Etape 8 : Chakhrissabz / Tersak
03 octobre - Un air de campagneCe matin nous laissons nos valises à l’hôtel (car nous y reviendrons dans deux jours) et partons avec nos sacs à dos où nous avons glissé quelques affaires.
Sur la route de Chakhrissabz nous nous arrêtons au sommet du col où est installé un petit marché. On y trouve de nombreux stands de kuruts à base de suzima (lait fermenté concentré) qui se présentent le plus fréquemment sous forme de petites billes durcies nature (salées) ou aux herbes et piments. Il y a aussi beaucoup de fruits secs, des poires (c’est la saison dans les montagnes du sud), du safran, et divers produits que les marchands nous disent être « médecine ».
Après cette pause, nous reprenons la route vers Chakhrissabz, ville natale de Tamerlan. Sur place, notre visite commence par un arrêt au pied des restes du portail de l’entrée du palais qu’Amir Temur avait fait construire pour sa mère. Sitôt passés ces deux ‘piliers’, sous un plancher de verre, nous découvrons les céramiques qui couvraient le fond de la piscine du palais (découverte et restauration par des archéologues français).
Après avoir visité un petit mausolée, nous nous avançons au pied de l’immense statue de Tamerlan. Puis, sur le trajet vers la mosquée Kouk Goumbaz, Nasrullo nous conduit dans la boutique d’un peintre afin que nous découvrions une maquette et une peinture reconstituant le palais tel qu’il était et bien avant que les révolutionnaires russes ne décident de le détruire au canon.
Tamerlan avait donc fait construire ce palais pour sa maman. Cette construction dura plus de 30 ans. Et il lui fallut le butin de 14 campagnes militaires et de conquêtes territoriales pour le financer.
Les visites de la mosquée et des deux medersas de l’ensemble architectural terminées, nous partons déjeuner. Nasrullo a choisi un grand restaurant où le propriétaire semble très honoré par notre visite. Il nous installe dans une grande salle à l’écart de sa clientèle. Le repas est très copieux, et pour dessert il nous offre un très bon gâteau.
A la fin du repas, c’est le moment de nous séparer. Nasrullo part à la découverte d’un village isolé dans la montagne (il nous avait bien proposé de nous joindre à lui mais mon épouse n’était pas emballée et surtout un peu malade le jour de sa proposition). Son souhait est de l’intégrer à terme dans ses propositions de voyage hors des sentiers battus. Quant à nous, nos partons comme prévu pour le village de Tersak.
Nous passerons deux nuits dans ce village. Le propriétaire de la maison d’hôte nous accueille chaleureusement. C’est une figure locale : ancien maire du village, et toujours ‘conseiller général’ et député. Il était aussi professeur de français à Tersak et dans les villages environnants. Et il est toujours agriculteur et éleveur.
A 73 ans, il est père de 11 enfants, a 30 (ou 32 ?) petits-enfants et 5 ou 6 arrières petits-enfants.
Il me remercie beaucoup pour le cadeau que nous lui avons fait (les biscuits de Martre Tolosane et quelques fournitures scolaires comme à Asraf).
Nous avons droit au thé de bienvenue accompagné de grappes de raisin.
Installation dans notre chambre. Nous repérons le bloc sanitaire (2 douches et 2 WC au fond du jardin) puis partons nous promener dans la rue du village. Toutes les personnes que nous croisons (petits et grands) nous saluent par un grand ‘Bonjour !’ (in french in the text) accompagné de grands sourires.
Un homme m’interpelle depuis sa voiture arrêtée au bord de la route. Il attrape sa petite fille assise à l’arrière et me la présente à la fenêtre de sa portière pour que je la prenne en photo. Un peu plus loin, un homme nous arrête car il souhaite que je le prenne en photo aux côtés de mon épouse. Puis il nous invite à venir manger chez lui. Impossible puisque nous sommes attendus à la maison d’hôte. Nous refusons donc gentiment en faisant attention de ne pas le vexer.
Nous rentrons vers 18h00. Il commence à faire frais. A 18h35, le propriétaire vient nous chercher. C’est l’heure du repas. Nous mangerons dedans car dehors il fait nuit noire et pas beaucoup plus que 14°.
Pour commencer le repas, tournée de vodka ! Un verre ça va ! Malgré les insistances de notre hôte. Repas copieux au cours duquel il nous explique (en français !) qu’il reçoit demain ses amis d’enfance. Ils se revoient une fois par mois et se reçoivent en alternance. Il nous dit que ses amis seront très heureux de partager un moment avec nous. Il nous dit également que demain matin son petit fils nous accompagnera jusqu’à la ‘cascade’ proche du village.
Repas terminé, nous partons vite nous mettre au chaud sous une épaisse couverture, car vraiment ‘ça caille sec’ ici !
04 octobreAprès une bonne douche chaude (je passerai sous silence (ou presque) les toilettes sans chasse d’eau avec une cuve et un pichet faisant office de chasse (quelque part cela me rappelle un peu le village de bûcherons en
Birmanie il y a quelques années !)), nous prenons notre petit déjeuner en extérieur et au soleil.
Et ensuite nous partons à la découverte de cette fabuleuse cascade située à 5/6 km de la maison. Balade plutôt sympa où nous longeons et traversons plusieurs fois un torrent sur de petit pont de bois (rondins), et passons par de petits sentiers dans la montagne aride. Promenade assez facile qui se termine par une énorme cascade... de moins d’un mètre !
A notre retour, les amis et leurs épouses sont arrivés. Table à l’extérieur pour les hommes et à l’intérieur pour les femmes. L'épouse du propriétaire et sa dernière fille ont commencé à préparer cette réception très tôt ce matin. A priori tout le monde est attablé depuis une heure et nous les rejoignons vers 10h00. Imaginez le tapchan (meuble traditionnel : grande banquette sur laquelle on s’installe une fois déchaussé avec en son milieu une grande table basse) couvert de nourriture : fruits secs, fruits frais (bananes, pommes, raisins, pastèque, melon), bonbons, gâteaux, salade de tomate/concombre, pain, beignets à la viande et d’autres au potiron, thé en abondance, sodas, eaux minérales (plate et gazeuse). Mon épouse est invitée à nous rejoindre et tout le monde insiste pour que nous mangions de tout. Puis ce sont les épouses qui viennent la chercher... et insisteront pour qu’elle mange un peu de tout (la même table tout aussi garnie chez les femmes comme chez les hommes ! La pauvre !).
Je peux participer aux discussions car le propriétaire nous sert d’interprète. Ses amis se présentent et me posent des questions ‘étranges’ : quelle est la religion en
France ? La mienne ? Y-a-t-il des musulmans en
France ? Ah oui ? Et pourquoi ? Dans les pays du Maghreb, quelle est leur religion ? Ah bon, ils sont musulmans ?!
D’autres questions plus classiques après qu’ils m’aient dit quels étaient leurs métiers (policiers, ingénieur, propriétaire d’un grand magasin) et leur âge (ils ont tous 73 ans).
Et puis, vers 12h45, le propriétaire m’annonce qu’à 13h00 ils vont partir faire leur prière mais que je ne dois pas m’inquiéter, pendant ce temps, le repas de midi nous sera servi... Comment ? Le repas de midi ? Mais cela fait déjà 2 heures que nous sommes à table !
Je n’ai vraiment pas faim ! Et que dire de mon épouse qui a déjà eu droit à deux services !
Notre couvert est mis sur la table du petit déjeuner. La jeune fille de la maison nous apporte des entrées (oui DES !) Salade d’aubergines grillées et salade tomate/concombre. Puis un bol de soupe (si si !) accompagnée d’une assiette de viande de bœuf bouillie et de légumes (pomme de terre, carottes). Impossible de manger de tout ! A peine de goûter ! Et pour dessert nous avons droit à des morceaux de pastèque et de melon. Face à notre satiété, la jeune fille rit, se moque un peu de nous et nous dit « Ouzbek mange beaucoup ! ». C’est le moins qu’on puisse dire !
Repas terminé, nous roulons tant bien que mal vers notre chambre pour une sieste digestive. Puis une promenade dans le village s’impose car n’oublions pas, ce ‘soir’ le repas est à 18h30 !
Le petit fils nous accompagne. Il nous fait visiter son école : sa classe, la salle de musique, d’anglais (car maintenant ils n’apprennent plus le français dans le village !), le terrain de sport, et la ‘piscine’ (cuve de béton vide).
A notre retour, tous les invités sont partis.
Repas du soir en intérieur. J’ai l’impression qu’il fait encore plus froid qu’hier ! Le propriétaire nous interroge sur les salaires en
France, sur le coût de la vie. Il nous raconte les mariages de ses fils : 400 invités pour le 1er, 500 pour le second et jusque 1 200 (‘obligé car je connais beaucoup de monde !’) pour le dernier. Il nous dit avoir choisi les épouses de 5 d’entre eux. Pour le 6eme, il n’est pas content car sa femme et son fils se sont mis d’accord avec la famille de l’épouse pendant qu’il était en vacances au bord de la mer Noire... et ils ont mal choisi... bien sûr c’est le seul couple qui ne fonctionne pas ‘bien’!...
Son épouse nous rejoint et paraît exténuée. Le propriétaire a beau nous dire qu’il est fatigué de sa journée et qu’il a trop mangé aujourd’hui, nous n’arrivons pas trop à le plaindre. Son épouse en revanche,... ne se plaint pas. Au bout d’un moment elle nous quitte et revient très vite avec le dernier petit fils dans les bras. Il se met à crier 'baba, baba’ en voyant son grand père. Petit moment de tendresse quand elle me le confie et que je le prends un court moment dans mes bras.