Une nenette, un p'tit gars. frère et soeur. Il rentre d'Afrique, elle d'Asie.
Ghana et
Thaïlande, Est-Ouest, exubérance et tamtam -indolence et quiétude.
deux voyages bien diffèrents à ceci près que ça reste des voyages...enfin...
Ils ont vieillis, ça se voit, en six mois. elle est plus calme, il est plus sûr. Ils sont à la masse et à la dérive, encore sonnés de senteurs exotiques, un poil décalés, c'est vrai. ça, c'est fait. et maintenant? où va le vent? et eux?
d'hébétudes en ébriété ils prennent leurs pouces et la route, se rapproprient ce pays qui les a vus grandir et c'est bien choisi comme moment. c'est pas dur de vivre au printemps.
Depuis la
Bretagne un peu pluvieuse, toujours festive vers les terres occitanes, vers le soleil, il parait.
faut dire qu'ils se les caillent, faut dire que le printemps ici...après là bas...
le stop c'est des rencontres fugaces. croquis de vies entre aperçues. personnages souvent un peu barrés, un peu tapés, un peu décalés. tant mieux, entre pas rangés on s'tolère mieux.
le jardinier en maillot de foot, quasi obèse, qui parle, d'une voix de pucelle effarouchée, de la sensualité des fleurs, des romans qu'il écrit dans ses parterres.
La rock star contrariée qui se retrouve saisonnier, que le patron de son rade attitré continu d'appeler "l'étranger" après tout ce temps, rapport qu'il est pas vraiment d'ici voyez.
L'anglais hilare, rouge comme une écrevisse, ravi d'avoir passé de "lovely hollidays" sur la côte, so
nice.
Le flic sympa et sa copine enceinte jusqu'aux sourcils. tellement sympa qu'on a du mal à croire qu'il est vraiment flic...
Le teufeur, tatoué, piercé, décontracté qui te tend le bédot et t'offre un sourire édenté
Les p'tits rebeus, secs, incisifs, speeds.
De caisse en caisse, de kilomètres en kilomètres, frère et soeur sur un bout de route.
parfois, à pied pour mieux voir les près qui explosent de verdure, qui dégoulinent d'herbe si riche qu'on se sent comme un instinct bovin, envie de s'y poser et d'en bouffer tant qu'y en a.
rencontres nomades, roms, vagabonds et autres itinérants.
parfois le vent les ballade sur l'autoroute, c'est moins bucolique, c'est presque chiant. quoi que, ça a son charme le béton, si on veut.
on les a largués, sur la route du retours, sur un tronçon bizarre, au milieu de nulle part. La nuit approche. autour, terrains vagues miteux qui ont, semblent-il, la prétention de se prendre pour des champs. plus loin les faubourgs d'une ville industrielle.
ils passent la barrière de sécurité, vont se caler sous un arbre en contre bas. pas de sac de couchage, frères et soeur à la masse, partis insouciants, mains dans les poches et poches vides. Ils se serrent pour se tenir chaud. ils ont quand même froid. nuit en pointillée, entrecoupée de frissons et grognements plaintifs. Ils guettent l'aube salvatrice.
Elle se fait prier la garce mais fini bien par se montrer. presque plus sombre que la nuit, grise, pluvieuse, glaciale. la traitresse!
ils se lèvent, secouent leurs têtes embrumées, frottent leurs cheveux sales, s'allument une clope.
deux âmes à la dérive et pourtant ils se marrent. marchent sur l'autoroute où des poids lourds achèvent de les détremper.
arrivent au péage, crades, puants le tabac et l'humidité, cernés et jacassants des absurdités de génie, de celles qu'on ceux qui n'ont pas dormis.
frère et soeur qui se retrouvent et qui rient comme des enfants.
où va le vent? où va le courant?
si on veut le savoir vraiment y a qu'à se laisser porter, où qu'ça aille on y sera bien à temps.