Ce n’est pas un carnet de voyage.
C’est un petit carnet de vacances.
Et, peut-être, avez-vous aussi vécu des instants, des heures, des jours, des semaines comme les miennes.
Sur place, sans voiture, sans train, sans avion, sans vélo.
Enveloppé de joie, de vie, de sourires, de douceur, de tendresse.
Un été entre parenthèse.
...
Dans la grange, la deuxième couvée d’hirondelles apprend à voler.
Les parents perchés sur la poutre, pépient avec ardeur et les oisillons semblent écouter.
Encore quinze jours et c’est l’envol pour l’Afrique.
Dans la maison, notre volière estivale, le silence s’est installé.
Enfants et petits-enfant ont migré vers la ville.
Un silence si parfait que j’entends Tiko, l’animal favori de Petit Jules.
Tiko est un escargot des haies. Sa coquille jaune vif cerclée de fines bandes noires à ne pas confondre avec l’escargot des jardins, arbore un minuscule morceau de sparadrap.
J’ai la garde de Tiko jusqu’en Octobre, nouvelles vacances d’automne.
Il croque la salade vert tendre et l’infime bruit de ses mandibules fait écho aux touches de mon clavier.
Notre saison s’est achevée sur le spectacle de théâtre, rituel familial.
Pour la première fois les enfants étaient les seuls scénaristes et je n’ai fait qu’orchestrer les répétitions.
L’affiche était : « Les virus et les médecins » et l’action se déroulait en 1398 durant la peste noire entre le médecin à cape et bec noir et le médecin du futur, 2020. Les cinq plus jeunes étaient des virus et avaient fabriqué de larges masques ronds et colorés avec deux trous pour les yeux, attachés avec de la ficelle. C’étaient Zika, Ebola, chikungunya, variole et covid (corona pour les intimes, dans le texte).
Tous les adultes présents, les parents, ont beaucoup ri et la parodie était parfaite sans qu'ils en aient conscience.
La conclusion était qu’il fallait utiliser les moyens connus au moyen âge et ceux d’aujourd’hui et ils ont fabriqué sur scène une poudre de rat malade à boire diluée dans de l’eau.
Astucieux ces petits.
Zika, Ebola, chikungunya, les virus africains, trépignaient en disant « pour nous aussi, on nous oublie toujours, c’est pas juste »
Bref, quelle longue digression pour vous dire que même dans le monde magique de l’enfance, ceux-ci sont bien marqués par l’épidémie dont on nous remplit le tête et les oreilles.
Ils appréhendent la rentrée masquée au collège, craignent de ne pas se reconnaître dans les nouvelles classes constituées et se demandent comment les profs les reconnaîtront.
Et des questions fusaient :
« Comment on va faire l’hiver, faudra mette le masque par-dessus l’écharpe dans le bus ? »
« Et quand il pleut, comment mon masque va tenir quand il est tout mouillé »
« Et pourquoi on peut manger tous ensemble à la cantine sans masque, on est tous collés à la cantine »
« Et si j’ai pas ma règle, je pourrais prendre celle de ma copine ? »
« Et Jules, il a dix ans et il sera au collège avec ceux de 11ans, il sera obligé de mettre le masque ? ».
Ici dans notre Morvan écrasé de chaleur, pourtant, tout l’été nous avons voyagé.
Voyage immobile, sans avion, sans test, sans masque, dans les rires, les cris, les cavalcades, un bazar, un souk, un cirque permanent.
Italie : pizza maison (ahhh les pizzas de Papiluc!)
Japon : sushi (beurq, c’était pas ma fête)
Inde :poulet byriani (tu mets pas du piment hein mamido)
Russie : pelmini (480 pelmini, 32 mains pour les faire, 6h pour les préparer)
Argentine : asado (souvent et pratique)
Grèce : moussaka
France : ratatouille
Ainsi, les enfants fabriquaient les petits drapeaux correspondants pour décorer la table et les adultes inventaient des mini quizz sur chaque pays.
On s’est bien marré et l’été s’achève.
Notre maison, comme un coeur palpitant depuis mars, où se sont retrouvés toutes les générations, est redevenue silencieuse.
Je me sens remplie et vide. J’crois bien que si l’on approche un doigt sur mes antennes, j’vais rentrer dans ma coquille, comme Tiko.
Mais pour l’heure, ce n’est pas le temps de l’hibernation et je ne vais pas fabriquer mon épiphragme protecteur.
On est bien sur vf, chuis en vacances, en vacance.
Contente de vous retrouver.
Crouchhhh, crouchhhh, Tiko poursuit son festin.
A bientôt !