Opai · 20 janvier 2008 à 19:56 65 messages · 14 participants · 10 123 affichages | | | | 20 janvier 2008 à 19:56 Message 1 de 65 · Page 1 de 4 · 5 255 affichages · Partager De l'Alsace aux Tien-Shan (Monts célestes) en passant par Minsk, Moscou, l'Ouzbékistan, le Tajikistan, les Pamirs...
Je vous propose de suivre mon voyage par voie terrestre depuis Colmar jusque Bishkek. J'ai d'abord rejoint Samarcande en train en traversant rapidement l' Europe de l'est, la Russie et le Kazakhstan. Une fois arrivé en Asie centrale, j'y ai passé presque deux mois. Un peu de temps en Ouzbékistan puis, le Tadjikistan et le Kirghizistan.
J'ai l'habitude de tenir un carnet lors de mes voyages. Cette année, rien! Dès mon entré au Tadjikistan, je ne me suis plus tenu à cette discipline, préférant peut-être regarder les paysages qu'une feuille blanche.
Suite à la remarque d'un ami plus âgé, j'ai décidé de reprendre tout le fil de mon voyage car " la mémoire me fera des infidélités" m'a-t-il prédit. De peur de perdre petit à petit la beauté de ce voyage, je me suis mis à écrire. Chaque jour, je prends donc le temps de me replonger dans une journée de voyage. Je revis en temps réel tout ce qui a fait la richesse de mon périple. Cela me demande quelques efforts de concentration mais les souvenirs me reviennent facilement. A partir du réveil, je déroule les expériences d'une journée comme les perles d'un collier!
Je vous propose ce carnet de note différé, accompagné d'images.
Jour après jour... | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Opai · 20 janvier 2008 à 20:00 Message 2 de 65 · Page 1 de 4 · 5 245 affichages · Partager Un peu court comme premier jour  Tu nous mets l'eau à la bouche! | | | À: Opai · 20 janvier 2008 à 20:01 Message 3 de 65 · Page 1 de 4 · 5 228 affichages · Partager MERCREDI 4 JUILLET 2007 : Premier jour, Colmar-Freiburg-Berlin-Pologne
Il fait encore nuit quand je me lève. J'ai passé une nuit à dormir, plus serein qu'excité. J'ai quand même vérifié mes bagages plusieurs fois. J'attends ce départ depuis des mois. Mon pic d'impatience a été atteint voici un mois et demi alors que je courais encore après les visas. Il y en a six de collés dans mon passeport. Les derniers sans doute, je le changerai après, le perdrai, pour ne pas avoir à rendre ces souvenirs! Il m'aura fallu trois mois pour obtenir tout ces visas et permis. Quel idée d'aller en Asie centrale en train. C'est pas le plus économique, contrairement à ce qu'on pourrait penser, mais c'est tellement plus beau que l'avion. Pas de téléportation, pas de choc. Tout se fait progressivement. Dans le voyage, ce que j'aime, c'est le voyage, justement, pas l'endroit où j'arrive. C'est sur les rails ou sur les routes que l'on voit les paysages se modifier et les traits des visages changer. En avion? Les nuages se ressemblent qu'ils soient de Paris, Moscou ou Dushanbe. Les seuls personnes rencontrés sont les hôtesses au check-in! Pour moi, ce sera donc le train : Freiburg- Berlin- Minsk- Moscou- Tashkent- Samarcande. Environ 120 heures de train sur une dizaine de jours... Je ne fais que passer en attendant de découvrir l' Asie centrale pendant deux mois.
En ce mercredi, nous partons tôt car, fait exceptionnel, la Deutsche Bahn est en grève. beaucoup de trains annulés. J'arrive à Freiburg vers 5h30. Mon train est prévu à 6h52. Ca me laisse le temps de regarder le soleil se lever sur les rues encore vides. Il a plu pendant la nuit et cela donne des reflets à la chaussée. Des couleurs chaudes qui me font déjà penser à se que je pense trouver vers l'Orient. J'ouvre mon premier livre : de Marquette à Veracruz de Jim Harrison. J'aime bien lire en général et particulièrement en voyage. Le livre est alors un voyage dans le voyage où des correspondances se nouent entre mon environnement réel et celui de l'histoire.
6h52 : ICE 976 en direction de Berlin. Il est à l'heure. Je m'installe dans un ambiance feutrée. Les trains allemands sont silencieux. Personne pour raconter sa vie bien fort dans son portable, personne pour regarder un film sans casque. C'est interdit, et en Allemagne, on est très légaliste. Durant mes études dans ce pays, j'ai d'ailleurs souvent été écrasé en traversant au rouge. Le feu étant vert pour l'automobiliste il en avait de fait le droit! Tant pis pour le français désobéissant que je suis. Dans le train, je laisse tomber ma tête sur la vitre teintée. Le paysage défile et je tombe dans un demi sommeil. Les pensées défile : mon entretien pour un poste à Strasbourg et toute l'arrogance, la suffisance de ces deux vielles femmes rances et agressives, les manifestations de fin d'année où mes élèves m'ont rempli de fierté. Puis, les spéculation sur ce qui m'attend.
Le train arrive avec un peu de retard. La majorité des passager descend à Berlin Hauptbahnhof. Je suis seul les dix dernières minutes pour atteindre Berlin Ostbahnhof. Le train file au ralenti à cinq mètres du sol. Entre les immeubles massifs, classique allemand, j'aperçois la coupole en verre du Reichstag et la Kaiser Wilhelm Kirche, ruine mémorielle de la seconde guerre mondiale. Sur le quai, des employés de la Deutsche Bahn attendent les passagers pour leur offrir des boissons en guise d'excuse pour le retard occasionné par la grève. Ils sont confus, ce n'est pas dans leur culture et s'ils en arrivent à cette extrémité c'est qu'ils n'ont vraiment plus d'autres alternatives, j'en suis certain.
J'ai deux heures à passer dans cette petite gare. Mon train pour Minsk n'est pas encore affiché. Je m'achète un Döner Kebab chez un turc. Je m'adresse à lui en allemand mais mon accent et mon air un peu sonné après sept heure de rêverie, lui font penser que je ne maîtrise pas du tout cette langue. Il me traduit tout en anglais. J'insiste, lui réponds en allemand. On est pas branché sur le même mode! Je parle allemand alors qu'il attend de l'anglais. Il parle anglais alors que mon cerveau se prépare à entendre de l'allemand. On ne se comprend pas très bien. Tout ça pour savoir si je veux du piment ou non! Finalement, on se sépare dans un grand silence, une impasse! On s'est quand même compris quand il a fallu payer.
Je sors manger devant la gare. Il y a là une foule de pigeon. Cinquante ou cent, pas moins. Je les attire en jetant quelques miettes par terre. Je suis entouré d'oiseau et j'adore ça. Je m'accroupis avec un peu de pain dans la mains. Je voudrais sentir leur bec me picorant la paume. Malheureusement, une vieille femme rapplique avec un sac plein de victuailles pour volatiles. Les ingrats, ils s'envolent immédiatement...
Sur le quai, il y a peu de monde. Un groupe d'une dizaine de femmes, biélorusses et bruyantes. Elle piaillent plus que les cents pigeons. Au moment de monter, elles disparaissent sous des quantités de sacs, Chanel, Yves St Laurent. Des faux sans doute, monnaie d'échange ou cadeau rapporté à Minsk. A chaque porte, un hôtesse accueille les passager. Je devrais plutôt écrire : à chaque porte, une hôtesse contrôle les passagers. Elle note le numéro du billet et celui du passeport. Elle fait ensuite une croix dans la colonne de droite d'une liste. Mon compartiment comprend quatre couchettes. Une homme est assis sur celle du bas. Les deux du haut resteront vide tout le temps. Par terre, un gros sac rouge et des sachets en plastique débordant de nourriture. Avec un bel accent osti, il m'explique qu'il arrive à l'instant de Leipzig en auto et qu'il n'a pas eu le temps de manger. Il me propose sandwich, fromage, bière. J'accepte une bière de bon coeur, il la prend dans un sachet qui en est rempli à ras bord! Dans la pénombre du compartiment, il parle sans arrêt. C'est intéressant. Il me raconte sa haine du capitalisme et du libéralisme dans laquelle je vois surtout une nostalgie du passé, de l'enfance, de l'adolescence. Cette société individualiste le dégoûte. "Quand j'étais étudiant, on logeait à 18 dans un dortoir on partageait tout et le problème de l'un était le problème de tous! Aujourd'hui, c'est chacun pour sa gueule, et tout le monde s'en fout su son voisin crève de faim." Il a tellement raison. Pas d'autre alternative à ces deux aliénations : communisme versus ultra-consumérisme ? Dictature du prolétariat versus dictature du fric? Si, il y en a sans doute mais finalement, toujours le même résultat sous différentes forme : les dominants et les dominés. Tout l'art consistant pour les dominants à endormir les dominés avec des jeux (télé, sport, consommation...) et des idéaux auxquels ces cyniques ne croient évidemment pas (liberté, démocratie, bonheur...).
Franck parle beaucoup et fort. Au passage de la frontière, il s'en prend violemment au policier. Celui-ci, conforme à sa fonction ne s'encombre pas de politesse. Ce grand costaud blond et peu souriant se contente de dire "Pass" sur un ton autoritaire. Franck le reprend : "ca te ferait mal de dire s'il vous plaît? Non mais... on n'est pas des chiens, merde. Pass, pass. Ca te coûterai pas plus cher." Le flic hausse un sourcil, pousse un soupir mais ne dit rien. Et Franck s'agite de plus belle. De temps en temps, son téléphone sonne. Je suis obligé de sortir car il m'explose les tympans. C'est son employeur qui l'appellent. Il y a eu apparemment un malentendu sur un chantier. Franck et couvreur de toit. Il parlera sans cesse jusqu'au coucher. Il est marrant, attendrissant. ceux qui disent que je m'énerve tout le temps n'ont jamais rencontré Franck. A partir de tout, il extrapole vers des grandes questions politiques. Les toilettes sont sales ? On arrive très vite à parler de ces salauds de ricains, par une chaîne de cause à effet logique et relativement courte.
Je m'endors sans avoir mangé. Je profite du ta-ta ta-ta des rails. Je traverse la Pologne, je me réveillerai en Biélorussie. | | | À: Opai · 20 janvier 2008 à 22:21 Message 4 de 65 · Page 1 de 4 · 5 213 affichages · Partager Très sympa! j'aime beaucoup comment tu écris  C'est un de mes prochains rêves d'aller en Asie en train... Le billet Moscou Taskent Samarcande, tu l'as acheté à Paris? Ca a du te couter un pont, non? (j'ai entendu qu'il était possible de l'acheter moins cher à Moscou...) Mille mercis en tout cas! | | | À: Parvat · 20 janvier 2008 à 22:58 Message 5 de 65 · Page 1 de 4 · 5 208 affichages · Partager Le billet, je l'ai acheté à Moscou depuis la France, par l'intermédiaire du Godzilla Hostel (ils prennent une commission raisonnable). Il m'a coûté 267$, soit 6699 roubles, en 2nde classe. | | | À: Opai · 21 janvier 2008 à 4:34 Message 6 de 65 · Page 1 de 4 · 5 204 affichages · Partager Superbe entrée en matière! Ton style me plait vraiment beaucoup et j'attends la suite du voyage avec impatience. | | | À: Opai · 21 janvier 2008 à 5:51 Message 7 de 65 · Page 1 de 4 · 5 200 affichages · Partager Un Alsacien, je ne vais pas louper ça.
Danielle | | | À: Opai · 21 janvier 2008 à 8:40 Message 8 de 65 · Page 1 de 4 · 5 187 affichages · Partager Bonjour Opai,
Je remercie ta fabuleuse mémoire car, sans elle, je n'aurais pas pu lire ces souvenirs d'un voyage prometteur en anecdotes, découvertes, rencontres, étonnements, émotions, et bien d'autres encore ! Félicitations pour ta manière d'écrire, très alerte et pleine d'humour... La longueur du voyage va donc être une raison de te lire durant plusieurs jours et c'est du plaisir en perspective. Merci.
"Il parlera sans cesse jusqu'au coucher. Il est marrant, attendrissant. ceux qui disent que je m'énerve tout le temps n'ont jamais rencontré Franck. A partir de tout, il extrapole vers des grandes questions politiques. Les toilettes sont sales ? On arrive très vite à parler de ces salauds de ricains, par une chaîne de cause à effet logique et relativement courte. "
P.S. Franck, j'ai l'impression de le connaître car j'ai le même à la maison ! | | | À: Opai · 21 janvier 2008 à 12:34 · Modifié le 21 jan. 2008 à 13:15 Message 9 de 65 · Page 1 de 4 · 5 172 affichages · Partager Eh ! Eh ! Une écriture qui me rappelle celle de Paul Theroux ! Ce qui n'est pas pour me déplaire  ...
C'est avec un plaisir évident que je vais retrouver ton récit "jour après jour" A bientôt donc, au gré... des trains, des pays, des rencontres et de tes souvenirs.
Dolma | | | À: Opai · 21 janvier 2008 à 14:18 Message 10 de 65 · Page 1 de 4 · 5 158 affichages · Partager Jeudi 5 Juillet... arrivée, visite, et départ de Minsk, Biélorussie.
Il fait encore nuit quand la lumière crue du compartiment s'allume brusquement. Je me retrouve assis sur ma couche, encore endormi et pas vraiment conscient de l'endroit où je me trouve ou de ce qui s'y passe. En face de moi, deux énormes képi ont vite fait de me rappeler à la réalité. Frontière biélorusse, Pass! Toujours aimables ces flics. Ils feuillettent mon passeport puis y apposent leur tampon. Il ressorte comme ils sont rentré, bruyament. Mais ils oublient d'éteindre la lumière. Si je m'étais rendormi, j'aurais sans doute cru à un rêve. Peut-être même aurais-je oublié cet épisode, comme ces coups de fil qui nous réveillent au milieu de la nuit.
Mais je ne me rendors pas. Franck est assez silencieux ce matin. Le soleil se lève doucement sur la Biélorussie. Un régime autoritaire en Europe, où le président Loukachenko se réclame de Staline. Ca promet... Derrière un rideau de pluie j'apperçois des fermes, des champs, quelques routes, des tracteurs comme ceux que je vois sur les photos de mes grands parents.
A la descente du train, l'ami de Franck vient l'accueillir. Il me propose de m'aider à acheter mon billet pour Moscou. J'avais oublié les queues de type russe! Après trente minutes d'attente à observer les vendeuses râleuses, grogneuses qui n'hésitent pas à engueuler les clients, le guichet ferme sous nos yeux. Ca devait être notre tour mais... c'est l'heure de la pause! Le volet se ferme, pas d'autre choix que de rejoindre une autre file en éspérant arriver jusqu'au bout. "La Biélorussie, c'est ça!", me dit l'ami de Franck. Puis, il se marre. Il vaut mieux en rire, c'est certain. Un petit tour à la consigne où il faut payer à un bout du couloir, montrer le reçu dans un second bureau pour obtenir le jeton à donner au gardien des consignes. Celui-ci me remet enfin un morceau de caoutchouc.
Je sors seul sous la pluie après avoir souhaité bonne chance à Franck et son ami. C'est l'automne ici! Il fait froid, il vente... Je me promène sans carte, découvre au hasard les larges avenues et les places démesurées. Cette architecture soviétique, je la trouverai aussi bien à Minsk, qu'à Moscou, Tashkent ou Bishkek. Des espaces immenses et vides. Même plus un char pour meubler! A Minsk, tout de même, devant un bâtiment officiel, un Lénine monumental montre la direction. En face, des publicités défilent sur un écran géant.
La ville a été détruite en grande partie durant la dernière guerre mondiale. Au centre se trouve un grand parc boisé avec une rivière et des canaux. Ca me paraissait joli en photo, sous le soleil, mais là, avec 10° et sous la pluie, j'apprécie peu. J'ai l'impression d'être seul dans ce parc, dans ces avenues et sur ces places. Il y a très peu de monde dans les rues. Au détour d'une rue, j'entends du piano, il s'agit de l'Académie musicale de Biélorussie. On dirait un immeuble d'habitation. Je tourne un peu mais ne trouve pas d'entrée. Je ne cherche pas vraiment en fait, j'ai envie d'être seul.
Je m'assieds dans un pizzeria sur l'avenue principale de Minsk. Le service est excellent, les deux serveuses souriantes et serviables. Mon accent russe est déplorable, je leur demande donc mon chemin par écrit. Je veux savoir vers où se trouve le centre. Elles me répondent que j'y suis. Et de fait, je m'y trouve vraiment. Mais tout est tellement uniforme que le centre ressemble au reste : du béton, du gris.
Longue pause sur la place de l'étoile biélorusse pour boire un café, lire, observer... et disons le, pour passer le temps! Après 3 heures à marcher sous la pluie, j'ai l'impression d'avoir fait le tour. Je serai prêt à partir de suite. Mais il n'est que quinze heures! Mon train est à vingt et une heures. J'ai occupé cette chaise en plastique pendant deux bonnes heures. Personne n'est venu me demander quoi que ce soit. J'étais abrité sous un vieux parasol et assis sur des chaises en plastique. De celles qu'on voit dans les kermesses.
Je me redirige finalement en traînant vers la gare, je repasse par la grande place et dis au revoir à Lénine, qui n'a pas bougé. Le pays n'a semble-t-il pas trop changé non plus depuis l'ère soviétique. Il reste d'ailleurs si proche de la Russie qu'il a été question de l'y rattacher.
Lorsque j'arrive à la gare, je découvre que mon train a 220 minutes de retard! Je fonce vers les guichets pour tenter d'échanger mon billet. Un femme énergique a le même problème que moi, elle me propose, en anglais, de la suivre. Je m'initie à la technique de survie en milieu post-soviétique : elle passe devant tout le monde, s'énerve sur ceux qui osent râler, fait preuve d'un volontarisme incroyable pour arriver à ses fins. Elle arrive devant le guichet et réussi même à communiquer avec la femme qui boude derrière! Quand elle m'explique que changer de billet me coûtera 50 euros, je décide de prendre mon mal en patience.
Je me promène dans la gare, lit, rit avec une vendeuse de beignets à la viande qui me voit venir une première fois méfiant face à cette nourriture inconnue, puis une seconde fois plus confiant et même une troisième fois, converti. La grosse femme a un côté maternelle, elle me réchauffe mes beignets, parle d'une voix douce, lentement, pour me laisser une chance de la comprendre. Elle doit se demander ce que je fais là. Il n'y a pas d'autre sac à dos dans la gare de Minsk ce jour là. A 20 heures, les hauts parleurs diffusent ce que je pense être l'hymne national. Tout le monde reste indifférent et, à la fin, la pop russe et anglo-saxonne reprend.
Il est presque une heure du matin quand je monte dans le wagon. J'ai encore vite tenté de changer les roubles biélorusses qui me restaient mais... le guichet a fermé sous mon nez! Dans mon compartiment, trois hommes peu souriant. L'un parle anglais mais est peu bavard. On pourrait prendre ce comportement pour de la froideur, mais je crois plutôt qu'il y a une volonté, consciente ou non, de ne pas être envahissant. Aussi de l'indifférence plutôt compréhensible, face à un inconnu qu'on ne recroisera jamais plus! | | | À: Opai · 21 janvier 2008 à 14:32 Message 11 de 65 · Page 1 de 4 · 5 072 affichages · Partager Bonjour Opai,
captivant! Je prends également mon ticket pour la suite !
Tu attends certainement quelques commentaires. Donc voici les miens en vrac :
...fait exceptionnel, la Deutsche Bahn est en grève.J´espère que tu dis juste. A la prochaine grève, je ne manquerai pas de te le signaler!
Les trains allemands sont silencieux. Personne pour raconter sa vie bien fort dans son portableJ´aimerais que tu dises juste! Je subis des conversations indécentes et aberrantes tous les jours mais il est vrai que ce n´est pas la même ligne (de train, pas de téléphone!)
J'ouvre mon premier livre : de Marquette à Veracruz de Jim Harrison. J'aime bien lire en général et particulièrement en voyage. Le livre est alors un voyage dans le voyage où des correspondances se nouent entre mon environnement réel et celui de l'histoire. Tu dis juste comme je le pense! Sans compter que Jim Harison est un des mes auteurs américans favoris. Par contre, j´amerais pouvoir lire dans ton imagination pour savoir quelle correspondance tu fais entre la ville mexicaine... et l´ICE allemand. Je plaisante mais en fait, tu as raison. J´ajouterais: tu lis aussi bien le voyage que les livres et tu le décris aussi bien que tu lis! (c´est compréhensible comme phrase? J´ai des doutes.... Pas grave : c´est un compliment en tout cas !)
Je te charie un peu, mais c´est une facon de montrer à quel point je colle à ton récit. Le passage du Kebab me plait beaucoup entre autres.
Je profite du ta-ta ta-ta des rails...et nous de ton talent!
En conclusion : la suite! | | | À: Opai · 21 janvier 2008 à 17:28 Message 12 de 65 · Page 1 de 4 · 5 046 affichages · Partager Bon, on a eu un problème de circulation, Opai.
Pendant que je placais mes commentaires légers la première partie de ton passionnant récit, tu me doublais sur la voie de droite avec la suite! Ce n´est pas très fair play mais, si tu le permets, je continue avec mes remarques insouciantes. D´une part parce qu´on se sent bien dans ton récit : c´ est comme à la maison, alors qu´on est à des milliers de kilomètres plein Est. Alors je squatte volontiers (pourtant pas mon style). D´autre part, il se trouve que j´ai le temps là! Et des questions!!
Alors... par où commencer ?
Pour en revenir au train : "Lorsque j'arrive à la gare, je découvre que mon train a 220 minutes de retard!" Tu vois, à trop critiquer la Deutsche Bahn, ca te retombe dessus!
"Je m'assieds dans un pizzeria sur l'avenue principale de Minsk (...)Je me promène dans la gare, lit, rit avec une vendeuse de beignets à la viande qui me voit venir une première fois méfiant face à cette nourriture inconnue, puis une seconde fois plus confiant et même une troisième fois, converti."L´appétit marche dis-donc. Surtout après le Döner de tout à l´heure! T´en as repris trois fois des beignets?? ou je n´ai rien compris une fois de plus.
"Longue pause sur la place de l'étoile biélorusse pour boire un café, lire, observer... et disons le, pour passer le temps!" T´en es à quelle page de Jim Harrison? Est-ce que tu as déjà la clé du roman, le moment où le héros apprend que son propre père a violé la femme dont il est follement amoureux?? La fin de ce bouquin est grandiose !
Sinon, pour en revenir à ta première partie, j´ai oublié un détail très vrai :
"C'est intéressant. Il me raconte sa haine du capitalisme et du libéralisme dans laquelle je vois surtout une nostalgie du passé, de l'enfance, de l'adolescence. Cette société individualiste le dégoûte. "Quand j'étais étudiant, on logeait à 18 dans un dortoir on partageait tout et le problème de l'un était le problème de tous! Aujourd'hui, c'est chacun pour sa gueule, et tout le monde s'en fout su son voisin crève de faim." Il a tellement raison."Je rencontre aussi régulièrement des Allemands de l´ex Allemagne de l´Est tellement nostalgiques de leur pays, des avantages qu´ils pensent avoir perdu à jamais. C´est "l´Ostalgie", ce sentiment ambivalent par rapport à leur passé. Ca se retrouve dans tes lignes à la puissance 10.
Sinon, dans l´ensemble, Minsk a l´air aussi tristounet que je l´imaginais. Je suis moyennement tentée d´aller y faire un saut cette semaine. Par contre, je le dis tout haut :
Vivement la suite du récit et merci ! | | | À: Glatch · 21 janvier 2008 à 19:01 Message 13 de 65 · Page 1 de 4 · 5 037 affichages · Partager Merci pour tout ces commentaires qui, je n'en doute pas, vont finir par être plus long que le récit!!
Tu me demande de répondre à tes questions... Allons-y !
Tu n'es pas sans ignorer que Minsk ne se situe pas juste à côté de Berlin. DONC : je mange un Doner le 4 Juillet à midi puis une petite pizza le 5 Juillet à midi... Ce te paraît exagéré??
Pour le train. De Minsk à Moscou, ce n'est pas la DB...
Bon, c'est sans importance...
Merci aux autres pour vos encouragements. | | | À: Opai · 21 janvier 2008 à 19:31 Message 14 de 65 · Page 1 de 4 · 5 030 affichages · Partager Je vais faire court après ton reproche... (justifié pour ce qui est de la longueur): J´avais bien compris et intégré LE 04 ET 05 JUILLET.... Je plaisantais tout en t´encourageant... Si je dis "c´est super" sans détails, je me sens mal dans ma peau. Juste une question d´éducation. Je m´en excuse!!! C´etait très égoiste, nombriliste etc... MEA CULPA! Alors je me tais et lis la suite SILENCIEUSEMENT ! | | | À: Opai · 22 janvier 2008 à 14:00 · Modifié le 12 mai 2008 à 13:53 Message 15 de 65 · Page 1 de 4 · 4 981 affichages · Partager 6 Juillet 2007. Moscou.
J'arrive à Moscou en début de matinée. Pas de contrôle à la frontière, ce qui m'inquiète un peu. Vais-je pouvoir ressortir de Russie sans tampon d'entrée? Pas de problème, le tampon biélorusse fera l'affaire. Les occupants du compartiments se quittent sans un mot. On défait les lits, on apporte les draps à l'hôtesse du train, qui, d'un grognement, indique le sac où mettre la literie.
Je remonte le long quai et recherche la bouche de métro. Je n'ai qu'à suivre la marée humaine. Devant les caisses, une queue de 30 mètres au moins. Les grandes portes de la station restent ouvertes. Je profite de cette attente pour contempler les marbres, les sculptures et les lustres dignes de Versailles! Il y a même des vitraux mettant en scène la vie à la campagne ou à l'usine. Ca pousse de tout côté, quelques touristes se plaignent...
Muni du précieux ticket, je m'engouffre dans les profondeurs. Les escalators sont extrêmement longs. Le record pour la station Park Pobedy et ses 126 mètres d'escaliers mécaniques. Vu d'en haut, c'est vertigineux, surtout lorsqu'ils sont bondés de monde.
En me repérant à la couleur qui défini chaque ligne, j'arrive sans problèmes à la station Tsvetnoi Bulvar. Je veux rejoindre le Godzilla Hostel dans lequel j'ai déjà passé quelques nuits en hiver 2005. Mes souvenirs ne sont plus trop clairs mais lorsque je sors de la station, je tourne tout naturellement à gauche. De là, je reconnais les escaliers et les passages qui me rapprochent de l'hôtel. Sous ce soleil, c'est bien plus confortable de marcher! La dernière fois que j'empruntais ce chemin, la neige et la glace rendaient les escaliers métallique extrêmement glissants. Au sortir de cette portion piétonne, j'hésite, mais un club couleur rouge brique me rappelle la route. Me voilà arrivé.
Je suis accueilli par Tatiana. Blonde, un peu ronde, peu souriante, elle incarne à merveille l'employée russe telle que je me la représente. C'est elle qui s'est occupée de la réservation de mes billets de train pour Tashkent. Elle me les remet. En contraste, je retrouve avec plaisir Eugenia qui semble me reconnaître vaguement. Elle me situe à nouveau lorsque je lui parle des personnes présentes à l'hôtel à la même période : deux suisse en route pour le Japon, une famille richissime sino-brésilienne.
Yann, l'ancien propriétaire et gérant du Godzilla a disparu! Il a revendu ses parts et ne donne plus de nouvelles à personne. D'origine corse, cette homme là était un personnage. La cinquantaine, il avait fait des loterie au Sénégal, du commerce de fleurs exotiques par avion en Colombie, fondé une école de Jembé au Ghana... Son projet quand nous nous sommes rencontrés était d'ouvrir une école de "savoir-vivre à la française" en Chine. Très fort en gueule, avec son accent corse, il nous parlait de ses multiples aventures, de sa théorie sur la femme russe. Il avait fait des photos de charme de certaines de ses conquêtes. Charmantes, en effet!!
Je jette mes sacs dans le dortoir et reprend le métro vers la place rouge. Pleine de monde, pleine de photographe, pleine de mariés. C'est incroyable, durant ces deux jours à Moscou, je serai témoin d'au moins quarante mariages. Ca doit être la saison. Sur la place rouge ou dans les parcs devant le Kremlin, ils viennent tous se faire prendre le portrait. Et c'est un spectacle amusant. Les plus aisés arrivent en limousine. Des voitures immense. Je n'en avais jamais vu d'aussi longues. Les personnes qui en sortent sont des nouveaux riches en puissance. Il faut être vu et pour ça, la discrétion n'est pas conseillée! J'ai vu une dame assez mûre déjà vêtu d'une robe rouge en tulle. On pouvait voir sa peau, son nombril, ses têtons et tout le reste. Les femmes sont souvent vulgaire. Les hommes sont en retrait, avec la bouteille de mousseux et les cigarettes. Ils attendent que le caprice se passe!
De la place rouge, je rejoins la rivière Moscva en faisant une boucle par le bâtiment de la Loubianka. Découvert dans l'archipel du Goulag de Soljenitsyne, je veux voir le siège du GUEPEDOU puis du KGB. Aujourd'hui, le KGB a changé de nom mais la Loubianka abrite les services de sécurité nouvelle formule, dont est issu Poutine et vu la taille du bâtiment, on peut supposer qu'ils travaillent dur. Je me fais peu d'illusion et même si je n'entends pas de hurlements venant des caves, on y procède peut-être encore à des interrogatoire musclés. Le long de la rivière, beaucoup de bâtiments sont en travaux, les banques et les magasins d'informatique sont nombreux. On se dirait presque à Bâle, en Suisse.
Je ne trouve pas tout de suite la nouvelle Galerie Tetriakov. L'ancienne expose des icônes et des oeuvres plus anciennes. La nouvelle est dédiée à l'art moderne. Si je passe plusieurs fois à côté sans y faire attention, c'est qu'elle ressemble à un immense hangar ou à un hall de parc des expositions. Une très grande boîte à chaussure en métal. A l'intérieur, il n'y a presque personne. Je doute encore d'être entré à la bonne porte et me demande si je ne vais pas tombé sur un congrès du type "l'avenir de la coopération inter russophone" ou mieux "la nouvelle urologie russe à l'heure d'internet".
La dame à l'accueille est très gentille. Elle a au moins 70 ans et me donne un billet à moins d'un euro grâce à ma carte d'étudiant. En Russie, il y a un vrai encouragement à la culture. Et cela a pour conséquence que tous les russes ont une culture bien plus étendue que les européens et les français. Si le communisme n'avait qu'un point positif, c'est celui là : donner à chacun une base culturel solide. Du ministre au portier, chacun connait Tolstoi, Hugo, Beethoven et Prokofieff. Evidemment, il faut voir aussi les raisons de cela : les théâtres étaient aussi un lieu de propagande.
Je pars dans les escaliers de marbre pour découvrir les collections. J'adore Kandinsky et me voilà servi! C'est toujours une expérience fort de se retrouver face à une oeuvre qui nous a déjà marqué dans un livre ou même sur une carte postale. Se retrouver là, le nez sur ces tableaux chatoyants, voir la matière, les ondulations de la peinture. Un plaisir exaltant. Je découvre aussi d'autres peintres, Malevitch et son évolution après la révolution de 17.
Ce musée est immense. Outre les "classiques" de l'art moderne, on découvre aussi des mobiles, des machines, des photos et des vidéos. Certaines installations ne manquent pas d'humour. Beaucoup d'oeuvre d'après la chute du rideau de fer se montrent très critiques face à notre société de consommation individualiste. Les Yankees sont bien servis aussi. Et puis, il y a des ovnis, des choses qui échappent à ma sensibilité tout autant qu'à ma compréhension intellectuelle.
Une vidéo : couleurs chaleureuse : vert et orange foncé, couleurs de couché de soleil. Au fond, des enfants jouent au foot. Premier plan, à gauche, on croit reconnaître une boîte de nuit et un videur qui bouscule l'homme venu en couple. Premier plan, à droite, c'est plus clair! Une dizaine de personnes font joyeusement une partouze. Toutes les chaires sont emmêlés, pas de tabou, pas de censure. Pourquoi pas! Mais je ne comprend pas trop le message. Heureusement, un longue notice de l'artiste nous éclaire : La palette flamande et aux mythes grecques et arcadiens (ça, ce doit être les orgies, les bacchanales). Téléscopage du temps et de l'espace avec des références multiples. Je me marre. Un professeur de piano m'avait dit : si tu as pas trop bossé, si tu n'es pas en forme, bouge beaucoup, prend un air inspiré et profondément habité par la musique. Ca détournera les gens de l'écoute pure et ils ne se rendront compte de rien!
Je m'accorde une petite pause lecture dans le parc devant le musée. Le fils a des envies de meurtre contre son père. Il faut dire que cet homme respectable (riche, je veux dire) vient de violer la petite amie encore vierge de son fils et ça ne se fait pas, même au Michigan... J'observe aussi des étudiantes qui tentent de dessiner les statut du parc. Leurs feuilles s'envolent sans cesse à cause du fort vent. La lumière est belle.
Sur le chemin du retour, je décide de passer par un des sept gratte ciel stalinien. Les immeubles d'habitations pouvaient compter jusque 800 appartements pour loger 3500 apparatchiks. J'aime bien ce style "gothique stalinien". C'est massifs, bien ancré au sol comme des Pyramides en escalier. Je vais aussi au pied de ce colosse suite à ma lecture du livre d'Anne Nivat "La maison haute". Si les privilégiés occupaient ces monuments au temps du communisme, aujourd'hui, ils se délabrent et petit à petit, ce sont des fonds privés et des nouveaux riches qui tentent de prendre possession des lieux. Non sans difficulté car l'ancienne garde, les syndicats de propriétaire de l'immeuble (composé essentiellement de vieux retraités pauvres, nostalgiques du communisme) ne veulent pas de changement. Certains n'en ont tout simplement pas les moyens. Abandonnés de l'état, il se retrouve dans la précarité, à lutter pour payer des charges de plus en plus élevées.
Après quelques pauses lectures sur des bancs des parcs de Moscou, je rentre de bonheur à l'hôtel et discute un peu avec Eugenia. Elle me dit qu'elle est né en Ouzbekistan proche de la frontière tadjik. Ses parents avaient été déplacés là-bas. L'ambiance ici, n'est plus aussi festive que lors de ma précédente venue. Il faut dire que nous sommes pas à la même période, entre Noël et nouvel An. Je repense aux innombrables personnes que j'ai vu, du matin au soir, boire des bières ou de la vodka, dans la rue, dans les parcs, dans le métro. Les jeunes, les filles, tout le monde semble se distraire de cette façon là. | | | À: Opai · 23 janvier 2008 à 19:32 Message 16 de 65 · Page 1 de 4 · 4 897 affichages · Partager Samedi 7 Juillet 2007. Moscou-départ de Moscou.
Debout à 10h30. Je me lève rarement si tard mais là, j'ai profité d'un vrai lit entre les deux premières nuits dans un train et les trois ou quatre qui vont suivrent. J'embarque pour Tashkent ce soir.
Je pars en direction de la place rouge avec la ferme intention de voir Vladimir Ilitch Oulianov, plus connu sous le petit nom de Lénine. Il y a peut-être quelque chose de malsain mais je me dis que bientôt, son mausolée sera détruit. J'ai lu que la momie montre déjà des signes de faiblesse! Bon, je prend donc la ligne grise, sors du mauvais côté comme d'habitude et tente de traverser la large avenue. Trop de voiture, je suis contraint de marcher une dizaine de minutes pour rejoindre un souterrain débouchant derrière la place.
Je découvre alors une immense queue. Assez disciplinée, en rang par quatre ou cinq. Elle est aussi longue que la largeur de la place rouge. Je regarde s'il y a moyen de feinter mais ceux qui snobent la file montrent tous un carte... Le mausolée ferme à 12h00, ce sera donc pour la prochaine fois! Des drapeaux pointent à travers de la foule. Des rouges, des vrais! Des communistes, des syndicats ou je ne sais quoi. Mais des marteaux, des faucille à profusion. Des petits vieux nostalgiques... Il y a des touristes aussi. Ils seront déçu, ni sac, ni appareil photo ne sont admis devant le mort. Et on est prié de ne pas traîner, interdiction de s'arrêter de marcher. Ces touristes se consolent en posant aux côtés de sosie de Trotzky, Staline, Lénine ou même Poutine!
Je continue ma promenade histoire de me dégourdir les jambes avant mon immobilité ferroviaire. Non loin du théâtre Bolchoï, je me retrouve dans une rue piétonne. Elles sont rarissimes à Moscou. Sur toute la longueur de la rue pavé se succèdent des magasins de luxe : habits, design, accessoire. Des vigiles gardent les portes de ces magasins peu fréquentés. Evidemment, ce n'est pas Tati! La rue est plutôt vide. Je me demande pourquoi acheter une machine à expresso coûtant 2300 euros... Sans doute que si j'étais très riche, cela ne me choquerai pas, quoique! Enfin, question idiote, je ne serai jamais riche, justement parce que je ne suis pas motivé par l'achat de camelote affichant quatres zéro. Pas ambitieux le gars!
J'alterne les promenades et les pauses pour lire mon Jim Harrison. J'en suis déjà au trois quarts et je crains la pénurie. Je n'ai emporté que trois livres, des gros qui seront vite lu si je continue à ce rythme. En plongeant dans le métro, je reste devant une échoppe d'où s'envole une chanson d'Edith Piaf : "Emporté par la foule...", je ne savais pas que ça se rapportait aux flux humains du métro moscovite. Mais ça colle bien, c'est évident.
Je fais quelques réserves pour le voyage qui m'attend. Dans mon sac, 2 sachet de soupe en poudre et cinq barre chocolatées Lion. Je complète avec un pain et trois tablettes de chocolat. J'ai aussi des sachets de thé en grand nombre.
Je fais mes adieux au Godzilla Hostel. Je discute encore avec Eugenia qui insiste pour voir le site internet de mon voyage au Burkina. Elle me demande de lui envoyer de mes nouvelles, ce que je ferai d'ailleurs deux mois après mon retour. Un message resté sans réponse! Sa collègue, la blonde grincheuse me dit le mal qu'elle pense de sa collègue (Eugenia), trop fainéante, uniquement capable de discuter mais sûrement pas de bosser. La fille me parle aussi de son voyage à Paris, trop chaud, pas sympa, trop cher etc... L' Allemagne non plus ne lui a pas plu! La pauvre, elle a l'air vraiment blasée et ne semble pas vouloir se dérider.
Je me prépare pour mon voyage : longue douche, habits propres, thé. Assis à la table de la cuisine commune je discute un bon moment avec un homme très fin, très sympathique. Il voyage à vélo et est originaire d' Iran! Il profite de ses trois mois de vacances annuelles pour visiter le monde, à vélo. Après un mois en Russie, il s'envolera un mois dans le Caucase puis un mois en Asie du sud-est. Il m'offre des cartes postales et un CD-rom de sa région. Il est du sud, de Bandar Abbas.
J'ai erré un bon moment dans les couloirs labyrinthiques du métro avant de trouver la sortir vers la gare. J'ai demandé mon chemin à des gens et ils ont répondu avec de la bienveillance dans la voix. Je les aime bien en fait. Je voudrais visiter les campagnes russes.
Je mange un sandwich dans une salle de la gare : forme ovale, plafond très haut, miroir, comptoir circulaire et vitrine dorée. On se dirait dans un palace si les tables et les chaises n'étaient en plastique orange et bancales. Les vendeuses sont souriantes, un homme vient acheter un bouquet de vieilles roses et la vendeuse l' emballe avec amour et parle à son client. Comme si elle lui donnait des conseils.
Me voilà assis à la gare Kanzanskaïa. Derrière moi, un gosse hurle. J'aime les enfants mais la proximité de la voix ferré et la voix suraigu du gosse me donne des idées cruelles. Les sièges en métal sont inconfortable, je prends le temps d'écrire quelques notes dans mon carnet de voyage que je n'ouvrirai plus pendant la suite de mes aventures. Autour de moi, les gens font la gueule, très peu discutent, certains mangent. Mon voisin me regarde écrire puis me dit quelques mots en russe. Je comprend d'où il vient, où il va, qu'il veut ma bouteille d'eau. Je la lui donne.
Le train # 006 à destination de Tashkent s'affiche en vert dans la nuit. Une marée humaine coule vers les wagons. des hommes disparaissent sous des bagages, des balots. Je sens une effervescence chez tous les gens qui vont prendre ce train. A leurs traits, je vois que la plupart sont des hommes venus gagner un peu d'argent ici, qui rentrent dans leur pays. Derrière la fatigue, je les devine content de quitter Moscou, ville qui les exploite et où les russes "purs" les méprisent sinon les battent et les tuent. J'apprendrai plus tard que durant mon séjour, une bataille rangée a eu lieu entre des Skinheads et des "nègres" (nom données au centre-asiatiques à cause de leur teint mat). Il y a eu des morts et l'état laisse faire. Cet état procède d'ailleurs régulièrement à des rafles dans les population de travailleurs ouzbeks, tadjiks ou Khirgizes. Musulmans, ce sont pour le pouvoir populiste des terroristes en puissances, tout comme les Tchètchènes.
Je trouve mon wagon et m'installe dans le noir. Un homme est couché sur la banquette du haut. Je ne parviens pas à abaisser ce qui me servira pendant les 78 heures à venir, de lit, de table, de salle de lecture, de cuisine. Une personne entre, débloque un loquet et voilà, ma banquette se couche. A ce moment là, une lumière s'allume. Je découvre la fille qui m'a aidé et son ami. Ni la langue rugueuse qu'ils parlent, ni leurs solides carrures ne laissent penser qu'ils pourraient être du coin. Thomas et Anne sont danois et habitué des croisières ferroviaires.
Contrôle des billet, contrôle des passeports... Le train démarre, je m'endors en rêvant à ce qui m'attend, bercé toujours la pulsation régulière des rails. | | | À: Opai · 24 janvier 2008 à 14:10 · Modifié le 24 jan. 2008 à 15:20 Message 17 de 65 · Page 1 de 4 · 4 868 affichages · Partager 8, 9 et 10 Juillet, train Moscou-Tashkent
Je me réveille dès que la lumière pénètre dans le wagon. J'ai dormi sans interruption depuis hier soir. Parfois à demi réveillé par une manoeuvre ou les lumières jaunes des gares. Je reste couché, à savourer cet instant. Il arrive à tout le monde de se demander où il est au moment d'ouvrir les yeux le matin. Il faut un petit moment pour se situer dans l'espace mais cela revient vite. Ici, je serais bien en peine de répondre à la question : "Où suis-je?". Dans un train, certes, mais encore... Je me penche donc sur les horaires de train que j'ai emmenés avec moi. Et je lis : 5h35, Verda, 6h45 : Morshansk. Cela ne me dit rien. On ne fait que passer de toute façon. Deux minutes d'arrêt, pas plus.
La vie se réveille dans le wagon. Je découvre mes voisins. Dans la cabine de gauche, une famille russe. Le père a le regard bleu et dur, le crâne rasé. Aucune trace de sourire. Il montre ses muscles impressionnants en portant un maillot sans manches. Il est accompagné de sa femme, d'un bébé et de sa petite fille de deux ans environ. C'est drôle de voir avec quelle tendresse cette personne apparemment si brutale "manipule" son enfant. La petite est rieuse et joueuse. Son père ne parle pas. C'est le seul russe du wagon.
Le compartiment de droite ressemble à tous les autres : quatre jeunes gens ouzbèkes rentrant au pays après avoir gagné un peu d'argent sur des chantiers à Moscou. Ils écoutent de la pop russe, déconnent entre potes, comme on le ferait au moment de la quille, après une période difficile. Ils passent beaucoup de temps à jouer avec leur portable. Les sonneries sont incessantes. La plus à la mode est celle où la voix sensuelle d'une jeune femme répète "Allo, Allo Allo??". Cette sonnerie, je l'entendrai pendant tout le voyage.
Un homme plus vieux portant des lunettes aux verres très épais passe son temps à regarder par la fenêtre. Je me dis qu'il a un physique d'intellectuel, de joueur d'échec ou quelque chose de cet acabit.
Chaque wagon possède son chef. En Russie, ce sont des femmes, ici, des hommes. Le nôtre est petit, trapu, souriant. Il semble très professionnel et il dégage une certaine autorité. Il s'occupe de nettoyer sommairement les toilettes, de distribuer et récupérer les draps, d'entretenir le samovar. Il semble la plupart du temps très occupé. Dans son petit compartiment, la tablette est recouverte de paperasse, de registres. Il a aussi un rôle adiministratif, et les lourdeurs soviétiques semblent avoir suvécues. Il me parle souvent, et une question revient : "Pourquoi pas l'avion?". Ma réponse : "En avion, je ne vous aurais pas rencontré!". Je la réutiliserai souvent au cours de ce vouyage, notamment dans deux jours avec les douaniers.
Depuis le matin, des hommes passent leur tête par la porte du compartiment. Il passent leur index sur la gorge, mimant un égorgement! Face à notre incompréhension, ils parlent plus fort, semblent poser des questions puis ils se marrent. Avec mes colocataires danois, nous nous regardons, perplexes. On en arrive à la conclusion que non, notre vie n'est sûrement pas en danger!! On rigole aussi. On pense à une blague. A la fin du troisième jour, je comprendrai enfin. Ce geste signifie boire! Il voulait probablement juste nous offrir un peu de vodka.
La plupart des passagers passent la journée sur leur couchette. Ils s'activent vers 13h00 et en soirée, pour les repas. Il y a un wagon restaurant et même un serveur qui passe avec des assiettes sous cellophane. Mais la majorité des occupants du wagon se contente de soupes instantanées, de purée en poudre et de thé. Un grand samovar fournit de l'eau brûlante en tête de wagon. Le chef de wagon me prête une théière et je bois énormément de thé.
Dans le train, des vendeuses se succèdent presque sans interruption. Les voyageuses rapportent des objets de Russie et tentent de les écouler pour se rembourser une partie du voyage. Ces traffics incessants entraînent souvent des embouteillagesne et ils ne sont interrompus que par la nuit. Les vendeuses font des allers-retours dans le train et on les voit revenir régulièrement, toutes les deux heures environ. C'est un des éléments périodique qui permet de ne pas perdre la notion du temps. Les marchandises se suivent et on trouve de tout : bonbons, boissons, nourriture, cigarettes, lunettes, chaussures, tissus, habits tricotés, peaux de mouton, jouets (voiture télécommandé, robots), livres à colorier, gadgets chinois en plastiques, mais aussi lecteur de DVD, pompes à eau, téléphones portables, tailles crayons à pile... Chaque nouvelle marchandise est une surprise. Il suffit de se dire :"Ils ne vont pas proposer des télés tant qu'on y est" pour que, juste après, une personne écrasée sous le poids de cartons nous en propose.
Le commerce dans le train est une des distraction principale. Je pensais lire beaucoup durant ce voyage ferroviaire mais mon esprit est occupé à d'autres choses. Si je ne regarde pas vers l'allée où circulent les voyageurs-commerçant, mes yeux se tournent vers les paysages que nous traversons. Ils ne sont ni spectaculaires, ni variés. Impressionnants seulement par leur uniformité, leur ampleur. Sur 3400 km, je traverse trois types de paysage différents.
Le premier jour, ce sont des forêts de bouleaux et des zones cultivées. Je n'apperçois pas grand chose car la voie ferrée est gardée par plusieurs rangées d'arbres. Du train, on ne voit presque rien du pays qu'on traverse, je pourrais être aussi bien en Russie, en Allemagne, ou dans les landes. Le ciel est gris, il pleut. Le soir, pause d'une heure à Samara. La gare de verre est ultra moderne, elle ressemble à un vaisseau spatial. Cette localité russe totalement inconnue dépasse le million d'habitant. Je me dis que ma connaissance de ce pays est vraiment limitée! Tout le monde a dans l'oreille le nom des grandes villes européennes ou américaines. Qui connait Samara, Nijni- Novgorod, Oufa, Perm, Tcheliabinsk ?
Le deuxième jour, au réveil, je découvre un paysage de steppes humides. Entre les arbres, qui se font de plus en plus rares, je vois des espaces immenses de prairies vertes. Le train m'emmène en croisière sur un vaste océan végétal. Les vagues sont formées par les vallons et le vent soufflant dans les hautes herbes. Pas de routes, pas de villages pendant des heures. Entre 8h00 et 20h00 le deuxième jour, il n'y a que cinq arrêts, cinq îles. Avec Thomas, nous buvons une bière pour fêter le passage au Kazakhstan. J'ai mangé très peu depuis Moscou : un peu de soupe, quelques fromages Vache qui rit, du pain et du chocolat. Cette cannette de Baltika me plonge donc dans un état très agéable. Je me couche et rêve en écoutant les variations Goldberg de Bach dans un demi sommeil. L'ivresse du voyage, de la musique et un peu, de l'alcool. Sur mon visage, j'ai un sourire serein, béat. Voilà, je suis parti. La France, Vitry, Strasbourg, les médiocres, les méchants et les cons sont déjà loin, je n'y repenserai plus pendant deux mois. Je contemple le soleil se couchant sur l'océan avant de dormir pour de bon.
Le troisième jour, on sent une effervescence dans le train. Tout s'accélère, on touche au but! La journée passe très vite, je ne sais pas encore ce qui m'attend dans la soirée avant d'arriver. Il fait chaud, le soleil écrase la steppe complètement dessechée et poussiéreuse. Plus de hautes herbes vertes, mais juste des espaces jaunes, brûlés. La lumière est éblouissante. Pendant la nuit, les tapis rouges du couloir ont été enlevés et des passagers sont couchés à même le sol. Ce sont surtout des femmes kazakhes en habit colorés et au sourire faisant ressortir des dents en or. Dans toute l' Asie centrale, hommes et femmes apprécient ce genre de bijoux.
Je réussis à sortir du train à Turkestan. Je veux respirer un peu car l'air est très lourd dans le wagon. Dehors, c'est pire. Il est 16h30 et la chaleur est paralysante. J'achète quand même quelques beignets de pommes de terre à des femmes assises dans la poussière. Des enfants vendent des glaces sur le quai.
Je remonte dans mon compartiment, le couloir est vide. Les passagères sont descendues avant la frontière ouzbèke, payant directement au chef de wagon. Il passe un coup de balai, ferme les toilettes à clé. Pour mon compagnon de voyage ouzbèke, descendre et remonter sa couchette semble de plus en plus difficile. Depuis trois jours, il se nourrit exclusivement de bonbons qu'il alterne avec des cigarettes. Le passage entre deux wagons constitue le fumoir. Les hommes font la queue pour y accéder car il ne peut pas accueillir plus de cinq personnes simultanément. C'est en arrivant au poste de contrôle que mon colocataire me passe une petite liasse de billet de mille roubles. Ca constitue une somme assez importante et je suppose qu'il craint de se les faire voler par les policiers et les douaniers. Il a bien raison.
Première vague : deux hommes en civil passent dans les wagons. Ils regardent sous les banquettes, se renseignent sur les sacs. Il discute avec l'ouzbèke, semblent négocier. Il tend le passeport et les deux récupèrent les billets placés là.
Deuxième vague : le train est arrêté au contrôle kazakh, interdiction de sortir des compartiments. Des policiers avec de hauts képis récupèrent les passeports. Pendant ce temps, des douaniers fouillent les wagons. Ils nous laissent tranquille alors qu'ils "taxent" à nouveau notre ami. Assez vite, le chef de wagon récupère les passeports. On se bouscule pour les récupérer, le train se remet en marche. Tout le monde se retrouve dans le couloir pour récupérer un peu de fraîcheur à travers les vitres trop légèrement ouvertes.
Troisième vague : poste de contrôle ouzbèke. Il fait nuit. Les toilettes sont restées fermées. Des hommes en uniforme circulent dans le train, parlant dans leurs radios. On nous pose quelques questions, on fait ceux qui ne comprennent rien pour les lasser. Ca marche mais il se reporte sur le seul ouzbèke du compartiment, qui doit une nouvelle fois payer. Un jeune gradé parlant anglais est ammené jusqu'à nous. Il reste pour nous aider à remplir le formulaire d'entrée. Abandonnant l'idée de comprendre pourquoi choisir le train et non l'avion, il nous souhaite quand même bon voyage.
Les portes et les fenêtres du train sont fermées. De toute façon, il fait très chaud dehors et seul le mouvement pourrait rendre l'air moins suffocant. Les passagers sortent maintenant des compartiments. Les policiers ont emmené les passeports. Tout le monde souffre, tout le monde étouffe. Mes vêtements sont trempés. Je sens la sueur dégouliner dans mon dos, le long de mes jambes. Mes lunettes sont pleine de buée. Pour ressentir cette sensation, habillez-vous comme pour un hiver sibérien et allez faire un tour au hamam. Nous sommes restés plus de quatres heures dans ce four. Je reste figé pour éviter de sentir la brûlure de l'air. J'étouffe, je fonds... Un dilemne : je crève de soif mais ma vessie est prête à exploser. Je prends un peu d'eau en bouche et la garde longtemps avant de l'avaler. Elle est chaude, elle aussi. Tout le monde est tendu et nerveux. Il y a des éclats de voix. On croit qu'on rapporte les passeports mais ce ne sont que des douaniers qui viennent pour récupérer encore un peu d'argent en rackettant les travailleurs.
Enfin, le train redémarre. Les premiers courant d'air sont délicieux sur la peau mouillée. Tout le monde attend devant les toilettes, qui sont restées condamnées pendant presque cinq heures! La tête tourne, les jambes fourmillent. Les passagers préparent leurs bagages. Nous faisons la queue pour rendre les draps au chef dans sa loge. Il coche au fur et à mesure sur un de ses registres. Le train s'arrête et des passagers en descendent. Ils sont récupérés par des voiture garées le long de la voie, dans un village en pleine campagne. On atteint des zones urbaines, très éclairées.
Mardi 10 Juillet 2006, 23h45. Après environ 6500 km et 110 heures de train, me voilà arrivé dans le lieu de mes vacances! Je ne suis pas tout frais. J'ai faim, la bouche pâteuse et je suis complêtement dans les vappes. Je ne sais pas encore que faire. A cette heure, je n'ai pas envie de rechercher un hotel. Je repousse les propositions de nombreux taxis. Je tourne un peu dans la gare. Notre train semble être le dernier. Quand les passagers sont partis, tout redevient très calme. Je trouve un guichet ouvert. Le prochain départ pour Samarcande a lieu le lendemain matin, vers 8h00. Je décide de passer la nuit dans cette gare neuve et très propre.
Il y a peu de monde ici. Quelques vieux qui semblent perdus. Ils n'ont certainement pas de toit. Certains dorment, d'autres parlent tout seul. Une petite dame d'origine russe s'assoit à côté de moi. Je l'observe depuis un moment et la vois errer d'une personne à l'autre à la recherche d'un interlocuteur. Pendant la première partie de la nuit, elle restera à mes côtés, à parler sans interruption. Je lui dis que je ne comprends pas mais ca lui est bien égal. Elle parle, elle parle, elle parle. C'est très beau le russe. Elle a de la tendresse dans la voix, on dirait qu'elle chante. Je lui explique que je suis français. La voilà partie pendant une heure sur Alain Delon, à chaque phrase je reconnais ce nom. La pauvre n'a semble-t-il plus toute sa tête.
Une meute de cinq jeunes flics arrogants s'arrête en face de moi. Je suis allongé sur le banc. Ils m'invitent à leurs remettre mon sac me disant que la gare est peu sûre et que je vais me le faire voler. Je fais celui qui ne comprends pas, je m'accroche à mon sac quand il veulent me le prendre. L'un deux tente une autre stratégie, il élève la voix. je n'ai pas besoin de me forcer pour montrer mon agacement : je suis exténué, j'ai faim, j'ai sommeil et j'en ai assez de ces flics corrompus. Je reste là, avec mon sac. Je leur fait comprendre que je veillerai seul sur mes bagages, que je ne me ferai pas dévaliser pendant mon sommeil comme ils le prétendent, pour la bonne raison que je ne dormirai pas. Je me recouche sur mon sac et ils s'en vont lassés, après quelques minutes où je les ignore en restant muet. J'ai du mal à m'endormir malgré ma fatigue. Lorsque je m'achète des cigarettes, c'est un policier inconnu, plus vieux, qui s'occuppe de moi : il va directement derrière le comptoir pour se servir et il empoche l'argent! Il me donne aussi un grand morceau de pastèque. La vendeuse ne bronche pas... Je m'endors finalement sur un banc du quai. Les téléviseurs du hall me dérangeaient.
Je sursaute et me retrouve assis sur le banc avant de réaliser où je me trouve. En face de moi, les cinqs jeunes cons en uniforme. Ils m'ont réveillé avec leurs sifflets à bille. Ils ont siffler de toutes leurs forces dans mes oreilles, juste pour me réveiller et me montrer que j'ai besoin de leur protection. Je les vois là, complètement hilares. Je gueule en leur faisant signe de dégager. Je jure en anglais, en français et ils s'éloignent, morts de rire. Ma première nuit en Ouzbékistan ne s'annonce pas reposante. Depuis sept jours, j'ai passé une seule nuit dans un vrai lit. Je suis fatigué.
DANS LE WAGON GARE DE SAMARA
STEPPES KAZAKHES
VENDEUSES KAZAKHES | | | À: Opai · 24 janvier 2008 à 23:39 Message 18 de 65 · Page 1 de 4 · 4 839 affichages · Partager Très intéressant ton récit et bien écrit.
J'attends la suite avec une grande impatience ! | | | À: Opai · 25 janvier 2008 à 3:17 Message 19 de 65 · Page 1 de 4 · 4 835 affichages · Partager Tu aurais dû sortir de la gare de Tachkent et aller dans un des bâtiments à droite de la place. Ils vendent tous les képis et insignes de la police et de l'armée ouzbèke. Une fois déguisé convenablement, tu aurais pu te faire respecter... ou partir pour de nouvelles galères. 
(en fait ce que je dis est con, le magasin est sûrement fermé la nuit) | | | À: Opai · 25 janvier 2008 à 10:55 Message 20 de 65 · Page 1 de 4 · 4 825 affichages · Partager Mercredi 11 Juillet 2007 : arrivée à Samarcande.
Je n'ai pas beaucoup dormi quand le soleil se lève à Tashkent. Je suis affalé sur mes sacs et la fraîcheur agréable de la nuit laisse vite la place à une chaleur mordante. C'est étrange, j'ai terriblement sommeil mais je ne dors pas. J'ai faim mais je ne mange rien. Les premiers voyageurs arrivent dans la lumière rosée. Je m'étonne de voir un couple d'adolescent s'embrasser timidement sur le banc d'à côté.
Le train est en place vers 7h00. Il s'agit de l'express Tashkent- Samarcande. L'intrérieur ressemble plus à une cabine d'avion qu'à un train européen. Les fauteuils sont larges et confortables, le sol est couvert de moquette. Quatre télévisions crachent des clips de pop ouzbèke et russe. Je tombe de fatigue dans l'agitation du départ. Mal installé, dès que je m'endors mon coude glisse de l'accoudoir et ma tête tombe. Une vraie torture! Quand donc, enfin, pourrais-je me reposer? Je suis comme ivre, je ne capte plus rien autour de moi.
Le train traverse des zones cultivées. Du coton certainement. Les usines que je vois semblent être des ruines jusqu'à ce que j'apperçoive des travailleurs qui s'y activent. Je reste la majorité du temps les yeux fermés. J'ai hâte d'arriver à Samarcande, j'ai hâte de ne plus entendre ces chanteuses brailler dans les téléviseurs.
Le train s'arrête et ma voisine, que j'avais informé de ma destination, me dit que je dois descendre. C'est allé plus vite que prévu. Tant mieux! Pressé de me poser après cette semaine de voyage, je prends un taxi jusqu'à ma guesthouse. Il tente biensûr de m'emmener autre part, il tourne en rond, ne sait où se trouve mon hôtel. Il m'énerve, comme tous les taxis! Je n'en ai jamais rencontré d'honnètes, sauf exception, un mois plus tard à Osh. Finalement, avec la carte de mon guide, c'est moi qui lui indique la route. Pas compliqué pourtant! On passe plusieurs fois devant le Registan...
Je passe une belle et grande porte en bois clair sculpté et me voilà accueilli à la Bahodir Guesthouse. Je visite le dortoir, mon lit est neuf, le matelas reste emballé dans le plastique. On m'offre le thé, des bonbons, des gâteaux, de la confiture de cassis et de framboise, du melon. C'est délicieux et cela réussi à me calmer. Deux gars arrivent. Pas très bavards. L'un des deux parle l'allemand avec un petit accent que je crois reconnaître. Je lui demande s'il ne vient pas de la région de Freiburg. Dans le mille!! Il vit là où j'ai étudié pendant six années. Le deuxième est suisse allemand, il parle peu et s'appelle Simon. Ils se sont rencontré là il y a quelques jours.
Il fait très chaud. Je décide d'aller me doucher et l'allemand me souhaite bon courage. Il se plaint de tout : bouffe dégueulasse, ouzbèke escroc, lit inconfortable, hotel bruyant, sites touristiques trop chers... Pendant ce temps, Simon se marre! Il faut dire que l'allemand se lamente mais il fait ça avec beaucoup d'esprit, il est drôle dans le rôle de l'européen habitué à son confort et incapable d'adaptation. Je ne sais pas s'il s'en rend compte, mais c'est de lui qu'on rit! Pour se consoler, il passe son temps à envoyer des messages de son portable. Je vois de plus en plus de voyageur avec un portable. Voilà bien un objet qui suffirait à gâcher mon bonheur nomade. Je sentirais comme une laisse, ce lien sattelite maintenu en permanence avec ma vie sédentaire.
Même si dans la cave, le trou qui sert de WC pollue l'air déjà chaud et humide de la douche, l'eau froide me réssucite. Je sors, traverse une rue et me voilà face au fameux Registan. Devant moi, trois medrassas construite entre 1417 et 1660. Chaque bâtisseur a voulu prendre sa place dans l'histoire en tentant de faire mieux que ses prédecesseurs. Le premier à bâtir était Ulugh Beg, petit fils de Tamerlan. Moins cruel que son grand père, il était porté vers les sciences, les arts, l'astronomie. Le malheureux fût assasiné par son propre fils pour prendre sa succession. Celui-ci se fît tuer à son tour un an plus tard! On savait s'amuser à cette époque.
Malgré les trois siècles qui ont été nécessaires à bâtir le Registan tel que je le vois, il y a une unité et le non spécialiste que je suis pourrait penser que tout a été construit en même temps. Il faut se reculer de cinquante ou cent mètres pour observer au mieux le Registan. Pour que la perspective soit idéale, les medrasas de droite et gauche penchent un peu vers l'intérieur. Je vois quatre minarets qui s'élancent et je suis ému de revoir des coupoles bleues comme en Iran. Nous sommes dans la même zones d'influence. A l'époque, L' Iran, tout comme Samarcande, appartenaient à l'empire perse. Mes yeux se perdent sur la surface lisse des faïences bleues, oranges et jaunes. Je m'approche un peu mais aussitôt un garde me siffle! Il m'indique autoritairement l'entrée et moi, je le maudis de me sortir de ma contemplation. Ce n'est pas le moment de rentrer, je reste donc en retrait et ne pénètre pas sur la place intérieur du Registan.
Je me promène un peu dans la ville. Elle est tristement banale! Il y a des monuments remarquables mais ceux-ci ne sont que des restes dans une ville restructurée et standardisée par les soviétiques. Même la vieille ville semble construite hier. Propre, fonctionnelle, régulière... Idéale pour les touristes. Mais ceci n'est pas une ville historique... C'est l'image morte d'une ville historique. Ca ne grouille pas, c'est calme, pas d'odeurs, que des lignes droites. Le grand marché est couvert. Des tables en béton sont alignées, le sol est bétonné et parcouru de rigole pour le nettoyage. Des numéros désignent chaques étals. Pas un fruit par terre, je pense que les marchés suisses ne sont pas moins asseptisés. J'exagère un peu... Les fruits y sont délicieux et les couleurs de robes magnifique. On est Asie, c'est certain mais le rouleau compresseur russe est passé par là. Je me dis que totalitaire pourrait signifier, tout partout pareil. Des grande splaces, des larges avenues, des statues, des bâtiments massifs et gris, des guichetiers qui grognent : nous sommes aussi bien à Minsk, à Moscou, Tashkent, Samarcande, Bishkek ou Dushanbe...
Je rentre tôt, fait une sièste avant le repas. Au menu, du plof ! Ce pourrait être le son que fait cet aliment en tombant dans l'estomac. Il s'agit de riz avec des carottes et un peu de viande de mouton. Stop, je devrais plutôt dire : il s'agit de graisse avec un peu de riz, quelques carottes et des traces de mouton. C'est plutôt bon mais il faut être plusieurs pour venir à bout d'une assiette moyenne. A table, des belges, des anglais, des hollandais, des japonais, une taiwanaise, quelques suisses. Certains philosophent sur la cuisine ouzbèke. La problématique est la suivante : pourquoi tant de graisse quand il fait 45°C à l'ombre ? D'autres, désespérément banals et ennuyeux, exposent leurs exploits en prenant l'air un peu détaché et revenu de tout de celui qui a vu et vécu. Je les fuis de plus en plus car il s sont prévisible et ennuyeux, sinon franchement mythomane et narcissiques. L'un deux, anglais de 20 ans est parti à vélo de son pays. Il dit qu'il n'a parlé à personne depuis un mois. Il se méfie des gens qu'il croise et préfère camper seul, en évitant tout échange. Je le trouve complètement déprimé et inintéressant. D'autres diront que la sérennité intérieure rayonnait du jeune voyageur.
Je m'endors tôt, agacé par la musique qu'écoute un groupe d'anglais buveur de bière. | Carnets similaires sur l'Asie Centrale: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 30 928 visiteurs en ligne depuis une heure! |