3 mai : Kanab.
Réveil tranquille. Rien ne me presse ce matin. C'est la foule dans la salle du petit déjeuner et une personne sur deux est chinoise. Je mets d'entrée l'embargo sur le gaufrier. J'emporte quelques pommes pour plus tard.
Je fais le ménage dans la voiture qui en a bien besoin. Il faut jeter toutes les cartes et les dossiers qui correspondent aux endroits déjà visités, les bouteilles d'eau vides, etc. Louis me fait cadeau d'un de ses magnifiques sourires crispés quand je lui rends la clé.
Je bifurque au sud sur la 389, direction Hildale. C'est le jour de la seule rando en backpacking du séjour. J'ai en effet l'intention de passer la nuit près des White domes, au-dessus de Water canyon. J'avais ce projet dès le début du voyage mais je ne savais pas si j'aurais assez de moral pour le faire, ni si le climat me le permettrait. Or, aujourd'hui, les voyants sont au vert sur ces deux plans.
Le ciel est d'un bleu immaculé et semble voir le rester pour les deux jours suivants, et le séjour près de Page a finalement été moins catastrophique qu'il promettait de l'être trois jours auparavant. Ne manque à mon palmarès qu'Alstrom point et surtout Yellow Rock qui était pourtant mon objectif prioritaire. Trois essais en huit ans pour autant d'échecs à atteindre ce lieu. Peut-être restera-t-il ma Moby Dick? D'ailleurs, il lui ressemble un peu...
Il faut une petite heure pour aller de Kanab à Hildale (ou
Colorado city car je n'ai pas vu de séparation entre ces deux villes jumelles).
Je m'arrête au Subway qui se trouve à la sortie ouest pour me restaurer. Une mormone en robe bleue vient y acheter un sandwiche pendant que je m'y trouve. Hildale est un fief de mormons intégristes polygames. Bizarrement, je n'en avais jamais vu auparavant malgré mes nombreux séjours en
Utah. On remarque surtout les femmes, invariablement recouvertes de grosses robes informes. La seule différence est la couleur. Il y en a des vertes, des bleues, des violettes. Leurs coiffures sont également identiques. Des sortes de grosses tresses qui se rejoignent par l'arrière. Pas très glamour, tout ça.
La route menant à Water canyon démarre justement de ce Subway. Elle se transforme quelques miles plus loin en une piste dont j'ai entendu dire le plus grand mal. Water canyon étant une promenade très prisée par les mormons, on les soupçonne de laisser la piste d'accès se dégrader afin de décourager les visiteurs.
Je m'attends au pire et je trouve le meilleur. Une piste parfaitement praticable sans la moindre ornière. Je me gare au parking final et me met à préparer mon sac. Eau, nourriture, couchage, matos, documents, matos photo, j'essaye de ne rien oublier. Ce sera pourtant le cas mais je laisserai le suspense planer sur ce point.
Je démarre en début d'après-midi. Le but de cette rando est de profiter des White domes aux trois extrêmes de la journée : coucher, lever et midi. C'est au carnet d'Oliv2019 et à ses superbes photos que je dois cette idée.
La première grimpette, jusqu'à l'entrée de Water canyon, est plus difficile que prévu. Ça monte raide et le sentier est accidenté. C'est également l'heure la plus chaude de la journée, ne l'oublions pas, et les températures à un seul chiffre de la semaine passée ne sont plus qu'un souvenir.
Water canyon se révèle également plus beau que je ne le pensais. Quel magnifique endroit ! Entre la couleur de la roche et la végétation qui parsème les parois, je lui trouve un petit air de Subway (le site de
Zion, pas la sandwicherie).
Le sentier qui monte au-dessus de cette partie du canyon est connu pour être le plus difficile du trail. Ce n'est d'ailleurs pas un sentier mais une trace creusée dans la roche. C'est raide mais pas si effrayant que ça, même pour un sujet au vertige comme moi. Et surtout, c'est court et vite avalé.
Ensuite, le sentier, très étroit, conduit en ¾ d'heure environ jusqu'au sommet de ce canyon, à l'endroit communément appelé « Top rock ». Peu avant le sommet, une glissade anodine me fait chuter sur le côté droit et le bouchon de ma gourde s'enfonce méchamment dans mes côtes. Aïe.
Je débouche au sommet du canyon. J'en profite pour faire une pause et m'installe à l'ombre sous un arbre. Je marque l'endroit avec mon GPS pour le retrouver le lendemain, car il n'est pas évident de repérer le sentier lorsqu'on arrive de l'autre sens et il n'y a aucun autre moyen de redescendre Water canyon.
Une colonne de jeunes ados mormons en vadrouille passent devant moi. Ils vont se regrouper dans une clairière, juste à côté, d'où ils m'observent comme un animal exotique dont il convient de se méfier. Je grignote paisiblement un peu de trail mix pendant que les mormons marmonnent en me surveillant du coin de l'œil.
Je repars, me dirigeant au GPS car il n'y a plus de sentier. J'aperçois assez rapidement les White domes, droit devant, mais c'est pour me rendre compte que je suis encore loin du but. Car avant cela, il faut descendre dans le wash en contrebas avant de remonter en cherchant son chemin. Je ne m'attendais pas non plus à de tels dénivelés.
La descente vers le wash ne pose pas de problème particulier. Attention à ne pas glisser, cependant.
Plutôt que de remonter directement vers les dômes, je préfère ensuite prendre une pente plus légère sur la droite. Je sais qu'il y a une vieille piste tout en haut et qu'il suffit de la suivre vers la gauche pour tomber sur les dômes. C'est un peu plus long mais le chemin direct me semble un peu raide (ce qui s'avérera faux lors le lendemain lors de la descente).
Tout se passe comme prévu et j'arrive sur zone par la face arrière qui repose sur cet étonnant tapis de roche très étendu.
J'avise un coin sympa pour planter ma tente et je dépose mon sac. Premiers clichés en cette seconde partie d'après-midi.
Les dômes ne sont pas le seul intérêt de la zone. Ses abords immédiats sont également intéressants.
Je me ballade un peu aux alentours, en suivant le petit torrent encore alimenté en cette saison. Mais je me connais, je pourrais me laisser entraîner très loin comme ça et rater le coucher du soleil. Je remonte et entreprends d'installer mon campement.
Le soleil est bas désormais et il est temps de faire une nouvelle série de photos.
Disons-le tout net : le sunset n'est pas le meilleur moment pour les dômes. Question d'orientation du soleil. Je préfère donc me concentrer sur la zone, magnifique elle aussi, qui prolonge les dômes par le nord. Notamment cette petite formation colorée qui semble littéralement cuire sous le soleil couchant.
La nuit est tombée. C'est le temps de manger un peu, puis de chercher un endroit pour suspendre mon sac. En effet, il paraît qu'il y a des ours dans cette zone et toute nourriture doit être mise à l'abri en dehors du campement. Je trouve un vieil arbre parfaitement adapté.
Le sommeil est long à venir. Je ne peux m'empêcher de guetter le pas lourd d'un plantigrade gourmet désireux de s'essayer à la gastronomie française. Et puis il y a cette douleur vive aux côtes qui ne se calme pas et qui m'empêche de me reposer sur le côté droit. Nuit difficile en perspective.