Episode 4 - Miyajima
Jour 7 - 7 août 2011
Le trajet d'
Hiroshima à Miyajimaguchi est très rapide. Le plus long est d'aller à la gare JR d'
Hiroshima.
Beaucoup de
gaijin à Miyajimaguchi, encore plus dans le ferry, tant Miyajiama est une destination prisée. Il faut bien dire que son torii flottant (qui, au passage, ne flotte pas) est mondialement connu.
D'ailleurs, en arrivant sur l'île, le découragement m'envahit. Il y a beaucoup trop de monde. Si je n'avais pas réservé ma nuit (à un prix prohibitif), je ferai demi-tour. Allons tout de même voir ce torii...
L'embarcation avec tous ces paysans est bien sûr remplie de touristes qui arborent fièrement un chapeau conique pour se préserver des rayons d'un soleil trop présent. Elle passe et repasse sous le torii.
Pour fuir le monde, une seule solution. Monter en haut du Misen-san qui domine l'île. Trois voies y mènent. Totalement par hasard, je choisis la route Daisho-in qui part du temple éponyme.
Et l'enfer commence...
Ce petit personnage sera notre guide pendant toute la randonnée. Adoptant des positions parfois rituelles ou guerrières, souvent grotesques, il est toujours là, au coin du chemin, encourageant le marcheur.
Et de l'encouragement, il en faut. Une fois le temple laissé derrière soi, la montée vers le Misen-san est, en gros, un escalier de 2,5 km !
Je parlais d'enfer. C'en est un. La température élevée, l'humidité oppressante de l'air et ces p#%?$£s de marches n'aident guère. Après 20 minutes, nous arrivons à une aire de repos plus que bien venue d'où la vue sur
Miyajima est exceptionnelle. Paradoxalement, elle y est plus belle que du sommet, que nous atteignons après près de deux heures d'effort. En haut, c'est vue sur l'archipel et sa multitude d'îles, mais point de torii.
Inutile de préciser que la descente a été plus facile, même si le téléphérique était inutilisable pour des raisons de maintenance. Le retour à
Miyajima se fait dans le Momijidani, le parc des érables. Rarement fraîcheur a été aussi salutaire.
Et soudain... la rencontre !
Sortis d'un fourré, deux animaux étranges filent vers les poubelles. C'est la fin de l'après-midi et les restaurateurs ambulants ont fermés leurs échoppes. Les deux animaux ressemblent vaguement à des chiens qui auraient mis des masques pour accomplir leurs méfaits. Et tous les japonais environnants de crier
Tanuki ! Tanuki !
J'apprendrai par la suite que le
tanuki est une sorte de raton-laveur, appelé en français, chien viverrin et qualifié par Wikipedia d'
opportuniste alimentaire. Je confirme.
C'est en fait l'animal que l'on voit muni d'un chapeau de paille, d'une gourde de sake et de testicules énormes à l'entrée de tous les restaurants !
L'appréhension des premiers instants insulaires a disparu et c'est avec un grand plaisir que je regarde le torii, qui semble avoir sur les spectateurs un étrange pouvoir hypnotisant. À cause de l'orange ?
Le soir passera à le contempler, parmi les daims (les animaux, pas les barres chocolatées) qui hantent ses environs.
Le Kinsuikan tiendra toutes ses promesses, aussi bien le confort de la chambre et l'excellence du dîner Kaiseki que les bienfaits de son onsen aux eaux naturellement chaudes.
Jour 8 - 8 août 2011
Le matin est un privilège réservé à ceux qui dorment sur l'île. Il est 6h. Le soleil, très matinal au
Japon, est déjà levé, mais nous ne sommes pas nombreux dans ce cas.
La vue sur le torii est toujours aussi belle.
Dans la matinée, à marée basse, l'eau a déserté le torii. Les touristes s'en approchent pour pouvoir contempler et toucher ce qui leur était interdit quelques heures auparavant, comme une sorte de victoire sur la nature.
Nature qui reprendra bientôt ses droits. Quand je quitterai l'île, le torii sera à nouveau totalement entouré d'eau.
Le torii restera un souvenir impérissable de cette île des Dieux,
Itsukushima, sur laquelle on ne naît ni ne meurt.
Mais aussi ces daims qui mangent si avidement la nourriture qu'on leur donne (ici, reste du riz de la veille, préparé en onigiri par le Kinsuikan, version japonaise du doggy bag) ainsi d'ailleurs que la moindre feuille de papier qui traîne par terre ou dans votre sac (attention aux billets et aux passeports).
Et ces glaces qui constituent tout au long de la journée des intermèdes rafraîchissants presque indispensables...
... sans oublier les huîtres, véritables vedettes de l'île.
Après ces visions enchanteresses, retour vers la civilisation.
Kobé nous attend.
À suivre : Episode 5 -
Kobe, un peu plus bas...