Si le mal aigu de montagne (MAM) reste une préoccupation majeure pour toute expédition en haute altitude, il faut savoir que des signes de mauvaise adaptation peuvent survenir dès 2000 mètres.
Qu’est-ce que le mal de montagne ? Comment le gérer à défaut de l’éviter ? Quelles sont les symptômes qui peuvent faire penser au MAM et qu’il ne faut pas négliger ?
Pour bien comprendre le principe du Mal de montagne, rappelons quelques notions de base de physiologie : Le fonctionnement d’un organisme vivant nécessite deux apports principaux :
Des nutriments, De l’oxygène. Le métabolisme se comporte comme une simple combustion mettant en jeu des sucres issus de l’alimentation et l’oxygène de l’air provenant de notre respiration. Comme toute combustion, il y a production de gaz Carbonique (CO2).
Les échanges
L’apport d’Oxygène (O2) se fait principalement lors de l’inspiration. Il traverse les parois des alvéoles pulmonaires pour être véhiculé par le sang jusqu’aux cellules grâce aux globules rouges. C’est là qu’ont lieu les échanges avec le gaz Carbonique. Celui-ci retourne aux poumons et il sera éliminé par l’expiration.
Un système de régulation
Au repos, ce système d’échange fonctionne naturellement mais le principe n’est pas figé : Si on prend un sportif ; son effort physique nécessite des besoins énergétiques supplémentaires. Un système d’alerte va prévenir du manque d’O2 pour assurer correctement le métabolisme. Il en résulte une accélération de la respiration (Hyper ventilation) et une augmentation du rythme cardiaque (Tachycardie). Ces deux phénomènes suffisent à optimiser le débit d’oxygène dans l’organisme.
L’altitude, un milieu hostile
Nous ne sommes plus tout à fait dans la même configuration. Ce ne sont plus les besoins qui augmentent mais l’environnement qui est défaillant. En effet, du fait de l’attraction terrestre, la pression atmosphérique diminue au fur et à mesure que l’on prend de l’altitude.
On sait que l’air que nous respirons est composé pour l’essentiel, de 78% d’azote (78%), 21% d ’oxygène, des gaz rares (Argon, Néon, Hélium...) et dans les basses couches, de la vapeur d’eau et du dioxyde de carbone.
Si cette proportion reste constante, à l’inverse, la quantité de molécules diminue. A titre indicatif, elle baisse d’un tiers à 3000m et de moitié à 5000m (cf. tableau). Cela revient à dire qu’à volume égal d’air, il y a moins d’oxygène en altitude comparé au niveau de la mer.
Donc pour acquérir une même quantité il faudra ingérer davantage d’air.
Adaptation de l’organisme.
Le système d’alerte de l’hypoxie est le même mais les mécanismes sont un peu plus complexes.
Ils agissent à deux niveaux :
Sur le plan physiologique ; dès les premières heures en altitude, le processus d’hyper ventilation et de tachycardie se déclenche ce qui explique le phénomène d’essoufflement même au repos et un pouls rapide.
Pourquoi ? Les molécules de gaz étant plus rares, les globules rouges arrivent difficilement à saturation. Pour compenser cet inconvénient, notre organisme aura intérêt à augmenter le temps d’échange dans les alvéoles.
Un accroissement du calibre des vaisseaux aura pour effet de ralentir localement le débit.
Sur le plan biologique ; Dans un deuxième temps (c’est-à-dire 6 à 8 jours passés en altitude) On note une production accrue de globules rouges et, dans les cellules, de petites structures chargées de la production énergétique se multiplient (les mitochondries). Elles sont le siège du métabolisme sucre-oxygène. Dans le cas du Mal Aigu de montagne ce phénomène ne nous intéresse pas.
Le Mal Aigu des Montagnes
C’est cette opposition entre accélération cardiaque et baisse des débits locaux qui va poser problème. Une acclimatation bien menée permet de mettre en place un équilibre entre ces deux phénomènes apparemment contradictoires. A l’inverse, lors d’une ascension trop rapide ou une mauvaise adaptation, le système va s’emballer.
La pression de la circulation générale imposée par un cœur en accélération et la stagnation sur les sites d’échange engendre un engorgement.
Parallèlement, du fait du déséquilibre des apports, notre organisme se met à gérer les priorités. Il privilégiera les organes vitaux (poumons pour les échanges, et cerveau) au détriment des extrémités (mains et pieds).. Cas extrême, la congestion est telle que l’organisme n’aura d’autres solutions que de laisser fuir le liquide physiologique hors de vaisseaux sanguins avec : invasion du tissu cérébral, c’est œdème aigu du cerveau invasion des alvéoles pulmonaires, c’est l’œdème aigu du poumon.
Etape ultime du MAM qui conduit au coma et au décès.
Avant d’en arriver là, des signes cliniques sont autant d’alertes qu’il ne faut pas négliger.
Avant tout, rester très modeste vis à vis du MAM. Garder à l’esprit qu’un cerveau mal oxygéné altère nos facultés intellectuelles. En l’occurrence, nos capacités de jugement sont affectées.
Les premiers signes peuvent apparaître dès 3000 mètres. Dans 96% des cas surviennent des maux de tête. Des insomnies assez fréquentes, perte d’appétit, états nauséeux et toux d’irritation. Difficulté de respiration et diminution des urines.
Acclimatation
Il est important de savoir que le mal des montagnes est indépendant de la forme physique et peut tout à fait toucher un sportif entraîné. Nous avons une prédisposition génétique à nous acclimater à l’altitude. Avant de partir, il est donc conseiller de se tester soit par une randonnée en Europe avec si possible bivouac en altitude au-dessus de 2 500 ou 3 000 m. On peut aussi réaliser une épreuve d’effort en hypoxie simulé où on crée artificiellement les condition d’altitude.
Sur place, il faut savoir ne pas monter trop haut trop vite. Au-delà de 3500 mètres, ne pas dépasser 500 mètres entre deux nuits consécutives. Le MAM survient surtout la nuit. Cela n’interdit pas de monter plus haut dans la journée. L’organisme prend en compte les éléments de l’altitude tout en retrouvant un environnement moins défavorable au bivouac.
Savoir rester le moins possible en très haute altitude. Passé 5500 m toute vie prolongée n’est plus possible. Se surveiller mutuellement. Nos compagnons sont plus à même de voir notre propre état. A l’inverse nous devons surveiller nos camarades.
Une échelle d’évaluation permet de définir son état de MAM. A chaque symptôme correspond un certain nombre de points. Le total des points permet de dresser un diagnostic et d’agir en conséquence. Le mal aigu de montagne est un phénomène physiologique naturel mais qu’il ne faut pas prendre à la légère.
Je remercie le Dr BOUVARD du Centre de biologie et Médecine du Sport de l’hôpital de Pau pour ses conseils et son aide apportés à la rédaction de ce dossier.