J'aurais pu le poster dans les "petites galères", mais finalement c'est un bon souvenir.
Philippines : premier voyage en jeepney.
Nous sommes installés dans le jeepney pour Port Barton attendant patiemment le départ.
Il pleut beaucoup depuis 2 semaines, un typhon ayant eu la mauvaise idée de traîner dans le coin.
Nous sommes depuis quelques jours à Puerto Princessa, capitale de l'île de Palawan, sur la côte est.
Le moral est baisse, il est temps de bouger et nous décidons après moultes hésitations d'aller à Port Barton, petit village sur une plage de la côte ouest, à 150km au nord de Puerto, soit entre 4 et 12h de jeepney.
Une chose dont nous nous déjà rendus compte aux Phil est qu'il n'y pas de règle intangible. Rien n'est jamais certain, ce qui est assez déstabilisant pour des occidentaux.
Un exemple, le terminal de bus et le marché ont récemment été déplacés du centre ville vers
San Jose, un village à quelques km de Puerto afin de désengorger Puerto.
Mais il y a toujours des bus qui partent des différentes anciennes gares de Puerto et qui font un arrêt à
San Jose.
Heureusement, nous trouvons toujours des locaux sympas pour nous aider.
Ce matin, l'employé de nuit de la pension, très gentil et serviable, est allé vérifier que l'unique bus pour Port Barton partait bien du centre à 9h et nous a réservé des places.
Nous arrivons en tricycle (sorte de tuktuk, en plus rustique, si, si c'est possible, on peut y monter jusqu'à 5 plus le chauffeur) à 8h45.
Le chauffeur nous dit qu'il ne partira qu'à 10h.
Il pleut à verse, nous enveloppons les sacs à dos dans les sacs poubelle que nous avions pris au cas où et les voilà sur le toit.
Si le temps ne s'améliore pas rapidement, nous allons vers la galère (sans rames).
A 10h, le chauffeur vient spontanément nous prévenir que nous partirons un peu plus tard car il pleut trop. Pourquoi ?
A 10h30, la pluie a baissé d'intensité et nous partons enfin.
Nous comprenons tout de suite le problème du chauffeur : il n'y a pas d'essuie-glaces !
D'ailleurs, il n'y a pas de vitres aux fenêtres, comme dans tous les jeepneys.
Il y a tout de même un pare-brise que le chauffeur soulève en le maintenant ouvert avec un tasseau quand il ne pleut pas trop.
A 11h, nous sommes enfin sur la route, seule route bitumée de l'île, que les philippins n'hésitent pas à appeler "highway" et qui correspond à une départementale en
France.
Le jeepney roule à bonne allure et à 14h, nous quittons la highway pour la piste de Port Barton.
Jusque là, pas de problème, le jeepney s'est arrêté souvent pour embarquer ou débarquer des passagers et nous avons fait une pause déjeuner de 20 mn, mais nous avons bien roulé.
Maintenant, il s'agit de traverser l'île dans sa largeur (ici 22 km) par une piste de terre.
Nous sommes optimistes et pensons qu'une heure suffira. Quelle erreur !
La piste est détrempée, parsemée d'ornières boueuses.
Comme nous traversons une île montagneuse, la route est escarpée, c'est une succession de montées et de descentes assez raides.
Le jeepney part plusieurs fois en dérapage, habilement contrôlés par le chauffeur.
Sommes assez crispés mais les enfants s'amusent bien.
Il faut faire attention à ne pas rester trop près des fenêtres sous peine de se prendre des branches dans la tronche. La première fois, ça surprend.
Le chauffeur Toto est un as et connaît la route par coeur.
Il faut dire qu'il ne fait que cet itinéraire avec son propre jeepney dénommé "Tiger" et qu'il habite Port Barton.
Nous avons droit à tout, excepté l'accident et la panne, ce qui est déjà bien.
Un pont est endommagé, nous descendons tous et traversons le pont à pied avant d'observer la manoeuvre de Toto, en priant pour que le pont tienne.
Nous nous enlisons 3 fois.
La première, les 2 jeunes acolytes du chauffeur, aidés de passagers du bus, remplissent les ornières de pierres et nous passons après 3 essais infructueux, moteur à fond.
Le moteur fume, les acolytes remettent de l'huile.
De sympathiques passagers nous expliquent gentiment que de temps en temps, le moteur lâche et qu'il faut passer la nuit dans la jungle. Ma femme goûte mal leur humour.
Lors des deux enlisements suivants, le jeepney est bien coincé et se dégage grâce au treuil intégré à l'avant comme sur un 4X4.
Au moment de descendre une énième fois, un passager empêche Marc de saisir une barre verticale, montrant nonchalamment un ver qui se tortille sur la barre.
C'est une sangsue ! Je la saisis avec un mouchoir en papier et la jette.
Marc est triste parce qu'il n'a pas eu le temps de la voir (il se rattrapera plus tard).
Nous arrivons finalement à bon port (Barton) à 16h30, nous avons mis 2h30 pour 22 km.
C'est la seule piste pour Port Barton, nous repartirons en banca (bateau traditionnel à double balancier).