Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Sarana · 15 avril 2020 à 20:56 · 195 photos 178 messages · 28 participants · 13 709 affichages | | | | À: Sarana · 25 avril 2020 à 12:19 · Modifié le 10 mai 2020 à 12:11 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 81 de 178 · Page 5 de 9 · 1 257 affichages · Partager CHAPITRE 11 : à la recherche de xiao Wu
Notre train de nuit pour Canton part en fin de journée, nous avons le temps de flâner en ville et aussi de nous offrir un bon repas. Justement, voilà un restaurant. Un peu à l'écart, quasi anonyme, mais il a l'air assez grand et fréquenté, vu le brouhaha qui s'en échappe. C'est parfait pour nous ça. Entrons.
Passer inaperçu... pas toujours facileC'est une vaste salle, une grosse cantine à la chinoise. Elle est garnie d'une bonne dizaine de tables rondes à huit personnes. Les convives y sont installés en groupes, comme ils peuvent, comme au réfectoire quand il faut compléter. Quelques marches permettent d'accéder aux tables en contrebas. Le restaurant affiche complet, une bonne centaine de personnes là-dedans, qui font un boucan d'enfer. A part peut-être les espagnols, y a-t-il un peuple qui envoie autant les décibels que les chinois ? Du haut de nos marches, nous explorons des yeux les tables à la recherche de deux places.
C'est fatal ! On est repérés !
En quelques secondes, le volume sonore dégringole à zéro, la salle entière se fige, les mouvements cessent. Arrêt sur image, silence complet ! Un ange passe, non une nuée d'anges. Ca me rappelle le lycée, quand le proviseur venait impromptu inspecter le réfectoire. Ca, c'était juste avant mai 68.
Il y a deux places libres, mais tout au fond. Il faut traverser la salle, une centaine de paires d'yeux rivés sur nous. C'est le tapis rouge de Cannes, la remise des Césars, sans les applaudissements. On entend même craquer sous nos pieds les os de canard que les convives ont recrachés, quand ils ne l'ont pas fait sur la table.
L'épisode s'est déroulé comme au ralenti, pas facile de rester naturel. Une fois à la table, il faut balancer négligemment au sol les déchets qu'ils ont déposés dans notre espace, puis prendre place, l'air de rien. Ouf, enfin installés. Les autres convives ont l'air très fiers de nous avoir comme invités. Le prince et la princesse ont fait une entrée triomphale. Et maintenant, que la fête continue ! Brouhaha et tintamarre reprennent de plus belle.
On dirait le sudJe ne garde pas de souvenirs de ce deuxième voyage en train. Juste cette photo de la gare de Wuhan. Il fut sans doute moins folklorique que le premier. Je revois quand même l'arrivée le long de la rivière Bei, un des bras de la célèbre rivière des perles. Plus belle et toute aussi vivante que le Yangtse.
Canton, le sud, l'atmosphère y est différente. L'air marin et les reliquats de mousson apportent une relative fraîcheur. La population ici, est différente. Plus colorée, moins étriquée, on voit des couples qui se tiennent la main, certains même osent s'embrasser, un peu en cachette. Quelques voitures particulières se frayent un passage sur les principaux axes. Nous approchons de la frontière capitaliste, ça se voit, et ça n'a pas l'air de déranger les gens. Le quartier des anciennes concessions occidentales avec ses bâtisses coloniales, nous ramène sur un autre continent. D'ailleurs, peu de chinois y vivent, et les nuits ici sont plutôt désertes.
A la recherche de xiao WuFin des années 70, l'université de Bordeaux est dans les premières à accueillir des étudiants chinois. Ils sont une vingtaine, et je ne manque pas de nouer contact avec eux, forcément. Ils sont logés dans les petites chambres de la cité universitaire. L'un d'entre eux, Wu, xiao Wu de son diminutif, attire tout de suite ma sympathie.
C'est un cantonais, un chinois du sud, plus volubile, gai, ouvert, que ses compatriotes du nord, étriqués et politiquement corrects. Nous devenons très vite amis et passons beaucoup de temps à bavarder d'autres choses que de politique. Contrairement aux derniers survivants maoïstes de la fac, qui n'arrêtent pas de les emmerder avec ça. S'ils avaient connu la vraie Chine, ceux-là ! Le groupe est auto-surveillé de près, et chacun doit rendre des comptes au responsable politique. J'arrive parfois à extirper xiao Wu de ce milieu pour lui faire découvrir la réalité de mon pays.
Fin de l'année scolaire, retour au pays pour Wu et ses compatriotes, deux ans après leur arrivée. Je lui laisse mon adresse : - Promis, en arrivant, tu me donnes de tes nouvelles.- Oui, oui, sûr. On s'écrira.Pas d'autres moyens de communiquer que le courrier, et Wu n'a pas voulu (ou pu) me laisser d'adresse.
Depuis, j'attends toujours sa lettre en me demandant ce qu'il est devenu.
Le hasard ne suffit pas
Et si je le retrouvais ici, à Canton, comme ça, au détour d'une rue ? Ce serait un miracle. Alors, j'ai croisé des milliers de regards, des fois que..., mais il n'y a que le hasard pour provoquer de telles rencontres. Ici, il ne fonctionne pas. - Et si tu cherchais dans l'annuaire ?Mais oui, c'est bête, il suffisait d'y penser. Après de longues recherches, je finis par trouver un survivant dans une cabine téléphonique. Des Wu, écrits comme lui, il y en a des pages et des pages. Heureusement, je sais lire les idéogrammes dans l'ordre alphabétique. J'ai retenu ceux de son prénom, Zhiqiang. Hélas, pas de Zhiqiang dans la longue liste des "Wu".
Je ne saurai jamais ce qu'est devenu xiao Wu.
Canton. Photo : Jacqueline et Jean-Pierre
Un cri dans la nuit.L'hôtel est une grande bâtisse usée, dans la concession française il me semble. On s'installe dans la chambre, haute de plafond et sinistre au possible. Une pesante moustiquaire recouvre le lit à deux places. - Bof, ya pas de moustiques ici, mieux vaut la laisser ouverte pour avoir un peu d'air, sinon le ventilo va tourner pour rien.Au milieu de la nuit, je suis réveillé par un cri. Danièle fait des bonds sur le lit en se frottant le visage. - Qu'est-ce qui se passe, qu'est-ce qui t'arrive ?- Je sais pas, il y a un drôle de truc qui m'est passé sur la figure !Vite j'allume la lumière pour découvrir, bien en vu sur les draps, un énorme cafard, une espèce probablement locale et bien nourrie. La bestiole s'enfuit, on ne va pas la chercher, et elle ne doit pas être seule. C'est là que nous comprenons à quoi pouvait bien servir la moustiquaire dans un pays sans moustiques. Nous finissons la nuit barricadés à l'intérieur.
Le lendemain matin, la femme de ménage vient vérifier si nous sommes encore là pour faire la chambre. Enfin peut-être, mais pas sûr. Si on n'a rien sali, elle va sûrement pas s'embêter avec ça. La bestiole, ou une autre, en profite pour tenter de filer entre ses jambes. La femme l'aperçoit et, tout naturellement, écrase du pied le fauve et repart, le laissant crever sur place. Ici, on vit en compagnie des animaux sauvages.
A notre retour, le soir, la bête a disparu. Chouette, le ménage a été fait !
Prochain épisode : un train sous haute surveillance | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Sarana · 25 avril 2020 à 12:50 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 82 de 178 · Page 5 de 9 · 1 235 affichages · Partager A la recherche de xiao Wu
Quand j'ai lu ça hier, j'ai pensé tout de suite au film de Jia Zhangke, Xiao Wu, artisan pickpocket, un de ses 1ers films (peut-être le 1er, je ne sais plus). Et j'ai cru que vous y faisiez référence parceque vous avez été victime de pickpocket  Je m'attendais à une histoire dans ce genre.
Bon ben ce n'était pas ça  ça aurait été formidable de retrouver votre ami.  en aparté, Xiao Wu est un film magnifique  Pour ceux qui ne connaissent pas l histoire : www.lesinrocks.com/...uartisan-pickpocket/
Merci encore pour vos souvenirs. A demain | | | À: Tsukuru · 25 avril 2020 à 13:05 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 83 de 178 · Page 5 de 9 · 1 224 affichages · Partager On est en plein dedans. Je vais essayer de le trouver. | | | À: Sarana · 25 avril 2020 à 22:44 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 84 de 178 · Page 5 de 9 · 1 163 affichages · Partager Bonsoir Dominique, Je viens de parcourir ce »retour de Chine » et attends impatiemment la suite. Bravo pour cette narration, et merci. Merci parce que je retrouve les images et impressions de mon premier voyage lointain. C’était dans la Chine de 1977, un voyage soit disant semi- professionnel (une promotion de mon école), sur le thème de la santé publique. Bien sûr nous avions tout fait pour sortir du cadre et voler quelques moments d’autonomie à nos guides très attentifs, qui s’arrachaient les cheveux chaque fois que notre groupe se scindait pour s’octrôter un peu de liberté. Depuis lors je suis retourné plusieurs fois en RPC, en couple ou en famille et sac au dos.Mais sans doute est-ce terminé : il y a un KFC à Kashgar, des bordels à soldats au pied du Potala et au Tibet les moines qui t’ accostent en mauvais anglais sont en général des flics en civil. Il me reste donc des images fortes qui semblent remonter à bien loin: A l’arrivée au vieil aéroport, le tapis roulant qui décharge les bagages du 707 d’Air France (vol Orly/ Athènes/Karachi/ Bombay/ Pékin) est actionné par deux chinois qui pédalent sous la bande de transport. Sur Tien An Men, en 77, pas une voiture, quelques camions militaires ou bus ferraillants. Mais arrêtés à chaque feu, sur 20 ou 30 colonnes, des milliers de cyclistes en uniforme Mao, qui s´élancent sans un bruit au coup de sifflet du milicien du carrefour. On n’entend que le chuintement des pneus et les hauts parleurs de la propagande officielle. Sur la route au sud ouest de la capitale, le bus croise un amoncellement, sur des kilomètres, de tuyaux en béton d’un mètre et demi de diamètre, entassés sur 3 ou 4 épaisseurs. Chacun abrite une famille. Ce sont les rescapés d’ un tremblement de terre, dont on ne saura jamais combien de millions de morts il aura causé. Dans l’hotel modeste d’une petite ville où nous avons visité un centre de santé (les fameux médecins aux pieds nus) quelques uns d’entre nous défient un soir nos guides au ping pong. D’autres en profitent pour faire le mur. Nous nous enfonçons dans les rues sombres, la nuit est là, pour voir autre chose que ce que prévoit le programme. Au bout d’un 1/4 d’heure, nous ne voyons toujours rien, mais nous sentons comme une rumeur. Arrivés sur une place où une ampoule éclaire vaguement un panneau qui maudit la « bande des quatre », nous constatons que notre groupe d’une dizaine est suivi en silence par 200 ou 300 chinois qui bouchent toute la rue. Ils n’ont jamais vu d’occidentaux, et surtout, parmi nous, il y a une blonde. Dans une usine de mécanique qui fabrique du matériel médical, un immense hall abrite en son centre, sur une estrade, un échographe de marque israélienne complètement désossé. Tout autour, une nuée d'ingénieurs, dessinateurs, électriciens s’attache à reproduire à la main chaque élément mécanique, chaque circuit électrique, chaque câblage. Un peu plus loin, une autre équipe copie au mm une cabine d’ascenseur. Il y a même, déjà, sur l’un des panneaux en inox, la reproduction de la plaque « Roux- Combaluzier », l’industriel français. Le voyage s’achève à la frontière de Hong Kong. Nos guides poussent un ouf de soulagement, ce soir ils enverront leur dernier rapport sur le groupe et sur leur collègue. De l’autre côté de la barrière, le bus qui nous attend étincelle, ses vitres fumées laissent espérer une climatisation, et il y a un distributeur de Coca....
PS qui n’a rien à voir: sur la photo de votre avatar, ravi de constater que le panneau du Taglang La a été repeint. J’ai le même cliché pris il y a 15 ou16 ans.Bonnes virées à vous. | | | À: Glamys24 · 26 avril 2020 à 10:53 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 85 de 178 · Page 5 de 9 · 1 112 affichages · Partager Très beau témoignage. On ne mesurait pas vraiment chez nous ce qui se passait là-bas. | | | À: Glamys24 · 26 avril 2020 à 11:19 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 86 de 178 · Page 5 de 9 · 1 103 affichages · Partager Oui beau témoignage. La chine, il y a plus de 43 ans. ces souvenirs de voyage sont précieux. merci de les avoirs partagés. Mais je sens comme un brin de nostalgie. A moins que ce ne soit que la déception de ce que ce pays est devenu? | | | À: Tsukuru · 26 avril 2020 à 11:59 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 87 de 178 · Page 5 de 9 · 1 086 affichages · Partager Vaste débat. Nostalgie contre progrès. Echange vie de maintenant contre vie d'il y a 40 ans. C'est valable pour tous les peuples. Une chose est sûre, c'est que jamais je n'aurais pu vivre dans ce pays à cette époque. | | | À: Sarana · 26 avril 2020 à 12:26 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 88 de 178 · Page 5 de 9 · 1 076 affichages · Partager au vu de ce que vous décrivez, moi non plus. Et je suis presque sure que les chinois ne regrettent pas l'époque moyenâgeuse de vos souvenirs. enfin, il me semble  mais oui, vaste débat. la fin justifie t-elle les moyens? Éradiquer la pauvreté d'un milliard de personne était un difficile challenge. vaste débat que je n'aborderai pas.
je reste concentrée sur tous vos merveilleux souvenirs | | | À: Sarana · 26 avril 2020 à 14:38 · Modifié le 10 mai 2020 à 12:21 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 89 de 178 · Page 5 de 9 · 1 050 affichages · Partager CHAPITRE 12 : un train sous haute surveillance
On se rapproche de Hong Kong, un vent léger de libéralisme (ou de liberté) souffle ici qui ne semble pas encore avoir atteint le nord. Plus un sentiment qu'une réalité tangible. Sans doute le comportement des gens vis à vis de nous : moins curieux, moins oppressants. Ici, les étrangers, on commence à s'y faire. Mais l'ambiance populaire est toujours là, bien vivante. Depuis que monsieur Deng a permis la privatisation de lopins de terre, les marchés regorgent de victuailles. A Canton, on trouve de tout, et on bouffe de tout. Les étals affichent des bestioles qu'on ne s'imagine pas vraiment manger, nous, les occidentaux : du chien, bien sûr, du singe, du serpent et autres espèces exotiques... Un peu effrayant.
Canton : la rivière des perles. Photo : Jacqueline et Jean-Pierre
Impressions de CantonCanton, c'est aussi ce peuple de marginaux, simplement vêtus d'une tunique blanche, aux cheveux et à la barbe noirs et longs. On en voit de ci de là, au hasard des rues, ils semblent en errance. Ils me font vraiment penser aux lacandons du Mexique, que nous avions croisés l'année dernière à la frontière avec le Guatemala. Ceux-là sont manifestement exclus du système, passé et à venir. Je pense que c'étaient des tankas, le peuple des bateaux, mais de la plus basse caste qui soit. La mendicité est interdite en Chine, mais ceux-là n'hésitent pas à tendre la main. [ A confirmer cependant, mes recherches images sur internet ne donnent rien sur ce type vestimentaire.]
Canton, c'est aussi le fameux restaurant aux serpents, que nous n'arriverons jamais à trouver. On nous l'avait pointé sur notre carte, mais la carte était fausse. Le restaurant existait, c'est sûr, mais pas la rue. On aurait peut-être dû insister un peu... C'était d'usage courant, paraît-il, dans les pays socialistes, de fausser les cartes. Pour tromper l'ennemi, à la demande des militaires.
Canton, c'est aussi cette grande esplanade, le soir. Un coin de la place est occupé par une scène. Devant, un alignement de quelques centaines de chaises. On y joue une pièce traditionnelle, en costumes. Le théâtre traditionnel, c'est..., comment dire..., encore pire que les opéras révolutionnaires. C'est une gestuelle sans doute codée, avec de drôles de chants, accompagnés de coups de gong et de cymbales. Il ne s'y passe rien, et le public, clairsemé, s'y ennuie à mourir. Il n'y a guère que les grands parents pour supporter ça. Les autres s'en servent de fond sonore. Au moins, on peut poser son cul sur une chaise.
Alors on en profite pour bavarder, se lever, aller chercher un bol de nouilles, revenir, fumer... On arrive n'importe quand, et on repart n'importe quand. Si on revient, on n'a rien perdu de l'intrigue. Au moins c'est gratuit, mais nous n'aurons, encore moins que les chinois, pas le courage d'y rester longtemps. La fête foraine, juste à côté, attire bien plus de monde.
Petit tour à la campagneJusqu'ici, nous étions restés « confinés » dans les grandes villes, et n'avions de la campagne que ce défilé d'images furtives au travers des vitres des bus, du train, depuis le bateau ou le hublot de l'avion (!).
Comme nous sommes en avance sur notre planning de retour, pourquoi ne pas passer une journée à la campagne. Mais où ? Un voyageur à l'hôtel nous conseille Foshan, une petite ville «à taille humaine» qui possède un joli parc. Un bus « rural » nous y conduit. La campagne verdoyante éparpille ses paysans affairés, seuls ou en petits groupes, dans des parcelles de terre qui, manifestement, n'appartiennent pas à la collectivité. La preuve : ils y mettent de l'entrain ! C'est plus motivant de produire et de vendre pour son propre profit, et ça profite à tous. Monsieur Deng veut la peau des communes populaires.
Le parc combine promenade détente et vie rurale. Petits lacs, montagnes, forêt, champs cultivés, buffles... le moment le plus bucolique de notre séjour. Rien n'est faux, subventionné. Ca reste authentique et on y respire l'harmonie. Une grande bouffée d'oxygène après tout ce que nous avons connu. Au retour, dans le bus, j'y ai goûté de près à cette vie rurale. Un paysan, serré contre moi, a passé le voyage à s'endormir, sa cage à poules sur les genoux, et la tête sur mon épaule. Grosse rigolade dans le bus.
Un train sous haute surveillanceBillet retour pour Hong Kong. Notre train est à quai. Rien à voir avec les autres. Celui-là est tout neuf, propre, luxueux même comparé à nos trains régionaux ou de banlieue. Des militaires montent la garde le long de l'alignement de wagons. Ce train là, il est entièrement sous contrôle. Des flics tendent une perche munie d'un miroir et inspectent minutieusement le dessous de chaque bogie. On ne sort pas comme ça de la Chine pop.
Notre wagon nous transporte déjà chez nous. Un groupe de retraités américains y est installé, groupe organisé et encadré, bien sûr. Certains sont limite hors d'âge. Le tour opérateur leur a épargné les hôtels miteux, les bus surpeuplés, la bouffe douteuse... bref tout ce que nous avons côtoyé et qui te marque à vie. Eux n'auraient pas survécu. Leur guide, Steve, genre californien bien dans ses baskets, pavane au milieu de tout ça.
Ca aussi, je m'en souviens comme si c'était avant-hier ; cette petite mamie, juste à côté de nous. Du fond de son siège, elle attrape le beau Steve par la manche. Lui se penche vers elle et je l'entends encore lui demander : - Steve, where are we ?Voilà, le bout du monde pour les uns. Pour d'autres...
Shenzhen, la future usine du monde. Le train y fait un arrêt prolongé, c'est le poste frontière. Contrôles et recontrôles. Shenzhen, c'est juste deux ou trois immeubles encore en construction, dans un paysage de friches. La Chine nouvelle pointe le bout de son nez. On est encore bien loin d'imaginer ce que ça va devenir quelques décennies plus tard.
Prochain et dernier épisode : retour à la civilisation | | | À: Sarana · 27 avril 2020 à 11:09 · Modifié le 29 avr. 2020 à 18:30 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 90 de 178 · Page 5 de 9 · 973 affichages · Partager CHAPITRE 13 : retour à la civilisation
Ami lecteur, tu risques d'être, autant que moi, un peu déçu par ce dernier épisode. Trois semaines auparavant, l'arrivée à Hong Kong depuis l'Europe, c'était le passage dans un autre monde. Mais que dire alors du contraste, cette fois-ci dans l'autre sens. C'est un gouffre qui sépare notre Chine pop de Hong Kong, alors qu'entre la France et Hong Kong, c'est devenu une fissure. A côté de ce que nous avons vu et vécu, on s'y sent comme chez nous. Comment imaginer l'intégration de cette colonie dans 14 années. Ca semble irréel, et pourtant...
Je vous épargnerai donc les visites archiconnues. Les souvenirs de ce court séjour dans feu la colonie britannique sont, pour l'essentiel, banalement touristiques. Nous sommes redevenus des anonymes et notre voyage aussi.
L'aventure à Hong Hong, en vrac, ça donne à peu près ça : Une fièvre carabinée en pleine nuit, après avoir avalé un plat indonésien typique et pimenté à mort. Plus aucun signe au petit matin. Une chambre d'hôtel tout en haut d'un immeuble qui part en vrille pour les normes de sécurité. Je me dis que si un incendie se déclare là-dedans, nous en haut, on est cuit. La fièvre du jeu à Macao : dix dollars chacun, perdus en deux minutes. Les jonques d'Aberdeen, sur les traces de James Bond. Un vendeur d'appareils photos. Juste par curiosité, je voulais voir les prix d'un zoom. Je n'avais pas les moyens de me le payer. Je suis parti sans rien acheter, même après que le prix ait dégringolé en chute libre. Si le mec avait été japonais, ils se serait fait hara-kiri. Et puis les immeubles déjà audacieux, la circulation automobile, les cadres encravatés et pressés, l'anonymat...
Adieu la Chine, bonjour le monde moderne.
Mes autres carnets
| | | À: Sarana · 27 avril 2020 à 11:24 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 92 de 178 · Page 5 de 9 · 966 affichages · Partager Merci Dominique pour cet excellent carnet avec un retour vers le passé haut en couleurs | | | À: Sarana · 27 avril 2020 à 11:30 · Modifié le 27 avr. 2020 à 20:42 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 93 de 178 · Page 5 de 9 · 963 affichages · Partager Le centre : Chongqing, le Yangtse, Chendu, le Sichuan.
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En mémoire récente, mes autres chroniques. Je les ai ajoutées en fin de chapitre 13. Accessibles aussi depuis mon profil | | | À: Sarana · 27 avril 2020 à 11:58 · Modifié le 27 avr. 2020 à 20:44 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 97 de 178 · Page 5 de 9 · 941 affichages · Partager Le sud : Kunming, le Yunan
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