Opai · 20 janvier 2008 ŕ 19:56 65 messages · 14 participants · 10 147 affichages | | | | Ŕ: Opai · 27 janvier 2008 ŕ 9:54 Message 21 de 65 · Page 2 de 4 · 3 588 affichages · Partager Jeudi 12 et vendredi 13 Juillet 2007 : Samarcande
Je me suis couché la veille un peu déçu par la mythique Samarcande. Ma premičre visite ce matin sera Chah-i-Zinda. C'est un ensemble de mausolées comprenant entre autre, les sépultures des soeurs et des nourrices de Tamerlan.
Sur le chemin, je m'achčte un pain. Il est rond et saupoudré de graines de sésame. Il est encore chaud, c'est délicieux.En le mangeant, je passe devant la gigantesque mosquée de Bibi Khanoum. Trop grande (l'entrée principale faisait 35 mčtres de haut), elle s'est presque entičrement effondrée avant męme d'ętre achevée. Ce que je vois a été reconstruit récemment. Chah-i-Zinda : rien que la douceur du nom me faisait envie. Je me le répčte, les a et les i sont comme des bonbons au miel. Du bas de cette rue en pente, on ne voit que des coupoles couleur terre. Dčs que la porte est passée, c'est splendide. Côte ŕ côte et face ŕ face, des broderies de céramique bleue. Une dame sort d'un tombeau et sa robe est assortie ŕ la couleur de celui-ci. Du haut de l'allée sacrée, on peut voir toute la ville : des larges avenues, des bâtiments soviétiques parmi lesquels je tente de reconnaître les sites historiques. "Ah, derričre cette route ŕ quatre voie, c'est Bibi Khanoun. En face de l'hôtel monumental soviétique, c'est le mausolée Gour Emir."
Je ressors de cette rue par le haut et me retrouve dans un grand cimetičre. Des gens portent des arrosoirs, certains se recueillent sur les tombes. J'observe les pierres tombalesoů les visages des défunt sont gravés dans le marbre. Nombreux sont ceux qui posent en uniforme avec, en dessous, une liste de médailles plus ou moins longue. C'est ridicule! Cette fierté, par delŕ la mort d'avoir été l'esclave du colonisateur russe et d'avoir tué ou été tué pour lui. S'ils se réveillaient tous ces squelettes, ils retourneraient bien vite dans leur trou, certains d'avoir eu raison : la vie est plus dure maintenant et on n'est pas plus libres... C'est sans issue.
Je visite ensuite Gour Emir. C'est ici que repose Tamerlan et ses deux fils et petit fils. C'est un petit mausolée, modeste. On est sűr que le boiteux est bien lŕ, dans une crypte souterraine, sous les dalles. Je retrouve Simon et le râleur allemand. Ce dernier reste dehors. Il ne veut payer l'équivalent de quelques euro pour ce petit truc! De toute façon il arrive ŕ voir par la fenętre. Et il fait trop chaud... On décide de manger tous les trois ensemble mais l'allemand (décidément, son nom m'échappe!) hésite, marchande sans fin. Pour ętre sűr de manger avant le lendemain, on le plante lŕ et nous partons vers le marché avec Simon.
Le marché est trčs ordonné et trop propre. Je goűte les mets inconnus que me tendent les marchants. Des figues, des raisins secs, du miel, des boulettes blanches de fromage séché. Ce fromage est trčs salé et un boulette tient facilement dix minutes en bouche avant de pouvoir ętre avalée. C'est de la fęta ultra concentrée, dure comme du plâtre.
Il fait chaud ŕ Samarcande et toutes les fontaines de la ville sont prises d'assaut par les enfants. Des garçons surtout, qui plongent et nagent dans chaque centimčtre d'eau. Ca crie, ça éclabousse... C'est beau de voir jouer des enfants. Ils semblent partout pareillement insouciants.
Devant un magasin, un homme me demande par l'intermédiaire de son fils, qui parle un petit peu anglais, ŕ quel âge on commence ŕ travailler en Europe. Je dis : "aprčs 18 ans". Il hoche la tęte. Je lui explique que l'école est obligatoire jusqu'ŕ 16anset que nombreux sont ceux qui font des études ensuite. Son regard devient triste. Son fils peut avoir toute l'intelligence et le talent qu'il faut, il ne pourra pas faire d'études et il trimera dans ce magasin, comme son pčre.
Je passe comme ça deux jours ŕ Samarcande ŕ alterner promenade et repos-lecture ŕ l'hôtel. Mon premier livre est lu, je commence "Passage des miracles" de Naguib Mahfouz. Je passe aussi du temps ŕ boire du thé et manger des confiture et du melon dans la cour intérieure de l'hôtel. Je me repose aprčs mon épuisant voyage.
Un homme d'une soixantaine d'année vient s'asseoir ŕ la table. Il monologue avec deux jeunes filles belges. Le sujet : les ouzbčks voleurs et fainéant. On glisse trčs vite vers le thčme de l'immigration en Europe. Le gars est suisse et dit avoir pas mal voyagé. Et il a beaucoup appris : l'africain est sale et infantile, l'arabe est malhonnęte, la brésilienne chaude et le chinois arrogant etc... Une caricature. Lorsque je rentre calmement dans la conversation, et que j'émets des réserves sous forme de questions, il se sent obligé de préciser : "ah non non, je ne suis pas raciste". Puis le pauvre bougre me parle de sa dépression. Pendant ce temps, les deux filles se sont éclipsées! Elles n'en pouvaient plus, on en reparlera ensemble le soir au repas lorsque je leur demanderai l'asile pour ętre loin du vieux xénophobe. J'oubliais : le vieux méchant, français vivant en Suisse est marié. Le grand amour, le vrai. Sa femme? Une centre - américaine de 24 ans! Voilŕ, tout est dit!
A part cet individu, il y a un finlandais ŕ casquette rose qui hante les lieux! Il parle anglais avec un accent que je pense ętre trčs aristocrate. Il connaît tout sur tout et pour cause : Il a au moins sept doctorats, parle autant de langues, est professeur ŕ Oxford et vit en Chine. Je sais tout ça car c'est écrit sur sa carte de visite qu'il distribue ŕ tout le monde!
Le dernier soir ŕ Samarcande, je sors revoir le Registan. Je rencontre un garçon de 19 ans qui parle couramment allemand. Il a vécu deux ans en Allemagne dans le cadre d'un échange. Il ręve de faire traducteur ou guide. Il passera le concours et c'est évident qu'il devrait réussir, vu son niveau exceptionnel. Mais lui doute de sa réussite : il n'a pas les moyens de payer le jury pour qu'il lui donne une bonne note! La corruption, partout. Il me parle du service militaire, obligatoire. Mais pour 200$ cette obligation disparaît. "De toute façon" me dit-il, "dans ce pays, il n'y a męme pas assez de fusil pour tous les appelés".
Le Registan est aussi beau la nuit. Pendant quelques heures, les coupoles bleues sont éclairées et renvoient une image irréelle. Quel décalage entre cette beauté intemporelle et la délinquance d'état qui tire tout le peuple vers le bas et ne construit rien. | | | Ŕ: Yangguizi · 27 janvier 2008 ŕ 9:57 Message 22 de 65 · Page 2 de 4 · 3 586 affichages · Partager Salut...
Non, ŕ aucun prix je n'aurai voulu ressembler ŕ ces individus!! C'est drôle, j'ai pensé ŕ toi ŕ Karakol ( Kirghizistan). Ben oui!! Il y a lŕ un magasin d'antiquité qui vend tout ce qui te plaît... De vrais drapeaux d'époque, des habits, des affiches...
Opai | | | Ŕ: Opai · 28 janvier 2008 ŕ 12:53 Message 23 de 65 · Page 2 de 4 · 3 553 affichages · Partager J'adore la maničre dont tu raconte. Les petites anecdotes (la petite dame dans la gare qui te parle de Delon...) ça me donne l'impression de faire parti du voyage. J'ai une carte du monde accroché au mur et je regarde ŕ chacune de tes étapes oů celŕ se trouve et je suis un peu plus dans le voyage. Il est possible, si celŕ n'est pas indiscret, de connaitre le budget total que tu as eu pour tout celŕ (train, nuit ŕ Moscou, nourriture...). J'attend avec impatience de lire la suite, pour pouvoir réver un peu plus. | | | Ŕ: Natombi · 28 janvier 2008 ŕ 20:45 Message 24 de 65 · Page 2 de 4 · 3 520 affichages · Partager Merci beaucoup Natombi, voici la suite! | | | Ŕ: Opai · 28 janvier 2008 ŕ 20:48 Message 25 de 65 · Page 2 de 4 · 2 539 affichages · Partager Samedi 14 Juillet 2007 : Samarcande-Boukhara
Au petit déjeuner ce matin : riz au lait, grande portion! Hier c'était lentilles et avant hier, semoule au lait... Mais pourquoi donc des choses si lourdes? Il est 7h00 et il fait déjŕ trčs trčs chaud. Alors que je mange, Simon me dit au revoir. Il part aujourd'hui vers le Tadjikistan. On a peu discuter mais j'ai comme le sentiment que je vais le retrouver un peu plus loin, un peu plus tard. L'envie aussi, car je sens qu'on pourrait bien s'entendre. Et je ne dis pas ça aprčs coup!
Sous un soleil qui cogne, l'estomac et le sac lourds, je pars vers une grande route d'oů je prends un minibus pour la gare routičre. Lorsque je monte dans le minibus, on me fait de la place. Rapport sans doute ŕ la forte inertie de mes bagages. Je n'en crois pas mes yeux lorsque je vois affiché des tarifs, ŕ droite du chauffeur.
J'arrive ŕ une gare routičre ou les chauffeurs de taxi me disent naturellement qu'il n'y pas de bus... Je les hais, au plus profond de mon âme. Quelqu'un m'indique tout de męme que pour Boukhara, c'est en face, ŕ 200 mčtres de lŕ. Un bus stationne, il vient de Tashkent et va dans ma direction. Je monte...
Les sičges ont été retirés de la moitié arričre du bus. Il y a lŕ des gros ballots de tissus. Je trouve une place assise dans la derničre rangée. Quand le moteur démarre, les passagers, des jeunes hommes, remontent et vont s'installer, se vautrer sur les ballots. J'hésite un moment ŕ les rejoindre car ça m'a l'air vraiment confortable. Mais quelque chose me fait abandonner cette idée. L'intuition?
Trčs vite, les passagers ŕ l'arričre ouvre les canettes de bičre qu'ils ont achetés pendant la pause ŕ Samarcande. Ils boivent vite et fort. Aprčs vingt minutes, plus de bičre... Ils commencent la vodka, il est 8h30. Conséquence : ŕ partir de 9h00, ils font arręter le bus toutes les cinq minutes pour soulager leur vessie. Ils ont le regard bien vide, ils ont l'air abrutis. Ils sont une vingtaine et aucun n'a envie de pisser en męme temps. Les passagers plus sobres perdent un peu patience. La vieille dame ŕ côté de moi les regarde d'un air désolé.
J'avais eu de la chance jusque lŕ, ils ne m'avaient pas remarqué... Au quatričme arręt, ça ne loupe pas. Un gars a encore assez de présence d'esprit pour voir l'étranger que je suis. Dans ce bus, je suis l'élément exotique! Ses yeux ont du mal ŕ me fixer. Il appelle un de ses amis censé parler un peu anglais. Je ne comprends rien, il hurle et postillonne de plus en plus. Lorsque je tourne la tęte dans l'autre sens et fais mine de dormir, il me frappe sur l'épaule. Quand je parle, ils se marrent bętement. Aprčs une demi heure ils se calment et repartent sur leurs ballots.
Un peu plus loin, alors que je m'étais assoupi en regardant le paysage assez monotones, des voix me réveillent. Il y a un échange entre un homme assis devant et un autre couché ŕ l'arričre. Je ne saisi pas oů est le problčme mais je pense qu'il s'agit des pauses-pipi, qui se poursuivent et nous mettent trčs en retard. Finalement, le jeune se lčve et se rapproche. Il se fait plus menacant, tend ses bras, veut se battre. Il a du mal ŕ tenir debout, je ne parie pas sur lui. Vu ma place, je profite pleinement du spectacle. Ca gueule mais heureusement, aucun coup n'est échangé. Spectacle pathétique. Lŕ, j'avoue que j'ai du mal ŕ aimer les locaux. Vous savez, ceux qu'on la chance de rencontrer dans les transports en commun...
Voilŕ pour le voyage. La plupart des passagers descendent un peu avant Boukhara chargés comme des mules avec des sacs de tissus, des télés, des casseroles. J'arrive vers 15h00. Jusqu'ŕ mon hôtel, le Nodirbek, je vois surtout des grandes avenues. Mais je remarque aussi des parcs, des jardins et des fontaines. Il fait trčs chaud. Je me douche et me couche encore mouillé sur le lit, avec la climatisation, un plaisir intense! L'hôtel est vraiment chic et j'ai męme une chambre seule avec la salle de bain.
Je sors me promener, manger quelques chachleks. La premičre impression est bonne, le centre ville a une certaine unité, contrairement ŕ Samarcande. A chaque coin de rue, une medresa ou une mosquée. Dans une rue proche de la mosquée Kalon, des gamines d'une douzaine d'année vendent des poteries. Je suis complčtement bluffé par leur pratique du français. Elle le parle trčs bien. Et pas uniquement les phrases touristiques habituelles. Leur accent est irrésistible et elles en usent pour convaincre les touristes, tous autant séduits que moi.
Je grimpe en haut du minaret Kalon. Seul, je regarde le soleil se coucher. Deux hollandais qui "font" l' Asie centrale en 12 jours me rejoignent. Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, en meute et en courant. Evidemment, ils n'ont pas le temps de rester plus de 10 minutes. Je profite donc des couleurs dans le silence. Au moment męme oů le soleil disparaît, je sens un léger souffle de vent sur mon visage.
Un russe de Tashkent se promčne, sa guitare sur le dos. Pour se payer le voyage, il vend ses CD gravés. A la tombé de la nuit, nous sommes assis ensemble avec quelques commerçantes et nous écoutons ses plaintes chantées. C'est trčs beau. Le russe est un langue qui émeut, naturellement. | | | Ŕ: Opai · 29 janvier 2008 ŕ 3:04 Message 26 de 65 · Page 2 de 4 · 2 525 affichages · Partager ah ah, les vendeuses de poterie. Je vois trčs bien de qui tu parles. Moi aussi leur niveau de français m'avait bluffé, surtout quand elles proféraient des insanités en parfait français du 9-3 quand je refusais d'acheter leurs marchandises. | | | Ŕ: Opai · 30 janvier 2008 ŕ 19:42 Message 27 de 65 · Page 2 de 4 · 2 489 affichages · Partager Dimanche 15 Juillet 2007 : Boukhara
Petit déjeuner dans le sous sol de l'hôtel. Au menu, rien de neuf : lentilles, oeufs au plat, pain, thé. Je suis le seul électron libre au buffet. Il y une quinzaines de moutons qui gravitent autour de leur guide. Je me retrouve assis ŕ la table du chauffeur et de son fils.
Un peu de sociologie. J'ai vu cette structure de base dans tous les groupes, ŕ l'école, au boulot, dans certaines fętes... D'abord, il y a "Monsieur je sais tout". Il a appris les guides par coeur avant de partir. Normal, il a le temps, sa vie est d'un mortel ennui. Il aurait bien aimé ętre universitaire, archéologue, historien mais il n'est rien de tout cela. Alors, il étale sa science devant son public captif. C'est sa minute de gloire. Mais trčs vite, personne ne l'écoutent plus et il ne peut pas ne pas s'en rendre compte, c'est triste. Pour seules réactions des "heinhein" et des "mmhh".
Ensuite, il y a le comique. Il accompagne Madame pour lui faire plaisir mais il aurait préféré rester ŕ s'occuper de son jardin. Les mosquées, les timourides, il s'en fout. Alors, il cherche et trouve parfois le bon mot. Peut-ętre est-ce aussi un moyen pour cacher son complexe. Il se croit inculte et inférieur aux autres. Il force donc le trait, fait l'idiot pour éviter que ses camarades ne pensent qu'il l'est vraiment.
Il y a aussi le râleur. Il fonctionne souvent en binôme avec sa femme et en vérité, c'est elle que tout indispose. Lui s'en fait le porte parole, il se plaint de tout et en veux pour son argent. En vérité, ça lui est bien égal que la douche n'ait pas assez de pression mais il a son image de mâle ŕ défendre. A lui, on ne la fait pas.
Enfin, il y a le couple guide-chauffeur. Ils ont préparé des petites blagues pour occuper et détendre leurs petits touristes. Ils font les męme depuis qu'ils se connaissent. Et ça marche. A chaque vanne, on entend des "oh, quand męme", et des "hôhôhô".
"Dans dix minutes, rendez-vous dans le hall avec les valises" ordonne le guide en tapant dans le dos du chauffeur (apparemment, on lui a donner le rôle du fainéant qui aime traîner aux repas). Tout le monde se lčve et c'est comme ça que je me sépare de mon petit groupe de français. Ils n'ont pas répondu ŕ mon bonjour, ils ne m'ont pas adresser un seul mot. Je ne suis pas de leur monde centré sur lui męme et ses quinzes survivants!
Je passe ma matinée ŕ me perdre dans les rues de Boukhara. J'aime bien cette ville. Je tombe par hasard sur un marché. Des pastčques énormes sont vendues directement depuis la benne d'un camion. Je goűte des beignets aux patates. Les commerçants, surtout des femmes, se protčgent du soleil sous des parapluies. On est loin du marché couvert de Samarcande. Ici, on marchande ŕ męme la terre battue. Le marché est petit. On y trouve essentiellement des légumes, des ustensiles de cuisines, des habits et des gadgets made in China.
Je me repose quelques minutes sous le vieux porche cadenassé d'une medressa en ruine. En partant, je fais quelques photos. Un vieil homme rapplique. Il me fait comprendre que je dois le payer lui pour prendre la porte en photo! Je rigole et je pars. Le gars a l'air déjŕ bourré. Je trouve toujours ça pathétique quand męme les vieux se mettent ŕ ces pratiques de taxer les visiteurs. Les enfants, je peux comprendre, męme si ça me désole aussi. Je me rappelle de ce vieux bédouin ŕ Palmyre qui m'avait "offert" une tasse de thé et qui m'avait ensuite harceler pour obtenir des dollars! Ravage du tourisme de masse, cela n'était arriver nulle part ailleurs en Syrie.
Le soleil au zénith, j'ai accepté l'invitation d'une charmante jeune fille ŕ regarder ses tapis et ses broderies. Je lui dit d'emblée que je ne souhaite rien acheter. Elle comprend, abandonne ses marchandises, s'éponge le front et s'assied. Elle sort de son rôle de vendeuse et devient une fille de mon âge. C'est marrant, son regard, sa voix et ses traits changent dčs qu'elle arręte de me vendre ses articles. Elle parle un peu français mais nous communiquons en anglais. Elle est employée et sa chef est une fille de 24 ans. Celle-ci a un copain français qui vient souvent en Ouzbékistan et elle est actuellement en France. Je regarde l'album photo de son précédent séjour dans mon pays. Elle pose sous la tour Eiffel, devant Notre Dame... La petite soeur de la jeune propriétaire se joint ŕ nous. Elle m'explique que c'est la derničre fois que sa soeur part pour l'Europe. Sa mčre ne veut plus la laisser partir. Je passe un bon moment heures ŕ discuter, ŕ me taire parfois, quand des clients s'approchent. On m'offre aussi le repas, je promets de repasser dans la soirée, ce que je fais.
Le soir, je décide de m'éloigner de la place Lyabi-Hauz, en espérant trouver de meilleurs chachleks (brochettes de viande) ailleurs. Un jeune me conseille un parc, en dehors de la vieille ville. Il me suffit de suivre les canaux, toujours tout droit. Aprčs une vingtaine de minutes, je me retrouve effectivement dans un grand parc et je trouve assez vite de quoi me restaurer. A la table en face de la mienne, deux hommes se goinfre en buvant de la bičre et une bouteille de vodka. Je décline leur invitation ŕ trinquer avec eux. Au fond de la terrasse se trouve deux femmes avec trois enfants. Elles semblent regarder tout le temps ailleurs avec un air préoccupé. On sent une tension. Seuls les enfants mangent. J' imagine diverses histoires, les unes plus tragiques que les autres. Cela m'occupe pendant tout le repas!
Je rentre dans la nuit noire. Peu d'éclairage dans les rues. Parfois, deux ou trois femmes sur le pas de leurs boutiques. Une femme m'adresse la parole, je m'arręte et parle également. On ne se comprend absolument pas. Les autres se marrent et me font signe qu'elle est folle. Je n'en avais pas l'impression. Souvent en Ouzbékistan, on me fera comprendre par des gestes qu'une personne a perdu sa tęte. A moins que porter son index ŕ sa tempe signifie autre chose. Tout comme le geste de trancher la gorge dans le train Moscou- Tashkent!
Il fait trčs sombre, on ne connaît plus ces nuits dans les villes européennes. Je glisse dans de la terre récemment arrosée. J'entends des chiens courir, je ne les vois pas. Je saisi quelques pierres, au cas oů. Ridicule, je ne les remarquerais que quand ils seraient sur moi. Purs fantasmes. La nuit me rend parfois paranoďaque, elle amplifie mes phobies. Je parviens sans encombre ŕ mon hôtel, retrouve Naguib Mahfouz pour quelques pages puis je m'endors. | | | Ŕ: Opai · 6 février 2008 ŕ 21:58 Message 28 de 65 · Page 2 de 4 · 2 446 affichages · Partager Lundi 16 Juillet 2007 : Boukhara-Samarcande
Déjeuner rapide sans groupe aujourd'hui. Je demande mon chemin ŕ l'accueil de l'hôtel. D'abord faut-il savoir vers quelle gare routičre aller. Finalement, on me déconseille de m'y rendre ŕ pied. Trop loin, trop chaud. A ce que j'ai compris cela ne doit pas faire plus de 4 ou 5 km, et c'est presque toujours tout droit.
En route donc. Sur le chemin, je demande confirmation de mon orientation ŕ des vieilles dames. Plus on s'éloigne du centre, plus le prix des bouteilles d'eau diminue! Me voilŕ finalement ŕ la gare routičre. Aussitôt, des taxis et des minibus veulent m'embarquer. Ils ne savent męme pas oů. Je trouve finalement le bus. Il est lŕ, pręt ŕ partir. Il ne manque plus que le chauffeur. Premičre alerte : moteur en marche, ordre d'embarquer... On attend lŕ, 15 minutes, il fait chaud. On redescend finalement. Deuxičme alerte, męme scénario. Son assistant passe son temps au téléphone. Il ne semble pas savoir oů il se trouve! Aprčs deux heures d'attente, le voilŕ enfin, comme un prince. Tout le monde l'attend, le moteur tourne. Il n'a qu'ŕ s'installer et démarrer. Le bus sort lentement de Boukhara, s'arrętant lŕ oů des passagers potentiels attendent en bord de route. Le retour est trčs calme. Je somnole, le temps passe vite. C'est une de mes activité préférée : déconnecter en voyant (et non en regardant) le monde défilé derričre la fenętre. Je suis complčtement détendu, mon corps dort, ma tęte travaille mais je ne guide plus mes pensées.
Je passe une derničre nuit ŕ Samarcande. Je retourne au męme hôtel et je suis plutôt surpris de voir une serviette et un T-Shirt suspendus dans la cour. Ils ressemblent vraiment aux miens. C'est idiot, ce n'est qu'aprčs un peu de temps, que je me rends compte qu'ils m'appartiennent. J'ai cru un instant ŕ une coďncidence! C'est bon de ręver...
Je me promčne un peu, mange une glace. Je rencontre un guide revenu d'une mission avec un groupe d'allemands. Il est fatigué. Nous mangeons ensemble dans un parc. Il commande vingt grammes de vodka, nous les buvons ensemble. Je fęte mon arrivée prochaine au Tadjikistan.
Sur le chemin du retour, je regarde un grand spectacle : un mariage. C'est la saison, il y en a tous les jours. Un jeune homme m'invite ŕ entrer. C'est impressionnant. Au fond, une scčne avec environ cinq musiciens et deux chanteuses. Des caméras filment les artistes, je me place derričre la console de mixage et d'enregistrement. Deux techniciens suivent le spectacle sur plusieurs moniteurs. J'estime ŕ trois cents personnes le nombre de convives. Ils sont installés autour de tables rondes. Celles-ci sont posées sous des tentes. Sur chaque tables, de l'eau, de la bičre et une bouteille de Whisky. Au bas de la scčne, les invités défilent devant la mariée en pleurs. Ils lui donnent des billets de banque. Je retrouve lŕ le garçon germanophone rencontré quelques jours plus tôt. Devant mon étonnement devant tant de moyens, ils m'explique que pour un mariage normal, il y a entre 5 et 7 fętes de ce type! Le marié seul avec ses amis, puis la mariée seule, les deux familles ensemble, sans la mariée et ainsi de suite. Les deux époux ne sont réunis qu'ŕ l'occasion de la derničre fęte. Pour ces festivité, on fait venir des musiciens de talents et la chanteuse ici présente est une des stars du moment en Ouzbékistan. Je retourne vers mon hôtel en passant devant le Registan. Je fais quelques photos de nuit, j'entends encore la musique du mariage.
Quelqu'un ronfle dans une chambre ŕ l'étage. C'est un son profond, trčs fort, qui résonne dans la cour. Il me berce et je m'endors finalement, seul dans un dortoir. J'ai ręvé de l' Ouzbekistan depuis quelques années. Depuis des mois, j'étais excité ŕ l'idée de découvrir ses splendeurs. Voilŕ, c'est déjŕ fini, je pars demain de bon coeur pour le Tadjikistan. Un autre voyage commence. | | | Ŕ: Opai · 4 mars 2008 ŕ 12:15 Message 29 de 65 · Page 2 de 4 · 2 375 affichages · Partager super!! j'aime beaucoup ton écriture... mais oů est la suite? | | | Ŕ: Opai · 24 avril 2008 ŕ 15:17 Message 30 de 65 · Page 2 de 4 · 2 311 affichages · Partager Mardi 17 Juillet 2007 : entrée au Tadjikistan : Samarcande - Penjikent- village minier.
C'est plein d'énergie et de curiosité que je me réveille. En vingt minutes, me voilŕ pręt ŕ partir. Un jeune de l'hôtel me montre, ŕ quelques pas de l'hôtel, oů se trouvent les minibus pour la frontičre. Je discute le prix, il traduit. On tombe d'accord avec le chauffeur mais, le minibus mettant un certain temps ŕ se remplir, il me propose de partir quand męme, en me faisant payer les places vides, bien entendu! Hors de question, j'ai du temps et j'aime attendre! J'en profite pour regarder la ville et le ciel, pas encore écrasés par une lumičre crue, je dirais męme acide, piquante. Elle aplatit tout dčs neuf heure du matin.
Nous partons enfin. La route jusqu'au poste frontičre est une longue ligne droite. On traverse des villages et il y a de nombreux marchés. Les passagers restent rarement plus de quelques kilomčtres. Ils sont lourdement chargés. Il y a surtout des femmes. A côté de moi, un vieil homme s'installe et reste plus longtemps. Il est énorme et a męme du mal ŕ marcher. Je l'entends respirer, vite et fort. Au moment oů je me demande s'il arrivera vivant ŕ destination, il sort un sachet plastique de tabac ŕ chiquer. Il se verse la poudre verte dans la paume puis se jette la prise dans la bouche. Le chauffeur fait de męme. Tous deux discutent mais sans articuler, en laissant la langue collée aux dents du bas. Cela donne quelque chose d'assez comique, surtout si on ajoute l'aspect gonflé de leurs joues. On dirait qu'ils viennent de se faire arracher des molaires. Réguličrement ils crachent des grosses flaques vertes par la fenętre. J'ai goűté ŕ ce mélange de tabac et de chaux ŕ Samarcande. Ca pique beaucoup, au point de me tirer des larmes! La chaux est lŕ pour taillader les muqueuses de la bouche et faire passer les substances du tabac dans le sang... L'effet ? La tęte m'a tourné quelques secondes, mais je crois que c'était plus ŕ cause de la douleur!
Le vieux s'allume une cigarette aprčs avoir recraché tout son tabac! Il tire fort dessus, entre deux quintes de toux. L'avenir, c'est le tabac ŕ priser ou ŕ chiquer : plus de problčme dans les cafés, plus de tabagisme passif. A moins que les molards ne soient eux aussi nocifs!
La voiture s'arręte, me voilŕ au bout d'une jolie petite route de campagne ombragée par de grands arbres. Il me faut dix minutes pour sortir du pays. Au premier essai, l'agent râle parce que je n'ai pas rempli de déclaration de douane de sortie. Trčs bien, j'en rempli une et la lui tends. Il ne la regarde męme pas et l'empale sur un pic. Je me demande oů finissent tous ces papiers. Cela sert ŕ chauffer les résidences d'hiver de Karimov ?
Je rejoins le poste tadjik ŕ pied. Ce n'est pas une construction en brique comme de l'autre côté mais une suite de bâtiments de chantiers, des espčces de conteneurs tenant sur des roues crevées. Contrôle du passeport dans le premier, déclaration de douane (en double exemplaire) dans le second, tampon d'entrée dans le troisičme et inscription sur un registre spécial. Je suis le quatričme étranger ŕ rentrer ici aprčs Simon, passé quatre jours plus tôt. je lis son nom sur le registre. Je termine par le quatričme conteneur, contrôle du tampon et du passeport. Voilŕ, je suis au Tadjikistan et j'aimerai bien continuer ma route!
Je m'assieds sous un arbre. Comme des vautours, les chauffeurs ne tardent pas ŕ rappliquer. Ils me proposent des tarifs exorbitant pour rejoindre Penjikent. C'est la folie, cent dollars pour moins de cinquante kilomčtres ! Je me content de secouer la tęte, de soupirer et de rire. Eux aussi se marrent, et les prix descendent proportionnellement ŕ la durée de mon silence. Je mange tranquillement et j'attends : j'ai repéré un groupe de russes ŕ la sortie de l' Ouzbékistan. Ils sont un peu long car ils sont nombreux et trčs chargés. Mais ils ne vont pas tardé.
Effectivement, ils arrivent, portant des sacs énormes, des bouteilles de gaz, des quantités d'eau... Tout naturellement, aprčs ces efforts, ils viennent eux aussi sous l'arbre. Prise de contact en douceur, opération séduction! Ils vont dans la męme direction que moi et attendent leur mashrutka (minibus 4X4 increvable!). C'est un groupe de huit alpinistes qui partent pour deux semaines dans les Monts Fans, accompagnés d'un guide venu en 4X4 de St Petersbourg. Je ne suis pas toujours ŕ l'aise face ŕ la froideur de certains russes mais lŕ, ils sont vraiment chaleureux. Nous parlons de St Petersbourg, et ŕ leur réaction lorsque je leur dis que je suis pianiste, je me dis intérieurement que j'ai trouvé un véhicule! Effectivement, ils ne tardent pas ŕ me proposer de me joindre ŕ eux. Il reste de la place. Je descendrai en cours de route, on verra bien oů!
Premičre étape, Penjikent. Pendant deux heures, je me promčne dans le marché et les rues de la ville. L'atmosphčre me plaît beaucoup. Les gens me prient de les photographier. Les femmes sont souriantes. Je change un peu d'argent et me trouve bien pauvre : fini les liasses de billets ouzbčks sans valeur. Penjikent est la ville de naissance du počte perse Rudaki. Je me souviens des avenues et des parcs Rudaki en Iran. Contrairement aux pays qui l'entourent, le Tadjikistan est de culture perse et non turque. J'ai tant aimé l' Iran et je me sens déjŕ bien dans cette ville... Ca promet! Les alpinistes font des provisions pour leur expédition. Je les aide ŕ porter des l'eau, des pâtes, des boîtes de conserves et de la bičre.
Le guide, un barbu trapu aux cheveux longs, joue trčs bien son rôle de meneur. Il a des beaux gants en cuir pour conduire sa belle Land Rover. Sous cette apparence une peu rustre, il est trčs gentil et ŕ l'écoute, dans la limite de nos capacités linguistiques. Il s'impatiente car ses brebis tardent ŕ revenir. Je perds aussi un peu patience car il fait vraiment chaud. Je suis planté lŕ de peur de les perdre! On avait dit rendez-vous ŕ 12H30. Il est 13H30 quand je les vois enfin remonter la rue, des victuailles dans une main, de la bičre dans l'autre.
On repart enfin aprčs une petite pause dans une station essence ŕ la sortie de la ville. Aussitôt, la route commence ŕ monter. Elle se dégrade aussi. Trčs vite, la chaussée est formée de 50% de trous et 50% de bosses. Ca zigzague, ça cogne. Un coup, c'est la tęte qui cogne le plafond. L'autre, c'est la colonne vertébrale qui se tasse dans le sičge. J'en ai plusieurs dois le souffle coupé. Les paysages sont splendides. On me demande si j'ai soif... On me propose une bičre. Offre que je décline car sous cette chaleur, cela m'endormirai. Or, il est impossible de dormir ŕ cause de l'état de la route et surtout de la beauté du spectacle!
Pause repas au bas d'une cascade. On commande une soupe et des crudités. Les filles découpent une pastčques et me grondent presque car j'attends leur invitation pour me servir. Les toilettes méritent un mot : ŕ flanc de falaise, un trou dans un plancher. A travers, on voit la rivičre, cinquante mčtres plus bas. Cette cause alliée ŕ l'odeur des lieux me rendent extręmement rapide! Petit rafraîchissement ŕ la cascade puis je repars, tęte et bras mouillés.
La route continue ŕ travers la montagne. On monte le long de la vallée du Zeravshan, rarement au bord de l'eau, souvent suspendu au dessus de ravins. Les ponts se succčdent sur une eau trčs tumultueuse. Le courant est énorme et on le sens gronder jusque dans la voiture. On traverse des villages, des zones cultivées. Cela paraît bucolique, dans le genre été de mon enfance, ŕ courir dans les prés (enfance imaginaire, avant l'čre des machines et des cultures intensives).
On passe, on ne fait que passer. Tout ces villages, je les aperçois par la fenętre de la mashrutka. Et en plus, je dois me pencher! Plusieurs fois, j'ai envie de crier stop! Je suis heureux d'avoir trouvé un véhicule mais un peu frustré de passer si vite. En fin d'aprčs midi, nous nous arrętons dans une petite ville, aprčs Ayni. On se gare dans une cité : quatre ou cinq immeubles d'habitation de types soviétique. Les męmes qu'ŕ Minsk ou Belgrade. Des enfants jouent dehors, un homme récupčre les passeports des russes. Il est l'heure de se séparer : les alpinistes vont continuer leur route et moi, je partirai demain vers Dushanbe. L'homme veut bien m'accueillir chez lui. C'est une idée du guide, je pense qu'il avait prévu cela depuis la frontičre... Je me laisse faire!
Il rčgne une atmosphčre triste. L'homme, la cinquantaine, est dentiste. Nous nous asseyons sur un épais tapis et sa fille nous sert thé, bonbon, raisins secs et amandes. La femme et les deux autres filles du dentistes sont absents. Sur l'étagčre, je trouve des livres de Tolstoi, Dostoďevski et d'autres auteurs russes. Il y a aussi des anthologies de poésie persane et du Emile Zola. C'est lŕ peut-ętre une des réussite de l'URSS : rendre le niveau culturel moyen, trčs élevé. Je lui demande si je peux visiter la ville. Il me dit qu'il fait nuit, qu'il n'y a rien. Nous sortons quand męme. L'homme rayonne de tristesse. Il ne sourit jamais et semble vraiment dépressif! On fait un petit tour dans l'air frais du soir. C'est bon, aprčs le four d' Ouzbékistan. Mon hôte ne veut pas aller dans ce qui ressemble ŕ un marché, puis, quand on revient il me dit trčs lentement: "So, that's it".
Le village est né et vit grâce ŕ une mine. Tous les hommes y travaillent. En rentrant nous sommes passé devant un pont. Il est barré ŕ la circulation, il tombe en ruine. Les piétons l'empruntent en marchant d'une planche ŕ l'autre. Du rafistolé. Des espaces atteignant parfois vingt centimčtres. Vingt ou trente mčtres en dessous, des rochers et de l'eau sauvage.
La fille est en train de cuire du pain dans un petit four électrique posé sur la moquette de la chambre du pčre. Un frigo se trouve ŕ côté. Je ne vois pas de cuisine. Aprčs le bruit fracassant des torrents c'est l'eau des toilette qui fuit et qui siffle doucement, continuellement. En hiver, on accroche des couvertures et des tapis partout. Je n'ose pas imaginer la température ici et la qualité de l'isolation...
Je m'endors dans ce village dont j'ignore le nom. Je l'ai peut-ętre demandé au dentiste puis oublié, mais peut-ętre ne l'ai-je jamais connu. Les voitures pour Dushanbe partent trčs tôt de la route principale et elle se trouve de l'autre côté du pont en ruine. Je pense ŕ ça en m'endormant... dans les fan marché de Pendjikent la fameuse mashrutka, minibus 4X4 increvable! | | | Ŕ: Opai · 29 avril 2008 ŕ 23:31 Message 31 de 65 · Page 2 de 4 · 2 285 affichages · Partager salut Opaď je viens de lire ton carnet sur des endroits que je ne connais pas. J'aime beaucoup ta maničre de raconter une histoire. ŕ bientôt pour la suite de ton voyage Eric | | | Ŕ: Mékong · 30 avril 2008 ŕ 21:00 Message 32 de 65 · Page 2 de 4 · 2 272 affichages · Partager Salut Mekong
Merci beaucoup! Allez, je mets la suite... Ca grimpe, ça grimpe.
Au fait, l'été prochain, changement de programme, ce sera l' Inde (Ladkh et quelques villes : Amristar, Varanasi)
Opai | | | Ŕ: Opai · 30 avril 2008 ŕ 21:14 · Modifié le 8 mai 2008 ŕ 12:40 Message 33 de 65 · Page 2 de 4 · 2 271 affichages · Partager 18 et 19 Juillet 2007 : arrivée ŕ Dushanbe.
C'est mon hôte qui me réveille alors qu'il fait encore nuit. J'ai dormi d'une seule traite sur un tapis, bien au chaud sous de nombreuses couches de couverture. Nous mangeons rapidement avant qu'il m'accompagne vers la route de Dushanbe. Le soleil se lčve ŕ peine, il fait frais.
Voilŕ, me voici devant ce reste de pont. Mon état encore endormi m'aide ŕ le passer sans trop penser. Mais męme sans ętre complčtement réveillé, je vois le torrent et les rochers sous mes pieds. Je vois aussi les planches branlantes et les clous arrachés.
Nous voilŕ au bord de la route. Le soleil naissant se reflčte dans la poussičre. Entouré de hautes falaises, ses rayons de réchauffe pas encore le village. Il y a lŕ un vieil arręt de bus : deux murs et un toit en béton. J'en verrai dans tout le pays. Parfois, ils sont décorés de mosaďques ou de sculptures. C'est un vestige des temps oů des bus passaient partout. Ou peut-ętre juste une bonne blague soviétique : des arręts de bus dans tous les villages, męme les plus reculés, en attendant les bus eux męme. Mais ça ne m'étonnerait pas qu'il y ait eu des services de transports ŕ cette époque.
J'arręte un camion, puis un second. Ils ne vont pas vers Dushanbe, ils viennent de la mine. Le dentiste chez qui je viens de passer ma nuit arręte une niva. C'est un petit 4X4 russe. Il s'agit du taxi collectif qui rejoint Dushanbe. Nous nous mettons d'accord sur le prix et sur le fait que je veuille m'asseoir ŕ l'avant. Mon hôte part. Je remarque pour la premičre fois qu'il boite. Il est habillé d'un pantalon et d'une veste noir usé et blanchi par la poussičre. C'est triste, ŕ l'image de ce village minier ŕ l'agonie.
En route. A la sortie du village, la route redevient un terrain de cross. Des trous, partout des trous. Trčs vite nous commençons notre montée, le paysage est magnifique, trčs vert. A l'approche du col, la route passe au milieu d'une coulée de glace d'au moins quatre mčtres de haut. La voiture peine un peu, on s'arręte parfois pour refroidir le moteur. Les quatre autres occupants de la voitures sont trčs gentils mais nous parlons trčs peu. Ils semble comprendre que je veux contempler ces montagnes. Arrivé au col Anzob (3372 mčtres), on découvre des crętes enneigée. Je suis la route qui nous fera descendre de lŕ. Elle serpente ŕ flanc de montagne, pour arriver dans un village, tout en bas, au fond d'une vallée. Il y a aussi un grand chalet en bois, on pourrait ętre en Suisse!
A la descente, nous croisons quelques camions qui nous font frôler ŕ chaque fois le ravin. Le soleil est éblouissant, des ruisseaux traversent la piste. Arrivés en bas, la chaussé se dégrade. Je ne pensais pas que cela soit possible. Une route ou un tunnel est en construction, nous empruntons donc un itinéraire parallčle, façonné grossičrement car provisoire.
Ce sont des chinois qui bossent ici. J'ignorais ŕ quel point ils sont présents dans la région, en deux mois, j'en verrai sur tous les chantiers. Ils viennent avec leur savoir et leurs outils mais ils viennent aussi avec leur main d'oeuvre. Il y a réguličrement des baraquements en bord de chantier. Ils ne se mélangent pas ŕ la population locale, qui restent sans doute des barbares ŕ leurs yeux! Les chinois construisent des routes, ce qui leur permettra sans doute de mieux pénétrer le marché et de faire de l' Asie centrale une région satellite.
Peu avant Dushanbe, nous nous arrętons pour nettoyer le véhicule. Il était rouge, le voilŕ blanc de poussičre. Un gamin l'arrose et l'éponge contre quelques somanis. Un torrent court en contrebas, deux enfants passent sur deux ânes.
Il fait chaud ŕ Dushanbe, le soleil est ŕ son zénith. Je trouve sans difficulté le bus qui me déposera au centre. J'indique ma destination : avenue Rudaki. Le chauffeur acquiesce. Effectivement, dčs la sortie de la gare routičre, nous suivons cette avenue. Et elle est longue, trčs longue! Il y a peu de circulation. En passant j'essaie de voir le numéro des bâtiments qui défilent lentement, certains étant long de cent mčtres. Je loupe le numéro 24 et descend au 28. Deux maisons d'écart, seulement, me direz vous... Je marche une bonne dizaine de minutes dans une chaleur immobilisante.
Une babouchkas m'accueille derričre sa vitre. Elle me parle entre de longs soupirs. Ses yeux quittent rarement l'écran tété du fond de la pičce. Manifestement, je la dérange. Je lui pose quelques questions sur l'enregistrement obligatoire. Elle me tend un papier, me dit de repasser plus tard. Cet hôtel ressemble ŕ un théâtre ou un opéra. Des hauts plafonds, des tapis rouges, de larges escaliers de pierre blanche. Il a tout le charme d'un palace ŕ l'abandon. A l'étage, une autre dame, plus chaleureuse, note mon nom sur un registre et ouvre ma chambre. La fenętre donne sur une place animée. Derričre des jets d'eau et une rangée d'arbres, je devine l'opéra national. Je me réjouissais de prendre une douche froide. Pas de pression, je me mouille au lavabo et inonde la salle de bain et le parquet de la chambre.
Pour voyager dans les Pamirs, il faut un permis spécial en plus du visa (le permis GBAO). Je l'ai réservé depuis la France par l'intermédiaire d'une agence kazakhe. Celle-ci m'a donné deux numéro ŕ appeler ŕ mon arrivée. Me voilŕ donc ŕ la recherche d'un téléphone. Il y a en a partout. Il s'agit d'ancien téléphones publiques, sur le modčle de nos cabines. Les fils ont été arrachés et reliés ŕ des téléphones normaux. Des jeunes veillent et encaissent. Le premier numéro ne fonctionne pas. Je tombe sur le messagerie du second. Deuxičme essai quelques minutes plus tard : une femme répond. Nous ne nous comprenons pas. Derričre j'entend des rires et une télévision. J'épelle mon nom, dis "permit" et "GBAO". Rien ŕ faire, je raccroche aprčs dix minutes d'essais. Je suis mal!
En voyage, tout s'arrange... C'est du moins ce que je crois. Or, il suffit d'y croire. En voyage, on a aussi de la chance. Et quand on a pas d'autre choix, on est bien forcé de trouver des solutions.
En attendant de la trouver, je vais manger dans un restaurant géorgien. J'en ręve depuis que je l'ai vu dans le lonely planet : "poulet aux noix ŕ la sauce crémeuse". Je me fie rarement aux guides pour les restaurants mais lŕ, ça me fait franchement envie, surtout aprčs deux semaines au régime gras (plof, soupe).
Je m'installe et commande une grande bičre. Je sais l'effet qu'elle me fera par cette chaleur. C'est égal. Mon plat arrive en męme temps qu'un homme et une femme parlant anglais. Je tends l'oreille. Ils mettent au point un programme culturel. Il s'agit d'un rendez vous professionnel mais le gars drague franchement la dame. Je fonce : "Bonjour, je vois que vous parlez anglais, j'ai un problčme... pourriez vous m'aider aprčs votre repas?". L'homme semble un peu étonné d'ętre ainsi dérangé mais évidemment, ils sont d'accord. Je retourne donc ŕ ma table, termine mon poulet au noix et commande une autre bičre.
La femme a appelé le numéro depuis son portable et pris rendez-vous ŕ 16h00 dans mon hôtel. En attendant, je marche et explore le centre ville : de larges rues qui se coupent perpendiculairement, des grands bâtiments ŕ la soviet. Malgré cela, cette ville est agréable et différente de ses cousines de l'ex-URSS. C'est dű ŕ ses trčs nombreux arbres et ŕ sa circulation automobile raisonnable.
Les trois passants que j'interroge sont incapables de me dire oů se trouve le Musée des antiquités nationales. Je le trouve seul. Au pied des escaliers de l'entrée, des sachets en plastiques pour recouvrir les chaussures. J'enlčve carrément les miennes. A part les employé, il n'y a personne! Je découvre les richesses du musée pieds nus sur une épaisse moquette rouge. Il fait frais et une dame allume les lumičre dčs que j'arrive dans une salle et les éteint lorsque je le quitte! A l'étage, je contemple le bouddha couché. Il mesure treize mčtres de long et date de l'époque oů le bouddhisme s'épanouissait en Asie centrale. Les bouddhas de Bamyan en était un autre témoignage.
En allant au marché, des familles me prient de les photographier. Deux personnes, puis trois, bientôt dix ŕ poser devant mon objectif.
Deux jeunes filles au type russe arrivent ŕ 16H00 dans le hall de l'hôtel Vakhsh. Elles ont le précieux papiers. Je vérifie que tous les noms de district y figurent. Comme je pouvais m'y attendre (d'autres voyageurs men ont averti), le district de Roshtkala n'est pas noté. L'anglophone me dit qu'il n'y aura pas de problčme. Je comprends surtout qu'elle veut partir et qu'elle s'en fout royalement! Ce n'est pas elle qui se fera refouler au contrôle. Je refuse donc de lui signer le papier mentionnant la remise du permis. Elle prend un stylo bille noir et note de sa main "Roshtkala" sur le permis. Aucune différence visible dans l'écriture... Je me marre et lui fais son reçu.
Un homme est lŕ dans le hall. Il discute avec la babouchka au sujet de l'enregistrement. Aucune information claire. Emmanuel, tout comme moi, ne sait que faire! S'enregistrer ici ? Aller ŕ l'OVIR (ministčre du tourisme)? Attendre Khorog ? Dans la loi, apparemment, le touriste a trois jours pour s'enregistrer. La téléphage de l'accueil me dit que j'ai le temps... Elle dit par contre ŕ Emmanuel qu'il va avoir des problčmes : il est dans le pays depuis sept jours. Il n'a pas pu s'enregistrer avant car il est ŕ vélo!
Je croiserai plus tard sur ma route des touristes n'ayant pas su éclaircir tout ça. L'un deux (Alister, j'en reparlerai plus tard) a payer 370 dollars d'amende!! Bien gentil. Les flics ont dű faire une bonne fęte. Le gars en question était un vrai abruti. Ses poches débordaient de billets. Ca l'aura soulager. J'ai rencontrer un couple ayant payé 150 dollars...
Aprčs ętre allé dans une agence pour avoir des informations plus claires, nous nous installons sur la place de l'opéra. Les fontaines rafraîchissent l'air. Emmanuel est le modčle męme du routard qui a bien tourné. Il pourrait ętre mon pčre et a beaucoup, vraiment beaucoup voyagé. Toujours ŕ vélo. En discutant, on découvre qu'on a déjŕ dű se croiser dans un festival oů nous présentions tous les deux un film. Nous buvons de la bičre et mangeons des pistaches vendues en collier par des gamins. Je lui fais part de mes doutes persistants depuis mon voyage de l'été dernier : pourquoi voyager? Ne suis-je pas en train de ma lasser? Et si ce n'était qu'une autre routine, répétition toujours des męmes types de rencontres, des męmes galčres, des męmes activités? Il me guérit d'un coup en me parlant du plaisir de regarder simplement les gens vivre, du bonheur simple d'entendre une nomade kirghize chanter sous sa yourte. Le plaisir aussi de voir des paysages différents, d'en baver ŕ vélo. Il a raison, je me pose trop de questions! J'ai des problčmes de luxes, c'est presque indécent.
Une vieille femme fait la manche de table en table. Nous mangeons des Chachleks (brochettes) et du pain. Il semble bouleversé : une vieille dame, vulnérable, incapable de bosser et obligée de mendier pour survivre. Il la fait asseoir et commande un repas et un soda. Elle n'est pas habitué ŕ ętre traitée de la sorte. On reste assis ŕ ses côtés pour ętre sűr que les serveurs ne la vire pas. Elle mange ses brochettes et mets les deux morceaux de pains dans un sachet.
Aprčs avoir fait des courses, nous montons chacun dans notre chambre. Dans la mienne, un jeune homme est au téléphone. Je ne suis pas seul, question d'économie! Ce représentant en téléphone portable passera la moitié de la nuit ŕ téléphoner en fumant des cigarettes. Il est gentil mais j'avoue avoir eu des envies de meurtre sur les coups de trois heures! | | | Ŕ: Opai · 30 avril 2008 ŕ 22:08 Message 34 de 65 · Page 2 de 4 · 2 267 affichages · Partager des belles rencontre comme celle d'Emmanuel et comment vas tu faire pour te lasser de voyager aprčs avoir parcouru une aussi belle région que le Pamir. ça me fait penser au livre de Christophe de Ponfilly "femmes d' Asie centrale".
Trčs content que tu parles des Chinois. Jade qui venait par la Karakoram Highway, m'avait montré des photos d'un cimetiere d'ouvriers chinois dans le nord Pakistan car ce sont eux qui ont construit les routes dans cette région montagneuse et les Pakistanais leur en sont reconnaissants. | | | Ŕ: Opai · 8 mai 2008 ŕ 13:01 Message 35 de 65 · Page 2 de 4 · 2 223 affichages · Partager 20 et 21 Juillet 2007 : Route Dushanbe-Khorog.
Je suis dčs 5h30 ŕ la gare routičre. Je m'y rends en taxi, les rues sont désertes. Le soleil se lčve ŕ peine. Sa lumičre rouge ébloui déjŕ. Ses quelques rayons sont déjŕ brűlants. La poussičre en suspension dans l'air ressemble ŕ d'innombrables étincelles. Je suis le seul passager dans le coin et ne trouve que deux chauffeurs pour m'orienter. L'un deux dit partir vers les Pamirs. Il faut biensűr attendre que la mashrutka se remplisse. J'attends...
Vers 7h00, les premiers voyageurs arrivent. Les rabatteurs les orientent de maničre musclée vers leurs propres taxis ou minibus. A partir de ce moment, les bagages dans le coffres, chaque passager devient la propriété de son chauffeur! Il y a plusieurs mashrutka en partance pour Khorog. Celle d'ŕ côté semble plus remplie que la mienne. Une adolescente énergique s'impatiente. Elle parle anglais et me dit le prix qu'elle paie. Le mien est un peu plus élevé, une dizaine de dollars. Je vais voir mon chauffeur et re-négocie le prix. Le ton monte entre lui et la jeune fille et le chauffeur est finalement pręt ŕ s'aligner... Mais je vois bien que son véhicule ne sera pas plein. Et je veux partir aujourd'hui! Je prends donc mes affaires et file vers la mashrutka d'ŕ côté. Son chauffeur me promet de partir dans les dix minutes... Il est 9h30 environ. Aprčs ma désertion, le chauffeur de la premičre mashrutka s'énerve franchement contre la fille parlant anglais et contre mon nouveau chauffeur. Finalement, il referme sa mashrutka et repart ŕ pied. Ce sera pour un autre jour... Pas de travail aujourd'hui.
C'est vers 12h00 que nous bougeons! Aprčs une longue heure ŕ manoeuvrer dans ce terrain vague, ŕ faire le plein et ŕ charger des gens. Juste au moment de partir, un garçon d'environ sept ans fait une crise de larme. Il hurle, il ne veut pas partir. Les négociations durent longtemps. On repart au bout d'une heure, l'enfant, sa soeur et sa mčre reste... Il a fallu trouver trois passagers remplaçants! On parcourt une centaine de mčtres ŕ l'extérieur du terrain vague puis on s'arręte ŕ nouveau : pause repas! Il est 14h30 quand nous partons pour de bon. Les Pamirs se font désirer. Je guette le départ depuis neuf longues heures. Le soleil est maintenant sans pitié. Nous sommes bien serrés dans la mashrutka. Je suis au fond ŕ gauche, pas la meilleure place car loin des ouvertures! Les fenętres s'ouvrent peu et l'air devient vite malsain. Cela n'ira pas en s'améliorant.
Nous quittons Dushanbe par des petites rues de terres, évitant les grandes avenues pour ne pas avoir ŕ payer les policiers ŕ chaque croisement. Lors d'un arręt, je vois deux groupes d'enfant jouant avec un chiot. Ils semblent se le disputer. Finalement, la pauvre bęte est jetée violemment au sol. Je n'ai jamais entendu un tel cri de la bouche d'une si petite bęte. J'entends la terreur męme.
Dčs la sortie de la ville, la route s'élčve. J'ai dű manger quelque chose de mauvais, mon ventre fait des sons étranges. Je respire, j'avale un petit remčde, me contrôle. Mon visage est ruisselant de sueur. Premičre pause : je me précipite hors du bus. Il y a lŕ quelques stands oů l'on vend des sodas, du thé et des gâteaux. Tout autour, l'herbe est jaunie par le soleil. Je demande la direction des toilettes. Je les sens déjŕ, mais ne les vois pas. Me mettre en mouvement ŕ rendu cela trčs urgent! J'arrive ŕ me contrôler assis, pas en marchant. On m'indique une bâche bleue en hauteur. Je suis un sentier abrupte sur une cinquantaine de mčtres. J'ai bien de la chance! Je suis rarement malade et me voilŕ condamner ŕ utiliser cette fosse, simple ŕ décrire : un bassin de trois mčtres sur deux. Deux planches instables couvertes d'excréments. Un mčtre et demi sous les planches, un magma marron, grouillant. De nombreux reflets bleutés ou blancs, ce sont les mouches et les vers. Ajouter ŕ cela quatre ou cinq personnes qui viennent s'accroupir ŕ mes côtés... Aussitôt remonté dans le bus, mon ventre va mieux, je suis guéri!
Le paysage se fait plus accidenté. Nous suivons des vallées, nous longeons des torrents, nous nous élevons, passons un col puis recommençons dans une autre vallée. Les secousses ne s'arrętent que lors des quelques pauses. Trois jeunes de type russe profitent des haltes pour dessiner des sexes un peu partout avec un marqueur. Ils sont morts de rire en contemplant leurs dessins sur une citerne, un conteneur, un mur blanc. Personne ne bronche, on dirait qu'il craignent ces jeunes cons arrogants. Peut-ętre est-ce simplement du mépris et de la résignation.
Pendant le repas du soir, j'attends les autres voyageurs en contemplant un paysage superbe. Je préfčre jeűner. Des pics rocheux rouges sortent de terre. Je tente de photographier trois femmes mais elles fuient. Les gens me regardent bizarrement.
Il fait nuit lorsque nous repartons. Je suis dans un demi sommeil, coincé au fond, contre la paroi gauche du minibus. Ca cogne sans répis. Au milieu de la nuit, nous nous arrętons. Aprčs un temps assez long, nous redémarrons pour quelques minutes, puis, nous stoppons ŕ nouveau. Ce mančge se répčte plusieurs fois. Je profite des arręt pour dormir plus profondément. Finalement, la mashrutka s'arręte pour de bon dans un village. Il fait froid dehors et je remonte vite ŕ ma petite place. Depuis le début de soirée, nous circulons en convoi de trois véhicule. L'un d'entre eux ne peut plus avancer. Aprčs avoir échoué ŕ trouver un moyen de réparer, les douze passagers de la camionnette en panne sont répartis dans les deux encore en état de marche.
Nous étions déjŕ bien serrés avant... La banquette oů je suis est ŕ trois place. Nous y tenons ŕ quatre adultes et autant d'enfants. Les gens s'organisent, certains, passeront la nuit accroupis au sol. Il semble y avoir une rélle solidarité. Personne ne bronche, et de toute façon, il n'y pas d'autre solution. Je passe donc la nuit comme cela. Ce sont mes jambes qui souffrent le plus : elles sont recroquevillée entre les sacs et les pieds de mes voisins. Impossible de les bouger. Il suffit que je m'avance sur mon sičge pour que ma voisine s'étale plus et que je sois dans l'incapacité de m'adosser ŕ nouveau! C'est impitoyable, que mon pied bouge de quelques centimčtre en l'air et il perd sa place au sol.
Je me réveille lorsque le jour se lčve. Le gosse ŕ côté de moi est en train de vomir dans un sac. Enfin, on s'arręte. En face de la rivičre Pyanj, l'Afghanistan. Je n'ai pas pu en profiter durant la nuit. Je n'ai pas vu les villages qui longent la frontičre, juste en face de la route cabossée. La vallée est encaissée, les montagnes abruptes. Il n'y a pas de végétation, mis ŕ part quelques peuplier le long de la route.
On s'arręte, je retrouve l'usage de mes jambes, je m'étire. Je suis endormi et courbaturé. Nous ne sommes pas encore arrivés. La rivičre a emporté la route la nuit derničre. Impossible de passer. Nous attendons deux heures non loin de Ruchan. Déjeuner pamiri : thé mélangé ŕ du beurre rance. Nous trempons du pain lŕ dedans. Ce n'est pas mauvais, juste un peu fade. Je me régale de raisins secs et de ces délicieuses petites műres blanches. Sur le plateau, il y a aussi des bonbons, des papillotes.
Je suis assis le long de la route : le grondement puissant du Pyanj, des papillons, des oiseaux qui chantent au levé du soleil, mes compagnons de voyage parlant pamiri, le ciel aux teintes mauves qui devient bleu, le vent dans les peuplier, le goűt du thé salé, la fraîcheur du matin. Je suis endormi mais je suis tellement heureux d'ętre lŕ. J'ai ręvé des Pamirs et j'y suis. J'aime les voyages et lŕ, c'est un vrai voyage, un que l'on ressent dans sa chaire.
La route ne se reconstruira pas dans la journée, c'est un fait. Nous passons donc ŕ pieds en escaladant un peu les éboulis de la montagne. Dix minutes de marche, pas plus. J'imagine la męme scčne en Europe, impossible! Le gamin courent, les gens glissent, surchargés de bagages. Juste en dessous, le torrent. On sent le vent que produit toute cette eau qui court. Pas de panneaux, pas de décrets, pas de risque zéro... Une gentille petite excitation pour le sage occidental que je suis.
Un camion militaire de transport de troupes nous prend en charge et nous dépose dans le village suivant. Je filme la route. On me croit journaliste... Je démens en rangeant ma caméra!
La fin du parcours est plus calme. La route devient meilleure et nous arrivons ŕ Khorog en début d'aprčs midi. La jeune fille anglophone m'offre le gîte. Je rejoins donc sa soeur et son pčre dans un HLM soviétique. Mais je ne passerai pas la nuit avec eux. Je ressors pour régler mes problčmes d'enregistrement et de permis. Nous sommes Vendredi, ŕ la police, on m'invite ŕ revenir le lundi! J'essaie la stratégie du sičge, je râle, je m'énerve, je pars, je reviens, j'invente des histoires mais rien n'y fait... Ici, aujourd'hui, c'est congé! Le policier en a tellement marre de me voir que c'est lui qui m'emmčne gracieusement ŕ la Pamir Lodge, une guesthouse sur les hauteurs de Khorog que je n'arrive pas ŕ trouver seul.
Qui a dit que j'étais en vacance? Il va bientôt faire nuit, je suis une fois de plus fatigué. Mais une bonne fatigue car enfin, je suis lŕ oů je souhaitais ętre. station essence route Dushanbe-Khorog route emportée par le Panj | | | Ŕ: Opai · 19 mai 2008 ŕ 21:57 Message 36 de 65 · Page 2 de 4 · 2 166 affichages · Partager 21 et 22 Juillet 2007 : Khorog
Deux jours ŕ tuer ŕ Khorog en attendant de pouvoir s'enregistrer ŕ la police. On a vu pire comme contrainte!
La ville n'a rien de charmants. Des blocs de béton longent la rue principal. Parfois, un bâtiment neuf : c'est une construction de la fondation Aga Khan, le lycée par exemple. A un bout de la rue se trouve la gare routičre, avec ses taxis et ses vieilles camionnettes. C'est lŕ que commence le marché. Rien de superflu ici : des pâtes, du riz, des fruits secs. J'ai passé quinze minutes ŕ chercher un fromage. Sans succčs. Je me suis rabattu sur une sorte de saucisse de fromage fumé. Quand le soleil tape trop fort, et c'est le cas bien avant midi, les rues se couvrent de bâches bleues. Cela fait de l'ombre mais il ne fait pas moins chaud.
Il y a quelques boui-bouis aussi. Des nappes cirés, trouées par les cigarettes des clients et couvertes d'une couche de graisse plus épaisse que la nappe elle męme! Tout est de béton, le sol, les murs, le plafond, gris. Męme les clients sont gris, je veux dire saouls. Il y a deux khirgizes ŕ la table d'ŕ côté. Des chauffeurs venant de Murghab. Ils parlent, ils parlent, sans s'arręter. Je ne comprends pas? Ils parlent plus fort! Je les ignorent? Ils se rapprochent! Un des mec est tellement bourré qu'il n'arrive męme plus ŕ fixer mon regard.
La ville est traversé par la rivičre Gunt. On passe le pont et on traverse un quartier de HLM soviétiques. Les chats et les chiens fouillent les tas de détritus. Ca pue.
Il faut monter. A dix minute de cette ville un peu glauque se trouve des jardins, des vergers. Des ruisseaux traversent les chemins. De temps en temps, on croise une chčvre ou un mouton.
Il faut monter encore. Un petit canal d'irrigation entoure la ville. Des gamins s'y baignent. Ils construisent des petits barrages avec des branches et des cailloux. Ca me rappelle mes aprčs midi d'été dans le vignoble alsacien. J'avais cru pouvoir faire déborder un ruisseau qui ne m'en avait pas laissé le temps. Dix fois il a emporté mon tas de pierre. Dix fois j'ai recommencé, toujours vaincu par ce petit filet d'eau.
Je continue ŕ monter. C'est raide, c'est de la caillasse. je grimpe péniblement, presque ŕ quatre pattes. Un rocher, tout en haut, me donne le cap. Je suis un lit de torrent. Lŕ, quelques herbes poussent. Je m'y accroche. Je m'arręte tous les cinquante mčtres, essoufflé. Je me retourne, contemple la vallée puis continue : la vue doit ętre plus belle de plus haut. Voilŕ, j'y suis ŕ mon rocher noire. Celui que je vois depuis ma guesthouse. Il domine Khorog. Je m'assois, je suis ivre, seul et loin de l'agitation d'en bas. Pas un son ne me parvient de la ville que je vois ŕ mes pieds.
Scéance de photos : ŕ gauche, l'Afghanistan et ŕ droite, la vallée de Gunt. Entre deux montagnes ŕ pic, je devine l'entrée de la vallée de Chokh dara. Je veux une image de moi ici. Cette manie, cette illusion de croir que l'on pourra retrouver cet instant de grâce en voyant une petite image. Je pose l'appareil sur une pierre, je le cale avec un gilet. J'enclenche le retardateur, j'appuie, je cours, je glisse....clac. Belle image! on me voit ŕ terre, les mains prętes ŕ amortir la chute.
La descente est toujours plus dure. C'est pentu et je ne veut pas rejoindre la ville en roulant dans ces pierres noires et coupantes. Impossible de marcher normalement. J'essaie en zig-zags, mais je ne suis pas un dahut. Finalement, j'opte pour le ski : je me jette dans la pente, me laisse accélérer puis, quand ça va trop vite, je saute ŕ pieds joints en me tournant de profil. Je fais des pas de trois mčtres, c'est grisant!
Je contourne la ville en longeant le petit canal. Me voilŕ au dessus du Panj, qui coule entre le Tadjikistan et l'Afghanistan. En face, je devine un chemin de muletier. Je laisse mon regard flotter dans le ciel bleu. Je prends le temps de voir le mouvement des gros nuages blancs. Eux ne connaissent pas de frontičres.
Dans une rue, je rencontre Koshif. Il m'offre le thé, des gâteaux sablés et de la confiture de framboise. Je la déguste ŕ la petite cuillčre. Lui la met dans son thé. Peu importe, c'est délicieux et męme plus que ça. Son grand fils nous rejoint. Il met un CD mp3 spécialement pour moi dans son ordinateur. De la musique française... Et j'entends Alizée chanter "On m'appelle Lolita...". Je ri bien. C'est donc ça l'image de la culture française ŕ l'étranger! Merde alors. Cela calmerait l'arrogance de certains de mes compatriotes! En Iran déjŕ, on me récitait des počmes d'un počte français : Céline Dion.
Le plus jeune fils de Koshif se joint ŕ nous. Il a 10 ans et parle trčs bien anglais. Il est ŕ l'école Aga Khan et se trouve dans la classe "anglaise". Il y a trois classe par niveau : une en tadjik, une en russe et une en anglais. La fondation du guide spirituel ismaélien fait beaucoup de bien par ici, j'aurai l'occasion d'en parler plus longuement plus loin.
C'est bon aussi de s'asseoir devant la Pamir Lodge. Cette Guesthouose est tenu par un érudit, ancien professeur de philosophie et de théologie en Angleterre. Il est originaire du Pakistan mais a décidé de venir mourir ici. Il passe ses journées ŕ méditer et ŕ recevoir. Il est considéré comme un guide par la communauté. C'est chez lui que les gens viennent prier le soir. Il tente de les ouvrir au tourisme. Ici, on en est souvent resté aux traditions soviétiques : trop cher pour peu de qualité. Il semblerait qu'ils aient du mal ŕ suivre le modčle pakistanais ou népalais.
Un soir, un groupe d'étudiant américain en farsi envahissent les lieux. Ne pouvant aller faire leur stage de langue en Iran, ils passent un mois ŕ Dushanbe. En ce moment, ils profitent d'un long week-end pour visiter le Wakkhan en un jour. La couleur de la peau montre un grande diversité dans les origines des étudiants. Ca fait plaisir ŕ voir! Je sympathise avec l'un d'eux. Est-ce parce qu'il ressemble ŕ John Cage ou parce que il est le seul fumer de la bande ? C'est un passionné par la culture perse. Il est originaire de Californie mais vit ŕ New York. Il parle tout doucement, me raconte ses ręves : bientôt, il veut parcourir le Wakkhan afghan. Il y a d'ailleurs ŕ la Pamir Lodge un jeune humanitaire américain en congé qui a obtenu son visa afghan ce matin, en vingt minutes. Il vit avec sa famille au Kirghizistan et va passer demain de l'autre côté ŕ Ichkachim. Un ami afghan l'attend de l'autre côté pour le guider. Parlant dari et kirghize, il voyagera avec des ânes. Décidément, il y a des vies passionnante!
On passe la soirée autour d'un melon et d'un thé, ŕ discuter de voyages réels ou ręvés, ceux qui vont nous tenailler encore pendant un moment. On fait des itinéraires, certains racontent l'histoire de telle famille qui a traversé l'Afghanistan récemment en camping car. Celui en partance rappelle qu'un tel voyage se prépare et que ces temps-ci, il ne faut pas sous estimer le risque. Il peut ne rien arriver... Mais tout peut arriver aussi! Khorog
sur les hauteurs de Khorog marché Khorog | | | Ŕ: Opai · 23 mai 2008 ŕ 21:04 Message 37 de 65 · Page 2 de 4 · 2 135 affichages · Partager 23 Juillet 2007 : Roshtkala
Je suis ŕ l'avant d'une "gazelle" rouge. Il s'agit d'un camionnette-minibus. Devant le bazar de Khorog, on attend que le véhicule soit plein pour partir. J'ai enfin effectué mon enregistrement GBAO. La femme était plutôt sympa. Je crois męme qu'elle a souri. Je suis assis ŕ l'avant quand nous partons. D'abord, il faut traverser la place encombrée de gens, de minibus, de camionnettes, de mashrutkas. Nous partons déjŕ chargés ŕ bloc mais la camionnette s'arręte pour faire monter, ou plus rarement descendre des passagers. L'assistant du chauffeur sort et tasse tout le monde ŕ l'arričre! Au bout de quelques arręts, il ne peux plus fermer la porte. Il reste alors debout, accroché au toit, le pied sur le rebord de la gazelle! Je suis ŕ l'avant, on est que trois, sans compter le chauffeur. Musique pop russe ŕ fond pendant tout le trajet. On longe une rivičre et ses rives bordées de peupliers. Arrivée ŕ Roshtkala un peu avant 11h00. Je compte me promener un peu avant de continuer vers Javshanguz. Les taxis ŕ l'affűt me pousse ŕ quitter rapidement l'arręt des minibus, sur la rue principale. Je m'éloigne de la rivičre, traverse quelques rues en terre battue. Me voilŕ déjŕ ŕ la sortie du village. Des champs, un ruisseau qui traverse le chemin, une odeur de foin... Retour le long de la route principale. Pas de circulation, des gens sont accroupis par terre. Je demande ŕ quelques uns s'il y a un bus pour Javshanguz. Je ne reçois jamais deux fois la męme réponse. Un gars s'adresse ŕ moi en allemand. Il me dit qu'il part vers 14h00 et en attendant, il m'invite ŕ manger un morceau. Je ne comprends pas trčs bien s'il parle d'un bus ou de louer une voiture... Il n'est pas clair, me dit toujours "ja", "yes" ou "kein problem". Le bazar de Roshtkala est constitué de quelques containers et pré-fabriqués sur un terrain vague poussiéreux. Les rayons sont peu fournis. C'est męme compliqué de trouver une bouteille d'eau. Mon futur ex-chauffeur s'en va acheter un peu de vodka. Il revient avec plusieurs doses de dix grammes. Je refuse de boire avec lui, je me contente de manger un peu de saucisson et quelques beignets de pommes de terre. Il boit seul jusqu'ŕ ce qu'un ami le rejoigne avec du ravitaillement en alcool. Je vois mon espoir de partir avec lui diminuer! Il commence ŕ raconter n'importe quoi, il est vraiment bourré. Il voulait sans doute juste un peu de compagnie. Je me lčve et part. Il me donne rendez-vous ŕ 15h00 pour partir avec lui... Je m'accroupis donc ŕ nouveau au bord de la route en attente d'un moyen d'aller ŕ Javshanguz. Un jeune flic, avec ses copains, veut se donner un peu d'importance. Il me demande mon passeport et le contrôle. Voilŕ, c'est bien, ce petit a montré son pouvoir. Bimish s'adresse ŕ moi dans bon anglais. Elle me dit de m'asseoir ŕ l'ombre, elle se renseigne pour moi. A priori, pas de bus aujourd'hui. Peut-ętre demain, peut-ętre pas! Elle m'invite ŕ aller chez elle. Je revois passer mon germanophone, titubant. Je raconte ses promesses ŕ Bimish et elle sourit, un peu gęnée. C'est son oncle et il est effectivement professeur d'anglais et d'allemand. Mais pas chauffeur de bus. Elle me déconseille de faire confiance aux hommes! Ils boivent beaucoup dit-elle. Elle repart chez elle. Je vais du côté de la fondation Aga Khan, voir s'ils en savent plus sur le passage d'un éventuel bus. Sur le chemin, un autre flic me dit de le suivre. Je reste sur place mais il ne veut rien savoir. Il m'embarque dans le bureau de son chef, qui est en train de brailler au téléphone en tirant sur sa clope. Aprčs dix minutes d'attente, il daigne jeter un oeil ŕ mon passeport. Il ne voit rien de la falsification et est heureux de lire Roshtkala sur le permis. Je le quitte sur un "Welcome in Roshtkala". Une demi heure de perdue.
Deux jeunes filles de la fondation m'informent qu'elles attendent une jeep en provenance de Dushanbe et ŕ destination de Javshanguz. Elle devait arriver hier, elle viendra peut-ętre aujourd'hui, ou demain. Je décide d'attendre lŕ, il fait frais! Je m'installe dans la salle de réunion. Assis sur une épaisse moquette, je lis Neige d'Ohran Pamuk. Le livre commence sur un homme traversant la Turquie en bus. Il s'endort sur son sičge. Je ne suis donc pas le seul ŕ avoir le sommeil voyageur! Je suis en train de m'endormir sue mon livre lorsque j'entends des voix : c'est Helen, une anglaise consultante ŕ la fondation. Elle vit dans les Pyrénées et vient réguličrement dans les Pamirs, qu'elle adore. Elle part demain pour Javshanguz et elle y passera une semaine. Elle travaille sur l'état des pâturages d'été et les influences qu'ont eu les nouvelles lois foncičres sur ces derniers. On en reparlera demain, en chemin : elle me propose de profiter de la place libre dans la jeep. Départ vers 8h00. Je pars ŕ la recherche de Bimish qui avait proposer de m'accueillir. Je la décris ŕ un gamin. Il m'avait vu discuter avec elle et me guide vers sa maison. Bimish m'installe seul devant la télé. A intervalle régulier, deux tętes passent par l'entrebaillement de la porte. Ce sont le cousin et la cousine de Bimish. J'ai répondu "un peu", lorsqu'elle m'a demandé si j'avais faim. Me voilŕ avec les traditionnels sablés, raisins secs et papillotes. Il y a aussi des tranches juteuses et sucrées d'une pastčque, du pain, du beurre et de la confiture de cerise. Et la voilŕ de retour avec six oeufs au plat! Délicieux, mais ça fait beaucoup. Quand j'ai achevé ce festin, nous discutons un peu. Elle est tout le temps ŕ me demander si je suis bien, si j'ai besoin de quelque chose. Bimish a 22 ans et elle se mariera l'été prochain. Elle est étudiante ŕ Dushanbe. Son fiancé vit ŕ Moscou et je l'entendrai au téléphone ce soir. Nous sortons voir un match de foot. Le soleil disparaît derričre la montagne. Je respire profondément. Des groupes de fans chantent. Des filles sont complčtement hystériques. Bimish n'aime pas trop le foot. Nous partons nous promener vers le fort rouge qui a donné son nom au village. Nous montons ŕ travers champs. Des femmes portent des légumes ou du bois. De lŕ haut, nous dominons la vallée. On entend les clameurs depuis le terrain de foot. Si j'avais trouvé un bus pour Javshanguz, je n'aurai pas vu ça, je n'aurai pas non plus rencontré Bimish et sa famille. A notre retour, le pčre de mon hôte est lŕ. Nous mangeons ensemble. Une soupe ŕ la viande et des pommes de terre... Nous tentons de discuter un peu avec le chef de famille. Sa fille traduit. Il regrette que nous n'ayons pas de langue commune. On sent un vraie frustration de ne pouvoir échanger réellement. Il me dit quelques mots en allemand, appris dans des films soviétiques sur la grande guerre patriotique : "Hände hoch", "Papier". La soeur de Bimish, infirmičre, ainsi que sa tante de Dushanbe nous rejoint. Nous regardons ensemble le film du mariage du frčre de Bimish. On lui coupe les cheveux, on va chercher la femme dans un village voisin. Les femmes dansent avec grâce, en bougeant surtout le haut du corps et les mains. La jeune cousine danse devant l'écran. Elle a quatre ans et offre un spectacle magnifique. Rien de maladroit dans ses mouvements. Je m'endors dans une petite pičce ŕ côté de la cuisine. Comme ŕ mon habitude, je dors d'autant plus profondément que je suis de passage dans un endroit nouveau, inconnu. sur les hauteurs de Roshtkala
la route principale de Roshtkala et l'entrée du marché
Mes hôtes, la famille de Bimish | | | Ŕ: Opai · 23 mai 2008 ŕ 22:53 Message 38 de 65 · Page 2 de 4 · 2 127 affichages · Partager une belle rencontre ! Bimish est celle qui est au fond sur la gauche ? jolie fille | | | Ŕ: Mékong · 24 mai 2008 ŕ 20:08 Message 39 de 65 · Page 2 de 4 · 2 116 affichages · Partager Salut Mekong!
Oui, Bimish est bien la jeune fille au fond ŕ gauche. A côté d'elle, la dame en bleu est sa mčre.
Trčs jolie fille....mais mariée depuis février! | | | Ŕ: Opai · 26 mai 2008 ŕ 16:29 Message 40 de 65 · Page 2 de 4 · 2 098 affichages · Partager Dis donc Opai, avec ton train de sénateur (hum, s'il y a un sénateur dans le coin, je n'ai rien contre votre légendaire lenteur) tu vas faire la jonction entre ce voyage-ci et le prochain qui se profile dans un horizon pas trčs lointain !
Męme Paul Theroux va plus vite que toi  !
Tręve de plaisanterie : tu as bien raison de nous distiller lentement ces petites tranches de vie nomade, l'attente s'ajoute au plaisir de les savourer.
Oui, enfin, quand męme, tu pourrais faire un effort...
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