Cours de dessin
Madame Rubens dont le nom prédestiné donne à ses rondeurs le charme et la douceur, organise en fin d'année, dans l'atrium du lycée, l'exposition de photos et de dessins. Depuis longtemps déjà, elle sait que ses élèves rechignent au difficile apprentissage des perspectives, qu'ils ne veulent plus dessiner vases et pots aux reflets incertains sur le papier canson requis.
L'exposition suscite l'enthousiasme débordant et le thème de cette année : "la Terre".
Ils sont presque tous là et s'affairent à punaiser leurs oeuvres ; amateurs de nikon, kodak, minolta et autres, ainsi que les croqueurs bien moins nombreux.
Simba rejetant en arrière sa courte crinière n'a pas choisi les clichés des pays de savanes arides et étonnament elle place des photos de fontaines ruisselantes,
Fabricia, romantique et matinale offre ses levers de soleil et touche d'un doigt léger la beauté d'un monde quotidien. A côté d'elle
Vilcanota très technique propose une envolée de sommets enneigés en discutant âprement avec
koudou des mérites de la retouche.
Sur le grand panneau de liège voisin,
Tonytoon toujours en quête d'un boîtier étanche demande conseil à
Christian06 qui, quand il ne sèche pas les cours à la barre de son Poséïdon s'émerveille de sa rencontre avec les raies-manta.
Joseph09, toujours discret, se glisse entre les deux compères et fixe ses fleurs éclatantes aux légères corolles et tout en bas du panneau, une petite ruelle de
Marrakech.
Devant l'abondance des photos indiennes, Madame Rubens, qui comprend l'engouement de ses élèves impose cependant à chacun une seule photo.
La
Petimarie place délicatement le cliché de son homme mat enturbanné de blanc et
Phil64 triche un peu car il va mettre une aquarelle sur un autre panneau. C'est égal, il fixe la femme en sari vieux-rose devant une porte bleue et fait sourire son amie
Babeli qui offre à l'exposition ses portraits splendides de pureté.
Trekkerreub qui a quitté le lycée a donné sa contribution à
José : des portraits en noir et blanc sombres et si lumineux que le regard s'y perd. José pique les punaises sur son cliché, celui de la fillette portant une brassée de coquelicots.
Simon choisit d'offrir au regard la vieille locomotive se découpant sur l'azur du ciel en barvardant de sa passion péruvienne et bolivienne avec
Loopkin qui affiche un champ roux et blond aux meules roulées côte à côte.
Anaka qui ne porte pas le même regard que phil64 sur leur art respectif pose son dessin en riant avec
Anto22 qui hésite entre l'africaine portant en équilibre sur la tête un lourd baquet vert et un portrait du Che.
Nadja n'est pas convaincue et d'ailleurs est toujours mécontente du vol de deux carnets qu'on lui avait dédicacé.
L'atrium bruit d'effervescence et Madame Rubens place la dernière touche.
Sur un écriteau de bois aux lettres peintes en rouge on lit " Ici, nous pouvons voir Celui qui oublie si souvent la beauté de la Terre ". Elle plante le panneau dans une caisse verte. La caisse est vide et tout au fond, il y a un miroir....
Puis, elle tend une couronne de laurier au jeune
Gaelmartinez, ce n'est pas pour son cliché du palais mediana azarat, mais pour le remercier du bon moment passé dans l'atrium.
Dans le froufroutement de son ample robe, elle s'éloigne et laisse définitivement sa place aux élèves.i