Là-bas, à
Bali, tout le monde l’appelait « nenekuccing », la grand mère aux chats.
Pour nous, c’était Mamie Ariane.
C’est Axel [6 ans à l’époque] qui l’avait rencontré la première fois. Ensemble, ils ont parlé du bouddhisme. Axel a eu le coup de foudre pour cette religion l’année d’avant, lors d’un voyage au
Sri Lanka. Ariane, d’origine russe, est née aux portes de l’Himalaya, berceau des religions orientales. Depuis elle a émigré en
Nouvelle Zélande et en a adopté la nationalité. Quoiqu’anglophone, elle parlait parfaitement français pour avoir fait sa scolarité dans notre pays.
Ils ont échangé leurs points de vue, la grand-mère et le petit garçon. Et ce fut le coup de foudre, ils ne se quittèrent plus cet été là. Elle l’appela « my little philospher » et c’est ainsi qu’elle le présentait aux amis de passages, néo-zélandais, australiens ou balinais. Il la vouvoyait et la respectait infiniment.
Nous sommes retournés à
Bali cinq étés de suite pour voir notre grand mère merveilleuse dans l’île éblouissante. Elle l’aimait cette île, elle en connaissait chaque recoin, chaque coutume. Ca faisait 15 ans qu’elle y venait tous les étés. Elle riait des pitreries d’un enfant mais aussi d’une situation cocasse ou d’un dessin sur livre. Elle se faisait emmener en moto chez un ami à l’autre bout de l’ile. Tout était prétexte à rire, à échanger, à aimer, expérimenter.
Si vous êtes passé au marché d’Ubud, le matin, vous avez pu la croiser. Vêtue d’un pantalon à fleurs et de baskets, elle avait adopté sa propre mode, miroir de son esprit. Joyeux et mutin.
Et si vous êtes allés chez Sania, sans doute avez-vous discuté avec elle.
Elle s’est éteinte hier après avoir fait un dernier voyage dans son île adorée.
Peter, son mari vient de nous écrire :
« pour être chanceux, pensez chance » comme dit Ariane que nous avons eu la chance de connaître. Bien qu’elle ait quitté son corps physique, elle est toujours dans son voyage de découverte... once a traveller, always a traveller».Nous avons eu le bonheur de l’avoir rencontrée et aimée... Elle fut notre grand mère spirituelle et nous la pleurons.
Je voulais faire partager ce moment de tristesse à vous tous, voyageurs, qui avez rencontré ici et là des personnes merveilleuses qui ont changé votre vie ou du moins changé votre façon de voir le monde. Le voyage c’est ça aussi, c’est ça surtout, de merveilleuses rencontres qui peu à peu nous transforment. On sait qu’après, rien ne sera plus jamais pareil. Le temps apaisera le chagrin et il restera ce merveilleux rire qui a traversé le siècle en disant : "j'ai eu beaucoup de chance !"