Autre étude intéressante qui abat quelques idées reçues...
"....les populations locales ne peuvent pas rester indifférentes aux gains engendrés par l’augmentation du prix des produits de l’arganier. De plus en plus de familles se mettent à vendre de l’huile d’
argane, en empruntant les réseaux marchands du
souk (Simenel
et al, 2009). Les données réelles concernant la production totale des fruits d'
argane entre 1998 et 2012, n'existent pas, mais selon les déclarations des locaux, la production en 2012 est plus élevée que celle des autres années. Cette recrudescence d’intérêt économique pour l’huile d’
argane, de la part des populations locales, s’est traduite par l’extension spatiale des aires de cueillette. En effet, pour la récolte des amandons, les femmes ne se contentent plus des arganiers situés dans leurs champs ou dans les
agdal15
; elles se mettent à cueillir les fruits situés partout dans l’arganeraie.Tous les fruits des arganiers sont ainsi ramassés. Avec l'évolution de la valeur des fruits d'
argane et les exigences de qualité, la majeure partie des fruits est collectée manuellement puisque les graines collectées à travers les chèvres sont de moindre qualité (Aboudrare
et al., 2009). On voit même des gens gauler les fruits, ce qui nuit à la prochaine floraison mettant ainsi en péril la régénération naturelle de l’arganeraie. Les femmes aussi se comportent en prédatrices vis-à-vis de l’arganier en pratiquant une cueillette à la sauvette et de manière braconnière. Une cueillette qui ne peut plus s’accompagner des pratiques d’entretien de l’arbre puisqu’elles sont interdites et relèvent traditionnellement du domaine masculin. Ainsi, en allant à contresens des systèmes agro-sylvo-pastoraux traditionnels et en raison du décalage entre les actions menées et le modèle local de gestion de l’arganier (Simenel
et al., 2009), les actions des développeurs ont transformé les populations locales en agents destructeurs.
D’un système d’apprivoisement de l’arbre et de la forêt, on passe à un système d’annihilation où seule la pratique de la cueillette devient légitime. Une cueillette-braconnage, conséquence indirecte de la montée des prix des produits d’
argane. Les familles vivant dans la pauvreté chercheront à tirer profit de ce filon en ramassant tous les fruits d’
argane (
affiache) se trouvant dans l’arganeraie afin de les vendre aux intermédiaires. La quantité de fruit collecté par famille est plus importante en 2007 qu'en 1999 et le nombre de familles collectant les fruits manuellement dans les arganeraies a plus que doublé ces dernières années. Aussi, les populations sont devenues plus agressives pour la collecte des fruits à travers l'utilisation de la pratique de gaulage qui peut causer des dommages importants pour les arganiers. Cette pratique est le résultat de l'accroissement des actes de vols de fruits d'
argane dans la forêt....."
Le reste ici =
confins.revues.org/8842