| Carnet de voyage lunaire Yangguizi · 18 septembre 2006 à 20:08 14 messages · 5 participants · 2 097 affichages | | | | 18 septembre 2006 à 20:08 Carnet de voyage lunaire Message 1 de 14 · 2 038 affichages · Partager Cinq ans d’économies et de privations pour me le payer, aucun voyage pendant toutes ces années, pour réaliser mon rêve d’enfant, marcher sur la Lune.
Depuis que le premier groupe de touristes millionnaires a débarqué sur notre satellite un certain 19 octobre 2097, j’ai su que c’était possible bien qu’alors, personne ne croyait que le commun des mortels pourrait vivre une telle expérience.
Et j’ai vu les tarifs baisser année après année, évolutions technologiques et efforts de rentabilité aidant, jusqu’à ce que ce rêve fou devienne une obsession puis un projet concret. Il fallait réunir plus de 3.000.000 d’unités de consommation pour y arriver. C’était jouable ! Tant pis pour les railleries de mes amis et collègues qui pensaient que je ferais mieux de faire comme tout le monde et d’aller claquer mes unités dans de stupides montées en téléphérique au sommet de l’ Everest, ou de banales orbites terrestres pour les plus audacieux. Non, moi je voulais aller plus haut, et voir notre planète de vraiment loin. Je ne serais pas le premier, quelques dizaines de milliers de touristes auraient fait la même chose avant, mais qu’à cela ne tienne, il le fallait.
Après toutes ces années de privation donc, j’ai fini par accumuler suffisamment d’unités pour franchir le pas, et envoyer un e-mail à Moon Travel Corp. pour m’inscrire à un de leurs voyages de l’hiver 2113.
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 18 septembre 2006 à 20:16 Re: Carnet de voyage lunaire Message 2 de 14 · 2 031 affichages · Partager 2097 !!!! Je crois tres sincerement que cela se fera bien plus tot, surtout pour les "touristes millionaires". En tout cas je l'espere parce que 2113 pour le coup je pense plus etre la, et surement pas en condition pour aller sur la lune....
Dis donc tu en as marre de notre bonne vieille Terre aujourd'hui???? | | | À: Pierre73 · 18 septembre 2006 à 21:00 Re: Carnet de voyage lunaire Message 3 de 14 · 2 024 affichages · Partager Dis donc tu en as marre de notre bonne vieille Terre aujourd'hui???? 
Surtout de pouvoir vérifier que la muraille de Chine est toujours visible de la haut (ou d'en bas). Mais tout cela c'est demain. | | | À: Yangguizi · 18 septembre 2006 à 22:06 Re: Carnet de voyage lunaire Message 4 de 14 · 2 013 affichages · Partager Moon Travel Corp. est un peu plus chère que les autres, mais ils sont très pros, et puis ce sont les pionniers, personne ne doute de leur sérieux. De surcroît, l'accident survenu à l'atterrisseur du voyagiste chinois Yueliang Youhang il y a quelques années a pas mal refroidi les adeptes de ce tourisme lunaire bon marché (10% moins cher que Moon Travel Corp.).
Outre le prix exorbitant qu'il faut payer pour aller sur la Lune, il faut également avoir pas mal de disponibilités. En plus de la semaine que dure le voyage à proprement parler, il faut aussi suivre un mois et demi de formation physique et comportementale dans les locaux de l'Agence Spatiale Européenne. Bon, ça fait heureusement partie du prix que l'on paie pour le voyage lui-même. Heureusement en tout cas que mon employeur a accepté de m'accorder un congé sans solde pour l'occasion. Comme je l'ai évoqué, j'ai choisi de faire ma formation à Turin. Il n'y a que quatre centres d'entrainement au monde, à Turin, Houston, Nijni-Novgorod, et Tianjin. Turin c'est quand même plus sympa que les autres villes, bien que la densité des programmes d'entrainement ne me laisse que peu de loisir de profiter de la ville.
Pendant ce mois et demi de formation, j'allais donc côtoyer plusieurs groupes de touristes, qui se succèdent dans les locaux, au rythme des départs. Mais c'est surtout avec les membres de mon groupe que j'allais passer le plus clair de mon temps. Nous étions trente deux, venus des quatre coins du Monde. 14 apatrides comme moi, et 18 nationaux, respectivement 2 andins, 1 brésilien, 4 européens, 4 indiens, 1 bengali, 1 canadien, 1 sahelien, 1 congolais, 1 indonésien, 1 thailandais et 1 iranien. Malgré le gros contingent de touristes américains, russes et chinois, très peu d'entre eux viennent suivre leur formation à Turin, car ils préfèrent rester chez eux.
Très bonne ambiance au sein du groupe, à part le couple d'andins qui était un peu bizarre, et un des apatrides qui ne parlait pas beaucoup. Sociologiquement, la plupart étaient bien évidemment aisés, quelques uns très riches, et seul un indien avait un emploi modeste, sa ville natale ayant subventionné son voyage.
L'entrainement ne fut pas vraiment pénible, rien à voir avec les tortures infligées aux astronautes professionnels ou amateurs jusqu'aux années 2020. Mais il était nécessaire, personne n'étant préparé à évoluer en apesanteur ni à faire face à certaines situations critiques.
Finalement, le 15 janvier, nous étions tous prêts dans les temps, sommes repassés à la maison régler quelques affaires, et nous sommes retrouvés au spatioport de Dubai le 19 janvier pour embarquer.
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 18 septembre 2006 à 22:18 Re: Carnet de voyage lunaire Message 5 de 14 · 2 007 affichages · Partager Dis moi Patrick.....
Si on fait valoir qu'on est un pionnier de la DPRK, on a un discount ?......
Michel | | | À: Tatra · 18 septembre 2006 à 22:30 Re: Carnet de voyage lunaire Message 6 de 14 · 2 003 affichages · Partager Hélas, je ne suis pas certain que la DPRK survive jusqu'au 22ème siècle.  Pas sûr même que beaucoup de gens se souviennent de ce que c'était à cette époque. | | | À: Yangguizi · 18 septembre 2006 à 22:46 Re: Carnet de voyage lunaire Message 7 de 14 · 1 999 affichages · Partager La première étape du trajet était routinière, il s’agissait de s’installer à bord d’une navette orbitale qui devait nous emmener à bord de la station Copernic, l’une des principales plate-formes orbitales ouvertes au grand public. Une étape routinière donc, mais une grande première pour moi. Et oui, je n’étais jamais encore allé dans l’espace. Certes, les bienheureux ayant déjà franchi les dernières strates de l’atmosphère terrestre représentent toujours une infime minorité de l’espèce humaine, mais ce n’est plus une rareté depuis longtemps. Moins en tout cas que les touristes lunaires.
Midi et quart, nous sommes tous harnachés sur nos sièges, quand la navette commence à se déplacer sur la piste d’envol. Nous n’avons aucun bagage avec nous, il est interdit d’emporter quoi que ce soit avec soi, en raison des économies de poids et des mesures de sécurité. Moon Travel Corp. fournit tout : vêtements standardisés, affaires de toilettes, et appareils de télécommunication nous attendent là haut.
Tandis que la navette avance sur la piste d’envol, je serre les dents, ça y est, la réalisation de mon rêve a vraiment démarré. Nous fonçons jusqu’à atteindre la vitesse de décollage. Curieusement, nous ne prenons pas très vite de l’altitude, ce qui nous permet d’admirer de près la pyramide de l’Arabian Financial Center qui culmine à 1200 mètres de haut. Puis au bout de deux minutes de vol, nous mettons les gaz et la vitesse et l’altitude augmentent à une vitesse exponentielle. Jusque là, ce n’est pas très différent de ces avions stratosphériques qui relient sans cesse Melbourne à Madrid en quatre heures.
Certains touristes de l’espace nostalgiques de l’époque des pionniers préfèrent « monter » en fusée, mais c’est une expérience physique assez pénible, et de toute façon Moon Travel Corp. ne nous a pas proposé une telle option. Retour dans la navette donc, où nos regards sont rivés sur les écrans panoramiques, étant donné l’absence de hublots pour des raisons de sécurité.
Nous quittons très rapidement la péninsule arabe, tandis que la Mer d’ Oman disparaît à son tour sous une épaisse couverture nuageuse. Vingt minutes plus tard, nous sommes déjà hors de l’atmosphère terrestre et approchons de la vitesse orbitale, mais nous ne ressentons absolument pas l’apesanteur en raison de la combinaison que nous revêtons et du sévère harnachement qui nous interdit le moindre mouvement. Deux tours de Terre et trois heures plus tard, nous approchons de Copernic, que nous accostons sans encombre. Bienvenue dans l’espace.
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 18 septembre 2006 à 23:13 Re: Carnet de voyage lunaire Message 8 de 14 · 1 995 affichages · Partager Il ne nous a pas fallu moins de deux heures pour que tout le monde débarque de la navette. Et oui, faire débarquer trente deux novices – entraînés certes, mais découvrant l’apesanteur – un par un pour des raisons de sécurité, et bien ça prend du temps, malgré l’aide efficace des agents et hôtesses orbitaux.
Il a été en revanche assez facile de suivre le long couloir principal pour rejoindre notre « hôtel », en fait un dortoir d’une cinquantaine de capsules fermées, à la mode japonaise. Les concepteurs et gérants ont refusé de loger des touristes sur des couches ouvertes, par crainte des accidents. Dommage.
Mais il n’était pas encore l’heure de dormir, nous n’avons cette fois que fait connaissance avec « nos » locaux pour les 48 heures suivantes. Et oui, nous n’allions pas repartir immédiatement pour la Lune, puisque les organisateurs du voyage avaient prévu de nous faire apprivoiser l’espace sur cette plate-forme orbitale. Ce n’est pas négociable, et si quelques uns parmi nous avaient l’impression de perdre leur temps car ils avaient déjà passé des vacances en orbite, moi j’en étais plutôt content, tout cela était nouveau pour moi. Ah la la, les deux frères indiens sont rapidement devenus insupportables, de vrais messieurs je sais tout, blasés jusqu’à la mœlle, au prétexte qu’ils avaient déjà fait deux séjours en station orbitale. Mais ils n’allaient pas entamer mon enthousiasme, tandis que nous faisions un tour guidé de la station.
Nous avons alors fait connaissance avec notre équipage lunaire :
- James, pilote principal, américain, ancien de la NASA qui a pas mal roulé sa bosse entre la Terre, la Lune et Mars, sérieux et pro, mais pas très causant, - Evgueni, co-pilote, apatride d’origine russe, à la personnalité diamétralement opposée, et toujours le premier à faire les blagues les plus grasses, - Aaron, le médecin israélien, qui pour nous rassurer, a fait la liste des pires complications médicales liées à l’apesanteur et à la micro-gravité, avant de nous avouer en riant qu’il suffisait d’avaler sa potion miracle pour aller mieux, et enfin - Angela et Yashida, nos guides, une apatride d’origine argentine et un japonais flegmatique, qui allaient nous expliquer toutes les ficelles du voyage sur la Lune et répondre à toutes les questions incessantes que nous avions en permanence.
Merde alors, je suis tombé dans un piège « all inclusive » me suis-je dit, avant de réaliser que je n’avais pas vraiment le choix pour un tel voyage.
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 19 septembre 2006 à 5:46 Re: Carnet de voyage lunaire Message 9 de 14 · 1 989 affichages · Partager On m'a dit que le voyage était quelquefois éprouvant physiquement, quand est-il réellement?
Ca doit quand même creuser l'estomac.... qu'est-ce qu'ils servent à manger sur Copernic? | | | À: Yangguizi · 19 septembre 2006 à 6:47 Re: Carnet de voyage lunaire Message 10 de 14 · 1 986 affichages · Partager Waooooh, un All In Alan n'ira pas sur Copernic | | | À: Yangguizi · 20 septembre 2006 à 0:10 Re: Carnet de voyage lunaire Message 11 de 14 · 1 960 affichages · Partager Une fois les présentations faites, ce fut enfin un des premiers temps forts du voyage, la découverte du bar panoramique, un complexe d'une cinquantaine de sièges desquels on a une vue incroyable sur la Terre. La "salle" pivote autour d'un axe, ce qui nous permet de faire en permanence face à notre planète (le corps de la station, lui, change naturellement d'orientation au fur et à mesure qu'il avance sur son orbite). Je ne sais plus combien d'heures nous avons passé là, à admirer le spectacle. Même les deux indiens blasés n'osaient plus rien dire, ils admiraient le spectacle comme les autres.
Durant ces quelques heures, nous avons aperçu tous les continents, bien que notre altitude peu élevée (Copernic est sur une orbite basse) ne nous permette pas de survoler tous les points du globe en si peu de temps. Nous étions en plein hiver, une chance, car cela nous a permis d'admirer la banquise polaire recouvrant une partie de l'océan arctique. Dès le mois d'avril, tout aura disparu jusqu'à l'hiver prochain.
Bien que nous ayons survolé la région pékinoise une heure plus tard, je n'ai pas réussi à voir la Grande Muraille. Aucun problème en revanche pour distinguer très nettement la forme de la pyramide de la réunification, un peu au nord de Séoul. Un peu plus loin, les formes rigolotes des iles artificielles au large de Kyushu sont elles aussi un spectacle fascinant vues de l'espace.
Trois heures plus tard, les lignes familières de la péninsule ibérique annonçaient l'arrivée au dessus des contrées méditerranéennes. Les ravages de la terrible éruption de l'Etna de 2108 sont toujours visibles, et nous avons tous eu des frissons à la vue de cette immense étendue grisâtre le long de la côte est de la Sicile. Tant de vies se sont éteintes ce jour-là... Nous devinions les contours de l'arc alpin beaucoup plus au nord tandis que nous filions vers l'Est. Un peu plus tard, le survol du delta du Nil fut magnifique, mais je n'en dirais pas autant de ces polygones grisatres éparpillés dans le désert égyptien, de part et d'autre du Nil, où ont dû migrer des millions d'égyptiens pauvres, repoussés dans ces zones artificielles inhospitalières en raison de la pression démographique.
Un peu moins de vingt minutes plus tard, nous abordions le sous continent indien, et les déserts du Rajasthan et du Maharashtra. Les deux indiens se sont alors mis à ricaner méchamment, mais je ne comprenais rien à ce qu'ils disaient. Je peux quand même le deviner, les deux gus venaient des riches régions du sud, et leurs propos ne devaient pas être tendres à l'égard de leurs "compatriotes" des régions du nord qui se sont désertifiées tout au long du vingt et unième siècle.
Les vues nocturnes étaient elles aussi hallucinantes, et notamment les survols des mégapoles brésiliennes et nigérianes.
Juste avant de quitter le bar panoramique, nous avons aperçu un gigantesque ouragan approchant des côtes irlandaises. Bah, ils ont l'habitude là-bas maintenant, et toutes les constructions sont aux normes depuis belle lurette, il ne devrait pas y avoir trop de dégâts cette fois, contrairement aux premiers super-ouragans ayant frappé l'ouest européen il y a quelques décennies.
Il était enfin temps de manger.
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 20 septembre 2006 à 18:21 Re: Carnet de voyage lunaire Message 12 de 14 · 1 944 affichages · Partager On ne vient pas sur Copernic pour bien manger. La nourriture et la boisson telle que nous la concevons sur Terre est strictement interdite, en raison des risques engendrés par les miettes et gouttes qui pourraient flotter dans la cabine. Il faut donc se nourrir uniquement au moyen de tubes contenant la pâte nutritive et hydratante que l'on nous destine. Il y a certes plusieurs arômes différents, mais c'est vraiment pas bon du tout. L'heure du repas n'était jamais une fête pendant ce voyage.
Avant de nous coucher, nous sommes allés voir la boutique de souvenirs et ses babioles à touristes. Inutile d'acheter quoi que ce soit pour le moment, puisque nous ne pourrions rien emporter lors de notre trajet vers la Lune, mais cela ne nous empêchait pas de jeter un coup d'oeil sur ce que nous pourrions acheter juste avant notre retour sur Terre. Les prix étaient délirants: cinq à six fois plus chers que ce qu'on pouvait trouver sur Terre. Des figurines de Gagarine et des pionniers de la conquête de l'espace à 2000 unités de consommation, on croit rêver! Rien de bien particulier en tout cas: cailloux lunaires certifiés, plaques multimedia sur la station, livres d'astronomie, et même tubes alimentaires pour les nostalgiques de cette bouffe immonde... Il parait que c'est un cadeau qui fait fureur auprès des amis restés sur Terre.
Ce fut ensuite l'heure de faire dodo. La journée sur Copernic fait 24 heures, afin que les touristes conservent la notion du temps et gardent les mêmes repères que sur Terre. Il est vrai que ces alternances de jours et de nuits tous les trois quarts d'heure, ça fait un peu désordre. Il n'est pas obligatoire pour les gens en villégiature sur la station de se conformer à ces horaires, mais les touristes lunaires comme nous sont astreints à des horaires fixes, afin que tout le monde soit synchronisé et en forme pour les choses sérieuses. J'ai très mal dormi cette "nuit" là, probablement autant en raison de l'excitation que des troubles liés à l'apesanteur. Et puis ces capsules fermées, je n'arrive vraiment pas à m'y faire!
(à suivre...) | | | À: Yangguizi · 20 septembre 2006 à 19:17 Re: Carnet de voyage lunaire Message 13 de 14 · 1 930 affichages · Partager Il me semble qu'en 2100 et des poussieres, la Terre ne peut plus a elle seule nourir ses 13.5 milliards d'habitants, surtout depuis que la Chine a abandonne sa politique de l'enfant unique face a montee demographique de son voisin indien (2.3 milliards d'habitants). Par consequent meme les Terriens restes sur la planete se nourrissent six jours par semaine (sauf le dimanche pour les chretiens, le jour du shabbat pour les juifs etc) de concentres alimentaires...
Je sais Yanguizzi ca te fait mal au coeur d'imaginer la disparition de tes petits restos shangaiens et de ton plat favori du Sud de la France (dont j'ai oublie le nom), mais que veux-tu, il faut vivre avec son temps !!!! | | | À: Pierre73 · 20 septembre 2006 à 19:29 Re: Carnet de voyage lunaire Message 14 de 14 · 1 925 affichages · Partager Cher Pierre, la pissaladière ne disparaîtra jamais, les niçois prendront les armes si jamais un tyran ose s'y attaquer. | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 16 552 visiteurs en ligne depuis une heure! |