Bonsoir Sabine,
Je viens encore de me faire piéger. J'avais écrit une longue réponse... Un effleurement mal venu de ma souris, on change de page et quand on revient sur la page précédente tout a disparu. C'est rageant.
Une demi-heure à écrire. Tant pis je recommence pas. D'ailleurs je crois que ça vous aurait plu qu'à moitié à Toi et Anne, mon commentaire...
En gros je considère qu'ils ne se sont pas suffisamment informés, documentés, et penchés sur la question du bio en ne consultant que le Solar café et ce qu'ont bien voulu raconter ses propriétaires.
Les Indiens aiment bien se faire mousser auprès des touristes.
L'article reste très superficiel. C'est le genre d'article de "vulgarisation" pour Monsieur et Madame tout le monde qui ne va pas au fond des choses pour ne pas ennuyer le lecteur et qui finalement contribue à colporter des poncifs et des idées reçues par les lecteurs tout autour d'eux après avoir lu l'article.
J'ai relevé beaucoup d'inexactitudes mais surtout un manque total de rigueur et de documentation sur la question du bio en
Inde et au
Kérala en particulier.
Ils n'ont même pas eu l'idée de demander quels étaient les fruits inconnus pour les mentionner. Alors je complète : Le fruit rose c'est une goyave et le brun c'est une sapotille...
Je cite cet exemple parce que c'est à peu près ce qu'ils ont fait autour du "bio".
C'est dans les villages qu'il fallait enquêter ou dans de vraies boutiques bio
pour indiens, et pas dans un café restau à la mode pour touristes occidentaux.
Et pour répondre à ça :
Une réflexion de l'article m'a aussi interpelée, je cite : "Le mouvement bio indien doit tenir compte d’une spécificité : de très nombreuses fermes sont bio sans le savoir, simplement parce que les paysans sont trop pauvres pour acheter des pesticides et des engrais. Toutefois, il existe une pression forte de l’industrie et des services publics pour les inciter à passer à l’agriculture chimique, censée leur apporter de meilleurs revenus »
Je dirais que c’est totalement faux sur le fond.
Oui dans les campagnes, dans les villages, et même aux abords des grandes villes on trouve de nombreux petits jardins (dont le mien ici chez moi) où les gens cultivent bio, élèvent bio. Bien sûr parce qu’ils n’ont pas d’argent pour acheter des pesticides, c’est certain. Mais contrairement à ce que dit l’article
ils sont parfaitement conscients qu’ils cultivent bio et en sont très fiers. Et même ceux qui auraient de l’argent pour en acheter ne veulent pas utiliser d’engrais chimique ni d’insecticides.
La belle famille d’un de mes meilleurs amis, ici a
Kannur, cultive « bio » toutes sortes de légumes qui sont vendus sur les marchés tout à fait normalement et sans être estampillés « bio » pour autant. Par exemple, ces personnes ont semé tout autour de leurs carrés de différents légumes, de véritables barrières d’oeillets d’
Inde. Là où ils se fourrent le doigt dans l’œil c’est qu’ils m’ont déclaré avec une certitude absolue dans leur croyance :
- Les insectes nuisibles à nos cultures adorent manger des oeillets d’
Inde, ainsi ils ne viennent pas manger nos plants ni les racines.
Alors que c’est tout le contraire : les insectes en question
ont horreur des oeillets d’
Inde dont l’odeur et le goût des feuilles et des racines les font fuir. Donc les carrés de chaque variété de légumes cultivés dans ces potagers sont protégés par un véritable rempart d’oeillets d’
Inde et se trouvent comme à l’abri de l’ennemi dans une citadelle imprenable.
Cette erreur de mes amis illustre ce que j’ai dit maintes fois sur l'ignorance et les fausses idées qu’ils se transmettent de génération en génération - sur un tas de sujets -. Et il ne faut pas venir leur dire qu’ils se trompent. Et les gouvernements successifs sont bien contents de cultiver ces ignorances au lieu de faire des campagnes d’information.
Il y a un fort mouvement de longue date (j’ai presque envie de dire de tradition) pour manger sain et naturel. Les Indiens (les Kéralais ?) sont très à cheval et difficiles concernant la qualité de ce qu’ils mangent. Demandez un peu à Stalingrad ce qu’il en pense...
Et, croyez-moi, les femmes sur le marché - et votre serviteur - savent bien que les légumes et souvent les fruits locaux qu’ils achètent sont issus de cultures sans pesticides. Il suffit de regarder la taille des tomates ou des aubergines, par exemple.
Je vais vous apprendre quelque chose que vous ne savez peut-être pas : Il y a beaucoup de vaches en
Inde. Vous ne l’aviez pas remarqué ?
Parfois elles semblent errer et n’appartenir à personne. Pourtant elles ont toujours un propriétaire et rentrent « chez elles » chaque soir où elles produisent de belles bouses opulentes mais pas trop puantes, et beaucoup de fumier. Ici, j’ai un voisin, en pleine ville pourrait-on dire, qui a trois vaches desquelles il vend le lait mais aussi « cultive » leurs bouses et leur fumier pour le revendre un peu partout tout autour...
Pour conclure : Le Solar café n’est pas une exception ni un modèle comme semble le dire l’article. Qui fréquente le Solar café ? C’est un spot touristique à Fort
Cochin, ni plus, ni moins.
C’est une bonne idée pour sortir des sentiers battus et se faire un peu de fric grâce aux touristes occidentaux. En cela ils ont eu une très bonne idée mais qu’on ne vienne pas me raconter qu’ils sont à la tête d’un mouvement pour le développement du bio.
Alors je mangerais tout plein de légumes et de fruits, moi aussi sans le savoir ?
Les campagnes kéralaises auraient beaucoup à nous apprendre et à nous révéler sur la culture bio, même s’ils se trompent sur les véritables vertus de l’oeillet d’
Inde.
Toutes ces cultures intensives trafiquées comme on nous en rebat les oreilles, existent effectivement, surtout dans le nord du Sud et le sud du Nord, pour approvisionner les millions de gens qui vivent comme ils peuvent dans les démentielles mégapoles.
Allez, finalement j’en ai écrit autant que la première fois.