Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Sarana · 15 avril 2020 à 20:56 · 195 photos 178 messages · 28 participants · 13 714 affichages | | | | À: Sarana · 19 avril 2020 à 12:02 · Modifié le 9 mai 2020 à 11:19 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 21 de 178 · Page 2 de 9 · 1 249 affichages · Partager CHAPITRE 5 : le "qi feng shui". Le soigneur se fait soigner.
Enfin, nous voilà dans le train, en route pour Xi'an. Notre compartiment est situé en bout de wagon, c'est une « couchette dure », à six lits. Les couchettes molles sont à quatre lits, et la troisième classe, de simples banquettes en bois. Au passage, remarquons qu'en pays socialiste, il y a trois classes de wagons. Cela n'a pas changé depuis. Le contrôleur nous indique nos couchettes, celles du haut, déjà squattées par deux mecs qui s'éjectent dare-dare. Le système de réservation est sans doute très aléatoire.
La chaleur est étouffante. Vivement que le train parte, besoin d'air. Ceux qui connaissent les trains chinois ont leur idée personnelle quant à la meilleure place dans les couchettes dures. Depuis cette première expérience, je me suis forgé la mienne, et je m'en suis servi en 2018. La couchette du haut est bien basse sous le plafond. Pour peu qu'il fasse chaud, on est étouffé car il n'y a pas le moindre souffle d'air. Toute la nuit j'ai espéré des minuscules courants d'air qui ne venaient jamais. Pas fermé l'oeil. La couchette du bas est certes la plus accessible, mais elle sert de siège à tout le monde. Impossible de s'y allonger la journée. La meilleure, la plus calme, c'est celle du milieu. Confirmé en 2018.
Et c'est parti pour une vingtaine d'heures et un bon millier de kilomètres, avec la «middle class» chinoise, dans une campagne qui ne laissera pas de souvenirs impérissables. D'ailleurs, je n'en ai aucun. Pour avoir voyagé en train couchettes en France, je trouve que les chinois sont mieux conçus, plus ouverts et conviviaux, pas plus inconfortables que les trains français. Le couloir surtout, avec ses sièges à côté des fenêtres, est un espace de vie et de distraction. Un bon point pour le régime. Sauf que, comme partout, on y crache sans retenue.
Photo : Jacqueline et Jean-Pierre
Trois trucs insupportablesHeureusement, on est prévenu. Ca commence par une énorme raclement de gorge. On sent que ça grimpe dans la tuyauterie pour atteindre la cavité buccale où ça stagne un moment, le temps de préparer l'évacuation. Et là, soit c'est un sportif et il te balance ça d'un jet propre et net, soit c'est un mou des viscères et il te le laisse dégouliner à ses pieds. De temps en temps, la responsable du wagon déboule avec seau et serpillière, et frotte le sol usé d'un air désabusé.
Le deuxième truc, comme partout aussi, c'est le tabac. On fume, n'importe où, n'importe quand, sans tenir compte des autres. Et les chinois, les hommes surtout, sont de gros fumeurs. La cigarette, c'est une institution, une sorte de rite qu'on se doit de pratiquer si l'on est un vrai mâle surtout. Ca n'a pas tellement changé. Avec l'augmentation de l'espérance de vie, ils vont tenir le podium des cancers du poumon.
Cerise sur le gâteau, le troisième truc, les hauts parleurs. Ils vous diffusent toute la journée des slogans et des chants révolutionnaires à la gloire du parti, des masses, des dirigeants, de la pensée marxiste léniniste, sans parler des infos d'une évidente objectivité sur les glorieuses réalisations du régime en lutte face aux impérialismes occidentaux. Finalement, c'est mieux de ne pas comprendre, ça permet d'échapper à cette rhétorique. Les passagers n'en ont cure de ce baratin infernal, ils discutent, jouent aux cartes, roupillent. Ca leur glisse dessus, et je suis certain qu'ils n'y croient plus depuis longtemps. D'ailleurs nous, qui voyageons comme eux, avec nos fringues de baba cool, avons-nous nous vraiment une tête de vilains impérialistes ?
Envie de prendre le marteau brise vitre et de le balancer dessus. Ce bruit de fond ne se taira qu'au moment de dormir, pour mieux repartir au lever du jour avec l'hymne national en guise de réveil matin : « qi lai ! qi lai ! qi lai !», « debout ! debout ! debout !». Vraiment insupportable !
Le téléphone chinoisL'arrivée de deux occidentaux ne passe pas inaperçue. L'information circule d'un wagon à l'autre. Du coup, tous ceux qui baragouinent un peu anglais, des jeunes bien sûr, viennent nous rendre une petite visite amicale, histoire d'échanger quelques banalités. Mais cela ne dure pas très longtemps, notre niveau est faible, et le leur pas meilleur. Heureusement qu'ils ne sont qu'une poignée.
Les couchettes dures. A gauche, notre "qi feng shui"
Le qi feng shuiDans notre compartiment, personne ne parle anglais, la conversation est limitée, mais j'arrive à échanger quelques propos avec un personnage qui me semble un peu différent des autres. C'est une sorte de guérisseur, qui enseigne des techniques basées sur la respiration, un « qi feng shui », mot à mot « énergie du vent et de l'eau ». C'est pas mon domaine... Notre bonhomme, comme la plupart des voyageurs, n'a pas les moyens de se payer le wagon restaurant, ni même les plats de nouille et de riz ambulants. Ils s'ouvre une boîte de conserve, mais comme il n'a pas d'ouvre-boîte, c'est avec le couteau qu'il fait le forcing.
Et ça loupe pas...
Le couteau dérape et lui entaille méchamment la main. Ca pisse le sang, sur lui, sur le sol. Il recouvre tout ça avec son mouchoir, mais rien à faire, ça dégouline encore. Finalement, c'est Danièle qui va s'occuper de lui, parce que sinon, dans le compartiment, personne ne réagit. Grâce à la conséquente trousse à pharmacie qu'elle traîne dans son sac, notre mec est aseptisé et bandé par ses mains expertes. Au moins, notre pharmacie aura servi à quelque chose durant ce séjour.
L'homme à la casquetteLe lendemain matin, après une nuit plutôt difficile et blanche, le train approche de Xi'an. Passe dans le wagon un petit bonhomme rondouillard avec une casquette genre contrôleur enveloppé d'un semblant d'uniforme éculé et non identifiable. Il s'arrête à notre hauteur : - Montrez-moi votre permis de circuler, dit-il avec la politesse d'usage en Chine. - Le permis de circuler, ben non, « mei yo », on n'en a pas. Il n'est plus obligatoire depuis un an.Le gars fait la sourde oreille : - Si, si, je veux voir votre permis de circuler. Pour Xi'an il en faut un. Vous n'en avez pas, alors en descendant du train, rejoignez-moi sur le quai et nous irons régler ça.
Non mais c'est qui ce type, de quoi il se mêle. Sûrement un de ces petits fonctionnaires ou indicateurs qui cherche à se prouver qu'il possède encore un semblant de pouvoir et d'autorité, alors qu'il est en train de perdre tout ça avec le changement de régime. Rien à foutre de lui, en arrivant à Xi'an, on descend et on se barre !
Le train s'arrête enfin en gare de Xi'an. On se mêle au flot des voyageurs et on file directement vers la sortie. Notre petit bonhomme est resté ce qu'il était : invisible et transparent.
Prochain épisode : "Mei yo", la réponse préférée des fonctionnaires | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Sarana · 19 avril 2020 à 12:04 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 22 de 178 · Page 2 de 9 · 1 248 affichages · Partager (Ce message a été supprimé par le membre Sarana le 22 avril 2020 à 14:28.)
| | | À: Sarana · 19 avril 2020 à 13:28 · Modifié le 19 avr. 2020 à 13:54 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 23 de 178 · Page 2 de 9 · 1 230 affichages · Partager Sarana qui est en Chine, Donne-nous notre riz de chaque jour... | | | À: Sarana · 19 avril 2020 à 13:45 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 24 de 178 · Page 2 de 9 · 1 224 affichages · Partager je suis toujours là  Merci pour cet épisode ferroviaire.J'en ai profité pour aller écouter l'hymne chinois  "debout! les gens qui ne veulent plus être des esclaves....." à demain je serais encore là pour la suite | | | À: Tsukuru · 19 avril 2020 à 14:03 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 25 de 178 · Page 2 de 9 · 1 218 affichages · Partager C'est sympathique d'avoir des lecteurs fidèles. A demain peut-être, si l'inspiration suit... | | | À: Sarana · 19 avril 2020 à 14:05 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 26 de 178 · Page 2 de 9 · 1 213 affichages · Partager Sarana, tu n'as plus le choix : tu nous a collé le virus!!!! | | | À: Sarana · 19 avril 2020 à 18:06 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 27 de 178 · Page 2 de 9 · 1 188 affichages · Partager Excellent récit, vivement la suite !
D'ailleurs, les quelques récits de voyage d'avant les années 2000 mériteraient de faire l'objet d'une rubrique à part sur ce site. Je me souviens avoir lu le récit d'un voyage en Afghanistan et au Pakistan dans les années 70, c'était extraordinaire. | | | À: Sarana · 20 avril 2020 à 12:13 · Modifié le 12 mai 2020 à 10:58 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 28 de 178 · Page 2 de 9 · 1 155 affichages · Partager CHAPITRE 6 : « mei yo », la phrase préférée des fonctionnaires
La chaleur à Xian est accablante, elle vous tombe dessus dès la sortie du train et ne vous lâche plus jamais. Plus moite et encore plus élevée qu'à Pékin, ambiance tropicale. Le moindre mouvement te coûte un litre de sueur que tu ne peux compenser qu'avec du thé chaud. Il vaut mieux boire de l'eau chaude et bouillie ici. De toute façon, pas le choix, il n'y a que de ça.
Xi'an. Photo : Jacqueline et Jean-Pierre
Pas de bus, pas de taxi devant la gare. Il faudra prendre un pousse-pousse à pédales. La conductrice nous saute dessus. Du pain béni pour elle. Un yuan pour le trajet, prix spécial touriste mais négocié, en compagnie d'une jeune fille belge francophone. A trois dans le pousse-pousse, elle nous amène de mollet ferme à l'hôtel pour étrangers. Au moins, même si on n'a aucune adresse dans les guides, c'est pas compliqué de trouver l'hébergement. En dehors de Pékin et d'éventuels hôtels de luxe, un seul hôtel par ville pour les péquenauds, ça suffit.
Arrivés à destination, quelques kilomètres plus loin, elle nous réclame deux yuans, forcément. Je pique ma quinte en chinois : - Nous nous sommes mis d'accord pour un yuan n'est-ce pas ? Alors ce sera un yuan !De la fermeté sur le ton, ou bien de le dire en chinois, je ne sais ce qui étonne le plus notre Jeannie Longo. Elle n'insiste pas. Du coup la jeune fille qui nous accompagnait, et qui parle aussi un peu le chinois me demande : - Répète-moi comment on dit « se mettre d'accord » en chinois.
Ca peut toujours servir...
Photo : Jacqueline et Jean-Pierre
La climNotre premier hébergement en province. Je garde peu de souvenirs de Xi'an, juste ses remparts, sa mosquée ombragée, et ses rues populaires et quadrillées, sans voitures, que nous avons sillonnées à vélo. L'hôtel pour étrangers est une bâtisse sans âme. Il y règne une chaleur effroyable. La climatisation, c'est un ventilateur par chambre. Dans chaque couloir, une énorme chaudière distribue de l'eau bouillante pour le thé. La clim façon chinoise ! Sympa, et quand tu passes à côté, c'est la porte d'entrée des forges de Vulcain. Il y a des chambres à deux disponibles pour un prix raisonnable. C'est plus prudent d'éviter l'entassement par ces températures. N'empêche que les nuits transpirantes seront difficiles.
Pour la journée, comme tout le monde, hommes et femmes, nous optons pour l'éventail.
L'immanquableSinon, bien sûr, il y a l'incontournable armée en terre cuite de l'empereur Huang Di. La découverte a eu lieu seulement dix ans plus tôt. On y accède par une petite route de campagne, et un simple parking en terre battue accueille deux ou trois bus de touristes. Nous nous y rendons avec la ligne régulière que, comme à Pékin pour la grande muraille et les tombeaux des Ming, nous avons eu un mal fou à trouver. Rien n'est indiqué dans ce pays. C'est la débrouille permanente. Au moins, ça comble l'emploi du temps. En sortant de la visite Danièle me confie : - Ca alors, c'est impressionnant ! Je n'imaginais pas que les statues étaient si grandes. Je croyais que c'était juste des figurines.
Xi'an : l'armée en terre cuite
Grâce à cette chaleur, ici, on vit surtout la nuit. La journée, que fait le chinois de base ? Et bien, pendant que toi tu t'agites, lui, il roupille. Partout, n'importe où, n'importe quand, tout particulièrement s'il est fonctionnaire, au boulot, dès qu'il a une minute de calme, et dieu sait s'il y en a des minutes calmes, et bien il pionce. Assis, couché, j'en soupçonne même debout, comme les chevaux. Mais comment font-ils ? J'en suis baba.
Le meilleur moment de la journéeLa revanche c'est la nuit. Le centre ville appartient à cette vie populaire et nocturne. C'est le meilleur moment de la journée, pour le voyageur aussi. Celui des rencontres improbables, des odeurs, des bruits, des couleurs. Tous les voyageurs connaissent et adorent cette ambiance propre aux pays chauds. On est en Chine, il y a trente cinq ans, sur une autre planète. L'impression est encore plus vive, le souvenir impérissable.
Et pour la suite, ce sera...C'est pas tout ça, mais après, où va-t-on ? Le temps nous est hélas compté. Donc logiquement vers le sud, se rapprocher de Canton. Ce sera Chongqing, au bord du fleuve Yangtse. Mais aller de Xian à Chongqing, c'est long, très long. Les routes sont sinueuses, le terrain montagneux et couvert de jungle. Le meilleur moyen, c'est l'avion.
L'aéroport est loin du centre ville, et le premier aéroplane décolle très tôt le matin. Pas de réservation, il faut se rendre sur place et on prendra les tickets là-bas, en espérant qu'il y ait de la place dans le premier avion. Le seul moyen d'y aller, c'est de prendre un taxi. Mais comment trouver un taxi qui t'emmènera à cinq heures du matin ?
Les premiers « mei yo »L'accueil de l'hôtel est tenu par une femme, une fonctionnaire tout aussi affable avec ses compatriotes qu'avec les étrangers. J'ironise, bien sûr. Les clients, elle n'en a rien à cirer. Elle fait un boulot mal payé par l'état. Comme tous les fonctionnaires, et il y en a partout, dans tous les services, elle n'a rien à y gagner à être sympa. J'emmagasine le vocabulaire nécessaire à ma demande, vu que naturellement, elle ne parle pas un mot d'anglais. - S'il vous plaît, pourriez-vous téléphoner à un taxi de venir nous chercher demain matin à cinq heures pour l'aéroport ?- Téléphoner, y'a pas de téléphone ici, c'est pas possible. "Mei yo, mei yo" !- Pas de téléphone ici ? Et ça c'est quoi ! lui dis-je en pointant le téléphone juste derrière elle ?
Même réaction que notre conductrice de pousse-pousse. Sans doute peu habituée à se faire remonter les bretelles par un étranger dans sa langue maternelle, elle tire une drôle de tronche mais à ma grande surprise, elle s'exécute sur le champ. Je comprends qu'elle contacte un taxi, mais la conversation traîne un peu, le temps sans doute de nous trouver le juste prix d'un départ si matinal, avec des touristes pleins aux as, et aussi sa petite contribution pour son aimable participation. Va savoir.
Nous avions déjà fait connaissance avec le « mei yo », la phrase que tout le monde apprend très vite en Chine, même encore aujourd'hui. Mais là, c'est une autre dimension. C'est systématiquement la réponse formulée à chaque demande : une sorte de rituel, une indispensable entrée en matière, peut-être même une formule de politesse. Les seuls qui ne te répondent pas ça, ce sont les petits commerçants indépendants. Eux, au contraire, ils ont tout ce que tu cherches, même si ça n'existe pas.
C'est bon, le taxi nous attendra demain, mais ce sera le prix fort. De mémoire, je crois qu'il n'y avait pas de différence avec celui des taxis parisiens. Payable en billets de Monopoly, forcément. Mais bon, on n'a pas le choix. Demain, nous nous envolons sur une ligne intérieure dont le monde entier ne soupçonne même pas l'existence : de Xian à Chongqing.
A nos risques et périls...
Prochain épisode : vol intérieur au-dessus de la jungle | | | À: Sarana · 20 avril 2020 à 12:22 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 29 de 178 · Page 2 de 9 · 1 153 affichages · Partager (Ce message a été supprimé par le membre Sarana le 25 avril 2020 à 15:03.)
| | | À: Sarana · 20 avril 2020 à 12:59 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 30 de 178 · Page 2 de 9 · 1 143 affichages · Partager Je plane déjà! | | | À: Sarana · 20 avril 2020 à 16:27 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 31 de 178 · Page 2 de 9 · 1 123 affichages · Partager Je prends le même vol avec vous. Pourvu qu il ne nous arrive rien. Je suis malgré tout un peu anxieuse | | | À: Sarana · 21 avril 2020 à 9:04 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 32 de 178 · Page 2 de 9 · 1 096 affichages · Partager Chine, 1985, un vol sur une ligne intérieure inconnue du monde entier, au-dessus d'une jungle sans doute inconnue elle aussi... Ouh là là, ça craint  !
Haut les coeurs ! je vous suis. Enfin je vous lis, c'est parfait ainsi et c'est un vrai régal  .
Dolma | | | À: Sarana · 21 avril 2020 à 12:18 · Modifié le 10 mai 2020 à 11:39 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 33 de 178 · Page 2 de 9 · 1 080 affichages · Partager CHAPITRE 7 : vol au-dessus de la jungle
L'angoisse du taxi, à cinq heures du mat, dans la nuit et la ville endormie, la meilleure heure pour pioncer par cette chaleur. Forts d'une courte mais empirique connaissance des moeurs du pays, tu te demandes si le type sera là. Mais l'expérience m'a appris par la suite que tu peux leur faire confiance, car vu le montant de la course, ils n'ont vraiment pas intérêt à te poser un lapin. Ca marche à tous les coups.
Pour cette première, c'est le cas, même ici. Le mec est à l'heure, il nous attend dans sa Toyota noire toute neuve. Un énorme investissement pour lui, ça explique le tarif « spécial touristes ». Au passage, il en profite pour embarquer deux cadres, hauts fonctionnaires, ou hauts dignitaires, plus probablement hommes d'affaires. Leur costard et le fait de prendre l'avion est un signe : ce sont des exclus du prolétariat. Pour le chauffeur, c'est un bonus supplémentaire, et pour nous une arnaque de plus.
Ca ne se bouscule pas à l'aéroport, l'avion n'est pas le mode de déplacement des masses populaires. Pas difficile d'obtenir un billet, ça change du train et du bus. L'appareil est un bimoteur à hélice d'une vingtaine de places environ. C'est probablement un modèle soviétique qui, au vu de sa carcasse, a dû servir du temps de Staline, du temps où Chine et Union Soviétique entretenaient des relations officiellement amicales. On y grimpe depuis la piste et on installe nos lourds sacs comme on peut au-dessus du siège. Quelques étrangers, beaucoup de cadres du régime ou d'affaires, quelques uniformes.
Photo : Jacqueline et Jean-Pierre
La réputation de la CACPour nous accompagner dans cette expérience avec la CAC (Compagnie Aérienne Chinoise), une hôtesse en harmonie avec son avion : hors d'âge. - Ils nous ont mis une trompe-la-mort, c'est de bon augure, dis-je à Danièle qui est en train de changer de couleur .Juste à côté de nous, la jeune fille belge qui nous avait accompagnés dans le pousse-pousse, en remet une couche : - Vous savez qu'on raconte des histoires sordides sur la CAC, des avions qui disparaissent et qu'on ne retrouve jamais ! Probable qu'on ne les cherche même pas. Mauvais pour la réputation de la compagnie et surtout du régime... Le pilote allume les moteurs, les hélices se mettent à tourner, la carcasse vibre de partout. Les moteurs vont peut-être partir avant nous.
Je mens pas, tout est vraiA ce moment là, une énorme fumée sortie d'on ne sait où envahit la carlingue dans un bruit de soufflerie. Les quelques étrangers que nous sommes échangeons des regards mi-interrogatifs, mi-inquiets, mi-amusés (je sais, ça fait trois au lieu de deux, mais les circonstances le justifient). Mais bon, on n'a pas décollé, on peut encore évacuer l'appareil. Je regarde la tête de l'hôtesse - au début, c'est ce que je faisais dans les avions en cas de trou d'air ou autre manifestation anormale-. Elle semble stoïque, forte de son expérience. En fait, cette fumée n'a pas d'odeur, c'est bon signe. Sans doute un test de climatisation ou pressurisation défectueuse, je n'y connais rien. La fumée se dissipe.
Danièle a encore changé de couleur, notre copine belge est au bord de la syncope.
L'avion décolle, je ne dirais pas à notre grand soulagement, on en a pour deux heures là-dedans... Au-dessous de nous défilent des montagnes recouvertes de forêts. Une véritable jungle, dense, libre de toute présence humaine. - Notre copine a raison, si on tombe là-dedans, personne ne viendra nous chercher !
Photo : Jacqueline et Jean-Pierre
J'exagère toujours pasA l'approche de Chongqing, l'avion pique sur les montagnes. Par le hublot, j'aperçois que le pilote fonce à vue tout droit sur un col très étroit. De chaque côté du col, c'est la forêt et les pentes raides. Pourtant il pique droit dessus, très bas, vraiment très bas, à croire qu'on va se fracasser, si j'anticipe bien la trajectoire. Le col se rapproche, on dirait vraiment qu'on va se scratcher dans les arbres. Et pour couronner le tout, un bruit caractéristique sous nos sièges. Le pilote vient de sortir le train d'atterrissage. - Il fait quoi ce pilote !? C'est pas possible, on va se prendre les roues dans les arbres ! Je mens pas, là j'ai vraiment flippé, mais j'ai préféré ne rien dire. Pas le temps de toutes façons, tout ça est allé très vite.
Mes calculs étaient faux, c'est passé ! Je m'attendais au moins à un bruit de frottement sur les branches, mais non, c'est passé. Le pilote sait ce qu'il fait.
Et ça vaut mieux car de l'autre côté du col, au pied des collines, c'est la piste d'atterrissage. Plus de jungle, mais des champs en terrasse où s'activent, courbées en deux, des masses de grands chapeaux de paille. L'avion fait un piqué rase-mottes au-dessus de cette scène bucolique. Les paysans à l'approche de la piste, je vous jure, j'aurais pu deviner la couleur de leurs yeux. Eux continuent leur occupations sans même lever le nez. Leurs chapeaux sont bien accrochés, sinon ils s'envoleraient.
Heureux d'être encore vivant ! Je n'ai jamais vécu d'autre expérience aérienne si intense. Même dernièrement, sur la fameuse piste de Lukla au Népal, la plus en pente et la plus courte du monde, également avec un bimoteur.
Un bus de ligne nous dépose quelque part en ville, à une vingtaine de kilomètres de là.
Les meilleurs raviolis du monde
« C'est pas possible, ils ont déménagé la ville !»C'est ce que je me dis quand je vois les images du Chongqing d'aujourd'hui. Je revois une rue en pente, l'artère principale, qui descend vers le fleuve. Une souffrance supplémentaire pour le petit peuple des coolies et autres porteurs, tireurs de charrettes remplies de plusieurs étages de paquetages, en sueur sous leur grand chapeau. Le charbon, officiel ou de contrebande, vendu à même le sol, noircit les trottoirs et les hommes. Ca donne une impression de saleté, mais finalement, il n'y a pas de déchets comme on peut en trouver maintenant dans ces mégapoles du tiers monde. Les bouteilles plastique, les sacs plastique, les emballages, le tout jetable, ça n'existe pas. Ici, tout est récupéré, mangé, recyclé... et ça ne pue pas les ordures ou les gaz d'échappement. Pour les odeurs, il faut aller sur les marchés. Là, c'est une autre histoire, tout le monde connaît.
Au milieu de tout ça, les habituelles gargotes de nouilles, riz et raviolis. C'est à peu près tout ce qu'on peut manger si on n'a pas envie d'entrer dans un restaurant. Je ne parle pas de la bouffe dans mes carnets. Mais c'est ici, dans une de ces gargotes, que nous mangerons les meilleurs raviolis végétariens au monde, confectionnés sur place par des mains expertes. J'en ai encore le goût sur la langue quand j'y repense. Un goût jamais retrouvé.
Prochain épisode : le bal, ou la vie sexuelle des jeunes chinois. | | | À: Sarana · 21 avril 2020 à 12:19 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 34 de 178 · Page 2 de 9 · 1 078 affichages · Partager (Ce message a été supprimé par le membre Sarana le 22 avril 2020 à 14:30.)
| | | À: Sarana · 21 avril 2020 à 13:32 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 35 de 178 · Page 2 de 9 · 1 061 affichages · Partager Après avoir frôlé la mort et mangé les meilleurs raviolis végétariens j'ai hâte d'aller me dégourdir les jambes au bal du quartier  on y danse quoi? bientôt une surprise, je le sens | | | À: Sarana · 21 avril 2020 à 14:19 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 36 de 178 · Page 2 de 9 · 1 050 affichages · Partager Bonjour Dominique,
Excellent tous ces carnets d'un autre temps qui fleurissent sur VF  Brillamment raconté avec une pointe d'humour j'adore | | | À: Sarana · 21 avril 2020 à 14:35 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 37 de 178 · Page 2 de 9 · 1 045 affichages · Partager J'aime bien, assis confortablement dans mon salon : "Les moteurs vont peut-être partir avant nous. "!!!! | | | À: Sarana · 21 avril 2020 à 15:35 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 38 de 178 · Page 2 de 9 · 1 035 affichages · Partager Bonjour Dominique, Quel plaisir de suivre votre voyage de noce 35 ans plus tard... en effet, un autre monde. Je n'y suis pas allée en 1985 mais en 2006, et il y restait encore quelques similitudes.
La plupart des toilettes publiques sont ainsi, même dans la capitale.
En 2006 à Pékin, je me suis retrouvée dans ce genre de toilettes publiques dans un parc. J'étais tellement surprise que j'ai fais aussitôt demi tour sous la risée des femmes présentes  .
Alors ils se faufilent vers toi et hop, ils te touchent le bras pour s'assurer et se rassurer. Et comme en plus, j'ai les yeux bleus... ça exacerbe leur curiosité.
Idem, en plus j'ai de long cheveux blonds. J'ai fais l'erreur de sortir un jour sans les attacher, heureusement mon fils était avec moi car les femmes me touchaient et me tiraient les cheveux.
Bon, ça s'arrête là !  Heureusement, car je crois que j'aurais fait une crise cardiaque dans l'avion  .
Mon mari qui allait en Chine chaque année pour raison professionnelle jusqu'à ces dernières années, me disait qu'il notait une différence par rapport à l'année précédente.
Maintenant, je vais attendre tranquillement le prochain chapitre | | | À: Sarana · 21 avril 2020 à 16:49 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 39 de 178 · Page 2 de 9 · 1 020 affichages · Partager Serait il possible, si tu en as gardés, de scanner et poster des souvenirs de cet ancien temps ?
Billets de monopoly, que sais-je encore... | | | À: Atila · 21 avril 2020 à 17:33 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 40 de 178 · Page 2 de 9 · 1 009 affichages · Partager Merci à tous pour vos encouragements et votre fidélité. Je suis obligé d'aller au bout maintenant. Pour ce qui est des billets, j'aurais dû en garder au moins un, sûr que ce serait une pièce de collection. J'ai cherché sur Google, mais rien à faire. Cette monnaie n'a circulé que très peu de temps, quelques années je crois. Elle a vite été abandonnée, on comprend pourquoi. Pour les illustrations, je me contente des quelques photos que j'avais tirées à partir des nombreuses diapos que j'ai malheureusement jetées, comme dit dans le préambule. Je le regrette beaucoup maintenant. | Carnets similaires sur la Chine: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 4 205 visiteurs en ligne depuis une heure! |