Bonjour à tous,
Ce post ressemble vraiment à un congrès d’anciens combattants de la
Chine à la fin du XX° siècle.Bon, comme nous sommes confinés, qu’il pleut, autant y aller de mes propres souvenirs.
J’ai raconté plus haut quelques histoires de mon premier voyage d’ »études » en 1977. Je suis retourné en
Chine avec mon conjoint, en 94, sur un itinéraire
Beijing/
Lanzhou en avion, puis par voie terrestre vers les oasis (Turfan,
Dunhuang), la route nord vers l’ouest jusqu’à
Kashgar, avec sortie par la Kunjerab vers le Pakistan. En 97, avec trois ados en sus, depuis HK nous montons vers
Xining et les monastères, puis vers
Golmud et
Lhassa par la route, sortie vers
KTM et le
Népal. En 2011 enfin, on fête la retraite en partant au
Kailash, après un trek d’acclimatation au
Népal. Si vous le voulez bien, qques anecdotes sur ces voyages.
1977. Notre groupe de futurs directeurs d’hopital visite le bloc opératoire d’un hôpital universitaire de ville moyenne. Nous croyant du métier, on nous a équipés d’une vaste blouse et d’une paire de tongs, puis conduits directement dans une première salle. Le sol est de béton brut, la fenêtre ouverte protégée par une moustiquaire fatiguée. On ne distingue pas la table recouverte de draps, mais on remarque tout de suite le patient, qui discute (oui, discute) avec le chirurgien. L'interprète nous narre sa malheureuse histoire: il s’agit d’un ouvrier du bâtiment, qui a reçu une brique sur la tête. Il a été conduit, depuis 120 km, par locomotive spéciale, jusqu’à ce bloc opératoire où on lui remplace 15 cm2 de crâne éclaté par un morceau de plastique. L’intervention est faite sous acupuncture, ce qui explique que le patient papote avec son entourage. En fin d’opération, il est assis au bord de la table pendant qu’on termine son pansement, puis il regagne à pieds sa chambre, à peine soutenu par une infirmière. Ceux de mes collègues qui se sont enfui crieront à la mise en scène. Mais j’ai vu, de mes yeux, à moins d’un mètre, 15 cm2 de cerveau rose à nu.
1994. Nous cherchons à quitter Turfan pour continuer vers le nord-ouest. Nous savons qu’il n’y a pas de gare en ville, mais qu’il existe un bureau de vente de billets.il faut vingt minutes pour attirer l’attention de l’employée qui somnole dans un réduit, en allant secouer violemment la porte arrière du bâtiment.Ensuite, le mei yo festival débute. Ça commence par un mei yo gare. Nous savons que la gare est à 30 ou 40 km, mais nous montrons sur le LP l’adresse, en chinois, du bureau où nous nous trouvons. Va pour une gare. C’est ensuite mei yo train, avant même que nous ayons indiqué une destination. Puis il y aura mei yo place dans le train, et au final mei yo caisse pour ranger nos yuan.
Il faudra plus d’une heure pour obtenir nos tickets, alors que nous sommes les seuls clients. Et en juillet à Turfan on frôle les 50 ° c.
Dans le minibus qui nous mène à la fameuse gare, le chauffeur s’arrête en plein désert et annonce que le tarif vient d’augmenter. Les voyageurs chinois semblent résignés ou espèrent que les étrangers paieront pour tous. Mais les deux touristes français, rejoints par trois touristes chinois de
Taïwan, fomentent une quasi-révolte, menacent de défenestrer le conducteur, qui repartira en ayant perdu la face.
1997. Nous avons résolu d’arriver à
Lhassa par la route. Arriver en avion, ce serait comme faire le Mont Blanc en hélicoptère, le Galibier en vélo électrique ou un trek dans le Ténéré en Range Rover climatisé. Mais ça n’a pas été simple. Il a fallu arriver à
Golmud, d’où partent vers
Lhassa deux bus par semaine, un neuf paraît-il, et un pas neuf.
De la ville où nous étions, nous avons chargé notre hôtelier de se procurer les tickets de bus vers
Golmud, dont la vente est interdite aux étrangers. Au (très) petit matin, il nous a conduits en voiture à quelques km et nous a laissés à un carrefour improbable en assurant que le bus s’arrêterait pour nous. Ce qui fut le cas et n’étonna personne. Même scénario à
Golmud où nous fûmes priés de descendre avant le terminus, dans une banlieue industrielle sordide et dans le noir complet.
À
Golmud, je parviens à acheter dans un hôtel un forfait voyage/séjour/visite pour
Lhassa, avec, coup de chance, le bus neuf.De fait, il ne semble pas avoir plus de 20 ans.Les sièges sont étroits, les dossiers verticaux. Le radiateur d’eau à été retiré et remplacé par un tuyau qui court sur toute la longueur du couloir. Il sera bien utile pour chauffer le bus durant la nuit, mais celui qui y pose le pied se brûle instantanément. Et c’est parti pour 30 heures de route sur le haut plateau tibétain, à une altitude de 4000 à 5300m. Les deux chauffeurs alternent au volant, changeant de position sans même arrêter le bus.Rapidement, la moitié du bus est malade, l’autre moitié continue à manger, fumer, cracher. Au milieu de la nuit et de nulle part, le bus quitte la piste et pénètre dans la cour d’un caravansérail qui ressemble à un fort de cavalerie US. Il doit faire moins 10°c et les flocons volent à l’horizontale. Pris d’un besoin pressant, je m’abstiens de chercher les toilettes locales et ressors de l’enceinte. L’entreprise achevée, je constate qu’on a bouclé le portail, et qu’il n’y a pas de sonnette.... C’est mon fils qui ne me voyant plus à l’intérieur, me cherchera depuis le mur d’enceinte et fera rouvrir Fort
Tibet.
Pendant ce temps, le patron a fabriqué des pâtes, les a mises à cuire et rendra malade l’autre moitié du bus. Le jour se lèvera sur un bus misérable empli d’agonisants, qui demandent des arrêts de plus en plus rapprochés. A l’un de ces arrêts, un coup d’œil circulaire me permet d’observer avec étonnement, à quelques pas du bus, des dizaines de pantalons qui se baissent et de robes qui se remontent.
L'arrivée à
Lhassa, 1500 m plus bas, remonte le moral et abaisse les tachycardies. A la grande joie de la guide officielle qui nous attend, tous les passagers renoncent à la visite incluse dans leur forfait et se dispersent.Ils avaient raison à
Golmud: on ne vend pas de billets de bus pour
Lhassa.
La suite et fin un autre jour, merci.
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