| A la rencontre des Rickshaw Wallahs Jl73 · 28 septembre 2008 à 13:08 18 messages · 6 participants · 4 566 affichages | | | | 28 septembre 2008 à 13:08 A la rencontre des Rickshaw Wallahs Message 1 de 18 · 4 483 affichages · Partager Dans quelques jours, départ pour Dhaka pour un voyage de 6 à 7 mois, à la rencontre des Rickshaw Wallahs au Bangladesh et en Inde...
Tchao bye bye le Temps. Alors comm’ça tu vois, ds huit jours,.tes heures ne seront plus des heures, tes minutes ne seront plus des minutes, tes secondes ne seront plus des secondes. Explosé tout ça. Tu n’t’y retrouveras plus. J’embarque un réveil, histoire de t’rassurer, ou plutôt, histoire de te narguer. Parce que je n’sais trop au fond à quoi il t’servira, si ce n’est qu’à te rendre compte que tu n’auras plus d’emprise sur mon rythme de vie. Je te ferai "élastic".De tes secondes, j’en ferai des heures quand il sera le Temps de regarder la Pluie, de regarder la Lune, le Temps de rencontrer des Hommes des Femmes, des Enfants aussi, quand il sera le temps pour des parfums et des couleurs sucrés, pour des lumières étincelantes. Il y aura des couchés de soleil, des soirées autour du feu, des silences. De tes heures, j’en ferai des secondes quand il sera le Temps de la fatigue, de la fatigue physique, de la fatigue mentale aussi, quand il sera le Temps de voir les scènes noires, quand il sera le temps de se battre contre les bestioles, que ce soit moustique, virus ou parasite !.
Et ma mémoire « on failing disk » remettra à l’inconscient ce dont elle ne veut pas, ou ne peut pas se souvenir. Et tu te dissoudras alors.Tout ça ne sera pas de ton registre, de tes repères à toi le Temps. T’y mettras pas ta griffe. C’est comme ça dit-on le Voyage. Je ne te laisserai pas de prise.Alors, Tchao bye bye le Temps, Tchao bye bye...
Budhbar, le rickshaw avec lequel j'ai pu m'entrainer pour préparer ce périple, avait un peu le blues le jour de sa dernière sortie : « Tu leur diras comme elle était belle cette journée. Tu leur diras comme le soleil est bon ici. Comme cet apm. Rien à voir avec cette chaleur parfois humide et étouffante que je connaissais là bas...et que d’ici peu tu vas rencontrer.... ! Accha.... !Tu t’y feras. T’inquiètes pas. Parce que tu devras t’y faire. Ils s’y font bien les rickshaw wallahs de Dhaka ou Delhi. Tu n’avais qu’un 26-28° au mieux cet apm. Ils signeraient pour ça, tu sais...
Tu leur diras comme je prends plaisir à découvrir cette région. Comme il était chouette le Mont Blanc cet apm. Il resplendissait. Lumineux. Il semblait si proche.. A portée de rickshaw. Peut-être qu’un jour on ira le voir de plus près n’est ce pas. Allez dis moi..
Tu leur diras aussi comme je prends plaisir d’être l’attention de tous ces regards. Comme cet apm. C’est bien loin de ces coups de bâtons reçus parfois dans les rues de Dhaka pour avoir obstrué je n’sais quel passage. Rien de tout ça ici. Non, des gens attentionnés, interpellé par l’exotisme, par l’ailleurs, par « l’autre » peut-être. Et je t’écoute leur raconter ton projet. C’est magique..Ils te suivront disent-ils. Combien tu vas en emmener dis moi sur ta banquette.Et toi, tu me laisses là...
T’aurais pu prendre des photos cet apm de cette sortie en «condition voyage ». Vu que t’as passé « ta journée » à finaliser différents angles de vues. T’as rien pris. Tu leur montreras nos autres sorties alors n’est-ce pas ?. Tu sais, à propos, pour les images, ça « sautera » sans doute davantage las bas. Les routes, las bas, c’est nids de poules sur nid de poules. Ou bien alors, c’est piste.Enfin, tu verras....
T’as aussi un peu « galéré » aujourd’hui avec le vent n’est ce pas. Ca « soufflait ». Ok la capote était en position ouverture maxi. Merci, du reste, je suis si ravissant ainsi me dit-on.Prise de vent maxi. Comme ça, ça t’entraîne. Après tout, t’as plus qu’un mois pour ça. A peine plus. Profites en donc de « galérer » ainsi... »
Je poserai ici de temps en temps mes billets d'humeur, histoire de partager, histoire peut être d'en "embarquer" quelques uns ou quelques une sur la banquette de mon rickshaw...
Jlouis | | | À: Jl73 · 28 septembre 2008 à 13:13 Re: A la rencontre des Rickshaw Wallahs Message 2 de 18 · 4 479 affichages · Partager Tu as ta première fan, attentive au moindre mot que tu poseras par ici, Ami Rickshaw-Wallah ! | | | À: Jl73 · 28 septembre 2008 à 13:25 Re: A la rencontre des Rickshaw Wallahs Message 3 de 18 · 4 473 affichages · Partager Bon voyage au pays de Gandhi... j'y suis déjà aller et ce fut un voyage extraordinaire.........je suivrai ton périple. Namasté.............Yogini | | | À: Jl73 · 30 septembre 2008 à 11:46 Re: A la rencontre des Rickshaw Wallahs Message 4 de 18 · 4 326 affichages · Partager + 1 !!
Fasses que tu ne nous laisses pas sans nouvelles !! Je te suivrai pas à pas, enfin, roue à roue..... 
Bon voyage | | | À: Jl73 · 2 octobre 2008 à 21:07 Re: A la rencontre des Rickshaw Wallahs Message 5 de 18 · 4 201 affichages · Partager cher JL,
j'ai suivi ta préparation grâce à ton blog, je serai aussi attentive dans ce carnet!
bon voyage | | | À: Jl73 · 6 octobre 2008 à 1:04 Re: A la rencontre des Rickshaw Wallahs Message 6 de 18 · 4 128 affichages · Partager Shub yatra Jean-Louis !  Que ton projet soit une belle réussite ! | | | À: Jl73 · 29 octobre 2008 à 12:36 Re: A la rencontre des Rickshaw Wallahs Message 7 de 18 · 3 960 affichages · Partager A Dhaka
Tu m’as fait un croche patte, Dhaka, ou alors je me suis laissé séduire par toi. Je n’en sais rien au juste. Entre une histoire de « Je t’aime » et de « Je ne t’aime pas ». Déjà. Tu m’as pourtant griffé ces premières heures, et puis voilà, je suis toujours entre tes murs. Je ne comprends pas. Tu me « fatigues » pourtant de ta circulation apocalyptique, de tes bruits incessants, de ton animation envahissante. Ce n’est rien de le dire. « Fatigué » de ne rien faire pourtant, « fatigué » de voir, de ne pas regarder, « fatigué » d’entendre, de ne pas écouter. Dis moi, t’en a « assommé » et t’en assommeras combien encore des touristes comme moi. Pas même tu me laisses la place pour me frayer un chemin. A pied. Bouchon de rickshaw. Immobile. Mettre un pied devant l’autre. J’aimerai bien. Je ne peux pas. Il faut enjamber ci, enjamber ça, regarder devant, derrière. Un manque d’attention, et je suis bon pour me faire renverser, ou pour bousculer un de ces petits marchands de rues. Il y a la celui qui nettoie les oreilles, ou celui qui fait la couture. Il y a là celui qui vend son thé, ou qui vend son pan. Il y a là celui qui vend quelques cigarettes, ou trois ou quatre poissons qui agonisent en tournant en rond au fond d’une bassine d’eau noirâtre. Il y a là celui qui vend ses sept ou huit oranges, celle qui...Non. Il n’ y a pas « Celle ». Il n’ y a jamais « Celle » dans ces petits boulots. Ou très rarement. Reflet d’une société. Peut être. Je n’en sais rien. Alors, c’est vrai que tu en abrites du monde dans tes rues. Que ce soit le jour, que ce soit la nuit. J’ai vu ces gens la nuit prendre place sur des nattes à même le sol. Old Dhaka. Plein centre. Une jeune femme allongée au sol sur un tapis, tient dans ses bras son enfant. Autour d’eux quelques ustensiles. Elle dort. Ou semble dormir. Tromper le temps. Peut être. Autour d’eux, l’activité bat son plein. Comme si de rien n’était. Ce n’est rien. Sur d’autres lieux, j’ai vu des familles dans des conditions aussi précaires. C’est à quelques centaines de mètres des centres commerciaux. Il y a là une bâche bleue attachée à quatre bouts de bois. Un mètre cinquante environ de haut. A coté, un foyer autour duquel bavardent femmes et enfants. Les hommes ne sont pas là, ou plus là. Je ne sais pas. Tout semble « du plus naturel ». L’activité de la rue est « fluide » en dépit de la scène. Signe du télescopage des différentes classes d’une société. Comme il en existe parfois chez nous aussi. Je ne sais rien des nuits de ces gens là, de leurs journées non plus. Je ne sais rien de leur vie. ... Tu m’as logé derrière l’embarcadère Dhaka, vers Sadar Ghat, à quelques mètres de Buriganga River, histoire que je vive davantage encore à ton rythme. L’animation y est totale c’est certain. C’est le lieu des entrepôts d’épices, de fruits et de légumes. J’ai ainsi goûté à tes parfums. De ces parfums indéfinissables au fond, où les odeurs s’entremêlent. Va donc faire le tri là dedans. J’en suis bien incapable. L’ensemble est excellent. Douceur olfactive, en dépit de quelques tas d’ordures qui ont oublié de se faire discret.
J’ai arrêté le temps et les activités de bon nombre de tes habitants en flânant dans tes rues. Combien d’attention tes ôtes me portent ! Je ne peux faire guère de pas sans que je sois interpellé par l’un d’entre eux. « Witch country ? » « May I help you ? ». Combien j’en ai entendu ces quelques jours. Je suis abordé sitôt que je semble chercher mon chemin ou autre chose. Ils veulent savoir ci, veulent savoir ça. Curiosité. Gentillesse. Je vous retrouve là. Et si bien même nos connaissances respectives en anglais et en bangla sont limitées, il nous reste les gestes et les sourires pour communiquer.
Je n’avais jusque là jamais trouvé autant de gens attentionnés. J’ai découvert ça chez toi ici. Et en dépit de ton rythme de vie qui tient du délire, je garderai de toi un excellent souvenir.
Jean Louis | | | À: Jl73 · 29 octobre 2008 à 12:41 Re: A la rencontre des Rickshaw Wallahs Message 8 de 18 · 3 959 affichages · Partager Premières rencontres
Jeudi 16 octobre. Dhaka. Banlieue nord, du coté de l’aéroport. Quartier de Kolatori. C’est fin d’après midi. Grégoire nous quitte. Il voulait voir mon rickshaw. Il m’a accompagné cet après midi chez Mustaffa. Il retourne maintenant sur Dhaka rejoindre Marie. Mustaffa me conduit alors chez un de ses amis déposer mes bagages. Nous bavardons avec lui, buvons le thé. C’est tradition ici. Nous partons ensuite faire des emplettes. Mustaffa me conduit à travers le marché du quartier. Les échoppes viennent d’ouvrir. Petites boutiques de rues. Il y a là le vendeur de légumes qui fait et refait ses étalages. Il les « soigne », en prend soin. Ce sont des présentations « pyramidales » d’oranges ou de citrons. Il y a là les vendeurs de noix de coco, de bananes. A coté le coiffeur-barbier. Un homme se fait rasé. Dans un filet, dans un grand panier d’osier, sept à huit poules blanches « attendent sagement que leur tour arrive ». Mustaffa me demande si j’aime le poulet. « Yes, I like »... Quelques mots échangés avec le vendeur, et je vois celui-ci plonger sa main dans le filet. Battement d’ailes. Instinct de survie. En vain. Il l’a attrapée, s’en retourne de quelques pas, et le couteau à la main, tranche le coup de la poule. Ce sera donc poule ce soir, au repas... Mustaffa m’emmène voir le marché des épices. Je n’y connais rien. Dommage. Elles sont innombrables, dans les couleurs orangées ou brunâtres. Les senteurs sont exquises. Après quelques thés offerts par les différents commerçants, Mustaffa m’invite à acheter lungi et sandales. C’est plus pratique pour conduire le rickshaw me dit-il. J’achète deux lungi, l’un bordeau, l’autre bleu. Il s’agit d’un drap de tissus qu’on s’enroule autour de la taille et qu’on laisse tomber le long de ses jambes. Ce sont surtout les rickshaw wallah qui les portent. J’achète aussi sandales en plastique. Il fait nuit maintenant. Nous rentrons. Je change mon pantalon pour mon « lungi ». Pas évident à faire tenir... ... Nous pénétrons dans la maison du cuisiner de la Compagnie de rickshaw. C’est une cabane de tôle ondulé et de natte de bois. Nous prenons place sur le sommier. Face à moi, une tv et un vieux poste radio reposent sur une commode. Des malles, des sacs, des ustensiles de cuisine garnissent la pièce de façon anarchique. Une coupure d’électricité nous plonge dans le noir pendant plusieurs minutes. Les rickshaw wallahs présents sortent leurs portables pour profiter de « l’éclairage » de ceux-ci. Une femme va chercher trois bougies et les allume. C’est plus « efficace » comme éclairage. Nous attendons le retour de l’électricité pour déjeuner. Ce sera donc « chicken and rice » ce soir. Mustaffa est allé me chercher un coca et une nouvelle bouteille d’eau. Je viens de finir la mienne. Je suis l’invité ce soir. Je suis aux petits soins. Nous passerons la soirée à « bavarder », à écouter la tv aussi, une tv que les rickshaw wallahs présents apprécient même s’ils n’en comprennent pas les paroles. La chaîne est indienne. Bollywood s’invite chez les rickshaw wallahs... ... Nous avons terminé le repas. Je suis invité à aller me coucher dans le cabanon à l’entrée de la cour, sous le dortoir (1) des rickshaw wallahs. Il donne sur la rue. Un cabanon de tôle ondulé, de deux mètres par deux mètres. Il ne faut pas être grand pour entrer. Ca tombe bien. Je peux rentrer sans baisser la tête. Dans ce cabanon, un plateau de bois m’attend. Une couverture y est étendue, deux oreillers posés. Une moustiquaire a été installée. Mustaffa m’invite à entrer sous celle ci, puis la borde aux quatre coins du lit. Il prend soin de moi. Un ventilateur et une lampe au plafond me tiennent compagnie ce début de nuit. Après quelques minutes, je finis par comprendre que Mustaffa est allé se coucher ailleurs. Sans doute « au dessus de ma tête » avec les autres rickshaw wallahs. Je peux éteindre. Je m’endors « délicatement », entre la dureté du sommier et les aboiements des chiens. Il y a aussi les rickshaw wallahs qui poursuivent les discussions. ... Je me lève tard. Bon nombres de rickshaw wallahs ont déjà quitté la Compagnie. Mustaffa m’invite à faire ma toilette. « In side, is-it ok ? ». Il me montre un cabinet de toilette fermé. Je préfère faire ma toilette en « partie close ». Les autres rickshaw wallahs font leur toilette autour de la fontaine, dans un coin de la cour. Je ne suis encore pas très à l’aise avec mon « lungi » pour me laver « en public ». L’idée que je puisse le perdre reste en « suspend »... Mustaffa me fournit seau d’eau et savon. Le rasage, ça attendra plus tard. La toilette faite, Mustaffa m’invite à prendre le petit déjeuner. Nous partons au marché où nous étions hier soir. Nous entrons dans une de ces petites échoppes de rue. Les gens se poussent du banc et me font une place. Ce sera omelette avec nan, ces pains ronds cuits que l’on retrouve sur tout le sous-continent. C’est un enfant d’une dizaine d’année qui me sert. Je peux me dire que c’est vendredi, qu’il n’y a pas école... Il fait chaud quand nous ressortons du « restaurant ». Le ciel est bleu limpide. Nous regagnons la Compagnie...
Jean-Louis | | | À: Jl73 · 29 octobre 2008 à 12:45 Re: A la rencontre des Rickshaw Wallahs Message 9 de 18 · 3 957 affichages · Partager Bangla cinema
Il pleut cette fin d’après midi sur Mymensingh. Nous nous rendons au cinéma Mustaffa et moi. Cinéma de quartier. Il est 18h00. Il fait nuit déjà. Nous franchissons une grille métallique coulissante rouillée et entrons dans un vaste hall rectangulaire aux murs verts et au plafond rose. Suspendus au plafond, six ventilateurs. Ils ne fonctionnent pas. Entre ceux-ci, quatre carrés de bois vert de 1m par 1m environ agrémentent la décoration. Deux néons assurent l’éclairage. Des fils électriques pendent au plafond. Sans doute un troisième point lumineux. Défectueux celui-ci. Sur la droite en entrant, le marchand de « chips » et d’autres coupe-faim. Derrière lui, cinq ou six petites affiches de cinéma sont collées au mur. Certaines d’entre elles sont déchirées. De plus grandes affiches de 1m50 par 2m environ reposent au sol à proximité. Visage d’acteurs et d’actrices de cinéma Bangla me précise Mustaffa. Sur un banc face à l’entrée, adossé au mur, un policier assure les contrôles de sécurité. De façon nonchalante, il me demande d’ouvrir mes sacoches. Ce que je fais, ne trouve rien à redire. Nous achetons les meilleures places. 30 takas la place Nous serons au deuxième étage, au plus haut. C’est 20 takas la place au rez de chaussée. Nous attendons assis sur un banc que la séance précédente se termine. Autour de nous des adolescents essentiellement et quelques hommes plus âgés. Aucune femme, aucune famille, pas d’enfant. Deux, trois, puis rapidement cinq, dix personnes s’approchent de moi. Elles restent là, à me regarder, à un mètre de moi. Elles ont toutes de grands yeux marrons, un regard lumineux et pétillant. Elles bavardent entre elles. Sourires échangés, quelques mots en bangla à mon attention. ? !... J’essaie de mon coté quelques mots en anglais. Nouveaux sourires. « - Ami buzla na bangla ». Ils éclatent de rire. Ils s’adressent alors à Mustaffa pour en savoir plus sur le « sujet ». Nouveaux sourires, nouveaux regards échangés, nouveau « patois bangla »... Une sirène retentit. Nous sommes conviés à monter aux étages prendre place. Nous empruntons l’escalier. Au premier étage, un jeune homme nous demande nos billets, les déchire et nous les rend. D’un geste, il nous indique les escaliers à suivre. Nous arrivons au deuxième étage. Je n’y vois pas grand-chose. La luminosité est « tamisée » par un manque de points d’éclairage. Nous redescendons quelques marches nous asseoir au rang du balcon. Nous avons une vue plongeante sur la salle dont la capacité avoisine les huit cents places. Je me penche au balcon. Nous devons être près de deux cents personnes dans la salle. Guère plus. La décoration est des plus sommaires. Quelques « bariolages » ici et là sur les murs. Rien de plus. Nous prenons place sur nos bancs de bois repliable. Un jeune homme passe dans les rangs vendre « chips » et cacahuètes. La projection commence, les éclairages s’éteignent. C’est la page « Publicité ». De la pub pour de la porcelaine et de la vaisselle. Trois ou quatre spots pour quelques produits alimentaires suivent. Pas de pub pour des parfums, des voitures, des vêtements... Autres consommations sans doute ici. Sans même une bande annonce, la diffusion du film enchaîne. Je comprends rapidement qu’il s’agit d’un film de « bagarres ». Une bande de quelques hommes semble semer la terreur en s’en prenant à de petites gens. Sans doute sont-ils « les méchants ». Je comprends aussi qu’il y a le sympathique « fou » de service, un personnage atypique, qui semble être « le gentil ». Il combat ces méchants à l’occasion de rixes des plus grotesques et des plus cocasses. Les cascades des combats ne font pas dans la demi mesure. Un coup de poing, et le « gentil » fait « décoller » du sol son adversaire de 50 cms facilement, quand celui-ci ne va pas jusqu’à devoir faire un saut périlleux arrière. Les équipes de maquillage doivent sans doute travailler « au seau » pour assurer la quantité de « sang versé » à l’occasion de ces combats acharnés. De temps à autres, des scènes de danse s’intercalent entre deux combats. On est loin du cinéma « boolywood ». Les danses sont approximatives, les costumes et les décors des plus banals. Parfois, des scènes au « coté sexy » suscitent les réactions du public. Succès garantis. Les cadrages mettent en valeur les formes généreuses de certaines femmes. Certaines d’entre elles se laissent caresser leur ventre dévêtu par des hommes visiblement en recherche de plaisir. Le film est en noir et blanc. Le son est assourdissant et résonnant. De longs traits blancs verticaux parcourent l’écran de façon aléatoire. Les images sont parfois saccadées. A croire que les montages des bobines se font à la colle ou au scotch. Subitement, la pellicule se noircit. Du « fondu-enchainé », le projectionniste a du oublier l’ « enchainé ». Le public commence à siffler, à crier. L’image revient. Le projectionniste peut souffler. Une heure et demie s’est écoulée. C’est l’entracte. Mustaffa voulait partir il y a quelques minutes déjà. De mon coté, j’ai mon aperçu du cinéma bangla. Il vaut ce qu’il vaut. Nous décidons de rentrer à l’hôtel. Nous descendons les escaliers, gagnons le hall. Un homme nous entrouvre la grille métallique coulissante de l’entrée. Juste de quoi nous faufiler. Il pleut encore. Trois vendeurs se tiennent là près de l’entrée, à l’abri d’une dépassée de balcon. Ils attendent la sortie des spectateurs. Deux d’entre eux vendent des œufs cuits posés sur un tabouret de bois. A coté des oeufs, quelques petits sachets de papier journal, remplis de cacahuètes. Le troisième vend le traditionnel pan. Nous traversons la rue et courrons nous abriter dans une boutique depuis laquelle Mustaffa pourra interpeller plus facilement un rickshaw wallah. Nous attendons là quelques minutes. Les rickshaws sont peu nombreux à circuler. Il a plu toute la journée. Sans doute éreintés par les conditions atmosphériques, un grand nombre d’entre eux ont du arrêter leur job plus tôt. Avec un tel temps, ils sont davantage sollicités et enchaînent course sur course sans répit. Nous quittons l’échoppe et nous nous résignons à marcher sous la pluie. Nous veillons à nos pas pour éviter flaques, excréments, et autres infortunes. Mustaffa arrête un rickshaw wallah. Quelques mots échangés, puis nous montons. Il nous tend un long plastique pour nous abriter de la pluie. Avec le vent, nous serions mouillés en dépit de la capote dépliée. Nous tenons le plastique à la main, couvrons nos jambes avec. Le rickshaw wallah quant à lui s’abrite de la pluie avec un long sac plastique bleu. Il l’a resserré avec une corde au niveau de son cou et de sa taille. Vêtement de fortune. Il s’élance. Un, deux, trois coups de pédale. Le rickshaw est lancé...
Jean-Louis | | | À: Jl73 · 11 décembre 2008 à 14:21 Re: A la rencontre des Rickshaw Wallahs Message 10 de 18 · 3 553 affichages · Partager Je descends du rickshaw, le pousse. Un fossé à franchir. Une dernière grimpette de quelques mètres, sur l’herbe. Ce sont les derniers tours de roue. Un dernier coup de rein, et nous voici arrivés sur une plateforme de terre battue que borde une maison en torchis. Nous sommes arrivés chez Mustaffa. ... De ces instants hors du temps. Une plénitude. Quand je te disais, le Temps, que je te ferai « élastic »..... Sa famille vient à nous. Son père, sa femme accompagnée de ses enfants, ses amis aussi. Ils échangent quelques mots, me sourient, s’approchent rapidement de moi. Ils se tiennent là, debout, droit, à un mètre ou deux de moi. Il y a là des hommes, des femmes, des enfants. Les hommes portent tous le lungi. Les femmes sont « drapées » dans des sarees colorés. Ils me dévisagent, font des « dodelinements » de la tête. Des regards perçants, lumineux. Comme celui des enfants qui s’émerveillent pour un oui, pour un non. Ce sont peut-être de grands enfants au fond. A s’émerveiller d’une rencontre, de l’étranger, de l’incongru aussi peut-être. Je ne dis rien. Je savoure ces instants de rencontre, non pas d’être la « vedette » d’un jour. De ces instants qui nous surprennent nous même. ... Je suis invité à m’asseoir sur un banc de bois qu’un homme m’apporte. «- Seat down please, seat down » me lance Mustaffa. Je m’assois donc, regarde autour de moi. Sur ma gauche et face à moi, une maison de torchis au toit de métal. Derrière moi, la rizière que nous venons de longer sur quelques mètres. La terre est humide, les plants sont longs. C’est récolte le mois prochain. Sur ma droite, la famille et les amis de Mustaffa. Derrière eux à quelques mètres, deux vaches maigres broutent sous des arbres que je ne sais reconnaître. Dommage. Une poule suivie de ses poussins vont et viennent. Une petite chèvre noire est couchée. Dans la même direction, j’aperçois une autre maison, faite de tôle et de torchis... Je m’essaie à mon bangla. Je « pique » au hasard dans leurs conversations des sonorités faciles à retenir. Je les ressors. Je fais rire l’assemblée. Mon bangla ne doit pas être encore très au point... «- Come on please, come on. We go to my home, ok? »... Je me lève, quitte mon banc. Les personnes présentes s’écartent pour me laisser passer. Nous empruntons un chemin étroit qui mène à la dernière maison que j’ai vue..... Jean-Louis | | | À: Jl73 · 11 décembre 2008 à 14:31 Re: A la rencontre des Rickshaw Wallahs Message 11 de 18 · 3 523 affichages · Partager Deux jeunes étudiants me conduisent enfin sur la route sud a la sortie de Madaripur. J’ai eu bien du mal à la trouver. Elle n’est guère fréquentée, si ce n’est par les riverains. Je paie le rickshaw aux étudiants et les quitte. Je grimpe sur le rickshaw et me lance. La route est étroite, ombragée, bordée ici et là par des thés shop et des habitations. Les baraquements sont de métal. Des hommes s’affairent à réparer des croisillons de bambou sur lesquels reposent et sèchent des feuilles de palmiers. Des grains de riz sont étalés au soleil sur des nattes, d’autres sur la route. Sur la gauche, des enfants pêchent dans une boutasse. Des bois de bambous qui se prennent pour des ponts l’enjambent ici et là. Une femme marche le long de la route et traîne à la main des feuilles de palmiers. Elle en fera sans doute des nattes. Un enfant pousse un bout de bois recourbé en son extrémité. Son imagination semble en avoir fait autre chose qu’un simple bâton. Un autre fait rouler une roue de plastique fixée au bout d’un bois. Des vans ramènent les gens qui sont venus au marché de Madaripur. Des enfants reviennent de l’école. Les garçons sont vêtus de bleu, les filles de blanc. Des femmes bavardent en bordure de route à proximité de leur maison. Leurs sarres colorées se détachent sur le brun des riz qui sèchent sur la route. Des vaches mangent leur paille dans des écuelles de pierre. Des bâtons entourés de bouses reposent verticalement contre les barrières de bambou et sèchent au soleil Une journée ordinaire du coté de Madaripur... Jean Louis | | | À: Jl73 · 11 décembre 2008 à 14:42 Re: A la rencontre des Rickshaw Wallahs Message 12 de 18 · 3 522 affichages · Partager J’arrive à un bazar, scrute à gauche à droite, à l’affût d’un restaurant. Je m’arrête. Un homme me fait comprendre de m’engager dans une des ruelles. Ce que je fais. La ruelle est sinueuse, étroite. Je trouve le restaurant. Il y a du monde. C’est bon signe. Je gare Milou (1) devant une boutique de tissus. « - No problem ? » « - Ok no problem ! » Je grimpe les 4 marches, m’adresse au patron. Je m’approche du coin cuisine, soulève les couvercles. Ce sera « Cow and rice ». Leur poisson ne m’inspire guère. Toutes les tables sont occupées. Je m’assoie en face d’un homme. Il n’est pas très souriant. Il a les yeux parfois ailleurs, marmonne je ne sais quoi entre ses lèvres. Le restau s’est rapidement rempli derrière moi de curieux. Certains se dirigent vers l’évier près de ma table, s’arrêtent avant, font demi tour, me regardent, me fixent, et puis s’en vont. D’autres s’approchent de moi, stoppent dans la circulation et me regardent manger. Les serveurs ont du mal à se frayer un chemin. Le patron y va de son coup de gueule. Quelques uns se déplacent, quelques uns ressortent. Rien de plus. Quelques minutes après, c’est à refaire. Un client à l’autre bout du restau s’essaie à deux ou trois mots d’anglais. « - Witch country ? » « - I am french. Tourist »
Combien de fois l’ai-je dit... Le thé pris et la note payée, je ressors du restaurant. Milou a de la compagnie. Il y a là Naarbaron, rickshaw wallah au bazar, tout de bleu vêtu. Je bavarde avec lui et ses amis. Avec les mains, avec les gestes. L’esperanto gestuel est réalité. Saupoudré d’un mot d’anglais par ci, d’un mot bangla par là. Naarbaron veut ramener Milou sur le droit chemin, sur la route que j’ai quitté en m’engageant dans la ruelle. J’accepte bien entendu. Il ne grimpe pas dessus, le pousse simplement. Il semble être fier. Ses amis l’entourent, le suivent. Arrivé sur la route, il stoppe le rickshaw, lâche le guidon, se recule et me laisse place. Je grimpe sur Milou. Je lance le bras, balaie l’espace pour un au revoir. Je les quitte. ... Je sors du bazar et retrouve une route bordée de rizières. Je roule lentement, flânant pour mes derniers tours de roues sur les routes bangladeshies. Des pensées me viennent (1). Des cocotiers se sont éparpillés dans les rizières. Ils se sont répartis l’espace. Ils sont majestueux isolés ainsi. A proximité, des hommes portent sur leur dos des fagots de brins de riz. Deux bœufs sortent d’un chemin et gagnent la route. Scènes rurales. Je traverse un village. Deux jeunes femmes balaient des grains de riz étalés sur une plateforme cimentée. A proximité, une troisième jeune femme accroupie tamise le riz avec une corbeille d’osier (2). Sur ma droite un peu plus loin, une femme piétine une terre boueuse dans un fossé de 5 m par 5 env. Elle s’en va, une jarre à la main, tandis qu’un homme et un enfant jouent sur le talus du fossé. Elle s’en revient peu après, la jarre remplie d’eau, jette l’eau au sol, piétine à nouveau en faisant d’incessants va-et-vient dans le fossé. L’homme joue toujours. Mohid m’emmène voir l’installation de « poterie » voisine. Il y a là une presse manuelle verticale au bas de laquelle on installe le moule choisi. Il y en a pour les tuiles, d’autres pour les briques. Les moules sont de bois. Une sphère de pierre repose sur un disque plat, de pierre aussi. On recouvre la sphère de cette terre meuble. On fait tourner le disque. Le « coup de main » de l’artisan, de « l’artisane », et la jarre est ainsi faite. On y adjoint un bourrelet de terre pour refermer l’évasement. On fera cuire l’ensemble pendant 6 heures. Ce sera 5 takas la jarre. ... Je poursuis ma route. Je double des rickshaws. J’arrive à leur hauteur, leur lance un « Baloacen ». Quelques mots s’engagent. « - From Dhaka by rickshaw. » « - Rickshaw from Dhaka ? ? ? ? ! ! ! ! « - Yes ! Rickshaw from Dhaka. Yes ! Dhaka-Mawa-Bhanga-Madaripur- Barisal-Perojpur-Bagherhat-Khulna-Mongla-Khulna-Satkhira by rickshaw. And agamikal India. « - Agamikal India ? Oh good good good ! » « - Yes good ! Bye bye » « - Ok bye bye » Je poursuis et les double. Certains me redoublent, m’annoncent alors aux passants et aux rickshaws venant en sens inverse. Il y a ceux qui s’arrêtent quand je m’arrête prendre des photos, qui repartent quand je repars, ceux qui fatigués par ces arrêts incessants finissent par me lancer un « Bye bye » définitif et puis s’en vont. Des vélos et des motos se joignent de temps à autres au « convoi ». C’est un après midi comme un autre...
Une femme regarde vers le sommet d’un arbre. Je m’arrête. Elle le scrute, tenant à la main un long bâton de 4 à 5 m. Elle le redresse alors, vertical, le porte dans l’arbre. Le bras tendu vers le ciel, elle se met sur la pointe des pieds, en perpétuel équilibre, semble chercher à accrocher son bâton à une branche choisie. D’un mouvement brusque, elle le tire à elle, arrache de jeunes pousses de l arbre. Les feuilles récoltées sont d’un vert tendre. C’est « for the cow » me dit-elle. Un petit bout de bois accroché à l’extrémité du bâton lui permet d’agripper telle ou telle branche.
Le jour tombe lentement. Une femme sur la gauche de la route longe une briqueterie. Elle conduit trois vaches sur un chemin de terre, les ramène sans doute à la maison. Derrière elle, le soleil couchant flamboie. Peu après, je m’arrête prendre des images. Les gens bavardent entre eux. Les journaux locaux ont relayé mon voyage. Les gens savent d’où je viens, où je vais « From Dkaka to India ha (3) ? » « Yes, yes, from Dhaka to India by rickshaw ! » Un teacher est là. Il fait la traduction pour les autres. Un jeune homme veut en savoir toujours plus. Sur le « sens » de ce voyage, de ce que j’en ferai après. Il est curieux, visiblement intéressé, quelque part « interpellé ». Je reste là quelques minutes à répondre aux questions des uns des autres. La nuit tombe lentement. Il faut partir. Je rejoins l’axe principal qui conduit à la frontière. Quelques kilomètres parcourus et je m’arrête à un thé shop. J’y prends un de mes dernier chaï bangla. J’achète un gâteau. Il y a là trois hommes et deux gamins. Eux aussi semble être au courant de l’histoire. « - To India ha ! » « - Yes, to India » « - Benapol, 4 kilometers » « - Good, 4 kilometers » Le thé pris, j’installe les feux pour les derniers kms sur les routes bangladeshies...
Jean-Louis
(1) Le nom du rickshaw, "Milou", a ete choisi par les eleves de la classe qui suit le voyage (2) les grains de riz sont étalés sur des nattes, des plateformes cimentées voire sur les bords de routes pour être séchés au soleil. Une fois séchés, ils sont ensuite ramassés au balai. Un passage au tamis est nécessaire pour enlever poussières et autres impuretés avant stockage. (3) prononciation du « hein ? » français en bangla | | | À: Jl73 · 18 janvier 2009 à 10:18 Re: A la rencontre des Rickshaw Wallahs Message 13 de 18 · 3 191 affichages · Partager Rickshaw media J’arrive près du mausolée. Il y a là un terre-plein. Plastiques, papiers, et pelouse se le sont appropriés. Des vaches vont. Sur le bord, une mosquée, petite, bleue, se tient à l’ombre d’un bosquet d’arbres. Des rickshaw walhaw stationnent à proximité. Un homme remplit de briques les deux paniers que porte un âne. Il me regarde, me fait quelques signes. Je peux garer Milou semble-t-il. Ce que je fais. J’en descends, l’attache et m’éloigne. Je rentre dans l’enceinte en franchissant une « gate ». Des enfants jouent au cricket. Un jeune garçon vient à moi et m’aborde. Rapidement, d’autres ados se joignent à nous et nous accompagnent. Le bâtiment et l’enceinte n’ont pas la monumentalité et la splendeur du précèdent. Du sable, des gravats et des ferrailles encombrent la galerie périphérique. Des travaux sont en cours. Des grilles métalliques ajustées aux porches d’entrée en interdisent l’accès. Je m’approche. J’aperçois une pierre tombale portant une surélévation triangulaire de quelques centimètres. Un drap la recouvre. Nous faisons le tour du bâti. Quatre hommes assis au sol dans la galerie jouent aux cartes sur un tapis. A proximité, trois hommes sur des marches se font tourner une pipe. Je m’éloigne du bâti, va dans un angle de l’enceinte prendre quelques photos. La tour d’angle est en restauration. Un ouvrier projette de l’eau sur la façade depuis son échafaudage de bois. Deux à trois mètres plus bas, un de ses collègues actionne une pompe avec ses bras. Elle propulse l’eau à la hauteur de l’échafaudage. Restauration d’un bâti avec les moyens du bord. Je prends des photos, dos au mausolée et à la cour. Deux hommes s’approchent de moi. L’un des deux m’aborde, en hindi. Il semble me présenter son « ami ». Autour de moi, une trentaine de personnes. ? ? ? ? Un homme de la foule s’approche. Il me précise dans un anglais « indianisé » que « l’ami » est un rickshaw wallah. Je me retourne vers le mausolée, m’aperçois que la foule a grandi. Une camera est dirigée sur nous. ? ? ? ? « - Who are you please ? ! » Ce sont des journalistes locaux. Ils me présentent Jaleb et Ackik. Ils sont rickshaw wallahs. Ils joignent leurs mains, me serrent la main, me remercient l’un et l’autre. ? ? ? ? Ce voyage donne une « lisibilité » à leur travail peut-être. Rien de plus. C’est de cela peut-être qu’ils me remercient. Ils travaillent dans la même compagnie. Ils louent l’un et l’autre leur rickshaw 20 roupies, en gagnent 100 par jour environ, pour 10 heures de travail. Ils ne savent ni lire ni écrire l’un et l’autre. Jaleb fait ce travail depuis 15 ans, Ackik depuis 10 ans. Les présentations faites et les quelques images prises, je retourne accompagné (!) vers Milou. Arrivé à ses cotés, l’un des journalistes me fait signe de le suivre. Il me conduit vers un rickshaw wallah stationné à proximité de la petite mosquée bleue. Bihariset a 50 ans. Il loue son rickshaw 30 roupies. Ils sont 6 dans son foyer. Ses gains et son temps de travail sont similaires à ses collègues me dit-on. Les journalistes nous demandent à Biharet et à moi de nous asseoir sur son rickshaw. Le cameraman se met en place. Le journaliste se tourne vers le rickshaw wallah et l’interview.
C’est quelque part « Bonheur ! » pour moi. Une camera, qui plus est, indienne, est « braquée » sur un rickshaw wallah...
Jean louis | | | À: Jl73 · 18 janvier 2009 à 10:21 Re: A la rencontre des Rickshaw Wallahs Message 14 de 18 · 3 190 affichages · Partager A Benares
Pas déjà... Laisse moi encore du Temps... Une heure. Deux heures peut-être... Je veux attendre. Attendre encore. Je ne veux plus avancer. Et savourer... ... Tu m’intimides peut-être au fond... Je n’en sais rien...Je ne crois pas... C’est autre chose... Je Te connais (!)...Un peu (!)... Je sais que Tu griffes aussi... Mais ce n’est pas ça... ... Non. Je veux attendre... Seulement attendre... Attendre encore... Et savourer l’instant de nos retrouvailles... ... Et profiter de cet instant... En profiter encore... Encore... ... Un enfant déchire le papier de son cadeau un jour de Noêl et s’émerveille... Les plus belles minutes sont là. A l’ouverture du cadeau... Et mon cadeau, à moi, ce jour de Janvier, ce sont nos retrouvailles... Et quel cadeau Vous me faites là...! Et toi Bénarès. Et Toi Milou ! ... Revenir à Toi avec Milou... Et enjamber ce pont... Et Te revoir là au bord du Gange... ... Tu me pardonneras alors de mon retard...
Jean-Louis | | | À: Jl73 · 18 janvier 2009 à 11:25 Re: A la rencontre des Rickshaw Wallahs Message 15 de 18 · 3 185 affichages · Partager | | | À: Jl73 · 19 janvier 2009 à 14:33 Re: A la rencontre des Rickshaw Wallahs Message 16 de 18 · 3 145 affichages · Partager Toujours excitée de lire tes dernières nouvelles, tu nous a bien gâtée !!
Merci et continue encore de nous raconter tes belles rencontres. | | | À: Jl73 · 7 mars 2009 à 11:13 Re: A la rencontre des Rickshaw Wallahs Message 17 de 18 · 2 947 affichages · Partager Matin à Bénarès
Je me lève, monte en terrasse déjeuner. Les chaises sont renversées. Les singes, sans doute. Je m’approche du parapet, et retrouve Bénarès. Je retrouve les temples enchevêtrés dans les bâtis. Ils sont de pierre blanche, grise, ou orangée. Des dômes coniques révèlent leurs sanctuaires. A leurs sommets, des couronnes dorées superposées à la forme de bulbes écrasés prolongent la lecture verticale et conduisent le regard vers le ciel. Des colonnes de pierre, étroites, accolées les unes aux autres s’accrochent aux dômes. Des cerfs volants sont venus s’échouer ici et égayent les temples de leurs couleurs vives. Les bâtiments sont gris, blancs, violets parfois. Des crépis se sont effondrés ici et là. Des fils électriques et des lézardes courent sur les façades. Du linge et des tapis sèchent sur les parapets. Sur une terrasse, un homme prend sa douche près d’une citerne d’eau. A proximité, une femme masse le dos à son mari allongé au sol. Sa voisine berce un très jeune enfant. A ses cotés, une vielle femme, toute de vert vêtue, est assise en tailleur. Elle se tourne sur le coté, s’allonge, s’étend, et semble commencer sa sieste matinale. Il est 9 heures. Sur la terrasse voisine, un enfant joue avec un chiot, des femmes étendent leurs draps au sol, une chèvre broute je ne sais quoi. Des singes vont sur les toits et sautent de mur à mur. Un jeune enfant se saisit d’un bâton, court à eux et les chasse. Des enfants courent sur les terrasses et font grimper au ciel leurs cerfs volants. Ils sont bleus, rouges, violets. D’autres, « statiques », se contentent de brusques coups de poignets pour les faire s’élever. Une jeune femme assiste sa petite fille dans ce mouvement. Elle se penche vers l’enfant, lui prend le poignet, s’en saisit, l’agite délicatement. Le cerf volant monte au ciel. La petite fille sourit. Des ados escaladent un muret, le franchissent d’un saut et s’en vont récupérer leur cerf volant perdu. Le fil s’est rompu sans doute. Une jeune fille se tient au bord d’un parapet. Elle a les mains jointes, les yeux tournés vers le soleil qui se lève. Elle récite me semble-t-il. A ses cotés, sur le muret, un petit récipient doré. Elle s’en saisit, le lève au ciel les bras tendus, verse le contenu par-dessus le garde corps. Elle se tient là quelques secondes, immobile, semble prier, puis repose le petit bol doré. Elle s’en saisit d’un second, trempe sa main dedans, la porte à son cou, à gauche, à droite. Elle boit le contenu du récipient, puis s’en va. Le brouillard matinal se dissipe. Le Gange apparaît lentement. Des auréoles courent sur le fleuve sacré au gré des courants. Au gré de la pollution aussi. Au gré de la Vie de la Mort. J’aperçois des bateaux. Des barques motorisées, colorées, « surpeuplées », remontent le Gange. Des hommes ont investi une plateforme hexagonale qui surplombe le fleuve. Ils le regardent s’écouler... Des femmes descendent la rue de l’hôtel et se dirigent aux ghâts. Certaines tiennent à la main un petit bol doré. Les fumées du Burning Ghat apparaissent. La chaleur dissipée trouble ma vue. Un tintement de cloches résonne. Des postes de TV et de radios se font entendre. J’entends des « Ohohow... Ohohow... Ohohow... » : des ados s’essaient au dressage de pigeons sur la terrasse voisine. Des chiens aboient. Des cris d’oiseaux, des cris de singes aussi. Des cris d’enfants... Un matin à Bénarès. | | | À: Jl73 · 7 mars 2009 à 11:30 Re: A la rencontre des Rickshaw Wallahs Message 18 de 18 · 2 943 affichages · Partager Nous sommes dans le quartier de Serania dans les faubourgs de Varanasi. L’allée est de terre. A l’entrée, une pompe manuelle pour puiser l’eau. Sur la droite, des abris bâchés au pied de la voie ferrée. Une centaine de personnes vivent là. Les baraquements sont jaunâtres, beiges, gris. D’autres n’ont plus de couleurs. Sur la gauche, un bâti de briques. Ce sont les sanitaires du quartier. Les terrains ont été donnés par le Railway Gouvernement me dit Raju. 15 ans qu’il vit ici. Il ne paie pas de loyer. Avant, il y avait là des étangs. On les a asséchés me dit-il. Il habitait une maison à proximité quand il a appris la possibilité de construire ici sa propre maison. Son propre taudis. Il est venu le construire, a abandonné son logement. Il m’invite à visiter. La pièce est rectangulaire. Il y a au centre et aux quatre angles de la pièce des poteaux de bambou. Sur les cotés, des bâches tendues. Au plafond, un litelage de bois sur lequel reposent des plastiques noirs. Des pneus de vélos et la poussière accumulée les retiennent au vent. Je remarque des trous dans la bâche. « Je reconstruis mon abri de temps en temps » me dit Raju. Sur la droite, le lit. Ou plutôt une table de bois, 2m par 3 peut être, à hauteur d’une cinquantaine de cm, sur laquelle la famille dort, mange, vit. Deux de ses filles y sont assises en tailleur. Elles cousent des ornements sur des tissus. Elles font cela à leurs heures creuses me dit-il. Elles sont payées 20 roupies pour deux jours de travail. Elles sont « lentes » peut-être... Sur le pan du fond, deux commodes. Sur l’une d’elle, la TV. Il y a l’électricité. De temps en temps me dit Raju, un homme passe et fait payer « l’abonnement » de 100 à 150 roupies. A coté des deux commodes, un poulailler. 3 poules y sont enfermées. C’est sa vie ici. Raju est rickshaw wallah à Varanasi. Il est originaire du Bihar, de Bhabhua me dit-il. Son père avait un cheval là bas et conduisait une charrette. Raju a 2 garçons, 5 filles. Ils sont âgés de 4 à 19 ans. Son soucis actuel est la dote pour l’aînée me dit-il... ... Il me conduit à une compagnie de rickshaw quelques centaines de mètres plus loin. Ils sont une centaine de rickshaw wallahs à vivre ici. Le plus jeune a 14 ans. Le logement est « free » me dit-il. Il peut l’être. Ils vivent là dans des baraquements de terre et de tôle avec femmes et enfants. Ils louent leur rickshaw 25 roupies par jour, en gagnent 100, 150, 200. Ou pas. Certains se risquent au travail de nuit de 16 heures à 8 heures. Ils ramassent là les alcooliques me dit Raju. La nuit, c’est dangereux. La nuit, c’est aussi davantage de clients qui refusent de payer leurs courses me précise-t-il. Un des rickshaw wallahs est ici depuis 15 ans. Il n’a pas revu sa famille depuis. Il fait passer son argent gagné par des amis qui se rendent au village. Ils me disent tous être du Bengale. A l’est de Calcutta me précisent-ils. Il y a quelques années me disent-ils, le Bangladesh et l’ Inde ne constituaient qu’un seul et même pays... ???? Pourquoi cette précision... Je les crois du Bangladesh...
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