Après quelques semaines de silence, me voilà de retour pour la suite de notre histoire. Je n'ai fait que retarder ce moment car cette journée n’est de loin pas ma préférée du voyage. Pourtant elle avait bien commencé... Allez, j'y vais, je me me replonge dans mes souvenirs.
Jour 16
Aujourd’hui, il est prévu que nous passions la journée aux marais de Bigodi.
Ronnie nous dit que l’après-midi, on aurait normalement dû faire le tour des lacs de cratère autour de Nkuruba, mais comme il a vu qu’on aimait bien les animaux, on risquait d’être déçus, alors il avait pensé que c’était mieux de faire « full day » à Bigodi.
Nous, on est plus que contents et, évidemment on accepte. Le plan convenu est de revenir vers 15h00 à Nkuruba, d’avoir un moment de libre, et de prendre le repas du soir à 17h45, pour être de retour à
Kibale à 19h30 pour le « night walk ».
On prend notre petit déj’ à 6h00, on commande le repas de ce soir et, une demi-heure après, on est sur la route pour les marais de Bigodi. A cette heure-ci, il n’y a pas grand monde sur la route, quelques 30 minutes plus tard on traverse la forêt du
parc national de Kibale.
Scène dans la voiture :
Moi : « tu veux pas sortir l’appareil photo? »Mon ami : « euh... non, pourquoi? »
À ce moment-là, 2 chimpanzés, un adulte et un jeune, traversent la route à une vingtaine de mètres devant nous et s’arrêtent quelques secondes une fois de l’autre côté pour nous regarder passer.
En une heure le jour précédent, on ne les avait pas aussi bien vus...
Moi : « euh... pour ça! »
Pas de photo de cet instant... « no comment »...

15 minutes après, on arrive au village de Bigodi et on rencontre Leo, qui sera notre guide pour la journée. Il fait partie des guides de la communauté de Bigodi. On commence l’observation des oiseaux dans le village.
Lesser striped Swallows
Puis, après être passé à côté de la pompe à eau du village, bondée à cette heure-ci, on traverse la cour de l’école, où visiblement, les cours de biologie se passent à l’extérieur.
On continue jusqu’aux champs alentours. Assez rapidement, nous voyons une vingtaine d’oiseaux différents, bien que certains jouent cache-cache avec nous, dont un calao à joues grises qui n’avait pas très envie de se faire tirer le portrait

Viellot's Black Weaver (mâle)
Black and White Shrike-Flycatcher (femelle)
Yellow-spotted Barbet
Blue-headed Tree Agama (mâle)
Eastern Grey Plantaineater
Central Emperor Swallowtail (papilio ormieri)?
On traverse bananeraies, caféiers, champs de cacahouètes et de maïs. On arrive dans les marais et leurs énormes papyrus. Leo, nous explique comment se font les différentes cultures. Il est vraiment de très agréable compagnie et est incollable sur les oiseaux!
Il fait chaud, très chaud, pas un nuage dans le ciel

. C’est la première fois qu’on a un tel ciel bleu en 2 semaines. Pas le top pour l’observation des oiseaux, mais on ne peut pas tout avoir

Il est maintenant passé 13h00 et la faim se fait sentir, nous n’avons pas pris notre pique-nique avec nous, Ronnie a dit qu’il nous l’apporterait. On demande à Leo quand est-ce qu’on peut s’arrêter déjeuner. Il appelle Ronnie et, vers 14h00, ce dernier nous apporte notre repas, puis repart en voiture. On pique-nique, des chapattis (un peu secs), assis sur la piste de terre rouge. Des gens du village voisin passent en observant ces drôles de Mzungu tout rouges et trempés de sueur.
Leo est, lui, infatigable. Même pendant que nous mangeons, il ne cesse de chercher de nouveaux oiseaux.
Pour mon grand bonheur, on voit aussi un cobra des forêts

,
un écureuil - héliosciure à pattes rousses /
Red-legged Sun Squirrel (pas de photo), un Colobe d’
Ouganda /
Uganda Red Colobus, et un Lophocèbe à joues grises /
Grey-cheeked Mangabey, que je désespérais de voir.
Après une pause d’une vingtaine de minutes, on repart à la recherche d’un oiseau spécifique, le gonolek des papyrus, qui ne se montrera pas... Leo insiste pendant 1 heure à coup de replays sur son smartphone, mais l’oiseau est coriace.
Et je dois avouer (un peu honteusement) qu’après 8 heures sur le terrain, on en a un peu marre...
Il est plus de 15h00 maintenant et on se demande quand est-ce que le tour va se terminer. Mais Leo est tellement enthousiaste qu’on ne veut / n'ose pas l’interrompre...
A 16h00 (tout de même), mon ami lui demande à quelle heure le tour est censé se terminer. Leo nous répond que Ronnie lui a dit que c’était à nous de lui dire quand on avait envie de finir.
Euh, mais il ne nous a pas dit ça à nous ?! On aurait fini il y a des heures! Il est quand même incroyable celui-là!
On retourne donc vers le village toujours en observant de nouveaux oiseaux et on voit enfin un timide Cercopithèque ascagne /
red-tailed Monkey qui se cache dans les papyrus, d’ailleurs on est assez étonnés de les voir gambader là-dedans et pas dans la forêt.
Pour finir, à force de s’arrêter en route, on arrive à 17h35 au village soit 10h20 après avoir commencé la journée 😬 On n’en peut plus (!) et, en plus, ce soir c’est la seule occasion qu’il nous reste de faire une balade dans la jungle de nuit... D’ailleurs, on était censés souper / dîner au Lodge à 17h45...
Au bureau des guides, Ronnie nous attend. A peine arrivés, il nous dit qu’il faut donner une « small extension ». On ne comprend pas tout de suite qu’en fait on doit payer 60 dollars de plus, parce qu’il avait payé que pour le matin et on a fait la journée entière (!) C’est un gag!!!!

On sent la colère qui monte


. Je calme mon ami en lui disant qu’on déduira cet argent de la somme que nous n’avons pas encore versée. Après toutes les mésaventures/déceptions du début, nous avons retenu une somme d’argent de ce que ce qui nous était revenu en retour, suite à la fermeture du compte en banque du TO.
Nous sommes furieux.
Je demande à Ronnie où va se passer le tour de nuit. Leo ne savait pas si c’était lui qui nous guiderait. Il me répond soit à Bigodi, pour 60 dollars par personne soit à
Kibale pour 80.- /personne. Il essaie de nous pousser à prendre Bigodi, nous choisissons
Kibale... sûrement par pur esprit de contradiction.
Nous nous arrêtons au headquarters du parc.
Là, je découvre que les rangers sont disponibles sans réservation préalable. On paye les 160 dollars pour le night walk, c’est cher, mais je m’en fiche. Je suis en colère. Ronnie nous a menti encore une fois. On aurait très bien pu faire le night walk le jour précédent.
Au retour, il y un silence glacial dans la voiture. Ronnie finit par nous dire que c’était effectivement peut-être plus sage d’avoir pris le tour avec les rangers à
Kibale. Parce qu’eux, ils sont armés et pas les guides de Bigodi, on ne sait jamais des fois qu’on croise un buffle ou un éléphant... non mais je rêve!
On retourne souper/dîner au Lodge qui se trouve à une trentaine de minutes. 18h35, on passe à table avec presque une heure de retard. C’est Matoke et curry de légumes au menu. On en est à la 3e ou 4e bouchée, quand Ronnie nous dit qu’il a rediscuté avec Moses, le TO, et que la pension complète était prévue pour 16 jours au lieu des 23 jours que dure le voyage et qu’à partir de maintenant on allait devoir payer tous nos repas.
Quoi ?!
Moses avait effectivement écrit ça dans son email, mais on avait trouvé ça tellement bizarre qu’on avait clarifié avec lui des mois avant de partir, et il nous avait confirmé que ça serait pension complète pour l’entier du séjour.
C’est quoi ce retour en arrière ? On montre à Ronnie l’email qui dit que la pension complète est pour l’entier du séjour. Ronnie appelle Moses, et nous demande de clarifier avec lui. NON! Il n’y a rien à clarifier tout est écrit. Aucun de nous deux ne prend le téléphone tendu. Il raccroche et moi je quitte la table, ils m’ont coupé l’appétit, je n’en peux plus de ces 2 types qui nous bousillent le voyage depuis le début!
Il est 19h00, d’un ton glacial, je dis à Ronnie qu'il est l'heure d'aller à
Kibale pour notre night walk. Il me montre son assiette à moitié pleine, J'en ai que faire qu'il n'ait pas fini de manger. Je ne souhaite pas que notre tour soit écourté parce que Monsieur doit finir son assiette. La coupe est pleine!
A19h05, on repart pour
Kibale. Notre ranger s’appelle Jennifer et elle aura bien du mal à trouver des animaux... au bout de 45 minutes, Nada... pas âme qui vive.
Puis, tout à coup une civette apparaît, première fois qu’on en voit une de si près, quelle excitation! c’est assez grand en fait. Pas le temps de faire une photo, elle a déjà disparu dans la nuit.
On scanne les arbres de notre lampe-torche à la recherche d’une « eye reflection », galagos et pottos sont censés être quelque part par là. On finit par trouver vers la fin du tour et avec beaucoup de peine un petit galago de Thomas. On voit aussi une grosse boule grise dans les arbres. Jackpot ? il s’agit en fait d’un red-tailed monkey tout endormi, on fait attention de ne pas le réveiller

Jennifer est toute désolée. On essaie de la rassurer, on sait bien que ça dépend de Mère Nature et qu’on est (surtout) pas dans un zoo.
Sur le trajet du retour, on verra encore une genette toute collaborante et 2 chacals à flancs rayés /
Side-striped Jackal traversent la route à quelques mètres de nous. C’est la seule et unique fois qu’on en verra.
On arrive au lodge à 22h. Ils nous ont réchauffé le repas de tout à l’heure. Pas question que j’aille m’asseoir à table avec Ronnie. J’ai pourtant faim...Je me contenterais d’un paquet de cacahouètes qu’on a encore. Mon ami va lui manger avec Ronnie pour discuter de la suite du voyage.
Voilà c'est fait, je l'ai raconté... rien qu’en me remémorant et en réécrivant cette journée, toute l’exaspération/frustration ressentie ce jour-là remonte. C’est bien ce que je redoutais... maintenant c’est derrière

je peux continuer à raconter le reste de notre voyage en toute sérénité...