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pour continuer le debat sur l'aide humanitaire et les dons, un article de Liberation d'aujourd'hui (11/01/05)
Tsunami
Embouteillage pour l'aide en AsieSurenchère d'initiatives, mélange militaire-humanitaire, déperdition des secours, etc., la gestion des dons et des actions se complique.
Par Thomas HOFNUNG et Eliane PATRIARCA
Trop de générosité tue-t-elle la générosité ? Alors que l'élan d'aide humanitaire en faveur des victimes des tsunamis en Asie ne se dément pas, y compris en
France, cette question dérangeante est désormais posée. «
Nous sommes face à un vrai paradoxe : la multiplication des initiatives rend de plus en plus difficile le travail sur le terrain, note Graziella Godain, directrice ajointe des opérations à Médecins sans frontières (MSF).
C'est la course à la visibilité : des ONG veulent montrer à leurs donateurs qu'elles font bien quelque chose de leur argent.
» Résultat : à Trincomalee, au
Sri Lanka, des dispensaires poussent comme des champignons,
«tous les deux cents mètres», précise MSF.
«Nous nous posons des questions sur le maintien de notre présence, conclut Graziella Godain.
Nous n'allons pas rester pour être à tout prix sur la photo.» Selon le dernier bilan, 156 000 personnes auraient trouvé la mort dans la catastrophe.
Hélicoptère. Jointe par téléphone à Banda Aceh, sur l'île de
Sumatra (
Indonésie), la présidente de Médecins du monde (MDM) n'est pas de cet avis, même si elle reconnaît des difficultés de coordination dû aux problèmes d'acheminement de l'aide :
«Notre seul objectif, c'est de soigner les gens, dit Françoise Jeanson.
Or nous venons de repérer un site qui ne bénéficie d'aucune aide, et nous attendons une place dans un hélicoptère civil pour aller sur place.» Pour éviter la confusion militaire-humanitaire, MDM exclut de faire appel aux forces armées étrangères, très présentes à
Sumatra, pour mener à bien son opération.
Face aux difficultés de logistique consécutifs à la destruction des infrastructures par les raz-de-marée du 26 décembre, le Programme alimentaire mondial (PAM) vient de mettre en place une plate-forme aérienne
«humanitaire» à
Singapour, en concertation avec les autorités locales. Plus généralement, l'ONU tente de coordonner l'aide internationale pour améliorer son efficacité, mais aussi pour éviter les gaspillages.
Un sommet est organisé, aujourd'hui, au siège des Nations unies à
Genève pour obtenir des engagements fermes de la part des Etats qui ont multiplié les promesses financières lors de la réunion de
Djakarta du 6 janvier. L'ONU a évalué les besoins immédiats de financement à un milliard de dollars, notamment pour nourrir deux millions de personnes sur six mois.
«Nous n'avons pas besoin de dons en nature mais d'argent pour acheter des denrées qui correspondent aux habitudes alimentaires des habitants de la région. Nous contribuerons ainsi à soutenir l'économie de la région», explique la porte-parole du PAM, Christiane Berthiaume.
Médicaments. Ce raisonnement est quasiment identique du côté de Pharmaciens sans frontières (PSF-CI), qui a fait preuve d'une grande prudence sur l'approvisionnement en médicaments des rescapés de la catastrophe du 26 décembre. L'ONG a ainsi choisi de ne pas faire d'appel aux donateurs pour éviter
«une fièvre de collecte de médicaments en France». «En vingt ans d'expérience humanitaire d'urgence et de développement, rappelle la porte-parole de PSF-Comité international, Ghislaine Soulier,
nous avons été trop souvent témoins des effets secondaires de l'aide humanitaire d'urgence. En Bosnie, par exemple, le programme de destruction des dons de médicaments inappropriés en Bosnie a coûté 34 millions de dollars et fait perdre un temps précieux à des milliers de professionnels.» PSF note aussi que l'
Inde et la
Thaïlande, deux des pays touchés, sont de gros producteurs de médicaments, en particulier de génériques :
«Une aide humanitaire aussi massive qu'irrationnelle pourrait déstabiliser à long terme l'économie des pays sinistrés et les rendre durablement tributaires de cette aide.» Il convient, au contraire, de travailler autant que faire se peut avec le personnel local qui, en Asie,
«est bien formé du point de vue pharmaceutique et médical».
Bloquer. Autre cas de figure : certaines bonnes volontés sont bloquées dès le départ par des problèmes de logistique. Une ONG de la région lyonnaise, l'Union française d'intervention en catastrophe, avait réuni une équipe de dix secouristes, et une tonne de matériel médical et pharmaceutique à destination de l'Asie. Faute de pouvoir financer uniquement son voyage, l'Ufic s'est adressée aux ambassades des pays concernés, puis au Quai d'Orsay. Après plusieurs jours d'attente, la réponse est tombée :
«Le ministère des Affaires étrangères ne sera pas en mesure de prendre à sa charge le séjour et le retour de votre équipe.» L'ONG envisage de céder son matériel à la Croix-Rouge.