Traduction en dioula (Burkina Faso)
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GL
Bonjour, Voilà j'aurais besoin de l'expertise de personnes parlant et surtout ecrivant le dioula... En effet, mon homme (burkinabé) et moi allons nous marier; nous voudrions graver dans nos alliances cette phrase : "pour toujours, à jamais" ... mais... en Dioula! Mon futur mari le parle bien sur, c'est sa langue maternelle, mais à l'écrit il a peur de faire des fautes. Sur nos alliances ce serait dommage... Et moi je ne maitrise pas encore et je n'ai pas trouvé de dictionnaire ou de méthode (au passage, je suis preneuse de réfèrence si cela existe). Merci pour votre aide!
TA Taamaden Veteran ·
En effet, mon homme (burkinabé) et moi allons nous marier; nous voudrions graver dans nos alliances cette phrase : "pour toujours, à jamais" ... mais... en Dioula!

Bonjour,

je la tradurais comme suit :

abada kama

Abada kama veut dire à la fois "pour toujours, pour l'éternité" et "à jamais" : l'adverbe abada, utilisé en contexte négatif au sens de "jamais, en aucune façon", signifie en contexte affirmatif "toujours, absolument". Kama, une postposition, signifie "pour, au bénéfice de, en vue de, à cause de, au sujet de ; contre" ...

Comparé au bambara (parlé surtout au Mali), langue la mieux étudiée parmi les langues mandingues, les publications linguistiques consacrées au dioula ne sont pas trop nombreuses : en outre, il y a quelques dictionnaires (p.ex. Lexique fondamental du dioula de Côte d'Ivoire de G. Dumestre, Lexique du dioula de M. Coulibaly/T. Haraguchi ou Petit dictionnaire dioula: dioula–français, français–dioula de C. Braconnier/J. Dérive) et méthodes (p.ex. Ko di? Cours de dioula de G. Dumestre) concernant cette langue mais se réfèrent en majorité au dioula de la Côte d'Ivoire. Au Burkina Faso, il y a au moins la publication "officielle" suivante (voir la photo en bas) :

Sanou/Bicaba, Rosalie et al. (éds.). 2003. Dictionnaire de poche bilingue / Kanfiladanyègafenin : Julakan–Tubabukan/Français–Dioula. 2e version révisée. Ouagadougou : INEBNF, PAEN. 179 pages.

(si intéressée, recourez à l'Institut National de l'Education de Base Non Formelle ou aussi à l'Ambassade de France au Burkina Faso*, à Ouagadougou !)

Hery

*l'Ambassade de France a contribué avec appui technique et financier à ce projet linguistique.

GL Glicks2008 ·
Merci pour les références des bouquins, je vais voir auprés du consulat de France , j'y passe bientot pour la transcription de mon mariage justement. Et merci beaucoup pour la traduction proposée... que j'ai transmis à mon fiancé qui a eu du mal à comprendre l'integralité du sens en fait... il me dit que ça peut vouloir dire beaucoup de choses, que c'est comme chez nous les synonymes (enfin il a pas su bien m'expliquer mais)... et qu'il le connaissait surtout das le sens negatif (=jamais) et que ça l'embete un peu du coup... Il me parlait aussi d'un mot auquel il a pensé , phonetiquement ça donne "FOSAYA"... collé à "m'bifé" , il me dit que ça peut etre traduit par "je t'aime pour toujours"... cela vous dit-il quelque chose? encore une fois je ne trouve rien sur le net... Merci en tout cas pour votre aide!
TA Taamaden Veteran ·
Bonsoir !

et qu'il le connaissait surtout dans le sens negatif (=jamais) et que ça l'embete un peu du coup...

En fait, cela ne m'étonne pas. L'usage du terme abada dans le sens négatif est beaucoup plus courant que dans le sens positif (p.ex. dans ce texte : http://gospelgo.com/f/jula_joh.htm), c'est bien vrai, pourtant, l'usage du dernier existe également.

Feuilletez dans un des tout premiers dictionnaires français–bambara/bambara–français, celui de Moussa Travélé (en 1913 !) : https://archive.org/details/petitdictionnair00travuoft (sur la page 129, vous trouvez abada).

Je vous rappelle à "jamais" en français. C'est pareil : "jamais" est surtout utilisé avec construction négative (= "en nul temps, à aucun moment") mais aussi avec construction positive ou interrogative, au sens de "en un temps quelconque, un jour (passé ou futur)". Voici :

A-t-on jamais vu cela ? Si jamais je l'attrape... Sait-on jamais ? Plus frais que jamais. La plus belle chose que j'aie jamais vue.

Dans toutes ces phrases, "jamais" n'a pas du tout de sens négatif.

Pourtant, si abada kama n'inspire pas de bon sentiment à votre fiancé, il faut abandonner !

Il me parlait aussi d'un mot auquel il a pensé , phonetiquement ça donne "FOSAYA"... collé à "m'bifé", il me dit que ça peut etre traduit par "je t'aime pour toujours"... cela vous dit-il quelque chose?

Ah, fosaya, je comprends. Certes, je ne connais pas fosaya du dioula mais bien son équivalent bambara qui est fasayi, mot expressif (ou idéophonique), associé à l'émotion et à l'affectivité, qui veut bien dire "pour toujours, définitivement, éternellement" mais aussi "complètement, tout à fait, de toute façon" (dans le dictionnaire de Travélé, vous le trouvez sous fasi ~ fasayi, page 164). Par exemple, en bambara, on peut dire :

a) O ye muso dilen ye i ma fasayi (aussi : muso bè d'i ma fasayi) "La femme t'est donné pour toujours/définitivement". b) A tilala fasayi "Il a terminé pour toujours/définitivement".

Dans cette mesure, votre fiancé a bien raison : n b'i fè fosaya est absolument correct. La phrase signifie "je t'aime pour toujours" :

Bonne fin de soirée, Hery
GL Glicks2008 ·
Vos explications et illustrations linguistiques sont aussi instructives que passionnantes!!! et accessibles, même à moi qui ne connait que trés trés peu le dioula! d'ailleurs rien que de vous lire, ça me donne trés envie de m'y mettre serieusement! Mon fiancé et moi même vous remercions beaucoup pour ces explications! Ce sera donc "n b'i fé fosaya" (au passage j'apprends à ecrire correctement n b'i fé que j'orthographiais "n'bifé" ). A bientôt de vous lire sur le forum! Bonne journée!
TA Taamaden Veteran ·
que j'orthographiais "n'bifé" ).

Bonjour Anna,

c'est vrai, on lit souvent n'bifé (et encore plus mbifé). Mais : pourquoi a) une apostrophe entre (n/ et /b/, et pourquoi b) le tout en un seul mot ?!

a) l'apostrophe est un signe en forme de virgule qui, en bambara et en dioula, se met à l'endroit de certaines voyelles (/a/ et /è/ surtout !) qu'elle remplace. La suppression d'une lettre et son remplacement par une apostrophe s'appelle l'élision, phénomène bien connu dans votre langue maternelle : l'amour, c'est, qu'on, s'il, j'en, jusqu'à, n'ont, d'aller, t'aime ... Ici se passe quoi ?! Un élément vocalique final du premier mot (le, ce, que, si, je, jusque, ne, de, te) et un élément vocalique initial du mot subséquent (amour, est, on, il, en, à, ont, aller, aime) se rencontrent, et l'élément vocalique du premier mot est effacé et remplacé par l'apostrophe. Mais entre n et bifé, un élément vocalique n'existe pas, par conséquent, une apostrophe est tout à fait déplacée ...

b) n'bifé a l'air d'un seul mot. Cependant, il s'agit d'un énoncé non-verbal se composant de 4 mots :

n = pronom, 1e sg. "je, me, moi ; mon, ma, mes" bè = marque d'énoncé (valeur d'inaccompli affirmatif, et de situatif affirmatif) i = pronom, 2e sg. "tu, te, toi ; ton, ta, tes" fè = postposition (très nombreuses valeurs, dont : le lieu ou la direction ; l'accompagnement ; le temps ; le moyen ; l'agent, la cause ; la possession ; le souhait, le désir, l'affection)

Donc, comme on écrit les mots séparément en français, on le fait en bambara et en dioula également : N bè i fè. > N b'i fè. (l'énoncé avec élision est à préférer)

En ce qui est bè et i, on a la même réalité qu'en français : élément vocalique final du mot bè et élément vocalique (initial) du mot i se rencontrent. On efface la voyelle /è/ et la remplace par une apostrophe, voilà : b'i. Sur le fond, en bambara et en dioula, une élision se fait d'ordinaire entre marque d'énoncé/prédication (bè, tè, ma, ka, ye, kana, na, bèna, tèna) et pronom personnel consistant en une voyelle exclusivement (a "il, elle, on", i "tu", u "ils, elles") ou dont l'initiale est une voyelle (an "nous", ale "il, lui, elle, le, la" , olu "eux, elles" ) ...

En matière de la prononciation de /n/ en bambara et en dioula, ça varie : /n/ devant /b, p, f/ se prononce 'm', par contre, /n/ devant /t, s/ se prononce 'n'. C'est pour cette raison que beaucoup écrivent m'bifé. C'est de la foutaise ! Je rappelle encore à votre langue maternelle : prenons la lettre c qui a différentes prononciations : le /c/ devant /a, o, u, r, l/ se prononce 'k' (p.ex. case, coller, cuire, crâne, clou), le /c/ devant /e, i, y/ se prononce 's' (p.ex. ce, ciel, cynique), le /c/ peut se prononcer 'g' (p.ex. seconde), le /c/ en position finale et précédé de la nasale /n/ ne se prononce pas du tout (p.ex. blanc, tronc, franc), le /c/ suivi d'un /h/ se prononce 'sh' (p.ex. chasse, cher, chose). Vice versa, une seule prononciation (un seul son) peut être rendue par différentes lettres : prenons 'k' qui peut s'écrire c (p.ex. canard, clou, flic), cc (p.ex. accumuler, accompagner), qu (quatre, quai), cqu (p.ex. acquérir, acquis), q (p.ex. cinq, coq), ch (p.ex. choléra, écho, chœur), k (p.ex. karaté, kilo), ck (p.ex. ticket) ...

Si j'ai encore une idée, je me manifeste. Donc, pour le moment, il ne me reste que de vous souhaiter un bon séjour au Burkina Faso (j'ai moi aussi une passion pour ce pays même si mon préféré est son voisin, le Mali) et je vous souhaite que votre fiancé dise "ni ne sera k'i sòrò furu la, o bè diya n ye fasayi" ...

Ala k'i kunnadiya !

Hery

(j'écris ici toujours la lettre è pour la voyelle semi-ouverte parce que l'epsilon ne passe pas sur le forum : è = epsilon)

FE Fexon Globetrotter ·
Bonsoir,

Simplement envie de dire la même chose que le membre Glicks2008 "Vos explications et illustrations linguistiques sont aussi instructives que passionnantes!!!"

Cordialement

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