Je vais souvent sur ce blog...française mariee à un thaï...j'ose faire un copie colle quitté me faire taper sur les doigts mais ce petit article m'a touché...
Extrait du blog de Michelle jullian
Le ciel est lourd de pluie en dépit de ce qui est tombé cette nuit. Il est tôt. Comme chaque matin, je passe en vélo la grille de mon immeuble. En face, des buildings en construction. « Ils » sont entassés dans un « pick-up » qui porte bien son nom (pick up : ramasser), serrés les uns contre les autres. Manque de place ou pour se « ternir chaud » ? La brume est glacée après tout. Pour se sentir « ensemble » sûrement, c’est plus rassurant. Pour se réconforter. En silence. Pas de mot ici. A quoi bon ?
Ils ont donc été « ramassés » par un chef de chantier de la méga entreprise. Sans connaissances particulières, sans expérience, ils vont grimper sur des échafaudages de bambou. Jamais entendu parler de vertige. Nos peurs ne naîtraient-elles pas des mots que nous avons mis sur elles ? De nouvelles maladies naissent chaque jour, nouvelles obsessions, angoisses, phobies, anxiétés, frayeurs (créés par les laboratoires pour nous rendre encore plus dépendants de leurs médicaments ?)
La peur, le vertige, le trac ? Ils vivent sur des flancs de montagnes. Les mômes jouent sur des planches en équilibre au-dessus du vide. C’est moi qui leur flanque la trouille en voulant les retenir, les mettre en garde. Alors les échafaudages de bambou, en équilibre sur des planches ajustées vaille que vaille à 15 mètres au-dessus du sol, quelle importance ! Et sans assurance bien sûr.
Ils ont des visages tristes. En attente. La poudre de « thanaka », éventée par l’air humide du matin grisaille leur visage sombre. Combien ont-ils fait de kilomètres dans la brume ? Je les regarde, j’esquisse un sourire. Ils me le rendent. Une ébauche de sourire triste, intimidé. Que veut la « farang » sur son vélo ?
Hier, je parcourais les allées du centre commercial avec mon « chéri » ébloui. Mon pas, en accéléré, le sien, traînant devant la débauche de technologies. Eh oui faut passer par cet étage pour annuler mon abonnement wifi. Je l’entraîne. « Tu ne vois pas le piège ? ». Il se tait. Prostitution, trafic de drogues...
Plus tard, j’attaque :
- Est-ce que c’est vrai que les politiciens qui donnent de l’argent à un chef de village (phou yaï baan) pour qu’il le distribue aux éventuels votants, se fait descendre par des hommes de main, si les électeurs ont mal voté ou pas voté ? SILENCE.
- Est-ce vrai qu’il y a des routes bien entretenues pour le trafic du bois de teck. Celui de
Birmanie et celui près de Mae La Noï ? SILENCE.
- Est-ce vrai que A... (Ça peut aussi bien être abcdefg...) a changé le système des élections des chefs de village – normalement (et avant son règne), élus par les habitants du village pour 4 ans - pour en faire des « élus à vie », jusqu’à leur retraite ? Parce qu’ils sont ainsi beaucoup plus malléables et achetables que s’ils étaient changés au gré de nouvelles élections, donc démocratiquement ? SILENCE
- Est-ce que c’est vrai que A... a voulu faire construire des commissariats de police etc etc ? (voir un de mes anciens articles) SILENCE.
Je lui tape sur la tête (sans lui faire mal).
« Mais réponds-moi à la fin !» SILENCE.
« Pourquoi ce que je sais des dessous de la
Thaïlande, je l’apprends par d’autres que toi » ?
« Parce que si tu les nommes, ils sont morts. »
« Alors, tout ce que je dis est vrai » ? SILENCE.
« Pourquoi tu ne réponds pas » ?
« Ça changerait quoi » ?
« Donc c’est vrai » ? SILENCE.
Jamais entendu silence plus éloquent.