| Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Pondy · 27 avril 2026 à 14:13 · 9 photos 20 messages · 8 participants · 677 affichages | | | | 27 avril 2026 à 14:13 Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 1 de 20 · 677 affichages · Partager J’ai quitté mon pays de coeur depuis 8 jours et rejoint mon pays d’adoption, ou l’inverse, Ecosse-Morvan, Morvan- Ecosse, je ne sais plus très bien.
Après un trimestre sans venir traîner mes pantoufles ici, alors que j’avais affirmé bien haut que je n’avais plus aucun intérêt pour ce site, me revoilà !
Mon imagination ne reste jamais longtemps en jachère. Juste le temps à ma terre intérieure de se reposer. Elle s’envahit d’orties fraîches, celle que l’on cueille sans se gratter. Puis, il est temps de bêcher la terre odorante et laisser pousser l’histoire.
J’ai hésité sur le lieu où situer cette histoire. Peut-être les Highlands, peut-être les îles Hébride, peut-être les îles Orkney, peut-être les îles Shetland. Toute l’ Ecosse est mythe, c’est facile de broder. Puis finalement non, j’aurais presque trop peur de mettre mon âme à nu.
L’histoire se déroulera chez moi, c’est simple, pratique.
1)
Ce matin, je suis debout bien avant l’aube, je me sens un peu ronchon, mais rien qu’un bol de café n’arrangera. J’aime mon bol et nul ne s’avise de le prendre. Il est en porcelaine, bordé de fleurs bleues entrelaçées. Dessous c’est écrit Revol. La manufacture existe depuis bien avant la révolution. C’était le bol de mon arrière-grand-mère. Elle y a bu de l’orge grillé pendant la guerre puis sa chicorée Leroux.
L’année dernière, un petit bonhomme l’a laissé tomber. Mon bol fut cassé en trois morceaux. Une colère noire vibrait fond de moi. Petit garçon était tout embêté, au bord des larmes. Comment aurais-je pu le gronder !
J’ai ramassé les trois morceaux et pris Petit Garçon dans mes bras. Ses cheveux sentaient la légère sueur odorante des tout-petits. Une douce étreinte qui guérit, son chagrin naissant et ma colère, tout s’est évanoui et l’heure a suivi son cours.
Aujourd’hui mon bol est encore plus joli. Homme l’a réparé avec la technique traditionnelle du kintsugi sauf qu’il na pas utilisé de poudre d’or, ni de laque mais de la superglue et il a peint délicatement les cicatrices en bleu de guède. Et mon bol est encore plus beau.
Je m’éternise, je le vois bien, c’est qu’une histoire, ca s’entoure de vie et la vie ne se raconte pas en un claquement de doigts. C’est long une vie. C’est comme en architecture, on fait un sous-cul, c’est le nom donné au dessin de départ au crayon, puis on fait un calque, c’est l’œuvre en elle-même, celle que l’on range ensuite précieusement dans un rouleau en bois. La vie est ainsi, on gomme, on recommence, on utilise un use-bout tellement le crayon rapetisse mais on continue, à rêver, à aimer.
« Vivre est une occupation de tous les instants, une aventure unique. Toujours une surprise et un étonnement à qui il arrive de se changer en stupeur. Et, de temps en temps, un bonheur »*
Bon, trêve de digression, cet exorde est décidément trop long. Demain, je rentre dans le vif du sujet. (je déteste cette expression, j’ai l’impression d’entailler la peau de quelqu’un)
* Jean d’Ormesson
2)
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Heureusement pour nous : The foolish and the dead alone never change their opinions Dit-on ça aussi en Ecosse? | | | À: Xrctn · 28 avril 2026 à 9:30 Re: Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 3 de 20 · 636 affichages · Partager Bonjour l'homme des frontières !
Faut-il changer d’avis comme de chemise, pour une question de propreté et de lessive ? Ta citation me semble bien exister dans beaucoup de pays.
En Ecosse on dit fréquemment « You may as well keep your breath to cool your porridge. » et j’avoue que c’est une façon bien drôle de dire « tais-toi ».
Ceci dit là, où nous vivons, c’est très souvent du gaélique et c’est pour moi complètement incompréhensible et parfaitement hermétique. Je sais dire : « Chan eil mi 'gad thuigsinn », ce qui veut dire -je ne comprends pas-, (essaie de prononcer  ) ainsi soit la personne passe à anglais, soit elle continue en gaélique et...je me tais ! | | | À: Pondy · 28 avril 2026 à 9:45 Re: Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 4 de 20 · 630 affichages · Partager Bonjour Dom
On va appeler cela une pause, plutôt qu’un départ  VF est une belle échappée entre l’ Ecosse et le Morvan et si tu as trouvé le chemin pour arriver jusque ici, alors je suis ravie de te lire à nouveau. | | | À: Kate · 28 avril 2026 à 17:45 Re: Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 5 de 20 · 600 affichages · Partager Te voilà Kate, ici ! J'en suis tellement surprise. Y'a pas photos, ça fait plaisir | | | À: Pondy · 28 avril 2026 à 17:51 Re: Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 6 de 20 · 599 affichages · Partager 2)
J’ai enfilé mes pataugas neuves, 27 euros, ce n’est pas cher et me donne le sentiment de remonter le temps même si elles ne sont pas identiques à celles d’autrefois. Tiens, en aparté, en parlant d’autrefois, il y avait ici une Pataugas que j’aimais beaucoup. Elle a d’ailleurs écrit un roman « l’Or de la mine Dundee » roman écrit grâce à son expérience de vie en Australie. Je ne sais pas ce qu’elle est devenue.
Voilà, que je m’éparpille encore. C’est fou ce que fait mon cerveau quand je tape sur l’ordinateur. Tap-tap-tap, il part dans tous les sens. J’admire les narrateurs qui écrivent des carnets de voyage structurés, agrémentés de photos plus artistiques les unes que les autres. Narrateurs. trices. faut pas oublier le -trices.
Chaussures aux pieds, je pars vers cette clairière qui m’intrigue et m’attire depuis deux décennies. Entourée de feuillus, charmes et chênes confondus, elle a été inextricable quelques années tant les ronces tapissaient son accès. Aujourd’hui rendue accessible par l’association « Tous en chemins », bordée d’aubépine, j’y viens par intermittence comme au spectacle. Elle est baignée de lumière. A l’aube la rosée généreuse est l’abreuvoir des abeilles du rucher tout proche.
Par beau temps, sous une pluie diluvienne, en soirée, les fins de semaine, il y a toujours des promeneurs qui devisent.
S’il y a beaucoup de personnes qui s’entourent de gens pour ne pas passer une seule minute en leur propre compagnie et c’est un peu triste je trouve, dans cette clairière, c’est tout autre chose...
J’aime beaucoup la solitude et je préfèrerai toujours être seule que seule parce qu’on m’a oubliée. Qu’on ne s’y trompe pas, j’aime mes amis (oups -ies), ma grande famille, la bonne chair, la fête, les cousinades etc...mais rester seule, marcher sur la lande, être fouettée par le vent, lever le regard vers le ciel lavé après la pluie, c’est inégalable.
Lorsque j’arrive à la clairière le soleil est déjà haut. Il y a déjà du monde. Un petit groupe est assis sans égard pour les renoncules et l’air sent l’ail des ours aux délicates petites fleurs blanches.C’est une plante mellifère et je soupçonne fort les petites butineuses de se charger les pattes de pollen après avoir bu la rosée.
La souche est libre, c’est là que je m’installe, elle est un peu à l’écart et à portée d’oreilles. parce que j’aime bien observer. Pour l’atteindre, il faut marcher sur la pointe des pieds, les fraises des bois sont un tapis à peine en fleurs et si fragiles.
Il va falloir que je vienne avec un coussin. Cette souche fait mal aux fesses.
.../...
| | | À: Pondy · 29 avril 2026 à 9:09 Re: Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 7 de 20 · 572 affichages · Partager 3) Beaucoup de promeneurs avec qui j’avais plaisir à bavarder ou simplement côtoyer ne sont plus là et le murmure du vent dans le feuillage s’en souvient. J’ai eu beaucoup de peine quand Yanguizzi a succombé au mal des montagnes. Depuis je n’ai rien lu d’aussi passionnant sur la Corée du Nord. Il y avait aussi Le Piaf et ces recettes de cuisine thaï et Thuan l’inénarrable dyslexique passionné des Khlong. Je me souviens aussi avec plaisir du poète canadien Declericy, de Fabricia toujours si courtoise dans ses propos et tant et tant d’autres.
Notez bien que je ne suis ni nostalgique et encore moins mélancolique. La vie est un écheveau de soie qui parfois se rompt. Réparer une pièce de soie nécessite patience et doigté. Un petit point de surjet sur les bords puis des petits points pour fermer la déchirure. Il faut beaucoup plus de patience pour ravauder de la soie qu’une grossière pièce de toile. Ce qui fut n’est plus, aujourd’hui est autre.
Un petit extrait de cette si jolie poésie d’Aldebert :
« C'est quoi la musique? C'est du son qui se parfume C'est quoi l'émotion? C'est l'âme qui s'allume C'est quoi un compliment? Un baiser invisible Et la nostalgie? Du passé comestible C'est quoi l'insouciance? C'est du temps que l'on sème C'est quoi le bon temps? C’est ta main dans la mienne
C'est quoi l'essentiel? C'est de toujours y croire Et un souvenir? Un dessin sur la mémoire C'est quoi un sourire? C'est du vent dans les voiles Et la poésie? Une épuisette à étoiles
C'est quoi l'indifférence? C'est la vie sans les couleurs Et c'est quoi le racisme? Une infirmité du coeur C'est quoi l'amitié? C'est une île aux trésors Et l'école buissonnière? Un croche-patte à Pythagore
Sur ma souche inconfortable, j'entends, je vois tellement de choses, je laisser couler le temps.../...
| | | À: Pondy · 29 avril 2026 à 9:14 Re: Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 8 de 20 · 570 affichages · Partager J’ai eu beaucoup de peine quand Yanguizzi a succombé au mal des montagnes. Depuis je n’ai rien lu d’aussi passionnant sur la Corée du Nord. Il y avait aussi Le Piaf et ces recettes de cuisine thaï et Thuan l’inénarrable dyslexique passionné des Khlong. Je me souviens aussi avec plaisir du poète canadien Declericy, de Fabricia toujours si courtoise dans ses propos et tant et tant d’autres.
Et François... sans qui tous ces gens ne se seraient jamais rencontrés. | | | À: Pondy · 30 avril 2026 à 12:11 Re: Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 9 de 20 · 546 affichages · Partager 4)
Ce matin, j’avale en vitesse mon café et, coussin sous le bras je file à la clairière déjà tachetée de soleil. Je fonce sur Ma souche et pousse un énorme soupir de soulagement. Mes mots sont toujours bien empilés et nul n’en a dérangé l’ordonnancement. Il y a Kate qui signale que j’ai oublié d’inscrire François et je l’en remercie.
Une petite brise désagréable me fait frissonner et envoler mon feuillet du jour. Un homme athlétique et chauve, ce n’est pas antinomique, le ramasse, le froisse et le met dans sa poche. Sur ce feuillet maintenant disparu était écrit ceci (toujours conserver les doubles) :
-Aujourd’hui je ne connais plus grand monde, faut dire que je ne suis guère causante.
Des étiquettes sont épinglées sur les légères vestes, le printemps est un peu froid encore. Ce sont des étiquettes avec des noms accolés à des des numéros. Ca fait des années que je me demande à quoi servent les chiffres après les noms. On lit : Solène40, Rouquine38, Valmiche86, Montagnard74, Muriel18 j’imagine que ce sont leur département d’origine. Plus étrange une Aleph240758 ? Pas un numéro de téléphone, peut-être une date de naissance. Et un Jojoone1 ? Pourquoi 1 ?
Des gens sont assis en cercle dans l’herbe tendre. A mon avis ils vont avoir les fesses mouillées.
C’est presque toujours le même groupe. Ils s’aiment bien, se congratulent souvent, se renvoient la balle, surtout lors des rétrospectives de leurs nombreux voyages. D’ailleurs, pour preuve de leur bonne entente, ils s’appellent généralement par leur par prénom : Pascale, Jean-Michel, Xavier (lui en vrai c’est xctcn, difficile à prononcer). Agnès, Thierry, Joël, Carmen, Murielle et Muriel, Catherine. Certains, voyagent sans cesse, quelques jours de vacances, hop, ils partent, hop ils rentrent, hop ils racontent et hop ils repartent. C’est vertigineux.
Sur ma souche je me délecte à écouter deux voyageurs en particulier, SimonL- Loïc et Puma2A- Alain, de Corse sans doute.. Je suis intriguée par leur connaissance animalière, comment font-ils pour repérer le petit oiseau jaune à bec rouge et en dire le nom ? Ont-ils une formation d’ornithologue ?
Ici, la clairière bruit de chants d’oiseaux. Des oiseaux dont j’ignore le nom. Je reconnais facilement les traces de sangliers. Cette nuit a sans doute vu passer une compagnie car le sol est complètement retourné vers les chênes au fond de la clairière. Ca ne peut pas être une empoignade entre Attila et Tatra, ils ne vont jamais jusque là !
Il y a aussi une femme, Ticapi, qui raconte vraiment bien le Pérou et la Bolivie, tout comme Un marati-Guillaume.Et aussi une jeune Mathilde pour la Namibie ou encore Holigirl pour l’ Afrique du Sud (holi me fait penser à l’ inde et à sa fête des couleurs).
Namibie Tanzanie, Afrique du Sud ont le vent en poupe et j’aime bien écouter parler de ces pays où je n’irai jamais.
J’ai lu également avec beaucoup d’intérêt le voyage singulier en transport public d’Olive842 (curieux ce numéro), en bus, en train, en ferry avec de très, très belles rencontres.
Un peu à l’écart, il y a des gens qui reste incognito ! Quelques passants qui ne font que passer, c’est le rôle du passant. Parfois ils osent poser une question puis filent sous les arbres à peine la réponse donnée.
Et zut, il faut que je rentre à la maison, le 1er mai est tout proche, mon petit monde va arriver ce soir. Le muguet tapisse le sous-bois, une cueillette parfumée s’annonce.
| | | À: Pondy · 30 avril 2026 à 19:07 Re: Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 10 de 20 · 525 affichages · Partager (lui en vrai c’est xctcn, difficile à prononcer)
et parfois difficile à écrire ! PS merci pour le brin de muguet que je vais m'empresser d'envoyer à C ( pour Candice), notre fille ainée qui fête son anniversaire le 1er mai. | | | À: Pondy · 30 avril 2026 à 20:06 Re: Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 11 de 20 · 513 affichages · Partager Sur ma souche je me délecte à écouter deux voyageurs en particulier, SimonL- Loïc et Puma2A- Alain, de Corse sans doute.. Je suis intriguée par leur connaissance animalière, comment font-ils pour repérer le petit oiseau jaune à bec rouge et en dire le nom ? Ont-ils une formation d’ornithologue ?
D'abord MERCI à vous, pour le muguet; il n'y en a pas chez nous.
Merci de vous être "délectée" de mon (mes) récits. C'est le but -à mon avis- d'un carnet de voyage d'apporter du plaisir à ceux qui ne pourront pas réaliser ce même voyage.
Oui, je suis un Gascon installé en Corse du sud.
Non, je ne suis pas ornithologue, mais avec l'habitude on finit par savoir les noms de certains oiseaux, et pour les autres il suffit d'écouter, et noter ce que dit le guide, puis de vérifier et rechercher le nom français sur le net.... Je suis même un peu fâché avec les vrais ornithologues.... !!
Mais les oiseaux sont une composante importante des safaris africains...
Merci à vous et Bonne Fête...
Pas de muguet sauvage en Corse (ou très rare) mais beaucoup de fleurs dans le maquis en ce moment.
Salutations.
... | | | À: Pondy · 1 mai 2026 à 15:42 Re: Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 12 de 20 · 482 affichages · Partager Quel plaisir de te lire ici chère Pondy. Je suis dans la catégorie "incognito". Je suis le concours photos mais n'y participe pas car je ne peux rivaliser avec les "vrais" photographes. Mais je me délecte de leurs œuvres (particulièrement du macareux...) | | | À: Pondy · 4 mai 2026 à 9:36 Re: Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 13 de 20 · 421 affichages · Partager 5)
Cette clairière bien entretenue par l’association « Tous en chemin » n’est plus très fréquentée. Faut dire que l’échoppe qui faisait office de restaurant est complètement vide. Depuis que Gabrielle63 est venue chercher des recettes et des plats typiques de Sardaigne, plus personne ne s’est installé sur les bancs vermoulus.
Un temps, certains venaient avec la sono et on pouvait écouter les musiques du monde. Heureusement Hery dit Taamaden vient de temps en temps proposer des cd. Il rend hommage à des musiciens dont je n'ai jamais entendu la moindre note et que je découvre. Cet homme est incroyable tant son français est impeccable.
La boîte à livres est quasiment vide. Il ne reste que quelques magazines Géo complètement gondolés.
Dans cette clairière si bien protégée des vents, les gens aiment aussi les jeux de photos. Je pense à Unamilanese. C’est une femme cultivée et je me sens souvent minuscule quand je la lis. Je l’évoque ici parce que ses photos sont, pour moi, source de connaissance. Je regardais par dessus l’épaule de Rouquine une photo nimbée d’une douce lumière intitulée « hommage à Ivo Andric, la Drina, à Visegrad » C’est ainsi que j’ai découvert un écrivain yougoslave et j’ai trouvé le livre « le pont sur la Drina » Et Kate, qui présentait des jolies photos autrefois et qui maintenant propose de superbes photos, quelle incroyable progression.Peut-être exposera t-elle un jour ! Je ne participe pas à leurs échanges de photos parce que comme le dit Timouss, je ne me sens pas à leur vertigineuse hauteur ! Ainsi lorsque je je regarde celle de Philipperb, Rouquine, Tylassin, Gaura et tant d’autres, je me tiens coite.
C’est ainsi, pas de quoi se morfondre.
Etendu dans l’herbe les mains sous la tête, un homme encore jeune qui dit s’appeler FamilleUS mais c’est Manu s’interroge à propos de l’IA. Entre fascination et crainte, cet outil va peu à peu nous déshumaniser. L’Ia ne pourra jamais débroussailler mon pré, l’IA, ne pourra jamais caresser la main d’un patient au terme de sa vie, et si l’IA générative est capable d’aborder des problèmes de tous types, d’organiser des voyages aux petits oignons sans se tromper ou presque que restera t-il de ce délicieux frisson de la découverte, de l’imprévu, de la mésaventure ? C’est bien souvent ce dont on se rappelle le mieux quelques années plus tard. L’IA, pour moi n’est qu’un grand plagiaire qui régurgite ce qu’elle a attrapé dans l’immensité d’internet.
Je me suis souvent interrogée sur ces gens qui vont et viennent dans la clairière. Sont-ils mariés, célibataires ? Sont-ils parents, grands-parents ? Sont-ils heureux, passionnés, angoissés, malades, guéris. Ont-ils beaucoup d’enfants ? Habitent-ils en maisons, en appartement, en ville à la campagne. Quels est leur métier ? Maçon, architecte, infirmier, médecin, ébéniste ou charpentier, fleuriste, mécanicien, dentiste. Ont-ils une profession indépendante, sont-ils fonctionnaires, ou travaillent-ils dans le privé ? Ont-ils un treizième mois, un quatorzième mois, sont-ils chômeurs, retraités ? Sont-ils handicapés ? Ou vivent-ils, sont-ils amoureux, ont-ils aimés, sont-ils aimés ?
Parce que, finalement, je crois bien que l’essentiel est là...
| | | À: Pondy · 4 mai 2026 à 21:43 Re: Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 14 de 20 · 393 affichages · Partager Mince, tu te sens coite devant aussi les pauvres photos de mon petit téléphone. 
Tu vois, tes histoires en semi réalité ont réussi à me faire sortir de mon mutisme.
Nous sommes sur un site de voyage, lorsque je vois ton pseudo, je ne peux que penser à Pondy Chérie ;-) | | | À: Pondy · 6 mai 2026 à 16:17 Re: Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 15 de 20 · 345 affichages · Partager Comme il y a quelques fouslovers, merci Tylassin, le dernier en date, qui suivent, je poursuis mon histoire... (au fait Xavier, j'ai écorché ton nom, tu n'as pas eu mal j'espère !) __
Ce matin, j’écoutais distraitement la radio, 14 morts en Ukraine, 4 morts en Israël, 108 drones lancés, 3 morts à la frontière russe, un navire bombardé, des blessés et je buvais benoîtement mon café en regardant le soleil qui tranquillement me montrait les traces de coups de chiffon sur les vitres lavées hier.
J’ai eu un coup au coeur, pas pour les vitres décidément encore opaques mais pour des informations calamiteuses que j’écoutais si distraitement. Les hommes meurent tellement partout que cette litanie quotidienne épouvantable glisse sur moi sans honte. J’ai honte.
J’ai griffonné un mot pour Homme encore endormi : « je vais à la clairière » et je suis sortie, sabots de jardin vert fluo aux pieds et en pyjama. Un pyjama en pilou-pilou le même que celui de Vincent Macaigne qui joue Julien dans le « sens de la fête », un pyjama qui ne fait pas trop pyjama mais qui est un pyjama quand même.
On pourrait se demander comment les gens arrivent dans la clairière. Elle est connue, je le sais. Ils arrivent par le bouche à oreille parce que le cousin de l’amie du voisin, celui qui a été en Namibie et qui a raconté son voyage l’a conseillé à son meilleur copain qui l’a dit à la sœur du cousin de l’amie du voisin. Viennent aussi des gens qui ont cherché l’endroit le plus cool, le plus ouvert, le plus instructif, là où l’on peut discuter sans se préoccuper de l’heure qui tourne. Ce sont ceux qui aiment les voyages avec l’éternel « hors des sentiers battus » et qui se refilent les bonnes adresses qui en feront au fil du temps des sentiers tellement battus que ça fera mal d’y aller.
En fait l’association « Tous en chemin rural » a bien balisé l’accès. Deux façons pour y parvenir. Soit on prend le large sentier herbeux bordé d’aubépine, de prunellier et de noyers soit on passe par le sud, par la forêt en traversant l’ancienne mine d’uranium de Dun sur Grandry. C’était une mine à ciel ouvert aujourd’hui couverte de végétation et le sentier longe l’étang dont elle a été en partie recouverte. En principe, ici, dans le Morvan les anciennes mines d’uranium sont fermées et surveillées mais tout le monde se promène et cueille le muguet qui pousse là avec allégresse.
Ainsi, on arrive en peu de temps à la clairière. J’allais dire en un clic.
Ce qui fait l’unicité de cette clairière (faudrait que je trouve un synonyme, ça m’agace de répéter sans cesse clairière), c’est son puits. On l’appelle le -puits des fous-, je vous raconterais ça, peut-être !
| | | À: Pondy · 14 mai 2026 à 21:10 Re: Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 16 de 20 · 232 affichages · Partager Ouh ! Ouh ! Je suis près du puits. Tu viens quand ?
Le niveau en est si bas qu'il a fallu rallonger la corde. Est-ce un puits sans fond ? L'étrange peuple voyageur a-t-il rejoint d'autres rivages ? Des fleuves puissants dont la source est en Amérique ? Quelques gouttes suffiront-elles à réamorcer la pompe ?
(Je termine Aqua, excellent dernier roman de Gaspard Koenig qui, des ministères aux maires et aux usagers, cherche la source. Le lisant j'ai souvent pensé à des amis élus mais j'ai le souvenir que Homme l'est aussi –et pas seulement de ton cœur) | | | À: Voyajou · 17 mai 2026 à 9:52 Re: Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 17 de 20 · 174 affichages · Partager Bonjour Voyajou,
Sympa d’être passé dans cette clairière. Je ne lis pas de philosophie, ma culture est plus présente dans celle des radis et des tomates. Je lis beaucoup aussi. Une de mes petites filles, elle a dix ans, a lu « le garçon au pyjama rayé » de John Boyne, auteur irlandais. (littérature jeunesse). L’histoire d’un enfant juif et d’un enfant allemand, c’est poignant. Oublié à la maison, je l’ai lu à mon tour et, ne connaissant pas cet auteur irlandais, j’ai, par la suite, lu et dévoré tous ses romans, découvrant ainsi une Irlande loin des clichés verdoyants ainsi que la rudesse des moeurs de la vie des gens jusque dans les années 2000. Je connaissais Nuala O’Faolin qui évoque dans ses romans son extrême solitude et la difficulté d’être femme dans une Irlande corsetée de religion. Je n’avais jusqu’alors qu’une image d’Epinal de cette île. Bref, je ne suis jamais allée en Irlande et irais-je un jour, je l’ignore.
Et, comme tu fais mention de -l’élu de mon coeur- qui s’est dégagé de toutes ses obligations d’élu sauf celle de marcher à mes côtés avec tant de patience, dis toi que contrairement à ce livre surprenant que je viens de terminer « l’homme qui prenait sa femme pour un chapeau » (Oliver Sacks), il sait me reconnaître au milieu de la foule et me retrouver quand je suis perdue.
Mais comme tu attends sans trépigner, ni te plaindre devant le puits des fous, je vais t’en parler. Bientôt.
Ce ne sera pas nécessaire d’appuyer sur le bouton !
| | | À: Pondy · 17 mai 2026 à 11:19 Re: Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 18 de 20 · 157 affichages · Partager John Boyne. [..] ne connaissant pas cet auteur irlandais, j’ai, par la suite, lu et dévoré tous ses romans.
Alors, sans doute parmi tous ces romans se trouve, Les éléments, son dernier ouvrage qu'il faudrait découvrir sans rien en savoir, sans rien qui atténue la claque de cette histoire extraordinaire très sombre mais jamais désespérée. Sa construction magistrale, la précision des caractères, l’insoutenable que l’on doit imaginer car l’auteur, se gardant de toute démonstration morale ou complaisante, nous laisse le faire... et les éclats de lumière.
Un livre exceptionnel dont on a envie de parler pour donner l’envie de le lire... afin de pouvoir ensuite échanger les impressions si fortes qu'il a suscité. | | | À: Pondy · 17 mai 2026 à 19:29 Re: Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 19 de 20 · 139 affichages · Partager Je confirme ce que dit Kola. Les éléments est un livre magistral (merci L  )
Je n’ai pas lu « Le garçon au pyjama rayé » mais j’ai vu le film. Beau, simple et cruel. Mais ce n’est pas un « grand » film. J’aurais dû commencer par le livre... | | | À: Pondy · 27 mai 2026 à 10:17 Re: Un p’tit goût de reviens-y fantaisiste ! Message 20 de 20 · 96 affichages · Partager Je n’ai plus l’énergie de raconter l’origine du puits des fous, je suis épuisée !
Qu’importe, le puisatier qui avait construit ce puits, ce lieu où la mémoire est puits, un puits à ciel ouvert, à margelle de pierre, le puisatier est mort et, avec lui, a emporté l’envie d’aller explorer le fond du puits.
Le treuil a disparu, ne reste que les barreaux de fer scellés dans la pierre.
Rien à voir avec les baoris, ces puits à degrés en Inde. Ca pourrait ressembler aux qanat d’ Iran, car, dès le fond du puits court une multitude de galeries où chacune porte un nom gravé dans la pierre : -voyager à pied-, -voyager à cheval-, -voyager à petits prix- et tant d’autres galeries quasiment abandonnées.
Jadis une large galerie nommée -pensées et réflexions- était alimentée par des gens qui souvent étaient des puits de connaissance. Les idées sourdaient à la vitesse d’un clavier. Celui qui se risquait à exprimer une idée différente était, j’ose le dire, souvent humilié. Ces gens étaient donc des puits de science. Ils répondaient à une question simple par un exposé de cent lignes. Des documentaires d’Arte pour le moins. Tu disais que tu aimais bien les romains et hop, erreur fatale, tu recevais une réponse sur la chute de l’empire, les aqueducs, le garum, et même sur la technique pour lacer les caligas.
Le puits de science adore corriger les autres... mais avec le sourire. « Je ne voudrais pas chipoter mais en réalité... » Et bam, ne te reste qu’à fermer ton clapet et filer vers d’autres galeries moins risquées : les livres, la musique, la cuisine, bref ce qui te plait.
Aujourd’hui, les gens ne s’aventurent pas dans ce puits des fous, ils restent à la surface des choses, dans la clairière ombreuse, un espace sans histoire autre que celle de voyages racontés où une poignée d’irréductibles se pâment et s’enthousiasment, se congratulent les uns les autres et heureusement qu’ils sont là car l’extinction serait proche, la végétation gagne toujours et les églantiers, les prunelliers piquants et les fougères prendraient toute la place.
Aujourd’hui encore, c'est une chance, les chênes protègent les charmes et immobiles écoutent le bruit du vent et le hululement des chouettes.
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