Jour 4 : Jeudi 6 octobre : de Chinle à Mesa Verde
Réveil à 5h, y a du progrès ! Ce soir, nous nous coucherons dans l'état du Colorado mais avant, une exploration du canyon de Chelly plus en profondeur est prévue avec White house trail et encore avant, la recherche d'un lieu plus ou moins confidentiel dont j'ai entendu parler sur le net (merci, entre autres, à Orionide qui s'est montré très convaincant à ce sujet 😉) : Hope Arch.
Le soleil n'est pas encore levé quand nous nous glissons sur le parking. Le ciel est totalement dégagé et il fait un froid de canard. Tour de la voiture : les pneus ont l'air intact. Contact : aucun voyant suspect. On y va !
A la sortie de Chinle, il nous faut trouver l'entrée de la piste. J'ai le point GPS de départ, celui d'arrivée, quelques photos satellites et des conseils d'internautes avertis. Quelques doutes sur place, légère divergence entre réalité et théorie, un moment d'hésitation, finalement on avance. La piste n'est pas vraiment difficile mais on n'a pas non plus une grande habitude. Ça flotte un peu sur le sable, pas mal de caillasse, des vaches et des chevaux.

On roule prudemment, doucement, mais on finit par arriver sous la fameuse ligne à haute tension, point de repère inratable. La toute dernière ligne droite, sableuse et ravinée à souhait, nous la ferons à pied. Pas question de risquer de rester coincer dans ce coin loin de tout. On approche lentement et lentement, l'arche se dévoile à nos yeux. Le soleil n'est pas encore très haut dans le ciel et la lumière, douce, enflamme la roche. Le silence. Elle est là, grandiose, majestueuse, parée de rouge, veinée de blanc. Elle s'étire, elle s'étale, elle prend ses aises.

On part à sa conquête et elle nous avale dans la courbe parfaite de son cœur.

Au loin un cheval efflanqué broute à proximité d'une mare d'eau. Derrière, une ébauche de vague vient caresser l'assise rocheuse


Inutile d'en dire plus. L'instant est sacré.
Retour à l'hôtel, petit-déjeuner improvisé, on refait les sacs, on rend les clés et retour sur la rive sud du canyon de Chelly où nous avons prévu une petite balade : White House Trail.
Le seul problème de ce trail, c'est qu'on commence par descendre tout au fond du canyon et qu'ensuite, bien évidemment, il faut songer à remonter !
La matinée est bien entamée, le soleil est déjà haut et le sentier très exposé. On cuit.

Heureusement, le cadre nous fait oublier ce "petit" désagrément. Comme toujours, le fait de descendre dans le canyon change l'angle de vue et en quelques mètres, tout est différent. Nous voilà dans le décors. La descente sur le slide rock d'abord puis sur un bon sentier gravillonné est facile. Le paysage est enchanteur. La roche rouge nous enveloppe, bientôt, on ne voit plus la rim. Les arbustes peignent des touches de verdures sur ce tableau où l'ocre domine. Plus bas, la vallée nous appelle. On la devine accueillante, réconfortante avec sa végétation luxuriante. Un tunnel, nous y sommes.


Le petit paradis que j'avais pressenti la veille au coucher du soleil, se confirme. C'est un havre de paix que cette vallée enfouie dans la roche avec une rivière, de l'herbe bien grasse, de gros arbres qui projettent sur le sol leur ombre bienfaisante, des champs fertiles, des oiseaux ... Plus loin, White House, les vestiges d'habitats bien plus anciens, creusés dans la paroi de la falaise. Le paradis ne date pas d'hier.


On y traîne un peu. C'est en quelque sorte une parenthèse dans le monde d'aujourd'hui. Le temps ne semble pas s'y écouler à la même vitesse. Quelques stands de bijoux navajos attendent le client mais les vendeurs, nonchalants, ne semblent pas convaincus. Soudain un bruit de moteur. Une puis deux jeeps arrivent dans un nuage de poussière, se garent, laissent échapper de petits groupes de touristes. Ne pas s'attarder, faire demi-tour de ce pas lent, un peu lourd qui accompagnera toute la remontée et se remplir les yeux de ces images qui racontent la beauté et la paix tandis que derrière nous le monde moderne poursuit sa quête insatiable.
Curieusement, la remontée sera plus facile et plus courte que prévue. Quand je vous dis qu'il y a par ici quelque chose de plus qu'ailleurs !
Détour par Spider Rock que nous avons déjà vu hier soir mais qui était partiellement plongé dans l'ombre. Banco, cette fois ci, le rocher est baigné de lumière. C'est pas beau ça ?

Cette fois, nous quittons canyon de Chelly pour de bon. Il nous reste encore pas mal de route et l'heure tourne. Impasse sur la rive nord de Canyon de Chelly par laquelle nous passons sans nous arrêter. Il faut bien faire des choix.
C'est par le chemin des écoliers que nous reprenons la route du nord. Et on monte, on monte, toujours, encore, sans fin, sur une route à la pente parfois impressionnante, à l'assaut des monts Lukachukaï. Très vite, les arbres remplacent la roche. De grands conifères bordent la route, des aspens flamboyants habitent les pentes. L'automne, dans ses plus beaux atours, nous a rattrapés. On l'avait presque oublié. Il va falloir me croire sur parole, les photos du secteur ont mystérieusement disparues !?
Buffalo Pass, nous voilà au col. La route hésite un instant puis bascule lentement vers la plaine, de l'autre côté. Une plaine couleur sable, où rien ne pousse. Une plaine de rocaille, où le rare bétail cherche longuement une touffe de graminées à brouter.

Les pylônes électriques soulignent la route qui s'étire, droite, interminable devant nous et au milieu, seul, majestueux, Shiprock, le rocher ailé des Navajos, né du magma brûlant recraché par la terre soudain prise de secousses à moins que ce ne soit plutôt de cet aigle géant qui déposa ici un peuple d'indiens migrateurs. Les légendes se mêlent à la science avec une harmonie peu commune. Ici, c'est sûr, la pierre est habitée.
Petit détour sur la gauche par l'indian service road 5010 pour se rapprocher du monstre endormi. La piste n'est pas très bonne, on est secoué comme des pruniers. On n'en finit pas de se rapprocher mais la bête ailée semble toujours aussi lointaine. Pourtant ce géant de roc gonfle et grandit dans la plaine immense et vide. On finit par s'arrêter, par descendre de voiture, tentant une approche à pied. Le vent souffle à nos oreilles des mots incompréhensibles comme une interminable litanie. Je comprends qu'on puisse avoir envie de partir à sa conquête, de se lancer à l'assaut de ses pentes abruptes, de le dominer, de le dompter, lui qui règne sur cette espace infini et désert depuis si longtemps. Nous resterons humbles, abandonnant notre quête, faisant demi-tour sur la pointe des pieds. Nous n'avons fait qu'effleurer la longue silhouette qui trace, sur les images satellites, un trait sombre et bien net. Pas assez pour découvrir son secret sans doute mais suffisamment pour ressentir l'aura mystique qui s'en dégage.



La route continue, toujours aussi droite, toujours aussi interminable, avec son lot de mobilhomes disséminés ça et là, dans la poussière, sans même un morceau d'asphalte pour y accéder, avec en guise de ciel, des fils électriques qui se croisent en un enchevêtrement improbable. Et puis, encore, des citernes, des carcasses de voiture, une décharge. Matin et soir le bus scolaire passe par ici, s'arrête, ramasse son lot d'écolier. La seule issue possible semble-t-il dans ces réserves indiennes où les seuls bâtiments modernes qui se dressent tels des anachronisme saisissants sont l'hôpital et l'école.

Un ou deux virages, larges, amples comme on n'en connaît pas par chez nous et on change d'état : welcome to Colorado. Une ligne sur le sol, un simple trait que l'on franchit et tout change, les maisons, les gens, même la nature. Exit les visages basanés aux longs cheveux de jais, disparus les mobilhomes disparates et de guingois. Place aux pelouses vertes autour de coquets pavillons, aux grands arbres colorés, aux commerces florissants. Que s'est il donc passé, ici, qu'on a oublié la bas ?
Nous abordons la montée vers Mesa Verde, parc national. Il y a 20 ans, les collines ont été ravagées par le feu. Plus de sapin, plus de gros arbres feuillus, juste quelques buissons d'où s'échappent comme un sinistre appel à l'aide des branches calcinées, terribles squelettes. Combien de temps faudra-t-il aux géants de nos forêts pour coloniser à nouveau ces pentes désertées ?

Un, deux, trois points de vue sur la vallée qui s'éloigne. La température a terriblement chuté. Nous sommes à 2700m environ. Dans la chambre que nous occupons au far view lodge, le seul hôtel du parc, le chauffage fonctionne en continu. Ici, pas de télé, pas d'Internet, même pas de réseau. Les satellites ont oublié ce coin du globe et on se retrouve un peu bête sans toutes nos connexions.

Je me suis endormie la tête dans les étoiles. Notre chambre donne sur les collines, le regard s'y envole à des kilomètres sans que rien ne l'arrête. La nuit est noire d'encre. Pas de réverbères, pas de villes au loin, aucune pollution lumineuse. Même pas le moindre nuage. Dans ce tapis de velours noir qui nous enveloppe, de petits points lumineux apparaissent, se multiplient, habillent l'obscurité d'une rivière de diamants. J'ai laissé les rideaux tirés, blottie bien au chaud sous la couette, me voilà partie pour un voyage qui m'emmène au delà du système solaire.

HOTEL : Far View Lodge, le seul situé dans le parc de Mesa Verde. Les chambres rénovées sont charmantes. Vue sur les collines avoisinantes et petit balcon de bois. Elles étaient annoncées avec wifi mais on n'a pu se connecter qu'à la réception et nous n'étions pas les seuls ! C'est très bien mais ça reste cher pour la prestation. Je reste persuadée qu'il est préférable de loger hors du parc, à Cortez par exemple où il existe de nombreuses chaînes hôtelières et ceci malgré la route à faire pour gagner le parc. Il suffit alors de se lever tôt 😛
BILAN : Hope Arch🙂🙂🙂 de toute beauté, l'élégance personnifiée. Sans hésitation, il faut faire l'effort d'y aller le matin ou en début de soirée. Et ce n'est pas un gros effort !
Canyon de Chelly White House trail 🙂🙂🙂🙂 avec la south rim, c'est vraiment le truc à faire à Chelly. Il faut environ 2h, 2h30 grand maximum pour faire la balade sans se presser. Ça n'a l'air de rien, comme ça, descendre et remonter dans un canyon que l'on voit très bien du haut et pourtant, ça change tout.
Shiprock 🙂🙂 ce rocher vaut bien le détour mais pas sûr qu'il soit absolument nécessaire de prendre la piste pour s'en rapprocher, à moins d'y être à la golden hour, avec un éclairage exceptionnel. Par contre, j'ai adoré la route qui passe par les monts Lukachupai et qui plonge ensuite dans la plaine avant de rejoindre le Colorado. Elle est incroyable de diversité et de contraste. Impossible de s'y ennuyer, elle vous emporte sans vous laisser le temps de reprendre votre souffle.
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