d'origine différente ne sont pas vraiment solubles entre eux? Adieu les belles illusions de citoyen du monde, image idyllique que nos démocraties colportent de façon un peu hypocrite. Dans notre pays, la France la fraction ethnique est une réalité qui semble devenir de plus en plus visible. On comprend d'autant mieux, alors que nous sommes un pays encore prospère qui se veut démocratique, pays des droits de l'homme, que dans un pays pauvre régi par des règles sorties du communisme stalinien, les explosions entre groupes soient inévitables. Ces clivages qui montent les hommes les uns contre les autres, n'empêchent pas qu'individuellement ces mêmes hommes soient accueillants et très sensibles, c'est tout le paradoxe de la race humaine.
En tout cas je ne suis pas très optimiste pour le devenir de la Bosnie et de Sarajevo en particulier. Ce que j'y ai vu en 2008 n'est pas très rassurant. J'ai ressenti que si en apparence les frontières n'existaient plus, les différents groupes les situaient toujours avec précision. Si nous, Occidentaux, nous pouvons passer dans les différentes zones de Bosnie, les autochtones semblent beaucoup plus cantonnés par secteur. Par exemple il n'est pas possible de faire le tour de l'aéroport de Sarajevo en bus. De façon inexplicable à première vue, il s'arrête à un endroit et ne va pas plus loin. Cela semble correspondre aux limites de la zone de front que j'ai connue il y a plus de vingt ans.
Ayant donc utilisé le bus jusqu'à son terminus je continue mon tour à pied et je tombe sur le fameux tunnel, dont à l'époque nous ne savions pas s'il s'agissait d'un mythe ou d'une réalité. Que d'émotion cela me procure d'y pénétrer. Ce tunnel permettait aux Bosniaques de rejoindre la ville de Sarajevo en passant sous l'aéroport, car tous les accès terrestres étaient tenus par les Serbes, ou maintenus sous leur menace. De son point d'entrée sous terre je distingue très nettement le bâtiment de l'aéroport dans lequel j'avais été logé au cours de mon dernier mois de présence. Me revient à l'esprit mon installation dans la pièce qui m'avait été attribuée avec mon équipe. La fenêtre détruite ne protégeait pas la pièce des intempéries, mais surtout des tirs éventuels de snipers bien identifiés à proximité. Donc très humblement nous avions mis des sacs de sable dans le trou béant de la fenêtre, laissant un petit espace latéral afin que la lumière entre. Aucun sniper ne nous a jamais tiré dessus. Par contre je n'ai jamais cherché à les narguer. S'il avait été question de les détruire, alors il y aurait eu le choix entre un tir de blindé ou un passage d'avion, mais ce n'était pas à l'ordre du jour. Cependant mon successeur, sans doute plus joueur, s'est amusé à attirer l'attention d'un sniper. De ce fait de temps à autre, il se rappelait à son bon souvenir en lui tirant une balle dans la pièce, rien que pour le « fun ». Je suis content de ne pas avoir goûté ce genre de plaisir !
En regardant les vastes espaces dégagés de cet aérodrome, me reviennent en mémoire les soirées, où alors incorporé dans un régiment de légion je prenais des tours d'officier de service, dont la mission principale la nuit était de suivre la fameuse mission dite de « crossing ». Il s'agissait de gérer le flux de Bosniaques qui traversait en surface la zone de l'aéroport contrôlée par la force internationale. Tous ne pouvant pas emprunter le tunnel, le passage à l'air libre se faisait sous les yeux des Serbes qui avaient une vue directe sur la scène, car ils tenaient les deux extrémités de la piste. Or en vertu d'un accord international, la force militaire de l'ONU avait la responsabilité d'interdire aux Bosniaques de traverser en ce lieu. Il en résultait une situation ubuesque. Les Serbes nous menaçaient de tirer dans le tas si nous n'empêchions pas les Bosniaques de passer. Avec des véhicules blindés coordonnés de la tour de contrôle à l'aide d'intensificateurs de lumière infrarouge nous surveillions les passages. Avec nos blindés nous interceptions les personnes en train de traverser et les ramenions à leur point de départ. Dans une même nuit il n'était pas rare de ramener plusieurs fois la même personne. Et la population essayant de traverser était très diverse, ça allait de la jeune fille en mini-jupe au paysan qui traversait avec sa vache. Bien évidemment cette dernière il n'était pas question de la faire monter dans le blindé, on l'accrochait donc à l'extérieur. Tout ce ballet était observé par les Serbes qui parfois nous appelaient au téléphone pour nous dire d'être plus efficaces, en nous menaçant d'ouvrir le feu au canon si nous n'obtempérions pas. Me trouver là en bordure du terrain d'aviation avec tous ces souvenirs qui me reviennent à l'esprit est très émouvant. Prendre les transports en commun le long de « sniper allée » que cela me semble étonnant. Cette avenue est longue, je n'en avais plus un tel souvenir. Une ville déserte se traverse effectivement plus facilement qu'une ville noyée dans un trafic important. Des grappes humaines dans ces bus, cela prouve que la vie a repris malgré les problèmes qui subsistent. La visite du musée national, qui délimitait quasiment la ligne de front est aussi un moment unique. L'un de ses conservateurs qui y est demeuré tout au long de la guerre, vous montre la position de la ligne de front, qui passait pratiquement dans le petit bout de pelouse attenant au bâtiment.
Je pénètre dans l'enceinte de l'université. Une partie des bâtiments est abandonnée, étant trop endommagée et les réparations tardent. Ce qui est frappant, ce sont ces murs criblés de balles. Ces scènes je les ai aussi beaucoup vues en Croatie, autre pays dévasté par cette guerre de désagrégation de la Yougoslavie. Mais lorsque l'on regarde les façades de nombre de nos cathédrales on y voit les mêmes traces, souvenirs des conflits passés. Une fois dans les bâtiments occupés, un cerbère femme à l'allure peu sympathique me demande ce que je fais en ce lieu. Je lui réponds que je cherche la bibliothèque, qu'elle m'indique. Cela me permet de continuer à me promener pour m'imprégner de l'ambiance de cette université. Beaucoup d'étudiants y circulent l'air empressé, mais il m'est difficile de me faire une idée de l'activité réelle qui y est menée. Nombreux sont ceux qui parlent au moins un peu l'anglais, me semble-t-il.
Cette ville de Sarajevo la nuit est magnifique. Y manger dans un petit restaurant du centre, attablé sur la terrasse en pleine rue piétonne, au milieu d'une foule dense qui déambule, permet de bien prendre le pouls de la population. Beaucoup de jeunes, moins cependant que dans la ville de Prisren, capitale historique du Kosovo, que j'ai traversée la semaine précédente. Un pourcentage non négligeable de jeunes femmes sont voilées. Mais contrairement à ce que l'on voit généralement, ces voilages sont multicolores de tissu de belle qualité et moulants sur tout le corps. Ce que je pensais être le but du voilage, cacher les formes féminines, a ici l'effet inverse et révèle toute la grâce et l'esthétique de la passante. Que faut-il y comprendre ?
Le soir après ce bain de foule agréable, dans cette zone bien éclairée, que j'avais connue lugubre et déserte durant de longues nuits, je remonte à ma chambre. Il fait bon. La ville vue de haut est une véritable splendeur. Les collines environnantes enserrent de leurs lumières plongeantes cette cité qui s'étire en longueur. Une multitude de mosquées pointent leurs minarets couronnés d'ampoules. Je longe un grand cimetière aux stèles centenaires, elles débordent de l'autre côté de la rue qui le délimite, en colonisant quelques plates-bandes. On dirait qu’elles ont décidé d’aller se promener en prenant quelque liberté. Toutes ces pierres blanches érigées de facture ottomane, aux formes arrondies et pleines d'harmonie, reflètent la lumière environnante. Il règne en ce lieu une grande quiétude et cette atmosphère prend aux tripes. De telles rencontres faites au hasard vous tombent dessus par surprise et brutalement déclenchent une émotion très forte. Dans ces instants, l'émoi qui monte et vous envahit, procure une forme de béatitude que l'on aimerait garder en soi longtemps. Il me faut m'engager ensuite dans une petite rue en pente raide, pleine de pénombre. Au détour d'un mur, une mosquée au minaret de bois noir luit faiblement, tel un fanal sombre. Cette ville de nuit m'a bouleversé.
Ces deux passages séparés par 15 ans dans Sarajevo m'ont inspiré les quelques pages précédentes. Cette ville dans laquelle des événements capitaux pour l'Europe se sont déroulés au cours de toutes les époques de notre histoire, en particulier l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand héritier du trône d'Autriche par un jeune Serbe le 28 juin 1914, lieu permanent d'affrontement de civilisations et de religions, revêt à mes yeux une grande importance. Elle représente la ville balkanique dans toute sa splendeur et sa complexité historique. Avoir assisté, et participé à mon niveau, à l'un de ses épisodes historiques, l'un sans doute des plus dramatiques, me laisse une impression forte et des images indélébiles. La simple évocation de ce nom, Sarajevo, réveille en moi le souvenir d'une période passée, vécue avec intensité. Cette saison en Bosnie est probablement à l'origine de cette passion balkanique que j'éprouve fortement et que j'ai cultivée à travers d'autres pays, en particulier l'Albanie. D'ailleurs le jour où je changerai de véhicule, nécessairement j'aurai droit à une plaque avec nouvelle immatriculation qui laisse le choix du département. Et si j'en ai la possibilité à la place du 69 dans le coin inférieur droit j'aimerais mettre un aigle albanais, symbole balkanique par excellence, qui transcende les frontières de plusieurs pays.
Carnet d'un road trip dans l'Ouest: Canada et États-Unis! (2 mois)
Bonjour tout le monde! 🙂
Alors pour la petite histoire, moi c'est Cindy, j'ai vécu pendant un an à Montréal. Mon visa de travail allant expirer, l'aventure se terminait, mais je ne voulais pas repartir en France avant d'avoir profité d'être sur le continent et de pouvoir ainsi réaliser un rêve.. L'ouest nord américain, me voilà!
Pour les détails pratiques: Le voyage à duré en tout 64 jours, de juin à août 2016, nous avons voyagé a la backpacker (c'est pas toujours très pratique un gros sac de 60L 😄) avec une tente et sac de couchage dont on avait besoin pour certaines étapes. Nous avons loué plusieurs voitures car nous n'en n'avions pas toujours besoin quand nous restions dans les villes, de plus notre budget ne nous permettait pas de louer une voiture pour 2 mois. Nous avons toujours loué avec la même compagnie: Enterprise. (Toujours satisfaits!) Pour se rendre d'une ville a l'autre, nous utilisions le bus, notamment la compagnie Greyhound. Autant dire que nous avons beaucoup d'heures de bus a notre actif, je crois que nous sommes devenus experts de ce mode de trajet pas toujours reposant mais bien pratique. Pour la nuit, nous dormions soit en airbnb, soit en couchsurfing, ou en tente dans les parcs nationaux. Nous avons aussi passé 10 jours en HelpX.
La première étape était en avion de Montréal vers Calgary , puis
Calgary -> Banff (jour 1, jour 2: johnston canyon, lac louise & moraine, jour 3: lac peyto& bow, jours 4&5) Banff -> Vancouver (1er jour, 2e, 3e , 4e , 5&6) Vancouver -> Île de Vancouver (arrivée, Tofino, Cathedral Grove) Ile de Vancouver -> Seattle (arrivée, journée découverte) Seattle -> San Francisco (arrivée, jour 3&4, independance day, Silicon Valley& autres) San Francisco -> Los Angeles (Santa Monica, Hollywood Bld, Universal Studios , Farmer's market & Griffith observatory, Venice beach ) Los Angeles -> Las Vegas (mini escale + arrivée Grand Canyon) Las Vegas -> Grand Canyon, Monument Valley, Horseshoe Bend, Page, ... Puis retour quelques jours sur Las Vegas pour le vol retour!
Si ma mémoire est bonne (c'est pas toujours le cas..) on avait réservé la plupart des logements à l'avance, ainsi que les emplacements de camping pour être sûr d'avoir toujours un endroit où dormir. Pour les locations de voiture il n'y a qu'a Banff et Las Vegas où on avait réservé a l'avance, le reste on réservait a la dernière minute car ce n'était pas pour de longues durées. Voilà voilà, j'espère que vous ferez bonne lecture! 😉
Alors pour la petite histoire, moi c'est Cindy, j'ai vécu pendant un an à Montréal. Mon visa de travail allant expirer, l'aventure se terminait, mais je ne voulais pas repartir en France avant d'avoir profité d'être sur le continent et de pouvoir ainsi réaliser un rêve.. L'ouest nord américain, me voilà!
Pour les détails pratiques: Le voyage à duré en tout 64 jours, de juin à août 2016, nous avons voyagé a la backpacker (c'est pas toujours très pratique un gros sac de 60L 😄) avec une tente et sac de couchage dont on avait besoin pour certaines étapes. Nous avons loué plusieurs voitures car nous n'en n'avions pas toujours besoin quand nous restions dans les villes, de plus notre budget ne nous permettait pas de louer une voiture pour 2 mois. Nous avons toujours loué avec la même compagnie: Enterprise. (Toujours satisfaits!) Pour se rendre d'une ville a l'autre, nous utilisions le bus, notamment la compagnie Greyhound. Autant dire que nous avons beaucoup d'heures de bus a notre actif, je crois que nous sommes devenus experts de ce mode de trajet pas toujours reposant mais bien pratique. Pour la nuit, nous dormions soit en airbnb, soit en couchsurfing, ou en tente dans les parcs nationaux. Nous avons aussi passé 10 jours en HelpX.
La première étape était en avion de Montréal vers Calgary , puis
Calgary -> Banff (jour 1, jour 2: johnston canyon, lac louise & moraine, jour 3: lac peyto& bow, jours 4&5) Banff -> Vancouver (1er jour, 2e, 3e , 4e , 5&6) Vancouver -> Île de Vancouver (arrivée, Tofino, Cathedral Grove) Ile de Vancouver -> Seattle (arrivée, journée découverte) Seattle -> San Francisco (arrivée, jour 3&4, independance day, Silicon Valley& autres) San Francisco -> Los Angeles (Santa Monica, Hollywood Bld, Universal Studios , Farmer's market & Griffith observatory, Venice beach ) Los Angeles -> Las Vegas (mini escale + arrivée Grand Canyon) Las Vegas -> Grand Canyon, Monument Valley, Horseshoe Bend, Page, ... Puis retour quelques jours sur Las Vegas pour le vol retour!
Si ma mémoire est bonne (c'est pas toujours le cas..) on avait réservé la plupart des logements à l'avance, ainsi que les emplacements de camping pour être sûr d'avoir toujours un endroit où dormir. Pour les locations de voiture il n'y a qu'a Banff et Las Vegas où on avait réservé a l'avance, le reste on réservait a la dernière minute car ce n'était pas pour de longues durées. Voilà voilà, j'espère que vous ferez bonne lecture! 😉
Discussion autour du thème du mois de février 2017: "Un monde à l'abandon"
L'espace échanges en tout genre est ouvert !
Discussion autour du thème du mois de janvier 2017: "Dites-le avec des fleurs..."
Pour échanger, commenter, et montrer vos photos de fleurs du monde, cet espace de discussion vous est dédié.
Alors n'hésitez pas et bon mois de janvier fleuri.
Pour participer au concours, c'est là !


Route d'Haridwar à Calcutta (et west Bengal) et fin à Udaipur
c'est parti !!!
mon voyage s'est déroulé du 26 oct au 10 décembre. Oui j'ai vécu la démonétisation de plein fouet, et j'ai bien compris la formule " l'Inde ne se visite pas mais se vit !!!"
et que de galères avec ces problèmes mais je n'y suis pas encore
Je suis arrivée à Dehli vers minuit, douane, taxi et me voici à l'hôtel Cottage yes please, réservé et confirmé par mail !!! et en arrivant je réveille le personnel qui cherche longuement ma réservation !!! non enregistrée et il me demande le mail que je retrouve !! ok ok no problem, no problem et me donne une chambre...ouf je suis fatiguée.
Le lendemain avant de partir je vérifie si ma réservation pour le retour est enregistrée, et que nenni, donc là il la note devant moi !!!
je tiens à vous signaler que cet hôtel n'est plus aussi fiable qu'auparavant.
Je change mes euros avant de prendre le train pour être tranquille pendant mon voyage!!!
j'ai de grosses liasses à cacher dans différents endroits.
Je traverse la rue et me rends à la gare prendre mon train de 15h20 (Ddn Janshtbdi), nous arrivons avec une heure de départ à 20h30
J'ai réservé l'hôtel Sun city où j'arrive fatiguée et une fois installée je pars dîner au premier restaurant sur la rue principale .Cet hôtel est simple, propre et le personnel très serviable.
Ma première journée à Haridwar se passe en grande partie sur les ghats et rues commerçantes avoisinantes avec des touristes indiens venant pour Divali qui approche.






Je profite de mon séjour à Haridwar pour aller passer une journée à Rishikesh qui est à 1h de bus d'ici C'est une ville touristique pour occidentaux essentiellement, ashram, cures ayurvédiques, boutiques, restaurants , il y a du choix Les paysages sont beaux


Je déambule d'une rue à une autre et arrive sur une plage paisible

De retour à Haridwar , j'assiste au spectacle de l'Aarti Ganga
petite méditation pendant que la foule s'installe


désolée, je dois partir travailler je vous souhaite un bon Noel et à très vite pour la suite






Je profite de mon séjour à Haridwar pour aller passer une journée à Rishikesh qui est à 1h de bus d'ici C'est une ville touristique pour occidentaux essentiellement, ashram, cures ayurvédiques, boutiques, restaurants , il y a du choix Les paysages sont beaux


Je déambule d'une rue à une autre et arrive sur une plage paisible

De retour à Haridwar , j'assiste au spectacle de l'Aarti Ganga
petite méditation pendant que la foule s'installe

désolée, je dois partir travailler je vous souhaite un bon Noel et à très vite pour la suite
Voyage en famille à vélo aux États-Unis
Bonjour a tous
Habitués aux voyages solo et couple, long et court. Nous nous lançons dans l'aventure du voyage en famille avec notre futur bébé d'un an.
Nous souhaitons profiter du congés parental d'un an pour voyager à trois. Notre choix se portant sur les Etats Unis avec un départ en mars 2018 et retour en février 2019.
Nous roulons d'habitude aux alentours de 100km, faisons le plus possible de bivouac et aimons cuisiner. Nous savons déjà que le rythme sera différent.
Mes questions : - A votre avis, quel budget si nous privilégions 2/5 bivouac, 2/5 warmshower, 1/5 auberge de jeunesse par jour par personne. - Quel itinéraire ? les états du Sud en hiver ? les grands parcs en avril/mai/juin/juillet/aout/septembre ? la météo - Quelle type de tente ? Nous avons une tente deux places avec abside ? -Quelle distance avec un enfant dans une carriole?
Nous avons consulté le site suivant pour nous orienter un peu https://www.adventurecycling.org/routes-and-maps/adventure-cycling-route-network/
Voila si vous avez des liens, des remarques, des astuces.
Merci de votre aide. Bonnes fêtes et pleins de projets de voyages.
Aurélien
Nous souhaitons profiter du congés parental d'un an pour voyager à trois. Notre choix se portant sur les Etats Unis avec un départ en mars 2018 et retour en février 2019.
Nous roulons d'habitude aux alentours de 100km, faisons le plus possible de bivouac et aimons cuisiner. Nous savons déjà que le rythme sera différent.
Mes questions : - A votre avis, quel budget si nous privilégions 2/5 bivouac, 2/5 warmshower, 1/5 auberge de jeunesse par jour par personne. - Quel itinéraire ? les états du Sud en hiver ? les grands parcs en avril/mai/juin/juillet/aout/septembre ? la météo - Quelle type de tente ? Nous avons une tente deux places avec abside ? -Quelle distance avec un enfant dans une carriole?
Nous avons consulté le site suivant pour nous orienter un peu https://www.adventurecycling.org/routes-and-maps/adventure-cycling-route-network/
Voila si vous avez des liens, des remarques, des astuces.
Merci de votre aide. Bonnes fêtes et pleins de projets de voyages.
Aurélien
Voyager pour fuir
Bonjour.
On entend souvent qu'il ne faut pas voyager pour fuir ses problemes ou sa personne. Que nos problèmes et notre caractère nous suivent et que cela ne resoud rien de partir. Jai maintenant la sensation que ma decision de vivre le voyage au long cours est une fuite dans mon cas. En effet, je n ai jamais vraiment eu de lien familliaux me poussant a chercher la sedentarisation dans un endroit proche de mon lieu de naissance. C est triste a dire, mais en voyage, ma famille ne me manque pas. Je suis issu, comme nombre d entre nous, dune famille brisé par les divorces et autres. Je nai jamais vraiment ressenti d amour de ce côté. Ensuite, je crois que mon caractère na jamais favorisé les liens d amitié. A ce niveau, je ne sais pas pourquoi. Les amis que j ai de longues dates ont tous finis par s eloigner de moi... bien que tres sociable et aimant profondément les rencontres. Je nai pas d explications a ce niveau, c est assez dur a vivre.
Donc, avec tout ca, il est vrai que je préfère traverser le monde (a velo pour ma part) et travailler quand jai besoin d argent, plutot que d avoir une vie plus sédentaire.
Le fait est qu aujourdhui jai la chance de partager cela avec une femme merveilleuse que jaime profondément. Elle aime egalement voyager (nous sommes sur la route depuis plus d un an) mais elle souhaite aussi avoir une vie normale et sociale par moment.
Jai peur de ne toujours pas parvenir a avoir une vie sociale enrichissante si je revenais a la sedentarisation.
Je ne cherche pas de reponses vu quiil ny a pas de question. Mais peut etre des conseils ou experiences
On entend souvent qu'il ne faut pas voyager pour fuir ses problemes ou sa personne. Que nos problèmes et notre caractère nous suivent et que cela ne resoud rien de partir. Jai maintenant la sensation que ma decision de vivre le voyage au long cours est une fuite dans mon cas. En effet, je n ai jamais vraiment eu de lien familliaux me poussant a chercher la sedentarisation dans un endroit proche de mon lieu de naissance. C est triste a dire, mais en voyage, ma famille ne me manque pas. Je suis issu, comme nombre d entre nous, dune famille brisé par les divorces et autres. Je nai jamais vraiment ressenti d amour de ce côté. Ensuite, je crois que mon caractère na jamais favorisé les liens d amitié. A ce niveau, je ne sais pas pourquoi. Les amis que j ai de longues dates ont tous finis par s eloigner de moi... bien que tres sociable et aimant profondément les rencontres. Je nai pas d explications a ce niveau, c est assez dur a vivre.
Donc, avec tout ca, il est vrai que je préfère traverser le monde (a velo pour ma part) et travailler quand jai besoin d argent, plutot que d avoir une vie plus sédentaire.
Le fait est qu aujourdhui jai la chance de partager cela avec une femme merveilleuse que jaime profondément. Elle aime egalement voyager (nous sommes sur la route depuis plus d un an) mais elle souhaite aussi avoir une vie normale et sociale par moment.
Jai peur de ne toujours pas parvenir a avoir une vie sociale enrichissante si je revenais a la sedentarisation.
Je ne cherche pas de reponses vu quiil ny a pas de question. Mais peut etre des conseils ou experiences
MSC Sinfonia: Venise / Durban, 25 jours hors des habitudes...
Bonjour,
Me voila, a nouveau, devant ce clavier les doigts a disposition des méninges... qui le sont beaucoup moins elles, encombrées de souvenirs, de résidus de décalages horaires : une fois dans un sens ... puis dans l' autre... et " re "! ainsi que par l' hésitation sur la meilleure façon de prendre " ce truc " par un bout.
Déjà : - notre chimie interne, qui nous vit, mon épouse et moi, avoir la certitude, " qu' il fallait nous oser " un retour sur nos préférences " de croisières " ... et qui aspira notre décision de passer a autre chose que le Yacht Club. En effets : - 89 jours cumulés au compteur, et encore : 56 en commande : - ce ne sont plus de belles opportunités, c 'est une maison de campagne. - notre goût pour les longues croisières, hors " tour de monde " ... loin des " petits " si longtemps, pencha, alors, nos aspirations, vers les caraïbes, le Brésil, Dubaï, en transat. Mais la : souvent des gros navires ... avec un YC !!! .... et nous ne sommes pas encore assez fort pour nous confisquer une chose, .... et nous la mettre sous le nez.
Auréa sur la classe Musica ne nous inspirant pas, notre découverte de ce " Sinfonia ", vers l' Afrique du Sud allait nous gâter : - Un vieux navire de 14 ans, beaucoup plus petit, ( et c 'est déjà plus long de l' écrire ) pendant 25 jours, avec des escales inconnues ... et " sonnant bien " : Seychelles , Iles Maurice, la Réunion, ... une arrivée a Durban : - la bas, tout en bas, ou, sur le globe terrestre, " on voit bien que l'on doit avoir la tête en bas, les pieds bien collés au sol pour ne pas tomber ...... sur un bureau ? ".. Notre sang ne fit qu 'un tour : ... " on hésita " !
C' était quand même une " sacrée marche "! Un beau YC Préziosa tout neuf, comparé a ce Sinfonia de 2002, ... allongée pour se tasser un peu plus dans les communs. ... 25 jours : - oui, mais si le coup de poker n' était pas bon !!! ...aïe, aïe aïe, je dirais même : pffff ! - Une Suite Auréa, tout a l' avant, ( la toute première ) sous le SPA, au calme, fut l' élément déclencheur. Nous avions notre position de repli, de " retraite sur des positions préparées a l' avance " comme diraient nos meilleurs stratèges.
C' est dans cet esprit que nous arrivons de notre hôtel de Venise, le grand matin.
Je reviens ....
Me voila, a nouveau, devant ce clavier les doigts a disposition des méninges... qui le sont beaucoup moins elles, encombrées de souvenirs, de résidus de décalages horaires : une fois dans un sens ... puis dans l' autre... et " re "! ainsi que par l' hésitation sur la meilleure façon de prendre " ce truc " par un bout.
Déjà : - notre chimie interne, qui nous vit, mon épouse et moi, avoir la certitude, " qu' il fallait nous oser " un retour sur nos préférences " de croisières " ... et qui aspira notre décision de passer a autre chose que le Yacht Club. En effets : - 89 jours cumulés au compteur, et encore : 56 en commande : - ce ne sont plus de belles opportunités, c 'est une maison de campagne. - notre goût pour les longues croisières, hors " tour de monde " ... loin des " petits " si longtemps, pencha, alors, nos aspirations, vers les caraïbes, le Brésil, Dubaï, en transat. Mais la : souvent des gros navires ... avec un YC !!! .... et nous ne sommes pas encore assez fort pour nous confisquer une chose, .... et nous la mettre sous le nez.
Auréa sur la classe Musica ne nous inspirant pas, notre découverte de ce " Sinfonia ", vers l' Afrique du Sud allait nous gâter : - Un vieux navire de 14 ans, beaucoup plus petit, ( et c 'est déjà plus long de l' écrire ) pendant 25 jours, avec des escales inconnues ... et " sonnant bien " : Seychelles , Iles Maurice, la Réunion, ... une arrivée a Durban : - la bas, tout en bas, ou, sur le globe terrestre, " on voit bien que l'on doit avoir la tête en bas, les pieds bien collés au sol pour ne pas tomber ...... sur un bureau ? ".. Notre sang ne fit qu 'un tour : ... " on hésita " !
C' était quand même une " sacrée marche "! Un beau YC Préziosa tout neuf, comparé a ce Sinfonia de 2002, ... allongée pour se tasser un peu plus dans les communs. ... 25 jours : - oui, mais si le coup de poker n' était pas bon !!! ...aïe, aïe aïe, je dirais même : pffff ! - Une Suite Auréa, tout a l' avant, ( la toute première ) sous le SPA, au calme, fut l' élément déclencheur. Nous avions notre position de repli, de " retraite sur des positions préparées a l' avance " comme diraient nos meilleurs stratèges.
C' est dans cet esprit que nous arrivons de notre hôtel de Venise, le grand matin.
Je reviens ....
Ils sont fous, ces Américains
‘’Ils sont fous ces Américains’’ 🙂
Au début des années 60 Astérix lançait sa phrase culte ‘’ ils sont fous ces Romains’’ pour marquer son incompréhension de certains us et coutumes transalpins. Cette phrase a ensuite été déclinée en de nombreuses versions concernant, selon Astérix, d’autres peuplades aux moeurs étranges …
et est devenue une expression de société,

aujourd’hui je vais m’amuser à décliner la version américaine…...
1. Un étrange restaurant digne de la démesure de Las Vegas
Commençons par la nourriture et plus particulièrement par celle d’un fast food, un restaurant d’un type bien particulier établi dans le downtown Las Vegas dont le renouveau s’accompagne d’initiatives diversement appréciées. Ledit fast food, en l’occurrence, revendique haut et fort son nom et affiche clairement et sans ambiguité ses prétentions :
ce distingué établissement s’appelle le Heart Attack Grill
on peut dire ce que l‘on veut mais il faut admettre que dans le domaine de la mal bouffe cette ‘start up’’ d’un genre inédit, complètement décalée, a beaucoup innové . Le truc de son créateur c’est de faire en sorte que son affaire ressemble à un show télévisé burlesque en la présentant , c’est assez hallucinant, quasiment comme une œuvre de salut public : en sacrifier quelque uns pour le bien-être du plus grand nombre… si on comprend bien son argumentation !
plusieurs de ses clients ayant été frappés d’une attaque à l’intérieur même du restaurant et évacués en ambulance, au moins un étant décédé sur place, un autre à peine sorti de l’établissement on accepte sans peine la première partie de l’argument… quant à la seconde !
bref...
l’aventure gloutonne commence à l’extérieur….
Au début de l’histoire une ambulance stationnée là annonçait l’ambiance, il semble qu’elle ait maintenant disparue :

à l’intérieur, plus d’hôtesses ou d’hôtes comme chez Macdo mais d’accortes infirmières en tenues légères qui semblent sortir tout droit d’un show coquin de Benny Hill et vous aident à enfiler non pas une bavette ou un bavoir ( pour vous protéger des dégoulinades de graisse fondue ) mais une chemise d’hôpital ouverte.
si vous vous sentez suffisamment prêt ( assez ‘’pesant’’) vous pouvez passer directement au pesage et si vous dépassez les 365 livres ( 165 kilos) le dîner sera gratuit pour vous… on peut appeler ce protocole une incitation commerciale ! S’il vous manque deux ou trois livres pour atteindre le seuil de gratuité tout n’est pas perdu..., bouffez un peu plus que prévu et repassez au pesage après.. si à ce moment là vous atteignez le seuil… demandez un remboursement ou un ‘’avoir’’ pour la prochaine visite!
Une fois équipé vous commencez peut-être par un apéro à base de vodka … que vous pouvez vous faire injecter directement par la nurse ... au fond du gosier

puis vous parcourez le menu ...
Ici pas de single decker de double decker, de triple decker mais des single bypass, double bypass, triple bypass, quadruple bypass...etc jusqu’à octuple bypass çà ne va pas au-delà, probablement parce que le cuistot n’a pas encore trouvé le moyen de faire tenir un étage supplémentaire au sommet de la pile!
Dans ce contexte de food addiction, bypass n’est évidemment pas une allusion à une déviation routière mais bien sûr à un pontage coronarien.

à titre de comparaison, le burger moyen chez Macdo pèse entre 250 et environ 500 calories , le plus riche ( Big tasty) atteint les 800 . Un quadruple bypass de Heart Attack apporte lui près de 10 000 calories et le octuple bypass près de 20 000 !!
en pensant aux calories additionnelles nichées dans le side order of french fries préparées dans le saindoux (berk!) ou celles présentes dans le fat butter milk shake maison on n’ose faire l’addition !..
le patron Jon Basso un ancien nutritionniste ( ce n’est pas une blague) qui a dû péter un plomb à force de vouloir faire maigrir ses clients vous rendra peut-être visite à table avec son stéthoscope si c’est le cas, appelez Dr. John il paraît qu’il adore çà. Au fil de la conversation pour vous prouver le sérieux de ses arguments il apportera peut-être à votre table une poche plastique contenant quelques livres de poussières grises qu’il présentera comme … les cendres d’un client d’un patient mort sur les lieux d’une crise cardiaque… Des crises cardiaques, ils sont plusieurs à en avoir été victimes, au moins deux en sont décédés, sur place, ou juste à l’extérieur en attendant un bus !...
...
mais si vous avez eu plus grands yeux que grand ventre vous devrez en payer le prix : recevoir en public la fessée de votre infirmière personnelle… celle qui vous servi à table; peut-être que certains viennent surtout pour çà .....

réf. ce reportage TV:
Heart Attack Grill: Monument to Greasy Gluttony - YouTube
et ce compte rendu de particulier:
Review of Heart Attack Grill, Las Vegas – eRench .......................
alors.....
Le Grill de la crise cardiaque….. Ils sont fous, ces Américains !

à suivre ….. 2. Une étrange célébration 3. Un étrange rite initiatique 4. Un étrange salut etc....
Au début des années 60 Astérix lançait sa phrase culte ‘’ ils sont fous ces Romains’’ pour marquer son incompréhension de certains us et coutumes transalpins. Cette phrase a ensuite été déclinée en de nombreuses versions concernant, selon Astérix, d’autres peuplades aux moeurs étranges …
et est devenue une expression de société,

aujourd’hui je vais m’amuser à décliner la version américaine…...
1. Un étrange restaurant digne de la démesure de Las Vegas
Commençons par la nourriture et plus particulièrement par celle d’un fast food, un restaurant d’un type bien particulier établi dans le downtown Las Vegas dont le renouveau s’accompagne d’initiatives diversement appréciées. Ledit fast food, en l’occurrence, revendique haut et fort son nom et affiche clairement et sans ambiguité ses prétentions :
ce distingué établissement s’appelle le Heart Attack Grill
on peut dire ce que l‘on veut mais il faut admettre que dans le domaine de la mal bouffe cette ‘start up’’ d’un genre inédit, complètement décalée, a beaucoup innové . Le truc de son créateur c’est de faire en sorte que son affaire ressemble à un show télévisé burlesque en la présentant , c’est assez hallucinant, quasiment comme une œuvre de salut public : en sacrifier quelque uns pour le bien-être du plus grand nombre… si on comprend bien son argumentation !
plusieurs de ses clients ayant été frappés d’une attaque à l’intérieur même du restaurant et évacués en ambulance, au moins un étant décédé sur place, un autre à peine sorti de l’établissement on accepte sans peine la première partie de l’argument… quant à la seconde !
bref...
l’aventure gloutonne commence à l’extérieur….
Au début de l’histoire une ambulance stationnée là annonçait l’ambiance, il semble qu’elle ait maintenant disparue :

à l’intérieur, plus d’hôtesses ou d’hôtes comme chez Macdo mais d’accortes infirmières en tenues légères qui semblent sortir tout droit d’un show coquin de Benny Hill et vous aident à enfiler non pas une bavette ou un bavoir ( pour vous protéger des dégoulinades de graisse fondue ) mais une chemise d’hôpital ouverte.
si vous vous sentez suffisamment prêt ( assez ‘’pesant’’) vous pouvez passer directement au pesage et si vous dépassez les 365 livres ( 165 kilos) le dîner sera gratuit pour vous… on peut appeler ce protocole une incitation commerciale ! S’il vous manque deux ou trois livres pour atteindre le seuil de gratuité tout n’est pas perdu..., bouffez un peu plus que prévu et repassez au pesage après.. si à ce moment là vous atteignez le seuil… demandez un remboursement ou un ‘’avoir’’ pour la prochaine visite!
Une fois équipé vous commencez peut-être par un apéro à base de vodka … que vous pouvez vous faire injecter directement par la nurse ... au fond du gosier

puis vous parcourez le menu ...
Ici pas de single decker de double decker, de triple decker mais des single bypass, double bypass, triple bypass, quadruple bypass...etc jusqu’à octuple bypass çà ne va pas au-delà, probablement parce que le cuistot n’a pas encore trouvé le moyen de faire tenir un étage supplémentaire au sommet de la pile!
Dans ce contexte de food addiction, bypass n’est évidemment pas une allusion à une déviation routière mais bien sûr à un pontage coronarien.

à titre de comparaison, le burger moyen chez Macdo pèse entre 250 et environ 500 calories , le plus riche ( Big tasty) atteint les 800 . Un quadruple bypass de Heart Attack apporte lui près de 10 000 calories et le octuple bypass près de 20 000 !!
en pensant aux calories additionnelles nichées dans le side order of french fries préparées dans le saindoux (berk!) ou celles présentes dans le fat butter milk shake maison on n’ose faire l’addition !..
le patron Jon Basso un ancien nutritionniste ( ce n’est pas une blague) qui a dû péter un plomb à force de vouloir faire maigrir ses clients vous rendra peut-être visite à table avec son stéthoscope si c’est le cas, appelez Dr. John il paraît qu’il adore çà. Au fil de la conversation pour vous prouver le sérieux de ses arguments il apportera peut-être à votre table une poche plastique contenant quelques livres de poussières grises qu’il présentera comme … les cendres d’un client d’un patient mort sur les lieux d’une crise cardiaque… Des crises cardiaques, ils sont plusieurs à en avoir été victimes, au moins deux en sont décédés, sur place, ou juste à l’extérieur en attendant un bus !...
...mais si vous avez eu plus grands yeux que grand ventre vous devrez en payer le prix : recevoir en public la fessée de votre infirmière personnelle… celle qui vous servi à table; peut-être que certains viennent surtout pour çà .....

réf. ce reportage TV:
Heart Attack Grill: Monument to Greasy Gluttony - YouTube
et ce compte rendu de particulier:
Review of Heart Attack Grill, Las Vegas – eRench .......................
alors.....
Le Grill de la crise cardiaque….. Ils sont fous, ces Américains !

à suivre ….. 2. Une étrange célébration 3. Un étrange rite initiatique 4. Un étrange salut etc....
Comment payer ma contravention aux États-Unis?
Bonjour,
Rentré Hier je ramène une contravention pour stationnement illégal, 100.00$
j'ai vu sur le site dmv.dc.dov que l'on peut payer par carte si bque U.S. ou check, ou money order.
Comment avez vous procédé ?
Le loueur ne veut rien faire (il sait que lorsqu'il paiera dans 30 jours il débitera ma compte avec des frais bien sur).
Merci pour votre aide.
Nouveau projet d'interdiction de l'alcool en Indonésie?
Sous la pression de partis religieux, l'alcool pourrait être interdit sur l'ensemble du territoire indonésien... ce qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour une île comme Bali qui vit avant tout du tourisme avec notamment beaucoup de visiteurs australiens.
Lire la suite...
Irlande, Kerry et coups de soleil
Bonjour à toutes et tous !
Me revoila avec un nouveau carnet de voyage, après l'Irlande du Nord et la Toscane, nous voila de retour en Irlande, mais en République d'Irlande cette fois-ci (on conserve les euros et les vitesses en km/h 😛). Direction le sud Ouest, dans le comté du Kerry, entre le célèbre "Ring of Kerry", et la péninsule de Dingle.
Jour 1 - Trajet et premiers pas dans le parc national de Killarney
Après un vol très agréable malgré quelques appréhensions des parents (premier vol avec les enfants, 2 et 5 ans => (baptême réussi, ils ont adoré et été particulièrement sages !)), et après avoir récupéré la voiture de location équipée de ses deux sièges bébé (agence Europcar, assurance complète (Super Waiver), on n'a pas bataillé et on a bien fait), nous voila partis sur l'autoroute qui traverse l'île d'Est en Ouest (M7) en environ 3h30. Nous arrivons à notre logement, qui sera notre base de départ pour ces 6 prochains jours. Le choix a été fait pour un logement situé près de Killarney, permettant de rayonner dans les deux péninsules et dans le parc national de Killarney, en fonction de la météo et de nos envies, sans avoir à se soucier des heures de récupération/remise des clés. Plus confortable avec les enfants. Le critère était également d'avoir un logement tout équipé, avec cuisine / machine à laver, permettant d'être en autonomie complète, afin de limiter le budget repas (les restaurants tous les jours, ça fait vite monter la note), et de limiter l'emport de vêtements !! (on a voyagé léger) Nous avons ainsi trouvé un magnifique logement, un B&B à 2 minutes au nord de Killarney : nous avions pour nous tout seul une petite maison de jardin indépendante, avec chambre séparée, cuisine tout équipée, machine à laver, sèche linge, bref absolument tout ce dont nous avions besoin ! Et en plus, le petit déjeûner était compris, et c'était un régal chaque matin (buffet chaud / froid, que des produits frais / faits maison, gateaux, scones, salades de fruits, viennoiseries, saumon fumé, bacon, saucisses, oeufs brouillés, haricots à la tomate, plats spéciaux sur demande, .. etc ... j'en passe et des meilleurs). BREF, le logement idéal ! (allez, pour chipoter, un radiateur et un mitigeur dans la salle de bain auraient été les bienvenus ! 😛)
Après avoir récupéré les clés, direction Killarney pour manger un morceau rapidement (trop tard pour faire les courses - première faiblesse 😉), puis petit passage au couchant par le grand lac du parc national de Killarney, Lough Leane .. juste pour se mettre dans l'ambiance. Il fait assez froid, le temps est gris, limite pluvieux, mais c'est ça, l'Irlande !! 🙂
LOUGH LEANE
Jour 2 - Dingle sous la pluie ("à l'irlandaise")
Réveil aux aurores. Pas de volets ici, et des journées déjà très longues à cette période de l'année (Mai), le soleil se lève tôt et se couche bien tard. Au réveil aujourd'hui, un temps bien typique ... le plafond est très bas, la pluie tombe fort .. aïe ! Et la météo n'annonce pas vraiment d'amélioration pour la journée ! Autant des averses, on peut combiner, autant une pluie continue, c'est compliqué. Bon, commençons par prendre un excellent petit déjeûner nous fera allégrement oublier le mauvais temps !! Quel régal ! 😛 En sortant de la salle commune, nous tombons sur un présentoir de prospectus, et nos enfants prennent tous les deux le même, des poissons ayant attiré leur regard et éveillé leur intérêt. Un aquarium ? Quelle bonne idée par un temps pareil .. (moins bonne pour le budget, certes ..). C'est à Dingle, sur la péninsule du même nom, qu'il se trouve. Nous décidons d'y aller, en comptant sur une éventuelle amélioration de la météo une fois là-bas, pour aller découvrir Slea Head Drive par exemple. Nous prenons donc la route, sous une pluie battante, laissant peu de place à l'admiration des paysages alentours .. Nous arrivons donc à Dingle après une bonne heure de route sous la pluie. L’aquarium n’est pas bien grand, mais permet tout de même de passer un agréable moment. Il y a des pingouins, et même des reptiles, ce qui change un peu. Le tour se fait en 1h. C'est rapide, mais agréable malgré tout. Nous rejoignons la voiture sous une pluie toujours battante. Nous prenons la direction de Slea Head Drive malgré tout, parce que nous ne sommes plus qu’à 20 minutes environ de l'extrémité de la péninsule. Mais c’est bouché. Nous continuons sur la petite route étroite où l’on ne peut pas se croiser, en dehors des petites zones de dépassement qu’il ne faut pas manquer ! C’est beau malgré tout, le vert ressort bien sous ces nuages gris, mais c’est tristoune.
DINGLE
Nous prenons rapidement la décision de rentrer, puis faire des courses ! Faute de pouvoir faire mieux, occupons-nous d'acheter de quoi faire plusieurs repas chauds pour les soirs, et des sandwichs variés pour les midis quand nous partirons en vadrouille sur la journée. En fin de journée, nous faisons un petit saut vers Ross Castle, mais il pleut.
ROSS CASTLE
La vue est belle sur le Lough Leane, mais on n’en profite pas avec cette eau qui fouette le visage, alors on rentre ! Fin de journée, pas des plus mémorables, mais heureusement la météo changera de camp pour la suite du séjour !!! 🙂
Jour 3 - Ring of Kerry, première partie (Sud & Ouest)
Ahhhh .. aujourd’hui, il fait beau ! Très beau ! Alors c’est décidé, après un bon p’tit déjeûner, nous prenons la direction du Ring Of Kerry, par le Sud, dans le sens des aiguilles d’une montre. Nous traversons donc Killarney, admirons sa belle et grande cathédrale -
CATHEDRALE KILLARNEY
- passons Muckross, son joli bois enchanteresque avec les lumières matinales, j’aperçois sur le bord de la route, dans les forêts adjacentes, des « BlueBells », les jolis fleurs bleues qui jonchent le sol des sous-bois ! Il y en a partout, c’est beau ! Nous passons proche de la Torc Waterfall, mais ne nous y arrêtons pas (nous y reviendrons). En revanche, je ferai quelques arrêts au bord des lacs suivants, à commencer par un joli petit lac juste après le Muckross Lake.
LOUGH
Ses roches noires et blanches plongent dans ses eaux noires, le décor est beau, typiquement irlandais, du moins de l’idée que je m’en faisais. Nous continuons, avec un petit arrêt près de l’Upper Lake. Puis on continue de monter jusqu’à la Ladies View.
PHOTO LADIES VIEW
Pas trop de monde, pour ce point de vue dominant l’enfilade de lacs en contrebas, jusqu’à Lough Leane. La vue est saisissante, et on profite encore mieux depuis le petit promontoire rocheux en avant du parking principal du site. On reprend la route, et on continue jusqu’au Molls Gap, où nous ne nous arrêterons pas car moins d’intérêt après avoir vue Ladies View. Etant donné l’heure, je décide de ne pas descendre sur KenMare (en continuant la N71), mais plutôt de partir vers l’Ouest via la R568.
R568
Nous passons alors proche du Loughbarfinnihy, avec sa petite île caractéristique, et la jolie montagne qui le domine. Et encore des eaux d’un noir profond !! Petite pause donc, avec les moutons qui nous accompagnent ! Puis on repart, les paysages sont saisissants. Bien plus verts ici que de l’autre côté du Molls Gap. Une route part sur la droite, direction Ballaghbeama Gap. Je la repère, mais nous la prendrons une autre fois. Aujourd’hui, nous continuons sur le Ring Of Kerry. La petite route continue de descendre avec une vue magnifique sur la Kenmare Bay, et serpente jusqu’à Sneem, où nous rejoingnons la N70 (ring of Kerry sud).
KENMARE BAY
Là, nous partons plein Ouest, avec le prochain arrêt prévu à Staigue Stone Fort. Une belle galère pour y arriver en voiture, la route est compliquée. Un panneau parle d’un droit de passage pour les adultes, de 1€. Mais personne n’a vraiment l’air de s’en acquitter, et personne n’est là pour percevoir la pièce. Nous y allons alors. Le temps est dégagé, c’est très agréable. Les enfants gambadent, et adorent l’endroit. On pénètre alors dans l’enceinte, des murs de 4m de large, 8 de haut, pour un diamètre de 30m. Le tout en pierres empilées, sans mortier. L’endroit impressionne, d’autant plus dans l’écrin qui l’entoure, très sauvage, très rude aussi !
STAIGUE STONE FORT
Nous repartons, et tombons rapidement sur une plage paradisiaque, celle de Glenbeg. L’eau est incroyablement turquoise, des fleurs violettes poussent sur les rochers, l’endroit est vraiment beau.
PLAGE GLENBEG
Nous cherchons ensuite à rejoindre la Derrynane Beach, et ses roches noires.
DERRYNANE BAY
On galère un peu, mais on y arrive. Là, un parking nous attend, avec des tables de pique-nique. Nous y prenons notre pique-nique, mais des midges nous ferons accélérer le rythme pour repartir assez rapidement, pour une promenade sur la plage. Et elle est vraiment belle.
PLAGE DE DERRYNANE
Les enfants en profitent pour gambader sur le sable, tout le monde profite pleinement de ce moment fort agréable, sous un soleil de plomb !! (oui oui, d'ailleurs nous aurons pris de sacré couleurs ce jour-là !) Nous rejoignons la voiture, et allons à l’abbaye, où nous prendrons quelques gouttes, rien de bien méchant !
ABBAYE
J’avais souvenir d'un château dans le coin, que nous n’avons pas trouvé. Mais c’est en fait parce qu’il n’était pas dans le coin .. on aurait pu chercher longtemps !! 😛 On remonte donc vers le Nord, avec des paysages vraiment beaux, puis, à Waterville, la route se sépare et nous permet de quitter le Ring of Kerry pour prendre le non moins célèbre (mais moins fréquenté touristiquement) Ring of Skellig. Et là, c’est une véritable claque.
SKELLIG RING
Le ciel est bleu, la mer est bleue, les décors sont verts, et des îles se détachent au large, dont les deux célèbres Skellig Islands !!!
ILES SKELLIG
L'endroit est vraiment magnifique, saisissant même. Un dépaysement total, et un décor pourtant presque inattendu en Irlande, je ne savais pas trop à quoi m'attendre à vrai dire, mais sans doute pas à ça ! Des plage de sable blanc, des eaux turquoises, un vert intense (ça oui, je m'y attendais ...).
PETITE PLAGE
Nous continuons la route et montons un col, d’où la vue est fantastique.
VUE DU COL
Puis une grande ligne droite nous amène tout droit sur Portmagee, et son joli petit port.
PORTMAGEE
Là, on se gare, et on se promène le long du port et des pubs alignés tout du long. On voit les bateaux arriver et partir, et le long pont qui mène à Valentia Island, juste en face. Nous entrons dans un pub où l’ambiance est bien sympa, pour y prendre le goûter. Ensuite, nous filons sur Valentia Island. Les décors sont vraiments beaux et nous en mettent plein la vue. Beaucoup de relief, du vert intense, les champs délimités par les petits murets de pierres empilées, et des moutons absolument partout (et parfois même sur la route, attention quand même ! ). Nous longeons donc la côte sud, en attendant une route qui nous permettra de passer de l’autre côté de l’île, là où sont les lieux d'intérêts à nos yeux. A savoir le phare de Valentia, pour commencer, mais dont la visite est payante. Non merci. Je prendrais juste un petit moment pour crapahuter sur les rochers escarpés qui entourent le mur d’enceinte du phare et faire quelques images.
PHARE VALENTIA
A SUIVRE !! 🙂
Me revoila avec un nouveau carnet de voyage, après l'Irlande du Nord et la Toscane, nous voila de retour en Irlande, mais en République d'Irlande cette fois-ci (on conserve les euros et les vitesses en km/h 😛). Direction le sud Ouest, dans le comté du Kerry, entre le célèbre "Ring of Kerry", et la péninsule de Dingle.
Jour 1 - Trajet et premiers pas dans le parc national de Killarney
Après un vol très agréable malgré quelques appréhensions des parents (premier vol avec les enfants, 2 et 5 ans => (baptême réussi, ils ont adoré et été particulièrement sages !)), et après avoir récupéré la voiture de location équipée de ses deux sièges bébé (agence Europcar, assurance complète (Super Waiver), on n'a pas bataillé et on a bien fait), nous voila partis sur l'autoroute qui traverse l'île d'Est en Ouest (M7) en environ 3h30. Nous arrivons à notre logement, qui sera notre base de départ pour ces 6 prochains jours. Le choix a été fait pour un logement situé près de Killarney, permettant de rayonner dans les deux péninsules et dans le parc national de Killarney, en fonction de la météo et de nos envies, sans avoir à se soucier des heures de récupération/remise des clés. Plus confortable avec les enfants. Le critère était également d'avoir un logement tout équipé, avec cuisine / machine à laver, permettant d'être en autonomie complète, afin de limiter le budget repas (les restaurants tous les jours, ça fait vite monter la note), et de limiter l'emport de vêtements !! (on a voyagé léger) Nous avons ainsi trouvé un magnifique logement, un B&B à 2 minutes au nord de Killarney : nous avions pour nous tout seul une petite maison de jardin indépendante, avec chambre séparée, cuisine tout équipée, machine à laver, sèche linge, bref absolument tout ce dont nous avions besoin ! Et en plus, le petit déjeûner était compris, et c'était un régal chaque matin (buffet chaud / froid, que des produits frais / faits maison, gateaux, scones, salades de fruits, viennoiseries, saumon fumé, bacon, saucisses, oeufs brouillés, haricots à la tomate, plats spéciaux sur demande, .. etc ... j'en passe et des meilleurs). BREF, le logement idéal ! (allez, pour chipoter, un radiateur et un mitigeur dans la salle de bain auraient été les bienvenus ! 😛)
Après avoir récupéré les clés, direction Killarney pour manger un morceau rapidement (trop tard pour faire les courses - première faiblesse 😉), puis petit passage au couchant par le grand lac du parc national de Killarney, Lough Leane .. juste pour se mettre dans l'ambiance. Il fait assez froid, le temps est gris, limite pluvieux, mais c'est ça, l'Irlande !! 🙂
LOUGH LEANE

Jour 2 - Dingle sous la pluie ("à l'irlandaise")
Réveil aux aurores. Pas de volets ici, et des journées déjà très longues à cette période de l'année (Mai), le soleil se lève tôt et se couche bien tard. Au réveil aujourd'hui, un temps bien typique ... le plafond est très bas, la pluie tombe fort .. aïe ! Et la météo n'annonce pas vraiment d'amélioration pour la journée ! Autant des averses, on peut combiner, autant une pluie continue, c'est compliqué. Bon, commençons par prendre un excellent petit déjeûner nous fera allégrement oublier le mauvais temps !! Quel régal ! 😛 En sortant de la salle commune, nous tombons sur un présentoir de prospectus, et nos enfants prennent tous les deux le même, des poissons ayant attiré leur regard et éveillé leur intérêt. Un aquarium ? Quelle bonne idée par un temps pareil .. (moins bonne pour le budget, certes ..). C'est à Dingle, sur la péninsule du même nom, qu'il se trouve. Nous décidons d'y aller, en comptant sur une éventuelle amélioration de la météo une fois là-bas, pour aller découvrir Slea Head Drive par exemple. Nous prenons donc la route, sous une pluie battante, laissant peu de place à l'admiration des paysages alentours .. Nous arrivons donc à Dingle après une bonne heure de route sous la pluie. L’aquarium n’est pas bien grand, mais permet tout de même de passer un agréable moment. Il y a des pingouins, et même des reptiles, ce qui change un peu. Le tour se fait en 1h. C'est rapide, mais agréable malgré tout. Nous rejoignons la voiture sous une pluie toujours battante. Nous prenons la direction de Slea Head Drive malgré tout, parce que nous ne sommes plus qu’à 20 minutes environ de l'extrémité de la péninsule. Mais c’est bouché. Nous continuons sur la petite route étroite où l’on ne peut pas se croiser, en dehors des petites zones de dépassement qu’il ne faut pas manquer ! C’est beau malgré tout, le vert ressort bien sous ces nuages gris, mais c’est tristoune.
DINGLE

Nous prenons rapidement la décision de rentrer, puis faire des courses ! Faute de pouvoir faire mieux, occupons-nous d'acheter de quoi faire plusieurs repas chauds pour les soirs, et des sandwichs variés pour les midis quand nous partirons en vadrouille sur la journée. En fin de journée, nous faisons un petit saut vers Ross Castle, mais il pleut.
ROSS CASTLE

La vue est belle sur le Lough Leane, mais on n’en profite pas avec cette eau qui fouette le visage, alors on rentre ! Fin de journée, pas des plus mémorables, mais heureusement la météo changera de camp pour la suite du séjour !!! 🙂
Jour 3 - Ring of Kerry, première partie (Sud & Ouest)
Ahhhh .. aujourd’hui, il fait beau ! Très beau ! Alors c’est décidé, après un bon p’tit déjeûner, nous prenons la direction du Ring Of Kerry, par le Sud, dans le sens des aiguilles d’une montre. Nous traversons donc Killarney, admirons sa belle et grande cathédrale -
CATHEDRALE KILLARNEY

- passons Muckross, son joli bois enchanteresque avec les lumières matinales, j’aperçois sur le bord de la route, dans les forêts adjacentes, des « BlueBells », les jolis fleurs bleues qui jonchent le sol des sous-bois ! Il y en a partout, c’est beau ! Nous passons proche de la Torc Waterfall, mais ne nous y arrêtons pas (nous y reviendrons). En revanche, je ferai quelques arrêts au bord des lacs suivants, à commencer par un joli petit lac juste après le Muckross Lake.
LOUGH

Ses roches noires et blanches plongent dans ses eaux noires, le décor est beau, typiquement irlandais, du moins de l’idée que je m’en faisais. Nous continuons, avec un petit arrêt près de l’Upper Lake. Puis on continue de monter jusqu’à la Ladies View.
PHOTO LADIES VIEW

Pas trop de monde, pour ce point de vue dominant l’enfilade de lacs en contrebas, jusqu’à Lough Leane. La vue est saisissante, et on profite encore mieux depuis le petit promontoire rocheux en avant du parking principal du site. On reprend la route, et on continue jusqu’au Molls Gap, où nous ne nous arrêterons pas car moins d’intérêt après avoir vue Ladies View. Etant donné l’heure, je décide de ne pas descendre sur KenMare (en continuant la N71), mais plutôt de partir vers l’Ouest via la R568.
R568

Nous passons alors proche du Loughbarfinnihy, avec sa petite île caractéristique, et la jolie montagne qui le domine. Et encore des eaux d’un noir profond !! Petite pause donc, avec les moutons qui nous accompagnent ! Puis on repart, les paysages sont saisissants. Bien plus verts ici que de l’autre côté du Molls Gap. Une route part sur la droite, direction Ballaghbeama Gap. Je la repère, mais nous la prendrons une autre fois. Aujourd’hui, nous continuons sur le Ring Of Kerry. La petite route continue de descendre avec une vue magnifique sur la Kenmare Bay, et serpente jusqu’à Sneem, où nous rejoingnons la N70 (ring of Kerry sud).
KENMARE BAY

Là, nous partons plein Ouest, avec le prochain arrêt prévu à Staigue Stone Fort. Une belle galère pour y arriver en voiture, la route est compliquée. Un panneau parle d’un droit de passage pour les adultes, de 1€. Mais personne n’a vraiment l’air de s’en acquitter, et personne n’est là pour percevoir la pièce. Nous y allons alors. Le temps est dégagé, c’est très agréable. Les enfants gambadent, et adorent l’endroit. On pénètre alors dans l’enceinte, des murs de 4m de large, 8 de haut, pour un diamètre de 30m. Le tout en pierres empilées, sans mortier. L’endroit impressionne, d’autant plus dans l’écrin qui l’entoure, très sauvage, très rude aussi !
STAIGUE STONE FORT

Nous repartons, et tombons rapidement sur une plage paradisiaque, celle de Glenbeg. L’eau est incroyablement turquoise, des fleurs violettes poussent sur les rochers, l’endroit est vraiment beau.
PLAGE GLENBEG

Nous cherchons ensuite à rejoindre la Derrynane Beach, et ses roches noires.
DERRYNANE BAY

On galère un peu, mais on y arrive. Là, un parking nous attend, avec des tables de pique-nique. Nous y prenons notre pique-nique, mais des midges nous ferons accélérer le rythme pour repartir assez rapidement, pour une promenade sur la plage. Et elle est vraiment belle.
PLAGE DE DERRYNANE

Les enfants en profitent pour gambader sur le sable, tout le monde profite pleinement de ce moment fort agréable, sous un soleil de plomb !! (oui oui, d'ailleurs nous aurons pris de sacré couleurs ce jour-là !) Nous rejoignons la voiture, et allons à l’abbaye, où nous prendrons quelques gouttes, rien de bien méchant !
ABBAYE

J’avais souvenir d'un château dans le coin, que nous n’avons pas trouvé. Mais c’est en fait parce qu’il n’était pas dans le coin .. on aurait pu chercher longtemps !! 😛 On remonte donc vers le Nord, avec des paysages vraiment beaux, puis, à Waterville, la route se sépare et nous permet de quitter le Ring of Kerry pour prendre le non moins célèbre (mais moins fréquenté touristiquement) Ring of Skellig. Et là, c’est une véritable claque.
SKELLIG RING

Le ciel est bleu, la mer est bleue, les décors sont verts, et des îles se détachent au large, dont les deux célèbres Skellig Islands !!!
ILES SKELLIG

L'endroit est vraiment magnifique, saisissant même. Un dépaysement total, et un décor pourtant presque inattendu en Irlande, je ne savais pas trop à quoi m'attendre à vrai dire, mais sans doute pas à ça ! Des plage de sable blanc, des eaux turquoises, un vert intense (ça oui, je m'y attendais ...).
PETITE PLAGE

Nous continuons la route et montons un col, d’où la vue est fantastique.
VUE DU COL

Puis une grande ligne droite nous amène tout droit sur Portmagee, et son joli petit port.
PORTMAGEE

Là, on se gare, et on se promène le long du port et des pubs alignés tout du long. On voit les bateaux arriver et partir, et le long pont qui mène à Valentia Island, juste en face. Nous entrons dans un pub où l’ambiance est bien sympa, pour y prendre le goûter. Ensuite, nous filons sur Valentia Island. Les décors sont vraiments beaux et nous en mettent plein la vue. Beaucoup de relief, du vert intense, les champs délimités par les petits murets de pierres empilées, et des moutons absolument partout (et parfois même sur la route, attention quand même ! ). Nous longeons donc la côte sud, en attendant une route qui nous permettra de passer de l’autre côté de l’île, là où sont les lieux d'intérêts à nos yeux. A savoir le phare de Valentia, pour commencer, mais dont la visite est payante. Non merci. Je prendrais juste un petit moment pour crapahuter sur les rochers escarpés qui entourent le mur d’enceinte du phare et faire quelques images.
PHARE VALENTIA

A SUIVRE !! 🙂
De Seattle à Los Angeles: carnet d'un voyage en famille le long du Pacifique (ou presque), été 2016
Allez je me lance dans la rédaction du carnet de nos vacances !
En préambule, je voudrais remercier tous ceux sur ce forum qui m'ont aidée à préparer ce voyage et qui ont si gentiment et patiemment répondu à toutes les questions que je me posais pendant son organisation ! C'est grâce à eux que ce périple a été une réussite !
Petite présentation des voyageurs d'abord :
De droite à gauche, entre Bob le minion et Gru : P. mon mari, L. 15 ans, M. 17 ans (si si, la petite tête au chapeau tout derrière !), T. 12 ans et moi !
Nous souhaitions faire un grand voyage aux Etats-Unis avec nos enfants et j'imaginais que cela se ferait plutôt à l'été 2017, lorsque nous aurions enfin fini de rembourser notre maison. Mais à l'automne dernier, nous avons réalisé que notre fille allait passer le bac en 2017, puis enchaînerait sur des études et que donc l'été 2016 serait certainement le dernier où cela serait facile d'organiser des vacances en famille au complet. Alors zou, on casse la tirelire et à nous les Usa !
La décision du grand voyage prise, il a fallu déterminer le parcours.
J'avais le vieux rêve de descendre le long du Pacifique par la route 101/1, les enfants voulaient voir Seattle pour la Space Needle (à force de la voir en fond d'écran sur leur ordi 😏) et pour se rendre sur les terres de leur chanteur préféré, Macklemore, ils souhaitaient aller à San Francisco parce que San Francisco et à Los Angeles pour les studios Universal, et mon mari, accommodant comme toujours était d'accord pour tout. De plus, une de nos belles-soeurs vit à Los Angeles et cela nous donnait enfin une occasion de lui rendre visite. Le trajet était trouvé !
Voici au jour le jour nos nuitées : - Du 11/07 au 14/07 Seattle - 14/07 - 15/07 Port Angeles - 15/07 - 17/07 La Push - 17/07 - 19/07 Ilwaco - 19/07 - 21/07 Portland - 21/07 - 23/07 Bend - 23/07 - 24/07 White city - 24/07 - 25/07 Eureka - 25/07 - 26/07 Mendocino - 26/07 - 29/07 San Francisco - 29/07 - 31/07 Pacific Grove (Monterey) - 31/07 - 01/08 Morro Bay - 01/08 - 02/08 Santa Barbara - 02/08 - 04/08 Los Angeles
Nous sommes rentrés depuis un peu plus de quinze jours maintenant, et je vis encore ce voyage. J'essaie de faire un bilan, de définir ce qui m'a le plus étonnée, le plus marquée, et c'est difficile parce que tout se bouscule dans ma tête et que nous avons vécu tant de chose pendant ces 24 jours ! J'espère que raconter au jour le jour ce voyage en reprenant les notes prises chaque soir va m'aider à faire le tri... En tout cas, nous avons fait un séjour inoubliable, tous les jours l'un d'entre nous y fait référence... et j'ai déjà envie de repartir ! Pour ce qui est de la logistique et de l'organisation matérielle : - billets d'avion pris chez Air France en novembre. Vols multidestinations Paris-Seattle et Los Angeles-Paris, opérés à l'aller par Delta Airlines et au retour par Air France. 6500 euros pour nous 5 (4 prix adultes et 1 jeune), j'ai privilégié les vols directs. Les vols se sont bien passés, malgré du retard au départ à chaque fois. - voiture réservée en janvier chez Alamo. Catégorie Dodge Gran Caravan. Grâce à un lien donné par un forumeur (je suis désolée, je ne sais plus qui exactement, en tout cas merci infiniment encore !), j'obtiens une réduction de 10 %, le conducteur additionnel gratuit et la possibilité de rendre le réservoir d'essence vide. Nous aurons une Toyota Sienna, parfaite pour nous 5 et nos 5 valises. - nuits en hôtels uniquement, quasiment tous réservés via booking.com. Aucun souci concernant les réservations. A 5 personnes nécessitant un couchage adulte, j'ai dû la plupart du temps réserver deux chambres séparées. Il y a également eu des fois où nous étions dans un seul logement, avec deux chambres et parfois une cuisine. - repas pris le plus souvent sous forme de pique-nique le midi et au restaurant le soir. Restaurants souvent fast-food, nous ne sommes pas de grands gastronomes, et nos 3 ados étaient ravis de toute façon. T. s'est même lancé le challenge de manger le plus de hamburgers possibles pendant le séjour, et est arrivé à 13 ! La plupart des petits déjeuners ont été pris à l'hôtel. - les billets pour la majorité des attractions prévues ont été pris à l'avance, pour bénéficier de prix intéressants (Universal studios à 85 $) et de places disponibles (Alcatraz). Ils avaient été offert comme cadeaux de Noël en avance aux enfants par leurs grands-parents. Pour ceux que ça intéresserait, au total ce voyage nous a coûté presque 18000 euros pour nous 5.
Dans le prochain message, notre arrivée à Seattle ! (ici )

De droite à gauche, entre Bob le minion et Gru : P. mon mari, L. 15 ans, M. 17 ans (si si, la petite tête au chapeau tout derrière !), T. 12 ans et moi !
Nous souhaitions faire un grand voyage aux Etats-Unis avec nos enfants et j'imaginais que cela se ferait plutôt à l'été 2017, lorsque nous aurions enfin fini de rembourser notre maison. Mais à l'automne dernier, nous avons réalisé que notre fille allait passer le bac en 2017, puis enchaînerait sur des études et que donc l'été 2016 serait certainement le dernier où cela serait facile d'organiser des vacances en famille au complet. Alors zou, on casse la tirelire et à nous les Usa !
La décision du grand voyage prise, il a fallu déterminer le parcours.
J'avais le vieux rêve de descendre le long du Pacifique par la route 101/1, les enfants voulaient voir Seattle pour la Space Needle (à force de la voir en fond d'écran sur leur ordi 😏) et pour se rendre sur les terres de leur chanteur préféré, Macklemore, ils souhaitaient aller à San Francisco parce que San Francisco et à Los Angeles pour les studios Universal, et mon mari, accommodant comme toujours était d'accord pour tout. De plus, une de nos belles-soeurs vit à Los Angeles et cela nous donnait enfin une occasion de lui rendre visite. Le trajet était trouvé !Voici au jour le jour nos nuitées : - Du 11/07 au 14/07 Seattle - 14/07 - 15/07 Port Angeles - 15/07 - 17/07 La Push - 17/07 - 19/07 Ilwaco - 19/07 - 21/07 Portland - 21/07 - 23/07 Bend - 23/07 - 24/07 White city - 24/07 - 25/07 Eureka - 25/07 - 26/07 Mendocino - 26/07 - 29/07 San Francisco - 29/07 - 31/07 Pacific Grove (Monterey) - 31/07 - 01/08 Morro Bay - 01/08 - 02/08 Santa Barbara - 02/08 - 04/08 Los Angeles
Nous sommes rentrés depuis un peu plus de quinze jours maintenant, et je vis encore ce voyage. J'essaie de faire un bilan, de définir ce qui m'a le plus étonnée, le plus marquée, et c'est difficile parce que tout se bouscule dans ma tête et que nous avons vécu tant de chose pendant ces 24 jours ! J'espère que raconter au jour le jour ce voyage en reprenant les notes prises chaque soir va m'aider à faire le tri... En tout cas, nous avons fait un séjour inoubliable, tous les jours l'un d'entre nous y fait référence... et j'ai déjà envie de repartir ! Pour ce qui est de la logistique et de l'organisation matérielle : - billets d'avion pris chez Air France en novembre. Vols multidestinations Paris-Seattle et Los Angeles-Paris, opérés à l'aller par Delta Airlines et au retour par Air France. 6500 euros pour nous 5 (4 prix adultes et 1 jeune), j'ai privilégié les vols directs. Les vols se sont bien passés, malgré du retard au départ à chaque fois. - voiture réservée en janvier chez Alamo. Catégorie Dodge Gran Caravan. Grâce à un lien donné par un forumeur (je suis désolée, je ne sais plus qui exactement, en tout cas merci infiniment encore !), j'obtiens une réduction de 10 %, le conducteur additionnel gratuit et la possibilité de rendre le réservoir d'essence vide. Nous aurons une Toyota Sienna, parfaite pour nous 5 et nos 5 valises. - nuits en hôtels uniquement, quasiment tous réservés via booking.com. Aucun souci concernant les réservations. A 5 personnes nécessitant un couchage adulte, j'ai dû la plupart du temps réserver deux chambres séparées. Il y a également eu des fois où nous étions dans un seul logement, avec deux chambres et parfois une cuisine. - repas pris le plus souvent sous forme de pique-nique le midi et au restaurant le soir. Restaurants souvent fast-food, nous ne sommes pas de grands gastronomes, et nos 3 ados étaient ravis de toute façon. T. s'est même lancé le challenge de manger le plus de hamburgers possibles pendant le séjour, et est arrivé à 13 ! La plupart des petits déjeuners ont été pris à l'hôtel. - les billets pour la majorité des attractions prévues ont été pris à l'avance, pour bénéficier de prix intéressants (Universal studios à 85 $) et de places disponibles (Alcatraz). Ils avaient été offert comme cadeaux de Noël en avance aux enfants par leurs grands-parents. Pour ceux que ça intéresserait, au total ce voyage nous a coûté presque 18000 euros pour nous 5.
Dans le prochain message, notre arrivée à Seattle ! (ici )

Norvège, Finlande, Suède... au nord du cercle polaire
Après 2 fabuleux voyages en été ( 2014 et 2016), nous sommes retournés dans le nord de la Norvège une semaine en mars 2018 avec comme base la ville de Tromsø. Nous avons rayonné en voiture en profitant des activités hivernales et du spectacle des aurores boréales.
Le récit de ce voyage hivernal est à découvrir ici :
https://sites.google.com/site/fabuleuxvoyagestromsoe/
Le récit du voyage estival de 2014 est à découvrir là :
https://sites.google.com/site/fabuleuxvoyagesnorvege/
Et celui de 2016 est ici :
sites.google.com/...xvoyagesscandinavie/ Bonne découverte !

============================================================================= Fjords et glaciers, colonies d'oiseaux, rennes en troupeaux, trolls de pierre, lacs et rivières, monts et tunturis, voici pêle-mêle quelques souvenirs d'un séjour en Scandinavie qui a mieux commencé qu'il n'a fini 😉. Voyage d'un mois en camping-car entre Norvège, Finlande et Suède.
Présentation
En 2014, la Norvège avec ses fjords profonds, ses glaciers étincelants, ses innombrables lacs et ses chapelets d'îles nous avait conquis. Sans parler de la lumière arctique absolument magique !
Nous avions par conséquent hâte d'y retourner cet été (2016) afin de compléter notre connaissance du pays et de profiter à nouveau de l'ambiance très particulière du soleil de minuit.
Parmi tous nos coups de cœur la fois précédente, les îles Lofoten figuraient en première position et bien qu'y ayant passé sept jours, nous étions persuadés de ne pas avoir exploré toutes leurs ressources. C'est donc très naturellement que nous remettons cette destination en tête de liste pour ce deuxième voyage.
A partir de ce premier élément, l'orientation du voyage se met en place. En complément des îles Lofoten, nos choix se portent vers d'autres contrées du nord, voire de l'extrême nord de la Norvège et des régions limitrophes.
Nous imaginons une boucle au départ de Tromsø passant par les péninsules du cap Nord, de Nordkinn et de Varanger. Une fois arrivés aux confins nord-est du pays, nous comptons traverser la frontière pour passer quelques jours en Finlande puis en Suède avant de retrouver la Norvège à hauteur de Narvik. Pour finir, la dernière partie du circuit sera consacrée aux îles Lofoten, Vesteralen, Senja et Kvaløya avant de refermer la boucle à Tromsø.
Restait à déterminer le mode de déplacement. En 2014, nous avions adoré la liberté que nous avait procurée le camping-car et souhaitions renouveler l'expérience. Mais allions-nous à nouveau louer le véhicule en Allemagne et faire par la route le long trajet jusque dans le grand Nord ? Après réflexion, nous décidons de rejoindre Tromsø en avion et de louer un camping-car localement. Nous faisons affaire avec le loueur norvégien Compassbobiler.
Tout est alors calé. Départ le 9 juin 2016, retour le 11 juillet. Distance totale estimée à 5 000 kilomètres maximum, soit moitié moins que lors notre voyage précédent. Nous aurons donc largement le temps de randonner et de pêcher, bref de profiter !
Nous resterons en permanence au nord du cercle polaire, ce qui signifie… soleil de minuit assuré ! Quant à la météo, nous espérons qu'elle sera aussi belle qu'il y a deux ans.
En attendant, nous prenons plaisir à observer le cap Nord sans quitter notre fauteuil grâce aux images de la webcam ;-)
Notre parcours
Arrivée à Tromsø, première étape vers les Alpes de Lyngen
J1 : Jeudi 9 juin 2016
En avion, Oslo n'est qu'à deux heures quinze de Paris et Tromsø à moins de deux heures d'Oslo. Mais en choisissant des vols au meilleur prix, nous nous infligeons une très longue journée de voyage avec une escale de 5 heures et demie à Oslo.
Une durée qui va encore s'allonger d'une heure en raison d'un retard de l'avion pour Tromsø.
Bref, au lieu de 23 h 45, il sera presque une heure du matin à notre arrivée dans le grand Nord. Mais heureusement sous ces latitudes à cette époque de l'année il fait jour toute la nuit. C'est donc les yeux rivés sur les sommets enneigés brillant au soleil que nous rejoignons le centre-ville de Tromsø en taxi pour une courte nuit bien méritée au Scandic Ishavhotel.
J2 : Vendredi 10 juin 2016
A dix heures nous avons rendez-vous avec Olav qui doit nous livrer notre camping-car. C'est alors seulement que débutera véritablement notre aventure dans le grand Nord.
Cela nous laisse le temps de prendre un petit déjeuner gargantuesque puis de faire un petit tour sur les quais, histoire de découvrir notre hôtel dans son environnement immédiat.
Mais il vaut mieux être bien couvert, dehors le temps est plutôt frisquet. Dix degrés seulement et un ciel couvert pour l'instant. Mais patience, ça devrait s'améliorer.
Reconnaissable à sa haute flèche semblable à un mât de bateau, l'hôtel Scandic se dresse fièrement en bordure de fjord.
Tout le long du quai sont alignées des maisons en bois aux façades colorées qui nous rappellent un peu celles de Bergen ou de Trondheim.
Sur la rive opposée, on aperçoit la silhouette moderne de la cathédrale.
Devant le musée polaire, des "outils" nous laissent perplexes. Ces harpons explosifs ne laissaient aucune chance aux baleines :-(
Il est l'heure d'interrompre notre balade afin de revenir à l'hôtel, le loueur ne va pas tarder.
Un peu après 10 heures, il nous amène le camping-car que nous avons réservé.
Il s'agit d'un fourgon aménagé Challenger Vany 03, monté sur un châssis Fiat Ducato, de moins de 6 mètres, tout neuf, 3 500 km au compteur. Nous en serons les premiers utilisateurs. Il ressemble beaucoup au Pössl que nous avions loué en Allemagne en 2014. Néanmoins, dès le premier coup d'œil à l'intérieur, nous réalisons qu'il est beaucoup moins fonctionnel côté rangement. Pour l'instant, nous mettons nos sacs en vrac à l'arrière en nous demandant comment faire tenir toutes nos affaires dans un aussi petit espace.
Après avoir passé en revue le fonctionnement du camion et rempli tous les documents, nous sommes prêts à quitter Tromsø en fin de matinée, enfin pas tout à fait encore, car il reste à faire les courses. Un supermarché Coop à la sortie de la ville fait notre affaire. Après avoir erré d'un rayon à l'autre et failli prendre du pâté de foie de morue à la place du thon en boîte, nous finissons par trouver de quoi remplir frigo et placards.
Il est maintenant un peu plus de 12 h 30, nous voilà partis pour de bon.
Entre-temps, le ciel s'est dégagé, laissant place à un beau soleil qui fait grimper le thermomètre jusqu'à 14 degrés.
Direction, la péninsule de Lyngen à l'est de Tromso et plus particulièrement son extrémité nord-ouest, où nous avons prévu la première randonnée du séjour, vers le phare de Lyngstuva.
La destination est à 100 kilomètres mais à mi-route, nous devons prendre un ferry pour traverser l'Ullsfjord entre Brevikeidet et Svensby. Le prochain départ est à 13 h 15, mais à force de nous arrêter à tout bout de champ, nous finissons par le louper.
C'est la faute aux paysages (ces forêts de bouleaux d'où dépassent des sommets saupoudrés de neige) pour lesquels nous multiplions les arrêts.
Nous sommes quittes pour attendre le suivant à 14 h 15, une courte attente mise à profit pour commencer le rangement.
Pendant la traversée de 20 minutes, nous avons tout loisir de contempler tranquillement l'enfilade de sommets laissés derrière nous. La neige est encore bien présente.
En débarquant à Svensby, nous partons vers le nord. Vers 16 heures, nous atteignons enfin Russelv. Quand la route se termine en cul-de-sac, nous continuons à pied sur un large chemin en bord de mer puis sur une petite sente qui nous fait prendre un peu hauteur.
Une table bien placée nous invite déjà à une pause en terrasse avec une magnifique vue sur l'océan et les îles.
Au passage, je signe le livre d'or contenu dans cette jolie boîte aux lettres placée devant une maison en ruines mais surtout devant un panorama d'exception.
Sommes-nous arrivés ? Non pas encore ! D'ailleurs avant de découvrir le phare, notre regard tombe sur ces carcasses de bateaux au pied de la falaise, signes qu'ici les tempêtes sont terribles.
Allez, encore un dernier effort, le phare est maintenant à nos pieds et juste à côté, une petite cabane dans laquelle on peut passer la nuit.
Sur le trajet du retour, nous nous offrons un petit détour vers un point de vue dominant le phare, un beau belvédère qui permet de prendre toute la mesure de ce merveilleux bout du monde.
Il n'y a plus qu'à descendre de la colline et à retrouver notre Vany, stationné dans la baie de Russelv.
Une très belle randonnée : 7 kilomètres en 3 heures avec les pauses et les différents détours (sinon 2 heures en aller retour), facile pour une première journée. Une excellente mise en jambe avant un itinéraire un peu plus consistant demain.
En attendant il ne reste plus qu'à trouver un lieu de bivouac pour ce soir. J'avais repéré un petit coin en retrait de la route, au sud de Sør -Lenangen. Il faut donc revenir de 25 kilomètres sur nos pas. L'endroit nous convient, c'est parfait.
Entre la préparation du dîner et le rangement des affaires, la soirée passe à toute vitesse. Nous installons les caches à ventouses sur le pare-brise (beaucoup moins performants que les volets en accordéon qu'il suffisait de déployer sur le Pössl) et tirons les rideaux pour une première nuit à bord.
Distance parcourue dans la journée : 125 kilomètres.
Phare de Lyngstuva
Du glacier de Steindalen (Lyngen) au sommet de Vardhaugen (Kågen)
J3 : Samedi 11 juin 2016
Ce matin, le ciel est partagé entre nuages et éclaircies et le thermomètre affiche 11 degrés, un peu comme hier, quoi !
Nous comptons poursuivre aujourd'hui la découverte de la péninsule de Lyngen, plus particulièrement la vallée de Steindalen au fond de laquelle se trouve le glacier Steindalsbreen. Situé à 460 mètres d'altitude, on peut l'atteindre à l'issue d'une randonnée de 5 à 6 heures.
Nous avons par conséquent un peu de route à faire ce matin pour rejoindre Steindalen, dans la partie sud-est de la péninsule, après le hameau de Furuflaten.
Peu de circulation en ce samedi matin. Pourtant en arrivant il y déjà plusieurs voitures sur le parking, notamment un minibus immatriculé dans la région lyonnaise dont viennent de descendre une dizaine de randonneurs déjà sur le départ à l'instant où nous nous garons.
Le temps de tout préparer, il est 10 h 30 quand nous nous élançons sous un soleil de plus en plus généreux. Chic !
Nous suivons tout d'abord un large chemin qui va finir par se rétrécir pour grimper raide dans la forêt.
Il nous faut plus d'une heure pour arriver à Steindalshytta, perchée à 260 mètres d'altitude, un endroit parfait pour reprendre des forces.
Devant la cabine (qu'on peut d'ailleurs louer) nous retrouvons notre groupe de Français en train de pique-niquer. Ils participent à un voyage organisé par l'agence 66° Nord. Nous profitons de leur présence pour nous faire tirer le portrait.
Il est midi. Après nous être sustentés, nous sommes déjà prêts à poursuivre, alors que le groupe est toujours attablé.
Après avoir traversé un petit pont de bois, nous longeons le torrent et accélérons le pas sur un terrain maintenant beaucoup plus plat et sans difficulté.
Dix minutes plus tard, nous atteignons le point de vue sur cette belle vallée en V. On commence à apercevoir le glacier au fond.
Mais pour y arriver, il faut encore gravir une crête et passer toute une zone de moraine caillouteuse sur laquelle on a l'impression de ne pas avancer.
Heureusement la vue est à la hauteur de nos efforts. En nous retournant, quel panorama !
A intervalle régulier, des pancartes nous indiquent que le glacier était beaucoup plus étendu il y a encore quelques années.
Cinq minutes plus tard (13 h 15) nous atteignons enfin le bord du lac glaciaire dans lequel dégringole le glacier actuel. Tout simplement grandiose !
Nous profitons de ces quelques instants en solitaire avant de voir arriver nos premiers poursuivants que nous mettons à contribution une nouvelle fois pour nous prendre en photo.
A 15 heures nous sommes de retour à la cabine de Steindalshytta et 50 minutes plus tard, au parking.
Bilan : une magnifique randonnée (9,2 kilomètres en 5 heures et demie avec 460 mètres de dénivelé). Très beau temps, certes pas très chaud (entre 10 et 14 degrés) mais quand on marche, c'est idéal. Du vent à proximité du glacier.
Ce beau temps va nous accompagner tout au long de la soirée.
Après la randonnée, nous poursuivons notre route jusqu'à Skibotn sur la rive opposée du Storfjord, presqu'en face de Steindalen.
Nous posons le Vany en bordure d'une réserve naturelle, près de l'embouchure de la rivière Skibotnelva, face aux montagnes.
Il fait si beau que nous déployons nos chaises pliantes et assistons, attendris, au manège des huitriers-pies qui s'affolent pour leurs poussins à chaque passage de promeneurs.
Soirée paisible. Le soleil a sûrement brillé une partie de la nuit mais, avec presque 10 kilomètres dans les jambes, nous n'avons pas la force de veiller si tard. Dodo de bonne heure.
Distance parcourue dans la journée : 116 kilomètres.
Vallée de Steindalen
J4 : Dimanche 12 juin 2016
Qui dit dodo de bonne heure dit réveil de bonne heure. A 3 heures du matin, plus moyen de fermer l'œil. Une heure plus tard, nous levons le camp.
Dehors il fait 6 degrés (brr!) et comme les jours précédents nuages et éclaircies cohabitent. Quel est le programme aujourd'hui ? Ce qui est sûr, c'est que nous souhaitons rallier l'île de Kågen où nous avons sélectionné deux randonnées.
Pour l'une, il faut compter 7 heures de marche pour un dénivelé de 800 mètres, ouille. Il faut surtout être assurés d'avoir du très beau temps, ce qui aujourd'hui n'est pas garanti. L'autre est plus courte (3 heures) donc plus accessible.
Commençons par faire le trajet jusqu'à destination, ensuite nous ferons un point météo le moment venu.
Comme la E 6 fait tout le tour du Kafjord, nous en avons pour près de 120 kilomètres, alors que si on pouvait éviter ce long fjord, on gagnerait un tiers sur le parcours.
Heureusement les paysages sont de toute beauté tout au long du trajet. Vue sur les Alpes de Lyngen qui, tels des pains de sucre, émergent du fjord.
L'île de Kågen est reliée au continent par un tunnel. A sa sortie, il faut prendre une décision afin de nous diriger en conséquence vers le point de départ de la randonnée retenue.
Nous préférons jouer la prudence (le temps n'est pas au beau fixe) et optons pour la plus courte. Elle part du petit village de Maursund où nous arrivons à 6 h 30 avec une envie irrépressible de dormir.
Aussitôt dit, aussitôt fait, le camping-car est très pratique pour ça.
9 h 30, il est temps de mettre un terme à notre petit somme.
Le ciel est voilé mais nous devrions disposer d'une fenêtre météo suffisante pour mener à bien notre randonnée.
A 10 heures, nous attaquons la montée le long d'un torrent dans une forêt de bouleaux nains. Nous suivons une trace GPS issue du site Internet ut.no. Heureusement, parce que la sente est à peine visible dans l'herbe haute.
Elle disparaît d'ailleurs complètement en débouchant sur un plateau où nous nous déplaçons à vue dans une toundra roussie gorgée d'eau et parcourue de petits ruisseaux qu'il faut enjamber à de nombreuses reprises. Vous remarquerez qu'il n'y a plus d'arbres à cette altitude.
La trace GPS conduit en principe au pied du cirque glaciaire qu'on aperçoit au fond de la vallée. Comme il n'a pas l'air de présenter un intérêt majeur, nous décidons de le zapper et de rejoindre directement le sommet de Vardhaugen.
Bonne intuition, car à près de 300 mètres d'altitude, la vue sur le détroit est incomparable. Ma mine réjouie le confirme !
La descente (et la montée si on monte par là) a le mérite d'être balisée, il suffit donc de suivre les marques jaunes pour retourner au bord du fjord.
Fin de la randonnée vers 12 h 30.
Après le déjeuner pris dans le camping-car, Hervé propose de nous rapprocher du point de départ de l'autre randonnée (celle qu'on avait écartée) pour éventuellement en parcourir le début si le temps se maintient.
Mais le ciel s'assombrit de plus en plus de sorte qu'en arrivant sur place il est exclus de randonner.
En revanche, dans les alentours, le pont de Skervøy a l'air d'être un lieu idéal pour la pêche. C'est l'occasion pour Hervé d'inaugurer sa canne à pêche pliante, achetée exprès pour ce voyage.
A peine la ligne jetée, déjà une prise. Deuxième essai… encore une ! La suivante… une de plus ! Et ainsi de suite. Bref, en cinq minutes, Hervé réalise une pêche miraculeuse qu'il finit par interrompre de peur de vider l'océan ;-)
Six beaux cabillauds ont mordu à l'hameçon ainsi que plusieurs poissons plus petits qui feront la joie des oiseaux. Le menu du dîner est tout trouvé.
Mais avant de consommer ces prises, il va falloir les vider et les découper. Sur l'aire de repos sous le pont, quelques pêcheurs également camping-caristes sont déjà à l'ouvrage. Des planches en bois sont d'ailleurs à la disposition du public à cet effet.
Sur les conseils d'une Alsacienne très douée, notre pêcheur s'essaie à la découpe en filets. Certes il n'a pas la dextérité (ni les outils adéquats) de l'Alsacienne, mais il ne se débrouille pas trop mal. Il aura d'ailleurs l'occasion de parfaire sa technique au cours du voyage.
Nous aurions pu rester garés sous ce pont pour la nuit mais comme il se met à pleuvoir, nous décidons de rouler encore un peu pour nous rapprocher d'Alta et gagner du temps pour demain.
Nous revenons alors sur la route E6 et la suivons en direction de l'ouest. La E6 est un axe majeur en Norvège, elle relie le sud au nord. Nous avons eu l'occasion de l'emprunter dans le sud et le centre du pays en 2014. Ce n'est pas pour autant une autoroute même si des travaux sont en cours pour l'élargir. Elle est même carrément étroite par endroits.
C'est le cas sur ce pont sur lequel je m'engage en même temps qu'un car de tourisme qui arrive en sens inverse. Au milieu du pont, j'ai peur qu'on ne puisse pas se croiser, je donne un coup de frein et un coup de volant à droite, trop à droite. Bang, je touche le parapet. Bilan : une petite éraflure sur le pare-choc avant droit et un enjoliveur en moins. Espérons que le loueur ne sera pas trop regardant !
Bon, assez pour aujourd'hui, vivement qu'on se pose. J'avais repéré une petite église en bord de fjord, à l'écart de l'E6, sur la Rv882, à Langsfjordbotn. L'endroit est sympa, on ne bouge plus !
Distance parcourue dans la journée : 283 kilomètres.
Vue du sommet de Vardhaugen
Du canyon d'Alta au cap Nord (ou presque !)
J5 : Lundi 13 juin 2016
A 4 h 30, Hervé se lève, prend son petit déjeuner, sort faire un tour mais à son retour, je l'oblige à se recoucher. Il n'est pas question de partir comme hier aux aurores.
Vers 8 heures, je donne le feu vert pour nous lever et une demi-heure plus tard pour nous mettre en route.
Côté météo, nous sommes abonnés aux 11 degrés. Côté ciel, de petites averses et de belles éclaircies alternent tout au long du trajet jusqu'à Alta à 80 kilomètres.
Qu'y a-t-il de particulier à voir à Alta ? La ville est surtout réputée pour son site de peintures rupestres, classé au Patrimoine mondial. Elle est aussi connue pour son canyon, mais celui-ci demande un peu plus d'efforts pour l'atteindre : 5 à 6 heures de marche sont nécessaires pour s'en approcher. Bah, ça ne nous fait pas peur. Après en avoir vu des images dans le film "Le secret du Ragnarok", nous avons hâte de le voir en vrai.
Pour ce faire, à l'entrée d'Alta, nous prenons la direction de Kautokeino (Rv93) et 8 kilomètres plus au sud, tournons à gauche sur une petite route secondaire, asphaltée jusqu'à Gargia Fjellstue (auberge avec différents hébergements). On peut se garer à cet endroit, dans ce cas le canyon est distant de 22 km AR. Mais en poursuivant sur une piste gravillonnée jusqu'à un deuxième parking, on gagne 9 kilomètres AR. C'est bon à prendre et la piste ne pose pas de problème, pas même pour un camping-car.
A 10 h 30, hop, derniers préparatifs avant de verrouiller le fourgon.
Vue à 360 degrés sur les dômes rocheux environnants et sur les massifs plus lointains encore tout zébrés de neige.
Le parking est ici à 400 mètres d'altitude, le point culminant du parcours à 476 mètres et le point de vue sur le canyon à 430 mètres. Le dénivelé est par conséquent minime. Les seules difficultés du parcours sont liées à la distance (14 km) mais surtout à la qualité du terrain : plusieurs passages en milieu humide et trois traversées de rivière sont prévus. Hum, nous sommes curieux de voir comment cela va se passer. Le chemin est balisé par des marques rouges.
Les premiers passages sur sol spongieux se font sur des caillebotis, trop facile ! Si c'est le cas jusqu'au bout, il n'y a pas à s'en faire.
Mais c'est trop beau pour durer. En effet, nos chaussures ne restent pas sèches bien longtemps. Pour progresser, il faut régulièrement patauger dans des zones inondées et/ou faire des détours pour les contourner autant que possible.
Quant aux rivières, quelques pierres bien placées permettent de passer la première sans trop de difficulté. La troisième et dernière est la moins large et la moins profonde, donc la plus facile à traverser.
C'est la deuxième rivière qui va nous donner le plus de mal et pas seulement à nous. Entre-temps, on s'est fait rattraper par deux autres couples, l'un suisse, l'autre allemand. Chacun essaie de trouver sa solution, en amont, en aval, mais en vain. La Cahppesjohka est trop profonde et trop large pour espérer la franchir en quelques enjambées. Allons-nous devoir faire demi-tour ?
C'est finalement Hervé qui trouve la solution. A cette période de l'année, de grosses accumulations de neige bouchent encore le cours d'eau par endroits. C'est donc sur l'un de ces gros névés, de près de trois mètres d'épaisseur, que toute la troupe peut finalement passer.
C'est encore Hervé qui ramène tout le monde sur le droit chemin à la fin, les Suisses étant partis beaucoup trop loin.
C'est au niveau d'une table de pique-nique qu'un sentier très raide descend jusqu'au point de vue. Un peu avant 13 heures, nous surplombons le canyon.
Ce n'est pas le Grand Canyon américain mais la rivière Altaelva a creusé ici une gorge de 400 mètres de profondeur sur une distance de 15 kilomètres. A ce titre, c'est le canyon le plus long et le plus profond d'Europe du Nord.
Nous profitons de la table de pique-nique pour casser la croûte en compagnie du couple suisse. Ils sont pressés mais pas trop stressés, bien qu'ils doivent être à Tromso ce soir (à 400 km) pour prendre l'express côtier Hurtigruten. Ils ont le moral !
Quant à nous, c'est sans nous presser que nous rebroussons chemin, ravis de cette balade au but original qui change un peu des fjords et des glaciers. Retour au parking à 15 h 15 après avoir parcouru 14,3 km en 5 heures.
En soirée, nous rejoignons le centre-ville qui, en dehors de sa cathédrale très originale, ne présente pas un grand intérêt.
En revanche, l'avantage d'être en ville, c'est de pouvoir dîner au restaurant. Alors nous ne nous en privons pas. Au restaurant Hallde, nous choisissons le menu du Finnmark : pince de crabe royal, viande de renne et sorbets de fruits rouges, des spécialités typiques de la région pour une addition typiquement norvégienne, elle aussi ;-)
A la sortie du restaurant, dernière tâche : trouver un coin où passer la nuit. Nous souhaitons rester en ville afin de voir les fameuses peintures rupestres demain matin. Le musée tolère le stationnement sur son parking, mais il est en pente. Après avoir sillonné la ville de long en large à la recherche du lieu idéal, nous finissons sur le parking du supermarché REMA1000. Pas très bucolique comme lieu de bivouac, mais très calme.
Distance parcourue dans la journée : 150 kilomètres.
Canyon d'Alta
J6 : Mardi 14 juin 2016
Notre étape doit nous conduire aujourd'hui jusqu'au cap Nord. A l'extrémité de l'île de Magerøy reliée au continent par un tunnel, la commune de Nordkapp s'est déclarée point le plus septentrional d'Europe et donne accès via un péage (250 NOK par personne) à un bâtiment massif surmonté d'une balle de golf géante comprenant une salle d'exposition, un bar, une cafétéria, une boutique de souvenirs. Pour ce prix, les camping-cars ont le droit d'y passer une nuit.
Bref, ce lieu suscite beaucoup de polémiques. Pour les uns, c'est la destination mythique à ne surtout pas rater. Pour les autres, c'est le piège à touristes par excellence, le véritable point le plus septentrional du continent se trouvant trois kilomètres à vol d'oiseau plus au nord que Nordkapp et est uniquement accessible à pied au prix d'une marche de 9 kilomètres aller/retour.
Pour nous, le cap Nord n'est pas réellement un incontournable mais puisque notre itinéraire passe à proximité de la péninsule, autant nous forger notre propre opinion sur la destination. A suivre donc… car pour l'instant, si nous quittons le parking du supermarché sur lequel nous avons dormi, c'est pour prendre la direction de la lisière ouest de la ville où se trouvent le musée et les fameuses gravures rupestres.
Les falaises qui s'étendent derrière le musée jusqu'au bord de mer sont couvertes de quelques 6 000 gravures datant de la fin du néolithique, de 6 000 à 2 000 ans. 1559 Parmi les thèmes figurent des scènes de chasse, des symboles de fertilité, des ours, des élans, des rennes et des bateaux bondés. Pour les rendre plus visibles aux visiteurs, une partie des gravures a été revêtue d'ocre rouge, l'autre est dans son état originel.
Avant 8 heures, le circuit est déjà bouclé.
Nous quittons cette fois Alta pour de bon en direction des hautes terres rudes et sauvages. Cap au nord-est sous un ciel identique aux jours précédents et une température de 10 degrés comme d'habitude.
Nous laissons derrière nous les maisons colorées des fjords pour celles aux couleurs sombres des éleveurs de rennes.
La route E6 déroule son ruban de bitume à perte de vue, avec comme seuls repères, la ligne d'horizon et une rivière aux eaux tumultueuses dont elle suit les méandres jusqu'à Skaidi.
Quand la route se rapproche du cours d'eau, nous en profitons pour faire un arrêt, histoire de nous dégourdir les jambes en nous faufilant, à travers un petit bois de bouleaux tordus, jusque sur sa rive.
Après Olderfjord, la route E69 prend le relais vers le nord tout en longeant le magnifique Porsangerfjord. Notre Vany rejoint la file des camping-cars qui, les uns derrière les autres, convergent vers le point septentrional du continent. Français, Allemands, Belges, Suisses, Néerlandais, Scandinaves… à croire que tous les camping-caristes européens se sont donné rendez-vous là-haut. Entre ceux qui s'y rendent et ceux qui en reviennent, le flot est incessant.
La tradition veut qu'on se fasse un petit signe entre conducteurs de camping-cars. Comme ces véhicules sont quasiment les seuls sur le trajet, il y a du boulot ! J'essaie de m'y tenir moi aussi, du moins quand la largeur de la route ne nécessite pas toute mon attention et les deux mains sur le volant. En effet, l'étroitesse des voies par endroits et la taille de certains véhicules demandent une vigilance de tous les instants, d'autant qu'une petite bruine vient encore compliquer la conduite à l'approche du grand Nord.
En début d'après-midi, nous franchissons sans nous en rendre compte, ou presque, le tunnel qui relie le continent à l'île de Magerøy.
Sous un ciel de plus en plus menaçant, les paysages de toundra vallonnée, ponctuée de lacs sombres et de hardes de rennes, prennent une allure encore plus dramatique.
Vingt kilomètres au sud du cap, nous décidons de rejoindre Gjesvær dans un premier temps. La route, traversant un austère paysage rocheux, est de toute beauté.
Malheureusement, à notre arrivée, la météo se dégrade, impossible de randonner. A défaut, nous stationnons le camping-car dans le centre du village, en espérant pouvoir entreprendre une marche plus tard dans l'après-midi. En attendant des heures meilleures, nous débutons la première d'une longue série de parties de scrabble, une tasse de thé brûlant à la main et le chauffage du camping-car au maximum. La température extérieure ne dépasse pas 5 degrés.
Après toute une après-midi enfermés dans notre Vany, nous décidons de migrer vers Skårsvag, un village à l'est de la E69. S'il pouvait y faire meilleur ! Hélas c'est pire. L'ordinateur de bord indique maintenant 3 degrés et un risque de verglas. C'est l'hiver en plein mois de juin !
Nouvelle partie de scrabble à Skårsvag en regardant tomber la pluie et en suivant les allées et venues des deux autres couples de camping-caristes garés à nos côtés, les uns rémois, les autres lucernois. Nous finissons par enfiler imperméable et pantalon de pluie pour affronter le mauvais temps et les suivre à l'extrémité du village où nous les trouvons attablés au restaurant devant un plat de crabe royal.
En ce qui nous concerne, nous renonçons au crustacé géant (ce que nous regretterons amèrement par la suite) et commandons juste un verre de vin blanc en attendant notre dîner déjà prévu dans le camping-car.
Pour ce soir, vu la météo, nous renonçons à rejoindre Nordkapp. Payer le péage pour nous retrouver dans les nuages et sous la pluie, non merci ! On verra demain matin si le temps s'améliore. Nous restons donc garés dans le petit port de Skårsvag pour une nuit… dantesque !
Distance parcourue dans la journée : 286 kilomètres
Près du cap Nord
De Trollholmsund à Stabbursdalen, des rochers et une forêt remarquables
J7 : Mercredi 15 juin 2016
Toute la nuit, la pluie a martelé le toit du Vany. Un vent fou a secoué le camion dans tous les sens, a fait trembler les fenêtres et s'est engouffré dans tous les interstices (heureusement qu'on avait gardé nos chaussettes). Impossible dans ces conditions de trouver le sommeil. Terrifiée, je me suis redressée sur mon lit en pleine nuit en m'écriant : " je veux rentrer à la maison" !
Quand Eole a fini par s'essouffler et alors que je commençais à m'assoupir au petit matin, ce sont les oiseaux (corbeaux, mouettes, goélands) qui ont pris le relais, transformant le toit du fourgon en un terrain d'affrontement. Tout en se chamaillant, ils se sont coursés au-dessus de nos têtes en faisant un raffut d'enfer. Cette nuit restera dans les annales !
Ce matin, il fait 5 degrés et il pleut toujours à verse. Initialement, nous avions prévu de faire la randonnée de 9 km AR vers Knivskjelodden, le véritable cap Nord géographique, avant de rallier en soirée le cap Nord touristique pour y passer la nuit.
Mais dans ces conditions, on peut d'emblée faire une croix sur une quelconque randonnée. Même le petit aller/retour (2 km) vers l'arche de Kirkeporten n'est pas envisageable après tout ce qu'il a plu. Les sols sont détrempés.
Dans ce cas, cela vaut-il la peine de rester dans le coin ? Certes, la météo a prévu une amélioration dans l'après-midi, mais peut-on s'y fier ? Cela vaut-il le coup de payer 50 euros pour accéder au cap Nord et risquer d'y passer la journée à jouer au scrabble ?
Après mûre réflexion, nous décidons de laisser tomber le cap Nord et de reprendre la direction du sud avec l'espoir d'y trouver des cieux plus cléments. Skårsvag, situé à 7 kilomètres à vol d'oiseau au sud-est du cap Nord, sera par conséquent le point le plus septentrional de notre parcours.
Notre point de chute ce soir est prévu dans les alentours de Lakselv, soit près de 200 kilomètres plus au sud. Nous aurons du coup une journée d'avance sur notre planning.
Nous n'avons néanmoins pas l'intention de faire le trajet d'une traite mais espérons pouvoir nous offrir quelques à-côtés en cours de route, en fonction de l'évolution des conditions météo.
D'ailleurs, à peine sur la route E69 nous la quittons déjà pour un saut vers le village de Kamøyvær, vanté par notre guide.
Falaises, ciel et mer à l'unisson, noirs comme l'encre, donnent une bonne idée de la luminosité ambiante. On en aurait presque le cafard
Heureusement, à Kamøyvær, les couleurs pastel des maisons apportent une touche de gaieté à ce tableau obscur.
Quand la pluie se calme, nous sortons faire quelques pas dans le village où il y a l'air d'y avoir plus d'oiseaux que d'habitants.
L'usine de transformation de poisson n'y est sans doute pas pour rien.C'est la curée à l'arrivée de la matière première.
Côté ciel, une légère amélioration commence à se profiler au loin. Alors, allons-nous rester sur notre décision ? Il est encore temps de changer d'avis, nous ne sommes qu'à une trentaine de kilomètres de Nordkapp ! Hésitation, concertation avant de finalement maintenir notre choix. Tant pis pour le cap Nord et va pour le Sud !
Après une rapide incursion à Honningsvåg, nous prenons sans regret le tunnel qui nous ramène sur le continent, puis comme la veille la même route jusqu'à Olderfjord alors que se développent des éclaircies de plus en plus larges, donnant le sourire à tous les automobilistes, camping-caristes, motards et cyclistes, montant vers le nord.
Mais le soleil, nous y avons droit également. On a d'ailleurs l'impression qu'il n'a pas plu au sud d'Olderfjord.
En arrivant à 14 h 30 dans la presqu'île de Trollholmsund, la couleur de la mer et du sable nous ferait presque penser à une plage tropicale, si ce n'était la température qui reste typiquement norvégienne ;-)
Si nous sommes venus ici, c'est pour ces drôles de bonshommes de pierre dont on aperçoit déjà les silhouettes à la pointe de la presqu'île.
Selon une légende Sami, il s'agit d'un groupe de trolls qui erraient la nuit sur le plateau du Finnmark. Arrivés dans le Porsangerfjord, ils voulurent traverser le bras de mer mais pas avant d'avoir enterré le trésor qu'ils transportaient. Comme cette tâche prit beaucoup de temps, ils furent surpris par les premiers rayons du soleil levant qui les pétrifièrent.
Géologiquement, il s'agit de formations dolomitiques (calcaire), d'où leur aspect blanchâtre, seulement colonisés ça et là par des lichens orangés.
Ils ont plutôt une bonne bouille !
Après une petite heure sur les lieux, il est temps de poursuivre vers d'autres horizons, la journée n'est pas finie. Il fait tellement beau qu'il faut en profiter au maximum.
C'est pourquoi, 17 kilomètres plus au sud, nous tournons à droite sur une piste cahoteuse et poussiéreuse, pas même indiquée, sur laquelle nous avons la joie de croiser un groupe de rennes, de très près.
Cette piste nous conduit au cœur du parc national de Stabbursdalen.
Le guide Rother y indique une randonnée de 2 à 3 heures à travers la forêt jusqu'aux chutes de Stabbursfossen. Il est déjà plus de 17 heures au moment de se mettre en marche mais peu importe, personne ne nous attend et il fait jour toute la nuit.
Le parc national a été créé en 1970 puis étendu en 2002 pour protéger la forêt de pins la plus septentrionale du monde. Certains arbres ont ici plus de 500 ans.
Plus loin, des bouleaux se joignent aux pins pour étoffer la forêt.
Au bout d'un peu plus d'une heure, le grondement des chutes annonce que l'arrivée est proche. Bientôt nous dominons la cascade. Joli débit !
Dernier coup d'œil sur la rivière Stabburselva avant de refaire le parcours en sens inverse sous une lumière dorée.
Nous finissons notre randonnée à 20 heures (soit 3 heures pour 10 km), ravis de notre journée et persuadés que ce beau temps va durer. Mais c'est oublier à quel point la météo peut vite changer sous ces latitudes.
En effet, en arrivant au camping du Stabbursnes Feriesenter tout proche, nous essuyons quelques gouttes alors que le gérant ne nous annonce rien de bon pour les prochains jours. Bouh !
En attendant, après plusieurs jours de bivouac, nous profitons des services du camping pour faire notre lessive et surtout prendre nos aises dans la douche.
Distance parcourue dans la journée : 206 kilomètres
Trollholmsund
D'un cap à l'autre : de Nordkinn à Varanger
J8 : Jeudi 16 juin 2016
Les prévisions du patron du camping nous ont fait craindre le pire pour ce matin. Alors nous sommes tout étonnés de trouver un ciel certes couvert mais pas plombé. La température matinale est conforme aux moyennes : 11 degrés. Pour l'instant, rien d'alarmant !
Nous avons une nouvelle péninsule en ligne de mire, le cap Nordkinn, située à peu de chose près à la même latitude que le cap Nord. Tout comme ce dernier, il s'agit d'une destination en cul-de-sac au bout de nulle part mais a contrario du précédent celui-ci est à l'écart des grands axes touristiques.
Nous comptons y passer deux nuits dont la première à Kjøllefjord, dans le nord-ouest de la péninsule, où une falaise en forme de cathédrale a retenu notre attention.
Mais avons-nous intérêt à nous y rendre directement (250 kilomètres) au risque de trouver du mauvais temps sur place et n'avoir que le scrabble comme activité ? Ou au contraire vaut-il mieux profiter de quelques points d'intérêt en cours de route tant que le ciel se montre clément ?
Considérant que tout ce qui est pris n'est plus à prendre, nous choisissons la deuxième solution. Après avoir traversé la petite ville de Lakselv où nous abandonnons provisoirement la E6, nous longeons la rive Est du Porsangerfjord. A 4 kilomètres à l'ouest de Borselv, nous nous arrêtons pour une première randonnée (3 kilomètres, 1 heure et demie).
Objectif, le sommet du Hestnesfjellet, à près de 200 mètres d'altitude.
Plus nous prenons de la hauteur, plus les maisons en contrebas nous paraissent minuscules.
Qu'on ne s'y trompe pas, nous sommes bien au bord de l'océan même si l'étendue lisse et immobile devant nous pourrait nous faire croire le contraire.
Pas un souffle de vent, pas un bruit, hormis le caquètement de quelques canards, pourtant C'est dans ce silence religieux que nous poursuivons notre grimpette.
En moins d'une heure, le cairn sommital est atteint. Vous remarquerez que tout comme à Trollholmsund les dalles rocheuses sont ici aussi d'origine dolomitique. D'ailleurs, la presqu'île des trolls ne se trouve qu'à quelques encablures à vol d'oiseau, de l'autre côté du fjord.
Fin de la balade autour de midi, pile pour l'heure du déjeuner que nous prenons à bord du Vany, la porte entrouverte, car il fait étonnamment doux.
Une heure plus tard, nous nous apprêtons à entamer une après-midi derrière le volant. Il reste encore 180 kilomètres à parcourir sur les 250 prévus, outch ! Mais c'est sans compter sur un autre site d'intérêt, prétexte à une nouvelle halte. En effet, immédiatement après Borselv, la route E6 passe dans le Silfar Canyon.
Cette fois, finies les petites escapades à droite à gauche, il faut vraiment se diriger sans délai vers le cap Nordkinn.
A Ifjord, en nous engageant sur une route à trois chiffres, a fortiori marquée en jaune sur notre carte, nous craignions de trouver un axe secondaire étroit et peu roulant. A notre grande surprise, à distance du fjord, la route prend des allures de nationale avec une vitesse autorisée jusqu'à 120 kilomètres/heure par endroits, ce que nous pensions uniquement réservé à des portions de routes E. A ce rythme, elle grimpe allègrement sur un plateau désertique couvert de lacs et de toundra spongieuse qui n'est pas sans nous rappeler l'altiplano andin et ses paysages de bodefales, à la seule différence que les rennes remplacent ici les vigognes andines.
Bref, la distance jusqu'à Kjøllefjord est avalée plus vite qu'attendu. A 16 heures, nous sommes prêts à aller découvrir à pied la falaise en forme d'église de Finnkirka, sans nous inquiéter outre mesure de la couleur du ciel pas plus couvert que durant le reste de la journée.
Peu après notre départ, nous assistons à l'arrivée de l'express côtier Hurtigruten qui fait une courte escale dans ce petit port. Un rayon de soleil daigne même accompagner son entrée dans la baie.
Encouragés par cette brève apparition du soleil, nous enchaînons des montées et des descentes impitoyables, ponctuées de passages boueux et de zones inondées, en espérant que la falaise-église en vaille la peine.
Au bout d'une heure, ces étonnantes plaques rocheuses, plantées dans le sol telles des pierres tombales, nous offrent un peu de distraction sur un chemin semé d'embûches. La falaise de Finnkirka étant un ancien site sacrificiel Sami, il n'est pas impossible qu'il y ait un lien entre ces pierres dressées et les rites lapons.
A ce stade du parcours, un coup d'œil sur les hauteurs aurait dû nous alarmer. La couleur du ciel annonce un risque d'orage imminent. On entend d'ailleurs les premiers coups de tonnerre au loin.
Pourtant, têtus ou inconscients, nous continuons inlassablement, persuadés que l'orage va nous épargner.
Mais ce qui devait arriver finit par arriver. Alors que nous sommes sur le point de vaincre notre dernière ascension, l'orage éclate, nous forçant à faire demi-tour avant d'avoir atteint le but de notre randonnée.
Je n'ai alors que mes yeux pour pleurer et me lamenter tout au long du chemin du retour, mouillée jusqu'aux os (et ce n'est pas juste une expression !) et transie de froid, me demandant comment on allait bien pouvoir faire sécher tous nos vêtements dans le fourgon. Même nos chaussures sont trempées à l'intérieur comme à l'extérieur.
A notre retour, nous préférons éluder la question et jetons toutes nos affaires dans la salle de bains. On verra plus tard !
Pour nous remonter le moral, un plat de crabe royal nous ferait le plus grand bien. Mais le seul restaurant de Kjøllefjord n'en sert pas.Alors nous n'hésitons pas à couvrir 30 kilomètres de plus jusqu'à Mehamn, espérant trouver plus de choix dans ce village plus grand.
Mais le seul restaurant de la petite localité, celui de l'Arctic Hotel, semble fermé ou en travaux. Un habitant nous confirme pourtant qu'il est ouvert et qu'il sert jusqu'à 22 heures de très bons plats de poissons.
Nous finissons par en trouver l'accès. Entre porte sans issue et couloir sans lumière, nous débouchons au premier étage dans une grande salle sans charme, pas vraiment étonnés qu'on n'y serve pas de crustacé géant. Mais puisque nous sommes là, autant nous attabler !
Le dried cod est un peu sec mais, assorti de bacon grillé, reste mangeable. Le vin blanc issu d'un cubitainer est infâme. Quant au dessert, nous avons préféré le décliner ;-) Bref, voilà une adresse qui ne vaut pas le détour !
Le seul avantage de ce dîner, c'est que pendant ce temps nos vestes dégoulinantes ont pu s'égoutter un peu. En partant, nous laissons derrière nous quatre flaques d'eau correspondant aux quatre manches de nos vestes.
Pour dormir, nous n'avons pas à chercher bien loin. Les abords du port offrent un abri parfait à notre Vany. Il pleut toujours mais il ne vente pas, nous devrions mieux dormir que la nuit dernière.
Distance parcourue dans la journée : 314 kilomètres.
Arrivée de l'Hurtiguten à Kjøllefjord
J9 : Vendredi 16 juin 2016
Avec tout ce qu'il a plu hier soir et dans la nuit, nous ne nous faisons pas d'illusion sur l'état du ciel : nuageux, très nuageux, avec encore de la pluie à venir ! Température invariablement bloquée à 10 degrés.
Nos chaussures sont loin d'être sèches, ce qui élimine toute velléité de randonnée. De toute manière, les conditions météo sont dissuasives.
Pour amorcer le séchage des godillots, nous les plaçons devant les bouches du chauffage et tournons le bouton à fond. Quant à nos vêtements, ils sont toujours en train d'égoutter, il va falloir trouver une solution. Heureusement côté vestes, nous avons prévu en conséquence avec des blousons de rechange.
Une fois ce bilan dressé, il faut réfléchir à l'organisation de la journée et changer une nouvelle fois nos plans. Décidément à chaque fois que l'on prévoit de rester deux jours à un endroit, on se voit obligés d'abréger le séjour. L'avantage de circuler en camping-car permet d'adapter le parcours à la météo. Quand il ne fait pas beau, on en profite pour rouler alors… roulons !
Notre prochaine étape se fera par conséquent dans la péninsule de Varanger (eh, oui, encore une péninsule). Près de 300 kilomètres nous en séparent dont une bonne partie à rebrousser chemin par la même route. A première vue, la distance est conséquente mais comme on aura rien d'autre à faire…
Mais avant de quitter la région, je propose de faire un petit détour jusqu'au phare de Slettnes. A défaut d'avoir été jusqu'aux caps les plus septentrionaux du continent, nous aurons au moins été au pied du phare le plus septentrional d'Europe.
Sur le trajet, nous faisons deux rencontres intéressantes. D'abord un troupeau de rennes, des femelles avec plein de petits. Une scène attendrissante ! Plus rare, un renard arctique (que nous avons d'abord pris pour un chat !)
Vers 11 heures, fini l'extrême Nord, retour vers le Sud. Nouveau passage à travers les mêmes hauts plateaux qui paraissent encore plus désolés sous l'épaisse couverture nuageuse. Nous avons à présent deux jours d'avance sur notre planning.
Quand la route revient au bord de mer, nous retrouvons les paysages typiques des fjords : petits ports de pêche, bateaux et maisons colorés.
A Ifjord, nous prenons cette fois la direction de Tana Bru, dont le nom signifie "pont sur la Tana". Le village en lui-même n'a pas vraiment d'intérêt mais il constitue un point de ravitaillement et une étape pratiques au carrefour des routes 98/E6 et E75.
Toutes les enseignes de supermarchés se côtoient ici autour de quelques hébergements et d'une station-service.
Sous un temps maussade comme aujourd'hui, ce carrefour commercial ne peut mieux tomber. A défaut de pouvoir profiter de la nature, occupons-nous de quelques tâches d'intendance : courses, plein d'essence, plein d'eau pour le camping-car…
Nous cherchons aussi un lave-linge/sèche-linge, seul moyen de venir à bout de nos vêtements mouillés depuis une journée. A l'hôtel Elva, le réceptionniste est ok. Il nous invite même à prendre un café dans le lobby et à profiter de la connexion wifi. Super ! Par la même occasion, nous suivons d'un œil et d'une oreille le match de coupe d'Europe Suède-Italie en compagnie d'une famille suédoise qui vibre, elle, avec Zlatan.
Une fois la lessive terminée, Hervé pousse le bouchon jusqu'à vouloir suivre la partie jusqu'à son terme. Pour lui qui est indifférent au foot, c'est un comble ! Résultat, la Suède de Zlatan a été battue.
Cette pause "technique" prolongée a été bénéfique. Nous voilà en pleine forme pour parcourir une trentaine de kilomètres de plus afin de nous rapprocher de la péninsule de Varanger.
Desservie par une route touristique nationale, la péninsule est surtout connue pour ses grandes colonies d'oiseaux attirant de nombreux amateurs d'ornithologie.
La route, une nouvelle fois en cul-de-sac, longe le Varangerfjord jusqu'à Vardø. On peut même pousser jusqu'à Hamningberg, un village abandonné, par une petite route sans numéro et à une seule voie de circulation.
Tout ceci est prévu demain, car nous avons programmé deux jours dans la région. La météo va-t-elle nous le permettre ? Réponse demain ;-)
Pour l'instant, nous avançons jusqu'à Nesseby et sa petite presqu'île, lieu de rendez-vous des ornithologues. Mais les oiseaux, nous n'avons pas le temps de les voir. Arrivés sur place, une averse nous ramène plus vite que prévu dans le camping-car. Nous avons juste le temps d'apprécier la jolie petite église.
Cette occasion ratée nous libère finalement encore un peu de temps pour rouler. La ville la plus proche est Vadsø. Comme nous sommes restés avec notre envie de crabe royal, voilà peut-être une occasion !
A Vadsø, le restaurant du Scandic Hotel nous plaît bien, mais de crabe royal pas la moindre trace sur la carte. On nous dit que ce n'est pas la saison. Alors on se rabat sur des fish and chips. Mauvaise pioche… les beignets de poisson sont à base de langue de cabillaud. Devant notre déception, la serveuse propose de nous servir un dos de cabillaud aux petits légumes qui, lui, est un délice de même que le dessert, une crème brûlée aux fruits rouges. Bref, voilà un dîner qui a mieux fini qu'il n'a commencé.
Quant à la journée, elle se termine à deux pas du restaurant, dans le port, où nous trouvons pour le Vany une place adéquate. Une journée de transition… au final bien remplie !
Distance parcourue dans la journée : 312 kilomètres.
Renard (roux ?)
Varanger : colonies d'oiseaux à Hornøya et route touristique nationale
J10 : Samedi 18 juin 2016
Que nous réserve la météo ce matin ? Un ciel partiellement couvert, mais avec de belles bandes de ciel bleu au loin, chouette ! Et la température ? Toujours nos habituels 10 degrés ? Non… 16 degrés… incroyable !
Dans ce contexte, pas une minute à perdre, vite, en route pour Vardø. Entre les deux localités séparées de 75 kilomètres, la route touristique nationale, désespérément plate sur cette partie, se faufile entre la côte, des prairies verdoyantes et des bosquets de buissons rachitiques.
Vardø, la localité la plus orientale de Norvège, est aussi le point le plus à l'est de notre voyage. La petite ville occupe une île en forme de papillon reliée au continent par un tunnel sous-marin.
L'office de tourisme y organise des excursions pour approcher des colonies d'oiseaux nichant sur les falaises de l'île inhabitée de Hornøya. Départ sur le port.
Nous arrivons pile pour la première sortie qui a lieu à 10 heures le samedi (en semaine, départ dès 9 heures) et embarquons presque immédiatement sur un ancien bateau de pêche en compagnie d'une douzaine de personnes. Nous sommes dix Français à bord !
La traversée prend à peine une dizaine de minutes. Hornøya est classée réserve naturelle, seule une partie est accessible au public.
Les falaises abruptes de l'île et les eaux riches de la mer de Barents fournissent le gîte et le couvert à quantité d'oiseaux. Mouettes tridactyles, guillemots communs et guillemots de Brünnich, macareux, pingouins torda, cormorans huppés et grands cormorans, goélands argentés et goélands marins, ils sont plus de 100 000 à y nicher.
Imaginez tout ce monde caquetant, piaillant, criaillant, picotant… une belle cacophonie et une odeur en conséquence!
Après une vue d'ensemble, approchons-nous pour observer quelques individus plus en détail !
Bon, celles-ci (des mouettes ?) ne sont pas très coopérantes et nous présentent leurs postérieurs. Gare aux déjections ! Mais celle-là fait la belle, avec son plumage soyeux !
Les macareux sont indéniablement les plus élégants dans leur costume coloré.
Les guillemots de Brünnich dans leur complet classique font concurrence aux précédents. J'adore tout particulièrement celui qui porte des lunettes ;-)
Quant aux pingouins torda, ils prennent tout particulièrement soin de leur tenue. Un petit battement d'aile et hop, la toilette est faite (voir les particules projetées)
Enfin, le cormoran sort le grand jeu. Comme un véritable jongleur, il fait tournoyer avec grâce une brindille autour de son bec. Cherche-t-il à séduire quelqu'un par son habileté ? Mais à qui fait-il les yeux doux ? Sans doute à sa compagne sagement restée dans le nid conjugal !
Bref, un spectacle réjouissant par une très belle matinée chaude (si, si !) et ensoleillée. Ça fait du bien !
A 13 heures, le bateau revient nous chercher (mais ceux qui le souhaitent peuvent rester plus tard) et ramène sur l'îlot un nouvel arrivage d'observateurs plus lourdement armés, heu pardon… équipés. Certains sont tellement chargés qu'ils ont du mal à garder l'équilibre à la sortie du bateau. Sur le port, beaucoup de monde se presse encore pour la rotation suivante, preuve du succès de cette excursion.
Quant à nous, après le déjeuner dans le fourgon à la sortie de Vardø, nous prenons la route touristique nationale dans sa partie la plus spectaculaire, celle qui rejoint le hameau de Hamninberg.
Elle ne comporte qu'une voie de circulation. Il faut donc rouler très doucement pour pouvoir se rabattre à temps sur les espaces-refuges prévus pour le croisement de véhicules. De toute manière, les paysages méritent des arrêts incessants. C'est une route qui demande à être dégustée.
Malheureusement, le soleil si ardent ce matin a fini par se cacher. C'est fou comme le temps change vite dans cette région.
La route longe le bord de mer dans un paysage insoupçonné, inattendu, époustouflant, en dehors du temps.
Etonnantes ces longues strates de granite tels des couloirs parallèles sans fin, du bord de mer jusqu'aux crêtes ! Elles donnent l'impression d'un gigantesque labyrinthe sans issue.
Du rose granitique la roche vire au noir volcanique en passant par cinquante nuances de gris, un décor dont on verrait bien surgir quelque seigneur des Anneaux ou autre créature fantastique.
Pourtant, les rennes ont l'air de trouver un pâturage à leur mesure dans ce chaos minéral.
Terminus de la route 40 kilomètres plus loin dans le village semi-abandonné de Hamninberg, où la pluie et le froid sont hélas au rendez-vous. On voulait randonner dans le Syltefjord, c'est raté. On remplace alors la balade par une nouvelle partie de scrabble en attendant l'accalmie.
En fin d'après-midi, nous décidons de ne pas rester dans ce cul-de-sac pour la nuit, il y a trop de vent !
Le retour à Vardø nous offre alors une deuxième occasion de parcourir cette même route, toute aussi spectaculaire dans ce sens. Hervé l'a déclarée "plus belle route de Norvège" !
Curieusement, à Vardø, non seulement il n'a pas plu mais il fait encore soleil. C'est agréable, car nous avons une dernière visite à faire, au mémorial de Steilneset. Il s'agit d'un monument érigé en mémoire de quelques 90 femmes de la région qui, entre 1621 et 1692, ont été accusées de sorcellerie et brûlées vives.
Le bâtiment est impressionnant par sa forme et par sa symbolique. L'artiste Louise Bourgeois et l'architecte Peter Zumthor ont associé, dans une même création évocatrice, une chaise en feu et un mémorial de 100 mètres de long rappelant cette histoire tragique.
Or Louise Bourgeois (1911 - 2010), plasticienne et sculptrice française naturalisée américaine, connue entre autres pour une sculpture en forme d'araignée géante exposée au musée Guggenheim à Bilbao, a passé son enfance dans une maison, aujourd'hui démolie, du centre de la ville où nous demeurons.
C'est pour cette raison que nous portons un intérêt tout particulier à cette œuvre.
Profitant de ce nouveau passage en ville, nous terminons la soirée à passer en revue quelques restaurants au cas où l'un d'eux servirait du crabe royal. Mais peine perdue, nul n'en sert. Dans notre quête, des Français nous disent néanmoins en avoir mangé il y a quelques jours à Kirkenes. En principe, cette destination n'est pas à notre programme, mais sait-on jamais !
Du coup, ce soir, c'est dîner maison ou plutôt dîner… fourgon, au bord d'une plage près de Kiberg, en compagnie d'un camping-car belge. On n'a pas voulu rester à Hamninberg à cause du vent. Eh, bien, ici aussi on va être servis ! Espérons qu'il ne nous empêchera pas de dormir !
Distance parcourue dans la journée : 202 kilomètres.
Guillemot de Troïl (?)
De la frontière russo-norvégienne à la Finlande, de Kirkenes à Inari
J11 : Dimanche 19 juin 2016
Encore une nuit quasi blanche rythmée par les assauts du vent et de la pluie. Seulement 7 degrés ce matin et il pleut toujours.
A 8 heures, on lève le camp, oui, mais pour aller où ?
Vu les circonstances, je ne vois pas d'autre alternative que d'avancer dans notre parcours. En principe, après la péninsule de Varanger, nous avons prévu de gagner la Finlande, plus particulièrement les alentours d'Inari, en passant par Tana Bru puis Utjoski.
Ben… allons-y !
Dehors il fait un temps à ne pas mettre un mouton dehors. D'ailleurs, ceux-là ont trouvé la solution en se réfugiant dans un abribus.
A Tana Bru, alors que nous sommes sur le point de prendre la direction de la Finlande, je sors in extremis une idée de mon chapeau. Et si on allait à Kirkenes ?
Cette ville norvégienne proche de la Russie que l'on décrit comme une bourgade quelconque, à l'ambiance frontalière, point de départ ou d'arrivée de la ligne de l'express côtier Hurtigruten, ne m'avait pas particulièrement attirée jusque là.
Mais depuis que des compatriotes nous ont dit y avoir mangé du crabe royal il y a quelques jours seulement, la destination a subitement pris de l'intérêt. De Kirkenes nous pourrions ensuite regagner la Finlande et Inari directement. Avec deux jours d'avance sur notre planning, nous avons suffisamment de marge pour nous offrir ce détour. Qui sait, peut-être fait-il meilleur à Kirkenes !
Adjugé, vendu, allons à Kirkenes !
A la sortie de Tana Bru, nous retrouvons alors la E6 qui nous conduit jusqu'à la frontière russe (ou presque)… malheureusement sous la pluie !
Pourtant, le trajet est magnifique, la route passant par un massif qui nous rappelle un peu celui des Maures dans le Var.
A l'approche de la ville, les convois militaires se font plus visibles, les terrains et camps militaires deviennent omniprésents. On perçoit même des tirs au loin. La frontière russe n'est plus qu'à une quinzaine de kilomètres et la direction de Mourmansk indiquée sur tous les panneaux du centre-ville.
A 14 h 30, à notre arrivée à Kirkenes, il pleut toujours et il fait 8 degrés. Tous les commerces sont fermés, dimanche oblige. Après avoir garé le camping-car sur le quai au bord de mer, nous allons immédiatement faire nos repérages pour le King Crabe.
Entre les restaurants du Scandic Hotel et celui du Thon Hotel, notre choix est vite fait. Dans l'aquarium du Thon Hotel, trois beaux crabes barbotent tranquillement. Celui que nous choisissons, le plus gros des trois, passera à la casserole. Une table est aussitôt réservée pour 19 h 30.
D'ici là, nous passons tout l'après-midi dans les salons de l'hôtel (avec café et thé à disposition) pour profiter d'Internet et faire une énième partie de scrabble.
Des lycéens norvégiens nous interrogent, dans le cadre de leur projet de fin d'année scolaire, sur notre vision de la ville de Kirkenes. Pour l'instant, nous n'en avons pas vu grand chose, surveillant sur Internet les prévisions météorologiques qui nous permettraient d'y faire un petit tour.
Au fur et à mesure que l'après-midi avance, l'espoir d'une amélioration est sans cesse repoussé. D'ailleurs, il suffit de jeter un œil par la baie vitrée pour le constater. Finalement, la pluie ne cessera qu'au cours du dîner.
A ce propos, quelques mots sur le crabe royal (ou crabe du Kamtchatka). Originaire du littoral oriental de Sibérie, il a été introduit dans la baie de Mourmansk dans les années 1960 pour assurer de nouvelles prises aux pêcheurs russes. Depuis lors, il s'est répandu dans la mer de Barents, le long des côtes de la Norvège et du Svalbard. Les protecteurs de l'environnement y ont vu une menace pour les écosystèmes, mais la majorité des pêcheurs considère le crustacé comme une manne économique.
C'est le crabe le plus recherché au monde et le plus cher au poids. Sa chair au goût inimitable le place parmi les mets les plus renommés. Nous avons donc hâte d'y goûter.
A 19 h 30 pile, alors que nous venons juste de nous attabler, on nous apporte enfin le crustacé géant. Voilà un crabe que nous aurions pu appeler "Désiré" tant nous l'avons convoité depuis plusieurs jours ;-)
Trônant au centre d'un grand plat ovale, sur un lit de mesclun agrémenté de tomates cerise, accompagnée d'une sauce à base de vinaigre balsamique et d' huile d'olive et d'une autre à l'aïoli , c'est une belle bête de 2,6 kilos. Le flashcode attaché nous apprend plein d'autres détails intéressants comme le nom du pêcheur, de son bateau ainsi que la date et le lieu de pêche.
Oui, mais encore ? Après l'avoir dévoré des yeux, si on le dévorait tout court à présent !
Dans une ferveur quasi religieuse, nous décortiquons alors avec application ses pattes charnues dont un soupçon d'aïoli suffit à mettre en valeur toute la saveur.
Sa chair raffinée est d'un goût unique. C'est un délice, un pur ravissement pour les papilles. En un mot, nous nous régalons !
Nous sommes d'ailleurs à ce point absorbés par notre dégustation que nous en oublions de photographier le plat comme promis à notre fille.Elle recevra la photo de la seule carapace ;-)
Au final, nous n'avons rien vu de Kirkenes mais grâce à ce festin en garderons un souvenir impérissable. Voilà un détour qui en valait la peine !
Pour rentrer chez nous, pas de détour à faire. Le Vany nous attend sur le parking mitoyen de l'hôtel, juste devant la mer. Nous restons là pour la nuit. Pas de vent, pas de pluie, nous devrions dormir comme des bébés
Distance parcourue dans la journée : 272 kilomètres
Moutons à l'abri !
J12 : Lundi 20 juin 2016
La ville de Kirkenes est en activité depuis quelques heures déjà quand nous nous réveillons. Il est 8 heures, le premier réflexe consiste à scruter le ciel. Verdict, il est couvert, mais sans pluie pour le moment. C'est mieux qu'hier !
Notre envie de crabe royal ayant été assouvie, nous pouvons reprendre le cours normal de notre voyage et gagner comme prévu la Finlande et Inari en particulier. Nous n'avons maintenant plus qu'une journée d'avance sur notre planning.
Depuis Kirkenes, nous rebroussons d'abord chemin jusqu'au croisement avec la route 893 qui doit nous conduire tout droit en Finlande. Les chutes Skoltefossen, qui occupent le carrefour, nous offrent une dernière distraction sur le territoire norvégien.
A l'entrée en Finlande, la route change de numéro et devient à présent la 971. Il faut aussi avancer nos montres d'une heure, ranger pour le moment nos couronnes et ressortir nos euros. Dernière précaution à prendre : garder la bombe anti moustique sous la main car elle pourrait servir sans délai.
Le climat, lui, reste le même. Que ce soit d'un côté de la frontière comme de l'autre, le temps gris finit par virer à la pluie.
Les paysages finlandais sont conformes à l'idée qu'on s'en fait. La route ondule langoureusement entre lacs et tourbières, entre forêts de pins et bosquets de bouleaux. Photos
Pendant le trajet nous tentons de nous familiariser avec le finnois qui, à première vue, n'a pas vraiment de points communs avec d'autres langues que nous connaissons. En témoigne le mot "kansallispuisto" qui signifie parc national. Pas évident ! Pourtant, à force d'observation, je finis par faire quelques extrapolations à partir des toponymes qui jalonnent notre route : les suffixes "joki" et "tie" ont l'air de désigner la rivière pour le premier, la rue ou la route pour le second comme dans "Lemmenjoki" et "Kaamasentie" Voilà un bon début ;-)
A ce jeu-là, le trajet jusqu'à Inari passe à toute allure.
Sur place le temps est incertain, oscillant entre bruine et averse plus marquée, bref pas un temps à randonner. Pas grave, puisque la petite localité propose une activité qui colle parfaitement à cette météo, à savoir son musée SIIDA, avec deux i, qui est consacré à la culture et la nature sami.
Inari est en effet un important centre de la culture same. Les Samis, autrefois appelés Lapons, sont les peuples indigènes du grand Nord, les plus anciens habitants de ces contrées. Ils sont près de 85 000 dont une bonne moitié vit en Norvège, environ 20 000 en Suède, 8 000 en Finlande et 2 000 en Russie. Longtemps ignorés, leurs droits, leur culture, leur langue ont été progressivement reconnus, promus et mis en valeur au fil des dernières décennies. Aujourd'hui les Samis de chaque pays sont représentés par leur propre parlement.
Le musée SIIDA, de conception très moderne, se veut le reflet de leur histoire et de leurs traditions ainsi que du lien très fort qui les unit à la nature, tout ceci mis en scène de façon vivante et passionnante.
D'une salle à l'autre, nous suivons l'évolution du mode de vie des Samis au fil du temps en lien avec les grandes dates de l'histoire du monde ainsi que l'adaptation de leurs activités au gré des huit saisons. Des objets créés par des artistes Samis contemporains et un joli film sur les aurores boréales complètent l'exposition.
Quand la pluie cesse, la visite se poursuit en plein air (attention, moustiques !) par la découverte de différentes maisons traditionnelles et de pièges ingénieux pour la chasse et la pêche, tous transportables.
Voilà une visite à la fois ludique et instructive, une variante à nos habituelles randonnées. Néanmoins, après deux journées sans chausser nos godillots, nous avons hâte de les enfiler à nouveau pour arpenter monts et vaux.
Justement, la WIFI du musée permet de vérifier la météo pour les prochains jours. Bonne nouvelle ! Demain, il devrait faire beau jusqu'en milieu d'après-midi. Croisons les doigts !
Dans cette perspective, nous positionnons le camping-car à la lisière de la forêt, au point de départ de la randonnée de demain, afin d'être opérationnels à la première heure. En guise de préambule, le soleil fait son apparition pendant le dîner, ce qui est de bon augure.
A l'extérieur, les moustiques font le siège du véhicule, prêts à s'introduire par la moindre ouverture. Vive les moustiquaires.
Distance parcourue dans la journée : 213 kilomètres.
Musée sami
Inari : église de pleine nature de Pielpajärvi et croisière sur le lac
J13 : Mardi 21 juin 2015
Les touristes viennent à Inari principalement pour le musée (pour nous, c'est fait) mais aussi pour faire une croisière sur le lac (c'est prévu) et accessoirement visiter la petite église en pleine nature de Pielpajärvi (c'est prévu aussi). On pourrait même combiner les deux, le lac et l'église, en se faisant déposer en cours de croisière sur la berge pour rejoindre la chapelle, s'économisant ainsi un trajet à pied.
A l'origine, c'est ce que nous avions envisagé mais le seul départ en bateau (à nos dates) a lieu à 13 heures. Or la météo prévoit une dégradation dans l'après-midi. Nous ne voulons pas prendre le risque de nous faire rincer en randonnant en fin d'après-midi. Sur le bateau nous serons à l'abri quoi qu'il arrive.
Nous préférons par conséquent assurer nos arrières, occuper la matinée à faire la randonnée aller et retour vers la petite église et consacrer l'après-midi à la croisière.
La météo est conforme aux prévisions, très belle… enfin !
Avant 8 heures, nous sommes prêts, sac sur le dos, chaussures aux pieds et bombe anti moustique dans la poche. Les maringouins n'ont qu'à bien se tenir.
Nous débutons par la traversée d'une très belle forêt de pins, couverte d'un tapis de buissons de myrtilles sur un chemin caillouteux encombré de racines.
Nous arrivons ensuite à proximité de plusieurs grands lacs dont le Pielpajärvi, bordés de magnifiques tourbières.
Sous les rayons du soleil, les grandes étendues d'eau se sont parées de couleurs toniques, allant du vert amande au bleu azur.
Régulièrement, notre chemin croise des pistes pour scooters dont le balisage se poursuit curieusement à travers le lac. Eh oui, en hiver, il est utile pour les motoneiges qui se déplacent sur le lac gelé.
De nombreux ruisseaux alimentent les plans d'eau colonisés par des herbiers impressionnants où domine le trèfle d'eau.
Cette composition aurait sans doute pu inspirer les Impressionnistes ;-)
L'eau est omniprésente, offrant au lédon des marais les conditions idéales pour s'épanouir.
Heureusement le parcours se fait sur des planches en bois quand le terrain est trop humide. Ce serait dommage d'abimer toute cette belle végétation.
Les moustiques, eux aussi friands de ce milieu, nous ont lâchés pour le moment mais c'est pour mieux nous attendre dans la dernière ligne droite.
En effet, arrivés dans la clairière occupée par la chapelle, nous coupons directement à travers la prairie en fleurs. Erreur fatale ! Les moustiques étaient tous en planque dans les hautes herbes, prêts à fondre sur nous, pauvres marcheurs.
Nous trouvons alors à l'intérieur de l'église un refuge momentané, le temps de nous ressourcer et de préparer la riposte.
Quelques mots sur cet édifice religieux : Il s'agit d'une église en bois, construite entre 1752 et 1760, flanquée de deux cabanes qui servaient à l'époque d'abri pour les fidèles (et qui servent de refuges de nos jours), derniers vestiges d'un village Sami.
L'église est toujours ouverte, il suffit de soulever le loquet et d'ouvrir les fenêtres pour y faire entrer la lumière (avant de tout refermer en partant). Un service religieux y est célébré de temps à autre, notamment à minuit le jour de la St Jean, c'est-à-dire dans quelques jours.
Après un petit moment de recueillement, nous allons jeter un œil à la cabane voisine où l'âtre encore chaud témoigne de son utilisation récente par quelque personne de passage.
Pas de flânerie sur le trajet retour, de sorte que nous arrivons au parking vers 11 heures après 10 kilomètres et un peu plus de 3 heures de marche, pauses comprises. Une très belle randonnée alliant nature, culture et histoire.
Les moustiques nous ont laissés tranquilles au retour. En revanche, deux oiseaux nous ont retenus un court instant Tout d'abord, un pluvier doré qui, par des manœuvres d'intimidation, a tenté de nous barrer le passage, sans doute pour protéger son nid. Puis, un oiseau qui ne nous a montré que son dos au plumage gris orné de touches orangées. Dommage qu'il ne nous ait pas montré son cou, car il semblerait que ce soit une gorgebleue à miroir.
Avec le beau temps et 16 degrés, les conditions sont idéales pour une promenade en bateau. L'embarcadère est situé juste à côté du musée sami.
Nous prenons place à l'avant du navire pour une excursion d'environ 3 heures.
Le lac d'Inari est le troisième plus grand lac de Finlande et comprend 3 300 îles.
A 13 heures pile, le catamaran Inari III sort du port et prend le large, glissant sur un plan d'eau aussi lisse et immobile qu'un miroir.
Il prend tout d'abord la direction de l'île d'Ukonselkä où il accoste une heure plus tard pour une vingtaine de minutes.
Nous grimpons à toute vitesse les marches en bois jusqu'au sommet de l'île pour profiter les premiers de la vue panoramique sur le lac constellé d'îlots.
Il y a quelques centaines d'années déjà, au milieu de l'été, les Samis faisaient cette même démarche, s'y rendant en barque au milieu de l'été pour y invoquer Ukko, le dieu de la chasse.
Quand une touriste attentive remarque un petit point au milieu de l'eau, tous les regards se braquent sur la surface du lac. Une embarcation ? Un nageur ? Effectivement, c'est un nageur mais pas humain. Avec ses bois caractéristiques, vous l'aurez sans doute reconnu.
Oui, c'est bien un élan ! Nous avons souvent espéré en voir un au bord d'une route, près d'un lac ou d'un marais mais jamais nous aurions imaginé en apercevoir un, ici, en plein milieu du lac d'Inari. C'est incroyable !
Une fois tout le monde de retour à bord, le bateau se dirige vers la rive opposée, le capitaine espérant retrouver la trace de l'animal mais celui-ci a dû s'enfoncer dans les bois depuis belle lurette.
Alors il reprend le cours normal de la croisière jusqu'au débarcadère de Pielpavuono. C'est là qu'il dépose un couple souhaitant rejoindre à pied l'église en pleine nature. Nous avions peur que la météo se gâte en cours d'après-midi. Finalement, il n'en a rien été, même si le ciel est maintenant de plus en plus couvert. Fin de la croisière à 16 heures. C'était très sympa et la rencontre de l'élan… extra-ordinaire !
Vu l'heure, nous pouvons envisager de rouler un peu, au moins jusqu'à Saarisselkaa, à 70 kilomètres où j'avais repéré un lieu de bivouac possible, au sommet du domaine skiable du Kaunispää (438 mètres).
Oui, oui, il y a bien du ski alpin en Finlande ! Vue sur les pistes de ski… et plus largement sur toute la région, du haut d'une tour d'observation.
Mais l'endroit très exposé nous apparaît trop venté pour y passer une bonne nuit. Alors nous n'hésitons pas faire 40 kilomètres de plus, afin de trouver à Vuotso un coin plus calme au bord de la rivière. Autre avantage : l'endroit est idéal par rapport à notre projet de demain.
Distance parcourue dans la journée : 140 kilomètres.
Tourbière près d'Inari
Tunturis finlandais, du Pyhä Nattanen au Taivaskero
J14 : Mercredi 22 juin 2016
Si la Finlande est un pays principalement de forêts, de lacs et de rivières, elle n'est pas pour autant un plat pays, du moins dans cette partie Nord. Régulièrement, de petites montagnes aux sommets dénudés culminant entre 500 et 800 mètres donnent du relief au paysage. On y jouit notamment de belles vues dégagées à des kilomètres à la ronde. En finnois, ces monts sont appelés tunturi.
C'est l'un de ces tunturis que nous nous apprêtons à gravir. Il s'agit du Pyhä Nattanen, à ne pas confondre avec Vatanen, le héros des romans du finlandais Arto Paasilinna ;-)
Pour rejoindre le point de départ de la randonnée, il faut emprunter, juste au nord de la rivière, une piste de terre très praticable sur une douzaine de kilomètres.
Au parking, il y a déjà une voiture alors qu'il est à peine 7 h 30. Des gens seraient encore plus matinaux que nous ?
Côté météo, il fait beau avec 13 degrés, ce qui fait aussi le bonheur des moustiques, prompts à nous attaquer à peine descendus de notre fourgon.
Le guide du Routard annonce un parcours de deux kilomètres difficiles avec 300 mètres de dénivelé.
Or le départ, dans une forêt dense, se poursuit par la traversée de marais sur des planches en bois. Pour l'instant je ne vois pas vraiment de difficulté !
… et finit par une approche dans la caillasse et les racines, demandant certes un peu d'effort mais pas la mer à boire ! En trois quarts d'heure, la montée est pliée !
Le même guide vante la vue inoubliable, je confirme !
… et précise que même en plein été, il souffle un vent glacial sur ces hauteurs dénudées, je confirme aussi ! Coupe-vent et capuche indispensables ! La bonne nouvelle, c'est qu'à cette altitude (508 mètres) il n'y a déjà plus de moustiques.
Le refuge, bien équipé, nous offre alors un abri bienvenu, le temps de nous réchauffer un peu.
Nous aurions ensuite pu retourner par le même chemin mais comme il existe une variante et que nous aimons bien varier…
Hum, si on avait su… car la variante traverse un éboulis rocheux très accidenté dans lequel nous avons l'impression de ne pas avancer. Une fois sortis de là, nous rencontrons un terrain inondé, non aménagé, dans lequel nous nous enfonçons par moments jusqu'à la cheville. Sans parler des moustiques qui reviennent à la charge en atteignant une altitude à nouveau plus basse et la végétation gorgée d'eau à laquelle nous nous frottons au passage.
Bref, si on avait su, on n'aurait pas v'nu comme dirait l'autre ;-)… mais repris au retour le même chemin qu'à l'aller. Sur la base de l'aller/retour par le même itinéraire, c'est une très belle randonnée, facile, courte, avec à la clé une magnifique vue panoramique.
La boucle est plus sportive, surtout après les pluies tombées ces derniers jours. Elle nous a demandé 3 heures et 7,1 kilomètres avec un dénivelé de 210 mètres. Elle nous coûte surtout des chaussures à nouveau trempées à l'extérieur comme à l'intérieur et des pantalons mouillés jusqu'aux cuisses. Conséquence : pas d'autre randonnée possible dans la journée.
Dans ces conditions, autant en profiter pour rouler. Ça tombe bien, c'est ce qui est prévu. Pour rejoindre notre prochaine destination, au cœur du parc national de Pallas-Ounastunturi, 250 kilomètres nous attendent. Il est seulement 11 heures, nous avons le temps de nous avancer jusqu'à mi-route avant le déjeuner c'est-à-dire jusqu'à la petite ville de Sodankylä.
Le trajet sur la E75, large et roulante, se fait à bon train malgré le flux important de camping-cars sur cet axe, le plus court vers le cap Nord pour la majorité des conducteurs européens. Pendant ce temps, nos chaussures exposées derrière le pare-brise amorcent leur séchage.
Rien de particulier à voir à Sodankylä mais, pour nous, un passage en ville précieux, mis à profit pour régler l'intendance.
Pendant que notre linge tourne dans la machine de l'hôtel Bear Inn, nous faisons à Lidl les courses les moins chères de notre voyage, déjeunons sur le parking voisin, passons chez l'opticien faire réparer des lunettes, au magasin de sport pour nous renseigner sur les filets de tête anti moustiques (qu'au final nous n'achèterons pas) avant de retourner à l'hôtel bénéficier de la WIFI.
Une fois toutes ces tâches accomplies, il nous reste la deuxième moitié du parcours à effectuer. Le point de chute est prévu dans les environs de Muonio, pas loin de la frontière suédoise, au pied du massif du Pallastunturi.
Nous échouons plus précisément devant l'hôtel Pallas, un hébergement isolé en pleine nature au pied de la montagne, à 459 mètres d'altitude. Il fait un temps magnifique et 19 degrés. Si nos chaussures n'étaient pas trempées, nous serions sans doute partis randonner immédiatement. L'hôtel est le point de départ d'un beau réseau de sentiers en été et de pistes de ski en hiver.
A défaut de profiter de son environnement, nous profitons pour le moment de son restaurant. Au menu lapon, un tartare de renne servi avec des champignons et des lichens (très bon mais portion un peu chiche même pour une entrée). En revanche, l'omble chevalier du lac d'Inari sur lit de purée de choux-fleurs et la crème brûlée aux myrtilles, tous les deux délicieux, rattrapent largement l'entrée et font de ce dîner un des meilleurs de notre voyage. Avec une bouteille de riesling à deux, il valait mieux que le Vany ne soit pas très loin ;-)
Nuit sur place sous un ciel sans nuage et un soleil radieux !
Distance parcourue dans la journée : 283 kilomètres.
Au sommet du Pyhä Nattanen
J15 : Jeudi 23 juin 2016
Bonne nouvelle, nos chaussures de randonnée sont sèches.
Voyons à présent si le temps est toujours aussi dégagé qu'hier soir. Pas tout à fait ! Nuages et éclaircies se partagent le ciel. Tout est de savoir qui des deux aura le dessus.
En prenant le départ vers 8 h 30, nous avons tout de même l'impression qu'il va faire beau. Altitude du parking : 450 mètres.
Dans notre viseur, le Taivaskero, point culminant du massif du Pallastunturi, à 806 mètres d'altitude.
Pour l'atteindre, le chemin balisé par des poteaux surmontés de croix de St André prend progressivement de la hauteur à travers une toundra dénudée. Il n'y a déjà plus d'arbres à cette altitude, de moustiques non plus.
L'itinéraire est pour le moment commun avec le sentier de grande randonnée Pallas-Hetta, l'un des plus prestigieux de Laponie, qui en 55 kilomètres passe par les sommets de plusieurs tunturis.
Au bout d'une heure, quand il s'en écarte, il nous reste une dernière grimpette à gérer avant d'atteindre un large plateau recouvert d'un amas rocheux au milieu duquel le sommet aurait pu passer inaperçu s'il n'était matérialisé.
C'est ici que, le 6 juillet 1952 aux rayons du soleil de minuit, fut allumée la flamme olympique des Jeux de Helsinki. Une plaque commémore cet événement.
Depuis le sommet, la vue embrasse un panorama époustouflant : forêts, lacs et croupes montagneuses à perte de vue avec l'hôtel Pallas à nos pieds.
La randonnée en boucle prend ensuite la direction du sud, passe au pied d'un autre tunturi, le Laukukero, où nous surprenons un couple de lagopèdes en goguette.
A partir de là, l'hôtel nous sert de repère pour tracer à vue dans une pente parfois raide jusqu'à destination. Bilan : 8,5 kilomètres, 2 heures et demie, dénivelé 375 mètres.
Sur le parking, une famille de rennes nous fait son cinéma.
Nous espérions déjeuner en plein air sous les 17 degrés ambiants mais les moustiques voraces nous obligent à un repli immédiat dans le fourgon.
Cette dernière randonnée marque aussi la fin de notre séjour en Finlande qui, au final, nous a réservé de belles surprises. Ce soir, nous serons en Suède, à proximité de Gällivare.
L'itinéraire le plus court coupe en diagonale via des routes secondaires mais Hervé a peur qu'elles soient étroites et peu roulantes. Il préfère nous faire passer par les grands axes, un trajet plus long en kilomètres mais d'après lui plus court en temps.
A Muonio, en traversant la frontière, nous retardons nos montres d'une heure. Appréciable vu notre timing chargé !
Le début du trajet en Suède est agréable, à travers des forêts de pins majestueux et de grandes prairies en fleurs sous des températures de plus en plus chaudes, jusqu'à 21 degrés en cours de route. Jusqu'ici tout baigne !
En cours de route, un champ de linaigrettes ou "fleurs à coton".
Mais c'est sans compter sur une importante zone de travaux. Or quand les Suédois font des travaux, ils ne vont manifestement pas jusqu'à leur terme. Nous tombons donc sur une route en attente d'asphaltage, couverte de gravier grossier, presque du gravier de ballaste. Pas sur une courte distance, mais sur plus de 15 kilomètres, une éternité dans ces conditions. Rouler sur cette surface est un calvaire pour le camping-car. Il faut rouler en seconde, en redoutant la crevaison en permanence. D'ailleurs plusieurs véhicules sont immobilisés sur le bas-côté, pneus crevés.
Le retour sur l'asphalte sonne comme une libération et l'arrivée à destination est un soulagement.
Après un après-midi à conduire, nous sommes heureux de poser le fourgon sur les hauteurs de Gällivare, au sommet du domaine skiable du Dundret (730 m), pour une soirée de détente.
La ville réputée pour ses mines de cuivre et de fer s'étend juste à nos pieds, mais c'est pour la nature environnante que nous avons choisi cet endroit. Nous ne sommes d'ailleurs pas les seuls.
Le paysage rocailleux et dénudé inspire aussi nos voisins de parking. Lui équipé d'un drone, elle revêtue d'une robe de bure, capuche pointue et mains dans les manchons, trouvent manifestement ce décor minéral parfait pour leur scénario. Elle déambule dans son drôle d'accoutrement pendant que lui la filme à l'aide d'un drone.
Le ciel orageux ajoute une note dramatique à l'ambiance.
Cette luminosité particulière nous incite à explorer à notre tour la croupe rocheuse qui se dresse devant nous. Petite balade vespérale jusqu'au sommet du Stora-Toppen (820 mètres d'altitude), coiffé de deux abris pour randonneurs. Vue sur la taïga environnante.
Après le départ des dronistes, nous pensons rester seuls sur place. Mais c'est sans compter sur l'arrivée tardive de trois camping-cars d'où descend toute une ribambelle d'enfants, prompts à mettre un peu d'animation sur le petit parking.
Plus tard, dans notre demi-sommeil, nous entendrons encore quelques visiteurs temporaires, attirés par le soleil de minuit. Le Dundret bénéficie d'un succès que nous ne soupçonnions pas ;-)
Distance parcourue dans la journée : 308 kilomètres
Rennes en goguette !
Kvikkjokk (Suède), randonnée dans le massif du Snjerak
J16 : Vendredi 24 juin 2016
Grand beau temps aujourd'hui et déjà 16 degrés à 8 heures du matin. Notre séjour en Laponie suédoise se présente sous les meilleurs auspices.
Alors dépêchons-nous de rejoindre notre étape suivante, à savoir la petite station de montagne de Kvikkjokk, située au bout d'une route en cul-de-sac en bordure des prestigieux parcs nationaux de Padjelanta et Sarek ainsi que sur le tracé du non moins célèbre sentier de grande randonnée de Kungsleden.
Ce n'est pas tout à fait la porte à côté, le trajet va occuper toute la matinée.
Alors que la radio annonce la volonté des Britanniques de quitter l'Union européenne, nous faisons route sur la E45 en suivant la rivière Lule sur laquelle ont été érigés plusieurs barrages de grande envergure, sujets de tensions, par le passé, entre le gouvernement suédois et les Samis privés de leurs terres inondées.
La circulation est particulièrement light en ce vendredi matin et les quelques localités traversées étonnamment désertes. Pourtant, à la sortie de l'une d'elles, un véhicule nous fait des appels de phares. Tiens, un contrôle de police ? Même pas, juste un troupeau de rennes qui fait son numéro en plein milieu de la voie ;-)
Au carrefour où notre trajet quitte la E45 pour prendre la direction de Kvikkjokk, nous avons atteint le point le plus méridional de notre voyage.
A partir de ce carrefour, cap légèrement vers le nord-ouest sur une petite route pittoresque serpentant entre forêts, prairies et habitations isolées sans jamais quitter (ou presque) la rive d'un lac ou d'une rivière.
A son extrémité, au bord du lac Saggat et du delta des rivières Tarra et Kamajokk se blottit le minuscule village de Kvikkjokk, au pied d'une prestigieuse chaîne montagneuse dont certains sommets sont encore couronnés de neige.
Nous avons prévu de passer deux jours dans ce coin reculé.
Deux parcs nationaux, parmi les plus grands d'Europe, entourent le village, en l'occurrence Sarek et Padjelanta qui figurent depuis 1995, au patrimoine mondial de l'UNESCO. Ils ne sont accessibles qu'à pied à l'issue de plusieurs jours de marche, tout comme la Kungsleden, la Voie Royale, un sentier de grande randonnée de 425 kilomètres, divisé en quatre parties de sept jours chacune, dont l'un des tronçons passe également par le hameau.
Alors, que sommes-nous venus faire ici ? Du trekking ? Non, juste des randonnées à la journée. Car si Kvikkjokk est considéré comme la Mecque des randonnées longues, le village est également le point de départ de quelques randonnées à la journée. C'est pour cette raison que nous l'avons sélectionné.
Une fois le fourgon garé sur le parking au bout du village, au bord de la tumultueuse rivière Kamajokk, en avant vers le massif du Snjerak, plus précisément vers celui de ses trois sommets surnommé "Tourist Summit" à 805 mètres d'altitude.
Il est 13 heures, il fait un temps magnifique avec un thermomètre dépassant les 20 degrés. Première vue au cours de la montée, bien raide.
Du "sommet pour touristes", vue imprenable sur le delta, la croupe du Nammatj (au milieu) et les massifs du Sarek et du Tarrekaise à l'arrière-plan.
Depuis le départ, nous suivons un chemin bien balisé qui se termine en surplomb d'un lac que nous atteignons au bout d'une petite heure. Arrivés à ce point, le retour se fait par le même chemin. Déjà ?
Trouvant que la balade manquait de piquant à ce stade, nous nous offririons bien un petit bonus pour prolonger le plaisir. Qu'à cela ne tienne !
Nous avions téléchargé sur notre GPS la trace d'un circuit en boucle trouvé sur Wikiloc. Vous nous voyez venir !
Nous tentons par conséquent de suivre ce tracé ou plutôt l'absence de tracé… sur le terrain. Aucune indication sur place ne fait mention d'une quelconque boucle.
Après quelques centaines de mètres à marcher à vue, nous récupérons une petite sente qui grimpe sur une crête d'où nous jouissons de bien meilleures vues encore sur le Sarek.
Mais quand la sente disparaît à nouveau, le parcours se complique un peu.
Guidés par le GPS, nous gambadons alors à vue dans des pentes buissonneuses, nous frayant un passage au travers d'un inextricable bois de bouleaux nains avant de finir par retomber sur nos pieds dans la dernière ligne droite jusqu'au village.
Hum, on voulait du piquant ?
Cela dit, on ne regrette pas ce choix, ravis d'avoir pu accomplir cette très belle boucle de 12 kilomètres en 3 heures et demie avec 550 mètres de dénivelé.
Conseil : pour une balade simple et facile choisissez l'aller/retour par le même chemin. Pour y ajouter comme nous une pointe de piquant, fiez-vous à Wikiloc ;-)
Une fois de retour, nous espérons nous détendre en profitant de la douceur ambiante. C'est sans compter sur une panne sèche de gaz. Le remplacement de la bouteille est inévitable. Une opération simple et rapide en principe, sauf que, dans le cas présent, le modèle pas tout à fait identique au précédent, fait de la résistance au point qu'il nous faut appeler à la rescousse deux camping-caristes suédois tout aussi désarmés.
En dernier recours, nous laissons un message au loueur, persuadés qu'il nous a fourni une bouteille inadaptée. Au final et à force d'acharnement, Hervé finit par dompter le système et à faire fonctionner la bouteille. Ouf ! On se voyait déjà devoir retourner à Jokkmokk à 100 kilomètres pour trouver du gaz.
Bref, voilà une tâche qui nous a fait perdre toute la soirée… ou presque. Pour qu'elle ne soit pas tout à fait gâchée et avant le dîner dans le fourgon, nous nous accordons un moment de relâche pour l'apéro à la Fjällstation, le seul hébergement de Kvikkjokk. Nous trinquons en plein air au bord de la rivière : c'est l'été en Suède !
Par la même occasion, nous préparons notre journée de demain pour laquelle nous avons besoin d'un transfert en bateau. Rendez-vous est pris avec BJörn pour demain.
Distance parcourue dans la journée : 212 kilomètres.
Vue sur le Sarek depuis le sommet du Snjerak
Kvikkjokk, randonnée vers du Prinskullen et bateau dans le delta
J17 : Samedi 25 juin 2016
Pas de route à faire ce matin. Le Vany reste sagement sur le parking pendant que nous allons découvrir un autre sommet facile, dominant le village.
Le point de départ du trail se situe sur la rive opposée de la rivière. Pour ce court transfert en bateau, nous avons fait appel à Björn qui nous a fixé rendez-vous à 9 h 20, toujours sur le même parking. Nous nous attendions à le voir arriver en voiture, mais c'est de la forêt qu'il émerge à pied, nous conduisant d'abord le long de la rivière Kamajokk jusqu'à la Fjällstation pour récupérer d'autres clients.
Au passage, il nous indique le meilleur point de vue sur les rapides.
Nous sommes sept à monter dans son petit canot à moteur : un couple allemand, une randonneuse suédoise, un jeune couple finlandais et nous, mais chacun avec un but différent.
Les Allemands et la Suédoise veulent aller vers Nammatj. Les Finlandais sont les plus ambitieux avec la montée au Kaskaivo (22 kilomètres et 12 heures aller/retour) dont le point de départ se situe à trois kilomètres en amont de la rivière. En ce qui nous concerne, nous avons juste besoin d'être déposés sur la rive opposée au point de départ vers Prinskullen, la "colline du prince".
Mais Börn nous propose (for a good price, dit-il) que nous accompagnions d'abord les autres personnes jusqu'à leurs points de dépose afin de découvrir, par la même occasion avant notre randonnée, une partie du delta. C'est d'accord. Par cette très belle journée, c'est le moment d'en profiter.
De la rencontre de la rivière Tarra et des rapides de la Kamajokk est né un delta unique et verdoyant formé et régulièrement transformé par l'accumulation de sédiments transportés par les eaux tumultueuses des cours d'eau.
Pendant que Björn nous livre quelques informations sur la région, passant avec aisance de l'anglais à l'allemand, avec même quelques mots de français, le canot s'engage dans un canal étroit, à la végétation luxuriante et touffue, sur un miroir d'eau où se reflètent à la perfection les silhouettes élancées de quelques feuillus.
Les grands arbres ont l'air de se prosterner, formant une haie d'honneur sur notre passage.
Quand le rideau d'arbres s'ouvre, la perspective s'élargit, laissant apparaître le profil râblé du mont Nammatj… … ou la calotte imposante d'une montagne plus éloignée.
Une fois tous nos corandonneurs déposés, quand le bateau revient au niveau des rapides, le moment est venu pour nous de débarquer.
Il est maintenant 10 h 45. Nous nous mettons d'accord avec Björn sur l'horaire du retour (16 heures) et attaquons aussitôt la montée.
Comme d'habitude, l'accès au sommet passe par la traversée d'une forêt de bouleaux, en l'occurrence ici sur un sentier bien tracé, conçu au milieu du XVIIème siècle par les mineurs allant exploiter des filons d'argent dans les massifs du Sarek et du Padjelanta.
Au sortir de la forêt (à 650 mètres d'altitude), il nous reste à franchir une série de dalles rocheuses disposées en gradins avant d'accéder au cairn pyramidal du sommet.
Depuis ce balcon, la vue est saisissante sur la chaîne montagneuse s'étendant à perte de vue ainsi que sur le delta au premier plan, véritable mosaïque de lagunes, de lacs, de canaux, de prairies, de bois et de marais.
Il est midi. Le belvédère est l'endroit parfait pour un pique-nique et un bain de soleil, débarrassés de nos chaussures, les doigts de pied en éventail.
Mais au bout d'une heure, l'envie de bouger nous démange à nouveau.
Le guide Rother mentionne une possibilité de poursuivre (ah, chouette) sur un sentier non balisé, en direction de Vallespiken, aboutissant à des enclos à rennes à 867 mètres d'altitude. Durée annoncée : une heure.
Voilà qui fait notre affaire !
Nous cédons le sommet à trois ou quatre poursuivants, preuve que Björn a dû opérer une rotation supplémentaire, et prenons la direction du nord-ouest.
Devant nous, la chaîne imposante du Vallespiken et ses dômes encore zébrés de neige nous servent de points de repère.
Ce rocher erratique déposé là par quelque troll musclé tient lieu à la fois de terminus et de tour d'observation. Les enclos à rennes (vides) sont visibles à l'arrière-plan.
Pour retourner vers Prinskullen, il suffit alors de suivre ce collier de nuages comme autant de cailloux semés dans le ciel par le petit Poucet. Ils mènent droit au point de vue.
Avant le retour au débarcadère, nous nous accordons une dernière pause pour profiter du panorama et de l'absence de moustiques à cette altitude.
A l'issue de la descente, nous flânons un peu dans cette belle prairie fleurie.
Cachées dans les herbes hautes entre les brassées de graminées, on peut y découvrir des ruines de soubassements du village de Kvikkjokk, jadis établi de ce côté-ci de la rivière. Mais pas le temps de nous attarder, nous percevons déjà le ronronnement du bateau de Björn.
L'homme est aussi ponctuel qu'une montre… suédoise ou peut-être suisse car il arrive accompagné de quatre clients helvètes (+ les deux Allemands de ce matin) qui souhaitent faire une visite plus approfondie du delta.
Il nous propose (toujours "for a good price") de nous joindre à cette nouvelle visite. Why not ? Il n'est que 16 heures, il fait super beau, alors approfondissons !
Pour commencer, le canot va se frotter aux remous des rapides, surfant au bord des eaux tumultueuses, dans un vacarme assourdissant. C'est le prétexte pour Björn d'ajouter un soupçon d'adrénaline à un parcours par ailleurs pépère.
Après le bouillonnement des rapides, le retour au calme est d'autant plus apprécié. L'embarcation file au gré des canaux jusqu'au bassin d'une immense lagune avant de revenir par des bayous plus intimes aux allures de jardin.
Trois quarts d'heures plus tard, le bateau accoste à Kvikkjokk. Fin d'une excellente journée entre randonnée panoramique et balade au fil de l'eau sous une chaleur estivale. 24 degrés, un record !
Après cette journée bien remplie, pouvons-nous espérer une soirée de détente ? Pas vraiment, car après la panne de gaz hier, aujourd'hui c'est la panne d'eau. Au camping de Kvikkjokk, le gérant est peu enclin à nous en fournir, même en payant. Réservant le service à ses clients, il nous dirige vers le village voisin d'Årrenjarka (à 15 kilomètres).
De toute façon, il était prévu ce soir d'avancer un peu dans notre parcours, alors avançons au moins jusque là. Pour être exact, la suite de notre voyage oblige en réalité à rebrousser chemin et ce, jusqu'à… Gällivare.
Après un dernier apéro à la Fjällstation, bye, bye Kvikkjokk.
A Årrenjarka, nous trouvons de l'eau à disposition, nous voilà sauvés. Il ne reste plus qu'à se trouver un coin sympa pour la nuit. Pas évident, car de la route ne partent que des chemins privés desservant tous des habitations isolées.
Pourtant, après le hameau de Tjåmotis , l'un de ces chemins a l'air de s'enfoncer plus profondément dans les bois jusqu'à la berge d'un lac.
Ô surprise, nous y trouvons déjà un autre camping-car, français de surcroît. Immatriculés dans le Calvados, ses occupants ont déniché ce coin lors d'un voyage précédent et y reviennent avec plaisir à chacun de leur périple. Ils auraient sans doute préféré garder l'emplacement pour eux tout seuls mais le partagent bien volontiers avec nous.
L'endroit est un havre de tranquillité et de sérénité. Voilà toutes les conditions réunies pour passer une belle soirée et une bonne nuit.
Distance parcourue en voiture : 53 kilomètres. En randonnée : 12,6 kilomètres, dénivelé de 530 mètres.
Vue sur le delta depuis le sommet du Prinskullen
De la ville en sursis de Kiruna au canyon d'Abisko
J18 : Dimanche 26 juin 2016
Comme prévu, la suite de notre voyage implique un retour sur nos pas jusqu'à Gällivare avant de continuer, via la ville minière de Kiruna, jusqu'aux abords d'Abisko où nous prévoyons d'arriver en fin d'après-midi. Ceci, dans le but de rejoindre dans quelques jours la Norvège au niveau de Narvik et d'enchaîner avec les îles Lofoten.
C'est par conséquent une longue étape de plus de 350 kilomètres qui nous attend. En sachant que les déplacements se font uniquement sur des routes nationales, qu'à tout moment on peut être ralenti par des travaux ou par des troupeaux de rennes, qu'avec un camping-car on a tendance à s'arrêter plus souvent qu'avec une voiture, pour faire le plein d'eau, pour vidanger les eaux sales, pour faire des courses… Bref, il vaut mieux ne pas être pressés. Pour couvrir la distance, nous comptons un minimum de sept heures, sans les arrêts.
Dans ces circonstances, un départ à 6 h 30 paraît tout à fait indiqué et le trajet plus supportable s'il est fractionné.
C'est pourquoi entre les pauses techniques, photographiques, logistiques et touristiques, nous ne lésinons pas sur les arrêts.
Première pause, une heure et demie après notre départ, tout près de Porjus, où nous dédions quelques minutes aux parois étagées de ce profond canyon cachant en son sein une rivière qu'on ne saurait voir ;-)
Dans le centre de Porjus, nouvel arrêt, cette fois pour accomplir des tâches plus ingrates mais indispensables au bon fonctionnement d'un camping-car. Je ne vous fais pas de dessin !
Près de trois heures après notre départ, nouveau prétexte pour nous arrêter : l'apparition de cet étonnant nuage en forme de feu d'artifice ou de bouquet. Nous avions déjà vu ce type de nuage lors de notre précédent voyage sur la route de la Côte au sud de Bodø, mais jamais dans d'autres pays. Curieux, non ? Cette forme de nuages serait-elle propre à ces régions arctiques ? Ou serait-elle l'œuvre d'un avion ?
10 heures, c'est l'heure de la collation et d'une nouvelle pause sur l'aire de pique-nique de Lappesuando, 50 kilomètres au nord de Gällivare. Voilà de quoi nous faire tenir jusqu'aux abords de Kiruna où nous arrivons pour l'heure du déjeuner.
Juste après le repas, visite au pas de course du centre-ville voué à l'engloutissement en raison du développement de la mine de la LKAB exploitant le plus grand gisement de minerai de fer au monde.
Dans les vingt années à venir, il est prévu de déplacer la ville de quelques kilomètres vers le nord-ouest, à commencer par le centre. Un tiers des habitants sont concernés, soit plus de 6 000 personnes, mais aussi tous les commerces du centre, l'hôtel de ville, l'hôpital, l'église, la bibliothèque, des écoles, des lycées… C'est impressionnant !
Dans le hall de l'hôtel de ville, une maquette donne une idée des secteurs concernés.
Le fer est à l'honneur partout dans la ville. Kiruna lui doit à la fois son existence, sa mort annoncée et à terme sa renaissance !
Cela fait maintenant 8 heures que nous sommes en route alors vivement notre arrivée aux abords d'Abisko pour pouvoir nous dégourdir plus longuement les jambes.
Une fois sur place, nous ignorons le village pour nous diriger quelques kilomètres plus loin vers Abisko Tourist Station regroupant un hébergement, une gare, un centre pour visiteurs et un télésiège accédant aux sommets, le tout à l'entrée du parc national du même nom.
Pour le télésiège, nous arrivons trop juste. La dernière montée a lieu à 16 heures, mais plus de descente possible, hormis à pied ce que nous excluons, pas convaincus de son intérêt.
En lieu et place, nous improvisons une balade en boucle de la forme d'un huit, autour du canyon et du delta de la rivière Abiskojakka, un parcours inspiré du guide Rother mais librement adapté à notre forme après 10 heures de route.
Dans l'immédiat et sans quitter le parking, il suffit de tourner la tête vers le sud-ouest pour apercevoir la vue la plus photographiée de la région, la vallée de Lapporten ("porte de la Laponie") en forme de "u" évasé, à l'arrondi presque parfait. Une image qui laisse présager des beautés naturelles de toute cette région.
Parmi les incontournables, il y a bien sûr le canyon que nous abordons dans un premier temps vers l'amont tout en longeant la rive ouest du cours d'eau.
Le parcours, en partie sur des planches, nous réserve de belles vues sur les eaux tourbillonnantes du torrent mugissant.
A la première intersection, nous amorçons déjà la direction du retour, quittant le bord de l'eau par un chemin de traverse pour revenir au point de départ par un "nature path".
Du plus éloigné au plus proche, notre regard retient… … cette belle chaîne montagneuse que la neige recouvre encore d'un blanc manteau , … ce dôme au galbe et à la texture parfaitement parfaits, … ainsi qu'un tapis de myosotis couvrant les pieds de ces bouleaux tordus.
La première boucle de notre huit se termine sous le porche d'entrée de la Kungsleden, ce sentier de grande randonnée dont on avait déjà croisé le tracé la veille à Kvikkjokk. Nous aurions donc pu venir à pied jusqu'ici depuis notre destination précédente ;-)
Passons à présent à notre deuxième boucle qui suit la rive Est du cours d'eau, côté aval, nous livrant un nouvel aperçu du canyon sous un angle un peu différent.
Puis, quand le torrent se jette dans le lac Torneträsk aux allures de fjord, notre balade s'achève en surplomb du delta, avant un passage par la station touristique.
Retour au point de départ après 7,2 kilomètres en 2 heures et demie avec un dénivelé insignifiant (ou presque) de 80 mètres. Bref, une balade pépère de fin d'après-midi pour ménager nos vieux os !
A propos de fin de journée, c'est le moment de nous préoccuper de notre lieu de bivouac. Les parkings du télésiège, du centre des visiteurs et de la gare sont interdits au stationnement durant la nuit. En touristes disciplinés, nous respectons scrupuleusement la mesure contrairement à plusieurs autres camping-caristes, locaux de surcroît, dont les installations trahissent leur intention manifeste d'y passer la nuit.
Néanmoins, en vue d'autres activités prévues demain à Abisko, nous n'aimerions pas trop nous éloigner. Quelques kilomètres à l'est de la station touristique, sur l'aire de repos de Tornehamn, nous trouvons notre bonheur. Le stationnement est toléré pour 24 heures, c'est plus qu'il n'en faut !
La chaleur reste d'actualité, nous permettant de rester en short même en soirée. La région a la réputation d'être la plus sèche de Suède. Pourvu que ça le reste !
Distance parcourue dans la journée : 394 kilomètres.
Canyon d'Abisko
Abisko : télésiège vers Nuolja et randonnée au lac Trollsjön
J19 : Lundi 27 juin 2016
Cette journée d'aujourd'hui n'était pas véritablement programmée mais gardée en réserve au cas où nous aurions de l'avance. Or nous avons toujours 24 heures d'avance sur notre planning, c'est le moment d'en profiter tant que la météo reste clémente et avant une possible dégradation en soirée. Zut !
Pour le moment, n'y pensons pas et profitons-en à fond ! Déjà 16 degrés (22 plus tard dans la journée) malgré un ciel très légèrement voilé en ce début de matinée.
Nous sommes les premiers devant le télésiège d'Abisko mais pendant que nous attendons son ouverture dans notre véhicule, nous nous faisons griller la politesse par deux fillettes et leur maman qui seront les premières à filer vers le sommet.
Le télésiège nous fait alors passer en une vingtaine de minutes de 385 mètres à 850 mètres.
A partir de là, il faut continuer à pied si l'on veut atteindre le mont Nuolja à 1169 mètres, en comptant environ trois quarts d'heure pour la montée.
Pendant que nous nous attardons un peu autour de la station d'arrivée, les filles et leur maman nous distancent encore un peu plus. Mais quand les petites finissent par traîner les pieds, réclamant une pause et un goûter, nous les dépassons allègrement, ravis de partager la primeur du sommet avec ce seul cairn à la forme humaine appelé inukshuk dans d'autres contrées.
Magnifique vue sur le lac Torneträsk, celui dans lequel se jette la rivière Abisko.
A l'issue de cette randonnée de 4 kilomètres avec un dénivelé de 350 mètres, le télésiège nous ramène à Abisko sur les coups de midi.
Un timing parfait qui nous permet, après le déjeuner, d'envisager une deuxième randonnée dans l'après-midi Elle me tient tout particulièrement à cœur. Sur le papier, cette traversée de vallée à destination du lac Trollsjön paraissait magnifique. Voyons ce qu'elle vaut sur le terrain !
Son point de départ se trouve sur la route E10, à 25 kilomètres à l'est d'Abisko. Il faut se garer sur le bord de la route. Dans notre sens de circulation, toutes les places sont déjà occupées. Il faut donc faire un demi-tour en plein milieu de l'E10 pour aller nous garer de l'autre côté de la route.
Pour trouver l'entrée de la vallée, il faut d'abord traverser un petit bois de bouleaux où sont planqués quelques moustiques avides (mais ça c'est habituel). Plus inhabituel, il faut dans le cas présent traverser la voie ferrée de la ligne Kiruna – Narvik en faisant attention aux trains, nombreux, mais heureusement sonores.
Une fois ces deux obstacles franchis, la vallée est à nous !
Comme la montée est progressive et régulière avec un gain d'altitude bien réparti, nous avançons d'un pas vif sur un sentier engazonné déroulant son tapis de verdure au pied d'une table rocheuse face à des dômes marbrés de neige.
En revanche, nous sommes étonnés de ne pas trouver grand monde sur le chemin. On aurait pourtant pu croire le contraire au regard du nombre de voitures garées sur la route, mais leurs occupants ont sans doute préféré une vallée voisine propice au trekking. Nous voilà bien tranquilles de notre côté. Nous finissons par rattraper un groupe de quatre personnes, des Suédois, un homme et trois femmes, plus lents que nous, l'une des femmes avançant comme une tortue, encore plus démoralisée quand nous lui annonçons qu'elle n'est qu'à moitié route. Nous avons bien cru qu'elle allait abandonner, ce qui aurait été dommage car juste après, nous atteignons la partie la plus spectaculaire du parcours.
Au fond de la vallée apparaît une gigantesque moraine latérale déroulant son rouleau compresseur à perte de vue et charriant des blocs rocheux dans un chaos indescriptible.
l'arrière-plan, les massifs montagneux lacérés de neige nous font penser aux montagnes du Landmannalaugar en Islande
Sur cet univers fantasmagorique de blocs renversés, de dalles dressés, de rocs brisés, de roches tourmentées veille le maître des lieux, un monstre de pierre hybride, tête au profil humain sur corps de dragon.
Il annonce ce pour quoi nous sommes venus jusqu'ici : le lac Trollsjön, caché dans le creux de ce cirque montagneux.
Sur ses eaux couleur soufre, qu'on dit être les plus claires de Suède, flottent quelques icebergs qui font de la résistance en ce début d'été.
Nous aurions aimé nous attarder dans cette vallée perdue mais le ciel finit par se couvrir, nous faisant redouter un orage.
Après une dernière incursion au cœur de la moraine, nous saluons les derniers trolls de pierre, implorant leur dieu de bien vouloir nous épargner d'un retour sous la pluie.
Manifestement, nous avons été entendus ! Non seulement il n'a pas plu mais nous avons même été crédités d'un peu de ciel bleu, nous permettant d'apprécier au passage ce névé aux allures de meringue saupoudrée de cacao.
Après avoir retraversé la voie ferrée, le Vany nous voit de retour vers 17 h 30 au bout de 11,6 kilomètres soit 3 heures et demie pour un dénivelé de 470 mètres.
Nous avons adoré cette vallée enchantée peuplée de trolls et ce lac d'un bleu intense, une de nos plus belles randonnées en Suède et peut-être même du voyage.
Cette balade est aussi la dernière en Suède On peut d'ores et déjà affirmer que ce séjour a été une totale réussite aussi bien dans le choix des destinations que des activités. La météo parfaite a participé de ce succès.
Nous ne sommes plus maintenant qu'à une dizaine de kilomètres de la frontière. Notre journée s'achève côté norvégien, après avoir posé le camping-car sur une aire très champêtre bordée de marais couverts de linaigrettes au pied de petites collines rocheuses.
L'orage redouté finit par éclater dans la soirée. Bien à l'abri dans le camping-car, nous ne craignons plus rien mais ce n'est pas de bon augure, la veille de notre étape vers les îles Lofoten. ;-)
Distance parcourue dans la journée : 52 kilomètres.
Lac Trollsjön
La suite se trouve dans... le message 2 (juste au-dessous)
Le récit de ce voyage hivernal est à découvrir ici :
https://sites.google.com/site/fabuleuxvoyagestromsoe/
Le récit du voyage estival de 2014 est à découvrir là :
https://sites.google.com/site/fabuleuxvoyagesnorvege/
Et celui de 2016 est ici :
sites.google.com/...xvoyagesscandinavie/ Bonne découverte !

============================================================================= Fjords et glaciers, colonies d'oiseaux, rennes en troupeaux, trolls de pierre, lacs et rivières, monts et tunturis, voici pêle-mêle quelques souvenirs d'un séjour en Scandinavie qui a mieux commencé qu'il n'a fini 😉. Voyage d'un mois en camping-car entre Norvège, Finlande et Suède.
Présentation
En 2014, la Norvège avec ses fjords profonds, ses glaciers étincelants, ses innombrables lacs et ses chapelets d'îles nous avait conquis. Sans parler de la lumière arctique absolument magique !
Nous avions par conséquent hâte d'y retourner cet été (2016) afin de compléter notre connaissance du pays et de profiter à nouveau de l'ambiance très particulière du soleil de minuit.
Parmi tous nos coups de cœur la fois précédente, les îles Lofoten figuraient en première position et bien qu'y ayant passé sept jours, nous étions persuadés de ne pas avoir exploré toutes leurs ressources. C'est donc très naturellement que nous remettons cette destination en tête de liste pour ce deuxième voyage.
A partir de ce premier élément, l'orientation du voyage se met en place. En complément des îles Lofoten, nos choix se portent vers d'autres contrées du nord, voire de l'extrême nord de la Norvège et des régions limitrophes.
Nous imaginons une boucle au départ de Tromsø passant par les péninsules du cap Nord, de Nordkinn et de Varanger. Une fois arrivés aux confins nord-est du pays, nous comptons traverser la frontière pour passer quelques jours en Finlande puis en Suède avant de retrouver la Norvège à hauteur de Narvik. Pour finir, la dernière partie du circuit sera consacrée aux îles Lofoten, Vesteralen, Senja et Kvaløya avant de refermer la boucle à Tromsø.
Restait à déterminer le mode de déplacement. En 2014, nous avions adoré la liberté que nous avait procurée le camping-car et souhaitions renouveler l'expérience. Mais allions-nous à nouveau louer le véhicule en Allemagne et faire par la route le long trajet jusque dans le grand Nord ? Après réflexion, nous décidons de rejoindre Tromsø en avion et de louer un camping-car localement. Nous faisons affaire avec le loueur norvégien Compassbobiler.
Tout est alors calé. Départ le 9 juin 2016, retour le 11 juillet. Distance totale estimée à 5 000 kilomètres maximum, soit moitié moins que lors notre voyage précédent. Nous aurons donc largement le temps de randonner et de pêcher, bref de profiter !
Nous resterons en permanence au nord du cercle polaire, ce qui signifie… soleil de minuit assuré ! Quant à la météo, nous espérons qu'elle sera aussi belle qu'il y a deux ans.
En attendant, nous prenons plaisir à observer le cap Nord sans quitter notre fauteuil grâce aux images de la webcam ;-)
Notre parcours

Arrivée à Tromsø, première étape vers les Alpes de Lyngen
J1 : Jeudi 9 juin 2016
En avion, Oslo n'est qu'à deux heures quinze de Paris et Tromsø à moins de deux heures d'Oslo. Mais en choisissant des vols au meilleur prix, nous nous infligeons une très longue journée de voyage avec une escale de 5 heures et demie à Oslo.
Une durée qui va encore s'allonger d'une heure en raison d'un retard de l'avion pour Tromsø.
Bref, au lieu de 23 h 45, il sera presque une heure du matin à notre arrivée dans le grand Nord. Mais heureusement sous ces latitudes à cette époque de l'année il fait jour toute la nuit. C'est donc les yeux rivés sur les sommets enneigés brillant au soleil que nous rejoignons le centre-ville de Tromsø en taxi pour une courte nuit bien méritée au Scandic Ishavhotel.
J2 : Vendredi 10 juin 2016
A dix heures nous avons rendez-vous avec Olav qui doit nous livrer notre camping-car. C'est alors seulement que débutera véritablement notre aventure dans le grand Nord.
Cela nous laisse le temps de prendre un petit déjeuner gargantuesque puis de faire un petit tour sur les quais, histoire de découvrir notre hôtel dans son environnement immédiat.
Mais il vaut mieux être bien couvert, dehors le temps est plutôt frisquet. Dix degrés seulement et un ciel couvert pour l'instant. Mais patience, ça devrait s'améliorer.
Reconnaissable à sa haute flèche semblable à un mât de bateau, l'hôtel Scandic se dresse fièrement en bordure de fjord.
Tout le long du quai sont alignées des maisons en bois aux façades colorées qui nous rappellent un peu celles de Bergen ou de Trondheim.
Sur la rive opposée, on aperçoit la silhouette moderne de la cathédrale.
Devant le musée polaire, des "outils" nous laissent perplexes. Ces harpons explosifs ne laissaient aucune chance aux baleines :-(
Il est l'heure d'interrompre notre balade afin de revenir à l'hôtel, le loueur ne va pas tarder.
Un peu après 10 heures, il nous amène le camping-car que nous avons réservé.
Il s'agit d'un fourgon aménagé Challenger Vany 03, monté sur un châssis Fiat Ducato, de moins de 6 mètres, tout neuf, 3 500 km au compteur. Nous en serons les premiers utilisateurs. Il ressemble beaucoup au Pössl que nous avions loué en Allemagne en 2014. Néanmoins, dès le premier coup d'œil à l'intérieur, nous réalisons qu'il est beaucoup moins fonctionnel côté rangement. Pour l'instant, nous mettons nos sacs en vrac à l'arrière en nous demandant comment faire tenir toutes nos affaires dans un aussi petit espace.
Après avoir passé en revue le fonctionnement du camion et rempli tous les documents, nous sommes prêts à quitter Tromsø en fin de matinée, enfin pas tout à fait encore, car il reste à faire les courses. Un supermarché Coop à la sortie de la ville fait notre affaire. Après avoir erré d'un rayon à l'autre et failli prendre du pâté de foie de morue à la place du thon en boîte, nous finissons par trouver de quoi remplir frigo et placards.
Il est maintenant un peu plus de 12 h 30, nous voilà partis pour de bon.
Entre-temps, le ciel s'est dégagé, laissant place à un beau soleil qui fait grimper le thermomètre jusqu'à 14 degrés.
Direction, la péninsule de Lyngen à l'est de Tromso et plus particulièrement son extrémité nord-ouest, où nous avons prévu la première randonnée du séjour, vers le phare de Lyngstuva.
La destination est à 100 kilomètres mais à mi-route, nous devons prendre un ferry pour traverser l'Ullsfjord entre Brevikeidet et Svensby. Le prochain départ est à 13 h 15, mais à force de nous arrêter à tout bout de champ, nous finissons par le louper.
C'est la faute aux paysages (ces forêts de bouleaux d'où dépassent des sommets saupoudrés de neige) pour lesquels nous multiplions les arrêts.
Nous sommes quittes pour attendre le suivant à 14 h 15, une courte attente mise à profit pour commencer le rangement.
Pendant la traversée de 20 minutes, nous avons tout loisir de contempler tranquillement l'enfilade de sommets laissés derrière nous. La neige est encore bien présente.
En débarquant à Svensby, nous partons vers le nord. Vers 16 heures, nous atteignons enfin Russelv. Quand la route se termine en cul-de-sac, nous continuons à pied sur un large chemin en bord de mer puis sur une petite sente qui nous fait prendre un peu hauteur.
Une table bien placée nous invite déjà à une pause en terrasse avec une magnifique vue sur l'océan et les îles.
Au passage, je signe le livre d'or contenu dans cette jolie boîte aux lettres placée devant une maison en ruines mais surtout devant un panorama d'exception.
Sommes-nous arrivés ? Non pas encore ! D'ailleurs avant de découvrir le phare, notre regard tombe sur ces carcasses de bateaux au pied de la falaise, signes qu'ici les tempêtes sont terribles.
Allez, encore un dernier effort, le phare est maintenant à nos pieds et juste à côté, une petite cabane dans laquelle on peut passer la nuit.
Sur le trajet du retour, nous nous offrons un petit détour vers un point de vue dominant le phare, un beau belvédère qui permet de prendre toute la mesure de ce merveilleux bout du monde.
Il n'y a plus qu'à descendre de la colline et à retrouver notre Vany, stationné dans la baie de Russelv.
Une très belle randonnée : 7 kilomètres en 3 heures avec les pauses et les différents détours (sinon 2 heures en aller retour), facile pour une première journée. Une excellente mise en jambe avant un itinéraire un peu plus consistant demain.
En attendant il ne reste plus qu'à trouver un lieu de bivouac pour ce soir. J'avais repéré un petit coin en retrait de la route, au sud de Sør -Lenangen. Il faut donc revenir de 25 kilomètres sur nos pas. L'endroit nous convient, c'est parfait.
Entre la préparation du dîner et le rangement des affaires, la soirée passe à toute vitesse. Nous installons les caches à ventouses sur le pare-brise (beaucoup moins performants que les volets en accordéon qu'il suffisait de déployer sur le Pössl) et tirons les rideaux pour une première nuit à bord.
Distance parcourue dans la journée : 125 kilomètres.
Phare de Lyngstuva

Du glacier de Steindalen (Lyngen) au sommet de Vardhaugen (Kågen)
J3 : Samedi 11 juin 2016
Ce matin, le ciel est partagé entre nuages et éclaircies et le thermomètre affiche 11 degrés, un peu comme hier, quoi !
Nous comptons poursuivre aujourd'hui la découverte de la péninsule de Lyngen, plus particulièrement la vallée de Steindalen au fond de laquelle se trouve le glacier Steindalsbreen. Situé à 460 mètres d'altitude, on peut l'atteindre à l'issue d'une randonnée de 5 à 6 heures.
Nous avons par conséquent un peu de route à faire ce matin pour rejoindre Steindalen, dans la partie sud-est de la péninsule, après le hameau de Furuflaten.
Peu de circulation en ce samedi matin. Pourtant en arrivant il y déjà plusieurs voitures sur le parking, notamment un minibus immatriculé dans la région lyonnaise dont viennent de descendre une dizaine de randonneurs déjà sur le départ à l'instant où nous nous garons.
Le temps de tout préparer, il est 10 h 30 quand nous nous élançons sous un soleil de plus en plus généreux. Chic !
Nous suivons tout d'abord un large chemin qui va finir par se rétrécir pour grimper raide dans la forêt.
Il nous faut plus d'une heure pour arriver à Steindalshytta, perchée à 260 mètres d'altitude, un endroit parfait pour reprendre des forces.
Devant la cabine (qu'on peut d'ailleurs louer) nous retrouvons notre groupe de Français en train de pique-niquer. Ils participent à un voyage organisé par l'agence 66° Nord. Nous profitons de leur présence pour nous faire tirer le portrait.
Il est midi. Après nous être sustentés, nous sommes déjà prêts à poursuivre, alors que le groupe est toujours attablé.
Après avoir traversé un petit pont de bois, nous longeons le torrent et accélérons le pas sur un terrain maintenant beaucoup plus plat et sans difficulté.
Dix minutes plus tard, nous atteignons le point de vue sur cette belle vallée en V. On commence à apercevoir le glacier au fond.
Mais pour y arriver, il faut encore gravir une crête et passer toute une zone de moraine caillouteuse sur laquelle on a l'impression de ne pas avancer.
Heureusement la vue est à la hauteur de nos efforts. En nous retournant, quel panorama !
A intervalle régulier, des pancartes nous indiquent que le glacier était beaucoup plus étendu il y a encore quelques années.
Cinq minutes plus tard (13 h 15) nous atteignons enfin le bord du lac glaciaire dans lequel dégringole le glacier actuel. Tout simplement grandiose !
Nous profitons de ces quelques instants en solitaire avant de voir arriver nos premiers poursuivants que nous mettons à contribution une nouvelle fois pour nous prendre en photo.
A 15 heures nous sommes de retour à la cabine de Steindalshytta et 50 minutes plus tard, au parking.
Bilan : une magnifique randonnée (9,2 kilomètres en 5 heures et demie avec 460 mètres de dénivelé). Très beau temps, certes pas très chaud (entre 10 et 14 degrés) mais quand on marche, c'est idéal. Du vent à proximité du glacier.
Ce beau temps va nous accompagner tout au long de la soirée.
Après la randonnée, nous poursuivons notre route jusqu'à Skibotn sur la rive opposée du Storfjord, presqu'en face de Steindalen.
Nous posons le Vany en bordure d'une réserve naturelle, près de l'embouchure de la rivière Skibotnelva, face aux montagnes.
Il fait si beau que nous déployons nos chaises pliantes et assistons, attendris, au manège des huitriers-pies qui s'affolent pour leurs poussins à chaque passage de promeneurs.
Soirée paisible. Le soleil a sûrement brillé une partie de la nuit mais, avec presque 10 kilomètres dans les jambes, nous n'avons pas la force de veiller si tard. Dodo de bonne heure.
Distance parcourue dans la journée : 116 kilomètres.
Vallée de Steindalen
J4 : Dimanche 12 juin 2016Qui dit dodo de bonne heure dit réveil de bonne heure. A 3 heures du matin, plus moyen de fermer l'œil. Une heure plus tard, nous levons le camp.
Dehors il fait 6 degrés (brr!) et comme les jours précédents nuages et éclaircies cohabitent. Quel est le programme aujourd'hui ? Ce qui est sûr, c'est que nous souhaitons rallier l'île de Kågen où nous avons sélectionné deux randonnées.
Pour l'une, il faut compter 7 heures de marche pour un dénivelé de 800 mètres, ouille. Il faut surtout être assurés d'avoir du très beau temps, ce qui aujourd'hui n'est pas garanti. L'autre est plus courte (3 heures) donc plus accessible.
Commençons par faire le trajet jusqu'à destination, ensuite nous ferons un point météo le moment venu.
Comme la E 6 fait tout le tour du Kafjord, nous en avons pour près de 120 kilomètres, alors que si on pouvait éviter ce long fjord, on gagnerait un tiers sur le parcours.
Heureusement les paysages sont de toute beauté tout au long du trajet. Vue sur les Alpes de Lyngen qui, tels des pains de sucre, émergent du fjord.
L'île de Kågen est reliée au continent par un tunnel. A sa sortie, il faut prendre une décision afin de nous diriger en conséquence vers le point de départ de la randonnée retenue.
Nous préférons jouer la prudence (le temps n'est pas au beau fixe) et optons pour la plus courte. Elle part du petit village de Maursund où nous arrivons à 6 h 30 avec une envie irrépressible de dormir.
Aussitôt dit, aussitôt fait, le camping-car est très pratique pour ça.
9 h 30, il est temps de mettre un terme à notre petit somme.
Le ciel est voilé mais nous devrions disposer d'une fenêtre météo suffisante pour mener à bien notre randonnée.
A 10 heures, nous attaquons la montée le long d'un torrent dans une forêt de bouleaux nains. Nous suivons une trace GPS issue du site Internet ut.no. Heureusement, parce que la sente est à peine visible dans l'herbe haute.
Elle disparaît d'ailleurs complètement en débouchant sur un plateau où nous nous déplaçons à vue dans une toundra roussie gorgée d'eau et parcourue de petits ruisseaux qu'il faut enjamber à de nombreuses reprises. Vous remarquerez qu'il n'y a plus d'arbres à cette altitude.
La trace GPS conduit en principe au pied du cirque glaciaire qu'on aperçoit au fond de la vallée. Comme il n'a pas l'air de présenter un intérêt majeur, nous décidons de le zapper et de rejoindre directement le sommet de Vardhaugen.
Bonne intuition, car à près de 300 mètres d'altitude, la vue sur le détroit est incomparable. Ma mine réjouie le confirme !
La descente (et la montée si on monte par là) a le mérite d'être balisée, il suffit donc de suivre les marques jaunes pour retourner au bord du fjord.
Fin de la randonnée vers 12 h 30.
Après le déjeuner pris dans le camping-car, Hervé propose de nous rapprocher du point de départ de l'autre randonnée (celle qu'on avait écartée) pour éventuellement en parcourir le début si le temps se maintient.
Mais le ciel s'assombrit de plus en plus de sorte qu'en arrivant sur place il est exclus de randonner.
En revanche, dans les alentours, le pont de Skervøy a l'air d'être un lieu idéal pour la pêche. C'est l'occasion pour Hervé d'inaugurer sa canne à pêche pliante, achetée exprès pour ce voyage.
A peine la ligne jetée, déjà une prise. Deuxième essai… encore une ! La suivante… une de plus ! Et ainsi de suite. Bref, en cinq minutes, Hervé réalise une pêche miraculeuse qu'il finit par interrompre de peur de vider l'océan ;-)
Six beaux cabillauds ont mordu à l'hameçon ainsi que plusieurs poissons plus petits qui feront la joie des oiseaux. Le menu du dîner est tout trouvé.
Mais avant de consommer ces prises, il va falloir les vider et les découper. Sur l'aire de repos sous le pont, quelques pêcheurs également camping-caristes sont déjà à l'ouvrage. Des planches en bois sont d'ailleurs à la disposition du public à cet effet.
Sur les conseils d'une Alsacienne très douée, notre pêcheur s'essaie à la découpe en filets. Certes il n'a pas la dextérité (ni les outils adéquats) de l'Alsacienne, mais il ne se débrouille pas trop mal. Il aura d'ailleurs l'occasion de parfaire sa technique au cours du voyage.
Nous aurions pu rester garés sous ce pont pour la nuit mais comme il se met à pleuvoir, nous décidons de rouler encore un peu pour nous rapprocher d'Alta et gagner du temps pour demain.
Nous revenons alors sur la route E6 et la suivons en direction de l'ouest. La E6 est un axe majeur en Norvège, elle relie le sud au nord. Nous avons eu l'occasion de l'emprunter dans le sud et le centre du pays en 2014. Ce n'est pas pour autant une autoroute même si des travaux sont en cours pour l'élargir. Elle est même carrément étroite par endroits.
C'est le cas sur ce pont sur lequel je m'engage en même temps qu'un car de tourisme qui arrive en sens inverse. Au milieu du pont, j'ai peur qu'on ne puisse pas se croiser, je donne un coup de frein et un coup de volant à droite, trop à droite. Bang, je touche le parapet. Bilan : une petite éraflure sur le pare-choc avant droit et un enjoliveur en moins. Espérons que le loueur ne sera pas trop regardant !
Bon, assez pour aujourd'hui, vivement qu'on se pose. J'avais repéré une petite église en bord de fjord, à l'écart de l'E6, sur la Rv882, à Langsfjordbotn. L'endroit est sympa, on ne bouge plus !
Distance parcourue dans la journée : 283 kilomètres.
Vue du sommet de Vardhaugen

Du canyon d'Alta au cap Nord (ou presque !)
J5 : Lundi 13 juin 2016
A 4 h 30, Hervé se lève, prend son petit déjeuner, sort faire un tour mais à son retour, je l'oblige à se recoucher. Il n'est pas question de partir comme hier aux aurores.
Vers 8 heures, je donne le feu vert pour nous lever et une demi-heure plus tard pour nous mettre en route.
Côté météo, nous sommes abonnés aux 11 degrés. Côté ciel, de petites averses et de belles éclaircies alternent tout au long du trajet jusqu'à Alta à 80 kilomètres.
Qu'y a-t-il de particulier à voir à Alta ? La ville est surtout réputée pour son site de peintures rupestres, classé au Patrimoine mondial. Elle est aussi connue pour son canyon, mais celui-ci demande un peu plus d'efforts pour l'atteindre : 5 à 6 heures de marche sont nécessaires pour s'en approcher. Bah, ça ne nous fait pas peur. Après en avoir vu des images dans le film "Le secret du Ragnarok", nous avons hâte de le voir en vrai.
Pour ce faire, à l'entrée d'Alta, nous prenons la direction de Kautokeino (Rv93) et 8 kilomètres plus au sud, tournons à gauche sur une petite route secondaire, asphaltée jusqu'à Gargia Fjellstue (auberge avec différents hébergements). On peut se garer à cet endroit, dans ce cas le canyon est distant de 22 km AR. Mais en poursuivant sur une piste gravillonnée jusqu'à un deuxième parking, on gagne 9 kilomètres AR. C'est bon à prendre et la piste ne pose pas de problème, pas même pour un camping-car.
A 10 h 30, hop, derniers préparatifs avant de verrouiller le fourgon.
Vue à 360 degrés sur les dômes rocheux environnants et sur les massifs plus lointains encore tout zébrés de neige.
Le parking est ici à 400 mètres d'altitude, le point culminant du parcours à 476 mètres et le point de vue sur le canyon à 430 mètres. Le dénivelé est par conséquent minime. Les seules difficultés du parcours sont liées à la distance (14 km) mais surtout à la qualité du terrain : plusieurs passages en milieu humide et trois traversées de rivière sont prévus. Hum, nous sommes curieux de voir comment cela va se passer. Le chemin est balisé par des marques rouges.
Les premiers passages sur sol spongieux se font sur des caillebotis, trop facile ! Si c'est le cas jusqu'au bout, il n'y a pas à s'en faire.
Mais c'est trop beau pour durer. En effet, nos chaussures ne restent pas sèches bien longtemps. Pour progresser, il faut régulièrement patauger dans des zones inondées et/ou faire des détours pour les contourner autant que possible.
Quant aux rivières, quelques pierres bien placées permettent de passer la première sans trop de difficulté. La troisième et dernière est la moins large et la moins profonde, donc la plus facile à traverser.
C'est la deuxième rivière qui va nous donner le plus de mal et pas seulement à nous. Entre-temps, on s'est fait rattraper par deux autres couples, l'un suisse, l'autre allemand. Chacun essaie de trouver sa solution, en amont, en aval, mais en vain. La Cahppesjohka est trop profonde et trop large pour espérer la franchir en quelques enjambées. Allons-nous devoir faire demi-tour ?
C'est finalement Hervé qui trouve la solution. A cette période de l'année, de grosses accumulations de neige bouchent encore le cours d'eau par endroits. C'est donc sur l'un de ces gros névés, de près de trois mètres d'épaisseur, que toute la troupe peut finalement passer.
C'est encore Hervé qui ramène tout le monde sur le droit chemin à la fin, les Suisses étant partis beaucoup trop loin.
C'est au niveau d'une table de pique-nique qu'un sentier très raide descend jusqu'au point de vue. Un peu avant 13 heures, nous surplombons le canyon.
Ce n'est pas le Grand Canyon américain mais la rivière Altaelva a creusé ici une gorge de 400 mètres de profondeur sur une distance de 15 kilomètres. A ce titre, c'est le canyon le plus long et le plus profond d'Europe du Nord.
Nous profitons de la table de pique-nique pour casser la croûte en compagnie du couple suisse. Ils sont pressés mais pas trop stressés, bien qu'ils doivent être à Tromso ce soir (à 400 km) pour prendre l'express côtier Hurtigruten. Ils ont le moral !
Quant à nous, c'est sans nous presser que nous rebroussons chemin, ravis de cette balade au but original qui change un peu des fjords et des glaciers. Retour au parking à 15 h 15 après avoir parcouru 14,3 km en 5 heures.
En soirée, nous rejoignons le centre-ville qui, en dehors de sa cathédrale très originale, ne présente pas un grand intérêt.
En revanche, l'avantage d'être en ville, c'est de pouvoir dîner au restaurant. Alors nous ne nous en privons pas. Au restaurant Hallde, nous choisissons le menu du Finnmark : pince de crabe royal, viande de renne et sorbets de fruits rouges, des spécialités typiques de la région pour une addition typiquement norvégienne, elle aussi ;-)
A la sortie du restaurant, dernière tâche : trouver un coin où passer la nuit. Nous souhaitons rester en ville afin de voir les fameuses peintures rupestres demain matin. Le musée tolère le stationnement sur son parking, mais il est en pente. Après avoir sillonné la ville de long en large à la recherche du lieu idéal, nous finissons sur le parking du supermarché REMA1000. Pas très bucolique comme lieu de bivouac, mais très calme.
Distance parcourue dans la journée : 150 kilomètres.
Canyon d'Alta

J6 : Mardi 14 juin 2016
Notre étape doit nous conduire aujourd'hui jusqu'au cap Nord. A l'extrémité de l'île de Magerøy reliée au continent par un tunnel, la commune de Nordkapp s'est déclarée point le plus septentrional d'Europe et donne accès via un péage (250 NOK par personne) à un bâtiment massif surmonté d'une balle de golf géante comprenant une salle d'exposition, un bar, une cafétéria, une boutique de souvenirs. Pour ce prix, les camping-cars ont le droit d'y passer une nuit.
Bref, ce lieu suscite beaucoup de polémiques. Pour les uns, c'est la destination mythique à ne surtout pas rater. Pour les autres, c'est le piège à touristes par excellence, le véritable point le plus septentrional du continent se trouvant trois kilomètres à vol d'oiseau plus au nord que Nordkapp et est uniquement accessible à pied au prix d'une marche de 9 kilomètres aller/retour.
Pour nous, le cap Nord n'est pas réellement un incontournable mais puisque notre itinéraire passe à proximité de la péninsule, autant nous forger notre propre opinion sur la destination. A suivre donc… car pour l'instant, si nous quittons le parking du supermarché sur lequel nous avons dormi, c'est pour prendre la direction de la lisière ouest de la ville où se trouvent le musée et les fameuses gravures rupestres.
Les falaises qui s'étendent derrière le musée jusqu'au bord de mer sont couvertes de quelques 6 000 gravures datant de la fin du néolithique, de 6 000 à 2 000 ans. 1559 Parmi les thèmes figurent des scènes de chasse, des symboles de fertilité, des ours, des élans, des rennes et des bateaux bondés. Pour les rendre plus visibles aux visiteurs, une partie des gravures a été revêtue d'ocre rouge, l'autre est dans son état originel.
Avant 8 heures, le circuit est déjà bouclé.
Nous quittons cette fois Alta pour de bon en direction des hautes terres rudes et sauvages. Cap au nord-est sous un ciel identique aux jours précédents et une température de 10 degrés comme d'habitude.
Nous laissons derrière nous les maisons colorées des fjords pour celles aux couleurs sombres des éleveurs de rennes.
La route E6 déroule son ruban de bitume à perte de vue, avec comme seuls repères, la ligne d'horizon et une rivière aux eaux tumultueuses dont elle suit les méandres jusqu'à Skaidi.
Quand la route se rapproche du cours d'eau, nous en profitons pour faire un arrêt, histoire de nous dégourdir les jambes en nous faufilant, à travers un petit bois de bouleaux tordus, jusque sur sa rive.
Après Olderfjord, la route E69 prend le relais vers le nord tout en longeant le magnifique Porsangerfjord. Notre Vany rejoint la file des camping-cars qui, les uns derrière les autres, convergent vers le point septentrional du continent. Français, Allemands, Belges, Suisses, Néerlandais, Scandinaves… à croire que tous les camping-caristes européens se sont donné rendez-vous là-haut. Entre ceux qui s'y rendent et ceux qui en reviennent, le flot est incessant.
La tradition veut qu'on se fasse un petit signe entre conducteurs de camping-cars. Comme ces véhicules sont quasiment les seuls sur le trajet, il y a du boulot ! J'essaie de m'y tenir moi aussi, du moins quand la largeur de la route ne nécessite pas toute mon attention et les deux mains sur le volant. En effet, l'étroitesse des voies par endroits et la taille de certains véhicules demandent une vigilance de tous les instants, d'autant qu'une petite bruine vient encore compliquer la conduite à l'approche du grand Nord.
En début d'après-midi, nous franchissons sans nous en rendre compte, ou presque, le tunnel qui relie le continent à l'île de Magerøy.
Sous un ciel de plus en plus menaçant, les paysages de toundra vallonnée, ponctuée de lacs sombres et de hardes de rennes, prennent une allure encore plus dramatique.
Vingt kilomètres au sud du cap, nous décidons de rejoindre Gjesvær dans un premier temps. La route, traversant un austère paysage rocheux, est de toute beauté.
Malheureusement, à notre arrivée, la météo se dégrade, impossible de randonner. A défaut, nous stationnons le camping-car dans le centre du village, en espérant pouvoir entreprendre une marche plus tard dans l'après-midi. En attendant des heures meilleures, nous débutons la première d'une longue série de parties de scrabble, une tasse de thé brûlant à la main et le chauffage du camping-car au maximum. La température extérieure ne dépasse pas 5 degrés.
Après toute une après-midi enfermés dans notre Vany, nous décidons de migrer vers Skårsvag, un village à l'est de la E69. S'il pouvait y faire meilleur ! Hélas c'est pire. L'ordinateur de bord indique maintenant 3 degrés et un risque de verglas. C'est l'hiver en plein mois de juin !
Nouvelle partie de scrabble à Skårsvag en regardant tomber la pluie et en suivant les allées et venues des deux autres couples de camping-caristes garés à nos côtés, les uns rémois, les autres lucernois. Nous finissons par enfiler imperméable et pantalon de pluie pour affronter le mauvais temps et les suivre à l'extrémité du village où nous les trouvons attablés au restaurant devant un plat de crabe royal.
En ce qui nous concerne, nous renonçons au crustacé géant (ce que nous regretterons amèrement par la suite) et commandons juste un verre de vin blanc en attendant notre dîner déjà prévu dans le camping-car.
Pour ce soir, vu la météo, nous renonçons à rejoindre Nordkapp. Payer le péage pour nous retrouver dans les nuages et sous la pluie, non merci ! On verra demain matin si le temps s'améliore. Nous restons donc garés dans le petit port de Skårsvag pour une nuit… dantesque !
Distance parcourue dans la journée : 286 kilomètres
Près du cap Nord

De Trollholmsund à Stabbursdalen, des rochers et une forêt remarquables
J7 : Mercredi 15 juin 2016
Toute la nuit, la pluie a martelé le toit du Vany. Un vent fou a secoué le camion dans tous les sens, a fait trembler les fenêtres et s'est engouffré dans tous les interstices (heureusement qu'on avait gardé nos chaussettes). Impossible dans ces conditions de trouver le sommeil. Terrifiée, je me suis redressée sur mon lit en pleine nuit en m'écriant : " je veux rentrer à la maison" !
Quand Eole a fini par s'essouffler et alors que je commençais à m'assoupir au petit matin, ce sont les oiseaux (corbeaux, mouettes, goélands) qui ont pris le relais, transformant le toit du fourgon en un terrain d'affrontement. Tout en se chamaillant, ils se sont coursés au-dessus de nos têtes en faisant un raffut d'enfer. Cette nuit restera dans les annales !
Ce matin, il fait 5 degrés et il pleut toujours à verse. Initialement, nous avions prévu de faire la randonnée de 9 km AR vers Knivskjelodden, le véritable cap Nord géographique, avant de rallier en soirée le cap Nord touristique pour y passer la nuit.
Mais dans ces conditions, on peut d'emblée faire une croix sur une quelconque randonnée. Même le petit aller/retour (2 km) vers l'arche de Kirkeporten n'est pas envisageable après tout ce qu'il a plu. Les sols sont détrempés.
Dans ce cas, cela vaut-il la peine de rester dans le coin ? Certes, la météo a prévu une amélioration dans l'après-midi, mais peut-on s'y fier ? Cela vaut-il le coup de payer 50 euros pour accéder au cap Nord et risquer d'y passer la journée à jouer au scrabble ?
Après mûre réflexion, nous décidons de laisser tomber le cap Nord et de reprendre la direction du sud avec l'espoir d'y trouver des cieux plus cléments. Skårsvag, situé à 7 kilomètres à vol d'oiseau au sud-est du cap Nord, sera par conséquent le point le plus septentrional de notre parcours.
Notre point de chute ce soir est prévu dans les alentours de Lakselv, soit près de 200 kilomètres plus au sud. Nous aurons du coup une journée d'avance sur notre planning.
Nous n'avons néanmoins pas l'intention de faire le trajet d'une traite mais espérons pouvoir nous offrir quelques à-côtés en cours de route, en fonction de l'évolution des conditions météo.
D'ailleurs, à peine sur la route E69 nous la quittons déjà pour un saut vers le village de Kamøyvær, vanté par notre guide.
Falaises, ciel et mer à l'unisson, noirs comme l'encre, donnent une bonne idée de la luminosité ambiante. On en aurait presque le cafard
Heureusement, à Kamøyvær, les couleurs pastel des maisons apportent une touche de gaieté à ce tableau obscur.
Quand la pluie se calme, nous sortons faire quelques pas dans le village où il y a l'air d'y avoir plus d'oiseaux que d'habitants.
L'usine de transformation de poisson n'y est sans doute pas pour rien.C'est la curée à l'arrivée de la matière première.
Côté ciel, une légère amélioration commence à se profiler au loin. Alors, allons-nous rester sur notre décision ? Il est encore temps de changer d'avis, nous ne sommes qu'à une trentaine de kilomètres de Nordkapp ! Hésitation, concertation avant de finalement maintenir notre choix. Tant pis pour le cap Nord et va pour le Sud !
Après une rapide incursion à Honningsvåg, nous prenons sans regret le tunnel qui nous ramène sur le continent, puis comme la veille la même route jusqu'à Olderfjord alors que se développent des éclaircies de plus en plus larges, donnant le sourire à tous les automobilistes, camping-caristes, motards et cyclistes, montant vers le nord.
Mais le soleil, nous y avons droit également. On a d'ailleurs l'impression qu'il n'a pas plu au sud d'Olderfjord.
En arrivant à 14 h 30 dans la presqu'île de Trollholmsund, la couleur de la mer et du sable nous ferait presque penser à une plage tropicale, si ce n'était la température qui reste typiquement norvégienne ;-)
Si nous sommes venus ici, c'est pour ces drôles de bonshommes de pierre dont on aperçoit déjà les silhouettes à la pointe de la presqu'île.
Selon une légende Sami, il s'agit d'un groupe de trolls qui erraient la nuit sur le plateau du Finnmark. Arrivés dans le Porsangerfjord, ils voulurent traverser le bras de mer mais pas avant d'avoir enterré le trésor qu'ils transportaient. Comme cette tâche prit beaucoup de temps, ils furent surpris par les premiers rayons du soleil levant qui les pétrifièrent.
Géologiquement, il s'agit de formations dolomitiques (calcaire), d'où leur aspect blanchâtre, seulement colonisés ça et là par des lichens orangés.
Ils ont plutôt une bonne bouille !
Après une petite heure sur les lieux, il est temps de poursuivre vers d'autres horizons, la journée n'est pas finie. Il fait tellement beau qu'il faut en profiter au maximum.
C'est pourquoi, 17 kilomètres plus au sud, nous tournons à droite sur une piste cahoteuse et poussiéreuse, pas même indiquée, sur laquelle nous avons la joie de croiser un groupe de rennes, de très près.
Cette piste nous conduit au cœur du parc national de Stabbursdalen.
Le guide Rother y indique une randonnée de 2 à 3 heures à travers la forêt jusqu'aux chutes de Stabbursfossen. Il est déjà plus de 17 heures au moment de se mettre en marche mais peu importe, personne ne nous attend et il fait jour toute la nuit.
Le parc national a été créé en 1970 puis étendu en 2002 pour protéger la forêt de pins la plus septentrionale du monde. Certains arbres ont ici plus de 500 ans.
Plus loin, des bouleaux se joignent aux pins pour étoffer la forêt.
Au bout d'un peu plus d'une heure, le grondement des chutes annonce que l'arrivée est proche. Bientôt nous dominons la cascade. Joli débit !
Dernier coup d'œil sur la rivière Stabburselva avant de refaire le parcours en sens inverse sous une lumière dorée.
Nous finissons notre randonnée à 20 heures (soit 3 heures pour 10 km), ravis de notre journée et persuadés que ce beau temps va durer. Mais c'est oublier à quel point la météo peut vite changer sous ces latitudes.
En effet, en arrivant au camping du Stabbursnes Feriesenter tout proche, nous essuyons quelques gouttes alors que le gérant ne nous annonce rien de bon pour les prochains jours. Bouh !
En attendant, après plusieurs jours de bivouac, nous profitons des services du camping pour faire notre lessive et surtout prendre nos aises dans la douche.
Distance parcourue dans la journée : 206 kilomètres
Trollholmsund

D'un cap à l'autre : de Nordkinn à Varanger
J8 : Jeudi 16 juin 2016
Les prévisions du patron du camping nous ont fait craindre le pire pour ce matin. Alors nous sommes tout étonnés de trouver un ciel certes couvert mais pas plombé. La température matinale est conforme aux moyennes : 11 degrés. Pour l'instant, rien d'alarmant !
Nous avons une nouvelle péninsule en ligne de mire, le cap Nordkinn, située à peu de chose près à la même latitude que le cap Nord. Tout comme ce dernier, il s'agit d'une destination en cul-de-sac au bout de nulle part mais a contrario du précédent celui-ci est à l'écart des grands axes touristiques.
Nous comptons y passer deux nuits dont la première à Kjøllefjord, dans le nord-ouest de la péninsule, où une falaise en forme de cathédrale a retenu notre attention.
Mais avons-nous intérêt à nous y rendre directement (250 kilomètres) au risque de trouver du mauvais temps sur place et n'avoir que le scrabble comme activité ? Ou au contraire vaut-il mieux profiter de quelques points d'intérêt en cours de route tant que le ciel se montre clément ?
Considérant que tout ce qui est pris n'est plus à prendre, nous choisissons la deuxième solution. Après avoir traversé la petite ville de Lakselv où nous abandonnons provisoirement la E6, nous longeons la rive Est du Porsangerfjord. A 4 kilomètres à l'ouest de Borselv, nous nous arrêtons pour une première randonnée (3 kilomètres, 1 heure et demie).
Objectif, le sommet du Hestnesfjellet, à près de 200 mètres d'altitude.
Plus nous prenons de la hauteur, plus les maisons en contrebas nous paraissent minuscules.
Qu'on ne s'y trompe pas, nous sommes bien au bord de l'océan même si l'étendue lisse et immobile devant nous pourrait nous faire croire le contraire.
Pas un souffle de vent, pas un bruit, hormis le caquètement de quelques canards, pourtant C'est dans ce silence religieux que nous poursuivons notre grimpette.
En moins d'une heure, le cairn sommital est atteint. Vous remarquerez que tout comme à Trollholmsund les dalles rocheuses sont ici aussi d'origine dolomitique. D'ailleurs, la presqu'île des trolls ne se trouve qu'à quelques encablures à vol d'oiseau, de l'autre côté du fjord.
Fin de la balade autour de midi, pile pour l'heure du déjeuner que nous prenons à bord du Vany, la porte entrouverte, car il fait étonnamment doux.
Une heure plus tard, nous nous apprêtons à entamer une après-midi derrière le volant. Il reste encore 180 kilomètres à parcourir sur les 250 prévus, outch ! Mais c'est sans compter sur un autre site d'intérêt, prétexte à une nouvelle halte. En effet, immédiatement après Borselv, la route E6 passe dans le Silfar Canyon.
Cette fois, finies les petites escapades à droite à gauche, il faut vraiment se diriger sans délai vers le cap Nordkinn.
A Ifjord, en nous engageant sur une route à trois chiffres, a fortiori marquée en jaune sur notre carte, nous craignions de trouver un axe secondaire étroit et peu roulant. A notre grande surprise, à distance du fjord, la route prend des allures de nationale avec une vitesse autorisée jusqu'à 120 kilomètres/heure par endroits, ce que nous pensions uniquement réservé à des portions de routes E. A ce rythme, elle grimpe allègrement sur un plateau désertique couvert de lacs et de toundra spongieuse qui n'est pas sans nous rappeler l'altiplano andin et ses paysages de bodefales, à la seule différence que les rennes remplacent ici les vigognes andines.
Bref, la distance jusqu'à Kjøllefjord est avalée plus vite qu'attendu. A 16 heures, nous sommes prêts à aller découvrir à pied la falaise en forme d'église de Finnkirka, sans nous inquiéter outre mesure de la couleur du ciel pas plus couvert que durant le reste de la journée.
Peu après notre départ, nous assistons à l'arrivée de l'express côtier Hurtigruten qui fait une courte escale dans ce petit port. Un rayon de soleil daigne même accompagner son entrée dans la baie.
Encouragés par cette brève apparition du soleil, nous enchaînons des montées et des descentes impitoyables, ponctuées de passages boueux et de zones inondées, en espérant que la falaise-église en vaille la peine.
Au bout d'une heure, ces étonnantes plaques rocheuses, plantées dans le sol telles des pierres tombales, nous offrent un peu de distraction sur un chemin semé d'embûches. La falaise de Finnkirka étant un ancien site sacrificiel Sami, il n'est pas impossible qu'il y ait un lien entre ces pierres dressées et les rites lapons.
A ce stade du parcours, un coup d'œil sur les hauteurs aurait dû nous alarmer. La couleur du ciel annonce un risque d'orage imminent. On entend d'ailleurs les premiers coups de tonnerre au loin.
Pourtant, têtus ou inconscients, nous continuons inlassablement, persuadés que l'orage va nous épargner.
Mais ce qui devait arriver finit par arriver. Alors que nous sommes sur le point de vaincre notre dernière ascension, l'orage éclate, nous forçant à faire demi-tour avant d'avoir atteint le but de notre randonnée.
Je n'ai alors que mes yeux pour pleurer et me lamenter tout au long du chemin du retour, mouillée jusqu'aux os (et ce n'est pas juste une expression !) et transie de froid, me demandant comment on allait bien pouvoir faire sécher tous nos vêtements dans le fourgon. Même nos chaussures sont trempées à l'intérieur comme à l'extérieur.
A notre retour, nous préférons éluder la question et jetons toutes nos affaires dans la salle de bains. On verra plus tard !
Pour nous remonter le moral, un plat de crabe royal nous ferait le plus grand bien. Mais le seul restaurant de Kjøllefjord n'en sert pas.Alors nous n'hésitons pas à couvrir 30 kilomètres de plus jusqu'à Mehamn, espérant trouver plus de choix dans ce village plus grand.
Mais le seul restaurant de la petite localité, celui de l'Arctic Hotel, semble fermé ou en travaux. Un habitant nous confirme pourtant qu'il est ouvert et qu'il sert jusqu'à 22 heures de très bons plats de poissons.
Nous finissons par en trouver l'accès. Entre porte sans issue et couloir sans lumière, nous débouchons au premier étage dans une grande salle sans charme, pas vraiment étonnés qu'on n'y serve pas de crustacé géant. Mais puisque nous sommes là, autant nous attabler !
Le dried cod est un peu sec mais, assorti de bacon grillé, reste mangeable. Le vin blanc issu d'un cubitainer est infâme. Quant au dessert, nous avons préféré le décliner ;-) Bref, voilà une adresse qui ne vaut pas le détour !
Le seul avantage de ce dîner, c'est que pendant ce temps nos vestes dégoulinantes ont pu s'égoutter un peu. En partant, nous laissons derrière nous quatre flaques d'eau correspondant aux quatre manches de nos vestes.
Pour dormir, nous n'avons pas à chercher bien loin. Les abords du port offrent un abri parfait à notre Vany. Il pleut toujours mais il ne vente pas, nous devrions mieux dormir que la nuit dernière.
Distance parcourue dans la journée : 314 kilomètres.
Arrivée de l'Hurtiguten à Kjøllefjord

J9 : Vendredi 16 juin 2016
Avec tout ce qu'il a plu hier soir et dans la nuit, nous ne nous faisons pas d'illusion sur l'état du ciel : nuageux, très nuageux, avec encore de la pluie à venir ! Température invariablement bloquée à 10 degrés.
Nos chaussures sont loin d'être sèches, ce qui élimine toute velléité de randonnée. De toute manière, les conditions météo sont dissuasives.
Pour amorcer le séchage des godillots, nous les plaçons devant les bouches du chauffage et tournons le bouton à fond. Quant à nos vêtements, ils sont toujours en train d'égoutter, il va falloir trouver une solution. Heureusement côté vestes, nous avons prévu en conséquence avec des blousons de rechange.
Une fois ce bilan dressé, il faut réfléchir à l'organisation de la journée et changer une nouvelle fois nos plans. Décidément à chaque fois que l'on prévoit de rester deux jours à un endroit, on se voit obligés d'abréger le séjour. L'avantage de circuler en camping-car permet d'adapter le parcours à la météo. Quand il ne fait pas beau, on en profite pour rouler alors… roulons !
Notre prochaine étape se fera par conséquent dans la péninsule de Varanger (eh, oui, encore une péninsule). Près de 300 kilomètres nous en séparent dont une bonne partie à rebrousser chemin par la même route. A première vue, la distance est conséquente mais comme on aura rien d'autre à faire…
Mais avant de quitter la région, je propose de faire un petit détour jusqu'au phare de Slettnes. A défaut d'avoir été jusqu'aux caps les plus septentrionaux du continent, nous aurons au moins été au pied du phare le plus septentrional d'Europe.
Sur le trajet, nous faisons deux rencontres intéressantes. D'abord un troupeau de rennes, des femelles avec plein de petits. Une scène attendrissante ! Plus rare, un renard arctique (que nous avons d'abord pris pour un chat !)
Vers 11 heures, fini l'extrême Nord, retour vers le Sud. Nouveau passage à travers les mêmes hauts plateaux qui paraissent encore plus désolés sous l'épaisse couverture nuageuse. Nous avons à présent deux jours d'avance sur notre planning.
Quand la route revient au bord de mer, nous retrouvons les paysages typiques des fjords : petits ports de pêche, bateaux et maisons colorés.
A Ifjord, nous prenons cette fois la direction de Tana Bru, dont le nom signifie "pont sur la Tana". Le village en lui-même n'a pas vraiment d'intérêt mais il constitue un point de ravitaillement et une étape pratiques au carrefour des routes 98/E6 et E75.
Toutes les enseignes de supermarchés se côtoient ici autour de quelques hébergements et d'une station-service.
Sous un temps maussade comme aujourd'hui, ce carrefour commercial ne peut mieux tomber. A défaut de pouvoir profiter de la nature, occupons-nous de quelques tâches d'intendance : courses, plein d'essence, plein d'eau pour le camping-car…
Nous cherchons aussi un lave-linge/sèche-linge, seul moyen de venir à bout de nos vêtements mouillés depuis une journée. A l'hôtel Elva, le réceptionniste est ok. Il nous invite même à prendre un café dans le lobby et à profiter de la connexion wifi. Super ! Par la même occasion, nous suivons d'un œil et d'une oreille le match de coupe d'Europe Suède-Italie en compagnie d'une famille suédoise qui vibre, elle, avec Zlatan.
Une fois la lessive terminée, Hervé pousse le bouchon jusqu'à vouloir suivre la partie jusqu'à son terme. Pour lui qui est indifférent au foot, c'est un comble ! Résultat, la Suède de Zlatan a été battue.
Cette pause "technique" prolongée a été bénéfique. Nous voilà en pleine forme pour parcourir une trentaine de kilomètres de plus afin de nous rapprocher de la péninsule de Varanger.
Desservie par une route touristique nationale, la péninsule est surtout connue pour ses grandes colonies d'oiseaux attirant de nombreux amateurs d'ornithologie.
La route, une nouvelle fois en cul-de-sac, longe le Varangerfjord jusqu'à Vardø. On peut même pousser jusqu'à Hamningberg, un village abandonné, par une petite route sans numéro et à une seule voie de circulation.
Tout ceci est prévu demain, car nous avons programmé deux jours dans la région. La météo va-t-elle nous le permettre ? Réponse demain ;-)
Pour l'instant, nous avançons jusqu'à Nesseby et sa petite presqu'île, lieu de rendez-vous des ornithologues. Mais les oiseaux, nous n'avons pas le temps de les voir. Arrivés sur place, une averse nous ramène plus vite que prévu dans le camping-car. Nous avons juste le temps d'apprécier la jolie petite église.
Cette occasion ratée nous libère finalement encore un peu de temps pour rouler. La ville la plus proche est Vadsø. Comme nous sommes restés avec notre envie de crabe royal, voilà peut-être une occasion !
A Vadsø, le restaurant du Scandic Hotel nous plaît bien, mais de crabe royal pas la moindre trace sur la carte. On nous dit que ce n'est pas la saison. Alors on se rabat sur des fish and chips. Mauvaise pioche… les beignets de poisson sont à base de langue de cabillaud. Devant notre déception, la serveuse propose de nous servir un dos de cabillaud aux petits légumes qui, lui, est un délice de même que le dessert, une crème brûlée aux fruits rouges. Bref, voilà un dîner qui a mieux fini qu'il n'a commencé.
Quant à la journée, elle se termine à deux pas du restaurant, dans le port, où nous trouvons pour le Vany une place adéquate. Une journée de transition… au final bien remplie !
Distance parcourue dans la journée : 312 kilomètres.
Renard (roux ?)

Varanger : colonies d'oiseaux à Hornøya et route touristique nationale
J10 : Samedi 18 juin 2016
Que nous réserve la météo ce matin ? Un ciel partiellement couvert, mais avec de belles bandes de ciel bleu au loin, chouette ! Et la température ? Toujours nos habituels 10 degrés ? Non… 16 degrés… incroyable !
Dans ce contexte, pas une minute à perdre, vite, en route pour Vardø. Entre les deux localités séparées de 75 kilomètres, la route touristique nationale, désespérément plate sur cette partie, se faufile entre la côte, des prairies verdoyantes et des bosquets de buissons rachitiques.
Vardø, la localité la plus orientale de Norvège, est aussi le point le plus à l'est de notre voyage. La petite ville occupe une île en forme de papillon reliée au continent par un tunnel sous-marin.
L'office de tourisme y organise des excursions pour approcher des colonies d'oiseaux nichant sur les falaises de l'île inhabitée de Hornøya. Départ sur le port.
Nous arrivons pile pour la première sortie qui a lieu à 10 heures le samedi (en semaine, départ dès 9 heures) et embarquons presque immédiatement sur un ancien bateau de pêche en compagnie d'une douzaine de personnes. Nous sommes dix Français à bord !
La traversée prend à peine une dizaine de minutes. Hornøya est classée réserve naturelle, seule une partie est accessible au public.
Les falaises abruptes de l'île et les eaux riches de la mer de Barents fournissent le gîte et le couvert à quantité d'oiseaux. Mouettes tridactyles, guillemots communs et guillemots de Brünnich, macareux, pingouins torda, cormorans huppés et grands cormorans, goélands argentés et goélands marins, ils sont plus de 100 000 à y nicher.
Imaginez tout ce monde caquetant, piaillant, criaillant, picotant… une belle cacophonie et une odeur en conséquence!
Après une vue d'ensemble, approchons-nous pour observer quelques individus plus en détail !
Bon, celles-ci (des mouettes ?) ne sont pas très coopérantes et nous présentent leurs postérieurs. Gare aux déjections ! Mais celle-là fait la belle, avec son plumage soyeux !
Les macareux sont indéniablement les plus élégants dans leur costume coloré.
Les guillemots de Brünnich dans leur complet classique font concurrence aux précédents. J'adore tout particulièrement celui qui porte des lunettes ;-)
Quant aux pingouins torda, ils prennent tout particulièrement soin de leur tenue. Un petit battement d'aile et hop, la toilette est faite (voir les particules projetées)
Enfin, le cormoran sort le grand jeu. Comme un véritable jongleur, il fait tournoyer avec grâce une brindille autour de son bec. Cherche-t-il à séduire quelqu'un par son habileté ? Mais à qui fait-il les yeux doux ? Sans doute à sa compagne sagement restée dans le nid conjugal !
Bref, un spectacle réjouissant par une très belle matinée chaude (si, si !) et ensoleillée. Ça fait du bien !
A 13 heures, le bateau revient nous chercher (mais ceux qui le souhaitent peuvent rester plus tard) et ramène sur l'îlot un nouvel arrivage d'observateurs plus lourdement armés, heu pardon… équipés. Certains sont tellement chargés qu'ils ont du mal à garder l'équilibre à la sortie du bateau. Sur le port, beaucoup de monde se presse encore pour la rotation suivante, preuve du succès de cette excursion.
Quant à nous, après le déjeuner dans le fourgon à la sortie de Vardø, nous prenons la route touristique nationale dans sa partie la plus spectaculaire, celle qui rejoint le hameau de Hamninberg.
Elle ne comporte qu'une voie de circulation. Il faut donc rouler très doucement pour pouvoir se rabattre à temps sur les espaces-refuges prévus pour le croisement de véhicules. De toute manière, les paysages méritent des arrêts incessants. C'est une route qui demande à être dégustée.
Malheureusement, le soleil si ardent ce matin a fini par se cacher. C'est fou comme le temps change vite dans cette région.
La route longe le bord de mer dans un paysage insoupçonné, inattendu, époustouflant, en dehors du temps.
Etonnantes ces longues strates de granite tels des couloirs parallèles sans fin, du bord de mer jusqu'aux crêtes ! Elles donnent l'impression d'un gigantesque labyrinthe sans issue.
Du rose granitique la roche vire au noir volcanique en passant par cinquante nuances de gris, un décor dont on verrait bien surgir quelque seigneur des Anneaux ou autre créature fantastique.
Pourtant, les rennes ont l'air de trouver un pâturage à leur mesure dans ce chaos minéral.
Terminus de la route 40 kilomètres plus loin dans le village semi-abandonné de Hamninberg, où la pluie et le froid sont hélas au rendez-vous. On voulait randonner dans le Syltefjord, c'est raté. On remplace alors la balade par une nouvelle partie de scrabble en attendant l'accalmie.
En fin d'après-midi, nous décidons de ne pas rester dans ce cul-de-sac pour la nuit, il y a trop de vent !
Le retour à Vardø nous offre alors une deuxième occasion de parcourir cette même route, toute aussi spectaculaire dans ce sens. Hervé l'a déclarée "plus belle route de Norvège" !
Curieusement, à Vardø, non seulement il n'a pas plu mais il fait encore soleil. C'est agréable, car nous avons une dernière visite à faire, au mémorial de Steilneset. Il s'agit d'un monument érigé en mémoire de quelques 90 femmes de la région qui, entre 1621 et 1692, ont été accusées de sorcellerie et brûlées vives.
Le bâtiment est impressionnant par sa forme et par sa symbolique. L'artiste Louise Bourgeois et l'architecte Peter Zumthor ont associé, dans une même création évocatrice, une chaise en feu et un mémorial de 100 mètres de long rappelant cette histoire tragique.
Or Louise Bourgeois (1911 - 2010), plasticienne et sculptrice française naturalisée américaine, connue entre autres pour une sculpture en forme d'araignée géante exposée au musée Guggenheim à Bilbao, a passé son enfance dans une maison, aujourd'hui démolie, du centre de la ville où nous demeurons.
C'est pour cette raison que nous portons un intérêt tout particulier à cette œuvre.
Profitant de ce nouveau passage en ville, nous terminons la soirée à passer en revue quelques restaurants au cas où l'un d'eux servirait du crabe royal. Mais peine perdue, nul n'en sert. Dans notre quête, des Français nous disent néanmoins en avoir mangé il y a quelques jours à Kirkenes. En principe, cette destination n'est pas à notre programme, mais sait-on jamais !
Du coup, ce soir, c'est dîner maison ou plutôt dîner… fourgon, au bord d'une plage près de Kiberg, en compagnie d'un camping-car belge. On n'a pas voulu rester à Hamninberg à cause du vent. Eh, bien, ici aussi on va être servis ! Espérons qu'il ne nous empêchera pas de dormir !
Distance parcourue dans la journée : 202 kilomètres.
Guillemot de Troïl (?)

De la frontière russo-norvégienne à la Finlande, de Kirkenes à Inari
J11 : Dimanche 19 juin 2016
Encore une nuit quasi blanche rythmée par les assauts du vent et de la pluie. Seulement 7 degrés ce matin et il pleut toujours.
A 8 heures, on lève le camp, oui, mais pour aller où ?
Vu les circonstances, je ne vois pas d'autre alternative que d'avancer dans notre parcours. En principe, après la péninsule de Varanger, nous avons prévu de gagner la Finlande, plus particulièrement les alentours d'Inari, en passant par Tana Bru puis Utjoski.
Ben… allons-y !
Dehors il fait un temps à ne pas mettre un mouton dehors. D'ailleurs, ceux-là ont trouvé la solution en se réfugiant dans un abribus.
A Tana Bru, alors que nous sommes sur le point de prendre la direction de la Finlande, je sors in extremis une idée de mon chapeau. Et si on allait à Kirkenes ?
Cette ville norvégienne proche de la Russie que l'on décrit comme une bourgade quelconque, à l'ambiance frontalière, point de départ ou d'arrivée de la ligne de l'express côtier Hurtigruten, ne m'avait pas particulièrement attirée jusque là.
Mais depuis que des compatriotes nous ont dit y avoir mangé du crabe royal il y a quelques jours seulement, la destination a subitement pris de l'intérêt. De Kirkenes nous pourrions ensuite regagner la Finlande et Inari directement. Avec deux jours d'avance sur notre planning, nous avons suffisamment de marge pour nous offrir ce détour. Qui sait, peut-être fait-il meilleur à Kirkenes !
Adjugé, vendu, allons à Kirkenes !
A la sortie de Tana Bru, nous retrouvons alors la E6 qui nous conduit jusqu'à la frontière russe (ou presque)… malheureusement sous la pluie !
Pourtant, le trajet est magnifique, la route passant par un massif qui nous rappelle un peu celui des Maures dans le Var.
A l'approche de la ville, les convois militaires se font plus visibles, les terrains et camps militaires deviennent omniprésents. On perçoit même des tirs au loin. La frontière russe n'est plus qu'à une quinzaine de kilomètres et la direction de Mourmansk indiquée sur tous les panneaux du centre-ville.
A 14 h 30, à notre arrivée à Kirkenes, il pleut toujours et il fait 8 degrés. Tous les commerces sont fermés, dimanche oblige. Après avoir garé le camping-car sur le quai au bord de mer, nous allons immédiatement faire nos repérages pour le King Crabe.
Entre les restaurants du Scandic Hotel et celui du Thon Hotel, notre choix est vite fait. Dans l'aquarium du Thon Hotel, trois beaux crabes barbotent tranquillement. Celui que nous choisissons, le plus gros des trois, passera à la casserole. Une table est aussitôt réservée pour 19 h 30.
D'ici là, nous passons tout l'après-midi dans les salons de l'hôtel (avec café et thé à disposition) pour profiter d'Internet et faire une énième partie de scrabble.
Des lycéens norvégiens nous interrogent, dans le cadre de leur projet de fin d'année scolaire, sur notre vision de la ville de Kirkenes. Pour l'instant, nous n'en avons pas vu grand chose, surveillant sur Internet les prévisions météorologiques qui nous permettraient d'y faire un petit tour.
Au fur et à mesure que l'après-midi avance, l'espoir d'une amélioration est sans cesse repoussé. D'ailleurs, il suffit de jeter un œil par la baie vitrée pour le constater. Finalement, la pluie ne cessera qu'au cours du dîner.
A ce propos, quelques mots sur le crabe royal (ou crabe du Kamtchatka). Originaire du littoral oriental de Sibérie, il a été introduit dans la baie de Mourmansk dans les années 1960 pour assurer de nouvelles prises aux pêcheurs russes. Depuis lors, il s'est répandu dans la mer de Barents, le long des côtes de la Norvège et du Svalbard. Les protecteurs de l'environnement y ont vu une menace pour les écosystèmes, mais la majorité des pêcheurs considère le crustacé comme une manne économique.
C'est le crabe le plus recherché au monde et le plus cher au poids. Sa chair au goût inimitable le place parmi les mets les plus renommés. Nous avons donc hâte d'y goûter.
A 19 h 30 pile, alors que nous venons juste de nous attabler, on nous apporte enfin le crustacé géant. Voilà un crabe que nous aurions pu appeler "Désiré" tant nous l'avons convoité depuis plusieurs jours ;-)
Trônant au centre d'un grand plat ovale, sur un lit de mesclun agrémenté de tomates cerise, accompagnée d'une sauce à base de vinaigre balsamique et d' huile d'olive et d'une autre à l'aïoli , c'est une belle bête de 2,6 kilos. Le flashcode attaché nous apprend plein d'autres détails intéressants comme le nom du pêcheur, de son bateau ainsi que la date et le lieu de pêche.
Oui, mais encore ? Après l'avoir dévoré des yeux, si on le dévorait tout court à présent !
Dans une ferveur quasi religieuse, nous décortiquons alors avec application ses pattes charnues dont un soupçon d'aïoli suffit à mettre en valeur toute la saveur.
Sa chair raffinée est d'un goût unique. C'est un délice, un pur ravissement pour les papilles. En un mot, nous nous régalons !
Nous sommes d'ailleurs à ce point absorbés par notre dégustation que nous en oublions de photographier le plat comme promis à notre fille.Elle recevra la photo de la seule carapace ;-)
Au final, nous n'avons rien vu de Kirkenes mais grâce à ce festin en garderons un souvenir impérissable. Voilà un détour qui en valait la peine !
Pour rentrer chez nous, pas de détour à faire. Le Vany nous attend sur le parking mitoyen de l'hôtel, juste devant la mer. Nous restons là pour la nuit. Pas de vent, pas de pluie, nous devrions dormir comme des bébés
Distance parcourue dans la journée : 272 kilomètres
Moutons à l'abri !

J12 : Lundi 20 juin 2016
La ville de Kirkenes est en activité depuis quelques heures déjà quand nous nous réveillons. Il est 8 heures, le premier réflexe consiste à scruter le ciel. Verdict, il est couvert, mais sans pluie pour le moment. C'est mieux qu'hier !
Notre envie de crabe royal ayant été assouvie, nous pouvons reprendre le cours normal de notre voyage et gagner comme prévu la Finlande et Inari en particulier. Nous n'avons maintenant plus qu'une journée d'avance sur notre planning.
Depuis Kirkenes, nous rebroussons d'abord chemin jusqu'au croisement avec la route 893 qui doit nous conduire tout droit en Finlande. Les chutes Skoltefossen, qui occupent le carrefour, nous offrent une dernière distraction sur le territoire norvégien.
A l'entrée en Finlande, la route change de numéro et devient à présent la 971. Il faut aussi avancer nos montres d'une heure, ranger pour le moment nos couronnes et ressortir nos euros. Dernière précaution à prendre : garder la bombe anti moustique sous la main car elle pourrait servir sans délai.
Le climat, lui, reste le même. Que ce soit d'un côté de la frontière comme de l'autre, le temps gris finit par virer à la pluie.
Les paysages finlandais sont conformes à l'idée qu'on s'en fait. La route ondule langoureusement entre lacs et tourbières, entre forêts de pins et bosquets de bouleaux. Photos
Pendant le trajet nous tentons de nous familiariser avec le finnois qui, à première vue, n'a pas vraiment de points communs avec d'autres langues que nous connaissons. En témoigne le mot "kansallispuisto" qui signifie parc national. Pas évident ! Pourtant, à force d'observation, je finis par faire quelques extrapolations à partir des toponymes qui jalonnent notre route : les suffixes "joki" et "tie" ont l'air de désigner la rivière pour le premier, la rue ou la route pour le second comme dans "Lemmenjoki" et "Kaamasentie" Voilà un bon début ;-)
A ce jeu-là, le trajet jusqu'à Inari passe à toute allure.
Sur place le temps est incertain, oscillant entre bruine et averse plus marquée, bref pas un temps à randonner. Pas grave, puisque la petite localité propose une activité qui colle parfaitement à cette météo, à savoir son musée SIIDA, avec deux i, qui est consacré à la culture et la nature sami.
Inari est en effet un important centre de la culture same. Les Samis, autrefois appelés Lapons, sont les peuples indigènes du grand Nord, les plus anciens habitants de ces contrées. Ils sont près de 85 000 dont une bonne moitié vit en Norvège, environ 20 000 en Suède, 8 000 en Finlande et 2 000 en Russie. Longtemps ignorés, leurs droits, leur culture, leur langue ont été progressivement reconnus, promus et mis en valeur au fil des dernières décennies. Aujourd'hui les Samis de chaque pays sont représentés par leur propre parlement.
Le musée SIIDA, de conception très moderne, se veut le reflet de leur histoire et de leurs traditions ainsi que du lien très fort qui les unit à la nature, tout ceci mis en scène de façon vivante et passionnante.
D'une salle à l'autre, nous suivons l'évolution du mode de vie des Samis au fil du temps en lien avec les grandes dates de l'histoire du monde ainsi que l'adaptation de leurs activités au gré des huit saisons. Des objets créés par des artistes Samis contemporains et un joli film sur les aurores boréales complètent l'exposition.
Quand la pluie cesse, la visite se poursuit en plein air (attention, moustiques !) par la découverte de différentes maisons traditionnelles et de pièges ingénieux pour la chasse et la pêche, tous transportables.
Voilà une visite à la fois ludique et instructive, une variante à nos habituelles randonnées. Néanmoins, après deux journées sans chausser nos godillots, nous avons hâte de les enfiler à nouveau pour arpenter monts et vaux.
Justement, la WIFI du musée permet de vérifier la météo pour les prochains jours. Bonne nouvelle ! Demain, il devrait faire beau jusqu'en milieu d'après-midi. Croisons les doigts !
Dans cette perspective, nous positionnons le camping-car à la lisière de la forêt, au point de départ de la randonnée de demain, afin d'être opérationnels à la première heure. En guise de préambule, le soleil fait son apparition pendant le dîner, ce qui est de bon augure.
A l'extérieur, les moustiques font le siège du véhicule, prêts à s'introduire par la moindre ouverture. Vive les moustiquaires.
Distance parcourue dans la journée : 213 kilomètres.
Musée sami

Inari : église de pleine nature de Pielpajärvi et croisière sur le lac
J13 : Mardi 21 juin 2015
Les touristes viennent à Inari principalement pour le musée (pour nous, c'est fait) mais aussi pour faire une croisière sur le lac (c'est prévu) et accessoirement visiter la petite église en pleine nature de Pielpajärvi (c'est prévu aussi). On pourrait même combiner les deux, le lac et l'église, en se faisant déposer en cours de croisière sur la berge pour rejoindre la chapelle, s'économisant ainsi un trajet à pied.
A l'origine, c'est ce que nous avions envisagé mais le seul départ en bateau (à nos dates) a lieu à 13 heures. Or la météo prévoit une dégradation dans l'après-midi. Nous ne voulons pas prendre le risque de nous faire rincer en randonnant en fin d'après-midi. Sur le bateau nous serons à l'abri quoi qu'il arrive.
Nous préférons par conséquent assurer nos arrières, occuper la matinée à faire la randonnée aller et retour vers la petite église et consacrer l'après-midi à la croisière.
La météo est conforme aux prévisions, très belle… enfin !
Avant 8 heures, nous sommes prêts, sac sur le dos, chaussures aux pieds et bombe anti moustique dans la poche. Les maringouins n'ont qu'à bien se tenir.
Nous débutons par la traversée d'une très belle forêt de pins, couverte d'un tapis de buissons de myrtilles sur un chemin caillouteux encombré de racines.
Nous arrivons ensuite à proximité de plusieurs grands lacs dont le Pielpajärvi, bordés de magnifiques tourbières.
Sous les rayons du soleil, les grandes étendues d'eau se sont parées de couleurs toniques, allant du vert amande au bleu azur.
Régulièrement, notre chemin croise des pistes pour scooters dont le balisage se poursuit curieusement à travers le lac. Eh oui, en hiver, il est utile pour les motoneiges qui se déplacent sur le lac gelé.
De nombreux ruisseaux alimentent les plans d'eau colonisés par des herbiers impressionnants où domine le trèfle d'eau.
Cette composition aurait sans doute pu inspirer les Impressionnistes ;-)
L'eau est omniprésente, offrant au lédon des marais les conditions idéales pour s'épanouir.
Heureusement le parcours se fait sur des planches en bois quand le terrain est trop humide. Ce serait dommage d'abimer toute cette belle végétation.
Les moustiques, eux aussi friands de ce milieu, nous ont lâchés pour le moment mais c'est pour mieux nous attendre dans la dernière ligne droite.
En effet, arrivés dans la clairière occupée par la chapelle, nous coupons directement à travers la prairie en fleurs. Erreur fatale ! Les moustiques étaient tous en planque dans les hautes herbes, prêts à fondre sur nous, pauvres marcheurs.
Nous trouvons alors à l'intérieur de l'église un refuge momentané, le temps de nous ressourcer et de préparer la riposte.
Quelques mots sur cet édifice religieux : Il s'agit d'une église en bois, construite entre 1752 et 1760, flanquée de deux cabanes qui servaient à l'époque d'abri pour les fidèles (et qui servent de refuges de nos jours), derniers vestiges d'un village Sami.
L'église est toujours ouverte, il suffit de soulever le loquet et d'ouvrir les fenêtres pour y faire entrer la lumière (avant de tout refermer en partant). Un service religieux y est célébré de temps à autre, notamment à minuit le jour de la St Jean, c'est-à-dire dans quelques jours.
Après un petit moment de recueillement, nous allons jeter un œil à la cabane voisine où l'âtre encore chaud témoigne de son utilisation récente par quelque personne de passage.
Pas de flânerie sur le trajet retour, de sorte que nous arrivons au parking vers 11 heures après 10 kilomètres et un peu plus de 3 heures de marche, pauses comprises. Une très belle randonnée alliant nature, culture et histoire.
Les moustiques nous ont laissés tranquilles au retour. En revanche, deux oiseaux nous ont retenus un court instant Tout d'abord, un pluvier doré qui, par des manœuvres d'intimidation, a tenté de nous barrer le passage, sans doute pour protéger son nid. Puis, un oiseau qui ne nous a montré que son dos au plumage gris orné de touches orangées. Dommage qu'il ne nous ait pas montré son cou, car il semblerait que ce soit une gorgebleue à miroir.
Avec le beau temps et 16 degrés, les conditions sont idéales pour une promenade en bateau. L'embarcadère est situé juste à côté du musée sami.
Nous prenons place à l'avant du navire pour une excursion d'environ 3 heures.
Le lac d'Inari est le troisième plus grand lac de Finlande et comprend 3 300 îles.
A 13 heures pile, le catamaran Inari III sort du port et prend le large, glissant sur un plan d'eau aussi lisse et immobile qu'un miroir.
Il prend tout d'abord la direction de l'île d'Ukonselkä où il accoste une heure plus tard pour une vingtaine de minutes.
Nous grimpons à toute vitesse les marches en bois jusqu'au sommet de l'île pour profiter les premiers de la vue panoramique sur le lac constellé d'îlots.
Il y a quelques centaines d'années déjà, au milieu de l'été, les Samis faisaient cette même démarche, s'y rendant en barque au milieu de l'été pour y invoquer Ukko, le dieu de la chasse.
Quand une touriste attentive remarque un petit point au milieu de l'eau, tous les regards se braquent sur la surface du lac. Une embarcation ? Un nageur ? Effectivement, c'est un nageur mais pas humain. Avec ses bois caractéristiques, vous l'aurez sans doute reconnu.
Oui, c'est bien un élan ! Nous avons souvent espéré en voir un au bord d'une route, près d'un lac ou d'un marais mais jamais nous aurions imaginé en apercevoir un, ici, en plein milieu du lac d'Inari. C'est incroyable !
Une fois tout le monde de retour à bord, le bateau se dirige vers la rive opposée, le capitaine espérant retrouver la trace de l'animal mais celui-ci a dû s'enfoncer dans les bois depuis belle lurette.
Alors il reprend le cours normal de la croisière jusqu'au débarcadère de Pielpavuono. C'est là qu'il dépose un couple souhaitant rejoindre à pied l'église en pleine nature. Nous avions peur que la météo se gâte en cours d'après-midi. Finalement, il n'en a rien été, même si le ciel est maintenant de plus en plus couvert. Fin de la croisière à 16 heures. C'était très sympa et la rencontre de l'élan… extra-ordinaire !
Vu l'heure, nous pouvons envisager de rouler un peu, au moins jusqu'à Saarisselkaa, à 70 kilomètres où j'avais repéré un lieu de bivouac possible, au sommet du domaine skiable du Kaunispää (438 mètres).
Oui, oui, il y a bien du ski alpin en Finlande ! Vue sur les pistes de ski… et plus largement sur toute la région, du haut d'une tour d'observation.
Mais l'endroit très exposé nous apparaît trop venté pour y passer une bonne nuit. Alors nous n'hésitons pas faire 40 kilomètres de plus, afin de trouver à Vuotso un coin plus calme au bord de la rivière. Autre avantage : l'endroit est idéal par rapport à notre projet de demain.
Distance parcourue dans la journée : 140 kilomètres.
Tourbière près d'Inari

Tunturis finlandais, du Pyhä Nattanen au Taivaskero
J14 : Mercredi 22 juin 2016
Si la Finlande est un pays principalement de forêts, de lacs et de rivières, elle n'est pas pour autant un plat pays, du moins dans cette partie Nord. Régulièrement, de petites montagnes aux sommets dénudés culminant entre 500 et 800 mètres donnent du relief au paysage. On y jouit notamment de belles vues dégagées à des kilomètres à la ronde. En finnois, ces monts sont appelés tunturi.
C'est l'un de ces tunturis que nous nous apprêtons à gravir. Il s'agit du Pyhä Nattanen, à ne pas confondre avec Vatanen, le héros des romans du finlandais Arto Paasilinna ;-)
Pour rejoindre le point de départ de la randonnée, il faut emprunter, juste au nord de la rivière, une piste de terre très praticable sur une douzaine de kilomètres.
Au parking, il y a déjà une voiture alors qu'il est à peine 7 h 30. Des gens seraient encore plus matinaux que nous ?
Côté météo, il fait beau avec 13 degrés, ce qui fait aussi le bonheur des moustiques, prompts à nous attaquer à peine descendus de notre fourgon.
Le guide du Routard annonce un parcours de deux kilomètres difficiles avec 300 mètres de dénivelé.
Or le départ, dans une forêt dense, se poursuit par la traversée de marais sur des planches en bois. Pour l'instant je ne vois pas vraiment de difficulté !
… et finit par une approche dans la caillasse et les racines, demandant certes un peu d'effort mais pas la mer à boire ! En trois quarts d'heure, la montée est pliée !
Le même guide vante la vue inoubliable, je confirme !
… et précise que même en plein été, il souffle un vent glacial sur ces hauteurs dénudées, je confirme aussi ! Coupe-vent et capuche indispensables ! La bonne nouvelle, c'est qu'à cette altitude (508 mètres) il n'y a déjà plus de moustiques.
Le refuge, bien équipé, nous offre alors un abri bienvenu, le temps de nous réchauffer un peu.
Nous aurions ensuite pu retourner par le même chemin mais comme il existe une variante et que nous aimons bien varier…
Hum, si on avait su… car la variante traverse un éboulis rocheux très accidenté dans lequel nous avons l'impression de ne pas avancer. Une fois sortis de là, nous rencontrons un terrain inondé, non aménagé, dans lequel nous nous enfonçons par moments jusqu'à la cheville. Sans parler des moustiques qui reviennent à la charge en atteignant une altitude à nouveau plus basse et la végétation gorgée d'eau à laquelle nous nous frottons au passage.
Bref, si on avait su, on n'aurait pas v'nu comme dirait l'autre ;-)… mais repris au retour le même chemin qu'à l'aller. Sur la base de l'aller/retour par le même itinéraire, c'est une très belle randonnée, facile, courte, avec à la clé une magnifique vue panoramique.
La boucle est plus sportive, surtout après les pluies tombées ces derniers jours. Elle nous a demandé 3 heures et 7,1 kilomètres avec un dénivelé de 210 mètres. Elle nous coûte surtout des chaussures à nouveau trempées à l'extérieur comme à l'intérieur et des pantalons mouillés jusqu'aux cuisses. Conséquence : pas d'autre randonnée possible dans la journée.
Dans ces conditions, autant en profiter pour rouler. Ça tombe bien, c'est ce qui est prévu. Pour rejoindre notre prochaine destination, au cœur du parc national de Pallas-Ounastunturi, 250 kilomètres nous attendent. Il est seulement 11 heures, nous avons le temps de nous avancer jusqu'à mi-route avant le déjeuner c'est-à-dire jusqu'à la petite ville de Sodankylä.
Le trajet sur la E75, large et roulante, se fait à bon train malgré le flux important de camping-cars sur cet axe, le plus court vers le cap Nord pour la majorité des conducteurs européens. Pendant ce temps, nos chaussures exposées derrière le pare-brise amorcent leur séchage.
Rien de particulier à voir à Sodankylä mais, pour nous, un passage en ville précieux, mis à profit pour régler l'intendance.
Pendant que notre linge tourne dans la machine de l'hôtel Bear Inn, nous faisons à Lidl les courses les moins chères de notre voyage, déjeunons sur le parking voisin, passons chez l'opticien faire réparer des lunettes, au magasin de sport pour nous renseigner sur les filets de tête anti moustiques (qu'au final nous n'achèterons pas) avant de retourner à l'hôtel bénéficier de la WIFI.
Une fois toutes ces tâches accomplies, il nous reste la deuxième moitié du parcours à effectuer. Le point de chute est prévu dans les environs de Muonio, pas loin de la frontière suédoise, au pied du massif du Pallastunturi.
Nous échouons plus précisément devant l'hôtel Pallas, un hébergement isolé en pleine nature au pied de la montagne, à 459 mètres d'altitude. Il fait un temps magnifique et 19 degrés. Si nos chaussures n'étaient pas trempées, nous serions sans doute partis randonner immédiatement. L'hôtel est le point de départ d'un beau réseau de sentiers en été et de pistes de ski en hiver.
A défaut de profiter de son environnement, nous profitons pour le moment de son restaurant. Au menu lapon, un tartare de renne servi avec des champignons et des lichens (très bon mais portion un peu chiche même pour une entrée). En revanche, l'omble chevalier du lac d'Inari sur lit de purée de choux-fleurs et la crème brûlée aux myrtilles, tous les deux délicieux, rattrapent largement l'entrée et font de ce dîner un des meilleurs de notre voyage. Avec une bouteille de riesling à deux, il valait mieux que le Vany ne soit pas très loin ;-)
Nuit sur place sous un ciel sans nuage et un soleil radieux !
Distance parcourue dans la journée : 283 kilomètres.
Au sommet du Pyhä Nattanen

J15 : Jeudi 23 juin 2016
Bonne nouvelle, nos chaussures de randonnée sont sèches.
Voyons à présent si le temps est toujours aussi dégagé qu'hier soir. Pas tout à fait ! Nuages et éclaircies se partagent le ciel. Tout est de savoir qui des deux aura le dessus.
En prenant le départ vers 8 h 30, nous avons tout de même l'impression qu'il va faire beau. Altitude du parking : 450 mètres.
Dans notre viseur, le Taivaskero, point culminant du massif du Pallastunturi, à 806 mètres d'altitude.
Pour l'atteindre, le chemin balisé par des poteaux surmontés de croix de St André prend progressivement de la hauteur à travers une toundra dénudée. Il n'y a déjà plus d'arbres à cette altitude, de moustiques non plus.
L'itinéraire est pour le moment commun avec le sentier de grande randonnée Pallas-Hetta, l'un des plus prestigieux de Laponie, qui en 55 kilomètres passe par les sommets de plusieurs tunturis.
Au bout d'une heure, quand il s'en écarte, il nous reste une dernière grimpette à gérer avant d'atteindre un large plateau recouvert d'un amas rocheux au milieu duquel le sommet aurait pu passer inaperçu s'il n'était matérialisé.
C'est ici que, le 6 juillet 1952 aux rayons du soleil de minuit, fut allumée la flamme olympique des Jeux de Helsinki. Une plaque commémore cet événement.
Depuis le sommet, la vue embrasse un panorama époustouflant : forêts, lacs et croupes montagneuses à perte de vue avec l'hôtel Pallas à nos pieds.
La randonnée en boucle prend ensuite la direction du sud, passe au pied d'un autre tunturi, le Laukukero, où nous surprenons un couple de lagopèdes en goguette.
A partir de là, l'hôtel nous sert de repère pour tracer à vue dans une pente parfois raide jusqu'à destination. Bilan : 8,5 kilomètres, 2 heures et demie, dénivelé 375 mètres.
Sur le parking, une famille de rennes nous fait son cinéma.
Nous espérions déjeuner en plein air sous les 17 degrés ambiants mais les moustiques voraces nous obligent à un repli immédiat dans le fourgon.
Cette dernière randonnée marque aussi la fin de notre séjour en Finlande qui, au final, nous a réservé de belles surprises. Ce soir, nous serons en Suède, à proximité de Gällivare.
L'itinéraire le plus court coupe en diagonale via des routes secondaires mais Hervé a peur qu'elles soient étroites et peu roulantes. Il préfère nous faire passer par les grands axes, un trajet plus long en kilomètres mais d'après lui plus court en temps.
A Muonio, en traversant la frontière, nous retardons nos montres d'une heure. Appréciable vu notre timing chargé !
Le début du trajet en Suède est agréable, à travers des forêts de pins majestueux et de grandes prairies en fleurs sous des températures de plus en plus chaudes, jusqu'à 21 degrés en cours de route. Jusqu'ici tout baigne !
En cours de route, un champ de linaigrettes ou "fleurs à coton".
Mais c'est sans compter sur une importante zone de travaux. Or quand les Suédois font des travaux, ils ne vont manifestement pas jusqu'à leur terme. Nous tombons donc sur une route en attente d'asphaltage, couverte de gravier grossier, presque du gravier de ballaste. Pas sur une courte distance, mais sur plus de 15 kilomètres, une éternité dans ces conditions. Rouler sur cette surface est un calvaire pour le camping-car. Il faut rouler en seconde, en redoutant la crevaison en permanence. D'ailleurs plusieurs véhicules sont immobilisés sur le bas-côté, pneus crevés.
Le retour sur l'asphalte sonne comme une libération et l'arrivée à destination est un soulagement.
Après un après-midi à conduire, nous sommes heureux de poser le fourgon sur les hauteurs de Gällivare, au sommet du domaine skiable du Dundret (730 m), pour une soirée de détente.
La ville réputée pour ses mines de cuivre et de fer s'étend juste à nos pieds, mais c'est pour la nature environnante que nous avons choisi cet endroit. Nous ne sommes d'ailleurs pas les seuls.
Le paysage rocailleux et dénudé inspire aussi nos voisins de parking. Lui équipé d'un drone, elle revêtue d'une robe de bure, capuche pointue et mains dans les manchons, trouvent manifestement ce décor minéral parfait pour leur scénario. Elle déambule dans son drôle d'accoutrement pendant que lui la filme à l'aide d'un drone.
Le ciel orageux ajoute une note dramatique à l'ambiance.
Cette luminosité particulière nous incite à explorer à notre tour la croupe rocheuse qui se dresse devant nous. Petite balade vespérale jusqu'au sommet du Stora-Toppen (820 mètres d'altitude), coiffé de deux abris pour randonneurs. Vue sur la taïga environnante.
Après le départ des dronistes, nous pensons rester seuls sur place. Mais c'est sans compter sur l'arrivée tardive de trois camping-cars d'où descend toute une ribambelle d'enfants, prompts à mettre un peu d'animation sur le petit parking.
Plus tard, dans notre demi-sommeil, nous entendrons encore quelques visiteurs temporaires, attirés par le soleil de minuit. Le Dundret bénéficie d'un succès que nous ne soupçonnions pas ;-)
Distance parcourue dans la journée : 308 kilomètres
Rennes en goguette !

Kvikkjokk (Suède), randonnée dans le massif du Snjerak
J16 : Vendredi 24 juin 2016
Grand beau temps aujourd'hui et déjà 16 degrés à 8 heures du matin. Notre séjour en Laponie suédoise se présente sous les meilleurs auspices.
Alors dépêchons-nous de rejoindre notre étape suivante, à savoir la petite station de montagne de Kvikkjokk, située au bout d'une route en cul-de-sac en bordure des prestigieux parcs nationaux de Padjelanta et Sarek ainsi que sur le tracé du non moins célèbre sentier de grande randonnée de Kungsleden.
Ce n'est pas tout à fait la porte à côté, le trajet va occuper toute la matinée.
Alors que la radio annonce la volonté des Britanniques de quitter l'Union européenne, nous faisons route sur la E45 en suivant la rivière Lule sur laquelle ont été érigés plusieurs barrages de grande envergure, sujets de tensions, par le passé, entre le gouvernement suédois et les Samis privés de leurs terres inondées.
La circulation est particulièrement light en ce vendredi matin et les quelques localités traversées étonnamment désertes. Pourtant, à la sortie de l'une d'elles, un véhicule nous fait des appels de phares. Tiens, un contrôle de police ? Même pas, juste un troupeau de rennes qui fait son numéro en plein milieu de la voie ;-)
Au carrefour où notre trajet quitte la E45 pour prendre la direction de Kvikkjokk, nous avons atteint le point le plus méridional de notre voyage.
A partir de ce carrefour, cap légèrement vers le nord-ouest sur une petite route pittoresque serpentant entre forêts, prairies et habitations isolées sans jamais quitter (ou presque) la rive d'un lac ou d'une rivière.
A son extrémité, au bord du lac Saggat et du delta des rivières Tarra et Kamajokk se blottit le minuscule village de Kvikkjokk, au pied d'une prestigieuse chaîne montagneuse dont certains sommets sont encore couronnés de neige.
Nous avons prévu de passer deux jours dans ce coin reculé.
Deux parcs nationaux, parmi les plus grands d'Europe, entourent le village, en l'occurrence Sarek et Padjelanta qui figurent depuis 1995, au patrimoine mondial de l'UNESCO. Ils ne sont accessibles qu'à pied à l'issue de plusieurs jours de marche, tout comme la Kungsleden, la Voie Royale, un sentier de grande randonnée de 425 kilomètres, divisé en quatre parties de sept jours chacune, dont l'un des tronçons passe également par le hameau.
Alors, que sommes-nous venus faire ici ? Du trekking ? Non, juste des randonnées à la journée. Car si Kvikkjokk est considéré comme la Mecque des randonnées longues, le village est également le point de départ de quelques randonnées à la journée. C'est pour cette raison que nous l'avons sélectionné.
Une fois le fourgon garé sur le parking au bout du village, au bord de la tumultueuse rivière Kamajokk, en avant vers le massif du Snjerak, plus précisément vers celui de ses trois sommets surnommé "Tourist Summit" à 805 mètres d'altitude.
Il est 13 heures, il fait un temps magnifique avec un thermomètre dépassant les 20 degrés. Première vue au cours de la montée, bien raide.
Du "sommet pour touristes", vue imprenable sur le delta, la croupe du Nammatj (au milieu) et les massifs du Sarek et du Tarrekaise à l'arrière-plan.
Depuis le départ, nous suivons un chemin bien balisé qui se termine en surplomb d'un lac que nous atteignons au bout d'une petite heure. Arrivés à ce point, le retour se fait par le même chemin. Déjà ?
Trouvant que la balade manquait de piquant à ce stade, nous nous offririons bien un petit bonus pour prolonger le plaisir. Qu'à cela ne tienne !
Nous avions téléchargé sur notre GPS la trace d'un circuit en boucle trouvé sur Wikiloc. Vous nous voyez venir !
Nous tentons par conséquent de suivre ce tracé ou plutôt l'absence de tracé… sur le terrain. Aucune indication sur place ne fait mention d'une quelconque boucle.
Après quelques centaines de mètres à marcher à vue, nous récupérons une petite sente qui grimpe sur une crête d'où nous jouissons de bien meilleures vues encore sur le Sarek.
Mais quand la sente disparaît à nouveau, le parcours se complique un peu.
Guidés par le GPS, nous gambadons alors à vue dans des pentes buissonneuses, nous frayant un passage au travers d'un inextricable bois de bouleaux nains avant de finir par retomber sur nos pieds dans la dernière ligne droite jusqu'au village.
Hum, on voulait du piquant ?
Cela dit, on ne regrette pas ce choix, ravis d'avoir pu accomplir cette très belle boucle de 12 kilomètres en 3 heures et demie avec 550 mètres de dénivelé.
Conseil : pour une balade simple et facile choisissez l'aller/retour par le même chemin. Pour y ajouter comme nous une pointe de piquant, fiez-vous à Wikiloc ;-)
Une fois de retour, nous espérons nous détendre en profitant de la douceur ambiante. C'est sans compter sur une panne sèche de gaz. Le remplacement de la bouteille est inévitable. Une opération simple et rapide en principe, sauf que, dans le cas présent, le modèle pas tout à fait identique au précédent, fait de la résistance au point qu'il nous faut appeler à la rescousse deux camping-caristes suédois tout aussi désarmés.
En dernier recours, nous laissons un message au loueur, persuadés qu'il nous a fourni une bouteille inadaptée. Au final et à force d'acharnement, Hervé finit par dompter le système et à faire fonctionner la bouteille. Ouf ! On se voyait déjà devoir retourner à Jokkmokk à 100 kilomètres pour trouver du gaz.
Bref, voilà une tâche qui nous a fait perdre toute la soirée… ou presque. Pour qu'elle ne soit pas tout à fait gâchée et avant le dîner dans le fourgon, nous nous accordons un moment de relâche pour l'apéro à la Fjällstation, le seul hébergement de Kvikkjokk. Nous trinquons en plein air au bord de la rivière : c'est l'été en Suède !
Par la même occasion, nous préparons notre journée de demain pour laquelle nous avons besoin d'un transfert en bateau. Rendez-vous est pris avec BJörn pour demain.
Distance parcourue dans la journée : 212 kilomètres.
Vue sur le Sarek depuis le sommet du Snjerak

Kvikkjokk, randonnée vers du Prinskullen et bateau dans le delta
J17 : Samedi 25 juin 2016
Pas de route à faire ce matin. Le Vany reste sagement sur le parking pendant que nous allons découvrir un autre sommet facile, dominant le village.
Le point de départ du trail se situe sur la rive opposée de la rivière. Pour ce court transfert en bateau, nous avons fait appel à Björn qui nous a fixé rendez-vous à 9 h 20, toujours sur le même parking. Nous nous attendions à le voir arriver en voiture, mais c'est de la forêt qu'il émerge à pied, nous conduisant d'abord le long de la rivière Kamajokk jusqu'à la Fjällstation pour récupérer d'autres clients.
Au passage, il nous indique le meilleur point de vue sur les rapides.
Nous sommes sept à monter dans son petit canot à moteur : un couple allemand, une randonneuse suédoise, un jeune couple finlandais et nous, mais chacun avec un but différent.
Les Allemands et la Suédoise veulent aller vers Nammatj. Les Finlandais sont les plus ambitieux avec la montée au Kaskaivo (22 kilomètres et 12 heures aller/retour) dont le point de départ se situe à trois kilomètres en amont de la rivière. En ce qui nous concerne, nous avons juste besoin d'être déposés sur la rive opposée au point de départ vers Prinskullen, la "colline du prince".
Mais Börn nous propose (for a good price, dit-il) que nous accompagnions d'abord les autres personnes jusqu'à leurs points de dépose afin de découvrir, par la même occasion avant notre randonnée, une partie du delta. C'est d'accord. Par cette très belle journée, c'est le moment d'en profiter.
De la rencontre de la rivière Tarra et des rapides de la Kamajokk est né un delta unique et verdoyant formé et régulièrement transformé par l'accumulation de sédiments transportés par les eaux tumultueuses des cours d'eau.
Pendant que Björn nous livre quelques informations sur la région, passant avec aisance de l'anglais à l'allemand, avec même quelques mots de français, le canot s'engage dans un canal étroit, à la végétation luxuriante et touffue, sur un miroir d'eau où se reflètent à la perfection les silhouettes élancées de quelques feuillus.
Les grands arbres ont l'air de se prosterner, formant une haie d'honneur sur notre passage.
Quand le rideau d'arbres s'ouvre, la perspective s'élargit, laissant apparaître le profil râblé du mont Nammatj… … ou la calotte imposante d'une montagne plus éloignée.
Une fois tous nos corandonneurs déposés, quand le bateau revient au niveau des rapides, le moment est venu pour nous de débarquer.
Il est maintenant 10 h 45. Nous nous mettons d'accord avec Björn sur l'horaire du retour (16 heures) et attaquons aussitôt la montée.
Comme d'habitude, l'accès au sommet passe par la traversée d'une forêt de bouleaux, en l'occurrence ici sur un sentier bien tracé, conçu au milieu du XVIIème siècle par les mineurs allant exploiter des filons d'argent dans les massifs du Sarek et du Padjelanta.
Au sortir de la forêt (à 650 mètres d'altitude), il nous reste à franchir une série de dalles rocheuses disposées en gradins avant d'accéder au cairn pyramidal du sommet.
Depuis ce balcon, la vue est saisissante sur la chaîne montagneuse s'étendant à perte de vue ainsi que sur le delta au premier plan, véritable mosaïque de lagunes, de lacs, de canaux, de prairies, de bois et de marais.
Il est midi. Le belvédère est l'endroit parfait pour un pique-nique et un bain de soleil, débarrassés de nos chaussures, les doigts de pied en éventail.
Mais au bout d'une heure, l'envie de bouger nous démange à nouveau.
Le guide Rother mentionne une possibilité de poursuivre (ah, chouette) sur un sentier non balisé, en direction de Vallespiken, aboutissant à des enclos à rennes à 867 mètres d'altitude. Durée annoncée : une heure.
Voilà qui fait notre affaire !
Nous cédons le sommet à trois ou quatre poursuivants, preuve que Björn a dû opérer une rotation supplémentaire, et prenons la direction du nord-ouest.
Devant nous, la chaîne imposante du Vallespiken et ses dômes encore zébrés de neige nous servent de points de repère.
Ce rocher erratique déposé là par quelque troll musclé tient lieu à la fois de terminus et de tour d'observation. Les enclos à rennes (vides) sont visibles à l'arrière-plan.
Pour retourner vers Prinskullen, il suffit alors de suivre ce collier de nuages comme autant de cailloux semés dans le ciel par le petit Poucet. Ils mènent droit au point de vue.
Avant le retour au débarcadère, nous nous accordons une dernière pause pour profiter du panorama et de l'absence de moustiques à cette altitude.
A l'issue de la descente, nous flânons un peu dans cette belle prairie fleurie.
Cachées dans les herbes hautes entre les brassées de graminées, on peut y découvrir des ruines de soubassements du village de Kvikkjokk, jadis établi de ce côté-ci de la rivière. Mais pas le temps de nous attarder, nous percevons déjà le ronronnement du bateau de Björn.
L'homme est aussi ponctuel qu'une montre… suédoise ou peut-être suisse car il arrive accompagné de quatre clients helvètes (+ les deux Allemands de ce matin) qui souhaitent faire une visite plus approfondie du delta.
Il nous propose (toujours "for a good price") de nous joindre à cette nouvelle visite. Why not ? Il n'est que 16 heures, il fait super beau, alors approfondissons !
Pour commencer, le canot va se frotter aux remous des rapides, surfant au bord des eaux tumultueuses, dans un vacarme assourdissant. C'est le prétexte pour Björn d'ajouter un soupçon d'adrénaline à un parcours par ailleurs pépère.
Après le bouillonnement des rapides, le retour au calme est d'autant plus apprécié. L'embarcation file au gré des canaux jusqu'au bassin d'une immense lagune avant de revenir par des bayous plus intimes aux allures de jardin.
Trois quarts d'heures plus tard, le bateau accoste à Kvikkjokk. Fin d'une excellente journée entre randonnée panoramique et balade au fil de l'eau sous une chaleur estivale. 24 degrés, un record !
Après cette journée bien remplie, pouvons-nous espérer une soirée de détente ? Pas vraiment, car après la panne de gaz hier, aujourd'hui c'est la panne d'eau. Au camping de Kvikkjokk, le gérant est peu enclin à nous en fournir, même en payant. Réservant le service à ses clients, il nous dirige vers le village voisin d'Årrenjarka (à 15 kilomètres).
De toute façon, il était prévu ce soir d'avancer un peu dans notre parcours, alors avançons au moins jusque là. Pour être exact, la suite de notre voyage oblige en réalité à rebrousser chemin et ce, jusqu'à… Gällivare.
Après un dernier apéro à la Fjällstation, bye, bye Kvikkjokk.
A Årrenjarka, nous trouvons de l'eau à disposition, nous voilà sauvés. Il ne reste plus qu'à se trouver un coin sympa pour la nuit. Pas évident, car de la route ne partent que des chemins privés desservant tous des habitations isolées.
Pourtant, après le hameau de Tjåmotis , l'un de ces chemins a l'air de s'enfoncer plus profondément dans les bois jusqu'à la berge d'un lac.
Ô surprise, nous y trouvons déjà un autre camping-car, français de surcroît. Immatriculés dans le Calvados, ses occupants ont déniché ce coin lors d'un voyage précédent et y reviennent avec plaisir à chacun de leur périple. Ils auraient sans doute préféré garder l'emplacement pour eux tout seuls mais le partagent bien volontiers avec nous.
L'endroit est un havre de tranquillité et de sérénité. Voilà toutes les conditions réunies pour passer une belle soirée et une bonne nuit.
Distance parcourue en voiture : 53 kilomètres. En randonnée : 12,6 kilomètres, dénivelé de 530 mètres.
Vue sur le delta depuis le sommet du Prinskullen

De la ville en sursis de Kiruna au canyon d'Abisko
J18 : Dimanche 26 juin 2016
Comme prévu, la suite de notre voyage implique un retour sur nos pas jusqu'à Gällivare avant de continuer, via la ville minière de Kiruna, jusqu'aux abords d'Abisko où nous prévoyons d'arriver en fin d'après-midi. Ceci, dans le but de rejoindre dans quelques jours la Norvège au niveau de Narvik et d'enchaîner avec les îles Lofoten.
C'est par conséquent une longue étape de plus de 350 kilomètres qui nous attend. En sachant que les déplacements se font uniquement sur des routes nationales, qu'à tout moment on peut être ralenti par des travaux ou par des troupeaux de rennes, qu'avec un camping-car on a tendance à s'arrêter plus souvent qu'avec une voiture, pour faire le plein d'eau, pour vidanger les eaux sales, pour faire des courses… Bref, il vaut mieux ne pas être pressés. Pour couvrir la distance, nous comptons un minimum de sept heures, sans les arrêts.
Dans ces circonstances, un départ à 6 h 30 paraît tout à fait indiqué et le trajet plus supportable s'il est fractionné.
C'est pourquoi entre les pauses techniques, photographiques, logistiques et touristiques, nous ne lésinons pas sur les arrêts.
Première pause, une heure et demie après notre départ, tout près de Porjus, où nous dédions quelques minutes aux parois étagées de ce profond canyon cachant en son sein une rivière qu'on ne saurait voir ;-)
Dans le centre de Porjus, nouvel arrêt, cette fois pour accomplir des tâches plus ingrates mais indispensables au bon fonctionnement d'un camping-car. Je ne vous fais pas de dessin !
Près de trois heures après notre départ, nouveau prétexte pour nous arrêter : l'apparition de cet étonnant nuage en forme de feu d'artifice ou de bouquet. Nous avions déjà vu ce type de nuage lors de notre précédent voyage sur la route de la Côte au sud de Bodø, mais jamais dans d'autres pays. Curieux, non ? Cette forme de nuages serait-elle propre à ces régions arctiques ? Ou serait-elle l'œuvre d'un avion ?
10 heures, c'est l'heure de la collation et d'une nouvelle pause sur l'aire de pique-nique de Lappesuando, 50 kilomètres au nord de Gällivare. Voilà de quoi nous faire tenir jusqu'aux abords de Kiruna où nous arrivons pour l'heure du déjeuner.
Juste après le repas, visite au pas de course du centre-ville voué à l'engloutissement en raison du développement de la mine de la LKAB exploitant le plus grand gisement de minerai de fer au monde.
Dans les vingt années à venir, il est prévu de déplacer la ville de quelques kilomètres vers le nord-ouest, à commencer par le centre. Un tiers des habitants sont concernés, soit plus de 6 000 personnes, mais aussi tous les commerces du centre, l'hôtel de ville, l'hôpital, l'église, la bibliothèque, des écoles, des lycées… C'est impressionnant !
Dans le hall de l'hôtel de ville, une maquette donne une idée des secteurs concernés.
Le fer est à l'honneur partout dans la ville. Kiruna lui doit à la fois son existence, sa mort annoncée et à terme sa renaissance !
Cela fait maintenant 8 heures que nous sommes en route alors vivement notre arrivée aux abords d'Abisko pour pouvoir nous dégourdir plus longuement les jambes.
Une fois sur place, nous ignorons le village pour nous diriger quelques kilomètres plus loin vers Abisko Tourist Station regroupant un hébergement, une gare, un centre pour visiteurs et un télésiège accédant aux sommets, le tout à l'entrée du parc national du même nom.
Pour le télésiège, nous arrivons trop juste. La dernière montée a lieu à 16 heures, mais plus de descente possible, hormis à pied ce que nous excluons, pas convaincus de son intérêt.
En lieu et place, nous improvisons une balade en boucle de la forme d'un huit, autour du canyon et du delta de la rivière Abiskojakka, un parcours inspiré du guide Rother mais librement adapté à notre forme après 10 heures de route.
Dans l'immédiat et sans quitter le parking, il suffit de tourner la tête vers le sud-ouest pour apercevoir la vue la plus photographiée de la région, la vallée de Lapporten ("porte de la Laponie") en forme de "u" évasé, à l'arrondi presque parfait. Une image qui laisse présager des beautés naturelles de toute cette région.
Parmi les incontournables, il y a bien sûr le canyon que nous abordons dans un premier temps vers l'amont tout en longeant la rive ouest du cours d'eau.
Le parcours, en partie sur des planches, nous réserve de belles vues sur les eaux tourbillonnantes du torrent mugissant.
A la première intersection, nous amorçons déjà la direction du retour, quittant le bord de l'eau par un chemin de traverse pour revenir au point de départ par un "nature path".
Du plus éloigné au plus proche, notre regard retient… … cette belle chaîne montagneuse que la neige recouvre encore d'un blanc manteau , … ce dôme au galbe et à la texture parfaitement parfaits, … ainsi qu'un tapis de myosotis couvrant les pieds de ces bouleaux tordus.
La première boucle de notre huit se termine sous le porche d'entrée de la Kungsleden, ce sentier de grande randonnée dont on avait déjà croisé le tracé la veille à Kvikkjokk. Nous aurions donc pu venir à pied jusqu'ici depuis notre destination précédente ;-)
Passons à présent à notre deuxième boucle qui suit la rive Est du cours d'eau, côté aval, nous livrant un nouvel aperçu du canyon sous un angle un peu différent.
Puis, quand le torrent se jette dans le lac Torneträsk aux allures de fjord, notre balade s'achève en surplomb du delta, avant un passage par la station touristique.
Retour au point de départ après 7,2 kilomètres en 2 heures et demie avec un dénivelé insignifiant (ou presque) de 80 mètres. Bref, une balade pépère de fin d'après-midi pour ménager nos vieux os !
A propos de fin de journée, c'est le moment de nous préoccuper de notre lieu de bivouac. Les parkings du télésiège, du centre des visiteurs et de la gare sont interdits au stationnement durant la nuit. En touristes disciplinés, nous respectons scrupuleusement la mesure contrairement à plusieurs autres camping-caristes, locaux de surcroît, dont les installations trahissent leur intention manifeste d'y passer la nuit.
Néanmoins, en vue d'autres activités prévues demain à Abisko, nous n'aimerions pas trop nous éloigner. Quelques kilomètres à l'est de la station touristique, sur l'aire de repos de Tornehamn, nous trouvons notre bonheur. Le stationnement est toléré pour 24 heures, c'est plus qu'il n'en faut !
La chaleur reste d'actualité, nous permettant de rester en short même en soirée. La région a la réputation d'être la plus sèche de Suède. Pourvu que ça le reste !
Distance parcourue dans la journée : 394 kilomètres.
Canyon d'Abisko

Abisko : télésiège vers Nuolja et randonnée au lac Trollsjön
J19 : Lundi 27 juin 2016
Cette journée d'aujourd'hui n'était pas véritablement programmée mais gardée en réserve au cas où nous aurions de l'avance. Or nous avons toujours 24 heures d'avance sur notre planning, c'est le moment d'en profiter tant que la météo reste clémente et avant une possible dégradation en soirée. Zut !
Pour le moment, n'y pensons pas et profitons-en à fond ! Déjà 16 degrés (22 plus tard dans la journée) malgré un ciel très légèrement voilé en ce début de matinée.
Nous sommes les premiers devant le télésiège d'Abisko mais pendant que nous attendons son ouverture dans notre véhicule, nous nous faisons griller la politesse par deux fillettes et leur maman qui seront les premières à filer vers le sommet.
Le télésiège nous fait alors passer en une vingtaine de minutes de 385 mètres à 850 mètres.
A partir de là, il faut continuer à pied si l'on veut atteindre le mont Nuolja à 1169 mètres, en comptant environ trois quarts d'heure pour la montée.
Pendant que nous nous attardons un peu autour de la station d'arrivée, les filles et leur maman nous distancent encore un peu plus. Mais quand les petites finissent par traîner les pieds, réclamant une pause et un goûter, nous les dépassons allègrement, ravis de partager la primeur du sommet avec ce seul cairn à la forme humaine appelé inukshuk dans d'autres contrées.
Magnifique vue sur le lac Torneträsk, celui dans lequel se jette la rivière Abisko.
A l'issue de cette randonnée de 4 kilomètres avec un dénivelé de 350 mètres, le télésiège nous ramène à Abisko sur les coups de midi.
Un timing parfait qui nous permet, après le déjeuner, d'envisager une deuxième randonnée dans l'après-midi Elle me tient tout particulièrement à cœur. Sur le papier, cette traversée de vallée à destination du lac Trollsjön paraissait magnifique. Voyons ce qu'elle vaut sur le terrain !
Son point de départ se trouve sur la route E10, à 25 kilomètres à l'est d'Abisko. Il faut se garer sur le bord de la route. Dans notre sens de circulation, toutes les places sont déjà occupées. Il faut donc faire un demi-tour en plein milieu de l'E10 pour aller nous garer de l'autre côté de la route.
Pour trouver l'entrée de la vallée, il faut d'abord traverser un petit bois de bouleaux où sont planqués quelques moustiques avides (mais ça c'est habituel). Plus inhabituel, il faut dans le cas présent traverser la voie ferrée de la ligne Kiruna – Narvik en faisant attention aux trains, nombreux, mais heureusement sonores.
Une fois ces deux obstacles franchis, la vallée est à nous !
Comme la montée est progressive et régulière avec un gain d'altitude bien réparti, nous avançons d'un pas vif sur un sentier engazonné déroulant son tapis de verdure au pied d'une table rocheuse face à des dômes marbrés de neige.
En revanche, nous sommes étonnés de ne pas trouver grand monde sur le chemin. On aurait pourtant pu croire le contraire au regard du nombre de voitures garées sur la route, mais leurs occupants ont sans doute préféré une vallée voisine propice au trekking. Nous voilà bien tranquilles de notre côté. Nous finissons par rattraper un groupe de quatre personnes, des Suédois, un homme et trois femmes, plus lents que nous, l'une des femmes avançant comme une tortue, encore plus démoralisée quand nous lui annonçons qu'elle n'est qu'à moitié route. Nous avons bien cru qu'elle allait abandonner, ce qui aurait été dommage car juste après, nous atteignons la partie la plus spectaculaire du parcours.
Au fond de la vallée apparaît une gigantesque moraine latérale déroulant son rouleau compresseur à perte de vue et charriant des blocs rocheux dans un chaos indescriptible.
l'arrière-plan, les massifs montagneux lacérés de neige nous font penser aux montagnes du Landmannalaugar en Islande
Sur cet univers fantasmagorique de blocs renversés, de dalles dressés, de rocs brisés, de roches tourmentées veille le maître des lieux, un monstre de pierre hybride, tête au profil humain sur corps de dragon.
Il annonce ce pour quoi nous sommes venus jusqu'ici : le lac Trollsjön, caché dans le creux de ce cirque montagneux.
Sur ses eaux couleur soufre, qu'on dit être les plus claires de Suède, flottent quelques icebergs qui font de la résistance en ce début d'été.
Nous aurions aimé nous attarder dans cette vallée perdue mais le ciel finit par se couvrir, nous faisant redouter un orage.
Après une dernière incursion au cœur de la moraine, nous saluons les derniers trolls de pierre, implorant leur dieu de bien vouloir nous épargner d'un retour sous la pluie.
Manifestement, nous avons été entendus ! Non seulement il n'a pas plu mais nous avons même été crédités d'un peu de ciel bleu, nous permettant d'apprécier au passage ce névé aux allures de meringue saupoudrée de cacao.
Après avoir retraversé la voie ferrée, le Vany nous voit de retour vers 17 h 30 au bout de 11,6 kilomètres soit 3 heures et demie pour un dénivelé de 470 mètres.
Nous avons adoré cette vallée enchantée peuplée de trolls et ce lac d'un bleu intense, une de nos plus belles randonnées en Suède et peut-être même du voyage.
Cette balade est aussi la dernière en Suède On peut d'ores et déjà affirmer que ce séjour a été une totale réussite aussi bien dans le choix des destinations que des activités. La météo parfaite a participé de ce succès.
Nous ne sommes plus maintenant qu'à une dizaine de kilomètres de la frontière. Notre journée s'achève côté norvégien, après avoir posé le camping-car sur une aire très champêtre bordée de marais couverts de linaigrettes au pied de petites collines rocheuses.
L'orage redouté finit par éclater dans la soirée. Bien à l'abri dans le camping-car, nous ne craignons plus rien mais ce n'est pas de bon augure, la veille de notre étape vers les îles Lofoten. ;-)
Distance parcourue dans la journée : 52 kilomètres.
Lac Trollsjön

La suite se trouve dans... le message 2 (juste au-dessous)
Coup de gueule sur Roissy CDG 1
Bonjour, je voulais pousser un coup de gueule sur l'aeroport CDG 1, qui pour le premier contact avec la France est une honte. J'espere que des employés qui y bossent liront mon post.
1) Il n'y a plus de rhum français dans les Dutyfree, (je suis passé dans 2 dutyfree avant hier) juste du Baccardi et Captain Morgan, une honte quand on connait a qualité du rhum des Dom TOM.
2) Arrivée a 22h30 pu rien d'ouvert, les derniers dutyfree etaient en train de fermer
3) La brioche dorée du T1 était en train de baisser le rideau a 22h40 alors qu'ils sont censé fermer a 23h. Le personnel TRES agressif et grossier a repousser les voyageurs qui demandaient un sandwich, certains passagers se sont fait hurler dessus.
4) Saleté, personnel de l’aéroport désagreable, aucun commerce d'ouvert.
Bref ça me désole de voir que le premier contact en arrivant en France peut etre extrêmement négatif, je n'ai jamais vu ça ailleurs. Aucune valorisation de produits locaux et c'est de pire en pire a chaque fois que j'y remet les pieds.
Voila, juste un ptit coup de gueule et au final un aéroport qui se dégrade a l'image du pays, il erite sa place de pire aéroport d'Europe.
1) Il n'y a plus de rhum français dans les Dutyfree, (je suis passé dans 2 dutyfree avant hier) juste du Baccardi et Captain Morgan, une honte quand on connait a qualité du rhum des Dom TOM.
2) Arrivée a 22h30 pu rien d'ouvert, les derniers dutyfree etaient en train de fermer
3) La brioche dorée du T1 était en train de baisser le rideau a 22h40 alors qu'ils sont censé fermer a 23h. Le personnel TRES agressif et grossier a repousser les voyageurs qui demandaient un sandwich, certains passagers se sont fait hurler dessus.
4) Saleté, personnel de l’aéroport désagreable, aucun commerce d'ouvert.
Bref ça me désole de voir que le premier contact en arrivant en France peut etre extrêmement négatif, je n'ai jamais vu ça ailleurs. Aucune valorisation de produits locaux et c'est de pire en pire a chaque fois que j'y remet les pieds.
Voila, juste un ptit coup de gueule et au final un aéroport qui se dégrade a l'image du pays, il erite sa place de pire aéroport d'Europe.
The most welcoming people?
Hi there,
While reading some travel journals, I notice that we always reflect on the people of the countries we visit.
I’d love to hear your thoughts on which people charmed you the most during your travels?
I’m not looking for controversy, just reflections and personal feelings. Looking forward to reading your replies...
While reading some travel journals, I notice that we always reflect on the people of the countries we visit.
I’d love to hear your thoughts on which people charmed you the most during your travels?
I’m not looking for controversy, just reflections and personal feelings. Looking forward to reading your replies...










