Oui, je me souviens de nos échanges !
Les dernières semaines avant le
grand départ ont été pratiquement hystériques... J'ai continué à travailler presque jusqu'au jour du départ, avec l'obsession de constituer notre budget... Du coup avec mes déplacements, mon travail très prenant, les nuits sur Internet à chercher des infos, Monica avec Ruben qui n'avait que quatre mois plus Viktor et Léa Lou, les aspects administratifs, en vivant dans les cartons du déménagement...
Nous avons vécu des moment de délires... sous pression.
Un fois dans l'avion, nous nous sommes dit, voilà ça y est c'est parti... Nous étions crevé.
Lorsque nous avons posé le pied sur notre petite île de 4km carré,
l'île aux nattes, il faisait beau. Deux mois de pluies presque incessantes suivront. Rien ne sèche, la jolie case en bois au toit de coco n'était pas étanche. Nous prenions l'eau de toute part et la puie ne cessait jamais, le lagon toujours gris, la boue alentours.
Mais nous étions si heureux, nous étions là pour sept mois. Il nous a fallu plusieurs semaines pour "
redescendre" et prendre le rythme.
Ce voyage nous a changé. Les gens que nous avons rencontré nous ont changé. Plus nous avancions, plus nous souhaitions nous enfoncer profondément dans la compréhension de ce que nous voyions, plus nous étions touché par les rencontres, par l'histoire et le quotidien des personnes que nous croisions. Nous ne voulions pas "gâcher" ce voyage en restant à la surface des choses, en effleurant le monde, en nous regardant le nombril, en pensant à nous, en "profitant" (comme on dit...).
Nous nous disions souvent avec Monica :
"Il faut aller plus loin... il faut prendre cette route là, celle qui apparemment ne mène nulle part... Lorsqu'on nous disait : "mais il n'y a rien de ce coté !", de concert avec ma femme nous choisissions justement d'y aller... Nous pourrions presque dire que de ce fait, nous n'avions rien vu...
Et lorsque nous regardons certaines photos, les films, aujourd'hui assis sur le lit en
Bretagne chez ma mère, nous nous disons :
" Vache, regarde Ruben qui est si maigre et Viktor comme un haricot vert... nous ne nous rendions pas compte de ce que nous faisions... Nous n'avions pas peur".
Nous sommes en plein dans l'écriture des textes, le montage des vidéos, le tri des enregistrements sonores et des photos, l'édition du site que nous venons de mettre en ligne... Dans la traduction de nos souvenirs. L'essentiel est dans nos têtes, le principal est en nous, la maturation n'est pas terminée.
Le reste doit servir, nous devons le rendre, en hommage à ceux qui nous ont si généreusement accueilli. Mais quelle légitimité avons-nous pour raconter cette histoire ? Quel talent ? Balancer des lignes de textes dans un carnet de voyage "fleuve", avec pleins de mots usés, des centaines de "
jolies" photos ? Quel intérêt pour nous, pour vous ?
Nous avons décidé de réduire considérablement la part du texte, de donner de l'importance à ceux qui nous donné leur image, leur sourire, leur regard, sans commentaire, sans description de notre itinéraire, nous avons voulu parler des autres, plutôt que de parler de nous et partager seulement des émotions, dans la mesure de notre maigre talent.
Repartir ?Oui c'est certain. Question de budget, il faut qu'on se refasse un santé financière, alimenter la pompe à billets...
Nous avons déjà un ou deux projets, pour aller plus profond, pour nous immerger encore plus. On apprend à voyager, on a encore du chemin à faire !
Francis