RENTIER. -- Anthropomorphe, selon Linné [ [[Note de Balzac :]] Nous
tenons pour la classification du grand Linné contre celle de Cuvier ; le
mot anthropomorphe est une expression de génie, et convient éminemment
aux mille espèces créées par
l'état social. ], Mammifère selon Cuvier, Genre de l'Ordre des
Parisiens, Famille des Actionnaires, Tribu des Ganaches, le Civis
inermis des anciens, découvert par l'abbé Terray, observé par
Silhouette, maintenu par Turgot et Necker, définitivement établi aux
dépens des Producteurs de Saint-Simon par le Grand-Livre. Voici les
caractères de cette Tribu remarquable adoptée aujourd'hui
par les micographes les plus distingués de la
France et de l'Étranger.
Le rentier s'élève entre cinq à six pieds de hauteur, ses mouvements
sont généralement lents ; mais la Nature, attentive à la conservation
des espèces frêles, l'a pourvu d'omnibus à l'aide desquels la plupart
des Rentiers se transportent d'un point à un autre de l'atmosphère
parisienne, au delà de laquelle ils ne vivent pas. Transplanté hors de
la Banlieue, le Rentier dépérit et meurt. Ses larges pieds sont
recouverts de souliers à noeuds, ses jambes sont
douées de pantalons à couleurs brunes ou roussâtres ; il porte des
gilets à carreaux d'un prix médiocre ; à domicile, il est terminé par
des casquettes ombelliformes ; au dehors, il est couvert de chapeaux à
douze francs. Il est cravaté de mousseline blanche. Presque tous les
individus sont armés de cannes et d'une tabatière d'où ils tirent une
poudre noire avec laquelle ils farcissent incessamment leur nez, usage
que le fisc français a très-heureusement mis à profit.
Honoré de Balzac, extrait de la monographie du rentier