Opai · 20 janvier 2008 à 19:56 65 messages · 14 participants · 10 125 affichages | | | | À: Dolma · 27 mai 2008 à 15:11 Message 41 de 65 · Page 3 de 4 · 1 733 affichages · Partager Ca vient, ça vient ma chère Dolma!!
Tu sais, il faut laisser le temps aux souvenirs de remonter à la surface... Ou plutôt, il me faut un peu de temps pour plonger et les rapporter!
J'espère aussi qu'il n'y a pas trop de photos? Désolé, je ne peux m'en empêcher...
Bonne lecture... | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Opai · 27 mai 2008 à 15:15 Message 42 de 65 · Page 3 de 4 · 1 731 affichages · Partager 24 Juillet 2007 : Javshanguz
Je suis réveillé par la famille de Bimish qui mange et parle dans la cuisine, juste à côté de mon lit. Je me lève, on me sert six oeufs! Après les six d'hier, je vois mon foie exploser... Je ne peux pas, j'en refile deux à un des enfant. Je les quitte un peu triste, on s'écrira. Bimish m'accompagne à la fondation Aga Khan. Helen est en train de discuter avec son chauffeur et son assistant autour d'un cadastre. On part dans une belle jeep, encombrée de plans. Je tiens le GPS qui sert à vérifier la précision des cartes. Nous nous arrêtons dans chaque villages. Helen parle couramment pamiri et tadjik. Elle rencontre les responsables pour obtenir des informations. Helen me parle de la fondation : elle a une vocation humanitaire et, travaille sur le long terme. Contrairement à d'autres associations présentant des plans de quelques années au bailleurs de fonds, elle sait qu'elle sera là pour très longtemps. L'Aga Khan est le chef spirituel des ismaéliens, une branche très ouverte de l'Islam. Lui même est né en Europe et vit en Suisse. Il passe de temps en temps au Pamir. C'est le grand père universel! Sa fondation ne distribue pas la fortune personnelle de l'Aga Khan mais des fonds obtenus auprès des donateurs (différents pays, UE, dons privés). Avec cela, elle a construit des écoles, des lycées et des universités, des ponts et des routes... Helen m'explique que la fondation remplace l'état tadjik au Pamir : les donateurs préfèrent lui donner l'argent à elle plutôt qu'à l'état corrompu. La fondation a donc créé un système parallèle qui a le véritable pouvoir à cause de son argent. Dans chaque village est élu démocratiquement un représentant de la fondation. C'est lui qui fait l'intermédiaire. Il informe des besoins et distribue les fonds. Il a plus de pouvoir que le gouverneur nommé par le gouvernement central. Ce dernier laisse faire. Originaires d'une autre région du pays, les dirigeants ne font rien pour la région autonome du Pamir. Les femmes se promènent en pantalon dans les villages. Elles font la bise aux visiteurs, hommes ou femmes. En attendant qu'une réunion un peu plus longue se termine, je m'assois sur une marche d'un escalier en béton froid. Le vent souffle et le soleil ne pénètre pas entre les gorges. La vie semble paisible ici. Disons plutôt qu'il n'y a pas grand chose à faire. Il y a très peu de terre cultivable. C'est trop pentu et trop caillouteux. Pendant l'ère soviétique, la population des Pamirs a été multipliée par quatre. La nourriture était importée. Lors de l'indépendance on s'est rendu compte qu'il n'y avait pas assez de terres pour nourrir toutes ces bouches. Il y a eu des pénuries, des gros problèmes de sous alimentation. Ce n'est toujours pas l'abondance mais ça va mieux depuis quatre ou cinq ans me dit Helen. Nous remontons la vallée de Chokh Dara. Les gorges s'élargissent et la caillasse laisse place à des champs d'orge puis à des prairies. Les villages sont de plus en plus étalés. Javshanguz se trouve dans une plaine verte entourée de sommets enneigés. On voit le pic Karl Marx. Il fait froid. Nous sommes accueillis avec des gâteaux, de la crème, du beurre, du thé et de la soupe au riz et à la viande. Helen me raconte que pendant la période soviétique, un camion passait récupérer le lait dans les pâturages d'été. On transportait le foin et parfois même les bêtes par hélicoptère, d'une pâture à l'autre. Cela paraît absurde! La balance commerciale était naturellement négative et de nos jours, le lait est consommé sur place et l'excédent est parfois jeté. Un suisse a ouvert une fromagerie pour permettre aux gens de conserver le lait. Mais ce n'est pas dans la culture locale... Cela n'a pas très bien fonctionné. Je me promène dans cette plaine verte où courent de nombreux ruisseaux. Je n'arrive pas toujours à éviter les zones inondées. Il pleut un instant puis le soleil refait son apparition pour quelques minutes, et les nuages reviennent... L'herbe accompagne ces changements de temps. Elle passe du vert foncé au vert presque fluorescent en passant par le jaune orangé! Je n'ai pas envie de passer trop de temps ici. L'idéal serait de trouver une voiture pour faire la jonction avec la Pamir Highway. A pieds, on me le déconseille. D'ailleurs, je ne suis pas équipé. Une voiture passe et je l'arrête. Ils vont dans la direction souhaitée. Deux jeunes touristes en sortent. Il y a de la place. Je leur expose mon problème explique que je ne souhaite pas faire demi tour. La fille me dit avec un accent scandinave : "Oh, mais la route est belle, comme ça, tu la verras dans l'autre sens". Le gars se tait. Je reste sans voix, avec une forte envie d'homicide. Ils ont refusé de me prendre pour une trentaine de kilomètre! Helen reste une semaine là haut mais la voiture repart. Je redescends avec eux. On quitte la route pour aller compter le nombre de tête d'un troupeau de chèvres. On roule une heure hors piste avant de voir une petite ferme. Des vaches, des chèvres, des moutons et quelques chevaux. Nous attendons que le troupeau rentre pour la nuit. Nous buvons du thé, mangeons de la crème. Le poêle réchauffe bien la petite pièce. La vieille me parle, elle veut que je la photographie. Elle plaisante aussi. Je ne comprends malheureusement rien... Dans la deuxième pièce, quatre filles discutent et rient autour d'une bougie. L'homme et son fils rentrent le troupeau quand la nuit vient. C'est à ce moment là que le comptage a lieu. Cela prend du temps. Les moutons sont parqués dans la dernière pièce de la petite ferme. L'ouverture est refermée avec des pierres. Sur les murs sèchent des bouses de vache, le seul combustible que l'on trouve à cette altitude. Nous repartons vers 22h00 avec une chèvre. Sur les cents mètres qui séparent la ferme de la jeep, il y a plusieurs ruisseau à traverser. Certains sont larges de plusieurs mètres. Je sors ma lampe frontale et tout le monde semble ravi. La chèvre, les pattes liées, est lancée par dessus l'eau. Pauvre bête! Elle est emballé dans un sac en plastique et seule sa tête sort. Elle pissera de peur pendant tout le voyage. La route est défoncée mais cela ne m'empêche pas de m'endormir. Je suis juste parfois réveillé en me cognant au plafond de la voiture. Je suis complètement endormi quand on me dit de sortir. Je n'ai pas vu le temps passé, je ne sais pas où on est. Je suis un des hommes qui m'accompagnait. Dans la maison, toute sa famille dort. Il met la lumière, je vois une dizaine de personnes alignées sous leurs couvertures. C'est une maison traditionnelle pamirie. Des grandes pièces dont les deux mètres qui longent les murs sont surélevés de cinquante centimètres. Je m'allonge aussitôt mais mon hôte me réveille au bout de cinq minutes : sa femme et sa fille nous ont préparé un repas. Il est deux heures de matin, je suis confortablement allongé sous un tas de couverture mais je ne sais même pas où je suis! De retour à Roshtkala peut-être ? Mon hôte m'informe : oui, je suis sur les hauteurs de Roshtkala et lui, c'est le responsable local de la fondation Aga Khan. entre Roshtkala et Javshanguz autour de Javshanguz fermiere | | | À: Opai · 29 mai 2008 à 12:47 Message 43 de 65 · Page 3 de 4 · 1 707 affichages · Partager 25, 26 et 27 Juillet 2007 : De Khorog à Ichkachim
Levé de bonheur à Roshtkala, petit déjeuner copieux et départ pour Khorog. Aujourd'hui, ce sera repos entre lecture et thé. Sur la route, à la sortie de Roshtkala, je croise le père de Bimish. Un geste de la main par la fenêtre et nos chemins se séparent pour de bon. Retour à la Pamir Lodge. Je m'installe sur une banquette et peu de temps après, j'aperçois Simon qui arrive. Je l'avais déjà rencontré à Samarcande et je m'étonnais de pas l'avoir recroisé plus tôt. Une intuition me dit qu'on pourrait bien s'entendre. Les deux semaines qui viennent ne feront que le confirmer. Simon est de Berne, il a pas mal voyagé. Il n'est pas trop bavard mais il sait s'enthousiasmer.
Nous avons les même projets pour les jours qui viennent. Rejoindre Ichkachim, passer le corridor du Wakhan puis rejoindre Alichur, Murghab et Osh. On sort la carte et on discute des différents points que l'on ne veut pas rater. Tout concorde, on part demain ensemble. Il est clair que le chemin qui nous attend est peu fréquenté. Ce sera plus agréable à deux si on doit passer des heures à tendre le pouce au bord de la route!
Le lendemain, après quelques courses, on part à la recherche d'un moyen de rejoindre Garm Shasma. C'est une station thermale réputée dans tout le pays. Il n'y a pas de bus en partance et les tarifs des voitures sont trop élevés. On descend, on descend et on tombe finalement d'accord sur un prix raisonnable. Pour ça, on n'aura pas un beau 4X4 tout neuf. Le jeune chauffeur pousse la voiture dans la pente pour la faire démarrer. C'est une vieille Jigouli orange. C'est parti!
Nous longeons le Pyanj et bien sûr, mes yeux ne quittent pas la rive afghane. On voit le chemin muletier et quelques hommes qui s'y déplacent. Parfois, il y a une ferme isolée, entourée de cultures de blé ou d'orge. La montagne se dresse, abrupte, derrière la ferme.
La voiture tousse. Ca monte, le chauffeur met le pied au plancher, le moteur hurle mais nous ralentissons... Finalement, on s'arrête. Cales sous les roues, ouverture du capot... De l'eau est versée sur le radiateur et les deux pamiris disparaissent dans un nuage de vapeur. Heureusement qu'il y a de l'eau non loin de la route, ils remplissent les bidons et nous repartons. Sur les 46 kilomètres entre Khorog et Garm Shasma, nous ferons une dizaine de pauses. Nous nous arrêterons tous les 500 mètres dans la dernière montée. Les arrêts se feront de plus en plus long car en plus de refroidir le radiateur, il faudra pomper après avoir noyé le moteur et chercher de l'eau toujours plus difficile d'accès au fond de la gorge.
Une association d'idées quelque peu scabreuse me donnera un des plus gros fou rire de ma vie. Nous l'avons eu en même temps, Simon et moi, pendant que le jeune chauffeur se démenait sur sa voiture. Je doute qu'il ait plus de 16 ans. Ca a été dur de lui expliquer la raison de notre hilarité. Mais je pense qu'il a compris qu'on se moquait pas vraiment de lui.
Arrivé à Garm Shasma en milieu d'après midi après trois heures de route. En surplomb, un bassin bleu et des formations géologiques du type de celles que l'on peut voir à Pamukkale. Après avoir trouvé une chambre, nous nous dirigeons vers la source d'eau chaude soufrée. Nous devons attendre : c'est l'heure des femmes. Nous prenons un thé dans un jardin en regardant passer les curistes avec une serviette sur l'épaule. Il semblerait que cette eau ait de grandes vertus, certains viennent de Dushanbe pour en bénéficier.
Toutes les femmes sont sortis, nous pouvons y aller. Nous montons sur des pierres très glissantes. Tout le monde est nu. L'eau est trouble et il s'en dégage une forte odeur de soufre. Dans un coin du petit bassin, des hommes se font raser la tête. Certains se frottent le corps avec le sable et les minéraux qui se fixent sur les parois. Des enfants jouent dans l'eau, courent et plongent.
Tout le monde nous regarde! Pas d'autres touristes étrangers ici. C'est en slip que nous nous enfonçons dans l'eau bouillante. Des adolescents viennent faire la causette avec nous. Ils nous révèlent les vertus de cette eau avec plus de précision : elle est recommandée avant tout pour les maladies de peau... Je regarde autour de moi. C'est un catalogue de problèmes dermatologiques : des dépigmentations, des champignons, des taches noires, blanches ou rouges. Je sors de l'eau...
Nous nous imaginons à notre retour en France : "Chéri, je t'ai rapporté un souvenir, un psoryasis tadjik." Il n'y a pas de douche. Nous séchons sous le soleil qui décline dans un paysage somptueux. La montagne est rose et au loin, on devine des sommets enneigés.
Nous nous couchons tôt dans notre chambre. C'est miteux, on sent les toilettes de la cour à cent mètres et les tables sont couvertes d'une épaisse couche de graisse. Une famille russe de Dushanbe est en vacance ici. Ils passent la soirée à discuter et à rire autour de bouteilles de vodka et de gros cornichons. On s'endort rapidement malgré tout.
Un homme ouvre la porte de notre chambre alors qu'il ne fait pas encore jour. Il hurle quelque chose d'incompréhensible avant de disparaître. J'apprends à cette occasion quelques jurons suisse-allemands. On quitte ce lieu glauque au plus vite. Pas moyen de trouver le propriétaire. On pose l'argent sur le lit...
Petit déjeuner de voyage : soupe de viande et patates, bien épicée. Et nous voilà en marche vers la route d'Ichkachim. Sept kilomètres de bonheur : le soleil n'est pas encore écrasant. On croise des bergers, des jeunes femmes courageuses qui traversent le torrent sur des ponts dont il ne reste que le squelette métallique.
Arrivés à Anderob nous cherchons un point stratégique pour trouver un véhicule. Des gamins lancent des pierres sur des chèvres affolées. Toujours en fond sonore, le torrent qui court en contrebas. On entend aussi un âne. Des hommes et des enfants passent, portant sur leur dos de grosses charges de bois ou de foin. Il y a un abris de bus, vestige de l'époque soviétique où se déplacer était sans doute plus simple. Il est orné de mosaïques et de bas reliefs en béton. De la propagande : la moisson, les machines agricoles, des paysans souriants etc... Sous l'abris, un homme attend. Je le reconnais, il était dans la mashrutka qui m'a amené de Dushanbe à Khorog.
Il me conseille d'aller tenter ma chance plus haut. Là où nous sommes, les quelques véhicules qui sont passés étaient pleins. Nous marchons donc vers le check-point. Aussitôt arrivé, on nous demande nos passeports et nos permis. D'autres personnes attendent au bord de la route. Dès qu'une voiture se rapproche, je me précipite vers elle et lui demande de nous prendre. Cela fonctionne avec une voiture de type sportive! Pas vraiment une Simca 1000 mais presque. Plancher bas, volant sport... Pas vraiment approprié au terrain. Le chauffeur fixe un prix, impossible à marchander.
Dans la voiture, un jeune couple. La fille est une beauté. Elle ne parle pas. Le mec ne parle pas trop non plus. Il fonce. Le plus vite possible. Il fait du 120 sur une route défoncée. On vole entre les nids de poule mais souvent, ça cogne. Il prend les virages sans freiner. Et régulièrement, il s'arrête : sa belle se sent mal. Alors, elle vomit avec grâce, il lui passe de l'eau avec un sourire de vainqueur. Il nous regarde l'air de dire : ah, ces gonzesses, des vraies natures. Un vrai mec, quoi. Et hop, c'est reparti, plus vite. On s'arrête cinq fois en route pour que madame puisse vomir.
Le soleil cogne, l'espace et immense. Sur la droite, une rivière dont les nombreux bras serpentent entre des bancs de sable beige ou blanc. Des touffes d'herbe et des buissons sont d'autant plus nombreuses qu'elles sont proches de la rivière. Il y a aussi des champs vert qui font des vagues et des arbres fruitiers. Au loin, droit devant nous on voit des sommets blanc en dents de scie.
On roule depuis un certain temps quand le doute s'installe... Je demande au chauffeur : "Ichakachim? Stop in Ichkachim." Réponse : "No problem Ichakachim." On regarde la carte, on traverse un village, un deuxième. Simon hurle : " STOOOP". Nous sommes à 30 kilomètres au delà de la petite ville. Nous l'avons traversé mais sans nous en rendre compte, pas malins. Après tout, on ne connaît pas, nous.
S'en suit une discussion mouvementée. Le gars ne veut rien savoir. Il nous planterai là mais il veut son argent. Hors de question de faire demi-tour. Nous devons absolument rejoindre Ichkachim si on espère trouver un moyen de traverser entièrement le Wakhan tadjik. Le mec hurle, Simon aussi! La fille se réveille, elle parle en fait très bien anglais. Malheureusement, elle dit ne pas comprendre dès que quelque chose ne l'arrange pas. L'homme nous dit de lui donner l'argent et de descendre. Il nous promet de revenir bientôt dans l'après midi. Décidément, il nous prend vraiment pour des imbéciles naïfs.
Finalement, il fait demi tour. Il continue à gueuler et roule encore plus vite. Il y a une barrière de check point sur la route. Elle était ouverte à l'aller. Elle est maintenant fermée. On se la prend de plein fouet. Il pile, la voiture dérape pour se retrouver perpendiculaire à la route. C'est tendu.
Moi, je me délecte par la fenêtre d'un paysage magnifique. J'ai rêvé du Wakhan et m'y voilà. J'y ai pénétré sans même m'en rendre compte! On s'arrête devant une ferme. Notre chauffeur nerveux va discuter avec un homme. Il revient, sort nos bagages de la voiture, réclame son argent. Tout est arrangé, le paysan nous emmène à Ichkachim. Je demande à voir la voiture... Elle est sous une bâche et date des années 50! Une très grosse voiture. Je doute de sa capacité à rouler mais je me trompe. Ca prend du temps, il faut pousser, mais elle fini par démarrer.
Nous partons dans ce vieux tas de ferraille. Notre nouveau chauffeur est des plus sympathique. Dans les descentes, il coupe le moteur et dans les montées il nous regarde comme pour nous convaincre (et se convaincre) qu'on arrivera en haut. Seul bémol : il n'y a pas de pot d'échappement et tous les gaz se diffusent dans l'habitacle. Ca devient vite irrespirable. On est pris dans un brouillard. Je passe le voyage la tête dehors. Sur la route, des enfants nus se sèchent au soleil après un bain dans les canaux d'irrigation. Ils ne sont pas déranger souvent vu le peu de circulation. Il y a aussi du linge étendu sur l'asphalte. On avance à moins de 20 km/h. On dirait un film de Kusturica.
On arrive à Ichkachim, fatigués, affamés. Les quelques échoppes autour du marché n'ont plus rien à offrir. On trouve quand même une femme qui accepte de nous préparer des oeufs, de la saucisse et des pommes de terre. Mais tout cela est noyé sous de la mayonnaise et du ketchup. Est-ce pour nous faire plaisir qu'ils ont fait ça ? Occident = ketchup/mayonnaise ? C'est dégueulasse. Je laisse ma part à un cycliste rencontré dans notre Guesthouse. Anglais, il est parti du Japon voici un an et demi. Il va rejoindre son pays natal.
Je rencontre un groupe d'enfant très souriant. Je parie avec un jeune sur le poids d'une pastèque. J'annonce 7 kg, lui penses plutôt 9 kg. On rentre dans un magasin pour peser : exactement 7kg. On se marre. L'ambiance est bonne ici, les gens sont souriants, les gamins adorables.
Dans l'après midi, un nouvel hôte arrive dans notre chambre. Matthias est allemand et voyage avec Alister, un anglais. Ils ont loué une jeep Niva et sont sur la route du Wakhan. Ils vont jusqu'à Alichur et ont semble-t-il deux places de disponibles. Regard complice avec Simon... Opération séduction : ces deux places seront pour nous! Je sors des raisins secs, Simon du chocolat. On prépare notre demande en espérant qu'ils ne refuseront pas. On flatte un peu l'allemand, je ne dis rien quand je suis en désaccord avec lui. Je le laisse même dire des énormités sur l' Iran. C'est dire ma motivation! Pendant le repas du soir, Simon leur expose notre projet. Ils acceptent, on partagera les frais.
J'ai croisé à Khorog un voyageur obligé de faire demi tout après 5 jours d'attente à Langar. Au delà de ce village, aucun véhicule, mis à part les jeeps de touristes n'emprunte la route qui rejoint Alichur. Et il y a peu de touriste dans les Pamirs. Nous nous étions donné 4 jours pour trouver un moyen de transport. En moins de 4 heures, nous avons résolu le problème. Nous affichons un large sourire et avons du mal à contenir notre joie une fois de retour dans notre chambre. On se félicite... Départ demain après midi pour Langar. Voiture en souffrance en route vers Garm Shasma station thermale de Garm Shasma au nord d'Ichkachim | | | À: Opai · 29 mai 2008 à 13:05 Message 44 de 65 · Page 3 de 4 · 1 702 affichages · Partager j'avais entendu parler l'Aga Khan à la radio et j'avais apprécié le fond de sa pensée nul doute que sa fondation fait vraiment du bon boulot dans la région j'attend la suite de votre équipée en compagnie deux Allemands | | | À: Opai · 31 mai 2008 à 13:08 Message 45 de 65 · Page 3 de 4 · 1 682 affichages · Partager 28 Juillet 2007 : Ichkachim et Langar
On en parle depuis hier. Il faut dire que c'est extrêmement tentant. Simon n'est pas partant au début : il a promis à sa copine et si elle apprend ça (et il ne pourra pas s'empêcher de lui en parler), elle le quittera, c'est sûr! Finalement, on s'arrange avec les mots... Le marché afghan a lieu à Ichkachim le samedi matin. Mais pas tout à fait en Afghanistan. C'est dans le no man's land entre les deux postes frontières. On est plus au Tadjikistan mais pas encore en Afghanistan.
Une fois par semaine, les barrières sont ouverte et les wakhis se retrouvent pour faire du commerce. C'est le même peuple mais il est séparé par une frontière. On laisse nos passeports à un officier de police tadjik. Pas convaincus, nous sommes un peu rassurés par le propriétaire de notre Guesthouse. Il les connaît, il amène régulièrement des touristes, il n'y a jamais eu de problèmes. Même pas de billets à passer pour récupérer les passeport. C'est vrai, tout se passera sans mauvaise surprise.
On passe la grille, puis un pont. On entre à droite dans un très grand terrain entouré de grillage. Il y a au fond un grand hall ouvert, d'apparence assez récente, construit de tôle ondulé. Un four. On y vend les légumes, les fruits et d'autres denrées alimentaire.
Pendant trois heures, je marche seul sur ce banc de sable, entre Tadjikistan et Afghanistan. Rien de folklorique. On vend quelques tapis industriels, des fripes, des gadgets chinois. Je vois aussi trois vieux vélos, beaucoup de bijoux.
On a vite fait le tour de ce marché mais c'est pas grave, on le refait, deux fois, dix fois. Les marchandises n'ont aucune importance. Ce sont les gens desquels les yeux ont souvent du mal à se détacher. Ils sont beaux. Ils paraissent grands, ennoblis par toutes les histoires vécues que je leur prête. Parfois, nous nous regardons longuement dans les yeux. Quatre fenêtres fenêtre pour contempler réciproquement deux existences si différentes a priori. Qu'est-ce qui nous rapproche alors ? Je pense que ce sont nos désirs fondamentaux. Partout dans le monde, l'humain a les mêmes. Ces échanges intenses se terminent souvent par un sourire et un petit hochement de tête.
Plaisir intense de mange le plof local avec quelques brochettes de viandes. J'ai retrouvé Simon et nous sommes assis dans la caillasse et le sable, sur des chaises en plastique. Deux vieux mendiants afghans attendent à distance la fin du repas pour essayer de récupérer quelques restes. Je nage dans le bonheur pendant qu'eux, manifestement, ont faim. Il n'y a qu'à voir comment ils guettent de loin. Ils ne demandent rien à personne, sont ils honteux?
Je leur fait signe de venir s'asseoir et demande au cuisinier de leur servir deux assiettes. Ils ne disent rien, ils mangent vite, remercient puis partent. Grand silence autour de la table. Matthias et Alister nous ont rejoint. C'est mal vu pour un routard de faire ce genre de chose? Des fois que ça créerait une jurisprudence?
Matthias, lui, a tellement insister auprès d'un marchand, qui il a réussi à se faire offrir un béret afghan. Il est fier de sa collection de couvre-chefs offerts. C'est ça le vrai contact avec les indigène. Et si ils donnent un cadeau, c'est bien qu'ils l'aiment cet allemand! Moi, je le supporte de moins en moins. On a passé seulement quelques heures ensemble. La suite promet, mais c'est le prix à payer pour parcourir cette vallée...
Départ en début d'après midi après d'âpres négociations entre Alistair, Matthias et le chauffeur. Ils avaient convenu un prix vraiment très bas, et suite à un coup de fil à son père, le chauffeur, qui fait un tel voyage pour la première fois, se rend compte qu'il peut demander plus. Et puis, il y a deux passagers en plus... Le chauffeur fait mine d'aller voir les flics, Matthias se met en quête de bidon pour récupérer dans le réservoir l'essence qu'ils on payer. Ca dure une heure, on les met d'accord sans qu'aucun ne perde la face. Le plus ridicule et le plus obtus n'est pas le tadjik.
Un tel paysage est à couper le souffle. J'y pense encore aujourd'hui, presque chaque jours. Le vert et le blond des culture. La grande variété de gris et de beige du lit de la rivière. Les montagnes noires, argentées, métalliques ou roses, lilas, ocres. Perpendiculairement à la vallée du Wakhan remontent des vallées secondaires. Et au fond de chacune, on voit des hauts sommets afghans et pakistanais blancs, enneigés. On est tout proche de l'Hindu Kuch et du Karakoram.
En route, nous dépassons un bus antique qui ramène des gens du marché. Nous nous ensablons dans un gué. En route, les pauses sont fréquentes. Mais tout va trop vite. Pas le temps de s'imprégner des lieux autant que je le souhaite. Pas encore parti, je songe déjà à revenir, à pieds ou à vélo pour me rassasier de tout cette beauté.
Alister et Matthias mitraille. Ils se prennent mutuellement en photo. Ils causent, sans cesse, ils parlent. Dans une semaine, Alister fera l' Inde pour deux semaines. Matthias estparti d'Europe il y a six mois. Il critique tout. Il est choqué par l'état des routes, il ne comprend pas qu'il n'y ait pas d'électricité partout avec ce potentiel hydrolique. Pendant deux heures, ils spéculent sur la facilité de traverser le fleuve et de se retrouver en Afghanistan. Mais qu'ils y aillent!! Qu'on ait la paix. Je ne dis pas un mot de la journée. Simon est un peu plus calme mais il craque quand, au lieu suivre le chemin, Matthias coupe tout droit à travers les ronce, à flanc de montagne. Pendant que nous l'attendons en bas (il a fait demi tour au bout de dix minutes), nous débattons sur le besoin qu'a ce petit jeune de se prendre pour un grand aventurier. Le voyage sans cicatrice, c'est moins bon? Que du vent en fait... Matthias se révélera sans réel courage et incapable de voyager seul.
Nous arrivons en fin d'après midi à Langar. Des femmes en robes colorées passent dans les rues. Des enfants ramènent des troupeaux de moutons à la maison. Le vent souffle dans les peupliers, il commence à faire frais.
Dans l'intention de me ravitailler, je me rends dans le seul magasin d'alimentation ouvert. Il n'y a pas grand chose, on est loin de l'abondance de Dushanbe et je repars avec une boite de thon russe, un bocal de cornichon et quelques bières. Je croise un couple de cycliste français. Ils baissent la tête en me voyant et ne répondent pas quand je les salue. Ils resteront ainsi persuadés d'avoir été les seuls voyageurs (et peut-être les premiers) à fouler le sol de Langar!
Repas consistant dans la famille qui nous accueille. Tomates, semoule au lait, très bourrative. Pastèque au désert. Nos deux compagnons ne sont pas trop content. Quand même, nos hôtes pourraient faire un effort. On a quand même l'immense gentillesse de payer quatre ou cinq dollars la nuit et le repas! Ces salauds donnent leur part de semoule au chien - oui, vous lisez bien. Je leur dit combien je trouve ce geste déplacé. Ils se marrent. Heureusement, nous ne sommes que nous quatres, nos hôtes sont ailleurs. Peut-être mange-t-il moins ce soir pour nous satisfaire.
Assis, je contemple les étoiles en écoutant les ruisseaux. Malheureusement, je suis trop vite rejoint par les deux arrogants. Ils discutent impôts. Alister en a marre de payer 40000 euros chaque années. Pauvre choux. Je me lève, marche un peu et rentre me coucher... Je vis une bonne leçon : dépendant pour me déplacer, mon paradis est un peu gâché par ces deux imbéciles... vieil Afghan au marché d'Ichkachim corridor du Wakhan paysage du Wakhan | | | À: Opai · 2 juin 2008 à 15:25 Message 46 de 65 · Page 3 de 4 · 1 651 affichages · Partager 29 Juillet 2007 : Langar et Alichur.
Tout les voyageurs dorment encore quand je me lève. La famille qui nous héberge m'a réveillé par ses va et vient entre la cuisine et l'extérieur. On se lève tôt dans les Pamirs : traite, préparation de la crème, sortie des animaux vers les pâtures... Je suis dehors, assis sur un tronc. L'air est dynamisant. Il fait froid mais le soleil me réchauffe déjà le visage, tourné vers ses rayons. Les matins en voyage sont un pur bonheur. Se réveiller, renaître dans des endroits inconnus, se laisser submerger par des sons et des odeurs inédites. Découvrir une vérité d'un peuple dans ses gestes simples répétés chaque jours. Regarder la vie quotidienne se mettre en route, penser à la journée et aux découvertes qui nous attendent. J'échange quelques mots avec les deux enfants de la maison puis ils partent avec tout un groupe de gamins d'une dizaine d'années. Ensembles, ils conduisent leurs troupeaux de moutons et de chèvres aux pâturages et ils passeront toute la journée dans la verdure. Il doit y avoir une sacrée ambiance. Ils marchent en riant, jouent au loup, rigolent. La nuit a biensûr été exécrable pour Matthias et Alister. Mais je passe là dessus, ils ont pollué cette partie du voyage, je ne voudrais pas gâcher de la même façon votre lecture! Avant de quitter Langar, nous passons plusieurs heures dans une prairie où se déroule une grande fête. C'est la célébration de l'anniversaire de l'Aga Khan. Tout le village est là, dans ses plus beaux atours. Les hommes sont en costume gris ou noir tandis que les femmes offrent un kaléidoscope de couleur. Quelle beauté! Parmi elles beaucoup ont les yeux bleu-gris. Ces regards me transpercent, j' ai du mal à les soutenir. Je sors mon appareil photo et aussitôt, de partout, on m'appelle. Des vieilles femmes assis sur une butte ne me laissent pas partir avant d'avoir réalisé le portrait de chacune. Elles rigolent comme des petites filles. Devant le portrait de l'Aga Khan, la musique alterne avec des scènettes d'inspiration religieuse. Une jeune fille tout de blanc vêtu dialogue avec un jeune homme en farsi. Je ne comprend rien mais ça sonne bien. J'aime surtout cette voyelle entre le "a" et le "o". Comme un choeur antique, un orchestre traditionnel ponctue les dialogues. Je rencontre deux voyageurs français. En quelques minutes, nous découvrons que nous avons une connaissance commune à Paris. Eux l'ont rencontré en Papouasie... Ce couple voyage depuis deux ou trois ans. Après un bon repas, nous prenons la route vers Alichur, sur les hauts plateaux du Pamir. Dès la sortie de Langar, la route se met à monter. La végétation disparaît, l'air se raréfie, le ciel semble plus proche. Nous faisons quelques pauses pour admirer le paysages. Nous ne croisons absolument personne, mis à part quelques policiers à un poste de contrôle isolé. Durant tout cette journée, j'ai l'impression d'avoir la lune comme terrain de jeu, et d'y être (presque) seul. Je m'imagine aussi comme débarquant sur terre quelques millions d'années après la création. Le fantasme d'être le premier homme! Nous buvons l'eau glacée des cascades qui tombent le long de la piste.
Nous les attendions, nous guettions la rive, les voilà à quelques centaines de mètres. Des chameaux de bactriane retournés à la vie sauvage. Ils sont une dizaine, une famille. La voiture s'arrête, je saute dehors et court en leur direction. Je cours, je cours. Dans ces espaces, les distances sont trompeuses. Après dix minutes à courir entre les mottes de terre et les rochers, après avoir traversé des bras des ruisseaux trop larges pour être enjambés, je suis à une vingtaine de mètres des bêtes. Ils me regardent entre deux gorgées d'eau. Seul une rivière nous sépare. Je ne vois plus mes compagnons de route, je n'entends plus que le vent. Je parle au chameaux, je me parle, je suis exalté. Les chameaux continuent leur chemin, moi, je fais demi tour vers la route, en marchant cette fois. Mes compagnons de voyage m'attendent, je m'installe dans la voiture sans rien dire. Le moteur démarre, Simon me dit : "C'est un peu risqué quand même, la frontière est minée. J'ai eu peur pour toi, là!". J'étais convaincu que nous avions quitté la frontière afghane. La carte confirme que non... A ce moment là, mon coeur s'emballe autant par une peur différée que par la honte de ma bêtise. L'inconscient que je suis (oui, si j'avais connu le risque, évidemment, je ne m'y serais pas aventuré!) a eu de la chance... La frontière entre Tadjikistan et Afghanistan, surtout en cet endroit désert, est un haut lieu de trafics en tous genres (surtout l'opium et ses dérivés). De plus, cette zone constituait la frontière de l'ex- URSS avec l'Afghanistan. Autant dire que la région est généreusement minée.
Nous passons le col de Khargush à 4344 mètres. Toujours dans cette voiture rouge, parcourant un terrain désertique nos yeux sont attirés par des zones aux couleurs qui paraissent artificiels. Ce sont des lacs salés, bleu turquoise ou vert. De temps en temps, il y a un peu de verdure et des fleurs jaune ou violette. Souvent, une marmotte obèse traverse la piste devant la voiture. On en verra aussi quelques unes écorchées, tenues par les gardes du poste de contrôle de Khargush. Peu de temps après avoir rejoint le bitume de la route du Pamir, nous découvrons au loin, en contrebas, des cubes blancs sur la caillasse grise. C'est Alichur. Nous logerons chez la professeur d'anglais pendant trois nuits. Crème, beurre, yaourt, confiture et galettes de pains sont sur la banquette pour nous souhaiter la bienvenue. Les produits laitiers sont fait ici, chaque matins, avec le lait des trois yacks de la famille. Je n'ai jamais mangé une crème ou un beurre aussi bon. J'imagine que c'est le goût qu'ils avaient chez nous avant que tout ne soit aseptisé, que le moindre microbe soit exterminé. Avec Simon, on englouti sans problème un bol plein de beurre et un autre de crème. A chaque fois, on se dit que c'est la dernière cuiller mais on ne résiste pas, on replonge. Promenade solitaire dans le couchant. Les bêtes rentrent des pâtures. Elles rentrent seules car elles connaissent le chemin de l'étable et y vont pour se faire traire. Je me penche sur des bébés yacks qui hurlent à la mort dans un enclos. En me relevant, je vois leur mère, imposante qui arrive juste derrière moi. Dans les rues, je croise aussi un yack mâle qui rentre à la maison. Ces bêtes là sont imposantes et robustes. Elles supportent des températures très froide. Tout comme mon, hôte qui me confie qu'il ne fait pas trop froid ici car c'est sec. En hiver? Quarante degré sous zéro, c'est banal, mais supportable... D'ailleurs, elle continue à traire les bêtes chaque matins et à aller à l'école. Avant de s'endormir, Matthias découvre des puces dans sa couverture. Il me propose donc tout naturellement de l'échanger avec la mienne qui a l'air saine. J'hallucine! Simon est mort de rire dans son sac de couchage. L'allemand insiste. Finalement, il avoue qu'il a un sac de couchage dans sa valise mais qu'il est trop chaud et qu'il n'a pas envie de se lever etc... Alister part demain, seul. Matthias reste avec nous malgré le fait qu'il ne puisse ignorer tout le mal qu'on pense de lui. Plutôt ça qu'être seul! Sacré aventurier... Heureusement, privé de son acolyte anglais, il sera moins bavard et plus supportable. Je me réveille au milieu de la nuit car j'ai bu pas mal de thé! Je reste un peu dehors, dans le noir total. A mon retour, le chef de maison est là. Il s'est levé car en entendant la porte, il a pensé qu'un routier, un ami ou un voyageur avait besoin d'un lit pour la nuit! Belle mentalité. Chez nous, on a plutôt tendance à se lever pour vérifier que tout est bien fermé ou pour chercher la carabine! portraits de Langar chameaux de bactriane route entre Langar et le col Khargush haut plateau du Pamir | | | À: Opai · 3 juin 2008 à 0:57 Message 47 de 65 · Page 3 de 4 · 1 632 affichages · Partager Superbe balade... Ici d'un coup je prend de la hauteur à la lecture de tes recits. Tes portraits de femmes de Langar, la route qui s'élève à travers les montagnes, les rencontres, les plaisirs de la table, les yacks...et les matins de voyage que tu décris si bien. | | | À: Mékong · 3 juin 2008 à 9:55 Message 48 de 65 · Page 3 de 4 · 1 624 affichages · Partager Merci beaucoup Mekong pour ces compliments! Ca me fait très plaisir de savoir que tu prends un peu de plaisir à me lire... | | | À: Opai · 3 juin 2008 à 10:37 Message 49 de 65 · Page 3 de 4 · 1 597 affichages · Partager Tu manges vraiment un bol plein de beurre  ! Il est vrai que lorsqu'on te voit boire le sirop d'érable on ne doute pas de tes capacités gustatives !! Je te ferai juste une remarque : il est dans les habitudes des voyageurs -me semble-t-il- de se soutenir, de s'entraider.. Je constate que tu déroges à la règle en refusant de partager les puces de cet adorable Mathias ! C'est pas bien ça Opai !! C'est pas bien  !!
C'est un régal de te lire, je l'ai peut-être déjà dit mais je m'en fous, j'ai bien le droit de me répéter non ? Je me régale en riant, c'est encore mieux...
A bientôt pour la suite
Dolma | | | À: Dolma · 3 juin 2008 à 11:03 Message 50 de 65 · Page 3 de 4 · 1 587 affichages · Partager C'est très bien tout ça... Je me régale avec un pot de beurre ou une pinte de sirop d'érable et toi, à ce que tu dis, en riant... C'est plus diététique!!
Merci Dolma! | | | À: Opai · 5 juin 2008 à 14:51 Message 51 de 65 · Page 3 de 4 · 1 539 affichages · Partager 30 et 31 Juillet 2007 : Alichur, lac Yashil Kul
On rencontre habituellement des gens dans les bus, au café ou dans la rue... C'est oublier les toilettes communes qui se trouvent dans les villages pamiris. Un cabane de bois perchée sur une fosse, au milieu du quartier. A l'intérieur, des trous alignés contre la paroi de planches. J'ai beau attendre qu'il ny ait personne, le matin, il y a embouteillage! Et si je suis seul, je ne peux pas interdire de venir à l'homme que je vois arriver. Accroupis, ça discute, ça papote. Je suis gêné mais tout le monde s'en fiche, évidemment!
Retour prêt du feu allumé dans la cuisine. Nous discutons en anglais avec la maîtresse de maison. Elle est souriante. Ses deux filles, adolescentes, ont préparé la pâte pour le pain. La petite dernière, qu'on appelle "Sugar" a peut-être deux ans. Elle est irrésistible, autant pour sa mère que pour les voyageurs qui passent par là. Au menu, crème, beurre, un bol de lait frais chaud, riz au lait, confiture, raisins secs, galettes de pain. Je mange sans arrêt pendant trois quarts d'heure. Mon bol vide est immédiatement rempli. Je retourne m'allonger quelques instants après ce petit déjeuner qui n'a de petit que le nom.
Le premier matin, Simon et moi accompagnons notre hôte et son neveu à la recherche de combustible. Nous marchons une heure dans un maquis peu dense. Il n'y a que des caillasses et de temps à autre une touffe d'épineux secs (tersken). Les deux tadjiks plantent une barre de fer dans le sol pour arracher la plante avec ses racines. Ils font des petits tas et, après une demie heure, remplissent deux grands sacs extrêmement lourds qu'ils portent jusqu'à la maison. Plus de deux heures et beaucoup d'efforts pour pourvoir se chauffer pendant une seule journée! En voilà qui ne se posent pas cent mille questions sur ce qu'ils ont à faire aujourd'hui : le vital, l'indispensable, occupe leurs journées. Mais il reste aussi du temps pour le repos. Après la corvée de tersken, on mange puis tout le monde se repose.
Le village est coupé en deux. Une moitié est réservée à la communauté tadjik et l'autre à la kirghize. Un espace vide où coule un ruisseau sépare les deux groupes. D'après mon hôte, il n'y a pas de problèmes entre eux. Mais les mariages mixtes n'existent pas car ils n'ont pas la même religion (sunnites et chiites). Par ailleurs, ils ont des écoles séparées où l'on étudie soit en kirghize, soit en farsi.
La voisine et sa fille tissent des tapis. Devant leur maison, un métier rudimentaire et un peigne suffisent à réaliser, lentement, des mètres et des mètres d'un ouvrage rouge et noir. La mosquée se trouve du côté kirghize (les ismaëliens prient chez les membres de la communauté, à tour de rôle). Tout y est en travaux, les tapis de prière sont étalé entre les sacs de béton. Du haut du petit minaret rouge, le regard porte sur tout Alichur.
Je suis très poussiéreux, pas douché depuis une semaine. Mes cheveux sont emmêlés, j'entreprends de les peigner. Une des filles passe dans la chambre. Elle est aussitôt prise d'un fou rire. Lorsque je rejoins toute la famille dans la cuisine, je tombe sur les deux filles complètement hilares. Elles pleurent, elles sont pliées en deux, au sens littéral du terme. La mère rit aussi, elle m'explique que ce n'est pas une habitude locale de se soigner comme ça pour un homme. J'en rajoute, fais mine de me pomponner... Lorsqu'on demande où on pourrait se laver, on comprend que ça va être difficile. Je crois que la toilette se résume ici à se rincer le visage et les mains. Je me trompe peut-être. Dans tous les cas, il n'y a pas d'endroit prévu pour ça, dedans ou à l'extérieur.
Nous partons avec Simon et Matthias, armés d'une serviette et d'un savon. Après une heure, nous ne voyons plus le village et nous nous installons au bords d'une rivière. L'eau est glacée. Les pieds hésitent entre les pierres, mais un peu de courage suffit à nous faire y entrer tout entiers. On se savonne rapidement, on plonge la tête sous l'eau mais sans s'éterniser. Nos muscles s'engourdissent tellement c'est froid. Je me sens bien vivant, cette claque me fait un bien fou. Je ressors avec une nouvelle peau et m'allonge sous le soleil. Il fait bon, j'écoute le courant, je vois quelques yaks. Ils doivent se marrer en voyant trois vers blancs allongés dans leur territoire!
Le lendemain matin, nous rejoignons le lac Yashil Kul. Du village, nous suivons une piste qui s'élève à flanc d'une montagne ocre. On ne court pas, nous sommes à près de 4000 mètres et l'altitude se fait sentir pendant l'effort. Nous voyons le chemin monter devant nous et à chaque fois, nous sommes convaincu que dans quelques mètres, nous pourrons contempler le lac. Mais non! Le chemin tourne, ou continue de monter. Derrière nous, en contrebas, le petit village de Bulunkul est posé entre des petits pâturages verts et jaunes, et l'immensité minérale de ce désert.
Finalement, le voilà, trois cents mètres en dessous de nous. Il est bleu, tantôt sombre et profond, tantôt turquoise. Le lac dort entre les hautes montagnes. Il est entouré de pics blancs. Je pars seul sur la droite pour escalader un monticule. Au fur et à mesure que j'avance, le sommet recule. Impatient d'être en haut, je vais trop vite et fais des pauses fréquentes, à bout de souffle.
Après une demi heure d'efforts, je découvre un panorama à 360 degrés. Le vent gronde en rafales. Je marche sur des pierres multicolores. Il y en a des noires, des roses, des oranges, des vertes... Je m'assois et ferme les yeux. J'inspire profondément. J'ouvre les yeux, le paysage est toujours là, encore plus vaste. Un moment de grâce. Je prends quelques photos, sachant d'avance qu'elles ne pourront rendre ce que je vois en ce moment. Le paysages ne se regardent pas uniquement, ils se respirent et ils s'écoutent.
Je crois voir Simon sur le sommet d'un monticule en face de celui ou je me trouve. Il me fait des signes avec les bras. Je dévale la pente et remonte celle d'en face. Essoufflé, je ne trouve pas mon ami mais un panneau de métal! Je redescends vers le lac. On s'y était donné rendez-vous pour manger. Je ne vois personne, décide de longer la berge vers la droite. Il y a des petites vagues, l'eau est transparente. Des groupes de canards ou de poules d'eau s'envolent. Les animaux ici ne doivent pas être dérangés souvent. J'approche à quelques mètres des marmottes énormes. Parfois, il est impossible de suivre la berge. Deux solutions s'offrent à moi, soit aller dans l'eau, soit escalader les rochers de la rive pour retrouver un chemin dix mètres plus haut. J'alterne les deux solutions.
Je marche, complètement grisé par la nature et par la faim qui me tenaille. Je ne trouve pas mes deux compagnons, je n'ai aucune notion du temps, je fais demi tour. Je les découvre sur une petite plage, non loin delà où nous nous sommes séparés. Ils m'apprennent qu'ils m'attendent, moi et mes boîtes de thon depuis trois heures! Nous repartons en fin d'après midi. Au moment de basculer de l'autre côté de la montagne, je regarde une dernière fois le lac comme pour imprimer son image dans ma mémoire. C'est vain. On se souvient des émotions et des ambiances mais après quelques minutes, les images s'effacent déjà. paysage autour d'Alichur la rivière : le bain public! lac Yashil Kul | | | À: Opai · 6 juin 2008 à 22:12 Message 52 de 65 · Page 3 de 4 · 1 514 affichages · Partager quelle superbe région ce Pamir !!! en tout cas merci de nous faire partager ton périple | | | À: Opai · 6 juin 2008 à 23:53 Message 53 de 65 · Page 3 de 4 · 1 510 affichages · Partager Génial ton voyage ! Et ta façon de le raconter est top... Merci beaucoup !!! | | | À: Opai · 7 juin 2008 à 2:09 Message 54 de 65 · Page 3 de 4 · 1 504 affichages · Partager Bonsoir,
Je l'avais lu par morceaux, là je suis en train de l'imprimer pour le lire en entier tranquillement. Si vous ne le savez pas, je vous informe qu'il y en a une trentaine de pages (sans les photos), et pas un moment d'ennui !
Merci pour ce pur plaisir.
Danielle | | | À: Opai · 9 juin 2008 à 12:37 Message 55 de 65 · Page 3 de 4 · 1 479 affichages · Partager 1 et 2 Août 2007 : D'Alichur à la frontière kirghize en passant par Murghab
Dernier festin lacté dans la chaleur de la maison d'Alichur. Derniers mots pour remercier. On demande le prix de cet accueil : ce que l'on veut donner. Toute la famille est là : le père et le cousin, tous deux prêts à partir chercher du tersken, la mère, les deux filles adolescentes et Sugar, encore ensommeillée mais les joues toujours roses.
Je n'ai pas vu beaucoup de circulation sur cette route, la Pamir Highway. Il ne faudrait pas se méprendre : Highway ne signifie pas dans ce cas autoroute mais simplement qu'elle parcourt de hautes altitudes! Elle est principalement empruntée par quelques camions chinois et des camions citernes venant de Osh. Il passe souvent quelques camions le matins. L'après midi, la route est déserte.
Assis depuis seulement un quart d'heure dans la caillasse qui borde l'asphalte noir, je vois arriver la maman de Sugar. Elle veut absolument nous faire rentrer, nous offrir du thé pour nous réchauffer. Devant notre refus, elle nous fait promettre de manger chez elle à midi si nous ne trouvons rien. Elle repart, nous ne la reverrons plus.
Je sors mon lecteur MP3 pour la première fois depuis mon voyage en train, il y a un mois. J'écoute le deuxième livre des Préludes pour piano de Debussy. Brouillards, Feuilles mortes, Ondine, Feux d'artifice... Cette sensualité discrète et contenue se pose bien sur le paysage vide qui m'entoure. Mais ce serait impossible et absurde de trouver des correspondances. J'écoute une musique vivante, tout en détail, en suggestion, en douceur, dans un environnement sec, des espaces immenses et bruts. Il y a un décalage, un choc même entre ces deux mondes. Ca me rappelle quand, couché dans mon hamac, j'avais été réveillé un matin par une ouverture de Wagner au milieu de la forêt guyanaise!
Je me sens mal. Depuis hier soir, j'alterne entre le froid et le chaud. Le soleil est là, et pourtant, je suis gelé. Mal au ventre, à la tête. Je ne bouge pas, je me couche, enveloppé dans tous mes habits. Deux camions citerne arrivent et acceptent de nous emmener jusqu'à Murghab. Matthias se retrouve seul dans un camion, moi et Simon dans l'autre. On monte, on fait quelques mètre puis les moteurs sont coupés. Les chauffeurs passent voir des amis, mangent, achètent et vendent des petites choses. Nous attendons trois heures dans l'odeur infecte d'essence. Nous n'osons pas trop nous éloigner car nous craignons de louper le départ. De toute façon, pendant ce temps, absolument aucun véhicule ne passe sur la route.
Je transpire à grosse gouttes, j'ai des sueurs froides, je sens un gros poids dans mon ventre. Tous ces produits laitiers étaient délicieux mais j'en ai mangé trop pendant trois jours. Je n'en mange presque pas en France, mon ventre se révolte contre ce brusque changement de régime. Je me lève, ma tête tourne, je m'éloigne de mes compagnons de route, je suis plié en deux avant qu'un spasme ne me libère. Mainenant, ça ne pourra aller que de mieux en mieux. Nous partons enfin. Pause de nouveau après une dizaine de kilomètre. Une heure pour manger dans une yourte et échanger de l'essence contre de la viande. Moi, je reste dans le camion et m'endors, étalé sur la banquette. Je me sens un peu mieux et profite des paysages.
Dernier contrôle policier et nous voilà à Murghab. Des gamins nous guident vers l'hôtel Murghab. On tape sur la porte, on appelle... Au bout d'une demi heure, un gars vient nous ouvrir. Il n'a pas l'air pressé de faire des affaires. Il nous mène au premier étage de ce grand hôtel de type soviétique. La chambre coûte un peu plus de deux euros. On choisit celle où les fenêtre ne sont pas complètement cassées. La moquette rouge et les matelas semblent neufs. Ils sont encore emballés dans du plastique. Par contre, les chauffages ont été arrachés, de même que les interrupteurs. Pas de lumière ici. Les fils électriques et les tuyaux de plomberie sortent des murs. La douche et les toilettes, il ne faut même pas y rêver. On m'indique le terrain vague derrière l'hôtel! A ce prix là, je ne demande qu'un peu de propreté, et c'est très propre.
Nous sommes en début d'après midi. Avec Simon, nous allons faire un tour au bazar. Je l'imagine très " Asie centrale", j'ose espérer que les nomades de la région lui donne un peu de cachet. Que des bricoles chinoises, des pâtes, des produits ménagers et de l'alcool. Le lieu est sinistre : sous un soleil qui vous ferait fondre, nous ne trouvons qu'une succession de conteneurs, tous identiques. La citerne à demi enterrée d'un camion fait office de bar-restaurant. Pour protéger les marchandises du soleil, on tend quelques bâches. J'ai l'impression d'être dans une serre. Comme dans beaucoup de petits bazar, tous les marchands vendent exactement la même chose. Je me demande comment ils survivent. Il y a énormément de jouets en plastique qui sont à la vente.
Cette visite finit de m'achever! Je tiens à peine sur mes jambes et décide, sagement, d'aller me reposer. Je me réveillerai le lendemain matin, à six heures. En fin de journée, Simon est venu me tenir informé : vu qu'il est hors de question que nous restions dans cette ville plus d'une nuit, il a fait le tour des pensions et a trouvé deux cyclotouristes en partance pour Sary Tash. Nous louerons ensemble un véhicule si je suis remis.
A mon réveil, Simon, me demande si ça va... Je suis en grande forme ce matin! Pour lui, il était hors de question de partir seul et de me laisser seul ici, malade. Le voilà rassuré, nous partons. Avant cela, je pars à la recherche d'un employée. N'en trouvant pas, je vais directement à la cuisine et rempli ma tasse de thé avant de retourner dans la chambre. Quand nous y retournons pour en reprendre, l'employée est là mais elle refuse de nous donner, ne serait-ce que de l'eau chaude! Etrange. Dans la pension où logent les deux cyclotouristes, on nous offrira un beau petit déjeuner. Une des fille de la maison parle allemand assez bien. Nous quittons l'hôtel et laissons sans regrets Matthias qui dort encore...
La femme cyclo est suisse allemande tandis que son concubin est hollandais. La femme se remet après avoir été malade pendant une semaine et demie. Ils n'ont pas roulé autant que prévu. Nous partageons aussi la mashrutka avec une famille kirghize.Les enfants ont les dents ravagées. Elles sont noires, poreuses et se réduisent parfois à un moignon, un petit triangle pourrissant. J'ai tout le temps d'étudier la dentition du jeune garçon qui sourit pendant tout le voyage.
Nous ne traversons aucun village. Parfois, nous apercevons un campement de yourtes. Sur des dizaines de kilomètres, nous longeons une très haute clôture. Nous sommes à la frontière avec la Chine. Imaginez l'importance de la frontière entre l'ex-URSS et la Chine. Aujourd'hui, il y a des barbelés et des poteaux de bois qui semblent bien entretenus, mais pas de gardes. A intervalles réguliers, il y a des portails. Je souris lorsque j'en vois un grand ouvert.
Je crois que les républiques d' Asie centrale ne pourront pas faire grand chose contre leur énorme voisin. La colonisation commence par le commerce et dans ce domaine là, elle est déjà bien avancée. Les chinois construisent des routes pour pouvoir inonder la région de leurs produits. Ils se servent aussi en matières premières. Les deux partis, pour l'instant, semblent y trouver leur compte mais ce sera sans doute bientôt déséquilibré.
J'arrive au point culminant de mon voyage : le col Ak-Baital, 4655 mètres. J'imagine que la lune a des paysages comparables. Le sol est gris foncé, comme des cendres. La montée a été douce. Le haut plateau du Pamir étant déjà très haut, les montagnes que l'on voit, semblent modestes, même si elles frôlent les 5000 mètres.
Repas de midi sur les rives du lac Karakul. Ce nom signifie lac noir. Pourquoi? Je ne vois que le bleu turquoise posé sur le gris clair du plateau. En certains endroits, une végétation verte pousse sur les rives. Le maison sont des cubes blancs dont les portes sont peintes de la même couleur que celle du lac. On se dirait sur une île grecque! Pendant, que tout le monde boit le thé, je pars sur les rives du lac. On dirait un village fantôme, je ne croise absolument personne et n'entends d'autre son que celui du vent. Quel beauté indescriptible. Je ne la décrirai pas, c'est impossible tant à cause des couleurs inconnues ici que de la profondeur et de la dimension du paysage. On se dirait dans un paysage en image de synthèse tant les couleurs sont vives. Au bord de l'eau, un crâne de mouton Marco Polo et ses longues cornes est posé non loin de la carcasse d'une voiture.
Le lac Karakul est le dernier délice que m'offre les Pamirs. La mashrutka s'arrête en haut d'un dernier col. On fait tamponner nos passeport dans une petite cabane. Je demande à l'agent si je peux photographier cette frontière. Il refuse, me dit de le faire de l'autre côté, au Kirghizistan. J'insiste un peu et il accepte, à condition que je me tourne vers l'autre côté. Finalement, il se marre et me laisse faire ce que je veux.
Je fixe le panneau où figure les lettres GBAO : initiales de la traduction russe de "région autonome du Gorno Badkhchan" ( Pamir). Je lui tourne le dos et je quitte la région dont j'avais tant rêvé. Elle ne m'a pas déçu et je suis triste que cette rencontre se termine déjà. Comme toujours en voyage, la tristesse de la séparation est le prix à payer pour la joie de nouvelles découvertes. col Ak Baital lac Karakul frontière Tadjikistan-Kirghizistan | | | À: Opai · 9 juin 2008 à 14:13 Message 56 de 65 · Page 3 de 4 · 1 462 affichages · Partager Bonjour Opai. Je viens de te découvrir, je n'ai que l'excuse de ne pas être venu depuis trop longtemps, j'étais sur la route au loin. Je suis partie moi aussi un jour de novembre il y a longtemps maintenant, je revenu en Alsace pour un mois et demi et il m'aura fallu 15 mois de plus pour reprendre mon sac, ce qui en soit n'est pas vraiment important.. Ce qui l'est en revanche c'est ta voix intérieur rythmée d'une musicalité douce, j'ai du l'entendre moi aussi alors que j'étais dans ce train au milieu de nulle part, ou dans ce bus bruyant et chaotique au goût du bout du monde... Dis moi Opai tu as remarqué comme on écrit mieux au centre du bruit ? Merci d'exister | | | À: Belza · 9 juin 2008 à 17:30 Message 57 de 65 · Page 3 de 4 · 1 452 affichages · Partager Dis moi Opai tu as remarqué comme on écrit mieux au centre du bruit ?
A vrai dire, j'écris une fois de retour de voyage, au calme. J'aime bien me replonger dans mes souvenirs. Pendant l'action, je regarde, je sens et j'écoute. Je n'écris pas.
Merci d'exister
Je n'y suis pour rien, mais merci quand même! Je passe le message à mes parents... | | | À: Opai · 9 juin 2008 à 17:54 Message 58 de 65 · Page 3 de 4 · 1 446 affichages · Partager salut Opai
encore une délicieuse tranche de voyage que tu nous fais goûter. ça fonctionne bien...en un instant je me suis projeté avec vous sur les pentes de l'Hindu Kuch. | | | À: Opai · 12 juin 2008 à 15:31 Message 59 de 65 · Page 3 de 4 · 1 417 affichages · Partager 3, 4 et 5 Août 2007 : Sary Tash et Osh.
Nous nous levons tôt et retrouvons les deux cyclotouristes suisses rencontrés la veille au soir à Sary Tash. La fille a poussé des cris de joie quand je lui ai appris que je voyageais avec un de ses compatriote. On a passé la soirée ensemble, en suisse-allemand non sous titré, autour d'un plat de vieilles pommes de terre. De temps en temps, des chauffeurs kirghizes saouls venaient dans l'épicerie-restaurant.
Esther et Daniel voyagent à vélo depuis plus de trois ans! Un beau couple. Nous les regardons partir, à la suite des deux cyclos avec qui nous avons partagé la Mashrutka depuis Murghab. Ca fait beaucoup de vélos dans la région!
Nous nous promenons dans Sary Tash alors que le jour vient de se lever. Il fait froid, il pleut. Un cheval attend dans la benne d'un camion. Il y a beaucoup de chevaux ici. On voit au loin un mur bleu, noir et blanc. Ce sont les hautes montagnes des Pamirs que nous laissons derrière nous.
Lorsque le taxi collectif en direction de Osh arrive, il est déjà plein. J'arrête quelques camions chinois, ils refusent de me prendre, ils n'ont pas de place. Je cours après une mashrutka bien remplie pour essayer d'y monter. Ils acceptent de nous prendre, Simon et moi. Je suis assis sur la banquette en simili cuir. A ma gauche, un vieux énorme couvert d'un manteau et coiffé d'un chapeau. Il a les cheveux et les yeux gris. Lorsqu'il me parle, je ne sens que l'odeur de la vodka.
Pendant que nous escaladons les lacets du col de Taldyk, il me parle de la seconde guerre mondiale. Il s'est battu en Europe de l'est et en Allemagne. Il avait quinze ans. De nombreux jeunes de la région ont été enrôlés dans l'armée rouge. Il y a eu en tout un million et demi de centrasiatiques mobilisés. Plus de la moitié ont déserté. Nombreux sont ceux qui sont passés du côté allemand pour combattre l'oppression stalinienne.
Sur le siège d'en face, deux garçons à casquette ne cessent de fixer Simon. Lorsque celui-ci regarde ailleurs, ils lui tape sur l'épaule. Simon est assis par terre, sur son sac. Il a eu le malheur de leur montrer des centimes d'euros. Ils les veulent. Pour avoir la paix, Simon passe un pièce à chacun. Ca ne change rien ils le harcèleront pendant une bonne partie du voyage.
Sur la banquette arrière, quatre femmes discutent ou somnolent. La tête dépassant d'un sac en plastique, un chèvre est brinquebalée de l'avant à l'arrière. Paniquée, elle pisse partout. De temps en temps, un coup de pied la remet à sa place entre les sacs! Les jeunes hommes transportent des bidons de koumis, le lait de jument fermenté. Régulièrement, ils soulèvent le bouchon pour laisser s'échapper les gaz issus de la fermentation. Inévitablement, un peu du breuvage s'étend sur le sol. Tous les hommes fument, fenêtres à peine entrouvertes. Dans le coffre, des bidons d'essence suintants diffusent leur odeur. Un mélange vite irrespirable. Le voyage ne sera pas confortable! Après deux heures, Simon commence à avoir mal à la tête. Je prends mon mal en patience mais les huit heures de trajets passent lentement, je n'arrive pas à dormir. Le temps est lourd et il pleut par intermittence.
Nous traversons des montagnes rouges couvertes d'herbe grasse. Des chevaux se promènent en semi-liberté entre les yourtes. La route est en construction, nous empruntons une piste parallèle ravinée par la pluie. Qui construit la route? Les chinois bien sûr! Ils règlent aussi la circulation, avec des gestes autoritaires. Nous passons devant un campement d'ouvriers chinois : des préfabriqués derrière des clôtures et des barbelés. Est-ce pour se protéger des sauvages kirghizes ou pour éviter les désertions d'ouvrier?
On arrive dans les faubourgs d' Osh, enfin. On pense en avoir fini et on rêve déjà du repas qui nous attend. Mais non, il faut encore patienter! La mashrutka se gare au bord d'un ruisseau et c'est parti pour le grand nettoyage. Les véhicules doivent être propre en ville. Ca dure une demie heure. Nous sommes enfin arrêtés à un poste de contrôle, le chauffeur verse quelques soms au policier, et nous repartons, pour les derniers mètres.
En marchant le long des avenues boisées, nous parlons de viande, de salade, de bière, de douche et d'internet. Nous rêvons d'une guesthouse confortable, où se reposer pendant quelques jours. Deux semaines seulement loin du confort urbain et je fais les grands yeux lorsque je vois des brochettes de viandes ou des bonbons à la cerise. Il y a même de la glace!
Traversée du bazar de Osh, encombré de piétons et d'automobiles. C'est étrange, toutes les camionnettes, et il y en a beaucoup, viennent d' Allemagne, de Suisse ou de France. Les kirghizes n'ont pas pris le temps d'enlever la publicité pour tel chauffagiste de Francfort ou pour tel fleuriste d'Avignon. Je me demande comment ces centaines de véhicules sont arrivés jusque là.
On trouve notre guesthouse. C'est à droite après le tas d'ordure. Toute la rue empeste. Cela se trouve dans un HLM soviétique, au second étage. Il n'y a que deux chambres. Pas un seul client. Le jeune réceptionniste se barre en nous demandant d'attendre son retour et d'accueillir d'éventuels clients. Ca ne me plaît pas ici. Malgré tout, la douche me procure un plaisir immense. On redécouvre les joies simples en voyageant!
Nous sortons après l'avoir attendu. Au programme : manger. De la viande, des légumes, de la bière... On est comme des gosses! On se trouve un petit restaurant sympa, on s'installe sur les banquettes et on commande. Ce soir, on ne compte pas. On fête la grande réussite de notre traversée des Pamirs! On descend de la montagne, on va se refaire une santé. Salade de tomate, brochette de poulet, de boeuf et d'agneau, riz, bière. On se gave. Et c'est bon, j'en ai presque les larmes aux yeux! On attend la facture avec une petite appréhension... Trois dollars chacun!
En cherchant un café internet ouvert la nuit, je mange encore des bonbons à la cerise. Ce goût sucré me manquait. Je crois qu'en voyage, ce qui dépayse le plus, ce sont les saveurs. Après un certain temps sur les routes, ce qui manque le plus, ce sont les goûts familiers. Nous croisons pas mal de gens complètement bourrés dans la rue. L'un d'eux est couché inconscient sur la route, un filet de sang coule de sa tête.
Sur la route de l'hôtel, nous croisons par hasard le jeune homme qui est censé y travaillé. Il nous file la clé en nous disant qu'il va à la mosquée. Manifestement, il se fout de nous. Impossible d'ouvrir la porte avec cette énorme clé sans être initié! On attend une heure dans la cage d'escalier de l'immeuble. Finalement, Simon réussi à ouvrir. Lorsqu'il revient tout sourire, je m'énerve un peu sur le réceptionniste. Le lendemain matin, l'eau est coupée. C'est la goutte d'eau (ou plutôt son absence) qui nous poussera à partir. Je lui promets d'écrire à Lonely Planet pour faire part de ma mauvaise expérience! Il me supplie de ne pas le faire car il risque sa place. Cette Guesthouse est décrite dans le guide comme la meilleure adresse bon marché. Le propriétaire (anglais, je coirs) absent, les employés font n'importe quoi.
En partant, nous croisons René qui arrive. Ce milanais a un sac énorme. Il nous suit et nous trouvons ensemble un hôtel agréable en face du bazar.
Pendant ces trois jours à Osh, nous nous promenons, nous mangeons et nous dormons. Je découvre une pâtisserie turque où je mange chaque matins de nombreux Bakhlava. On teste différent plats de Laghman (nouilles). Un délice.
Quel bonheur de s'asseoir le matin dans une échoppe du marché pour boire un thé en regardant les marchands et les clients. Le bazar est vaste et on y trouve de tout. Il y a le quartier des pièces automobiles, celui du maquillage, celui des vêtements etc... Au milieu du marché un restaurant affiche fièrement une banderole Mac Donald. On entend continuellement une femme parler avec monotonie dans les haut parleurs. Dans une cour intérieure, des hommes jouent au billard sous un plafond de vignes d'où pendent d'énormes grappes de raisin.
Nous escaladons le trône de Salomon. Il s'agit d'un rocher qui domine la ville. Un jeune femme arrive. Lunettes de soleil Chanel, petit sac de marque, démarche sûre et habits très chics. Elle est accompagnée de deux kirghizes. Je l'interpelle, lui demande d'où elle vient. Elle est finlandaise et travaille pour l'ONU à Bishkek. Arrivée il y a six mois, c'est la première fois qu'elle quitte la capitale. Elle s'étonne que l'on puisse voyager seul en transport en commun au Kirghizistan. Elle me demande si ce n'est pas dangereux. Je suis atterré! Elle fait l'excursion en une journée : arrivée en fin de matinée avec une voiture, un guide et un chauffeur, elle repart en avion dans la soirée.
Je lui fais part de mon étonnement face à sa vie coupée du pays qu'elle est sensée étudier. Elle m'avoue ne fréquenter presque que des expatriés. Elle m'explique son rôle : faire une enquête préliminaire pendant un an qui servira de base pour des études et des rapports ultérieurs. En gros, du vent... Je m'étonne naïvement de l'aspect très abstrait et spéculatif de son travail. Je lui demande ce que cela a comme conséquences concrètes pour les kirghizes... Vos villas et vos grosses voitures servent donc à cela? Elle se lève et part, un peu fâchée, amer qu'un petit con tente de lui gâcher sa journée de découverte du Kirghizistan! Je ne me fais aucun souci, elle oubliera très vite notre discussion, vautrée dans son confort indécent, ne fréquentant que ses semblables. Sary Tash mashrutka entre Sary Tash et Osh marché de Osh | | | À: Mékong · 16 juin 2008 à 22:54 Message 60 de 65 · Page 3 de 4 · 1 380 affichages · Partager 6 et 7 Août 2007 : Suusamyr, Koshkor.
Nous prenons un dernier petit déjeuner ensemble et puis voilà, on se sépare déjà. Simon repart aujourd'hui en Ouzbékistan et moi, je continue ma route au Kirghizistan. Pendant cette douzaine de jours, nous nous sommes vraiment bien entendus. La réussite d'un voyage dépend aussi des partenaires que l'on trouve en chemin.
Je quitte Osh avec René. On tourne deux heures pour trouver un bus à destination de Bishkek. Sans succès! Au mieux, on nous propose une place à l'avant de grandes camionnettes transportant des légumes. Mais le départ est toujours programmé pour l'après midi et je veux partir au plus vite. Le taxi qui nous promène d'une gare routière à l'autre, de garages en parkings mérite une éloge! Il tourne dans toute la ville avec nous, il parlemente avec les chauffeurs potentiels et il est tout sourire. Il précise immédiatement qu'il fait tout ça pour rendre service. C'est à peine s'il accepte que je lui paie la course.
Finalement, on décolle dans une voiture privée. Une mercedes dont le chauffeur doit se rendre à la capitale pour affaire. Voulant amortir le trajet, comme beaucoup d'autres particuliers, il est sur un parking à chercher des passagers. Il y a des chauffeurs professionnels aussi. Très agressifs, insupportables! Ils proposent des prix ahurissants et s'entendent tous pour ne pas les baisser.
C'est à toute allure que nous roulons vers le nord. Il y a beaucoup de circulation comparé au Tadjikistan. Mais c'est une des routes les plus fréquentée du pays. On s'arrête de temps en temps pour acheter du miel ou du koumis directement chez le producteur. Je bois un bol de lait de jument fermenté. Le goût n'est pas dégoûtant bien que le breuvage sente fort la paille et le cheval! La routes est en parfait état. On dit que le Kirghizistan est la Suisse de l' Asie centrale. C'est vrai pour certains de ses paysages : praires vertes, forêts de sapins...
On discute avec René et c'est au tout dernier moment qu'on dit au chauffeur de s'arrêter au niveau d'un croisement. Je n'ai aucune envie d'aller jusqu'à Bishkek. Sur la droite, la route part vers Koshkor. Cette route est en piteux état et déserte, c'est pourquoi tout le monde nous a conseillé de passer par la capitale. Tant pis, on prend le risque, on a le temps. Le chauffeur se marre, insiste pour nous emmener avec lui jusqu'à Bishkek. Finalement, il repart et nous voilà sous une pluie fine à attendre une hypothétique voiture. Nous sommes en fin d'après midi. Je suis assis au bord de la route, sous un monument de l'époque soviétique. Un peu rouillé, il est cependant toujours debout : un marteau et une faucille jaune et bleue de dix mètres de haut.
Quelques voitures s'engagent dans la petite route. La troisième s'arrête et un homme seul nous accepte à bord. Il roule très vite pour survoler les trous. Au bout de quinze kilomètres il crève dans Suusamyr, petit village désert. On l'aide à changer la roue avant de partir à la recherche d'un endroit où dormir. Il fait presque nuit. Un homme nous indique un bâtiment ayant fait office d'hôtel. C'est sordide, en ruine. Tout est fermé. Un jeune nous explique que l'employé de l'hôtel, qui est le seul à en avoir la clé, a déménagé du village. Il a emmené la clé avec lui et depuis, il n'y a plus d'hôtel dans le village! Il nous dit d'attendre et revient quinze minutes plus tard pour nous inviter chez lui.
Il a dix sept ans et vit avec sa mère. Son père, professeur de sport est à Bishkek pour quelques jours. Aussitôt arrivé, on nous offre des fruits secs, de la confiture, du beurre et de la crème. Il y a aussi des délicieux petits beignets. Ils ont le même goût que ceux que l'on fait frire en Allemagne pour le Carnaval. Pendant le repas, je vois un kumuz accroché au mur. C'est une sorte de petite guitare à trois cordes, l'instrument des nomades kirghizes. Notre hôte joue et chante après le repas. Je me couche très impressionné par la virtuosité et le jeu très visuel du kumuz, avec dans les oreilles des sons évoquant des épopées équestres.
Réveil le lendemain matin avec le soleil. Je découvre le village. Dans le prolongement de chaque rues, des montagnes enneigées se dressent au dessus d'une fine couche de nuages. Notre jeune hôte musicien nous confirme qu'il y a très peu de circulation sur la route. On se prépare à attendre, mais je suis confiant en ma chance! Pendant que René fait des photos, je sors mon harmonica. J'improvise des petites choses dans la fraîcheur humide du matin. Un vieux traverse la route sur son cheval, devancé par de nombreux moutons.
Après deux heures d'attente délicieuse, une grosse camionnette blanche déboule au fond du village. Elle s'arrête à notre niveau. Maya est au volant. Elle et son copain sont parti de Pologne voici cinq semaines et ils rentrent dans un mois. Rapide, en un peu plus de deux mois, ils font l'aller retour Europe - Asie centrale. Assis par terre à l'arrière, ramassant les objets mal rangés dans les étagères qui me tombent dessus à cause des trous et des bosses de la route, je les écoute me raconter leur histoire. Maya est photographe et a travaillé dans une bibliothèque universitaire de Poznan. C'est là que son futur compagnon l'a rencontré. Ils ont échangé quelques mots qui ont suffi à ce qu'il en tombe fou amoureux. Il est retourné plusieurs fois à la bibliothèque mais elle n'y était pas. Il a fait des recherche pendant plusieurs mois pour retrouver son nom puis son adresse internet.
Il lui a alors envoyé ce simple message : " Il est temps de réaliser ton rêve". En fait lors de leur courte entrevue, elle lui avait fait part de son rêve de découvrir le Kirghizistan. Pourquoi ce pays ? Elle avait un quart de sang kirghize. Sa grand mère réfugiée dans le sud de la France pendant la seconde guerre mondiale avait épousé un déserteur kirghize passant par là! Ils ont vécu ensemble et ont eu un enfant, la mère de Maya. Après deux ans, l'homme est rentré chez lui. Il y a eu quelques lettres, puis, plus rien. Maya veut donc retrouver cet homme, ou, à défaut, sa trace et sa famille.
Et les voilà au Kirghizistan, ensemble! J'écoute cette histoire très romanesque en écoutant les bandes originales des films de Tony Gattlif. Tout ça fait terriblement "road moovie". On s'arrête tous les dix kilomètres pour regarder les paysages. Des gamins viennent, nos deux chauffeurs leur donnent des plaquettes vantant le patrimoine culturelle de Poznan. En polonais s'il vous plaît! Le gars me dit combien il est heureux : il a un peu plus de quarante ans. Dans sa jeunesse il se voyait condamné à rester éternellement vivre dans la Pologne communiste. Il a fui au Canada puis en Australie quand il avait vingt ans. Pour lui, tout ce qui arrive depuis la chute du rideau de fer, est au delà de tout ce qu'il avait osé rêver dans sa jeunesse. Dans la camionnette il y a une joie de vivre intense. D'ailleurs, avec ses longs cheveux blonds et son sourire, l'ami de Maya semble avoir arrêter de vieillir. On lui donne trente ans tout au plus.
En route, on prend deux autre français en stop... Ils descendent du lac Song Köl. Lionel est un converti au vélo couché. Je vais le harceler de question pendant tout le temps qui nous sépare de Koshkor. Il achève de me convaincre, il ne reste plus qu'à essayer. Je suis de plus en plus tenté par l'aventure de voyager à vélo.
Avant de nous déposer à Koshkor, le couple polonais tient à nous préparer un repas. On prend un chemin qui descend dans un pré. Nous sommes six à manger comme des princes. Il y a même du vin rouge. Un gamin approche de nous à cheval et descend lorsqu'on l'invite à partager notre repas. Il mange une bouchée puis repart. C'est sans doute plus important pour lui de raconter tout ça à ses copains plutôt que de partager un repas avec nous. Ils reviennent à trois sur leurs chevaux et font des allers- retour au galop devant nous. Il font la course avec la camionnette quand nous repartons puis, nous les perdons de vue.
Voyager au Kirghizistan est aisé : le CBT s'occupe de tout! Nous sommes dans le local du CBT pour organiser notre périple à cheval au lac Song-Köl. C'est plein de français. Beaucoup râlent : un famille a attendu trop longtemps un guide, une autre veut plus de confort dans sa pension... Je ne fais pas exception : j'embête la responsable pour faire baisser les prix du transport qui me semblent très exagérer. J'y prends d'autant plus de plaisir qu'elle n'est pas très aimable.
Un énorme bruit sec me fait sursauter pendant que je bois une bière avec les deux randonneurs français. Un camion vient de se renverser. Il est sur le toit, sa marchandise éparpillée. L'air de la rue devient orange : ce sont les derniers rayons du soleil qui traversent le nuage de poussière.
Nous trouvons notre pension en pleine nuit après avoir frappé à toutes les portes de la rue. Nous laissons le hurlement des chiens pour l'ambiance de chalet alpin. Les lits sont moelleux, la moquette épaisse et l'eau est chaude. On est bien ici!
Suusamyr
route entre Suusamyr et Koshkor au bord de la route | Carnets similaires sur l'Asie Centrale: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 4 134 visiteurs en ligne depuis une heure! |