Valley of fire (suite)
Je commence par entendre quelques bruyantes interjections qui ne laissent guère de doute sur l’origine géographique de ceux qui les prononcent.
J’arrive devant Fire Wave. Aïe. Ils sont là, et bien là... Une demi-douzaine, au moins. Une jeune femme est jugée au beau sommet de la Wave tandis qu’un homme, cinquantenaire, a planté son trépied juste dans le creux. Ca dure un peu et je m’agace. Je lui demande - peut-être un peu brusquement, soyons juste – de se déplacer.
On se prend un peu la tête, tous les deux. Il n’a pas aimé mon irruption et je n’ai pas aimé sa persistance à occuper les lieux. On est à la limite de la franche engueulade. Et puis... que se passe-t-il ? Je n’en sais rien mais quelque chose dérape, dans l’autre sens. Il commence à me montrer ses photos, on se met à parler des endroits visités pendant nos séjours respectifs.
Et voilà qu’on fraternise à peu près aussi rapidement qu’on s’était échauffés, il n’y a pas deux minutes de cela. Incroyable. La réconciliation la plus rapide de l’histoire. J’ai mal choisi mon cursus à l’école, j’aurais dû choisir diplomatie internationale. Du coup, je le prie de m’excuser de m’être montré un peu brusque.
Je poursuis à travers Pink canyon. Pas indispensable mais joli, quoique complètement dans l’ombre à cette heure de la journée.
A partir de là, je retrouve la route que je remonte jusqu’au parking. Dix minutes de marche. Je retrouve mes nouveaux amis qui reviennent en même temps de Fire Wave. Je leur montre mon plan et les invite à aller jeter un œil à Fire cave et Crazy hill. Pour finir, je leur file mes docs dont je n’ai plus besoin. Ca fraternise sec à coup de grandes tapes sur l’épaule. Tous juste s’ils ne m’invitent pas à Wenzhou pour l’apéro.
Pour finir, je traine un peu aux abords du parking qui clôt la route.
Je reviens vers Raimbow vista pour essayer de trouver Fire canyon mais le sentier est bouclé et le soleil est de toute façon trop bas. Un dernier raid pour aller voir Elephant rock tant qu’il reste une lueur de jour. Ce sera tout pour cette fois.
Sorti du parc, je stoppe sur le parking de la station-service qui se trouve juste avant l’interstate. Je fais mon dernier grand ménage et boucle mes bagages. Un camion passe près de moi. Sur la remorque, écrit en lettres géantes : « Jesus Christ is Lord. Heaven or Hell Your Choice ». Le prosélytisme version camionneur au long court. J’imagine qu’on hésitera à lui confier un chargement de sex toys...
Je reviens sur
Vegas. La nuit sera blanche ou ne sera pas. Mon avion décolle à 7h30 du matin. Si je m’étais prévu une chambre, il aurait fallu que je me lève à 3h pour me préparer, passer chez Alamo rendre mon Edge, et aller à l’aéroport. De l’argent gâché.
J’ai donc prévu d’errer dans Sin City jusqu’au petit matin. Je commence à chercher le parking du Cosmopolitan, car contrairement à la plupart des parkings de Casinos du Strip, celui-là est resté gratuit. Je ne trouve pas l’entrée et dieu sait comme il est difficile de faire demi-tour dans cette ville, surtout la nuit. Je galère pas mal et finis par changer d’idée. Je file vers
Fremont street que je n’ai revue depuis 2009.
Je trouve un parking public tout près.
Fremont street est entièrement barrée et il faut se faire fouiller pour y pénétrer. C’est une soirée Rock n’Roll.
Il y a des concerts tout le long de la rue. Toute cette agitation me gonfle. Est-ce la fatigue qui m’égare ? Tout ce que je vois m’insupporte. Toutes les filles que je croise me semblent engagées dans un concours de vulgarité et il y a un tas de gagnantes potentielles. Ce boucan permanent me vrille les nerfs. Je vais me planquer dans une galerie attenante à Fremont et j’avale un burger dans un « Denis ». C’est vraiment pas terrible, Denis. Il va me falloir encore combien de temps pour m’en apercevoir ?
Je regagne mon véhicule. J’avais prévu de passer cette nuit à me balader mais je n’en ai plus aucune envie ? Serais-je devenu définitivement allergique à
Vegas ?
C’est vendredi soir et il y a un max de circulation. Je crains que la fatigue ne me fasse rater un feu rouge ou emplafonner une limousine. Pour finir, je vais me coller sur le parking d’un Jack in the Box sur
Tropicana, juste derrière l’
Excalibur. En fait, sans y réfléchir, je me suis rangé à deux cent mètres du Day’s Inn dans lequel j’avais passé ma première nuit. Nostalgie, quand tu nous tiens...
Mes yeux se ferment tout seuls. Je règle mon téléphone pour qu’il me réveille à trois heures si jamais je venais à m’endormir. Puis le temps s’écoule à regarder défiler des colonnes des véhicules devant le guichet « drive in » du JITB. Et ça ne chôme pas, malgré l’heure tardive, ou matinale selon le point de vue où l’on se place. Ce petit fast food doit être une sacré bonne affaire !
Il est trois heures. Je ne me suis pas endormi. Trop anxieux de ne pas me réveiller. Je décide de revenir vers l’aéroport. Je me trompe de file en arrivant à proximité du bâtiment des rental cars. Et hop, c’est reparti pour un tour ! Retour sur
le Strip, puis bifurcation sur
Tropicana. Y a pas mal de travaux sur le parcours et j’ai vraiment du mal à garder les yeux ouverts. Pas de connerie, surtout. Pas maintenant.
Ouf, ça y est, je suis chez Alamo. Le rendu de voiture, puis la navette vers l’aéroport. J’ai encore pas mal de temps à attendre avant de pouvoir enregistrer mes bagages, alors je somnole sur une rangée de sièges.
Le guichet American Airlines vient d’ouvrir. Je me redresse. J’ai un peu peur que ma valise dépasse la limite des 23kg mais ça passe. En fait, je suis à peu près certain qu’elle dépassait, mais le type derrière le guichet, sans doute attendri par mon air hagard, laisse filer. C’est un grand noir grisonnant qui ressemble à Morgan Freeman. Quand je place ma valise sur le tapis, il me dit qu’il en prendra soin. C’est fou comme une petite phrase aimable comme celle-là peut faire du bien quand on se trouve dans un état de fatigue aussi avancé. Alors je le remercie et je me dirige vers la porte d’embarquement.
THE END
Pas mal de forumeurs m'ont aidé dans la préparation de ce voyage. Je les ai pour la plupart cités au cours de ce carnet et j'espère ne pas en voir oublié. Les principaux que je remercie encore sont :
Veileen qui m'a redonné envie de partir dans l'ouest à travers les magnifiques photos de son carnet 2015.
Bastinj qui m'a filé avec gentillesse et efficacité des notes précises sur pas mal de sites (Little Finland, White domes, etc).
Oliv2019 pour des infos sur white pass que je n'ai pas fait, et les Whites domes.
Et merci Pascale pour avoir fait vivre ce carnet au cours de ce dernier mois.
J'ai sûrement oublié du monde. Je compléterai après une recherche dans mes archives.