Fabricia · 18 novembre 2004 à 15:55 · 77 photos 43 messages · 11 participants · 16 844 affichages | | | | À: Fabricia · 2 décembre 2004 à 11:09 · Modifié le 2 déc. 2004 à 11:24 Message 21 de 43 · Page 2 de 3 · 9 202 affichages · Partager Des images... Images attachées: | | | À: Fabricia · 7 décembre 2004 à 14:39 Message 22 de 43 · Page 2 de 3 · 9 117 affichages · Partager Periyar park -
Dans une belle Ambassador, la traversée des paysages bucoliques est un régal après les journées tumultueuses que nous venons de vivre à Madurai. Nous arrivons à l'hôtel Ambadi, blotti dans la réserve d'animaux sauvages de Periyar. Des cottages blancs aux briques apparentes sont disséminés à travers la forêt environnante. Bois sombre et décoration "safari". A l'écart de la réception et des salons d'accueil, il règne un calme absolu qui contraste avec le barnum urbain.
Une excursion est prévue pour l'après-midi sur le lac. On attend près du bord l'arrivée d'un vieux bateau, en compagnie d'une troupe de singes qui vient nous contempler. Des gamins turbulents les pourchassent en hurlant, semant la panique chez les bestioles, dont certaines montrent des canines agressives. Et un tout petit singe apeuré se réfugie sur mon pied, implorant protection d'un oeil suppliant. Je suis très flattée de cette marque de confiance. Voici l'embarcation sur laquelle nous allons monter, mais il n'y a pas de ponton ni échelle et il reste à se hisser à la verticale pour atteindre le bastingage, deux mètres plus haut... Deux marins secourables nous aident dans cette ascension, laborieuse pour certains d'entre nous.
La balade sur le lac est agréable, le panorama est magnifique, des montagnes bordent les rives, mais on ne voit guère la faune sauvage censée s'abriter sous les arbres, dans le lointain. On éprouve une certaine déception et l'impression d'être tombé dans un piège touristique. Le débarquement est tout aussi acrobatique : il faut sauter le plus loin possible du bord pour reprendre pied sur la terre ferme.
Nuit bercée par le crissement des insectes, les froissements d'herbe, les graviers qui roulent sous les pattes de quel animal nocturne... ce perpétuel mélange de douceurs et de violences qui font un savant cocktail d'émotions tout au long de nos voyages indiens.
Ce matin du 15 janvier, la même voiture et son chauffeur nous emmènent vers la côte de Malabar pour atteindre Cochin. L'état du Kérala ne ressemble à nulle autre région : les habitants sont alphabétisés en grande majorité, grâce à l'influence conjuguée des conquérants chrétiens qui ont envoyé ici leurs zélés missionnaires, appuyés par un gouvernement communiste qui a maintenu l'éducation gratuite, ce qui est exceptionnel en Inde. Nombreux sont les écoles et les collèges où filles et garçons se retrouvent chaque jour sur les mêmes bancs. Les effets bénéfiques de l'instruction généralisée se remarquent dans tous les domaines. La circulation routière est normalement calme, les véhicules roulent à vitesse raisonnable, on respecte les feux de signalisation, les panneaux de directions sont placés judicieusement avant les carrefours importants : c'est plutôt rare dans le sous-continent ! Les routes sont bien entretenues, les maisons repeintes de couleurs fraîches après chaque saison des pluies, pas d'ordures sur les trottoirs, ni bidonvilles, ni mendiants. C'est l' Inde comme on souhaiterait la voir partout.
Cochin (Kochi) -
L'hôtel choisi, le "Sealord" à Ernakulam, quartier moderne de Cochin, se trouve sur une large avenue face à un centre commercial qui fait penser, de très loin, à nos grandes surfaces européennes. On y trouve l'essentiel et entre autres une agence de voyages pour acheter nos billets d'avion Bangalore-Goa et Goa- Bombay. Un personnel aimable et compétent s'active dans de spacieux bureaux. Femmes et hommes travaillent devant leurs ordinateurs qui fonctionnent apparemment aussi bien qu'en occident, sauf en cas de pannes d'électricité, assez fréquentes hélas. Des gravures épinglées partout sur les murs aux effigies des dieux hindous et quelques saints chrétiens veillent sur la bonne marche des voyageurs. Le responsable de l'agence prénommé Maurice, de religion catholique, veille personnellement sur notre dossier. Nous sortons de là rassurés sur la suite de notre périple aérien.
Visite au "Dutch palace", palais hollandais décrépi meublé de souvenirs datant de l'époque coloniale. La vieille synagogue de Kochi est accessible à tous les visiteurs, à condition de se déchausser pour ne point abimer les ravissants carrelages de faïence bleue du 18ème siècle, peints à la main, qui pavent le sol de l'édifice situé dans une ruelle du vieux quartier juif. Lustres de cristal à pendeloques multicolores, parchemins sacrés à l'abri de vitrines cadenassées, lumignons accrochés sur les murs ouvragés de vitraux précieux... Refuge hors du temps où baigne une ferveur endormie.
Dans les petites rues alentour, de nombreux magasins d'antiquités proposent toutes sortes de reliques poussiéreuses couvées par des marchands blottis au fond de leur boutique. J'achète un pot à encre de Chine en porcelaine bleutée ainsi qu'une minuscule lampe à huile en cuivre, petits trésors pour rêver à mon retour...
Dans l'ascenseur du Sealord, nous retrouvons le beau couple aperçu dans la galerie marchande et qui loge aussi dans cet hôtel. Le garçon est mince, blond et élégant, vêtu d'une chemise indigo et d'un paréo drapé en guise de pantalon. Elle est superbe, avec ses longs cheveux, dans une lègère robe de soie qui dévoile ses épaules brunies et met en valeur son corps longiligne. Qu'ils sont beaux, tous les deux ! Et souriants aussi. Ce sont des danseurs appartenant à une compagnie de ballets allemands. Elle est française, lui est germanique, amoureux en voyage de noces...
Une promenade en bateau de quelques heures à travers les backwaters : ce sont des milliers de canaux qui quadrillent la lagune, bordée de palmiers et habitée par des pêcheurs. Les immenses filets carrés sont suspendus, comme des toiles d'araignées géantes, par de longs bambous ficelés selon la technique chinoise importée il y a plusieurs siècles. Tout un monde vit dans ce domaine lacustre qui défile sous nos yeux comme dans un livre d'images animées. Sur de longues pirogues, des hommes coiffés de chapeaux coniques remontent le sable du fond à l'aide d'épuisettes et forment deux tas bien équilibrés sur la barque, qui affleure à peine la surface de l'eau. Ils vont décharger leur lourde récolte un peu plus loin sur la rive, dans des paniers débordants posés sur leurs épaules nues. Soleil couchant, retour à la vie terrestre et dîner dans un restaurant exotique où le repas se termine sur la note épicée d'un "paan" traditionnel : boulette composée d'un mélange de noix d'arec, citron vert et poudres pimentées, enveloppée dans une feuille de bétel... Gourmandise aux vertus contestables, peu recommandée pour nos palais délicats...
C'est notre dernière nuit à Cochin. Demain, taxi pour Coimbatore, ville-étape vers les monts Nilgiris. | | | À: Fabricia · 9 décembre 2004 à 14:31 · Modifié le 10 déc. 2004 à 12:11 Message 24 de 43 · Page 2 de 3 · 9 057 affichages · Partager Coimbatore -
Coimbatore est une ville industrielle et un centre de commerce très actif, les clients de l'hôtel City Towers sont essentiellement des hommes d'affaires qui viennent règler leurs marchés. Il n'y a strictement aucun monument à visiter : profitons de l'après-midi pour écrire des cartes postales.
Ooty -
Nous quittons la plaine pour gravir la route en lacets qui monte vers la station climatique d' Udhagamandalam ( Ooty) située à 2268 mètres d'altitude. Les anglais avaient édifié cette ville résidentielle pour s'y réfugier pendant les fortes chaleurs, au début du 19ème siècle. Ville surprenante par ses cottages au milieu de jardins clos, à l'ombre des eucalyptus tout à fait insolites qui s'élèvent à des hauteurs impressionnantes. En descendant de voiture, nous sommes saisis par une fraîcheur inhabituelle : il faut enfiler les pulls qu'on n'avait pas encore sortis des sacs depuis notre arrivée en Inde.
Nous nous offrons le luxe -relatif- de l'hôtel Regency-Villa, sur une colline boisée qui appartient au maharajah de Mysore. C'est, en quelque sorte, l'annexe du palais voisin, le Fernhill Palace (colline des fougères) à l'abandon depuis des années. Le groupe hôtelier Taj a racheté l'ensemble des constructions pour en faire bientôt un 5 étoiles de grand luxe. Nous sommes les seuls clients du Regency. Une immense chambre-salon au rez-de-jardin, avec les bow-windows chères aux britanniques qui forment une alcôve lumineuse donnant sur la forêt. Les murs sont couverts de photos anciennes de la famille princière. Superbe et nostalgique. L'ombre des précédents occupants plane dans ce décor de conte de fées.
A perte de vue, sur les collines, les jardins de thé en terrasse forment un kaléidoscope dans toute la gamme des verts. Ne plus bouger, prendre sa boîte d'aquarelles et ses pinceaux... arrêter le temps... C'est le paradis retrouvé.
Nous dînons devant la cheminée du coin-salon, une délicieuse omelette fait nos délices. L'antique chauffe-bain a été allumé depuis des heures et l'eau gargouille dans les vieux tuyaux de l'époque victorienne. Trois couvertures de chaud duvet ne sont pas superflues dans la froideur de la vieille maison. Nuit exquise.
Mon compagnon est parti à la recherche de la cuisine, ce matin, pour commander le petit déjeuner. En fait de cuisine, c'est un coin obscur au fond d'un long couloir. Le cuisinier est accroupi devant un petit fourneau posé sur le sol en terre battue. Il jongle avec les casseroles noircies par la fumée, dans lesquelles bouillonnent café, thé et lait qu'il transvase dans des pots d'argent posés sur un plateau princier. Il a exhumé un délicat service de porcelaine aux armes du seigneur des lieux en notre honneur.
Nous partons dans un minicar brinquebalant en destination du village de notre filleul, tout là-haut dans les monts Nilgiris, un coin perdu dans les collines couvertes d'arbustes bleutés : ce sont les jardins de thé où travaillent les habitants des hameaux environnants. La route est très sinueuse, creusée de profondes ornières, nous sommes brassés en tous sens dans ce véhicule conduit à vive allure. On se cramponne comme on peut aux accoudoirs de la banquette de moleskine dure comme du bois. Une heure pour faire quinze kilomètres, mais quels kilomètres ! Je mets pied à terre avec un soulagement visible.
Le village de Gandhinagar est une succession de petites constructions en béton recouvertes de tuiles, édifiées grâce aux subventions d'Aide et Action - Rural Development Organizations associés. L'école est minuscule, une pièce sans table ni chaise où les élèves s'assoient par terre. Cahiers et crayons posés dans un coin, un tableau noir accroché au mur. C'est la classe à mi-temps, vu le nombre d'écoliers qui partagent les journées entre les travaux des champs et la scolarité. Présentation de l'institutrice au beau sourire, entourée d'une foule d'enfants.
Et voici Anumandharaj, notre filleul du bout du monde. Le petit garçon de cinq ans est devenu un grand jeune homme adolescent. Il s'avance timidement, tout aussi ému que nous le sommes... Sa mère nous invite à boire le thé, sous les regards curieux du voisinage. Quelques mots d'anglais suffisent pour exprimer tout ce que nous ressentons, les uns et les autres. Kokila, petite soeur d'Anumandharaj, n'a pas eu la chance de son frère : elle a été retirée très vite de l'école pour aider sa mère dans les corvées domestiques, fatalement imposées aux femmes de ces régions reculées...
Notre jeune ami a fini le cycle scolaire sponsorisé par Aide et Action et commence à travailler comme apprenti-mécanicien dans un garage. Il dit tout son bonheur de savoir lire, écrire et parler un peu anglais pour acquérir un métier.
Le retour vers Ooty est un vrai calvaire : les interminables virages portent un coup fatal à ma pauvre carcasse qui n'en peut plus d'être ainsi démantibulée. D'horribles nausées m'obligent à crier grâce pour arrêter la guimbarde. Quelques minutes assise sur le bord de la route me remettent à peu près d'aplomb. Le directeur du R.D.O. et sa femme nous ont préparé un déjeuner auquel je ne fais guère honneur, mais je peux compter sur mon mari qui sait manger pour deux !
Dans cette belle maison, je suis surprise par le contraste du confort des pièces de séjour et la salle d'eau, qui ressemble à une simple buanderie. Les indiens attachent en général peu d'importance à ces dépendances, utiles mais dépourvues du moindre luxe.
Mr. S. est un homme cultivé, avocat d'affaires qui a renoncé à ses déplacements incessants pour occuper une fonction quasi-bénévole, afin de vivre plus près de sa famille. Son épouse est une féministe active qui se dévoue à la cause des femmes dans cette région rurale : alphabétisation, conseils d'hygiène, défense de leurs droits, etc... Les trois filles de la maison font des études supérieures, comme il se doit dans ce milieu favorisé, et sont bien décidées à travailler, même si elles se marient un jour !
La jeep personnelle du directeur nous raccompagne au Regency. Plaisir de retrouver le calme et le confort de notre jolie guest-house. Le gardien nous fait visiter le grand palais Fernhill, déserté depuis longtemps. On se croirait dans le chateau de la belle au bois dormant. On n'attend qu'un prince pour redonner vie à ces lieux magiques. Poussière et toiles d'araignées recouvrent le superbe mobilier peu à peu rongé par le temps. Sur les photos jaunies posées ça et là, des personnages en haut-de-forme et capelines fleuries sourient tristement.
Adieu, jolie Ooty... | | | À: Fabricia · 9 décembre 2004 à 14:39 Message 25 de 43 · Page 2 de 3 · 3 516 affichages · Partager Illustrations - Ooty. Images attachées: | | | À: Fabricia · 9 décembre 2004 à 15:49 Message 26 de 43 · Page 2 de 3 · 3 500 affichages · Partager Très touchant ce récit, une émotion contenue et cependant si intense, accentuée par les photos de ces petits écoliers et de ce lointain filleul...
Dolma | | | À: Dolma · 12 décembre 2004 à 13:51 Message 27 de 43 · Page 2 de 3 · 3 480 affichages · Partager Mysore -
La route traverse la réserve animalière de Bandipur, propriété du maharajah de Mysore, après avoir redescendu les deux mille mètres à la vitesse modérée de notre taxi, qui a bien tenu compte de nos recommandations : "Please, slowly, very slowly..."
Hôtel Kings Court à Mysore, une belle grande chambre que vous avons voulue calme, loin de la rue. "Yes, very quiet" nous a-t-on assuré.
Il y a un curieux musée en plein air, le Railway museum qui, comme son nom l'indique, expose de vieilles locomotives et leurs wagons datant d'avant l'indépendance. Un petit train poussif tourne en rond et promène quelques visiteurs. C'est aujourd'hui dimanche, le jour des grandes illuminations du palais de Sa Grâce le Seigneur de Mysore. A 19 heures débutera le spectacle Lumières qu'il faut absolument photographier. A l'heure dite, une foule de visiteurs se presse dans la cour princière pour admirer les prestigieuses façades qui scintillent de leurs milliers d'ampoules électriques. C'est époustouflant. Le reste de la ville est plongé dans l'obscurité car toute l'énergie de la centrale est concentrée sur le palais.
Un boucan d'enfer va troubler notre nuit dans la pseudo-quiet room : un mariage, à moins que ce ne soit un raout royal, rassemble au moins mille personnes dans l'immeuble voisin... et ça gueule jusqu'au matin. On déménage vers l'autre aile, sur la rue, qui produit infiniment moins de bruit que les arrières de l'hôtel.
Noblesse oblige : notre première visite du jour est consacrée au palace, un immense musée exhibant les richesses monstrueuses accumulées par la famille régnante. Folie des grandeurs, délire, mégalomanie, étalage outrancier d'un goût détestable... On sait que l'héritier y demeure dans une aile non visitable, à l'abri du besoin comme on peut aisément le deviner. Le respect admiratif des visiteurs indiens nous étonne, nous qui sommes tellement choqués par ce démentiel étalage de richesses...
La puissance des rajahs est encore présente en Inde, malgré la suppression officielle de leurs pouvoirs par Indira Gandhi. Ces princes déchus continuent de fasciner la population qui leur témoigne une réelle vénération. Nous en verrons des preuves au cours de notre futur voyage au Rajasthan, en janvier 2000.
Le jardin zoologique de Mysore est peuplé de pauvres animaux qui s'ennuient dans leurs enclos. Deux pingoins se demandent ce qu'ils font là, sous un soleil cuisant. Ils n'ont qu'un bassin ridicule pour tremper leurs pattes dans une eau d'une saleté repoussante. Arrachés de leur banquise de cristal, une poignante nostalgie se lit dans leurs yeux. Un spectacle nettement plus réjouissant attire notre attention : l'école des éléphants. Sous les directives de trois mahouts, six jeunes pachydermes tournent en rond et doivent apprendre à marcher en cadence. Deux adultes bien dressés les encadrent, mais un des jeunes se rebelle, il n'a visiblement pas envie d'obéir aux ordres. Il patauge dans une mare et balance une grande gerbe d'eau sur son dresseur à chaque fois qu'il passe à côté de lui. C'est d'un comique irrésistible : nous sommes assis à l'ombre, comme au cirque. A quelques mètres, un vieil éléphant enchaîné manifeste son intérêt par une érection impressionnante à la vue de ses amies qui s'agitent en mesure... C'est fascinant pour nous aussi !
Nous ne pourrions manquer d'aller flâner dans les allées du grand marché aux étalages de fruits, de poudres et d'épices multicolores, dans une atmosphère parfumée à l'orientale...
Au fait, il serait intéressant d'aller vérifier nos réservations aériennes dans une agence Indian air-lines, pour notre voyage Goa- Bombay, billets achetés à Cochin... Méfiance justifiée : l'employé nous annonce d'un air détaché : "Your reservations have been cancelled !"... What ? Bien que O.K. et payées, une étrange manipulation informatique a fait sauter nos deux réservations, et nous voici en waiting-list sous le n° 80 ! Une longue attente dans ce bureau, car les ordinateurs sont paralysés par une interruption de courant depuis une heure. Un client s'est écroulé sur un coin de bureau, et en profite pour faire une sieste en attendant la reprise... Que pouvons-nous faire ? Pas grand chose. En Inde, on se heurte parfois à des obstacles totalement imprévus, malgré les précautions prises longtemps à l'avance. Affaire à suivre.
Bangalore -
Nous quittons Mysore le 24 janvier pour Bangalore, en taxi. C'est la ville des hautes technologies où des scientifiques du monde entier viennent exercer leurs savoirs. Les hôtels sont presque tous complets. Nous obtenons tout de même une chambre au rez-de-chaussée du High Gate, plutôt moche et terriblement bruyant. Remettons-nous des fatigues du trajet au restaurant du fabuleux Oberoi. Excellent buffet au "Jardin", dans le paradis du luxe et de la gourmandise.
Il y a une circulation infernale dans cette immense ville, d'une activité extra-terrestre sans pareille, mélange invraisemblable de futurisme et de misère sans nom. C'est ici que nos amis M. sont venus vivre quelques années, et nous avaient montré leurs superbes photos... Suscitant, à l'époque, mon vif désir de visiter un jour ces Indes mystérieuses...
Dans un quartier résidentiel, les jardins Lal Bagh nous transportent dans un univers végétal foisonnant : c'est un parc botanique où se promènent les familles qui trouvent là un refuge de beauté et de jeux pour les enfants. Architecture de fer forgé, massifs et buissons luxuriants, cascades et jets d'eau, terrasses ombragées et fauteuils pour méditer loin du vacarme urbain.
Retour en rickshaw jusqu'à l'hôtel, dans un embouteillage monstrueux, le nez au ras des pots d'échappement des camions et des bus, dans un nuage de vapeurs asphyxiantes. Nous ne fermerons pas l'oeil de la nuit : les imprimantes de la réception ont cliqueté pendant des heures derrière la mince cloison de notre chambre. Un jour à Bangalore, c'est bien assez... | | | À: Fabricia · 12 décembre 2004 à 14:00 · Modifié le 12 déc. 2004 à 14:55 Message 28 de 43 · Page 2 de 3 · 3 473 affichages · Partager Photos Mysore - Bangalore... Images attachées: | | | À: Fabricia · 15 décembre 2004 à 14:38 Message 29 de 43 · Page 2 de 3 · 3 417 affichages · Partager Goa -
Le territoire de Goa est un monde à part, pas vraiment indien, puisque quatre siècles de domination portugaise ont laissé une empreinte chrétienne très visible, qui surprend le voyageur dès l'arrivée. Point de foules amassées derrière les portes d'entrée de l'aéroport, taxis bien rangés le long du trottoir, propreté et ordre inhabituel : nous ne sommes plus en Inde.
Un chauffeur empile nos bagages dans le coffre de sa Fiat toute neuve et démarre sur les chapeaux de roues sur une belle route fraîchement bitumée, au milieu des champs verdoyants. Des églises blanches trônent dans chaque village, les maisons blanches évoquent nettement le sud de l'Europe, des panneaux de circulation routière sont plantés à chaque carrefour, et les conducteurs connaissent le code de la route. Nous trouvons une chambre à l'hôtel Nova Goa, moderne, fonctionnel, qui possède une piscine impeccable dans un grand patio.
A l'agence Air- India du centre-ville, le directeur nous reçoit aimablement et écoute nos doléances. Bien sûr, ce n'est pas de son ressort, puisque nos fameux billets concernent la compagnie intérieure Indian Airlines, mais il accepte d'examiner notre affaire... Mr. R. aime beaucoup la France, Paris en particulier : il a été en poste rue Auber, pendant quelques mois. De plus, il connaît bien Mr. M., directeur Air- India à Nice, où nous avons acheté tous nos billets. Bref, nous espérons être enfin en bonnes mains. Cette fâcheuse histoire de "waiting-list" nous occupe désormais un certain temps chaque jour.
Le quartier de Panaji, capitale de l'état, est endormi en ces heures chaudes. Le soleil est brûlant, il n'y a pas âme qui vive dans ces rues désertées. Pourtant, à la tombée de la nuit, les habitants reprennent leurs activités et les clients se précipitent dans les nombreux bistros où l'alcool coule à flots. Nulle prohibition : le commerce des boissons alcoolisées fait fortune dans cet îlot aux lois permissives.
C'est la fête de la République, en ce 26 janvier. Grand rassemblement dans l' Inde entière, et Goa ne manque pas de participer à ces réjouissances gigantesques. Nous fuyons les cortèges de chars décorés d'emblêmes allégoriques qui défilent au milieu d'un énorme délire.
Tournée des plages de sable qui s'étendent sur une centaine de kilomètres. C'est un panorama superbe sur l'immensité turquoise de la mer d' Oman, bordée de sable fin et de forêts de palmiers tout au long du littoral. En ce jour de congé, des piques-niques géants rassemblent des familles nombreuses qui chahutent gaiement dans les vagues.
Le Fort Aguada, le port de Calangute et sa marchande de bananes, les plages de Miramar, Doña Paul et Anjuna, et enfin la Baga beach... Les bons restaurants ne manquent pas dans ce petit paradis : un déjeuner au Taj Aguada et ses plats traditionnels enfin adaptés aux palais étrangers. Belle journée qui s'achève calmement au bord de la piscine, où nous dinons à la lueur des photophores.
C'est le jour du marché à Panaji, et les nombreux commerçants étalent leurs marchandises sur des nattes posées à même le sol. Des objets artisanaux fabriqués au Népal, au Tibet et au Pakistan sont exposés à la convoitise des acheteurs. Une jolie marchande tibétaine vend des bijoux ethniques de toute beauté : bracelets en perles d'eau, colliers et boucles d'oreilles en turquoise, bagues ornées de la fameuse pierre noire où miroite une croix... Tout est si tentant qu'on ne repart pas les mains vides.
Nous déjeunons à l'hôtel Mandovi, sur le bord de mer. Une idée de la température : 33° à l'ombre (sans ombre...) et 70% d'humidité...
C'est dimanche, jour du Seigneur : tradition qui garde ici toute sa force, puisque les catholiques sont nombreux à se rendre à la messe dans toutes les églises. Old Goa : églises du Bom Jesus et St-François-Xavier. Quelques temples hindous : Mangeshi, Ponda, Margao et Cortalim. Déjeuner sur la plage de Colva.
Une belle fille en sari, portant sur sa tête un panier rond, marche à vive allure et passe devant les charrettes couvertes de fruits d'un vendeur des rues. Ce pays est un régal pour les photographes. Il y a tout pour plaire : couleurs, intensité des scènes vécues, originalité des sites, monuments extravagants, foules énormes, véhicules insolites et, par dessus tout, la grande beauté des femmes et des hommes dont les vêtements brillent sous une lumière incomparable.
Il règne une ambiance baba-cool chic sur ces étendues sablées où sont venus s'échouer des européens en quête d'une autre vie, il y a quelques dizaines d'années. L' Inde et ses pouvoirs magiques : les étrangers qui s'imaginent trouver dans ce pays une recette-miracle pour échapper aux contingences matérielles se font des illusions douloureuses. Pendant un temps, imbibés de vapeurs hallucinogènes, les "routards" ont vu passer les heures sans se soucier du lendemain. Autour d'eux, les habitants ont travaillé dur pour accéder au modernisme et améliorer leur niveau de vie et, peu à peu, les rêveurs occidentaux, anéantis par les drogues, sont partis de Goa. Une communauté hippie s'est réfugiée à Hampi, dans le centre de l'Inde, près des ruines de l'ancien royaume hindou, dont Vijayanagar fut une capitale importante au 14ème siècle...
Les nouveaux touristes sont maintenant accueillis dans des hôtels confortables, les plages sont désormais fréquentées par des familles indiennes de la middle-class qui ont les moyens de s'offrir un séjour au bord de la mer durant les fins de semaine. Les promoteurs immobiliers bâtissent rapidement de nouveaux établissements hôteliers et le paysage change perceptiblement chaque année. Les autoroutes font leur apparition un peu partout dans ces régions essentiellement consacrées au tourisme, et l' Inde perd lentement ce qui fait son charme troublant : ce mélange de traditions ancestrales opposées à un modernisme galopant.
Nous vivons nos dernières heures indiennes dans une douce torpeur. Il faut songer à regagner Bombay... dans un vol Modiluft, filiale indienne de la Lufthansa, où nous avons racheté deux billets pour remplacer nos cancelled-reservations... que Mr. R. a promis de nous faire rembourser dans quelques mois... Ceci est une autre histoire.
Au début de l'après-midi, nous atterrissons à Bombay. Le "Centaure" dresse ses tours futuristes et ouvre ses portes sur un hall scintillant, des porteurs chamarrés s'agitent autour de nous pour monter nos baluchons dans une chambre de luxe, donnant sur le parc. Le dîner ne nous a laissé aucun souvenir, contrairement à la nuit infernale que nous allons subir dans ce temple dédié au fric. De nos fenêtres, on voit une estrade édifiée au milieu de la grande pelouse, deux étages plus bas. Des gradins entourent l'ensemble garni de projecteurs, une troupe de machinistes s'affaire à brancher des kilomètres de câbles électriques : dans quel but ? La réponse arrive vers 23 heures : des beuglements tonitruants jaillissent des micros. Sous les faisceaux des lampes halogènes, des danseurs gesticulent comme des dingues sur les rythmes saccadés d'airs discos qui font fureur dans les spectacles télévisés du pays. Ce tintamarre va durer plusieurs heures durant lesquelles on regrette amèrement le point de chute de notre dernière nuit...
Seul avantage de ce piège luxueux : il est situé tout près de l'aéroport international, lieu du départ à 6h du matin. Pour couronner le tout, en salle d'embarquement, on annonce un décollage retardé de trois heures...
Du hublot, je découvre des paysages sublimes : le désert du Rajasthan, le Pakistan, l' Iran, l'Irak et la Turquie. Montagnes arides, reliefs de roches dorées sous les rayons du soleil. Etendues mystérieuses où tant de voyageurs se sont aventurés dans ces immensités hostiles durant des siècles... | | | À: Fabricia · 15 décembre 2004 à 14:50 Message 30 de 43 · Page 2 de 3 · 3 414 affichages · Partager Dernières photos de Goa Images attachées: | | | À: Fabricia · 15 décembre 2004 à 15:03 Message 31 de 43 · Page 2 de 3 · 3 335 affichages · Partager Si je suis la seule à dire bien fort et bien haut que je suis une admiratrice de tes récits, eh bien voilà qui est dit...
Et merci de ne pas t'arrêter en si bon chemin chère Fabricia, promis ?
Dolma | | | À: Fabricia · 2 septembre 2005 à 14:08 Message 32 de 43 · Page 2 de 3 · 2 972 affichages · Partager merci, je vais y rester 1 mois je pense, puis un autre entre le Karnataka, et les environs de Madras, Bonne journée | | | À: Fabricia · 5 septembre 2005 à 14:00 Message 33 de 43 · Page 2 de 3 · 2 958 affichages · Partager Bonjour Fabricia,
Suite à quelques problèmes j'ai dû changer mon voyage en Afrique pour repartir une 4e fois en Inde. Cette fois j'arriverai à Bombay pour quitter par Varanasi en passant par des endroits que je connais déjà mais d'autres où j'ai hâte de découvrir comme par ex. Hyderabad dont laptitemarie m'avait dit beaucoup de bien aussi d'ailleurs. J'espère y trouver un peu de ton inspiration pour commencer à écrire moi aussi sur ce forum. En tout cas, bravo pour tes récits que j'adore lire & relire régulièrement. | | | À: Mile · 5 septembre 2005 à 14:11 Message 34 de 43 · Page 2 de 3 · 2 957 affichages · Partager Hello Mile, Si tu vas à Hyderabad, tu pourras nous décrire tout ce que tu vas découvrir dans cette ville très peu fréquentée par les voyageurs étrangers... et qui aura peut-être changé depuis mon passage, en 1996.
Je te souhaite de superbes retrouvailles et des nouveautés dont tu sauras très bien nous transmettre les émotions ressenties dans cette région chargée d'histoire. A quand ton départ ? | | | À: Fabricia · 5 septembre 2005 à 22:12 Message 35 de 43 · Page 2 de 3 · 2 950 affichages · Partager Je pars le 4 octore et reviens le 22 décembre après 2 semaines au Nepal où j'aurai le grand bonheur d'assister à un mariage traditionnel. Je me réjouis chaque jour un peu plus en regardant mes billets d'avion sur le bureau. Ah que ça va être bon. J'ai trop de projets et malgré les 2 mois que je vais passer en Inde, ce sera encore trop court comme toujours mais bon, il faut bien être raisonnable et revenir un jour. J'espère aller dans le Gujarat pour voir Palitana, Ahmadabad, et Gir et ensuite Aurangabad, Ellora, Ajanta, Hyderabad, les environs de Badami et Hampi, Mysore, Madras, l'Orissa, Calcutta, les Sunderbans si c'est possible et Varanasi avant de bifurquer sur le Népal. Ca fait beaucoup évidemment mais en 2 mois... De toute façon, si je n'y arrives pas, ce n'est pas grave, j'y retournertai encore une fois de plus et tant mieux d'ailleurs. A bientôt Mile | | | À: Mile · 16 novembre 2005 à 11:16 Message 36 de 43 · Page 2 de 3 · 2 843 affichages · Partager Soupir soupir, mais qu'il est donc bon de se replonger dans ce pays adoré... je viens seulement de prendre le temps de lire ton récit chère Fabricia, j'adore comme tu le décris... Merci tout plein 
Mile, profite!!! On gèle en Belgique!!! | | | À: Parvat · 17 novembre 2005 à 14:50 Message 37 de 43 · Page 2 de 3 · 2 829 affichages · Partager    Je pars samedi en Inde  Si tout se passe comme prévu je vois Mile à Bhubaneshwar ou à Puri vers le 25/11 Début decembre il y a un festival de dance à Konarak
Je décompte les heures maintenant afin de découvrir cette partie de l' inde que je ne connais pas du tout et en plus n'y a presque jamais de discussions sur cette région.j'ai hate de tout visiter Je n'ai pas la plume facile mais je promets que je donnerai des nouvelles de labàs a+ | | | À: Fabricia · 17 novembre 2005 à 16:17 Message 38 de 43 · Page 2 de 3 · 2 823 affichages · Partager Bonjour Fabricia Tu nous as offert, en introduction de ton superbe récit un hommage à ton père. Il a eu la chance de voir sa fille partir pour ce pays qu'elle aime tant. C'était en 1995. Aujourd'hui, je lis et c'est étrange, j'ai une pensée émue pour lui. Nos parents nous donnent-ils des ailes ? Qouiqu'il en soit, j'ai bien aimé la lecture de ton voyage, alors merci. Dom. | | | À: Pondy · 17 novembre 2005 à 16:38 Message 39 de 43 · Page 2 de 3 · 2 821 affichages · Partager Merci, chère Pondy, d'évoquer la mémoire de mon père qui aurait eu 110 ans en cette fin d'année !
C'est tout à fait vrai qu'il m'a transmis le virus des voyages dès mes premières années : il était marin dans la "Royale" durant la grande guerre 1914-1918 et il a bourlingué sur toutes les mers du monde... Le sang vendéen maritime coule dans mes veines ! | | | À: Fabricia · 17 novembre 2005 à 16:58 Message 40 de 43 · Page 2 de 3 · 2 815 affichages · Partager Encore juste quelques mots : Nos parents sont nos porteurs, nos transporteurs de rêve et d'évasion. Bien souvent ils nous ont agaçé, exaspéré, on les a bousculé et critiqué. Si insupportables avec leur "de mon temps", "à mon époque" "autrefois". Souvent inquiets de nos envols, souvent fiers de nos exploits d'explorateurs et puis, un jour, pfuitt...., c'est eux qui partent pour un voyage d'éternité... Dom. | Carnets similaires sur l'Inde: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 7 906 visiteurs en ligne depuis une heure! |