Ce fut un extraordinaire voyage que nous préparions depuis plusieurs années. Presque tout un mois en Argentine et au Chili, plus de 10 000 km dans ces immenses pays, du Nord au Sud et du Sud au Nord, avec quelques zig-zag d'Ouest en Est, à travers les Andes. Dix avions, des mini-bus et des bateaux sans les compter, et quelques millimètres de semelles de chaussures.
Après Buenos-Aires, ses quartiers typiques et ses tangos sensuels, direction plein Sud vers la péninsule Valdes.
Les habitants des lieux étaient au rendez-vous : dans la baie de Puerto Pyramides, des monstres de 30 tonnes, les baleines et leurs baleineaux, ont batifolé autour de nous comme des truites dans un vivier (une amie en a pleuré d'émotion). A Punta Tombo, nous avons passé la matinée dans la plus grande colonie de manchots du monde : 300 000 petits clowns en smoking déambulant autour de nous. On pouvait presque les toucher ! Sous le soleil mais dans un froid mordant, des terriers, des nids, des oeufs partout, c'est tout un petit monde affairé et confiant qui se dandine. On est un peu gènés d'être chez eux, on fait de notre mieux pour se rendre invisibles, mais c'est difficile. Non loin de là, à Caleta Valdes, les troupeaux d’éléphants de mer ronflaient sur la plage. Là, on est restés à distance, car ces messieurs font quatre tonnes et ces dames une tonne, et si ces gens-là ne sont pas des sprinters, ils ont la dent facile, même entre-eux : certains avaient d’horribles plaies sur les flancs, le genre de morsure qui vous arrache 4 kilos de viande d’un seul coup !
Plein Sud ensuite avec les immenses étendues de la Patagonie. Là, c’est le monde des "estancias" grandes comme un département français, avec 400 000 têtes de bétail en liberté et des gauchos burinés, tout droit sortis de la légende. On s’y est arrêtés plusieurs fois, on y mange midi et soir d'énormes et savoureuses pièces de boeuf grillé qui font oublier ce que veut dire le mot "viande" chez nous ! (le luxe là-bas, ce sont les légumes).
Et puis toujours plus au Sud, à travers les steppes où ne peut vivre qu’un mouton à l’hectare, jusqu'au mythique détroit de Magellan, puis encore plus Sud, tant qu’il y a de la terre, jusqu’à ce qu’on appelle là-bas « la fin del mundo », la Terre de Feu, Ushuaïa, le canal de Beagle sur lequel nous avons pris les bateaux du bout du monde, car une fois arrivé là, on ne peut pas s'arrêter au bord du quai ... Montagnes enneigées, froid mordant sous un pâle soleil dans ces fjords grandioses et désolés, colonies de lions de mer et de cormorans sur les îlots battus par les vents et les tempêtes. Belles randonnées à pied dans le Parc National de la Tierra del Fuego, parmi les oies sauvages et les renards, là où les arbres poussent comme des drapeaux déchirés par le vent, là où la forêt n’est plus qu’un incroyable enchevêtrement de troncs brisés, éclatés, couchés, pourris, des morts servant de lit aux arbres vivants et torturés …
Remontée vers le Nord : un saut de puce en avion (700 km, c’est la porte à côté en Argentine) et nous voici à El Calafate, porte d’entrée du Parc National Los Glaciares, grand comme la Suisse. Il n’y a plus guère de routes ici : navigation au coeur des Andes sur le gigantesque Lago Argentino, rencontre des premiers icebergs monumentaux 35 km avant d'atteindre les glaciers ... et puis soudain, dans le froid qui pétrifie le corps malgré un soleil éclatant, le choc, comme une hallucination : partout les fronts glaciaires, gigantesques, démesurés, faramineux, 5 km de large et 70 m de haut, la hauteur d'immeubles de 25 étages de glace pure, parfois blanche, parfois d'un bleu irréel ... Des fracas de tonnerre, des écroulements de montagnes de glace toutes les cinq minutes. Le plus grand de tous, le Perito Moreno, est un des seuls glaciers au monde qui ne régresse pas, mais au contraire avance puissamment. Sa démesure et sa majesté resteront à jamais gravées dans nos mémoires. Dieu, que la Terre est belle ! Nous étions muets d’émotion, les yeux embués … (non, c’était peut-être le froid …).
Traversée des Andes vers le Chili ensuite, en minibus tout terrain par les pistes sauvages, au milieu des troupeaux de guanacos (des camélidés proches du lama) et de nandous (sortes d'autruches). Au bout de la piste, une fois passée la frontière chilienne, une des plus grandes émotions de notre vie nous attendait au Parc National Torres del Paine. Les phénoménales aiguilles de granit ("las Torres" = "les tours") triomphaient dans l'azur avec leurs panaches fumants de cristaux de glace ... Mais comment la Terre peut-elle être aussi belle ?!! Ici aussi, nous avons eu une chance insolente pour le temps : notre guide local nous a dit que certains attendaient parfois une semaine pour voir se dégager les géants de pierre …
Vers le Sud à nouveau, plein Sud pour la suite, pour parcourir les "canaux" de la Patagonie chilienne, un dédale de fjords et d'îlots qui constituent la côte de l'extrême Sud-Ouest du Chili. Six cents kilomètres sans route ni piste, avec d'un côté le Pacifique, de l'autre la calotte glaciaire patagonienne, toute en longueur comme ce pays en forme de haricot vert. Bateau, donc, de nouveau, à partir de Puerto Natales, petit port oublié aux maisons de vieille tôle peintes de couleurs vives, des bateaux du bout du monde, des marins rudes aux tronches patibulaires, une navigation dure sur l'interminable fjord de "Ultima Espéranza" dont le nom à lui seul est toute une histoire. Rivages glacés ou vécurent presque nus, jusqu'au début du 20ème siècle, les derniers indiens Alakalufs, le corps enduit de graisse de phoque. Navigation sans but vers l’impasse des grands glaciers étincelants au bord desquels, en ce début d'été austral, les buissons se couvraient de fleurs rouges et jaunes.
Mini-bus ensuite, jusqu'à Punta Arenas, sur le détroit de Magellan, juste pour y rejoindre un petit aéroport et encore un avion qui nous a remontés 1400 km plus au Nord, à Puerto Montt, sur la côte Pacifique, près de l'île de Chiloe. Et de là, dès le lendemain, une incroyable traversée des Andes chiliennes dans le sens Ouest-Est, depuis le Pacifique jusqu'à la frontière avec l'Argentine. Un itinéraire sans doute parmi les plus fabuleux de la planète, que je suivais du doigt sur les cartes depuis des années (je suis accro-dépendant aux cartes). Une piste en pointillés, composée de sept sections alternativement marron et en petits tirés bleus : quatre sections "terrestres" et trois sections "lacustres", une alternance de passages de piste et de navigation sur de grandes vallées glaciaires devenues des lacs, au coeur des Andes. Entre les grands volcans enneigés aux formes parfaites, un enchantement de longs miroirs d'eau calme où le bateau avance lentement, avant de confier sa cargaison humaine et matérielle à un camion et un minibus tout terrain, prisonniers à jamais de leur portion de piste, et ainsi de suite jusqu'au prochain lac, la prochaine piste, le prochain camion, le prochain lac, le prochain bateau …
Retour à Puerto Montt, ses marchés de poissons et de coquillages, puis un nouvel envol vers le Nord (le haricot vert est si long !) jusqu'à Santiago, la capitale chilienne où nous avons au début attrapé un peu le vertige avec ce retour brutal à la modernité. Mais pas longtemps, car vite repartis en balade vers la côte Pacifique : Valparaiso le port mythique où faisaient relâche les cap-horniers. Ses collines abruptes, ses maisons de couleurs vives, ses incroyables funiculaires brinqueballants. J’ai adoré Valparaiso ! Non loin de là, visite à Isla Negra et à la maison de Pablo Neruda, vaisseau ancré à terre où rode encore l'âme du poête amoureux du Pacifique et de la liberté. Liberté qu’il défendit jusqu’à son dernier souffle dans son pays martyrisé. Pablo, j’ai récité tes vers sur place, chez toi, j’étais ému.
A Santiago, encore un avion et un autre saut de puce de 1600 km vers ke Nord et nous voici à San Pedro de Atacama, près de la frontière avec la Bolivie. Notre voyage s’est terminé là, quatre jours dans le désert le plus aride de la planète. Des reliefs incroyables, des dunes immenses, des falaises vertigineuses, des gorges défiant toute proportion, des couleurs irréelles, des sculptures de pierre et de sel, des "salares" (lacs de sel) grands comme un département français. Un autre monde, une autre planète … Un matin, nous sommes allés voir à 4300 m d’altitude les dizaines de geysers du Tatio qui s’éveillent tous ensemble lorsque le jour se lève. Partis à 4 h 30 du matin, nous sommes arrivés sur place après deux heures de piste, dans le noir glacé, un quart d’heure avant que ne débute cet hallucinant spectacle. Les geysers du Tatio ne ressemblent pas aux geysers d’Islande. Ici, point de jaillissement périodique et brutal. Ce sont des geysers calmes et continus, fumant et jaillissant tout doucement, sans interruption, à quelques mètres de hauteur. Il y en a partout, sur 10 000 ha, tout un immense bassin intramontagnard qui fume, qui crachotte, glougloutte et bouillonne de partout. Des mares de boue en ébullition, des vasques de plusieurs mètres animées d’un gros champignon bouillant et continu d’un mètre de hauteur, des trous et des ruisseaux aux couleurs rouges, mauves, vertes, blanches, des cristaux de soufre, de sel et de magnésium. Aucune limite, aucune protection, on marche où on veut … et où on peut, ça fume à gauche, ça bout à droite, ça glougloutte droit devant dans la vapeur, il faut être attentif ! (quatre morts ces dernières années). Il ne faut pas s'agiter, non plus : à cette altitude, le moindre effort est une épreuve, manger un sandwich est épuisant.
Dans le désert d’Atacama, c’est Natalia ("Nati") qui nous a guidés pendant ces quatre jours. On l’adore, Nati, elle est jeune, métis, sauvage, brute, "indómita" (indomptable), comme elle dit d’elle-même. Ses cheveux noirs ignorent le peigne, ses baskets sont trouées et ses lacets perpétuellement défaits. Elle nous a fait partager ses plus beaux secrets, ses passions, ses émotions. Chaque soir, elle nous a emmenés voir le coucher de soleil dans un site différent, en haut de promontoires comme des proues de vaisseaux de pierre devant ces fabuleux paysages qui s’embrasaient sous nos yeux en quelques minutes, comme si un peintre fou avait allumé la mèche. Le soir de l’adieu, elle nous a dit : « Ce soir, je vous promets un coucher de soleil comme vous n’en avez jamais rêvé : au milieu du salar, vous allez voir tout autour de nous les grands volcans de 6000 mètres s’embraser les uns après les autres, et aux derniers rayons du soleil, les flamands roses vont s’envoler juste devant nous et passer comme des bâtons ailés au dessus de nos têtes, pour disparaître dans le noir … Ça s’est passé exactement comme elle avait dit … Elle était assise, immobile, silencieuse, rayonnante. Nous aussi, muets d’émotion devant l’incendie fulgurant du paysage et les dégradés de couleurs allant du bleu turquoise au rouge sang et au mauve profond. Au milieu du lac de sel, au centre du désert des déserts, la sècheresse était la plus incroyable du monde. Pour arriver là, nous avions consommé une petite bouteille d’eau toutes les demi-heures, mais à ce moment là, nos yeux étaient humides …
Chris.
P.S. ... Après plusieurs mois (... il fallait laisser décanter tout ça ...) nous avons mis en ligne quelques diaporamas de ce grand voyage. Vous trouverez les liens, classés par grandes parties du voyage, ici : http://voyageforum.com/v.f?post=1710161#1710161
Chris et MF.
Pour les photos, oui j'en ai fait quelques centaines, bien sûr, mais là aussi, ce n'est pas forcément une priorité ... Un jour quand même, quand j'aurai le temps (et après avoir laissé décanter), je pense que je mettrai sur un site quelques petits albums de là-bas, dont j'indiquerai les liens.


























Come along, I'm taking you to this country where it's so nice to wander and slow down...


I’m inviting you on a stroll through my drawings—a completely subjective, far-from-exhaustive, and totally personal take, since it’s based on my own sketches. I put this travel journal together after returning in late 2024, mostly using felt-tip pens and pencils, with a few collages thrown in. I worked from our personal photos.
And in Kyoto, the Nishiki Market:


A little sneak peek?















Since Albania isn’t part of Europe when it comes to phone service (at least not yet! :-)), we had to buy a physical SIM card—otherwise, the bill would’ve been sky-high if we’d used our French plan! We got one from Vodafone AL at the airport. You can buy online before leaving with a virtual SIM (e-SIM) for compatible phones, so you don’t have to swap cards. But given the uncertainty about choosing a plan online, we preferred buying one directly at Tirana Airport. Cost: 31 € for 100 GB. That’s way too much—100 GB is overkill. For 40 GB, it’s 27 €, and the plan lasts 21 days. The price difference isn’t huge, and it was cheaper than online. This plan covers all the countries along the Balkan range.
Money tip: All guesthouses and accommodations accept euros. The local currency in Albania is the LEK. In Montenegro, it’s the euro. Bank fees for withdrawing money from an ATM in Albania are pretty steep: 8 € for a withdrawal of 600–700 LEK (about 200 €)! So it’s better to withdraw cash (euros) in France. Oh, and we booked all our accommodations before leaving, but payment is always in cash. Budget around 400–500 € for 9 days of trekking.
I really liked Shköder, especially its pedestrian street lined with restaurants and lit up at night. It’s a great place to stroll and eat. The food isn’t expensive—two big salads and two beers: 14 € :-) . Fruit prices are also very reasonable: 3 € for a kilo of cherries, compared to 9–10 € in France.
Religions coexist peacefully in these countries—Catholics and Muslims. From our balcony, my friend heard the call to prayer for the first time, coming from one of the city’s mosques.


We slept in the heights of Theth at a new guesthouse, "Mountain Vista Shkafi," with an amazing view.







But Bologna’s real charm lies in its porticoes, which were added to the UNESCO World Heritage list in 2021: 62 km of arcades running along buildings, letting you walk sheltered from the sun or rain. Back in 1288, the city required houses to include private arcades for public use. In the city center, you can stroll under 32 km of porticoes in all sorts of styles—some plain, some ornate—with a strong presence of red tones.














Ooooooooh, giants!
Oh, how I love them! In the North, we have lots of these giants, like Reuze Papa and Reuze Maman in Cassel, or Gayant, Marie, and their children Binbin, Jacquot, and Fillon in Douai, and many more.
What’s more, the Ducasse of Ath is remarkable for its age and local roots; a procession was first mentioned in 1399, and today the many musical groups are still local (Ath and surrounding towns). The event is extremely popular: a good part of the population is there, all generations mixed together. Everyone knows the groups, floats, and giants, and each has their favorite! Originally, religious groups paraded, illustrating episodes from the Bible or the Golden Legend. Gradually, the parade became secular and kept evolving by adding new giants, historical figures, or allegories linked to local history (Ath, Belgian Hainaut, Belgium).
To wrap up this long introduction, know that the Ducasse of Ath lasts several days, but the highlight is the highly codified procession that takes place on the 4th Sunday of August (actually, the procession passes twice, once in the morning and once in the afternoon).


It’s followed by a human giant on stilts: "Saint Christopher of Flobecq," holding a flowered staff and carrying Christ on his shoulders (this time, not a real child!). It appeared in the 19th century, then disappeared from the procession before being reintroduced in 1976.

