MARY
"Ah ben non, en fait ils ne viennent pas vers nous" se rassure Sabine
" ils vont un peu plus bas "
(En vrai, si, je suis un affreux mécréant ! Hin hin hin !)
"Ah zut ! Ils reviennent vers nous !"
(Nonnon, j'déconnais ! J'déconnais !)
"Non, ils s'éloignent à nouveau..."
"Il y une église à
Maun ?"
"Pourquoi ? Tu ne vas jamais à l'église."
"Je sais pas, j'demande, c'est tout..."
Gedeon réussit enfin à réparer le contacteur défaillant et nous nous approchons du groupe de 4 mâles qui traversent un peu plus loin, il coupe à nouveau le moteur (!!!!) et laisse les bêtes s'approcher, ce qu'elles font en nous reniflant de temps en temps. Le bateau permet de s'approcher vraiment très près.
Nous reprenons la course folle dans les herbes hautes, tantôt distraits par les martins pêcheurs, Jabirus, quelques hippo, éléphants, girafes, redboks.
Nous accostons à Chief island, l'île des chefs.
Cette partie de la réserve, peu accessible au public un permis étant requis, est celle sur laquelle les chefs de la région s'étaient arrogé un droit de chasse exclusif, faisant même déplacer les populations locales qui en échange recevaient gratuitement une partie de la viande chassée.
Sur chief island, il reste encore des rhinocéros, elle est surveillée par des gardes qui ont, tout comme sur la rivière
Chobe, le droit de tirer sur les braconniers.
Toute personne sans permis de circuler sur l'île est considérée comme un braconnier.
Les braconniers sont donc prêts à risquer leur vie pour une corne de rhinocéros : les trafiquants asiatiques les paient bien, ces traffic ont encore de beaux jours devant eux.
Gedeon nous fait un briefing.
Bon, maintenant, on va aller se balader à pied
(je cherche le fusil : il n'en a pas...),
si on croise un lion, un léopard, un rhino, des éléphants, des hyènes, pas de problème, vous faites juste ce que je vous dit et tout ira bien...par contre, si on voit un buffle, il faut commencer par repérer l'arbre le plus proche sur lequel on va pouvoir grimper, on s'éloigne doucement du buffle et s'il commence à charger, on court et on grimpe sur l'arbre !..moment de flottement...
C'est bien compris ?
-
"oui" timides et interloqués...
-
Bon, on y va.
-
"on y va" pas rassurés...
-
Nous devons rejoindre une clairière, un peu plus loin où se trouvent parfois les lycaons, il faut avoir beaucoup de chance de chance bien sûr...
Je ferme la marche, Gedeon l'ouvre. il tombe en arrêt devant une bouse, elle a l'air bien sèche mais il nous apprend qu'elle n'est pas si ancienne : il y a un buffle dans le coin !
Un peu plus loin, une bouse toute fraîche celle là, brune avec des reflets verdâtre luisants, quelques mouches à d'aspect métallique patrouillent furieusement autour : nous l'encerclons, captivés par ce spectacle ridicule. Nous sommes consternés...par une bouse...
"Il est tout près", constate Gedeon
"cette bouse est là depuis moins d'une heure"
"ça fait du combien à l'heure un buffle ?" M'enquérais-je sans quitter l'indice du regard.
Quatre paires d'yeux se lèvent sur moi, certaines courroucées, une autre affligée.
"Non, mais c'est juste pour savoir hein ?"
Nous décidons de faire demi tour, une forme noire a bougé dans un bosquet là bas, personne n'a envie d'aller vérifier, nous accélérons le pas et tant pis pour les lycaons, rejoignons le bateau.
Nous installons le pique nique et faisons bombance avant de repartir.
Le trajet du retour sera moins mouvementé : pas de panne mais tout autant d'animaux.
Nous filons sur l'Okavongo, croisant de rares bateaux et quelques pêcheurs.
Alors que nous repassons la vet fence, je repense à notre fat bastard, aura t'il trouvé notre véhicule ? Demain nous devons aller camper à
Moremi et pas question d'aller à
Moremi avec cette espèce de bagnole de luxe qu'on nous a loué ! Le risque de l'abîmer est trop grand et nous ne savons même pas si nous avons le droit de rouler sur piste avec.
Il nous faut un bon vieux def, ou un Toy, Hilux, Land Cruiser, peu importe, mais pas un machin avec des sièges cuir chauffants et réglables électriquement !
Et puis, un frigo, ce serait pas mal aussi...
J'y crois, tantôt j'imagine le gros Carel nous attendant sur la rive de l'Okavongo les clés à la main, tantôt la raison revient et je me dis qu'il va nous laisser tomber. Je lui accorde une confiance très moyenne, je suis réaliste mais j'ai envie d'y croire.
Pourtant, je cogite déjà les options.
-Continuer avec le disco en évitant les parties 4x4 que nous ferons en day safari...bof...
-Continuer avec le disco en faisant les parties 4x4 et en espérant que l'assurance paiera la nouvelle peinture...
-Trouver un autre 4x4 équipé et faire rapatrier le disco, ça au moins, le fat bastard devrait accepter de le faire puisqu'il a faxé son permis à Jakes de SMH, puis faire rapatrier le 4x4 loué au
Botswana par le loueur local...il faudra bien sûr que tous ces frais soient pris en charge par l'ignoble.
Lorsque nous arrivons, mes réflexions m'ont amené à la seule conclusion possible, il va nous laisser tomber, mais quelque part, j'y crois encore...c'est terrible hein ?
Mon coup de fil va définitivement me ramener les pieds sur terre, il nous abandonne prétextant un mensonge : il m'aurait proposé par téléphone quand nous étions à l'aéroport un Land cruiser tout équipé que j'aurais refusé (!), pas de discussion possible, maintenant que je suis loin, il a obtenu ce qu'il voulait et je peux me débrouiller, il n'assumera aucun surcoût, ne procédera au rapatriement d'aucun véhicule et ne m'en amènera aucun.
En résumé : démerde toi !
Tout juste accepte t'il de procéder au remboursement de la somme déjà versée, je lui envoie mes coordonnées banquaires (à ce jour, j'attends toujours le remboursement)..
Là, je dois bien l'admettre, c'est la grande dévastation sous la calotte crânienne, ce que je redoutais ne fait plus l'ombre d'un doute : il nous laisse choir.
J'informe la famille qui, n'ayant pas l'habitude de me voir dépité, fait grise mine, nous rejoignons le bar, commandons à boire (histoire de me repiter un brin) et commençons à discuter les options.
J'explique au barman notre situation et lui demande s'il connaît un loueur de 4x4 qui aurait quelque chose de dispo, là tout de suite.
Il me désigne la patronne : Mary un peu plus loin qui discute avec un petit groupe.
Comment vous décrire Mary ? Il faut bien le dire, elle a une tête à ne pas sucer que de la glace Mary, d'ailleurs, c'est une bière qu'elle a à la main, moi aussi du reste, c'est le genre de point commun qui permet d'engager plus facilement une conversation.
Elle a aussi les doigts jaunis d'une fumeuse avertie qui en vaut deux...bref, elle fait tout ce qu'il faut pour quitter ce monde un peu plus tôt, mais si possible en en ayant bien profité.
Elle porte des lunettes Mary, mais ça dissimule mal les valises qu'elle trimballe sous ses yeux bleu blanc rouge
Elle a les cheveux coupés courts Mary, l'excès de tabac a terni leur splendeur passée, alors restons pratiques.
Elle a un bon sourire Mary et elle m'écoute Mary.
Elle me présente ses camarades de soirée, John, un vieux sage britannique qui a décidé de mouiller l'ancre ici, loin de la mer, tel un marin perdu déposé par l'Okavongo aux portes du désert. Fin et osseux, de grands yeux pâles, le cheveux coupé raz et une belle barbe blanche juste assez courte pour qu'on ne puisse pas le confondre avec le père noël.
Karl, une armoire à glace sudaf de belle facture dont le nom de famille est Duprez, il ne manquera pas de me faire remarquer que ses ancêtres sont français, brun de poil et au regard noir, il en impose, on dirait un colosse basque, Lucy sa jolie blonde de compagne est également britannique.
Je narre mes aventures à cette petite bande renouvelant les bières qui ma foi descendent assez vite, tous tombent d'accord pour dire que CP is an ass, qu'il est defenately not reliebale, que c'est connu et que des 4x4, on peut en louer facilement actuellement en
Namibie, s'il avait vraiment voulu en trouver un, il l'aurait trouvé.
Nous abordons le sujet Discovery, john m'apprend que c'est un véritable 4x4, très performant, qu'il passe largement aussi bien, voir mieux que le defender, que sa boite auto est ultra efficace et incomparablement plus sûre pour une personne qui n'est pas habituée à la conduite 4x4, que je peux faire tout le parcours prévu avec, mais que la place va manquer... une remorque pourrait être une bonne option...oui, bon...mais non...Mary finit par me proposer d'utiliser son entregent à
Maun et d'aller voir les loueurs pour voir s'ils ont quelque chose de disponible : nous reprenons espoir.
Ce soir c'est Koudou strogonof ! 'culé d'koudou, fallait bien qu'il paie un jour ou l'autre !
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