Le
Tibet en 2018 n'avait plus rien à voir avec ce que vous avez connu des décennies plus tôt. Les émeutes de 1987 puis 2008 sont passées par là.
En 2018, il fallait d'abord solliciter une agence avant de partir et faire partie d'un groupe (heureusement sans obligation de nationalité, comme cela a pu exister par le passé). Il était hautement recommandé de ne pas mentionner le
Tibet dans la demande de visa chinois pour ne pas risquer un refus.
Après quelques semaines à me promener dans le Yunnan et le Sichuan, j'avais pris le train à
Xining. Contrôle extrêmement strict du permis
Tibet : impossible de monter dans le train si vous ne l'avez pas. Je ne sais pas s'il y a encore des gens qui montent au
Tibet en bus, mais les contrôles routiers sont certainement très nombreux. La dernière entrée illégale au
Tibet dont j'ai connaissance date de 2008 : elle est d'Elodie Bernard, qui raconte son aventure dans "Le vol du paon mène à
Lhassa". Elle n'est pas allée plus loin que
Lhassa (mais elle a pu se balader autour quand même) et elle a fini par être découverte et renvoyée en
Chine en train.
A l'arrivée de mon train à
Lhassa, tous les étrangers avaient été regroupés dans un coin de la gare pour un énième contrôle des passeports et des permis, puis les agences qui nous géraient étaient venues nous récupérer pour nous répartir dans les hôtels. Etant arrivé en fin de matinée, j'avais eu l'après-midi pour me promener seul dans
Lhassa. J'y ai découvert une ville extrêmement moderne et très majoritairement chinoise. Il y a même un Burger King qui donne directement sur le Jokhang... Quant au Barkhor, il était davantage fréquenté par des touristes chinois que par des pèlerins tibétains. Toutes les visites étaient comme ça (Jokhang, Sera, Drepung).
Notre guide était tibétain, mais il était évidemment impossible d'échanger avec lui sur des sujets sensibles, et puis à quoi bon le mettre en danger ? Il sait mieux que moi ce qu'il se passe dans son pays, et il a une famille à nourrir.
Après quelques jours à
Lhassa, on est partis pour un circuit en minibus (Gyatsé,
Shigatsé, camp de base de l'
Everest). On passait la journée dans le minibus et on en sortait de temps en temps pour apprécier les endroits les plus renommés du
Tibet. A chaque étape, on retrouvait les mêmes personnes qui prenaient les mêmes photos... Le soir on était libres, mais après 10 à 12h de minibus on était complètement assommés. Au milieu de tout ça, nos seuls contacts avec des Tibétains étaient les vendeurs de babioles. Je me souviens juste être retourné devant le Jokhang la veille de mon départ, tard le soir. J'y ai trouvé un peu de calme au milieu des gens qui priaient. Une personne (un tibétain monté du Qinghai) avait même osé m'adresser quelques mots.
Par comparaison, il restait des endroits hors
Tibet où la tension était moins palpable et où les Tibétains n'avaient pas peur de me sourire ou de me saluer. J'ai souvenir d'un moine, dans l'enceinte d'un monastère, qui m'avait interpellé pour me glisser à l'oreille : "Dalaï-lama good good

".
A partir de
Shangri-la, que beaucoup voient comme un terminus, il ne faut pas hésiter à poursuivre vers le nord au Sichuan (Xiangcheng, Litang, Tagong, Ganzi, Yarchen gar). Mais c'était il y a 2 ans, qu'en reste-t-il maintenant ? Les quartiers tibétains étaient en voie de démolition et les chinois sans cesse plus nombreux. J'ai même entendu dire que les mantras gravés dans la pierre dans les collines au-dessus de Tagong avaient été démolis

Ils étaient mon premier contact avec le monde tibétain lors d'un voyage précédent, entre ça et les drapeaux de prière qui volaient au vent j'avais été ébahi.
Malgré ce tableau un peu triste, je n'ai pas renoncé à retourner au
Tibet. Mais ça serait à partir du
Népal pour rejoindre le Mont Kaïlash, histoire de ne pas avoir à traverser trop de villes sinisées. Je précise que je n'ai rien contre les Chinois, j'y suis allé plusieurs fois et je m'y suis toujours plu. C'est juste leur mainmise sur le
Tibet que je ne supporte pas.
Bref, désolé pour la digression, mais le
Tibet en 2018 c'était à peu près ça.