Que penser de cette déclaration (- 48h)
Comme mes autres collègues pilotes, j’ai souhaité et milité pour qu’un de nos pairs arrive à la tête d’Air Mad.
C’est chose faite après moult lobbying et pressions. Mais malheureusement, ce résultat, qui ne nous honore pas soit dit en passant, confirme nos inquiétudes d’il y a quelques mois. Très vite, nous avions ressenti que nous avons fait fausse route et nous nous sommes trompés concernant notre collègue DG et ses capacités réelles à diriger.
Au lieu de redresser la Compagnie, il a multiplié bourdes et mauvaises décisions.
L’année 2011 s’annonçait difficile avec l’entrée de la Compagnie dans l’annexe B (liste noire). Mais, au lieu d’endiguer les dépenses, il s’est fourvoyé en prenant multiples et coûteuses mauvaises décisions, notamment la location d’un B777, sous prétexte qu’il y ait été forcé d’en haut lieu.
Cette location a d’ailleurs fait les choux gras des journaux à l’époque. Au lieu de réduire la voilure en adaptant le programme de vols aux moyens disponibles, il a fait multiplier fréquences et routes sans souci de rentabilité, uniquement pour se vanter d’innovation.
Malgré les alertes faites par les techniciens, il n’a pas voulu corriger ses erreurs, et les avions sont remplis à perte !
Le DG a gonflé l’organisation pour pouvoir caser ses acolytes et ses sbires, mais aussi par incompétences et par méconnaissance du fonctionnement de la Compagnie. Les irrégularités se sont multipliées, les insatisfactions de la clientèle s’accumulaient ; à tel point que les clients qualifient Air Mad d’ «Air Malade » mourant au chevet de ses dirigeants sans vergogne, plus affairés par leurs rétrocommissions occultes qu’à la rentabilité de la Compagnie.... Les mécanismes de contrôle de dépenses ont été défaits.
La structure gigantesque ne suffit pas au DG ! Selon son humeur du jour, il peut décider de mettre en place une organisation parallèle pour toujours placer potes et caciques pour parait-il étudier et décider de différents points, au détriment de l’expertise des responsables.
Les engagements se font sans souci de rentabilité : engagement de prestataires amis, octroi de billets gratuits, explosion du nombre de missions à étranger, formation, attribution de primes exceptionnelles individuelles...
Il nous a promis que nous serons tous sur A340 mais il faut croire que c’est du vent !
Il croit maîtriser Air Madagascar pourtant il n’est qu’un simple pantin aux mains de ses mentors et de ses proches amis du Gouvernement ! Et que ce soit le DG ou le CA, tous croient qu’ils peuvent gérer MD à coup d’annonces !
Le DG a déclare d’emblée à sa prise de pouvoir qu’il fera sortir Air Mad de la liste noire au bout de trois mois. Et, tout le monde a gobé : les gouvernants comme les membres du personnel... Rien de bien concret n’a été fait. Comme parade, la faute a été rejetée à l’ACM. L’annonce que cette fameuse et imminente sortie de la liste B a été jetée comme leurre pour que ses supporters le maintiennent à son poste.
Pourtant, le résultat du dernier audit de l’EASA (Union Européen), en septembre dernier, est plutôt de mauvais augure pour notre avenir.
Je vous passe les autres détails....
Augmentation de Capital ou Chronique d’une privatisation déguisée
L’augmentation de capital est arrivée comme une bouée de sauvetage.
Nul ne conteste son utilité surtout après cette perte abyssale représentant pratiquement le triple du capital de MD. Mais sa forme suscite pas mal d’attaques.
L’Etat a-t-il les moyens d’injecter les 200 milliards annoncés. Apparemment, il va beaucoup faire jouer ses créances et limiter l’apport d’argent frais ! C’est compréhensible étant donné que l’Etat a d’autres dossiers plus urgents avec la dégradation galopante de notre économie et de notre sécurité (élection, Jirama, Dahalo,...) Mais en limitant son apport, l’Etat laissera la porte ouverte à d’autres actionnaires.
Ce scénario s’apparente à une privatisation déguisée.
On ne peut pas être foncièrement contre, peut être qu’il est temps de s’y lancer (c’est un autre débat)... mais est-ce le Gouvernement actuel de Transition est-il autorisé à y procéder ? En embuscade, Air France risque d’emboiter les pas du Gouvernement pour transformer ses créances et participer massivement à cette augmentation de capital. Braderie tsy misy ohatr’ity (sans égal)... comme la vente en cours de l’Air Force One II.
Il faut dire qu’Air MAD a actuellement vraiment du mal à payer les loyers de ces avions A340 de location auprès d’Air France, en frôlant à plusieurs reprises l’exclusion de la chambre de compensation de l’IATA. Ses dettes s’y accumulent.
Le DG est son équipe actuelle est-elle capable de mener à bien et dans les règles cette augmentation de capital ? Vacillante, sans cohésion, et sans leader, l’équipe est peut-être là pour couler définitivement le navire. Le CA restera-t-il leur complice ou le vent de changement doit aussi passer par là !?
Car sous d’autres cieux, dans pareilles circonstances et au vu du très mauvais résultat, l’équipe dirigeante doit démissionner. En bloc, sans distinction ! Et, un audit indépendant doit y être mené.
Mais parions qu’en haut lieu, on n’osera pas couper la main nourricière et encore moins détrôner les potes en cette période pré-électorale !
Quel crédit doit-on accorder à cette équipe et à son business plan (en passant, accouché après multiples corrections !) incapable de produire son budget de fonctionnement pour l’exercice 2012. L’équipe dirigeante navigue pratiquement à vue ! Ce Business Plan et l’augmentation de capital ne sont-ils qu’un effet d’annonce supplémentaire.
Il ne faudra pas nous étonner si les résultats 2012 resteront encore dans le rouge. La rentabilité de l’A340 fait actuellement l’objet de multiples réunions et de vifs critiques en interne, poussant les responsables à se rejeter les fautes ! Est-ce pour cette raison que le CA a préféré sciemment annoncer qu’il ne faut pas s’attendre à un résultat bénéficiaire avant 18 mois ! A la place des bailleurs et des banquiers, je réfléchirai à 2 fois avant d’y risquer mes sous.
Le silence des media sur cette perte et cette augmentation de capital est intriguant. Les journalistes préféreraient-ils rester un simple instrument du pouvoir ? Le quasi inexistence de débat est révoltant pour un patrimoine qui nous concerne tous.
Le personnel d’Air Mad est au bord de l’explosion ! Mais par le temps qui court, et au vu de la situation de notre pays, il préfère taire ses inquiétudes en se contentant de recevoir leurs paies du mois que la Direction Générale a tout le mal du monde à payer.
Piloter un avion n’est pas simple. Gérer et être à la tête d’une compagnie aérienne est plus compliqué. Nous avions été formés pour exécuter des procédures précises, et respecter une check-list. Et le DG se cache derrière ça pour justifier le respect des ordres insensés d’en haut-lieu ! Il oublie que respecter les check list ne préserve pas d’une sortie de piste, comme il l’a fait à
Nosy Be !
Le départ annoncé d’une quinzaine de mes collègues est un signe que la Compagnie est au bord du gouffre. Même si l’herbe n’est pas toujours forcement plus verte sous d’autres cieux, je pense sérieusement à rejoindre mes collègues qui sont partis... au moins là-bas, j’exécuterai plus sereinement mon plan de vol sans risques de crash d’avion ni de crash de la compagnie !
Et promis juré ! Je ne m’aventurerai jamais plus à pousser un des nôtres à la tête d’une quelconque Compagnie!