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Du 28 au 28: 31 jours en solo dans l'Ouest! (vidéos)
31 jours de voyage 96 pages de roadbook sur-documentées 15 hôtels (allant de 70 à 240 € la nuit) 3 lessives 6300 kilomètres en voiture 450 kilomètres à pieds 1 paire de chaussures défoncée sur 3 3 kilos perdus 8700 € de budget (dont 1500 $ dépensés sur place et 225 € remboursés en cashback) 25 € de hors-forfait sur le téléphone 2200 photos 17 heures de vidéo (presque 500 Go) 5 mugs-souvenir ramenés en France 1 abonnement Spotify (9,99 €) 1 seul mec (1 mec seul)

Bonjour !

Après avoir préparé mon roadtrip dans l'Ouest américain pendant 7 mois grâce à ce forum, il me paraît assez naturel de partager à mon tour l'expérience que j'ai vécu sur place. Si avec ce récit je peux aider au moins UNE personne qui envisage une telle aventure alors ce sera une grande victoire ! Et quoi de mieux que de démarrer ce carnet un an pile après mon départ, c'était le 28 avril 2016...

Petite remise en situation : je m'appelle Yann, j'ai 28 ans, j'habite en banlieue parisienne et suis un solitaire dans l'âme. Au moment de ce périple je sors peu, je n'ai pas de copine et mon meilleur ami est un bonsaï Ikea. Je ne suis pas sportif du tout et n'ai jamais randonné avant. Je n'ai voyagé que deux fois dans ma vie : 5 jours à Madrid et 10 à New York. Je regarde beaucoup de séries et films américains et pourtant je ne suis pas du tout « fluent » en anglais... Je quitte le territoire serein, ou presque. J'ai juste peur que le bonsaï meure, sans eau.

Avec ces premières données, vous pouvez d'ores et déjà deviner à quel point la préparation de ce roadtrip fut laborieuse et à quel point le roadtrip en lui-même fut dépaysant ! Je le sentais déjà en parcourant les carnets sur ce forum et je l'ai encore mieux constaté sur place : voyager seul n'est pas une chose commune. Ce sera d'ailleurs l'angle principal de mon carnet.

Je n'ai pas l'intention ici de jouer au guide touristique. La longueur des randonnées ou l'intérêt des parcs sont déjà bien assez documentés sur internet. En revanche j'aimerais vous raconter mes journées telles que je les ai vécues en partageant mes ressentis, mes bonnes et mauvaises surprises et même quelques conseils simples et logiques que j'aurais aimé lire plus tôt.

Ceci dit, ne comptez pas sur moi pour vous donner de bonnes adresses de restaurant. J'ai justement profité d'être seul pour expédier les repas, en sauter certains et consacrer plus de temps à mes visites sur place. La plupart du temps, mon organisme a du se contenter de chips et de glaces :)

Petit rappel des étapes :

Los Angeles Williams Grand Canyon Page Monument Valley Moab : Arches et Canyonlands Capitol Reef Bryce Canyon Zion Las Vegas Vallée de la Mort Sequoia San Simeon Monterey San Francisco

A suivre...
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Planning a bike trip?
Who are you? Where are you from? Where are you going?

Like last year at this time, a post about bike travel ideas.

How many of us are preparing a trip planned for this year? Probably a lot.

What’s yours—the one you’ve been dying to do for so long, maybe too long? For us, it’s a modest PARIS-MARATHON by bike, followed by MARATHON-ATHENS on foot in June 2010. And you?

May the passion keep growing before, during, and after! Happy planning and safe travels to everyone.
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Votre avis sur la France
La France (j'allais dire notre pays , c'était oublier que le site VF est canadien, enfin c'est pas loin concernant les francophones, il s'agit de nos cousins😎), donc voilà ma réflexion: que vous ayez beaucoup voyagé ou pas, loin ou pas, à vélo, avec sac à dos (certains diraient bagpacker), en solo, en bivouac sauvage, en fréquentant les hôtels deux ou quatre étoiles, avec agence ou autrement, vous situez la France à quel niveau en matière d’intérêt touristique ou de voyage, car selon son point de vue j'ai constaté que l'on peut faire la différence entre touriste et voyageur? Je vous livre en matière de préambule mon sentiment, la France c'est le top du top et de plus en France il y a un paradis sur Terre (certains diront que c'est un pays indépendant) la Corse. Je précise je ne suis pas corse, mais lyonnais qui ne jure que par les Vosges. Au plaisir de vous lire Luc
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La Viarhona (secteur Ain et Isère à vélo)
Bonjour La Viarhona est le nouveau nom donné à la Véloroute Le Léman à la Mer. Comme son nom l'indique, elle doit rejoindre Genève à Marseille en suivant le Rhône au plus près de ses berges. Cela sera à la fois un mélange de voies vertes, pistes aménagées, voies sécurisées ou matérialisées sur le bords du route. Traversant pas mal de régions donc de départements, il est difficile de savoir quand elle sera achevée. Volontés ou pas des élus de jouer le jeu, Qui va supporter les frais… Etat, régions, départements, communautés de communes, communes…. ? Difficile pour l'instant de dire quant la totalité des tronçons département par département sera finalisée. La partie de l'Ain étant déjà bien avancée, je pourrai si cela intéresse des personnes souhaitant rouler sur ces deux départements, donner des explications avec photos si nécessaire des points délicats ou des choses à visiter (ou éviter) sur le parcours ou aux alentours. Conseiller municipal, je surveille ce dossier auprès de la communauté de communes.. Le tracé pour la partie me concernant le Nord Isère soit (du Pont de Grollé à Vertrieu) est finalisé depuis la fin de l'année 2009, reste les problèmes de terrains et de consultation des travaux. L'affaire suit donc son cours normalement. Sachez toutefois que l'enveloppe passe les 7 millions d'euros pour les quelques 80km qui passe par chez nous. Alors on l'espère belle, roulante et pour ma part.. plein de monde dessus. (C'est déjà le cas sur les parties existantes) Il faut dire que longer le Rhône au plus près des berges avec les cygnes, les canards et toute la faune des lunes et tout ça sans pot d'échappement laisse rêveur.





Le tracé de l'Ain existe donc déjà, j'y reviendrai plus tard s'il le faut.

Cascade de Glandieu (coté Ain)

Coté Isère rien n'est fait mais voici le tracé final adopté. Passé le Pont de Grollé, c'est le village de BRANGUES qui vous accueille. Brangues est célèbrement connu car un hôte de marque y a vécu.. Paul CLAUDEL. Vous devriez y voir son château et sa tombe, une rétrospective…. ravitaillement assuré dans le village.

Le château de Paul Claudel

- SAINT VICTOR DE MORETEL, (brasserie dans le centre) - MORESTEL (la cité des peintres) gros bourg avec tout le ravitaillement nécessaire y compris grandes surfaces, DAB etc…. Cette partie sera effectuée sur route existante avec en partie une piste cyclable délimitée

En quittant Morestel, la suite reste à faire….car elle emprunte en grande partie des petits chemins bien sympa. - CREVIERES - ARANDON - COURTENAY (en suivant les étangs de la grumate) puis elle reprend en parallèle l'ancienne ligne de chemin de fer (propriété du cimentier Vicat ) jusqu'à MONTALIEU-VERCIEU De là, elle remonte jusqu'à SAULT-BRENAZ en suivant le approximativement le petit chemin de fer touristique existant puis continue jusqu'à VERTRIEU (à proximité du Pont de LAGNIEU) ou elle quitte mon secteur.Toute cette partie existe mais est réalisable à VTT car ce ne sont que des chemins actuellement (il faut le préciser) Voilà pour l'instant. Puisse ces explications et photos vous donnez l'envie de visiter ce magnifique secteur qu'est le Rhône et le Pays des Couleurs….
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Remorque vélo pour voyager avec bébé
Bonjour,

Nous avons un petit garçon de 6 mois et souhaitons voyager avec lui à vélo.

Nous souhaitons avoir des retours d'expérience de parents ayant trimbalé leur enfant comme ça (sur de longs parcours). à partir de quel âge y avez-vous mis votre enfant, et avez-vous prévu un adaptateur pour un bébé qui ne tient pas encore bien assis ? votre remorque comporte-t-elle des amortisseurs, pour diminuer les vibrations ? est-ce mieux que l'ouverture regarde face ou dos à la route (poussières)? remorque tout tissu (légèreté) ou coque plastique (plus sécuritaire ?) ? quelle est la marque/modèle de votre remorque et à quel prix avez-vous déniché votre merveille ? quels inconvénients avez-vous noté : par temps de pluie, par grosses chaleurs... BB s'est-il ennuyé, et combien de temps rouliez-vous par jour ?

Merci beaucoup pour vos réponses.
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Échappée Ouest américaine en février…
Au départ, ce voyage n’était pas prévu !

Il aurait pu ne pas dépasser l’état de discussion enthousiaste d’une morne soirée de novembre.

Mais après tout, pourquoi pas ? Les prix sont raisonnables en cette saison, notre crédit maison vient de se terminer. Et puis, ce serait l’occasion de retourner dans cette vallée de la mort que nous n'avons fait qu’effleurer l’été dernier. Et puis, l'occasion aussi de faire Valley of Fire occultée par manque de temps. Et puis, il reste de la place pour CBS. Et puis... Et puis… Avouons-le, après 2 voyages, nous avons attrapé le virus !

Mon mari ne peut avoir qu’une semaine, pas grave, nous repousserons les limites de cette semaine au maximum et 8j c’est toujours mieux que rien !! Allez go ! Nos enfants n’en reviennent pas ! Si, si on repart aux States en février 😎😎😎 !

Le programme a été vite fait avec les ingrédients ci-dessus et aussi l’envie de faire nos 1ères pistes et visites en dehors des sentiers balisés. Un petit post sur ce forum pour conforter l’affaire (au passage, un grand grand merci à ceux qui m’ont répondu🙂🙂), les sites de référence pour approfondir (blog d’Itat, ouestusa), et les indispensables Photographing the southwest et aussi le guide du routard.

Et au final, voilà le résultat:

J1 : Vol Paris – Las Vegas (nuit LV) J2 : Death Valley, secteur Furnace Creek : Dante’s View, Devil’s Golf course, Badwater, Natural Bridge, Artists Drive, Gower Gulch Loop(nuit Stovepipe Wells) J3: Death Valley, secteur Stovepipe Wells : Mesquite Flat Sand Dunes, Mosaïc canyon, Titus canyon road (nuit LV) J4 : Lac Mead North Shore – Bowl of fire - Valley of Fire (nuit St George) J5 : Zion (Kolob Canyon) - Yant Flat (nuit St George) J6 : Snow canyon - Zion (nuit Kanab) J7 : CBS – White Pocket (nuit Kanab) J8 : Valley of Fire (nuit LV) J9 : Vol Vegas- Paris (accès direct aux journées en cliquant sur Jx)

Avant de commencer, je voudrais saluer Diamina et son « Apologie du Sud-Ouest des Etats Unis en hiver ». A la lecture de son « carnet » 😉, j'avais pensé qu'une visite hivernale était effectivement une idée à retenir, et l'avais gardée dans un coin de mon esprit. Sans son récit enthousiaste, je ne suis pas sûre que j’aurais envisagé ce voyage 😮 !

Bon maintenant, on y va ….
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L'appel des pistes au nord Laos à vélo
L’appel des pistes du nord Laos à vélo Le Laos je l’avais déjà traversé à vélo du nord au sud il y a maintenant trois ans, principalement par les grands axes sur 1800 kilomètres. J’en garde un très bon souvenir, les longues et raides pentes du nord où l’on sue au cours d’un effort soutenu, les longues lignes droites du sud que l’on remonte à vive allure dès le lever du jour, en regardant la vie s’éveiller. Mais cette chevauchée me laissa un peu sur ma faim, car je trouvais que le Laos profond des pistes je ne l’avais pratiquement pas pénétré. Voilà que l’opportunité de réparer cette lacune se présente lorsque Gérard cherche une destination en Asie qui soit un peu en dehors des chemins battus. Le Laos et ses pistes du nord me semblent tout indiqués. Il ne nous faut pas longtemps pour nous décider à tenter cette nouvelle aventure.

Effectivement, cette partie du monde je l’ai souvent regardée sous toutes les coutures à partir de google earth ou de cartes. Ces dernières ne sont jamais à des échelles vraiment compatibles pour le voyage à vélo, cependant elles permettent de rêver. Ma préférée est la Reise au 1/600 000. A côté des grands axes, on y voit apparaître un certain nombre de pistes en jaune, blanc voire marron pour les plus confidentielles. Que de mystères semblent se cacher dans ces lignes perdues au milieu des montagnes et des forêts impénétrables. Et puis il y a le Mékong, fleuve mythique qui de temps à autre est bordé d’une piste, incertaine par endroits, qui invite au départ. Je crois que chez beaucoup de cyclistes, et chez les autres voyageurs aussi, la passion du lointain est née en regardant en rêvant des cartes ou atlas, à bâtir d’hypothétiques itinéraires. Je ne sais pas si je possède plus de livres que de cartes, mais les deux participent à ce besoin d’évasion. Donc cette carte du Laos, malgré ma petite connaissance du pays, me fait des clins de pistes. Je repère plusieurs passages, chacun d’une longueur de 100 à 200 kilomètres. Ils semblent parfaits pour satisfaire nos exigences de très loin. Je sens l’appel de la route et j’entends le chant des pistes, il est temps de partir.

C’est justement le parcours de ces quelques 800 kilomètres de piste sur les 1750 de notre parcours à vélo que je me propose de vous relater. Ils hument bon le mystère et la surprise, car je n’ai trouvé que très peu de renseignements les concernant. Les deux portions sur lesquelles des informations m’ont été fournies, sont les deux que nous n’allons pas parcourir. C’est le hasard des imprévus qui en a décidé. D’une part, un problème mécanique sur des freins hydrauliques trop sollicités par la poussière, la chaleur, les descentes à plus de 20% et le poids des bagages, d’autre part l’intervention de l’inspecteur Lee qui un soir débarque dans notre chambre à Anouvong, et nous interroge sur notre itinéraire. Il nous interdira de poursuivre notre route vers le pied du plus haut sommet du pays (pic Bia 2819m), pour des raisons de sécurité nous dira-t-il sans trop de conviction, parlant aussi de route en réfection non praticable. Nous ne saurons pas exactement pourquoi nous avons été bloqués, certainement la raison a trait aux relations entre une ethnie habitant les environs du pic Bia point culminant du pays, et le gouvernement.



Les portions que je vais décrire sont les suivantes : 1) Ban Vang à Xanakham 30 km : située 110 km à l’ouest de Vientiane le long du Mékong 2) Muang Nan à Luang Prabang 50 km : située au sud de Luang Prabang le long du Mékong 3) Luang Prabang à Napong 125 km : située à l’ouest de Luang Prabang en traversant le Mékong 4) Vientiane à Thao 80 km : située à l’est de Vientiane le long du Mékong 5)Palai Long Xan 50 km : située 100 km à l’est de Vientiane, de la 13 S elle monte au nord 6) deux portions de part et d’autre du lac Nam Ngum 2, 35 km: route 5. Auparavant le lac n’existant pas, la route était continue, maintenant il faut prendre le bateau, 1h30 de trajet. 7)Xang à Xanakham 185 km : départ 50 km au nord de Vang Vieng sur N 13 8) Vang à Hinheup 130 km : départ sur bord du Mékong arrivée sur 13 N à 50 km au sud de Vang Vieng 9) Nanokkhoum à Somsavad 50 km : départ 40 km au nord de Vientiane sur la 10 et arrivée sur la 13 S à mi-distance entre Vientiane et Pakxan
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Remorque Extra Wheel pour vélo
bjr une question sur la remorque extrawheel, c'est une remorque mono roue de 26 ou 700 avec filets sur les cotés de la roue.J'ai vu le test sur le site mais est ce que quelqu'un d'entre vous l'a deja acheté et a fait quelques voyages avec par tout les temps.Merci de communiquer vos impressions
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Des Geysers du Yellowstone aux canyons de l'Utah (juin-juillet 2010)
Vingt cinq jours dans l’Ouest américain ! Vingt cinq jours libres comme l’air dans ces vastes espaces, autant ne pas mâcher ses mots : quel pied ! Evacuons les quelques soucis matériels qui ont émaillé le parcours, il ne reste plus que de formidables souvenirs dans cette nature si belle. Voici le parcours que je vais relater dans ce carnet ces prochaines semaines : Salt Lake City – Grand Teton NP – Yellowstone NP – Antelope Island SP – Arches NP – Dead Horse Point SP – Canyonlands NP (Island In The Sky + The Needles) – Les environs de Moab – Goblin Valley SP – Capitol Reef NP – Kodachrome Basin SP – Bryce Canyon NP – Las Vegas – Los Angeles

Le Vol

Nous partons le Dimanche 20 Juin 2010 de Paris CDG sur un vol Delta Airlines direct pour Salt Lake City. Le départ est à l’heure, 11h. Comme d’habitude j’ai réservé les places près du hublot et nous les avons eues, je passe toujours la plupart du vol le nez au hublot donc je ne serai franchement pas bien si je devais me coltiner les places centrales. Mais tout va bien ! Nous survolons donc le sud du Groenland.



C’est magnifique.

Puis la baie d’Hudson prise par les glaces et enfin les Etats-Unis ! Après plus de 10h de vol, nous approchons de Salt Lake City.



Le Grand Lac Salé et ses étendues… de sel est en vue au loin. Impressionnant.

La voiture

Nous avions réservé via elocationdevoitures.fr un Midsize SUV. Sans surprise nous avons eu à faire à Alamo. Contrairement à l’aéroport de LAX l’année dernière, ici, pas d’attente. La dame n’insiste pas lorsque nous déclinons l’assurance Roadside Plus. Par contre nous n’avons pas le choix du véhicule, ça sera une Jeep Compass.



Salt Lake City

Premier travail : trouver l’hôtel. Cette année j’ai mon Tomtom ! Chouette, il repère direct où nous sommes. Mais cruche que je suis, je ne sais pas rentrer les noms de rue du style 425 South 300 West… Le temps de chercher, ce n’est pas grave, nous avons navigué à vue et grâce aux souvenirs du trajet visualisés sur Google Maps et Street View nous sommes tombés pile poil sur l’hôtel sans se perdre. Quel exploit ! Après quelques courses au Walmart, notamment l’achat d’une glacière nous décidons d’aller sur les lieux du tournage d’High School Musical : le lycée East High School. Je sais que beaucoup ici sont fans !



Évidemment on est dimanche, c’est fermé, nous y reviendrons demain matin pour y rentrer. Eh oui le lycée se visite avec plan distribué pour 1$ ! On a même eu droit à un guide particulier (un prof du lycée !) qui a été super content de voir des français et qui nous a fait visiter de fond en comble le lycée (rien à voir avec nos lycées français) de salle de classe à la salle de Basket (immense !). Et on a eu droit à des t-shirts en cadeau.



En tout cas Salt Lake City a l’air d’une ville bien paisible, loin de l’exubérance de Los Angeles et de la folie de Las Vegas. Une autre Amérique en somme. Personnellement, j’aime bien ! Fourbus, nous nous coucherons à 19h !

L’hôtel : Hampton Inn Salt Lake City Downtown : Chambre propre et spacieuse. A quelques kilomètres de l'aéroport international et du centre ville. Petit déjeuner compris dans le prix correct et qui ouvre tôt (5h), parfait quand on quitte l'hôtel tôt.

Départ pour Jackson – Grand Teton NP

Départ matinal pour Jackson. Plutôt que de passer entièrement par l’interstate, nous avons décidé de sortir à Brigham City pour emprunter la 89 qui traverse plusieurs patelins de l’Idaho et longe le Bear Lake. J’ai trouvé la route plutôt agréable, sans trop de circulation, le tout sous un soleil resplendissant.



Nous longeons ensuite la rivière qui descend tout droit du Grand Teton. Le paysage est verdoyant, ça change radicalement de ce que nous avions vus l’année dernière plus au Sud dans l’Arizona et l’Utah.

Arrivée à Jackson, nous allons visiter la ville assez agréable avec ses pontons en bois. Nous assistons au spectacle de rue qui est un règlement de compte, pétarades garanties !

L’hôtel: Best Western The Lodge At Jackson Hole: Bel hôtel, belles chambres. Petit déjeuner buffet compris dans le prix. Seul bémol, c'est très cher, mais toute la ville de Jackson est chère.... Heureusement que nous avions une offre Best Western pour en profiter ce qui a allégé la note!

Après cette étape routière la grande aventure commence vraiment ! Le premier parc que l’on ne va que traverser, Grand Teton, et puis le rêve qui deviendra réalité, les premiers pas au Yellowstone. Problème, en ouvrant les rideaux de la chambre le ciel est couvert, ne laissant passer que quelques maigres trouées de ciel bleu. Va-t-il se lever ou pas ? C’est donc pas rassuré que nous levons les voiles en direction du Parc de Grand Teton. Et là c’est la grosse déception… Les sommets montagneux sont cachés par les nuages ! Sniffff nous ne verrons pas ces paysages si grandioses. Et bouquet final il commence à pleuvoir ! Les gouttes se font de plus en plus grosses et ça tombe de plus en plus dru !



Nous décidons tout de même d’aller jeter un œil à Chapel Of Transfiguration.



C’est charmant comme tout, et la vue des ouailles doit être exceptionnelle lorsqu’il fait beau temps.



Mais voilà... Il pleut ! Nous essayons quand même de profiter des paysages et nous hasardons à une petite marche autour de Jenny Lake mais nous ferons rapidement demi-tour, la vue étant bouchée et les gouttes d’eau de pluie nous frigorifient.



Voyant que le temps ne semble décidément pas prêt à se lever, nous décidons de ne pas plus nous attarder sur Grand Teton (à grand regrets…). D’autant plus qu’en direction du Yellowstone, le temps semble plus clair… Grand Teton je reviendrai !

C’est donc en tout début d’après-midi et sous un ciel tourmenté mais avec quelques éclaircies que nous entrons en contact avec les premières joyeusetés du Yellowstone.

Yellowstone : West Thumb

Et là, le choc ! Toutes ces sources colorées face au grand lac du Yellowstone d’une couleur bleu profonde. Ca restera un grand moment du séjour. Après le coup dur de ce matin, nous revivons ! Voilà, on y est ! Le Yellowstone dont je rêvais d’y aller depuis mon adolescence.

Des couleurs magnifiques :



Des glougloutements :



Je comprends aussi les bisons qui se mettent l’hiver dans les effluves gazeux pour se réchauffer. Il fait vraiment bon dans cette vapeur, bon par contre faut pas être trop sensible du nez…



Les arbres, par contre, aiment moins…



Palette de couleurs exceptionnelles :





… Quand je vous dis que c’est chaud… Et vue les arbres plus haut ça a l’air acide. Plongeon interdit sous peine de ressortir assez décomposé.





Bon ce n’est pas tout mais l’heure avance et j’ai bien envie d’aller voir la star des lieux : le Geyser Old Faithful, qui est un peu plus au Nord par rapport à West Thumb. Cela tombe bien car c’est sur la route pour West Yellowstone, lieu de villégiature pour nos 4 prochaines nuits.

A Old Faithful, beaucoup de monde, ce n’est pas une surprise… Mais on trouve quand même à s’asseoir. Un petit quart d’heure d’attente et la voilà !



Impressionnant (oui encore vous allez me dire…). Mais demain nous irons voir le maître des lieux dans un endroit plus calme et en hauteur : Observation Point.

Après cette journée forte en émotions, route vers l’hôtel sur West Yellowstone. Nous croiserons nos premiers bisons au bord de la rivière Madison mais pas le troupeau que nous verrons carrément à la même place les jours suivants.

L’hôtel : Best Western Weston Inn : A quelques kilomètres de l'entrée Ouest du Yellowstone. Plusieurs bâtiments, il faut aller dans le lobby pour prendre le petit déjeuner. Le gros inconvénient de cet hôtel c'est la salle de petit déjeuner bien trop petite pour la taille de l'hôtel. Il faut souvent soit emmener le plateau dans sa chambre ou petit déjeuner debout ou sur les tables dehors (pas cool quand il fait froid...). Sinon très bien, même si la chambre n'est pas neuve.
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Projet de vacances à vélo en 2014
Bonjour à tous !

Je m'apelle Romain, 25 ans. J'habite Paris. J'ai un niveau assez débutant en vélo, en faisant peu pendant l'année (je n'ai pas envie de me tuer à Paris) Dernières randos en date, 90 km à vélo sur l'ile d'Oléron en juin. Et 30 km à VTT en septembre 2012 pour la Guervilloise dans le 78. J'ai un projet pour les vacances 2014. Je voudrais donc vous l'exposer pour avoir des conseils, des idées, etc...

Tout d'abord, le vélo :

Il s'agit d'un Rockrider 3.3 de 2003, un ancêtre. Je ne parviens pas à trouver son poids sur internet. Voilà ses caractéristiques techniques :

DECATHLON Rockrider 24 pouces - Double suspension -

- 21 vitesses - 7 pignons x 3 plateaux - Passage des vitesses au guidon par poignées indexées- - Dérailleur à pignons SUNRACE SR SUNTOUR M6300 - Double suspension - Cadre articulé à suspension centrale et réglable Touch Shock

Photos trouvées sur le net, en attendant de poster celles du mien :

http://pmcdn.priceminister.com/photo/vtt-homme-rockrider-3-3-decathlon-914972986_ML.jpg

http://sp4.fotolog.com/photo/4/3/3/ole_tus_wevos/1205012677_f.jpg

LE PROJET :

L'idée est de partir d'un point A pour rejoindre un point B. Je ne sais pas dans quelle région mais voilà le cahier des charges : Un peu de soleil (ce sont les vacances !) mais pas trop non plus. Pas de côtes de fou ! Je pense pouvoir effectuer quotidiennement 30 km. Nous serions deux. L'idée est de partir avec une remorque, le minimum pour survivre, une tente, et de dormir soit dans des campings chaque soir un différent, soit chez l'habitant (j'ai vu un site qui propose de camper chez l'habitant) donc toujours en tente. Le budget est limité ! L'idée est de profiter des vacances de manière sportive, cool, en visitant une région, passant par des villages, des coins sympas, des chemins. Pas de faire du chiffre, mais un peu quand même.

LE LIEU :

Je pensais aux landes, la côte d'azur, la côte ouest ? Il faudra rejoindre le point A en train et repartir du point B en train pour rejoindre Paris. Je crois que sur la côte d'azur il y a une grande piste de 200 km toute neuve non ? J'adore le var sinon.

La remorque :

J'hésite entre ce type de remorque : http://www.decathlon.fr/media/820/8209834/zoom_400PX_mediacom_471027056.jpg

Et ce type, monoroue ? http://www.tout-terrain.de/uploads/pics/Mule_duffle_2010_1120x560

Quels sont les avantages de l'une ou de l'autre ?

Bref, que pensez-vous du projet, avez vous des suggestions, des idées ? Mon vélo est il viable pour cette aventure ? Je pensais l'améliorer en changeant mes jantes pour des jantes à pneus plus fins type VTC voir plus fin encore ? Ca fonctionnerait ? Reduction du frottement et du poids.

Merci !

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Cherche à réunir des retraité(e)s ou seniors style routard(e)s
Cherche à réunir séniors ou retraité(e)s style routard(e)s

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Je cherche à réunir des Séniors ou Retraité (e)s style Routard (e)s pour envisager de voyager ensemble ou simplement échanger des infos sur ce forum. Si comme moi vous n'aimez pas voyager seuls, mais par contre vous voulez prendre du bon temps et partager des super moments, on peut peut-être dans un premier temps communiquer pour voir si nos profils correspondent. Plusieurs fois j'ai eu la chance de voyager avec des gens extras et j'ai dans mon sac-à-dos pleins de souvenirs formidables. Nous sommes nombreux sur ce forum à correspondre depuis plusieurs années. J'avais posté un message similaire qui est devenu une véritable discussion et à permis des super rencontres et des voyages collectifs. Beaucoup se reconnaîtront (je ne vais pas les nommer, ils sont trop nombreux) et j'espère qu'ils vont à nouveau apporter leur contribution Cette nouvelle discussion s'adresse à celles et à ceux qui conçoivent le voyage en transports locaux (quelque fois taxis ou loc de 4x4), hébergements très simples (petits hôtels, aub. de jeunesse ou chez l'habitant), repas sur les marchés ou dans petites gargotes, maximum de contacts avec la population locale et convivialité et solidarité avec mes coéquipier (éres). Personnellement je n'attends que l'occasion se présente ! Enfin ma motivation pour poster ce message: j'ai la chance de partager ma vie avec une femme formidable, son seul défaut : elle déteste les voyages ! Et moi c'est ma passion (Je pense que beaucoup sont dans mon cas!) Alors si vous vous reconnaissez laissez un message, je suis sûr que nous allons être nombreux à souhaiter faire connaissance.

Cordialement

Didier
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Trip to Thailand and Laos
Hello! 🙂

January 2026 Here we go again for new adventures and the pleasure of sharing them with you here! First of all, I’d like to thank everyone who helped me with the preparations, even with some last-minute improvisations just days before departure. Thanks to Montagnard74, Jojoone1, Songsam, Attila, Dennis2, NadegerFERM, and the authors whose travel journals about Laos inspired me (Montagnard74, Muriel18, Mavietongs...).

In this story, written by Richard and illustrated by me, we’ll tell you about the journey of four friends: Catherine, Richard, Nathalie, and Bruno. A reinvented but overall successful trip, filled with discoveries and surprises, the scents of spices and frangipani flowers, (too) spicy food, sunsets, and... one big mess.
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Quelle selle pour des fesses sensibles?
Salut à tous,

je viens de faire Bastia-Bonifacio en vélo. Là où j'ai le plus souffert c'est pas des jambes mais du C... Alors si vous avez des infos sur des selles confortables et qui le sont tout de suite sans avoir à les user sur 1000 kms je suis preneur. merci😎😎😎
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Retour de Tokyo et impressions sur la population
Bonjour à tous,

je reviens tout juste d'une semaine passée à Tokyo. La faible durée de mon séjour ne m'a bien sûr pas permis de tout voir mais on va dire que j'ai vu les principaux grands sites touristiques de la ville. J'ai été très impressionné par la ville au niveau de ses infrastructures etc mais là n'est pas mon sujet.

Mon post porte sur le sujet suivant : qu'avez vous pensé des Japonais habitants Tokyo ?

Je tiens en premier lieu à préciser que je ne suis pas un connaisseur de ce pays, de son peuple et de ses coutumes. Je me suis bien sûr documenté avant de partir et ai lu quelques articles décrivant le style de vie des Japonais et leur manière de vivre mais je n'ai pas creusé.

On trouve dans cette ville tout un aspect très positif : un respect "de masse"que je n'ai vu nul part ailleurs dans le monde. Les gens sont à l'écoute et près à aider.

Mais mon sujet est le suivant : les habitants de Tokyo m'ont désarçonnés et je veux que vous me donniez votre avis sur ce que je vais décrire maintenant.

Les habitants de Tokyo m'ont paru tristes, j'ai réellement eu une impression d'un peuple qui est en train de se perdre. Les gens n'échangent pas, dans le métro les regards que l'on croise sont stériles pour beaucoup. Les gens ne réagissent pas à ce qui se passe autour d'eux cela m'a déconcerté. Il n'y a pas un bruit alors que des milliers de personnes sont entassés dans les moyens de transport. Le smartphone est omniprésent, ce moyen de fuite est sur utilisé. J'ai encore cette image d'une rame de métro entière sur son smartphone, j'étais le seul à avoir le regard ailleurs que sur mon écran. J'ai compris en me rendant dans cette ville pourquoi les mangas sont si prisés : les gens ont besoin d'une fantaisie et d'une folie qu'ils ne trouvent pas dans leurs vies. Les multiples salles de jeux vidéos remplissent également cette fonction selon moi. Quelle tristesse de voire ces gens se rendre seuls dans ces salles immenses et se mettre à jouer tels des robots après leur journée de travail. Et tous ces hentais et personnages de mangas féminins qui sont à la frontière entre personnages de fantaisie et fantasmes sexuels ...

Alors oui je généralise et même beaucoup et je mets tout le monde dans le même panier. Il y a bien sûr un grand nombre de personnes qui n'entrent pas dans cette description et celle-ci a un côté très simpliste je vous l'accorde.

On dit souvent que cette ville est en avance et elle l'est sur bien des points. Mais socialement elle symbolise pour moi la dérive d'un monde que la technologie est en train de bouffer ...

Je pense que mon post va en choquer certains mais c'est peut-être le but au fond. Montrez moi que j'ai tord svp ...
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Biking (MTB) along the Canal between the Two Seas (France)
Why bike (MTB) along the canal between the Two Seas: the lateral canal of the Garonne from Bordeaux to Toulouse, and the Midi Canal from Toulouse to the Mediterranean?

This canal was created to connect the Mediterranean to the Atlantic without going around Spain, and along its entire length, there’s an old towpath (used to pull barges). Since this path is closed to traffic (except for service vehicles from Voies Navigables de France), no cars drive on it—it’s dangerous, noisy, and polluting. The Canal between the Two Seas was built for transporting goods, so it passes through many towns you can explore without dealing with traffic. You can stock up on supplies or spend the night. You’ll discover the varied landscapes of the countryside, always in the serenity brought by the calm and slow flow of the canal’s water. Most of the time, you’ll be in the shade of trees planted to stabilize the banks with their roots. All you have to do is follow this blue—or rather green—ribbon without needing to consult a map. But the biggest advantage is that it’s flat! Of course, on the Canal du Midi, water flows from the watershed divide at Naurouze eastward to the Mediterranean and westward to Toulouse. On the lateral canal of the Garonne, water flows toward Bordeaux. But this slope is almost imperceptible, which is a huge plus when you want to travel by bike for several days with luggage.

When I say "bike," I really mean MTB because, while the towpath has been replaced in some places by a paved bike path, it mostly resembles a dirt trail—sometimes smooth, sometimes rocky, and often cluttered with roots from the magnificent trees lining it. Since the canal was classified as a UNESCO World Heritage site, improvements have been underway, but it won’t be tomorrow that you’ll be able to ride from Bordeaux to Sète on a road bike. And I’m afraid the first sections of the path will be worn out before the rest is finished. You might even run into construction work for this bike path. That’s what happened to me during the spring of 2007.

Sunday, 03/11 – Valence d'Agen 08:15 to Toulouse (Rangueil) 16:30 97 km in 8h15 (6h on the bike) I started on the recently paved path along the lateral canal of the Garonne. The first locks appeared, and as I approached Moissac, the path turned into a billiard table until Castelsarrasin. After the Cousteau port, I was back on the classic dirt towpath with its rocks, roots, and nutria holes. But not for long—soon, I hit ruts left by backhoes and bulldozers, which, fortunately, were resting for the Sunday. A pile of rubble taller than me blocked the entire width of the path. I didn’t want to turn back to find the previous bridge and ride on the other bank, which was just as impassable (dense grass). It wasn’t easy to carry a bike with full panniers, so I lifted it over several mounds. I kept going, sometimes on foot, unsure how far the construction extended. Another bulldozer—luckily, the ground was dry. The work went all the way to Montech, making the path impassable. I recommend taking the N113, which runs parallel (that’s what I did on the way back). In Montech, the famous water slope was at rest, waiting for tourists. For many kilometers, I was back on the traditional towpath. The closer I got to Toulouse, the better the surface became, and the more cyclists and pedestrians I saw—until the city center, where there was nonstop bike traffic, especially students heading to Rangueil.

Monday, 03/12 – Rangueil 09:10 to Revel 16:30 86 km in 7h20 (5h30 on the bike) As soon as you reach Toulouse, you make a 90° turn to follow the connection between the lateral canal and the Canal du Midi. Heading east, you pass the barge selling the famous Toulouse violet souvenirs. A real bike path has been built for 50 km to Port Lauragais. It’s a true joy for Toulousains and travelers. Restrooms have been installed or shared with highway rest areas, allowing you to refill water (of course, bikes are banned from ASF rest areas, but cleverly placed racks let you secure your bike and walk in). At Port Lauragais, it’s another rest area shared by highway users, cyclists, and boaters. You’ll find a cafeteria, restaurant, hotel, and a shop selling regional souvenirs. But the real pleasure is reaching the watershed divide at Naurouze, where water flows toward the Mediterranean on one side and the Atlantic on the other. There, I decided to leave the Canal du Midi, which continues toward Castelnaudary with a much rougher towpath, to follow the *Rigole* that feeds the canal with water from the Saint-Ferréol basin. For me, it was like returning to the source—a bit like a pilgrimage in honor of the brilliant Pierre-Paul Riquet, the designer of this magnificent work. I followed the service trail along the *Rigole*. It’s actually a variant of the GR 653, leading to Revel alongside this artificial waterway. It’s fed by water from the Montagne Noire, and I was worried about a steep climb. But that wasn’t the case—the *Rigole* winds for 40 km, flowing gently under the trees. It was better than a dream: a smooth dirt path with the crunch of pine needles under the wheels, where I only crossed paths with a few fishermen... And to soothe sore buns, the last kilometers were on packed earth—a paradise (ATVs, stay away!). More walkers and cyclists appeared there.

Tuesday, 03/13 After a restful night in Revel, I started the morning with a walk around Lake Saint-Ferréol. A very pleasant 10 km hike, but I don’t recommend it for mountain bikers unless you’re used to mountain terrain and have strong calves. Otherwise, you can take the road—there are at least two hotels near the lake. In the afternoon, I began the return trip to Tarn-et-Garonne via the same path, with the same pleasure.

Total: 378 km of suffering and bliss, for which I must thank the departmental and regional councils for their funding, Voies Navigables de France for maintenance, and the volunteers who mark the hiking trails. And don’t you think you’re exaggerating a bit with your 378 km of bliss and the paradise of the *Rigole*?

Okay, fine—it wasn’t always idyllic. Sometimes the path was downright *pierrique*... but I had great weather, and the landscapes were so beautiful (water, sun, vegetation). In the rain or mud, it would’ve been less fun. What does *pierrique* even mean?

*Pierrique* is worse than rocky. I know a Pierrick, and he’s tough. And why *Facteur4*?

It’s France’s goal to reduce greenhouse gas emissions by a factor of 4 by 2050. I’m doing my part by biking to work 3 out of 4 times. And your cassoulet?

Guilty as charged. I ate the best cassoulet of my life at the Hôtel du Midi in Revel. But it was very productive in methane. My stomach hurt so much I couldn’t sleep and ended up writing my postcards between 3 and 4 AM. So many great memories!
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De Calgary à Vancouver, dans les brumes de l'Ouest canadien
Pour suivre Bilan :voyageforum.com/...post=8297827#8297827 J21 - Totems et pont suspendu :voyageforum.com/...post=8293112#8293112 J20 - Squamish : voyageforum.com/...post=8290060#8290060 J19 - voyageforum.com/...post=8283941#8283941 J18 - Petrogliph et bouillabaisse :voyageforum.com/...post=8283192#8283192 J17 - Cathedral Grove :voyageforum.com/...post=8282396#8282396 J16 - Pacific Rim NP :voyageforum.com/...post=8281351#8281351 J13 - Wells Gray :voyageforum.com/...post=8278499#8278499 J12 - River Safari :voyageforum.com/...post=8277098#8277098 J11 - Mount Robson park : voyageforum.com/...post=8274028#8274028 J10 - Canyon et lac Maligne : voyageforum.com/...post=8272833#8272833 J9 - Miette Hot Springs : voyageforum.com/...post=8271950#8271950 J8 - Icefields Parkway :voyageforum.com/...post=8271127#8271127 J7 - Yoho NP :voyageforum.com/...post=8267735#8267735 J6 - de Banff au lac Louise :voyageforum.com/...post=8266467#8266467 J5 - Banff city :voyageforum.com/...post=8264696#8264696 J4 - Rodéo à Okotoks :voyageforum.com/...post=8255350#8255350 J3 - Spray et Kanaski Trail :voyageforum.com/...post=8254026#8254026 J2 - Héritage Historic Village :voyageforum.com/...post=8253719#8253719 J1 - Tyrell Museum :voyageforum.com/...post=8252517#8252517



Après 8 séjours dans le grand west américain, je me disais qu'il y avait peut-être quelque chose à voir au-dessus de cette ligne droite qui borde au nord les états de Washington, Idaho et Montana. Les sites des parcs nationaux canadiens pas plus que les quelques carnets de voyage qui en parlent ne m'avaient pas vraiment convaincu. Mais l'appel vers le soleil couchant m'a amené à y regarder de plus près. Pourquoi pas ? faudrait voir ! La question s'est vraiment posé à la mi-juin, le choix des dates vite réglé, le 19 juin, l'avion était réservé, départ le 22/08, retour le 13 septembre soit 22 jours sur place. Restait à refaire les passeports périmés depuis 2 ans, ce n'a pas été le plus simple.

L'avion : Nantes Amsterdam Calgary (arrivée à 13h20) avec KLM – 4 h d'escale à Amsterdam, c'est de trop mais pas le choix. Retour de Vancouver par CDG avec AF – 1h15 d'escale, trop court en cas de retard, je raconterai le retour. Coût 1477 € mais en choisissant bien ses jours.

La voiture : j'ai réservé chez Hertz un SUV, à l'aéroport de Calgary pour le rendre à celui de Vancouver.

Le logement : priorité aux Best Western lorsqu'il y en a d'abordables pour faire étape ou résider plusieurs jours. Un séjour en Super 8 et des B&B, avec les avantages et inconvénients de ces logements. Un objectif, de pas dépasser la moyenne de 100€ par nuit, difficile à atteindre avec une nuit à Banff à plus de 280€. Je n'ai pas dit, camping ou auberge de jeunesse ne sont plus de notre âge, depuis longtemps hélas.

Les repas : le principe, un bon petit déjeuner, un sandwich le midi, un restaurant le soir.

L'argent : pas de change euro-dollar ni avant ni à l'arrivée, mais payement par carte au maximum et pour les besoins courants, sortie d'argent au distributeurs. Utilisation autant que possible de la carte American Express.

Mardi 22 août, bonnes et mauvaises surprises

Rien a dire sur le voyage, et je vous fais grâce des photos de nuages, de plateau repas et d'écrans cartographiques qui parsèment les premières pages des carnets de voyage. Je doit tout de même signaler que la qualité des images et des casques a progressé depuis nos précédentes traversées de l'Atlantique, autant chez KLM qu'au retour chez AF.

Pas de problème à l’immigration, l'AVE avait été obtenue instantanément le 21/07, un peu d'attente aux valises et nous voilà transportés par une mamy-guide vers la porte des rental-car.

Chez Hertz, bonne surprise, on me fournit une Jeep Cherokee, un peu moins chère que la Toyota figurant sur ma réservation. C'est un vrai 4x4, ce qui sera tout à fait inutile mais seuls la hauteur et l'ouverture du coffre SUV est important pour nous. Donc bonne nouvelle, sauf qu'il faut que je retourne demander comment on démarre le moteur et comment on arrête cette §%?§ de radio qui fonctionne à tue-tête ! Je découvrirai plus tard comment passer le compteur de miles en km, ouvrir le toit et autres babioles.



En route vers le Best Western de Airdrie, à 20 km au nord de l'aéroport. Nous utilisons notre vieux Tomtom, avec sa carte du nord américain. Arrivé en vue de l'hôtel, nous nous apercevons que l'échangeur a été modifié, et que notre GPS n'est pas à jours. Petite déconvenue qui nous fait faire un détour conséquent, ce qui se reproduira à plusieurs reprises.

Bien accueilli au Best Western, on nous remet les clés d'une très grande chambre où nous allons passer 3 nuits. Et oui, nous n'allons pas nous précipiter vers Banff, un événement nous retient dans le secteur jusqu'au week-end.
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Eté 2014 - Ouest USA et Yellowstone: 15 vidéos et 230 photos d'un road trip
Après avoir évoqué le Kenya, la Scandinavie, l’Islande et le Canada, la destination des USA avait été décidée en septembre 2013.

Les réservations du CC, des billets d’avions et des nuits d’hôtels ont été effectuées à la même période. Ensuite, les nuits en camping et l’hélicoptère ont été réservés vers février. Aucune difficulté rencontrée pour la planification de ce voyage, la grande majorité ayant été faite par internet.

4 adultes participaient à ce road-trip : M mon père (72 ans), A ma mère (70ans), C mon épouse (40 ans) et moi-JF(40 ans). Ayant déjà effectué un voyage en 2005 dans l’ouest des USA (voyage organisé avec itinéraire classique), mes parents nous ont laissé gérer l’organisation du voyage. Ils avaient tout de même suggéré l’hélico pour GC, confirmé la beauté de MV et mon père nous avait précisé qu’il souhaitait cette fois-ci pouvoir rester plus de 30min à BC ! Il sera comblé : nous allions y passer 2 nuits.

Je dois avouer que la préparation de ce trip a pris du temps : des heures et des heures à glaner des infos à la lecture de vos carnets de route sur le web. Ce fut un réel plaisir. 🙂

Quelqu’un a écrit qu’un voyage se vivait en 3 étapes : avant lors de la préparation, pendant en profitant du moment, et après dans l’écriture d’un carnet de route et le traitement des photos. C’est donc autant pour mon épouse et moi que pour faire un juste retour face aux autres dizaines de carnets de voyage lus, que nous nous lançons dans l’écriture de ce road book. Vous y trouverez des informations, des pistes de recherche (je me rappelle d’un carnet de route qui m’a fait effectuer beaucoup de recherches sur le web car il y avait marqué sans plus de détail « W&R canyon chez les hopis »), des sentiments, etc. Il représente ce que nous avons vécu et ressenti.

Bref, tout ne vous intéressera pas, mais n’hésitez pas à poser des questions si vous souhaitez plus de détails sur un point particulier. Soyez indulgents avecl’écriture et les photos. Je compte mettre en ligne tous les jours une journée de trip avec les photos. Une fois ce carnet de route terminé, nous attaquerons une nouvelle préparation de voyage pour 2015, cette fois-ci avec nos enfants. Pourquoi pasl’Ecosse ?...... 😛

Quelques données préalables en vrac Le trip aduré 14 jours et comprenait en gros 250km par jour (en dehors du retour et de la montée de BC vers Yellowstone) : Paris -> LV (via LA) -> GC ->Lee’s Ferry -> MV -> Page -> BC -> Yellowstone -> SLC ->Paris. Nous avons réellement fait 3700km (estimation préalable de 3000km).

Les avions : Paris CDG à LAX : vol Air-France, en A380 vieillissant (écran vidéotactile sur lequel il fallait donner des coups de poings, télécommande qui ne tenait plus en place, siège qui ne s'inclinait presque plus, etc.), avec champagne français, soleil permanent, le fameux chicken or pasta (pasta aux champignons), un atterrissage impeccable. LAX à LV : vol Delta, en CJM900, à peine une heure de vol. En comparaison de l’A380, on sent que le pilote pilote… Ça bouge, ça penche, ça tremble, ça prend les trous d’airs et ça rebondit à l’atterrissage… SLC à Paris CDG : vol Delta, en A330 impeccable, magnifique coucher de soleil, chicken or pasta Les hôtels : Ibis à CDG : parfaitement situé dans l’aéroport, desservi par le shuttle, calme. Circus-circus à LV : réservé par précipitation, excentré des autres casinos. Days Inn à SLC : facile d’accès avec un RV de 30ft, RAS. Le camping-car de 30ft (loué chez Cruise America via camping-car online): récupéré à LV et rendu à SLC, très facile à conduire, la boite automatique est agréable, juste à surveiller l’arrière quand on tourne. Le système de vidange est très pratique. Le rayon de braquage ne permet pas de faire demi-tour rapidement. Le climat : une chance extraordinaire ! Quelques gouttes à Norris basin et 30 min de petite pluie le dernier jour sur l’autoroute arrivant à SLC.Ensoleillé le reste du temps.
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Martine from DD in Arizona and New Mexico
Good evening everyone! 🙂

We’re back from our September 2025 road trip, this time to explore Arizona and New Mexico, and it’s time for me to start my travel journal—especially since everything’s already booked for another trip in September 2026 (to California), and I need to get started on the planning.

I was a little worried this new visit to Uncle Sam’s country might not be as "wow" as the others, but we still discovered some incredible places.

For those who don’t know us, we’re a couple in our seventies who speak very little English, but that didn’t stop us from fully enjoying our stay.

For this 6th road trip in the U.S., we spent 21 nights there, drove 4,160 km by car, and walked nearly 160 km in a loop starting from Phoenix.

We’d been to Arizona before (but not this side) and never to New Mexico. This whole road trip was a huge discovery for us.

In the prices mentioned (some in euros, others in dollars), bank fees and exchange charges are included. The flights, car rental, and parking were all paid for in December 2024 when we booked.

We’d downloaded the MPC (Mobile Passport Control) app, but there wasn’t a dedicated line at Phoenix Airport. Still, we got through quickly with friendly, smiling agents.

I don’t drive at all (I hate it), so the stops were chosen based on activities but also, for some, to limit daily mileage for the sole driver. The kilometers listed in the itinerary are the daily distances.

We traveled from September 9th to 22nd, unfortunately once again without our dear friends Mimi and Maumau.

The itinerary



Day 1: Flight Marseille-Paris-Phoenix, then Gold Canyon (133 km) Day 2: Tucson (271 km) Lost Dutchman State Park Day 3: Tucson (155 km) Day 4: Tucson (34 km) Day 5: Bisbee (182 km) Day 6: Lordsburg (345 km) Day 7: Las Cruces (253 km) Day 8: Alamogordo (162 km) Day 9: Roswell (264 km) Day 10: Tucumcari (369 km) Day 11: Las Vegas (281 km) – the one in New Mexico Day 12: Taos (213 km) Day 13: Santa Fe (224 km) Day 14: Albuquerque (123 km) Day 15: Gallup (246 km) Day 16: Holbrook (224 km) Day 17: Flagstaff (179 km) Day 18: Sedona (118 km) Day 19: Sedona (48 km) Day 20: Sedona (41 km) Day 21: Phoenix (256 km) Day 22: Phoenix Airport (35 km)

📊 **Budget**: A little over 7,500 € for both of us, all included. The exchange rate was in our favor (1.17 dollars to 1 €). 📊 **Flights**: Marseille-Paris Charles de Gaulle-Phoenix: 1,787 € for two, with one checked bag each (Air France) 📊 **ESTA**: $42 📊 **America the Beautiful Pass**: $80 📊 **Parking**: 134 € (super eco at Marseille) 📊 **Car rental (Hertz)**: 865 €. Since there were no SUVs left in the reserved category (Nissan Rogue), we got an upgrade (4x4 Ford Explorer). We booked through Air France (15% discount). We’d originally reserved it in December for 1,140 €, but since prices dropped in March, we canceled and rebooked for 865 €. Hertz offers a free Hertz Gold Plus Rewards program, which gives you priority counter service when picking up the car. 📊 **Accommodation**: 2,400 € We stayed in hotels and motels of varying standards (from 60 to 203 € per night, depending on the city), all booked through Booking.com or Hotels.com. Out of 21 nights, only two didn’t include breakfast in the price. Booking.com sometimes offers slightly cheaper rates if you book by phone using the mobile app, and our Genius 3 status on the site also got us some preferential rates. 📊 **Supplementary insurance**: AVA 200 € for medical care if needed 📊 **Cash**: $2,078. We left with 1,000 € exchanged before departure and made two withdrawals of $500. This cash covered: - Evening restaurants and tips - Midday picnics - Gas: $298 for 4,160 km - Museum and private park entries (per person): - Lost Dutchman: $10 - Arizona-Sonora Desert Museum: $28 - Bird Cage Theater: $16 - Tombstone Shootout: $8 - New Mexico Farm & Ranch Museum: $12 - Roswell International UFO Museum: $5 - Billy the Kid Museum: $7 - Rancho de Taos: $22 - West Fork Oak Creek Trail entry: $15 We got a few discounts thanks to our senior age (+65). - Souvenirs and little treats

Like on our previous road trips, we didn’t rent a GPS. We got around using offline GPS apps Here WeGo and Organic Maps, with maps of the states we visited downloaded before we left (on our phones).

❤️❤️❤️ **Highlights** (there are so many!) 📍 Goldfield Ghost Town (even if it’s a reconstruction) 📍 The standing army of Saguaro cacti at Saguaro National Park West 📍 Diving into the cowboy universe of Tombstone 📍 The welcome from Rick and Henry at our guesthouse in Bisbee (Garden at Mile High Ranch) 📍 The tangled rocks of Chiricahua National Monument 📍 The flavored pistachios from Dwayne’s Fresh Jerky and Mac Ginnis Pistachioland 📍 Restaurants: La Posta (Las Cruces), Diner 66 (Albuquerque), and the Haunted Hamburger (Jerome) 📍 The old plazas of New Mexico 📍 The solitude and beauty of the white dunes at White Sands National Park 📍 Stepping back in time at the Billy the Kid Museum (Fort Stanton) 📍 Sections of historic Route 66 and the old motels of Tucumcari, especially at night when all the neon lights are on 📍 Taos Pueblo and diving into Native American culture 📍 After the Rio Grande Bridge, the descent via NM 567 to the very bottom of the Rio Grande Gorge, then the road along the riverbanks to Taos 📍 The tranquility of the Chimayo Sanctuary 📍 Discovering the ingenious native dwellings at Bandelier National Monument and Walnut Canyon National Park 📍 The small towns along the Turquoise Trail 📍 The red rocks of Red Rock Park and the Painted Desert 📍 The extraordinary colors of the petrified trees at Petrified Forest National Park 📍 Sedona, its red rocks, and the reward of the viewpoints at the end of hikes (Devil’s Bridge, The Subway, and West Fork Oak Creek) 📍 The immersion in Mexico when visiting Tlaquepaque 📍 The almost-ghost town of Jerome and its terraced streets 📍 The incredible kindness of Americans, always ready to help and up for a chat ❤️

☹️☹️☹️ **Flops** (there are very few) 📍 Several museums and churches being closed, so we couldn’t visit them 📍 Some museums and visitor centers opening late (10 AM) and closing early (4 PM) 📍 A 64 € phone roaming charge because we got near the Mexican border and picked up their cell tower 📍 The outrageous price ($5.99) for a gallon of gas at the Shell near Phoenix Airport

I hope this helps! Anyway, thanks for reading my long post. Don’t hesitate to reach out, even via PM, if you see I haven’t replied and you’d like more details. Have a great evening, everyone! 🙂
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Ici et là... mes balades au pays des pralines, des couques et des gosettes..
Bonjour,

Il arrive souvent qu'on nous demande quoi visiter en Belgique . Et les réponses ramènent le plus souvent à Bruges , Gand, Anvers et Bruxelles , avec raison , ces villes valant la peine d'être visitées 😉 . Toutefois, la Belgique, bien que petite , ne se limite pas à ces 4 villes .

J'habite l'une d'entre elles ( Bruxelles) , passe avec plaisir du temps dans les trois autres , mais j'ai envie d'aborder d'autres coins moins connus , qui pourront compléter le séjour de ceux qui ont envie d'en voir un peu plus , ou de voir autre chose . C'est qu'entre deux voyages , j'aime bien visiter l'un ou l'autre coin du pays où j'habite .

D'où l'idée d'un carnet de balades .

La plupart des endroits dont je vais parler peuvent être visités en faisant l'aller-retour le même jour , au départ de Bruxelles , que ce soit en transports en commun ou en voiture .

Dans l'ordre chronologique des sujets abordés :

- Le barrage de la Gileppe ( province de Liège) -message 2 , page 1 - Le domaine de La Hulpe ( Brabant wallon ) - message 3 , page 1 - Malines ( province d'Anvers ) message 4 , page 1 - La côte - message 5 , page 1 - Le Westhoek , au départ de La Panne - message 6 , page 1 - Le Zwin, au départ de Knokke - message 7 , page 1 - Lier ( entre Malines et Anvers ) - message 8 , page 1 - Mons (Hainaut) - message 9 , page 1 - La région de Florenville . - message 12 , page 1 - Les Cantons de l'Est - message 13 , page 1 - Dinant - message 18 , page 1 - Le jardin japonais d'Hasselt - message 24 , page 2 - Louvain message 29 , page 2 - Louvain-la-neuve - message 32 , page 2 - Ostende - message 42 (page 3) et message 166 (page 9) - Les floralies de Grand-Bigard . - message 43 , page 3 - Le bois de Halle -message 44 , page 3 - Les pralines - message 54 , page 3 - Charleroi - message 68 , page 4 - Namur - message 92 , page 5 - Le Bois du Cazier ( Marcinelle) - message 95 , page 5 - Les couques et les gozettes - message 96 , page 5 - Liège - message 99 , page 5 - Tournai - message 115 , page 6 . - Audenarde ( Oudenaarde ) - message 121, page 7 - Jardin botanique de Meise - message 124, page 7 . - Tongres ( Tongeren ) - message 125 , page 7 . - Château de Beersel ( Brabant flamand) - message 126, page 7 . - Bruxelles confinée ( messages 150 et 154 , page 8 ) - L'hôpital Notre Dame à la Rose , à Lessines ( messages 161 et 162 , page 9 ) . - Westende ( message 167, page 9) je complète cette liste au fur et à mesure de l'avancement du carnet ...
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Cherche à réunir séniors ou retraité(e)s style routard(e)s
Je cherche à réunir des Séniors ou Retraité(e)s style Routard(e)s pour envisager de voyager ensemble ou simplement échanger des infos sur ce forum. Si comme moi vous n'aimez pas voyager seuls, mais par contre vous voulez prendre du bon temps et partager des super moments, on peut peut-être dans un premier temps communiquer pour voir si nos profils correspondent. Plusieurs fois j'ai eu la chance de voyager avec des gens extras et j'ai dans mon sac-à-dos pleins de souvenirs formidables. Personnellement je conçois le voyage en transports locaux (quelque fois loc de 4x4), hébergements très simples (petits hôtels, aub. de jeunesse ou chez l'habitant), repas sur les marchés ou dans petites gargotes, maximum de contacts avec la population locale et convivialité et solidarité avec mes coéquipier(éres). Je suis prêt à partir en nov/déc 2014, je n'attends plus que l'occasion se présente ! Enfin ma motivation pour poster ce message: j'ai la chance de partager ma vie avec une femme formidable, son seul défaut : elle déteste les voyages ! Et moi c'est ma passion (Je pense que beaucoup sont dans mon cas!) Alors si vous vous reconnaissez laissez un message, je suis sûr que nous allons être nombreux à souhaiter faire connaissance.

Cordialement

Didier
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Improvisation nomade (version intégrale)
PROLOGUE

Cinquante mâles indiens debout, à deux mètres, les yeux fixés sur nous. Nous, c’est deux jolies filles bien blanches assises par terre contre les sacs au bord de la route, et moi. Et puis un croisement, un ou deux bouibouis crasseux, quelques cactus et le désert à perte de vue. Silence. Une boutade en ourdou laisse éclater de rire tous les joyeux compères indiens, musulmans et camionneurs. Rien que ça. Bon alors, qu’est ce qui s’est passé ? Qu’est ce que je fous là ? Je me lève. On fait moins les malins, bande de nains. Mais ils sont beaucoup quand même. Je pars. Verrai ce qui se passera avec les filles. Vais au bouiboui boire un tchaï, un thé au lait avec des épices. Jette un œil de côté pour regarder ce rare spectacle : une bande de frustrés, et sûrement puceaux la plupart, avec deux Occidentales – et leur triste réputation, nous y reviendrons – perdues dans le désert. Le cercle se resserre autour des filles. Se resserre encore. Bientôt, elles disparaîtront. M’en fous un peu. Les connais à peine. Je ne les vois plus. Un instant. Un instant seulement avant un cri très fort. Un cri de femme, strident, enragé. Un cri terrible. Et, comme un départ de course : une bande de trous du cul qui se sauve en courant dans tous les sens. Une des filles s’est levée. C’est elle qui a crié. Un des mâles a osé toucher ses cheveux, elle lui a mis une grosse tarte dans la gueule. Du moins, elle aurait bien voulu mais ils sont partis trop vite. Au loin, ils rient. Ils pleurent de rire même car ils ont eu peur ces nigauds. C’est les nerfs en quelque sorte. Ils restent à distance maintenant. À dix mètres, le cercle se reforme. Ils attendent. Les filles n’ont pas l’air angoissé. Juste méfiantes. Le gars du bouiboui parle quelques mots d’anglais. On rigole ensemble de la situation. Cinq mètres, le cercle se rapproche. Ça va recommencer. Mais là, ça va m’agacer, je vais y aller ! J’y vais. Trop tard. Le bus arrive en klaxonnant. Il n’y a plus de place dedans. Monte sur le toit. Démarre. C’est parti ! Mais où on va au fait ?

« La vérité, c’est qu’on ne sait nommer ce qui nous pousse. Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. Un voyage se passe de motif. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait… »

Nicolas Bouvier

Les Saints de Glace

Premiers jours de mai 2004, à la gare de Poitiers. Par la fenêtre de la micheline, quelques amis et famille nous font coucou tristement. Il fait beau et chaud même si mamie a dit que les Saints de glace n’étaient pas encore passés. C’est quoi les Saints de glace ? Trop tard pour lui demander. Limoges… Déjà perdus ! Dans l’allée du bus, le sac ne passe pas. Obligés de rester debout. L’impression d’être regardés… Peut-être trompés de bus… Où est la carte ? On descend à Ambazac. À la sortie du village, devant notre pouce tendu, une voiture s’arrête, toute petite et déjà surchargée. Le monsieur tasse nos sacs dans le coffre. Ça ne ferme pas, forcément, alors il force, il force et le pare brise se bombe dangereusement. La femme crie : « Arrête, tu vas tout casser ». Le coffre restera ouvert. Merci messieurs-dames, on descend là. Si, si c’est là, merci beaucoup. Saint-Laurent-les-Églises, hameau de quelques vieilles âmes. Pourquoi là ? Le petit trait rouge, tu le vois. Ça veut dire que c’est le bon chemin. Celui qui traverse la France de la côte Atlantique à l’Italie. Le Gr4. Il passe ici. Et on va par là. Vers le sud. Par contre, aide-moi à mettre le sac sur mon dos parce que, là, je vais me casser les reins autrement. Et nous voilà qu’on disparaît derrière les arbres et les collines avec nos petites jambes, bien décidés à ne jamais s’arrêter avant d’être loin. Très loin. Peut-être pas, remarque. Mais peut être que si, quand même, enfin on verra bien ! Nous, c’est Daoud et moi, deux jeunes de 25 ans, un peu perdus sans doute, sans trop d’ambitions non plus, à part foutre le camp. Quitter le travail, les appartements, les amis, la famille et puis tout le reste. Tout. On part à l’aventure. Par les chemins de randonnée pour quitter la France. À l’étranger, on verra. Déjà, il faut partir, prendre la route. Ne pas réfléchir. Un voyage se passe de motif comme on l’a lu plus haut. On aura au moins fait ça dans notre vie. On aura voyagé, on aura été libre… Avant la nuit, un petit coin pour camper se présente. Ça ne manque pas dans cette campagne. Petit feu dans la nature. Petite soirée dans la brise légère. Temps clair et doux, parfait en toile de tente. Nous voilà heureux. Le lendemain est pluvieux et froid. Sans nous décourager, nous marchons à travers les forêts, les collines, les villages. – Eh, Daoud, ça va pas là, c’est dur, j’ai mal, je suis mort. C’est fatigant de marcher. On aurait pu prendre un vélo ou un cheval ou même un âne, quelque chose quoi. Parce que rien que la France, il y a au moins, pouf, tout ça quoi ! – T’occupe pas de la marque du vélo, pédale, il m’dit. Et avec le sourire. Les épaules lacérées. La sueur salée qui pique les yeux et qui coule sous le k-way glacé. Les chaussures qui se font aux pieds. Les pieds qui se font aux chaussures. Je ne sais pas mais ça fait mal. À midi, nous dégustons un sandwich rillettes dans une cave où pourrissent des navets en décomposition. Le seul endroit où il ne pleut pas. Les mains fermées sur notre petite tasse de thé brûlante, nous ne rigolons plus. Très vite, la sueur refroidit sous les vêtements et nous devons repartir. Le soir, le vent se lève, le froid devient glacial. Nous grelottons dans la fumée du feu puis dans notre duvet d’été où le vent s’engouffre ! Des frissons me remontent des orteils jusqu’aux cheveux par vagues. Mourir de froid doit être la chose la plus atroce. Mais je suis si fatigué que je finis par m’endormir. Dans la nuit, le froid s’empare de moi et me fait délirer. Je mêle mes cris à ceux de la forêt, et à celui sinistre, du vent dans la toile de tente. Tôt le matin, je me lève pour remuer mes membres gelés. Il a neigé. Dis-moi Daoud, les Saints de glace, ce ne serait pas une période de… Il est déjà parti. Le chemin est une ornière pleine d’eau, de boue et de glaise. Il monte. Chaque pas est un effort. Le souffle est court. Courbé sous mon sac, je n’apprécie guère le paysage. Je m’entends pousser des petits gémissements. Comment puis-je résister encore ? Chaque seconde, je rêve de balancer mon sac dans le fossé. Et dire que c’était mon idée... Enfin, nous débouchons dans un petit village. Dormir abrités ce soir. C’est tout ce que nous voulons. Prendre une douche. Jeter les sacs. Mais il n’y a rien dans ce village. On nous dit de marcher encore jusqu’à une ferme à 1 ou 2 kilomètres. Peut-être pourra-t-on nous accueillir… À la ferme, les chiens nous accueillent, en effet ! Le paysan nous dit que ce n’est pas possible chez lui. On insiste un peu. On veut juste une grange, un coin de paille, à l’abri du vent et de la pluie. Mais c’est « Non. » « Allez plus haut, à 1 ou 2 kilomètres, il y a une famille qui prend des gens comme vous. » Des gens comme nous ! Ça veut dire quoi, des gens comme nous ?À bout de force et de patience, nous arrivons devant une petite maison. Nous n’espérons plus. Et pourtant, ici commence la série des gens qui nous ont aidés, motivés, offert. Une douche chaude, un lit. « Prenez cette petite bouteille de vin, ça vous réchauffera. » C’est incroyable, quand on est à bout, le plaisir que ça fait de recevoir la moindre chose. Comme cette petite boulangère qui est sortie de son magasin quand elle nous a vu passer pour nous donner des gâteaux. Ou cette petite mamie en pleine campagne à qui l’on demandait de l’eau et qui nous a donné des œufs « Vaut mieux ça que faire la drogue, » elle a ajouté… Malgré ces encouragements, quelques jours plus tard, je suis dans un lit à Clermont Ferrand sans plus pouvoir bouger. Le moral a tenu mais pas le physique. Un tendon a dit le docteur, il faut vous reposer. Agacé d’être déjà arrêté, je voudrais repartir de suite. Dans ce lit, j’ai l’impression de perdre mon temps. Mais cela se dissipe très vite. Nous réalisons peu à peu que nous sommes libres. Pas pressés. Pas comme les vacances où, chaque année, chacun s’arrange pour quelles soient parfaitement organisées afin de ne pas perdre un temps précieux. Nous, on peut rester là autant qu’on veut, se détendre, penser, rêver, manger tout doucement, apprendre à vivre sans stress, apprendre à vivre sans travailler, sans rien faire ! On se laisse vite aller à ce genre de chose et au cours du voyage, je crois que nous sommes devenus professionnels. Daoud a même dit une fois : « Quand on en a marre de rien foutre quelque part, on prend le train et on va rien foutre ailleurs ! » Se promener, observer, discuter avec les gens. Prendre son temps pour chaque chose que l’on fait. Calme, Shanti Shanti disent les Indiens ! Bref, on commence à s’apaiser et profiter de notre temps à Clermont une semaine après la démission.

Une fois soignés, nous vidons nos sacs beaucoup trop lourds pour ne garder que le nécessaire et repartons sous le soleil de mi-mai. Avec entrain mais est-ce la peine de le dire ! L’aventure nous appelle. Passons le Puy de Dôme, pas très joli avec sa grosse antenne au sommet, ses parkings payants à l’entrée et son bus pour prendre la route goudronnée qui y mène. Puis aux pieds d’autres volcans plus sauvages pour finalement passer la nuit sous l’un d’eux : celui de la Vache. Quelques jours plus tard et surtout après quelques dizaines de kilomètres de marche, nous arrivons au Puy de Sancy. L’ascension s’effectue tranquillement. On suit la crête. Pas de problème. Le vent, la neige, le ciel bleu. Et puis, on se perd. Plus de huit heures de marche. Pas de trace du chemin. Plus d’eau. Nous vagabondons dans la neige, les ruisseaux gelés, le vent très fort et la fatigue. Glisser, trébucher, marcher encore, remonter pour passer un ravin. Dur. La soif serre la gorge. Nous commençons à sucer la glace mais craignons pour notre ventre. Nous sommes des citadins fragiles. Dix heures de marche. Cette fois, la soif est la plus forte, nous nous jetons dans le ruisseau. Le vent nous a asséché la gorge toute la journée avec son pote le soleil. Mais déjà ça va mieux. Il va bientôt faire nuit, pourquoi ne pas camper là ? Le vent ne veut pas, il emporte la tente. Marcher encore. Enfin, un petit bois. Ce sera là. La tempête fait rage. Les ombres des branches s’agitent sur la toile comme des marionnettes lugubres. Le sommeil est plus fort. Les jours suivants, nous ne bougeons pas, brûlant le bois que le vent a fait descendre des arbres autour de nous, lavant notre linge et nos fesses dans le ruisseau gelé, crapahutant jusqu’à un village à travers ravins et forêts pour trouver une miche de pain. Puis repartons ragaillardis vers le Cantal. Hauts plateaux herbeux. Chemins bordés de calcaire. Traverser des réserves naturelles, zones protégées d’oiseaux, nez à nez avec un taureau et vaches dix fois plus nombreuses que les habitants. D’habitant, on en rencontre un. Un beau, un jeune. Il ramasse des pissenlits, dans son panier, avec ses bottes, une grande culotte bleue, des bretelles sur sa chemise à grands carreaux et une jolie casquette jaune. On lui demande pour quoi faire. « Bah pour faire de l’avèze ! », il répond avec son superbe accent. Mais comme on le regarde bêtement et qu’on répète « De la quoi ? » il comprend que ces gens-là ne connaissent pas l’avèze, alors il explique. « De l’alcool, c’est. Juste les têtes qu’il faut pour faire l’avèze et il en faut beaucoup des têtes. Même que ça se vend un euro le kilo ! » On en prend quelques-unes pour soupeser, c’est plus léger qu’une plume, un pissenlit. Puis on regarde autour de nous, les champs pleins de pissenlits, jaunes sur des kilomètres : une fortune ! « Salut mon gars, bonne continuation. » « Bien le bonjour chez vous, monsieur-dame. » Des pâtures, des vaches, des collines, du soleil et des chiens. Des chiens qui viennent nous agresser au milieu de nulle part. Qui nous suivent sur des centaines de mètres, qui se relaient. Puis encore quelques villages bien perdus. Une maison de retraite d’où tout le monde descend nous encourager. Un camping où nous prenons enfin une douche, lavons notre linge et d’où repartons sans avoir vu personne. Une préfecture de département, St-Flour, sans connexion internet. Le Cantal…

Fin d’après-midi, on se pose dans un coin agréable. En cinq minutes, la tente est montée. Détente. Allongés dans l’herbe, on lit, on grignote, on discute. Nos pieds se reposent. Ils ne nous font plus vraiment mal maintenant. On a de la corne. Au repas, légumes frais, bon pain et véritable fromage. En dessert, l’incontournable thé avec son carré de chocolat... Quatre semaines que nous sommes partis. J’en ai rien vu. Les vacances sur une année de travail. J’y pense. C’est bien trop peu à mon goût. Alors que nous… Quelle vie tout de même. Se promener tranquillement dans les montagnes, rencontrer des gens, visiter les villes et les campagnes de notre joli pays. Ça me plaît. Dire qu’on peut passer à côté de ça. J’ai oublié de pointer ce matin. Faut que j’explique à mon chef. Déjà que je suis arrivé en retard deux fois cette semaine. La nuit est tombée. Le ciel se couvre. Bientôt, de grosses gouttes tombent comme des cailloux sur la toile. L’orage est sur nous. Bien longtemps que je n’avais vu un tel orage. Enfin, peut-être n’y en a-t-il plus d’assez conséquents pour nous affoler comme je le suis à présent, dans les lumières et le bruit incessant de nos villes et derrière nos volets clos. C’est violent un orage quand on est dessous. Ça fait peur. La toile ridicule chavire sous les rafales. Le tonnerre en dolby stéréo. L’eau qui rentre à l’intérieur. Vite, une gamelle. On n’en a qu’une. Tout est déjà trempé. Nous écoutons, bien au fond du duvet, mêlant flashes du tonnerre et images de nos journées. Le téléphone sonne. « Nico, ton téléphone sonne. » « Ah, oui, c’est vrai, je croyais que c’était dans mon rêve. » Toujours au meilleur moment du film. « Allo ? » De la musique à fond, puis les voix déformées et alcooliques de quelques amis. Ils chantent : « Niiico reviens, Niiico reviens, Nico reviens parmi les tiens ». Je raccroche soudain. J’étais au bout du monde bravant la tempête et le tonnerre et je me retrouve au bout du fil à seulement 3 heures en voiture de chez moi, dans un champ de vaches entre deux collines tout ce qu’il y a de commun. Contrarié, je me recouche mais les fées sont parties. Un sentiment d’orgueil s’empare alors de moi recouvrant définitivement celui de la mélancolie. Nous voilà partis pour de bon et, au bout de quelques semaines seulement, j’ai l’impression d’être loin et surtout de n’être déjà plus le même. Mes amis vont continuer leur vie habituelle. Pour nous qui sommes partis, qui sommes seuls, tout va changer car tout est déjà différent, dans nos silences, les silences de la nature, le silence des nuits, la longue traversée, cette longue traversée de nous-mêmes…

De bonheur ce matin

À la fin du mois, nous sommes dans le plus reculé des chalets d’un hameau des Alpes de Haute-Provence. Une ancienne cabane de chasse, aménagée avec goût par un jeune menuisier, cachée derrière des haies de chênes verts, dans une douce prairie où quelques gros rochers polis cohabitent avec des terriers de fouines. Nous sommes chez mon frère. Le temps ici s’écoule comme nulle part ailleurs. On y est bien. Indéfinissable. Les fleurs sauvages, aromates, thym, basilic, parfument les alentours. Les papillons les caressent sans bruit. Le hamac nous tend ses draps. Le soleil lèche la maisonnette. Dans la salle d’eau, on est pris de vertige. Vue plongeante sur toute la vallée. Sur les lumières scintillantes de la ville au loin. Tout est paisible. Un silence : celui du chant des grillons, des oiseaux. Un peu plus loin, le meuglement d’une vache, l’aboiement d’un chien. Sur la table de jardin, un noyer métisse la peau. On ne bouge plus. Le temps devrait s’arrêter maintenant, enveloppés comme nous sommes dans une atmosphère idyllique à l’abri de l’agitation du monde. Notre situation à ce moment-là y est sans doute pour beaucoup : derrière nous, débute notre prochaine étape. Les Alpes. Rien que ça ! Avec nos petits mollets. La tente plantée de nouveau chaque soir. Les sacs refaits au matin. La privation. Voilà pourquoi nous apprécions tant ce petit confort après ce mois passé à gambader gaiement à travers nos départements les plus reculés, la campagne, le silence. Ici, musique maestro, le barbecue frétille, le coucher de soleil sur la vallée rougit tranquillement, Daoud nous prépare une petite marinade, le rosé est au frais, le rouge débouché, il ne manque plus que les invités du soir, à savoir mon petit frère retrouvé, accompagné des quelques voisins, choisis comme des perles et qui se reconnaîtront comme étant les irréductibles du Villard des Dourbes !

Deux semaines plus tard, nous serpentons sur le chemin en lacets qui monte vers les falaises. Arrivés en haut, nous jetons un dernier coup d’œil sur le village avant de lui tourner le dos. La fameuse barre des Dourbes s’est laissée franchir sans effort insurmontable. Nous n’en revenons pas. Ce devait être si difficile, après en avoir tant parlé pendant ces deux semaines passées avec nos amis. Cette muraille dite infranchissable ! Maintenant que nous y sommes, elle apparaît dans le paysage comme une légère barrière. Derrière elle, la vue s’ouvre sur tous ces sommets bien plus immenses et que nous espérons pourtant passer ! Simplement un pied devant l’autre…

Les jours suivants, villages et vallées se laissent dépasser avant d’arriver près du parc national du Mercantour dans la petite ville d’Allos au pied du Mont Pelât. Campons au bord d’un joli torrent. L’herbe est fine et douce. Un écureuil hésite à descendre nous saluer. Les flammes montent droites vers les étoiles. Je suis appuyé sur mon sac pour vous écrire. Je digère une grosse caillette du village accompagnée par une véritable tomme de vache qui m’emplit le palais de saveur. La bouteille de rouge aurait été la bienvenue mais on ne peut jamais tout avoir… J’aimerais décrire ce qui nous entoure : les courbes du torrent, sa musique, l’horizon rougi et arrêté par les crêtes et les pics majestueux, la fraîcheur d’un soir de montagne, l’odeur du bois de mélèze qui me chauffe le visage, nos mots qui se perdent dans la nuit. Je repense à ma mère, à sa question stupide « Le travail ne vous manque-t-il pas ? » Maman, comment te dire ? Si toute la vie pouvait être ainsi, je ne suis pas sûr de m’en lasser de sitôt. Si tu pouvais connaître cette sensation de liberté que j’ai à cet instant en t’écrivant. Chaque jour, les paysages changent, chaque jour, je fais du sport, chaque jour, après de tels efforts, j’apprécie de manger, de boire de l’eau pure des torrents sans goût de calcaire et de chlore. Nous avons déjà rencontré quelques personnes dignes de rester dans nos souvenirs et chaque matin, nous pouvons encore, grâce à ce destin que l’on force en voyageant, rencontrer de nouvelles personnes et changer peut être, d’une parole, notre vie entière. Non, maman, le travail ne me manque pas ! Pointer à l’usine et rentrer le soir venu pour me mettre devant la télé, merci. Ici, mon jardin est immense avec un torrent d’eau pure devant moi. Je vois chaque matin le soleil se lever, je marche dans le vent frais et parfumé des hauts plateaux et au-delà de notre fine toile de tente, c’est notre toit d’étoile !

Quatre heures d’ascension sans arrêt notoire et 800 mètres de dénivelé enfilés. Nous sommes de vrais montagnards. Le temps se gâte et c’est dommage car nous suivons un torrent, le Chadoulin, jusqu’à sa source et ce n’est qu’une succession de cascades. Nous trouvons aussi de nombreuses marmottes et de jolies fleurs de montagne… Juste avant d’arriver au lac, un grand parking bondé de voitures. Sommes-nous les seuls à être montés à pied ? Derrière les vitres du restaurant refuge, les bouches engloutissent les fourchettes, les cravates des serveuses équilibrent leur course entre les tables. Il est quatorze heures. Le prix du menu au restaurant équivaut à une semaine de notre budget. Nous pique-niquons dans nos ponchos sur un rocher entouré de falaises enneigées qui tombent dans l’eau glaciale. Le ciel est noir. Il fait froid. Bientôt il se remet à pleuvoir. Quand nous demandons où mettre notre petite poubelle, le monsieur nous répond « Chacun se retourne avec… » La pluie tombe drue. Les gens courent jusqu’à leur voiture et partent. Les lits en dortoir du refuge coûtent 26 € par personne et sont complets. Tout ça est écœurant. Il est quinze heures trente, nous pouvons atteindre le col en deux heures, plus deux heures pour redescendre de l’autre côté si tout va bien. Ça nous paraît beaucoup, après les quatre heures de ce matin, et peu sûr, mais nous voulons quitter ce lac, ce refuge, et retrouver la paix. Après vingt minutes de marche, la forêt s’éclaircit sur de hauts pâturages gorgés de ruisseaux et de marmottes. Il n’y a personne. Le temps est toujours menaçant. La pluie s’abat autour, sur le sommet des montagnes, sur le Pelât qui porte bien son nom. Devant nous, un peu plus loin, nos premiers chamois. Courbés pour ne pas être vus, nous retirons les sacs et sortons l’appareil photo en rampant dans l’herbe trempée pour s’approcher. Mais, c’est sans compter sur les marmottes qui, nous ayant repérés, crient pour donner l’alerte. Les chamois s’écartent tranquillement en restant sur leur garde. Une ou deux photos trop lointaines et les voilà disparus. C’est décidé, nous campons dans ces pâturages et profitons du temps qui nous reste avant la nuit pour nous promener sans les sacs et qui sait, avoir la chance de les apercevoir de nouveau. Après une heure de promenade dans les alentours, nous les repérons enfin. Un groupe d’une trentaine de chamois avec les petits, plus haut, à flanc de montagne. Avec Daoud, nous sommes à une cinquantaine de mètres l’un de l’autre, allongés dans l’herbe juste au-dessous des animaux. Encore une fois, ce sont les marmottes qui nous repèrent, mais le troupeau ne fuit pas, trouvant sans doute l’alerte exagérée. Les chamois ne nous voient pas en effet mais restent méfiants. Nous rampons doucement, cachés par les quelques buissons encore présents à cette hauteur. Je me trouve à environ vingt mètres des premiers chamois. Daoud, plus bas, ne peut pas s’approcher davantage sans être vu. Dommage ! C’est lui qui a l’appareil photo. Je suis couché derrière un arbre mort dans un tas de cailloux. En les observant, je retire de mes mains les épines de chardons qui étaient dissimulés dans l’herbe. Un vieux chamois sort du groupe et vient se poster juste au-dessus de moi. Je suis grillé mais il ne s’enfuit pas. Il ressemble à un chevreuil trapu avec un pelage plus épais et parsemé de poils blancs. Il m’observe sans bouger une ou deux minutes. Je ne bouge pas et ne baisse pas non plus le regard. Puis il se remet à brouter, me gardant à l’œil, prêt à fuir au moindre de mes mouvements, emportant le troupeau avec lui. Daoud est toujours étendu plus bas, n’osant plus bouger lui non plus, devant ce spectacle peu commun pour nous. Essayons de reconnaître les mâles, les femelles, compter les petits, voir comment ils se déplacent… Le temps passe. Agenouillé sur les rochers, j’ai des courbatures. C’est vrai qu’on est mieux dans son fauteuil devant un reportage mais il y a un petit quelque chose de plus dans la réalité, même si ce ne sont que des chamois, même si le mieux serait de les laisser tranquille. Enfin, ma patience a des limites. Trop courtes sans doute. Il faut que je bouge, quitte à ce qu’ils fuient. Je sors donc de ma planque. Tous me regardent une dernière fois avant de partir à travers les rochers escarpés. Allons faire de jolis rêves de Bambi et j’espère bien aussi, de Blanche Neige.

À l’aube, nous replions la tente et nous engageons sur le sentier du col le sac de nouveau sur le dos. Le ciel a ce bleu si particulier après que la pluie en a emporté les impuretés. À flanc de montagne, des plaques de glace – les névés – coupent la piste et vont s’écraser plus bas sur les rochers. Mieux vaut ne pas penser au pire, garder son calme, son sang-froid et se concentrer sur l’équilibre en enfonçant au mieux, dans la glace, chacun de ses pas… Je passe. Daoud, au milieu du névé, panique. Ses jambes tremblent. Je lui lance un bout de bois qui ne s’enfonce même pas dans la glace mais ça lui permet de retrouver son calme, un semblant d’équilibre et il y arrive lui aussi. Plus loin, un lac entièrement glacé recouvert de neige et une paroi abrupte à son pied. Où va le chemin ? Il semble contourner la paroi et passer au sommet. Pas la peine d’y penser. On ne peut pas continuer. Trop dangereux. Mais en s’approchant, on trouve une issue plus propice. Nous sommes au col. Pas grand-chose en vérité. 2687 mètres. Mais mi-juin, la neige est encore immaculée et la vue de cette hauteur sur les montagnes éclaboussées de soleil est inoubliable. Daoud veut faire sa grosse commission. L’émotion sans doute. Et le voilà qui s’y met bien au milieu du col. Elle n’est pas prête de dégeler celle-là ! Enfin, ça va mieux. Mais comment on fait pour descendre ? Sur le versant nord, là où nous allons, la glace recouverte de neige s’étend à perte de vue jusqu’au refuge aperçu au fond de la vallée. Il nous faudrait des pointes sous nos chaussures mais nous n’avons rien, pas même un bâton. Moi, je tenterais bien la descente sur le cul. Normalement, il n’y a rien à craindre. Ça fait une jolie courbe tout en bas et ensuite c’est moins pentu. Allez, je tente. Ça accélère sévèrement. C’est le poids du sac. J’en perds mon chapeau. Mais en bas, je m’arrête finalement comme prévu avec une ou deux roulades. Je suis trempé mais c’était bien rigolo. Daoud me rejoint. Allez, on s’en refait une ! Plus loin, le vent apporte une odeur qui me frappe. Je la connais. C’est un mélange de printemps, de roches, de fleurs et de neige, dont je me suis imprégné gamin, en colonie ! C’est la première fois que je ressens cette fabuleuse impression : ce souvenir d’une odeur si particulière, presque dix ans plus tard. Combien de temps une odeur peut-elle ainsi rester gravée dans la mémoire ? J’espère toute la vie. Col de l’Arche

Nous sommes là, dans ce village où il n’y a rien. Nous attendons, de dix à douze – les horaires d’ouverture de la poste – de recevoir la carte mémoire de l’appareil photo. Ça n’arrive pas. Faudra trouver une autre organisation. Est-ce que le courrier arrive ici avec dix jours de retard à cause de l’altitude ? Posés comme des vagabonds dans un champ de vaches, en bas du village, depuis deux jours, on attend. Le torrent roule près de nous ses galets. Imperturbable. A quelques centaines de mètres, la frontière italienne... En stop, nous rejoignons Cuneo à environ 100 km. C’est la première fois que je vais en Italie. Je ne comprends rien à la langue mais cette petite virée nous donne confiance en l’avenir. Les pays étrangers n’ont rien de plus compliqué : arrivés dans une ville, direction l’office de tourisme pour avoir une carte puis trouver un camping. Ensuite, visite du centre, avenues, places, monuments et musées qui pourraient nous intéresser. Goûter la cuisine de la région et le petit vin qui va avec. S’asseoir sur un banc, regarder la vie des autres passer. On en sait assez. Ce serait juste mieux de parler la langue. Enfin, c’est ok pour l’Italie. Le temps de remonter les Alpes et on arrive. J’aime bien dire ça : le temps de remonter les Alpes et on arrive. C’est absurde…

Les jours suivants nous emmènent sur des hauts plateaux, les alpages, dont les petits lacs, entourés d’herbe fine et fraîche, sont des petits coins de paradis. Le soir, la tente est plantée sur un lac argenté et elle se réveille au matin dans l’eau turquoise. Notre visage, pour se rincer, ondule et flotte dans le reflet, c’est alors que nous prenons vraiment conscience de notre présence ici. Bientôt, s’ouvrent nos ailes au-dessus d’un précipice, surplombant les hauteurs du monde, la beauté et le silence des paysages, dans les vents frais et parfumés du matin.. Les journées nous ensorcellent. Rêveurs contemplatifs, subjugués au détour des chemins par une couleur, une ombre, une fleur, un animal, l’eau pourpre entre des rochers mousseux, un pont de bois sur les berges du torrent, une vue imprenable que nous prenons pourtant. Le soleil. La liberté. La montagne… Allez les jaunes ! On est maintenant rodés pour la randonnée. Ce n’est plus un effort mais un plaisir. Les cols s’enchaînent un à un, avec chaque fois une nouvelle dimension sur les massifs à venir. Monter, descendre, dans les falaises, les forêts, les plateaux et les petits villages. Il n’y a personne encore à cette saison. Le Mercantour, les aiguilles de Chambeyron sont passés ! Voici le Queyras, plus bas, la vallée de l’Ubaye, au loin les cimes des Ecrins, Briançon, la Vanoise, le Mont Blanc. Nos estimations sur les cartes sont plus justes. Les bâtons achetés nouvellement sont comme deux jambes supplémentaires. Nous avançons doucement mais sûrement. Apaisés, sereins, allongés sous le soleil du midi pour la sieste avant de nous rechausser, prendre nos sacs et filer dans les ornières des sentiers sinueux à la poursuite d’un pèlerin imaginaire. Une aube

Cinq heures du matin. Daoud dort. Moi pas. Il fait trop froid dans le duvet, je me lève. Bien couvert, je suis décidé à être le premier à voir le soleil aujourd’hui. Nuit claire. Je prends le chemin du col d’où nous sommes descendus hier. Plus je monte et plus j’ai envie de monter. Ça me réchauffe. Je braque à droite vers l’ouest sous une corniche avec l’idée d’atteindre un autre petit col que j’estime bien placé par rapport au lever du soleil. Versants herbeux, roches gigantesques, je suis les chemins de chèvres. Du moins c’est comme ça qu’on appelle les bouts de chemins qui se croisent, se perdent dans la nature et finissent par disparaître. Le soleil n’est toujours pas levé mais le ciel s’éclaircit et j’ai une vue magnifique sur la vallée de la Durance et Briançon. Partout autour, les sommets enneigés dans une brume rose : l’aube. Voilà, je suis sur le col. De l’autre côté une autre vallée et dans son creux, un torrent. Je ne le vois, ni ne l’entends mais c’est ainsi. Nord-ouest, j’aperçois quelques sommets des Ecrins, toujours eux, les plus hauts dans la région. Je marche sur la crête vers le nord pour dominer davantage la vallée et les alentours qui dévalent en escaliers de pins et de verdure dans les couleurs de l’aube, ce rose, ce bleu, une légère brume, le tout un peu brillant. Assis entre deux pierres, j’ai le vertige devant tant de magnificence. J’ai mon Aube à moi. Ça devrait être ainsi chaque matin. Nous sommes si peu de chose devant cette immensité. Je reste un moment à contempler encore. Ne pense à rien. J’observe. Me concentre sur le paysage. J’essaie d’intégrer cette émotion à jamais dans ma mémoire. Les humains

Nous avons dormi, cette nuit, posés au bord d’un chemin où peuvent passer des voitures, faute d’avoir trouvé mieux. Et il en est passé des voitures ce matin, pendant que nous faisions la grasse mat, fatigués d’avoir beaucoup marché hier. Nous glandons encore un peu au lit mais il y a ces putains de voitures. Levés en grognant. Les touristes arrivent par petits groupes, en famille, avec des petits sacs et des grandes gueules. Nous déjeunons comme d’habitude avec notre bordel éparpillé partout autour de nous dans la boue. Il a plu cette nuit, la toile de tente pend sur le pont pour sécher. Nos fringues un peu partout aussi. Nous ne sommes pas lavés et pas rasés depuis plusieurs jours. Un peu en retrait, je vois les gens qui, en passant, regardent Daoud de côté, comme une bête sauvage. C’est vrai qu’il a les cheveux ébouriffés, la barbe en vrac et une tête de gars qu’il ne faut pas emmerder pendant qu’il mange. Et puis cette espèce de liquide où flottent des morceaux de bananes et de figues séchés. C’est assez louche et pas du tout appétissant. Il est assis par terre sur le chemin de cailloux. Faut voir le tableau. On dirait qu’il va mordre. Les gens font un écart pour passer, surtout les enfants. Limite si on lui dit bonjour. Et lui les regarde tranquille et sans gêne aucune. Faut dire que ça fait presque deux mois qu’on est dans la nature, faut l’excuser, enfin nous excuser parce que moi, je ne peux pas me voir mais c’est la même. En fait, nous nous trouvons à quinze minutes de l’affreuse station de Fréjus mais comme on est descendus hier soir tard, eh bien, on ne savait pas qu’on était si près des humains ! La Vanoise

Modane. Le temps est mauvais depuis plusieurs jours mais il devrait s’arranger. Il est interdit de passer la nuit en dehors des refuges dans le parc national de la Vanoise mais leur prix est trop élevé. Nous les évitons donc et campons écartés des chemins. Les animaux sont habitués aux touristes ce qui permet de les approcher : marmottes, chamois, bouquetins... Orage mémorable la première nuit. Le froid a suivi derrière. La seconde, à l’aube, une mer de nuages glisse à nos pieds jusqu’à l’horizon, recouvrant la vallée d’une soupe de coton mouvant. Toute la journée, nous longeons les versants à la limite de cet océan galactique. Le toit des montagnes alentours s’est couvert de neige. La température est glaciale, exceptionnellement, pour un mois de juillet. On n’a pas vu ça depuis 72, nous assure un autre randonneur ! Nous dormons une nouvelle nuit au pied du glacier. Des brumes blanches s’élèvent comme des fantômes. Il gèle mais le temps est clair et sec quand on se couche. Avant le jour, une tempête se lève. Notre tente est alors soulevée par les rafales. Seul, le poids de nos corps fait qu’elle ne s’envole pas. Elle se tord, se déchire, les parties détachées claquent comme des fouets. Le vent rugit de toute part. Le froid intense, mortel. Il faut partir. Au plus vite, redescendre, trouver un abri. Mais avant, sortir du duvet, rentrer dans nos chaussures gelées et plier la tente comme on peut. Jamais eu aussi froid. Nos doigts ne veulent pas se plier. Impossible de serrer nos bâtons pour marcher. Nous courons cette fois avec la peur d’y laisser le pouce surtout, le plus exposé. Ça dure des heures. Des heures, la montagne… Quatrième jour de marche, nous n’avons pas prévu assez à manger. C’est le jeûne. La fatigue des nuits glaciales. Nous espérons un refuge, de la chaleur, du repos. Le temps est toujours aussi froid. Nous ne voulons pas dormir dehors cette nuit. Mais nous hésitons encore à aller dans un refuge. La première fois que nous en avons approché un, rappelez-vous, pour y laisser un pauvre petit sac poubelle, ils ont refusé. La deuxième fois, nous nous sommes abrités pendant un orage et je me suis fâché avec le patron qui voulait qu’on consomme. Des refuges de luxe. Alors, nous n’espérons rien. Et pourtant, lorsque la petite dame du refuge la femma nous voit arriver, je crois qu’elle nous aime déjà. Sans rien dire, sans rien demander, elle nous apporte un bon café chaud. Avec ça, des crêpes à la confiture. Le soir, pour quelques euros qu’il nous reste, elle nous sert abondamment. Nous dormons dans un bon lit avec plein de couvertures. Encore des crêpes le matin avec le café. « Eh ! Vous n’allez pas partir comme ça ! » On la supplie, c’est déjà beaucoup trop de générosité. À qui la rendrons-nous ? « Il neige encore, il fait froid, prenez ça pour le midi, au moins. Ça me fait plaisir ! » Et nous alors, on en a les larmes aux yeux. Pourtant, n’est-ce pas volontaire de ne prendre pas suffisamment à manger ? Depuis un moment, nous tentons de réduire notre consommation. D’abord parce que ça alourdit nos sacs et puis tant de bouffe n’est vraiment pas nécessaire. Même avec les efforts physiques, nous mangeons déjà deux fois moins qu’auparavant, à l’époque déjà lointaine du restaurant d’entreprise et dans notre vie en général. Nous souffrons encore du désir de manger – surtout moi – de cette habitude gastronomique de panse pleine, mais pas de faim. En diminuant petit à petit, sur plusieurs mois, en mangeant équilibré et peu, nous nous sentons mieux, plus légers et plus vifs. Le jeûne est très bon pour le corps et l’esprit, pour la réflexion, la méditation. Nous voulons trouver la juste suffisance. La force la plus importante dans un tel effort est mentale. Le jeûne ravive cette force, c’est certain. Parallèlement, l’entraînement musculaire est achevé. Faut voir comme avec notre gros sac sur le dos, nous franchissons les cols, descendons les sentiers abrupts comme des cabris ! Mais cette fois, avec le froid, le mauvais calcul du temps de traversée du massif, la fatigue de plusieurs jours de marche difficile, avec nos figues sèches et nos carrés de chocolat, nous sommes limite. Nous avons dépassé la juste suffisance… Après cette bonne nuit de sommeil, de chaleur physique et morale, après avoir repris de la consistance en gras, nous partons pour notre plus haut col jamais franchi. Pas bien haut cependant, dans les trois mille. Le chemin monte tranquillement. Bientôt, la neige se met à tomber, recouvrant les monts, les vallons et redonnant une couche propre à celle déjà existante. Nous progressons donc sur un sol immaculé, montant le long du sentier à l’aide de nos bâtons comme deux pèlerins perdus en plein hiver, en des lieux inconnus, pris dans un brouillard épais. J’aimerais ne jamais arriver en haut tant mes songes sont plus légers que les flocons qui nous habillent de montagnes. Mais deux heures de marche suffisent pour atteindre le col de la Rocheure où une étendue plate et dangereuse se dessine : un lac troué de glace. Deux possibilités s’offrent alors à nous : continuer le chemin qui descend directement vers la vallée de l’Isère ou suivre la crête à l’est pour rejoindre un chemin non balisé. Nous hésitons. C’est chouette la neige. À marcher, il ne fait pas froid. Mais si nous nous perdons ? Je sens en moi bouillir l’irrésistible envie d’essayer ce chemin qui garde de l’altitude et reste dans la neige. J’ai déjà mon cœur qui bat de ce petit risque de nous perdre ! Allez, Daoud, tu connais mon opinion. Ok, alors c’est parti. Quand deux chemins se présentent, toujours choisir le plus ardu. Je ne sais pas si ce proverbe s’applique à la montagne… Plus tard, quatre ombres se rapprochent dans le brouillard : des gens ! Mais qu’est ce qu’ils foutent là ? Des fous ! Enfin, nous sommes contents de nous rencontrer avec ce temps incroyable. On ne parle à personne quand il y a trop de monde alors que, dans le désert ou la montagne, on s’empresse de lier connaissance avec le peu de personnes qu’on croise. Les nouvelles sont bonnes. Ils ont tracé de leurs pas le chemin que nous devons suivre et nous signalent qu’il n’y a aucun risque si on ne traîne pas. Et nous aussi, les rassurons en leur désignant le col un peu plus bas, qu’ils n’ont pas loupé. Plus de trois mille mètres, c’est notre record. Le jour de l’anniversaire à Daoud. Petite bataille de neige pour fêter ça. Ça essouffle. Il faut partir. Les traces disparaissent. Enfin il y a des cairns. Des tas de pierres qui indiquent le chemin. Une fissure dans la falaise nous permet de nous engouffrer vers une vallée. La vallée du fond des Fours, complètement désertique. La neige est trop fraîche pour glisser, dommage. Nous stoppons bientôt dans un refuge et mangeons au chaud. Puis la neige se changera en pluie avant que nous ne rejoignions l’affreuse et richissime station de Val d’Isère. Col de la Lose

On va au cinéma voir notre dernier film en français avant longtemps. Spider man. Allez, ça nous relaxera. Mais c’est si nul que nous sommes des plus motivés pour partir définitivement à l’étranger. Dernier col avant l’Italie, entre le massif de la Vanoise et le parc national du grand Paradiso : le col de la Lose. Cela ressemble à perdu en anglais. Quel rapport ? À partir de la gorge des sources de l’Isère, le vent change radicalement de sens. Il vient d’Italie. Un tas de gens sur le chemin de randonnée. De la neige. Ils redescendent du même côté qu’ils sont montés : du côté français. Arrivés au col les nuages arrivent, bien chargés, de l’est. Ils glissent sur nous et vont recouvrir la France. Décidément, tout le monde va par là ! Pendant cinq minutes, nous apercevons le lac, côté italien, où il nous faut descendre. Puis plus rien. Il disparaît. De là où nous nous trouvons, la falaise tombe à pic. Il faut escalader un pan pour trouver le col. Je laisse mon sac à Daoud et vais vérifier l’existence de ce col et du chemin qui en part. Il existe, c’est une brèche abrupte dans la falaise. Personne ne l’a encore emprunté, il n’y a pas de trace. Pourtant, c’est bien le chemin... Je remonte voir Daoud et lui fais part de mes observations. Comme je suis sceptique, il va voir à son tour. Il fait chaud, c’est bizarre, nous sommes à trois mille mètres. Les nuages continuent de nous recouvrir. Le ciel se bouche complètement. Ça ne sert à rien de prendre le risque. On sait comme le temps en montagne peut être mauvais. Nous ne connaissons pas la météo. Nous n’avons pas de crampons. Je me fais une raison. On redescend, on fait du stop et on passera un autre col, un autre jour. Pas grave. Mais Daoud revient. Lui aussi est sceptique mais il est descendu un peu plus bas que moi et a trouvé des mains courantes. C’est donc bien par là. Ça nous rassure. On décide d’y aller. En effet, je n’avais pas vu ces cordes sur la falaise qui nous permettent de nous accrocher. Ce sont des câbles en acier mais bientôt ils disparaissent, mangés par la glace et celle-ci colle si près de la paroi que nous devons quitter la crevasse pour contourner. Bizarre. Qu’est ce qu’on fait ? Nous ne voyons pas à dix mètres. Nous sommes dans les nuages épais et chauds de l’orage qui gronde. La pente est très inclinée. Je descends un peu en laissant le sac dans la fissure et je vois que plus loin, des blocs gelés se séparent à nouveau de la roche et que les cordes réapparaissent. On continue donc. Mais au bout d’un moment, ils disparaissent de nouveau. Nous devons ressortir de la crevasse. La neige fond, nous pouvons enfoncer nos bâtons et un peu nos chaussures en creusant tous nos pas. – C’est une via ferratta me dit Daoud, peut-être il faut faire demi-tour. – Sur la carte, c’est un chemin pourtant. J’espère que c’est le passage le plus difficile. – J’ai poussé le bouchon mais je n’aurais peut être pas dû, il me dit. Si on y arrive, je t’encule ! – Si on y arrive, on en reparle, je dis sans sourire… Nous escaladons des blocs de glace avec des crevasses profondes. Les cordes ont disparu à jamais. C’est la merde. Je pose de nouveau le sac et essaie de continuer un peu mais je vois bien vite que c’est impossible. On ne passe pas. C’est mort. À moins de quitter la falaise qui nous surplombe et de partir vers la droite à flanc de montagne sur la glace. C’est plutôt flippant. On ne voit rien, que du blanc. Daoud ne dit plus un mot. Je sais qu’il est encore moins rassuré que moi. Il déteste les passages de glace. Il devient plus blanc qu’elle. Je tente, sans le sac, bien appuyé sur mes pieds et assurant chaque pas. Plus loin, je repère un rocher qui sort de la neige. J’y vais. Il y a une marque rouge dessus. C’est par là ! Par là où ? Il n’y a que la pente glacée et abrupte. Tout est blanc. Aucune empreinte. Je remonte chercher mon sac et me positionne sous Daoud au cas où il glisserait. Glisser, faudrait pas, je ne sais pas où on s’arrêterait. Daoud prend son temps, fait bien ses pas. D’un seul coup, il glisse et part. J’ai juste le temps de planter mes deux bâtons sur sa trajectoire. Il s’emplafonne dessus mais ça l’arrête. Ouf ! Ses deux bâtons sont cassés net. Accrochés aux rochers, on se demande ce qu’on fout ici et comment on peut être si inconscient. Partout la neige immaculée descend dans les profondeurs des nuages sans qu’on y puisse rien voir. Est-ce que le degré de la pente permet vraiment de continuer sachant qu’il est pratiquement impossible de remonter. Ou alors nous devons laisser les sacs. Une heure que nous sommes partis du col et nous sommes coincés ici. L’orage se rapproche, on l’entend gronder de façon sourde et prolongée. Pour conclure : c’est la panique. Daoud me dit qu’il avait aperçu la météo et qu’ils annonçaient des orages en fin d’après-midi. Il me dit aussi qu’il avait lu quelque part que ce col était difficile… en été. Sans toute cette neige qui est tombée ! Il ne faut pas rester là. L’orage à cette altitude sans abri, non merci ! Il faut tenter quelque chose. À gauche vers la falaise ou à droite. Je pars tester une nouvelle fois à droite. Avec les bâtons, je me tiens bien. J’avance en gardant la même hauteur sur une centaine de mètres. Toujours rien. Que de la neige et cette pente qui m’attire. Ça fait comme un arc de cercle avec un trou, comme un volcan. Je continue cette fois en inclinant ma trajectoire. Après encore une centaine de mètres, j’arrive sur une partie rocheuse non recouverte de neige. Pas trace de chemin ici. Encore plus loin, toujours la même glace et la même pente, je continue. Bientôt, c’est trop incliné. Je ne peux pas. Ça m’énerve. Il y a forcement un passage quelque part. Je cherche plus bas, plus haut, je marche, je marche et enfin, enfin des traces. Je m’approche. Non, ce n’est qu’un animal. Encore, encore, cette fois, j’y suis, c’est bien des empruntes. Elles descendent tout droit, certes, donc avec des crampons, sûr, mais c’est mieux que rien. Je commençais à désespérer. Autour de moi, en levant la tête, que du blanc. Depuis combien de temps ai-je quitté Daoud ? Une demi-heure environ. Je remonte. Je suis mes traces en fait. Daoud n’a pas bougé. Je l’entendais m’appeler avant de le voir. – Alors ? – Alors, il y a des pas, par là, environ quatre à cinq cents mètres à droite, tout en flanc bien incliné comme ici dans la glace. Ça fait comme un arc de cercle. Mais je ne suis pas sûr des traces. Elles descendent tout droit. Le mec devait avoir des crampons. Mais ça va, l’air chaud fait fondre la glace et nos pieds s’enfoncent de plus en plus. On n’a pas le choix de toute façon. Ok ? – Putain, il me dit, faut que ça passe ! T’entends comme l’orage va être mauvais ! Nous partons donc, avec les sacs cette fois, mais ils permettent finalement de nous donner plus de poids. Avec ses petits bâtons cassés, je me positionne sur sa trajectoire. On arrive aux premières traces. – Tu te fous de ma gueule, il m’dit, c’est une bestiole ça, putain ! – Ok, il y en a d’autres plus loin mais ça descend pareil de toute façon. Mais tu vas voir, c’est possible de descendre, il faut rester bien droit, et se tordre la cheville dans le sens opposée à la descente. De grosses gouttes d’orage tombent. Avec précaution, en faisant des virages, en contournant les précipices, nous descendons petit à petit. C’est immense la montagne quand on est perdu comme ça. Ça n’a pas de fin. La glace continue de fondre. C’est donc de plus en plus facile mais l’orage gronde de plus en plus fort. Qu’est-ce que je vois là-bas ? On dirait des silhouettes, des gens. Il y a des gens là-bas, deux personnes. Nous sommes sauvés ! On a mis trois heures à descendre du col. On est en Italie. Les gens sont bien des gens et pas des fantômes. Et même, ce sont des Français, enfin des Suisses francophones et on comprend parfaitement quand ils nous disent que nous sommes les premiers de la saison à avoir franchi le col de la Lose, qu’il est d’ailleurs encore interdit, même avec du matériel ! C’est trop grave, nous sommes complètement inconscients. On aurait pu glisser sur des centaines de mètres. Si la vue avait permis de rendre compte de la difficulté, nous ne nous serions jamais engagés. Bref, l’orage est là, il pleut de plus en plus fort, il faut trouver un abri. Ça tombe bien puisque les gens ont la clé d’un refuge. Le problème, c’est qu’ils ne le trouvent pas. En fait, il est caché en plein dans une falaise de deux cents mètres qui tombe dans le lac. Le fameux lac aperçu pendant cinq minutes d’en haut et qu’on a bien cru ne jamais revoir. Deux chemins y mènent avec des cordes, en escalade. L’un d’eux passe le long de la cascade mais il ne m’inspire pas. L’autre me paraît plus accessible. Je le choisis, si on peut appeler ça un choix. Bref, il y a bien quelques cordes mais je dois de nouveau passer une partie glacée au milieu de la descente. C’est encore plus raide que tout à l’heure et bien glissant mais je m’engage. D’un seul coup, un pied part, je pars, c’est la chute ! Un moment de panique inoubliable. Je plante mes ongles, mes coudes, je me raidis, me tortille, balance les bâtons, rien à faire, je prends de la vitesse. Je vais m’éclater comme un oeuf. Un rocher dépasse au milieu, c’est sur lui que j’arrive, j’ai juste le temps de le voir, je suis dessus, mes jambes font ressort, je suis projeté sur le côté dans la roche. Fin de la chute. Je bouge un peu. Je ne suis pas mort. Je crois que je n’ai rien de cassé non plus. Je tremble comme une feuille. J’ai eu si peur. J’ai eu tellement de chance. J’aurais vraiment pu crever ici. Il y aurait eu une petite plaque avec mon nom, en plus de celles qui existent déjà à l’entrée du refuge. Je me remets sur mes jambes, remonte un peu récupérer mes bâtons et ce qui a été éjecté du sac. Et là, je pense à Daoud. Daoud, non ! Je ne le vois pas en levant la tête. J’espère qu’il ne m’a pas suivi. La faille est vertigineuse, impossible à passer. On le voit clairement d’en bas. Je vais voir l’autre chemin, je vois les gens qui arrivent - forcément, j’ai été plus vite qu’eux - mais pas Daoud. Il pleut beaucoup maintenant et les éclairs illuminent les nuages dans lesquels nous sommes. Enfin, Daoud est derrière eux. Je le vois qui s’accroche aux cordes, qui donne ses dernières forces en escaladant les parois trempées avec son gros sac et le vide qui mène au lac, dessous, très bas. Quand ils arrivent, je suis tout blanc, mes jambes ne cessent de trembler mais je n’ose rien dire. L’orage explose démesurément. Les gens nous disent qu’on peut rester ici, avec eux et même dormir car le temps ne s’arrangera pas avant demain. Ce sont des randonneurs chevronnés, ils en ont vu d’autres. Ils essaient de nous rassurer et de parler d’autres choses mais on a eu trop d’adrénaline aujourd’hui. Sous le refuge, il y a une petite chambre, elle sera pour nous. L’orage est impressionnant, jamais vu un truc pareil, ça pète dans tous les sens toute la nuit et il pleut à torrent. Heureusement, on n’est pas dehors, encore sur un flanc de montagne. Heureusement ! Mais c’est fini la montagne, c’est fini. On veut voir la mer !
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L'Abruzzo, une région qui mérite d'être découverte
Jour1 : dimanche 25 août 2019 Introduction J'avais pensé appeler ce carnet "l'Abruzzo, une région qui gagne à être connue", mais ce titre est déjà pris par un carnet sur la région voisine "les Marches" (le Marche) rédigé il y a quelques années ; ce sera donc "l'Abruzzo, une région qui mérite d'être découverte". L'Abruzzo, nous n'en entendons parler que quand un malheur (tremblement de terre) est arrivé. C'est une région d'Italie centrale avec une façade sur l'Adriatique, la région où l'Apennin est le plus haut. J'y ai voyagé du 25 août 2019 (arrivée dans la région) au 28 septembre 2019 (départ de la région) en caravane. Pour les personnes tentées par le voyage de septembre en camping, il y a une seule précaution à prendre ; les campings commencent à fermer dès les premiers jours de septembre, peu sont ouverts après le 15 Septembre. Renseignez-vous sur les dates de fermeture de façon à bien savoir ce qui sera ouvert la seconde quinzaine du mois. Je n'établis pas de programme journalier à l'avance ; je prépare le voyage à l'aide d'internet en constituant une liste de points d'intérêt ; sur place, je vais dans les offices de tourisme (IAT : Informazioni e Accoglienza Turistiche), en général assez bien signalés en Italie, pour me documenter. Je décide le soir le programme du lendemain (forme d'improvisation).

Première demi-journée Je suis la "via adriatica" (SS16) qui longe toute la côte et je vais aller jusqu'à Pineto (20 kms au nord de Pescara) au camping "Pineto beach" (un nom pas très italien). J'arrive juste à temps pour m'installer avant l'heure de la sieste, moment de la journée pendant lequel il est interdit de s'installer sur les emplacements. Ayant beaucoup roulé, ce sera une demi-journée de récupération. Je vais trouver la piscine,



tester la plage.



Puis je vais aller en vélo jusqu'au pays (Pineto) pour une promenade (plage : "lidi", "Via D'Annunzio" : la rue commerçante) et des courses ; ce sera tout pour la journée. Je posterai un message par jour de voyage ; j'utiliserai beaucoup la fonction "modifier" pour ne pas perdre, pour compléter et pour corriger ce que j'aurai fait. Les photos seront celles prises le jour du récit ; je tricherai pour quelques unes (endroits où je suis allé plusieurs fois, meilleures conditions). Exemple : les 2 photos ci-dessus prises un matin quelques jours plus tard.
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Double ration d’Ouest: 2-3 semaines aux Etats-Unis
Acte I : Circuit en juin comprenant la Californie et un petit bout d’Oregon.

J1 : Départ de Paris Charles De Gaulle en direction de Los Angeles sur Air France. A cause d’une grève du personnel nettoyant nous aurons une heure de retard au décollage, retard qui ne sera pas rattrapé à l’arrivée. J’aurai l’occasion de discuter un moment avec freco9177 et sa copine qui prennent le même vol que nous. Pour eux c’est la première fois dans l’Ouest américain, pour nous déjà la 3ème mais avec des sites encore jamais visités, hormis Los Angeles.

Le vol se passe bien et nous survolons comme à l’accoutumée le Groenland



puis le Canada et ses milliers de lacs avant l’entrée aux Etats-Unis puis le survol des roches rouges, Las Vegas tout petit à 10000m d’altitude



et enfin la banlieue interminable de Los Angeles. Quand les gratte-ciel sont visibles, nous savons que l’atterrissage ne va plus tarder.





Une petite dose d’adrénaline s’empare de nous, ça y’est nous revoilà sur le sol américain !

Le passage de l’immigration est déjà extrêmement long (quel contraste avec Salt Lake City !), mais le bouquet ça sera le passage à la douane interminable ! Heureusement, au contraire d’il y a 2 ans, la récupération du véhicule à Alamo sera très rapide, nous héritons d’une Jeep Grand Cherokee qui s’avèrera très confortable durant notre circuit.

Après la prise de la chambre d’hôtel, un Travelodge du côté de Vermont/Sunset, choix qui se révèlera assez bruyant à cause des sirènes et hélicoptères de l’hôpital tout proche même si la chambre en elle-même était bien et le prix plutôt doux, nous irons manger du côté de Burbank chez Patty’s notre premier burger américain. Hummmm que c’est bon !!! Le bon goût de l'Amérique!!!!

J2 : Comme d’habitude, lever vers 4h du matin pour cause panne de sommeil. Aujourd’hui c’est Disney Anaheim qui est à l’ordre du jour. J’ai fait celui de Paris une fois, et même si quelques attractions sont les mêmes, il y a quand même pas mal de différences. Ce qui n’est pas différent, c’est le monde et l’attente avant chaque attraction qui peut être phénoménale ! J’avais prévu une journée éreintante, sans doute la plus fatigante de tout le voyage et ça a été le cas. Bon on s’est quand même bien amusé avec Indiana Jones, les pirates des Caraïbes etc…



Nous y serons de l’ouverture jusqu’au feu d’artifice.



C’est de nuit et bien fatigués que nous rentrons à l’hôtel 50km plus loin.

J3 : Aujourd’hui sera une journée un peu fourre-tout. Nous avons prévus de voir pas mal de choses dans Los Angeles que nous n’avions pas vus les dernières fois.

Pour commencer le musée de Madame Tussaud sur Hollywood Boulevard. Mais il est encore bien tôt, décalage horaire oblige, nous serons encore debout avant 5h du matin.



Eh oui il est même possible de faire un haut lieu du tourisme de masse en étant pratiquement tout seul ! Je sais qu’il y a une petite discussion à ce sujet en ce moment sur le forum, vous voyez qu’on peut toujours se débrouiller. Alors bien sûr à cette heure-ci, impossible de se faire photographier avec la fausse Marylin ou d’aller acheter son souvenir Hollywood Made In China, tout est fermé.

Après la visite du musée de cire de Madame Tussaud, très bien fait, nous reprenons la voiture et nous dirigeons vers Paramount Ranch.

Après quelques miles d’Interstates, quelle joie de retrouver un peu de Nature, un coin paisible et personne à part nous pour la visite !

Alors, Paramount Ranch, kesaco ? C’est un endroit libre d’accès où ont été tournés bon nombre de westerns surtout des années 20 aux années 50. Plus récemment, Docteur Quinn femme médecin y a été tournée ici de 1992 à 1997. Il y a aussi des chemins de randonnée pour marcher un peu dans les Santa Monica Mountains. Bref, c’est un endroit méconnu et très peu fréquenté que je conseille à tout le monde, il y en a pour tous les goûts !













Finalement, ce que j’aime bien dans cette ville de Los Angeles, c’est qu’il est facile d’y circuler (je parle d’orientation, pas de la manière de conduire des habitants lol), facile de s’y garer et qu’en faisant quelques miles, la nature est bien présente autour. J’aime aussi les maisons individuelles souvent très bien tenues et très fleuries !

Définitivement, je crois que je préfère Los Angeles à San Francisco, on s’y sent plus « libres », c’est peut-être parce que c’est plus l’image de l’Amérique que je me fais ! Oui, je sais, je suis en minorité ici… Mais j’y reviendrai plus tard quand j’attaquerai San Francisco à la fin de l’acte I.

Après cette petite escapade dans les Santa Monica Mountains, plutôt que de revenir à Los Angeles par les freeways, nous décidons de descendre et de loner la côte de Malibu à Santa Monica.

En effet, malgré déjà deux séjours dans cette ville, nous n’avons jamais vus le Pacifique d’autre part que de l’avion ! Sacrilège répondrons certains ! Eh bien ça y’est c’est chose faire, et je dois dire que la côte est plutôt un endroit sympa et très photogénique sous le beau ciel bleu que nous avons aujourd’hui.



La plage est pratiquement déserte, immense, bien plus grande que les plages de nos côtes méditerranéennes. Le hic c’est que pour se baigner il faut en vouloir, l’eau est très froide ! Le fond de l’air n’est pas très chaud non plus…

Nous remontons ensuite vers UCLA pour faire un petit tour dans cette université mythique. Le parking est payant mais ensuite la visite est entièrement gratuite, on nous donne juste un plan et on va où on veut. Ca fait bizarre de marcher en touristes avec son appareil photo à la main parmi les étudiants… Mais visiblement ils ont l’habitude puisque personne ne nous calcule.



L’intérieur de l’université est étonnant, rien à voir avec nos universités françaises vieillissantes. En fait c’est carrément une petite ville avec plein de magasins, une banque, un coiffeur etc… et bien sûr l’immanquable boutique souvenir aux couleurs de UCLA.

Nous finirons cette journée bien remplie du côté de Venice Beach. Je sais que beaucoup de personnes sur le forum déconseillent Venice Beach le soir venu… et ils ont raison ! L’avantage c’est qu’il n’y a plus personne ou presque, juste quelques marginaux. Mais du coup c’est un peu glauque…





et le ciel n’est plus bleu ! Le vent souffle fort de la mer et nous frigorifie. Sur la plage, quelques surfeurs sont encore là.



Après ce grand bol d’air vivifiant, direction l’hôtel car on est réveillés depuis 4h du matin et demain un autre parc d’attraction nous attend : Universal Studios ! Mais là ça sera moins crevant que Disney car nous avons les Front Of Line Pass !

J4 : réveil encore de bonne heure, ce qui fait que nous sommes à Universal Studios avant l’ouverture. Ce matin le ciel est très gris et il fait assez frais…



L’avantage du coupe-file, même s’il y a moins de monde qu’à Disney et que le parc est plus petit, c’est que l’on peut faire du coup les attractions plusieurs fois ! Résultat des courses je trouve qu’on s’y amuse mieux qu’à Disney… A Disney tu as en moyenne 45 minutes de queue pour 3 minutes d’attraction. Ici, tu n’as aucune attente, tu ne fais que t’amuser.



Par exemple nous aurons refait le tour des studios 3 fois ! Une fois à gauche, une fois à droite, une fois au fond.

Petite pensée à Desperate Housewives et sa célèbre Wisteria Lane dont la dernière saison a été annoncée récemment!



Donc certes c’est du coup plus cher qu’à Disney mais je trouve que si l’on fait le ratio temps d’amusement/prix, on y est largement gagnant… Là aussi beaucoup de gens diront que ce pass est inutile, mais c’est qu’ils ont une sacrée patience et un dos en bon état !

Après cette journée une fois de plus bien remplie, nous allons essayer de trouver les bras de Morphée dans notre hôtel « aux sirènes ». Demain, la vraie aventure commence, direction Death Valley !
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Patagonie australe: El Fin del Mundo ou le Pays du vent
Voyage en Patagonie australe, du 22 novembre 2010 au 31 décembre 2011.

La version définitive avec photos (il faut patienter un peu pendant le téléchargement, comme toujours 😊) et un texte plus complet se trouvent ici (carnet optimisé pour Google Chrome):

www.carnetsdameriquesetdailleurs.fr/crbst_90.html



Lundi 22 novembre

Décollage 23 h 20 sur Air France. Vol de nuit long, très long : treize heures ponctuées de turbulences plus ou moins fortes, plutôt plus que moins, d'ailleurs.

Mardi 23

Arrivée à Buenos Aires à 8 h 50, Herge est là, ce qui est bien agréable. Nous voyons défiler la campagne, verte, si verte après Paris, les arbres sont en fleurs et il fait 25°. Trois quarts d'heure plus tard nous entrons dans son appartement, sur Ayacucho, au croisement de Corrientes. Quatrième étage, baies vitrées, long balcon, salon, chambre et lit excellent, cuisine, salle de bains, c'est parfait. Au-dessous, le bruit est constant mais dans la chambre, sur la cour, nous n'entendons rien. Une douche, et une heure plus tard nous voici dehors, à crapahuter sur Corrientes jusqu'à l'obélisque et au-delà, pour prendre le pouls de la ville... qui bat très vite. La pollution est extrême, nous pique les yeux et nous prend à la gorge. A côté, l'air de Paris semble bien pur. Le soir, dans une pizzeria sur Corrientes, tout près, nous mangeons une tortilla et des lasagnes obtenues après une heure d'attente alors qu'il y a très peu de monde, puis nous rentrons nous coucher. Je n'ai pris aucune photo car Herge m'a déconseillé de me balader avec le Canon, trop voyant.

Mercredi 24

La journée a mal commencé: plus de batterie pour le netbook et les prises de l'appartement ne voulaient pas de la nôtre pour le recharger. Ensuite nous nous apercevons que le taxi commandé par le gardien de l'immeuble (via Herge qui est parti pour une semaine en Uruguay) pour vendredi matin est pour l'aéroport international (Ezeiza), à 35 km et non pour l'aéroport national (AEP), dans BsAs. Nous prévenons donc le gardien, il décommande le taxi pour EZE et le recommande pour AEP. Je passe un mail à Herge en lui disant qu'il s'est trompé et là il nous répond, heureusement rapidement, "AEP est fermé du 23 novembre au 1er décembre". Panique à bord, nous retournons voir le gardien qui redécommande et rerecommande... On le trouve vraiment très relax, il dit que une heure quarante avant c'est largement suffisant et n'en démord pas: quarante minutes de trajet + une heure avant le décollage. Oui, mais s'il y a un problème sur l'autoroute?

Peu après, je m'aperçois que le Canon est HS!!! Impossible de prendre des photos, erreur 99. Je farfouille comme à mon habitude sur Internet pour me dépanner et je finis par trouver. Je teste le boîtier, ce n'est pas lui, puis l'objectif (le 17-85mm) et c'est là que se trouve le problème. Je nettoie les contacts, rien à faire. Puis j'ai une idée; je fais un essai avec le Sigma 10-22 et ça fonctionne! Ensuite je fais un nouvel essai avec le 17-85 à 17 mm, rien, à 24, rien, à 35 et là, bingo, c'est bon! Bruit, bruit, bruit, circulation intense, foule, chaleur humide... On a été à la plaza de Mayo (ici, prononcé Majo) et ce ne sont pas les mères des disparus que nous avons trouvées mais des vétérans des Malouines! Quelques musiciens aux dreads jusqu'à la taille jouent du reggae, nous restons un moment à écouter le chanteur, vraiment très beau...

En repartant par l'avenida de Mayo, un arrêt pour goûter les glaces de Buenos Aires (au pomelo, moyennes, ce ne sont pas celles de Berthillon...), puis un autre au Café Tortoni, qui vaut vraiment le coup d'œil. Borges est partout, en photo, en mannequin grandeur nature... Beaux vitraux au plafond, hautes colonnes marron foncé, lithographies et photos alignées sur les murs, plus une flopée de serveurs. J'ai bu un très bon chocolat au goût fumé et mangé trois churros plus que moyens. Toujours pas de photos mais demain je prendrai quand même l'appareil, ne serait-ce que pour photographier ces arbres à floraison mauve magnifique qui tranche sur le noir de leur tronc: des jacarandas, ou flamboyants bleus.

Jeudi 25

J'ai été boulottée par un moustique invisible, durant la nuit, mais haut de gamme... J'ai l'avant-bras droit tout enflé...

Normalement, aujourd'hui on devait aller à Colonia, en Uruguay. Mais le prix de la traversée aller-retour du Rio de la Plata (170 euros), ajouté au nombre d'heures passées sur l'eau (plus de six heures) pour le peu de temps sur place (quatre heures), nous a découragés. Une autre fois, peut-être.

En face de l'appartement il y a un magasin de fruits et légumes. Entre les dragueurs (les Argentins ont l'air très dragueurs) et les pas aimables, on est servis... On est (je suis) accueillis par des clins d'œil appuyés ou par une mine de dix pieds de long. Les fruits eux non plus ne sont pas avenants mais hier on a quand même acheté quelques mandarines sucrées et bourrées de pépins. Ce matin, j'ai observé depuis le balcon des vendeurs entasser des dizaines et des dizaines de cagettes, la moitié vides et l'autre pleines de tomates, oignons, salades, et de tas d'autre légumes ou fruits. Et depuis une vingtaine de minutes, j'entendais un bruit incessant sous les fenêtres, je regarde et je vois que ce sont les éboueurs qui jettent dans le broyeur le contenu de toutes les cagettes. Quel gâchis! Il n'y a aucune récupération (et apparemment non plus aucun tri de poubelles dans les immeubles). Je n'ai vu personne venir récupérer ce qui était bon à manger... J'ai mis le Canon dans mon petit sac et nous sommes partis comme des voleurs faire des photos des flamboyants devant le Museo del Patrimonio de aguas argentinas, sur l'avenida Cordoba. Au retour nous avons croisé Gorge, le gardien de l'immeuble, qui nous a présentés au chauffeur de taxi qui nous amènera demain matin à l'aéroport. Un petit pépé bien sympa qui a “toute sa confiance”. C'est une sécurité parce que apparemment, chez les chauffeurs de taxi, on trouve de tout. Herge, sur son site, fait le rappel des réjouissances:

www.petitherge.com/...n-taxi-38132291.html

Par la même occasion, on lui a dit qu'on comptait aller au parque Lezama, au sud de Telmo et il a proposé de nous appeler un radio-taxi “Premium” (écrit sur la porte arrière), totalement sûrs d'après lui. Je lui ai demandé ce qu'il pensait d'emporter le Canon et il n'a pas hésité une seconde, il a ri et s'est écrié: No! No! NOOO!!! Vingt minutes plus tard on était arrivés, pour environ 6 euros. Le parc est petit mais avec de nombreuses essences d'arbres inconnues de moi, étranges et belles, l'une avec des racines comme celles des fromagers, une autre à pied d'éléphant géant, certaines, de drôles de conifères mi-séquoias mi-araucarias, le tout plutôt du genre pleureur, bourrées de perruches vertes (conures de Patagonie) en train de faire leur nid. De ses hauteurs on a une vue sur l'église orthodoxe russe et ses dômes bleu et or... qui sentent son Las Vegas. Puis nous avons déambulé dans les petites rues de San Telmo, ancien quartier des marins, ainsi nommé à cause du dominicain Pedro González Telmo, bordées d'anciennes demeures coloniales qui ont vécu leurs plus belles heures il y a bien longtemps. En 1871, les riches familles qui les habitaient les ont laissées derrière elles avec l'épidémie de fièvre jaune. Décrépitude, oui, mais avec un reste d'élégance. Aujourd'hui tous les établissements de tango se concentrent dans son périmètre. Un détail renseigne sur la sécurité du quartier qui n'est pas loin de la Boca, ce sont les épaisses barres de fer et grilles en tout genre qui protègent absolument toutes les ouvertures au moins jusqu'au premier étage!

Dans la rue en pente, trois antiques bus de la ligne 213 se suivent... N'étant apparemment même plus bons pour la casse, ils ont rempilé! Un tour à la Galeria de la Defensa, qui date des années 1880 et était la résidence de la famille Ezeiza, désormais remplie de vieilles choses à vendre, vêtements, gants, vaisselle, bric-à-brac..., un autre au Mercado San Telmo pour trouver un maillot de foot argentin à Loïc (bredouilles) et nous empruntons, à pied et toujours au pas de charge, le chemin du retour. L'envie nous prend soudain de faire un stop avant de mourir asphyxiés, aussi nous entrons manger une bricole dans un café-resto. Le serveur qui s'occupe de nous, la soixantaine très militaire, est absolument odieux! Bonjour l'hospitalité et la gentillesse argentines! Pour l'instant nous ne l'avons rencontrée que chez le portier du Café Tortoni et chez le gardien de l'immeuble d'Herge. Au moment de partir, je me lève et je sens un doigt qui s'enfonce dans mes côtes, c'est lui qui me pousse pour se précipiter devant nous et nous ouvrir la porte. Je n'en reviens pas et le gratifie d'un “Gracias!” étonné mais poli. Oui, sauf qu'Alain, qui me suivait et a tout vu, me fait remarquer que ces ronds-de-jambe étaient destinés au gros personnage suant et soufflant qui sortait derrière nous et que le serveur avait même l'air mécontent que nous soyons sortis les premiers. Mince, alors!! Et dire que je l'ai remercié!!

16 heures. Ouf, nous voilà “chez nous”, un nombre certain de kilomètres dans les jambes et quelques kilos d'oxyde de carbone en plus dans les poumons! Une bonne douche, quatre thés et des orangettes de la Maison du chocolat (achetées à prix d'or à Roissy, mais je ne résiste jamais devant mon chocolatier préféré) plus tard, je me sens mieux. Alain, lui, est reparti faire les librairies qu'il n'a pas encore visitées.

Vendredi 26

A 7 heures moins dix, tandis qu'on attendait l'ascenseur, le gardien nous appela sur l'interphone pour nous dire que le taxi était déjà là. Quelle ne fut pas notre surprise de voir que le petit pépé sympa de la veille n'était pas du tout un chauffeur de taxi mais un particulier avec une voiture qui avait apparemment son âge... Le pare-brise portait huit estafilades, autrement dit il s'était pris un sacré gnon et était près de rendre l'âme. A l'arrière, les ceintures de sécurité devaient être là pour la décoration car elles ne fonctionnaient pas.... Bon, il n'était plus temps de dire quoi que ce soit et nous avions toute confiance dans le gardien d'Herge. En avant, donc, pour Ezeiza. Le pépé faisait des écarts à droite, à gauche, mais dans l'ensemble ça se passait bien jusqu'au moment où il entreprit de tirer un billet pour le péage d'une pochette posée à côté de lui. Il lâcha alors le volant et se battit d'abord avec la fermeture Eclair qui ne voulait pas s'ouvrir, puis avec le billet qui, lui, ne voulait pas sortir. Pendant ce temps je pensais qu'il ne devait pas avoir d'assurance, sinon il aurait fait réparer son pare-brise. Une fois le péage passé, rebelote, volant lâché pour rouvrir la pochette et y glisser la monnaie... Bref, j'avais hâte d'arriver. Je me disais qu'au moins on paierait moins cher qu'un taxi appartenant à une compagnie. Eh bien non, c'était encore plus cher, 150 pesos au lieu de 130.

Après avoir patienté dans une queue de un kilomètre de long, nous avons finalement embarqué pour Ushuaia via El Calafate sur un A 320, durée du vol : près de trois heures. Je n'ai pas dérogé à la règle et ai vu ma dernière heure arriver au moment du décollage, mains moites et respiration bloquée. Je ne sais pourquoi, le commandant de bord ne cessait de passer des messages – c'était apparemment un grand communicateur - et à chaque fois je me demandais ce qui allait arriver. Jusqu'à ce qu'il annonce qu'il y avait “un petit problème technique”. Là, je me suis décomposée... Le problème en question concernait la télévision mais il n'y avait pas de télévision. Vu que tout le monde était d'un calme olympien, ça m'a un peu rassurée. El Calafate, presque tout le monde descend mais peu après toutes les places sont à nouveau prises par les gens qui vont soit à Ushuaia, une minorité, soit sur BsAs.

Tierra del Fuego, Terre de Feu. Ainsi nommée à cause des feux que maintenaient allumés les Indiens Yaghans et Alakalufes, qui vivaient presque nus sur ces terres fouettées par le vent et la pluie. Nous prenons un taxi privé conduit par une femme (22 pesos) et nous voilà sur Gobernador Deloqui, au 271, à la Casa Familia de Zaprucki. Vraie petite maison en dur dans le jardin, à gauche cuisine salle à manger, au milieu salle de bains, à droite belle chambre, le tout nickel (60 euros). Nous sommes accueillis par une Mamie très aimable et qui a l'air d'adorer Paris. Peu après c'est sa fille ou sa belle-fille qui frappe à la porte. Elle nous apporte une bouteille de deux litres d'eau, un pain complet entier, un litre de lait, un paquet de fromage et un autre de jambon plus du beurre et un pot de dulce de leche. Ça fait très panier du Petit Chaperon rouge. Le tout pour le petit déjeuner. En fait on goûtera avec, et on en mangera aussi le soir...

Ushuaia, dans un autre genre, rappelle San Francisco : on monte ou on descend en permanence. Les photos que nous avions vues de la ville, qui compte quand même 60 000 habitants, étaient trompeuses, car elles ne donnent qu'un minuscule aperçu. C'est le centre-ville qui est constamment photographié, mais les constructions s'étendent loin de part et d'autre. Dès l'arrivée on a eu droit à une tempête de neige, au soleil, à la pluie, au grésil. Ici, au moins, c'est varié et à vitesse grand V. On a passé trois heures à arpenter San Martin et les rues adjacentes. Les numéros n'ont aucune logique; on passe de 238 à 270 par exemple. Ce qui fait que pour repérer l'agence de location de voitures, on a le plus grand mal à trouver le 245... Bon, on verra demain. Pour l'instant on est crevés, il fait grand jour (à 21 heures). Mais on va ressortir sur le canal de Beagle, dans le froid glacial. Quelle transition avec Buenos Aires!! Un ferry de croisière est à l'ancre, tous feux allumés, au milieu de la baie aux couleurs de mercure...

Samedi 27

Nuit glaciale, j'ai à peine fermé l'oeil... Ce matin après quelques allers-retours sur San Martin, à cause de ces sauts de numéros, nous allons chez Hertz récupérer la Chevrolet Sedan. Le coffre est grand et nous pouvons charger tous les bagages dedans.

Peu après être partis, sur la route n° 3 qui est donc bitumée, nous avons reçu une caillasse en plein pare-brise, ça commençait bien, suivi illico presto au croisement d'un camion, d'un appel d'air monumental qui a projeté avec une violence incroyable sur le haut du pare-brise un énorme truc noir. On a cru notre dernière heure arrivée, et tout ça en une fraction de seconde. C'était l'avant du capot qui avait été éjecté sous le choc. Un morceau de plastique/caoutchouc, pour faire joli sous le logo Chevrolet. Enfin on suppose vu qu'il ne reste que les rivets...

A San Sebastian, trois maisons et la douane argentine, nous passons un certain temps car nous arrivons en même temps qu'un car de passagers. Puis quelques kilomètres plus loin, rebelote, cette fois avec la douane chilienne. A chaque fois, nous avons droit au match de foot diffusé sur un écran de télévision au cas où policiers et douaniers s'ennuieraient...

145 kilomètres nous séparent maintenant de Porvenir, capitale de la Terre de Feu chilienne, 6000 habitants, par une piste de caillasse. La pampa fuégienne est gris-bronze sous le ciel chargé, éclairée çà et là par quelques touffes de fleurs jaune pâle et poussiéreuses. Nous espérons que nos enquiquinements vont s'arrêter là et que nous n'allons pas crever. Heureusement, il ne pleut pas et le vent a un peu faibli.

Tout à coup, on aperçoit au loin, devant nous, une silhouette. En arrivant sur elle, on voit que c'est un énorme malabar, avec une carrure de rugbyman, le bonnet enfoncé jusqu'aux yeux et la mine plutôt patibulaire, qui nous fait de grands gestes. A peine une seconde d'hésitation et nous passons sans nous arrêter, malgré un sentiment de culpabilité... Je dois dire que ni l'un ni l'autre n'avons voulu prendre de risque. On ne comprenait pas ce qu'il faisait là, à 65 kilomètres de Porvenir, alors qu' il n'y avait aucune voiture arrêtée nulle part. Et les 4X4 chiliens que nous avions croisés peu avant ne s'étaient donc pas arrêtés non plus. Moi j'ai repensé au couple de Français assassinés en Bolivie...

Une maison de tôles sur la gauche, un étang et, dessus, une centaine de flamants très très roses. Etrange, en un tel endroit... Depuis un moment ça sent fortement le brûlé et on se demande si ce n'est pas la voiture, de même que depuis longtemps on aperçoit la pluie qui tombe au loin, en avant de la piste et on ne la rattrape jamais. En fait, les deux sont liés puisqu'il s'agit d'un incendie apparemment important, dégageant une épaisse fumée qu'on prenait pour un nuage de pluie.. Bien sûr, le problème se pose de savoir s'il coupe la piste ou si on va y échapper... Le soleil fait maintenant quelques apparitions et colore l'herbe grise en vert acidulé. Je regrette d'autant plus que l'objectif soit esquinté car le 10-20 ne me sert pas à grand-chose ici. Nous longeons l'immense Bahia Inutil et ses eaux gris sombre, crêtées d'écume blanche. Le long de la côte de galets, les cabanons de tôle rouillée se font plus présents... 
 Porvenir et ses maisons de toutes les couleurs, vertes et rose, jaunes, orange, bleues et mauves, aux toits de tôle rouillés pour la plupart. Beaucoup sont en fin de règne... Nous allons directement à l'hôtel Rosas (bien, 26 000 pesos la chambre double) et le temps de nous installer, le soleil a disparu, laissant place à une température glaciale. Bien au chaud dans la chambre, nous n'avons plus envie de ressortir et attendons en lisant et en écrivant le repas du soir, qui sera hors de prix et franchement pas bon.

Dimanche 28

Bonne nuit sous les épaisses couvertures. Dire qu'on est presque en été... A 16 heures on prend le bateau, j'espère du moins qu'on aura une place pour Punta Arenas car on n'a pas réservé (deux heures et demie de traversée). Mais en attendant, que faire? Nous projetions d'aller sur les pistes environnantes mais le risque de crevaison juste avant de prendre le ferry nous fait reculer. Un Coréen du Sud, “businessman” de centollas ou King Crabe comme il se décrit lui-même, habitué des lieux, négocie avec Alberto, l'hôtelier, de pouvoir rester dans la salle de restaurant et nous dit de faire de même, ce qui nous arrange bien.

Il est maintenant plus d'une heure et demie et nous allons “visiter” Porvenir en attendant l'ouverture de la compagnie maritime. Nos pas nous mènent droit au cimetière... Porvenir est une ville, curieusement dans cette partie du monde, à fort pourcentage croate. Ils se sont installés dans les années 1880, lorsqu'on a découvert de l'or dans la région. Sont venus ensuite des habitants de l'île de Chiloe et, même s'ils n'ont pas fait fortune, ils ont trouvé du travail dans les estancias. Aujourd'hui, la plupart des habitants sont des descendants de ces pionniers. Cette colonisation a malheureusement en peu de temps anéanti les premiers habitants des lieux, chasseurs cueilleurs ou pêcheurs. Le cimetière est extraordinaire, toutes les formes d'architecture sont représentées. Il y a même de curieuses petites cases vitrées entassées les unes sur les autres, avec photos, fleurs, etc., prolongées par les tombes.

16 heures, nous sommes à l'embarcadère. Pas de problème pour prendre les billets. A 17 heures, nous partons pour deux heures vingt de traversée du mythique détroit de Magellan. Le ferry se remplit très vite, essentiellement de jeunes qui rentrent à Punta Arenas pour le lycée. Un Chilien vient s'asseoir à côté de nous, très sympa. C'est un réfugié politique qui a fait ses études en France puis qui s'est installé en Suède. Thérapeute familial.

19 h 20. Le ferry est à l'heure. Nous sortons dans les premiers et trouvons assez rapidement l'hôtel Joshiken que nous avions repéré sur Internet mais où nous n'avions pas réservé car il fallait payer à l'avance. Jolie maison tout en bois clair, très propre, belles chambre ensoleillée (du moins par moments...) et salle de bains. Et en plus très bien placée, près de la plaza de Armas. Punta Arenas est une ville étendue, aux maisons colorées, avec beaucoup d'arbres torturés par le vent, magnifiques, et très plaisante malgré ce que nous avions lu. Le propriétaire nous indique plusieurs restaurants “tous très bons”, où l'on sert du poisson frais. Nous allons à “Jekus” et nous nous régalons d'une cuisine très fine et d'une excellente bouteille de vin rouge chilien, dans un cadre superbe, tout en bois. Avec de nombreuses références de toute sorte aux Indiens disparus...

Lundi 29

Ce matin, grand soleil. Ici, en cette saison, les nuits sont courtes, le soleil se couchant vers 22 heures et se levant vers 5 heures. C'est d'ailleurs lui qui nous a réveillés. Après un bon petit déjeuner qui fera aussi repas de midi, nous partons nous balader du côté de la plaza de Armas. Dans le parc qui en occupe le centre, un bel office du tourisme et de nombreuses roulottes, qui sont des stands où l'on vend beaucoup de vêtements de laine et d'alpaga, très colorés. Tandis que l'on se balade tranquillement, et que cinq minutes plus tôt il faisait chaud, une averse de neige se met à tomber. Et ce sera comme ça tout au long de la journée, une alternance de ciel bleu, de neige, voire de ciel tout bleu et de gouttes d'eau dont on se demande à chaque fois d'où elles viennent et si ce ne sont pas des “pipis d'oiseaux” ;-). Nous devions normalement aller à l'Isla Magdalena voir la colonie de manchots, mais le passage sur le ferry du détroit de Magellan a sérieusement refroidi Alain qui a généralement le mal de mer. Il faut dire que, par moments, on aurait pu croire que le ferry allait se briser en deux lorsqu'il prenait les vagues par le travers. Et la conversation avec le Chilien avait bien arrangé les choses, pour détourner son attention des bonds que faisait le bateau. Donc nous décidons d'aller au Seno Otway voir une autre petite colonie, à une heure de route dont une quarantaine de kilomètres de piste. A douze kilomètres de l'arrivée, nous devons payer d'abord 3000 pesos, une espèce de droit de passage, puis 10 000 pesos pour l'entrée de la pingüinera (ce qui fait au toatl une vingtaine d'euros). Il pleut par intermittence. Nous prenons le sentier de bois de 1500 mètres de long à la recherche des manchots (les pingouins, eux, sont en Arctique). Je n'arrête pas de pester après l'objectif 17-85 mm qui a définitivement rendu l'âme, je ne peux même pas m'en servir en automatique et suis cantonnée au grand angulaire. Tout ce qu'il faut, en effet, pour photographier des manchots seulement visibles des miradors, ou presque. Lorsque je mets l'œil au viseur, on dirait des crottes de mouche. Nous en voyons quelques-uns se dandiner à la queue leu leu, vraiment trop mignons, ce qui me fait pester encore une fois. Le pire, c'est que j'ai emporté les jumelles de Paris spécialement pour eux et que nous les avons oubliées à Punta Arenas!! Nous mettons cela sur le compte de l'extrême fatigue dans laquelle nous étions avant de partir. Et le voyage n'a rien arrangé... Finalement, nous trouvons que c'est bien cher payé pour un si long chemin et seulement quelques manchots de-ci de-là, faisant une bronzette sur la plage ou jouant à cache-cache avec nous.

Retour à Punta Arenas. La plaza de Armas, cet après-midi, a complètement changé d'atmosphère. On dirait le parc Montsouris (à Paris) après la sortie de l'école. Punta Arenas est une ville très jeune, bourrée de lycéens et d'étudiants.

Ce soir, nous retournons manger chez Jekus, pour fêter mon anniversaire le 1er décembre (à ce moment-là nous serons en refuge à Torres del Paine). Je n'ai jamais mangé d'agneau aussi bon... En sortant, il fait un froid glacial malgré toutes nos couches de Damart, laine et polaires, pas loin de celui de Sept-Iles (dans le nord du Québec) au mois de février...

Mardi 30

En partant pour Puerto Natales, nous retournons au bureau de change. L'argent file ici à vitesse grand V.

Nous quittons la province de l'Ultima Esperanza pour entrer dans celle des Magallanes.

La route est déserte, le ciel gris, le vent omniprésent. Nous dépassons soudain un Cristo del Camino à l'abri d'un bosquet, insolite dans ces espaces désolés. Le grand angle lui fait faire un bond en arrière, et le fait de le rapprocher sous Photoshop lui confère un flou... très peu artistique... Régulièrement, sur le bord de la route ou des pistes, on retrouve de ces petits hôtels mortuaires, avec photos, fleurs et souvenirs, et drapeau rouge claquant au vent, dont nous ignorons la signification. Mais en arrivant dans l'après-midi à Puerto Natales, au bord du Pacifique, après 250 km de steppe aride et hyper ventée (quel sport de conduire comme ça, accrochée au volant!!), la surprise est de taille! Là ce sont des centaines de bouteilles en plastique – remplies en partie d'eau à cause du vent – qui veillent les morts... La petite ville (ou le gros village, au choix) est très différente, toutes proportions gardées, de Punta Arenas. Les maisons sont basses et d'aspect plutôt délabré, toujours très colorées. Nous remarquons que les Chiliens, du moins dans le Sud, ne se préoccupent pas de l'aspect extérieur de leurs habitations. Tôles disjointes, peinture écaillée, le tout a souvent un aspect branlant et peu engageant, alors que l'intérieur est particulièrement pimpant et soigné. Les gens sont en général de petite taille, si l'on excepte certains Croates de Porvenir. Au Pléistocène (- 2000 000 d'années à - 10 000 ans), un animal fantastique arpentait ces terres du bout du monde, une espèce de grizzly herbivore à queue de kangourou, deux fois plus haut qu'un homme, appelé Milodon ou, plus simplement, Glossotherium robustus. La Cueva del Milodón en abrite un spécimen, mais en carton-pâte, c'est la raison pour laquelle nous n'avons pas fait le détour lorsque nous avons quitté Puerto Natales pour rejoindre le parc Torres del Paine. Le milodón qui trône en bord de mer, à Puerto Natales... L'hôtel Chorrillos est basique mais très agréable, très bien tenu et la propriétaire est extrêmement aimable. Nous discutons avec un Français installé à l'ordinateur de l'accueil, barbe et cheveux blancs, parti avec sa compagne le 10 juillet en vélo du Pérou (c'est exactement le genre de voyage qui ne m'attire pas, pédaler comme un forcené en se battant constamment contre un vent déchaîné, mais je suis très admirative). Ils s'y sont fait attaquer et voler une première fois, puis une seconde fois on leur a dérobé appareil photo, caméra et argent. Ils avaient été repérés sur le marché, puis suivis en dehors de la ville en... taxi!! L'un des quatre agresseurs (quel courage!! à quatre contre deux!) a cassé une bouteille, jeté sa compagne à terre et lui a mis le tesson sur la gorge... Courses au supermarché – Unimarc, comme à Punta Arenas – où l'on finit par trouver un camping-gaz et les cartouches qui vont avec, puis retour à l'hôtel afin de préparer les sacs à dos pour les quatre jours à venir. La chambre est dans un état! On croirait qu'on part en expédition en autonomie pour six mois ;-)): nourriture d'un côté, vêtements de rechange, appareil photo, jumelles, GPS de l'autre. Le 17-85 mm est définitivement HS, ce qui fait que je n'ai plus que le grand angulaire. Plutôt catastrophique pour un voyage pareil... Adieu tous les gros plans, comme celui de notre premier nandou croisé aujourd'hui, ou de cet adorable renard argenté aux grands yeux noirs en amande qui s'est couché dans l'herbe quand il a vu qu'on s’arrêtait pour le regarder. Il est resté là, à nous surveiller du coin de l'œil, jusqu'à ce que la voiture redémarre. Puis il est reparti de son côté et nous du nôtre. Je l'ai quand même casé dans un petit coin de la carte-mémoire. Le voici, démesurément grossi sous Photoshop, disons... dans un flou gaussien... Dehors, une multitude de chiens se font la conversation d'une rue à l'autre.

Mercredi 1er décembre

Aujourd'hui, c'est mon anniversaire. La nuit a été courte mais je me suis endormie tout de suite, bercée par le plus doux bruit qui soit, celui de la pluie qui tambourinait sur le toit de tôle de l'hostal... Le problème, c'est que ce matin il tombe une pluie torrentielle, fouettée par un vent qui doit avoisiner les 120 km/h. Autrement dit des conditions idéales pour entamer une randonnée de huit heures. Excellent petit déjeuner avec du cake maison et des yaourts aux fruits, entre autres. Cet hostal est une excellente adresse, pas chère (20 000 pesos), et la propriétaire est très aimable. Nous discutons avec un jeune couple de Français qui nous annonce que la piste la plus longue, celle de Laguna Amarga, c'est-à-dire l'entrée Nord, est désormais bitumée. Plutôt que de prendre la nouvelle piste plus courte de moitié qui mène à l'entrée Sud, nous choisissons la facilité, puisque du ripio, nous en aurons à revendre dans les semaines à venir. Nous partons donc, seuls sur la route. Mais à Cerro Castillo, surprise, la route devient piste, et mauvaise piste puisqu'il s'agit d'une (très mauvaise) déviation. Quelques kilomètres plus loin, passé un gaucho plus vrai que nature sur son cheval, béret vissé sur la tête qui le protège mal de la neige qui tombe en abondance, et poussant son petit troupeau de vaches, nous retombons sur la route mais pour peu de temps. Les derniers 90 kilomètres seront de nouveau de la piste. Nous voyons encore une fois des guanacos, et encore une fois je peste de n'avoir que le grand angulaire. Une fois à l'entrée du parc, nous allons payer dans une minuscule cabane où les taches sont très compartimentées: trois personnes, dont une qui prend les passeports, une deuxième dans une cahute en verre qui nous déleste de 30 000 pesos de droits d'entrée, et enfin une troisième qui vérifie les billets d'entrée et nous donne le plan du parc. Les refuges des Torres se trouvent au bout d'une mauvaise piste de sept kilomètres, coupée en son milieu par un pont-surprise. Il ne peut supporter plus de 1500 kilos. Avec la Chevrolet Corsa pas de problème, mais les véhicules genre Renault Espace sont vraiment limites...

Arrivés au refuge des Torres, nouvelle surprise: nous ne sommes pas au Central mais au Norte, autrement pas dit pas au nouveau, paraît-il très bien, mais à l'ancien de mauvaise réputation. Il fait vraiment à l'abandon. Les chambres ne sont pas chauffées, sans lumière, il n'y a des lampes à gaz (dont une seule à chaque extrémité du couloir) que jusqu'à 23 heures, le lino du sol se décolle, les « banos » sentent horriblement mauvais, un mélange de désinfectant et d'urinoirs publiques. Sinon, la chambre est petite mais banale. En fait, nous n'adorons pas les dortoirs...

Nous montons aux Torres avec un temps complètement bouché, et en en plus il fait un froid sibérien, pas loin du Québec en hiver. Nous sommes pourtant extrêmement couverts, mais la neige qui passe à l'horizontal fou ettée par un vent violent nous glace le visage. Nous traversons d'abord des terres complètement désertes, couvertes d'une petite herbe rase, puis des massifs entiers d'arbustes à floraison rouge vif, des notros (Embothrium coccineum), comme ceux que nous avions vus à Venice, à Los Angeles. Passé le refuge Chileno, à mi-chemin, nous entrons dans un bois et le chemin devient complètement boueux. Le temps est toujours totalement bouché, les Torres enfouies dans une épaisse couche de nuages et de neige et nous ne pouvons espérer les apercevoir. Nous décidons alors de faire demi-tour. Au détour du sentier, un magnifique renard, un zorro colorado aux allures de coyote, croise notre route. Il hésite. Je crois qu'il va nous emboîter le pas mais, dommage, il change d'avis puis disparaît sous les arbres. Sept heures et demie après le début de la randonnée, nous voici à nouveau au refuge. Rien ne s'arrange: impossible de se faire à manger, d'une part parce qu'à Puerto Natales nous avons acheté un camping gaz et les cartouches vendues avec (camping gaz également), malheureusement une fois ici on se rend compte qu'elles ne sont pas adaptées; d'autre part parce qu'il n'y a même pas une cuisine pour se faire chauffer de l'eau. Nous « pouvons manger au restaurant » (à 20 euros par personne en plus des 96 euros par nuit pour nos deux lits superposés...), ou nous faire de la cuisine dehors (où? en plein vent et par terre puisqu'il n'y a ni table ni bancs?) et « rentrer la manger à l'intérieur « (merci de tant de générosité!). Nous sommes furieux, d'autant qu'à l'intérieur, justement, il n'y a que trois malheureuses tables et même pas suffisamment de chaises pour aller avec. Ca promet pour les deux nuits suivantes. Nous partons nous coucher avant que toute la chambrée ne fasse de même. Ah, zut, toute la chambrée est déjà au lit...

Jeudi 2

Nous avons eu froid toute la nuit, car en plus du fait que ça ne soit pas chauffé, la fenêtre était restée légèrement ouverte. Nous n'y avions pas touché, pensant que c'était une des personnes présentes qui l'avait fait pour éviter de la condensation. Sauf que nos deux lits étaient collés sur l'air glacial, et ce n'est pas la petite couverture qui nous a protégés. En plus du reste, le double rideau avait perdu trois de ses anneaux, que personne n'avait jugé utile de remplacer. Heureusement, Géo Trouvetout (autrement dit moi, comme je suis assez souvent surnommée) a trouvé une solution en coinçant le bout du rideau de gauche dans le premier anneau du rideau de droite. A peine réveillés, nous n'avons qu'une hâte : fuir ce refuge qui est un vrai scandale étant donné son prix. Nous remballons nos affaires et filons à la voiture. Une gorgée d'eau froide, une bouchée de cake “con frutas”, et nous voilà partis pour l'embarcadère, d'où le catamaran nous amènera à Paine Grande. En chemin, des guanacos peu craintifs broutent au bord de la piste.

9 h 30. Premier départ du bateau (il y en a un autre à 10 heures, puis à midi pour ce qui est du matin). Les billets s'achètent à bord, 38 000 pesos pour deux allers-retours (en fait c'est 36 000, on s'est fait rouler de 2000 pesos..., ce qu'on aurait jamais imaginé sur une navette, dans un parc national), soit environ une soixantaine d'euros. Café, thé ou chocolat et petits gâteaux sont offerts. Le lac est venté, ça remue pas mal et les eaux sont vert sombre. Impossible d'aller à l'arrière à cause du froid glacial et des paquets d'eau projetés sur le pont. De l'intérieur, impossible aussi de faire des photos à travers les vitres complètement trempées. Une demi-heure plus tard, tout le monde descend. Au premier abord, le gite de Paine Grande est pimpant, seul au bord du lac, dominé par les montagnes (du moins on le suppose car elles sont perdues dans les brumes). Au deuxième abord, il l'est encore plus. Des tons orangés aux murs auxquels sont accrochés masques, dessins et photos concernant les Indiens disparus; plusieurs petits salons ici ou là, avec un gros poêle à bois qui ronronne et d'épais canapés ou fauteuils en cuir. Ca monte et ça descend, ça tourne et ça retourne et c'est très chaleureux. Pour l'instant, par contre, nos lits ne sont pas prêts. Nous laissons une partie de nos affaires dans une eptite pièce en face du Mini Market, dont seuls les deux vendeurs ont la clef, et nous voilà partis à 11 heures pour le glacier Grey sous un temps à ne pas mettre un chien dehors (drôle d'expression, d'ailleurs... pourquoi mettrait-on un chien dehors?). Le sentier suit une étroite vallée dans laquelle le vent s'engouffre avec rage! Il faisait 2°, mais maintenant, avec le facteur vent, je n'ose imaginer la température ressentie... La pluie est de la partie, les nuages cherchent à toucher terre et nous n'arrivons même pas à avancer. J'ai l'impression que quelqu'un me pousse constamment avec force vers l'arrière. Nous faisons des embardées à droite, à gauche, à droite, à gauche et progressons avec peine. Il faut vraiment vouloir voir ce glacier! D'ailleurs nous ne croisons absolument personne pendant plusieurs heures. La vallée n'en finit pas, alors que d'après la carte je croyais longer le lac tout du long. La notion de ce qui est difficile ou modéré n'est pas la même chez les rangers américains et les employés des parcs chiliens. Celui-ci est classé en modéré alors qu'on dirait qu'on suit le lit d'un cours d'eau. Il est encombré de roches et de pierres presque tout du long, entrecoupé de passages bourbeux, inondés, etc. Le dénivelé est faible mais il monte et descend constamment. Bref, progresser dans ces conditions est particulièrement pénible...

Nous n'arrivons pas à nous poser pour manger un morceau, la pluie et maintenant la neige ne cessent de tomber, tout est trempé ou boueux et il n'y a pas un endroit où s'asseoir. Nous finissons par nous arrêter sous un arbre aux grosses racines apparentes. J'attrape l'onglée en moins de deux, nous sommes trempés de transpiration qui gèle quasi instantanément... Quel plaisir! Comme le dit un non-anglophone qui passe près de nous: “Bad time to lunch!” Enfin, nos efforts sont récompensés et nous apercevons, là devant nous, le glacier, géant bleu figé sur toute la largeur du lac. Nous ne pouvons distinguer son épaisseur, dissimulée dans les nuages. De petits icebergs bleutés dérivent vers l'aval sur les eaux grises du lac qui aujourd'hui porte bien son nom (Lago Grey). Nous ne savons toujours pas si nous sommes entourés ou non de montagnes, comme hier tout est bouché, gris, glacial et mouillé... Nous continuons sur le chemin mais le temps décidément empire et nous faisons demi-tour. Partis à 11 heures nous rentrons à 17 heures. Notre chambre, baptisée “Puma”, est pour six personnes. En cherchant la salle de bains, je vois par les portes ouvertes que certaines chambres sont pour quatre et d'autres..., que vois-je?? pour deux ! Nous redescendons illico presto à l'accueil et demandons si l'on peut changer pour une chambre à deux lits... En deux minutes, c'est chose faite et nous déménageons de “Puma” pour “El Calafate”. C'est royal et ça change tout!! Dans la grande salle de restaurants aux tables en bois ciré nous prenons Alain un thé et moi un chocolat avec un grand cooky aux amandes et chocolat (le tout pour 3000 pesos, soit 6 euros). Par la fenêtre, nous apercevons de splendides oiseaux noir et feu. Nous sommes vraiment contents d'avoir une chambre pour nous tout seuls! La promiscuité ne nous plaît décidément pas, nous sommes trop indépendants pour ça (et mes années de colonies de vacances, trois fois par an de sept à dix-huit ans, m'ont vaccinée à vie). D'autant que personne ne se parle. On pensait pouvoir échanger deux trois mots avec nos voisins de lit mais non, ils font comme s'ils étaient seuls... La chambre donne sur la montagne derrière et on aperçoit un bout du lac Paine Grande. Il y a l'électricité et le chauffage, le rêve, en somme. Seul hic mais qui cette fois passe comme une lettre à la poste, le radiateur ne sera allumé qu'à 22 heures... En attendant, on renfile pulls et polaires pour pique-niquer, assis sur le lit... A 22 heures, on entend les premières dilatations du métal qui chauffe mais je m'aperçois assez vite que c'est uniquement une petite moitié du radiateur qui est allumée. Par ailleurs, le vent à l'assaut de la fenêtre fait un bruit de 777 et soulève le double rideau. Nous nous fourrons au lit, mais moi, qui ne suis pourtant pas frileuse, je suis frigorifiée! Il n'y a sur le lit qu'une petite couette fine, d'été je suppose, puisque nous n'en sommes qu'à même pas trois semaines. Vers 4 heures, n'ayant toujours pas fermé l'oeil, je cherche à tâtons dans le noir mon gros Damart et les deux polaires que j'étale sur le lit et m'endors illico. La nuit, toutes les lumières du couloir sont éteintes...

Vendredi 3

Je me rends compte ce matin, en examinant la fenêtre de plus près, qu'elle n'est pas hermétiquement fermée. C'est une histoire de un centimètre maximum, mais ça a suffi, étant donné le temps qu'il fait dehors, à réfrigérer complètement la chambre et moi avec. Pourtant je ne suis pas frileuse... Alain, qui dort sur le lit supérieur, l'a moins senti. Une fois fermée, le bruit passe du 777 à l'avion de tourisme et le double rideau s'est calmé... Le vent est toujours aussi violent ce matin, et il pleut... Nous ne pouvons prendre un thé dans la salle du petit déjeuner car elle est déjà fermée et nous nous contentons encore une fois d'un peu d'eau glacée et de quelques tranches de Budin, autrement dit de cake aux fruits. Ensuite, départ à 10 h 30 pour la Vallée française. Les bourrasques, chaque jour plus violentes que la veille, si c'est possible, nous jettent sur les bas-côtés chacun à notre tour. Heureusement, le sentier est plus facile aujourd'hui, puisque de terre, et plus joli également car il suit le lac Sarmiento, du moins au début. Ce lac, contrairement au lago Paine sur la berge duquel est construit le lodge, est gris sombre, ce qui signifie donc qu'il n'est pas glaciaire. Les bosquets de fleurs rouge sang sont omniprésents; on trouve aussi une multitude de petites orchidées blanches, et toujours les pois mauves et blancs. Les couleurs sont un peu les mêmes que dans l'Ouest américain au printemps, rouge et mauve: Indian paintbrush et lupin bleus. Nous croisons des oiseaux magnifiques, jaune vif et vert fluo, d'autres aux yeux de rubis et aux pattes jaune safran. Les animaux, ici, ne sont absolument pas craintifs, et nous pouvons les approcher de très près. Les oiseaux, par exemple, ne s'envolent qu'au dernier moment. Au-dessus de nous, les montagnes acérées comme des lances percent quelquefois la couche nuageuse, laissant apparaître un glacier suspendu, d'où s'écoule une eau claire et potable. Toutes les eaux de ce parc sont bonnes à boire. Je l'avais lu mais j'ai profité du passage d'un garde du parc pour me le faire confirmer. A propos de garde, d'ailleurs, le seul qu'on ait vu, alors qu'il faisait un froid de canard, pluie, vent, etc., se baladait en casquette (sans doute avec dessous un tube de glu pour la faire tenir) et en T-shirt... Mais les Indiens Alakalufs étaient bien nus en été (et ne pas oublier que nous en sommes proches) et ne portaient leurs peaux de guanacos qu'en hiver... Nous voulons arriver au campamento italiano pour pique-niquer, espérant qu'il y aura une cahute où au moins se mettre à l'abri. It's a long way pour y arriver, et je doute un peu que les distances soient fiables. Sept kilomètres et demie ce n'est pas grand-chose, or nous marchons d'un bon pas malgré le vent et toujours rien en vue. Nous passons dans un bois, puis dans un autre, et un autre encore, le sentier devient roches et caillasse, boue et racines, voire ruisseau... Les Torres sont toujours invisibles, je vois venir le moment où nous partirons et où nous ne les aurons même pas aperçues. De temps en temps, un rayon de soleil perce tous ces nuages et donne à ces sommets glacés une atmosphère fantastique. Nous nous rapprochons de la jonction avec la Vallée française, mais nous avons un peu plus tôt croisé deux Français, entre cinquante et soixante ans, du genre guide de haute montagne avec l'accent savoyard, qui nous ont dit que tout était bouché au-dessus, et qu'ils renonçaient “à monter là-haut aujourd'hui”. Soudain, nous entendons un grondement de chutes d'eau qui ont l'air gigantesques. Nous longeons le lit d'un torrent furieux et apercevons enfin un premier panneau: pont à 500 mètres (chiliens). Le temps est sombre, la pluie glaciale, le vent devrait être débaptisé, il est trop violent, trop constant, trop rageur... Voici le pont de bois, donc, puis un second, suspendu celui-là, qui ne permet de passer qu'à deux personnes à la fois. De l'autre côté, le campamento Italiano. Nous passons au-dessus du torrent rugissant, ça se balance pas mal, et prenons pied sur l'autre rive. Eh bien on peut dire que les campings chiliens n'ont rien à voir avec les campings des parcs américains! Quelques tentes sous des arbres hauts et déplumés, du genre peupliers, une terre sableuse et grisâtre, des racines absolument partout, et surtout pas les moindres cahute, table ou bancs, rien. Rien de prévu pour les campeurs installés dans ces solitudes glacées. Aucun emplacement pour faire du feu. Une cabane couverte de tôle et un panneau avertissant que c'est “privado”, entrée interdite, pour le garde que nous avons croisé, certainement. Nous faisons le tour, trouvons une cabane de trois murs de planches dans laquelle il fait carrément nuit et devinons deux silhouettes dans la pénombre. L'une se fait cuire quelque chose sur son réchaud, posé sur une planche; l'autre a l'air morose et dubitative, mais surtout transie. Une autre cabane misérable pour les w-c, et c'est tout. Nous nous asseyons sur un tronc de dix centimètres de diamètre posé sur deux petits piquets et trouvons vraiment lamentable une si piètre installation. Dans ces conditions nous ne déballons ni pain ni poulet rôti pour moi (celui acheté à Puerto Natales pour 3 000 pesos et qui est inusable) et avalons vite fait une banane et moi un délicieux cooky acheté hier en fin d'après-midi. Il faut bien sûr emporter ses poubelles... Redescente au pas de charge sur le lodge, où nous arrivons à 16 h 30 pour prendre un chocolat et un thé. Par les grandes baies vitrées, nous observons quelque chose d'étrange: comme un vent de sable à la surface du lac, de longues écharpes d'embruns qui s'effilochent et se reforment. Par endroits des mini-tornades s'élèvent tout droit vers le ciel, tandis que de grosses vagues s'écrasent sur la rive en face qui est pourtant éloignée.

Samedi 4

Le temps aujourd'hui, puisqu'on s'en va, est nettement plus beau, bien que les sommets soient toujours encapuchonnés. A 9 h 30, nous prenons le catamaran en compagnie d'un jeune Français très sympa, Loïc, avec qui nous avons échangé quelques mots en attendant. Lui est parti pour un tour du monde; arrivé en Equateur il y a trois mois, il prend l'avion après-demain à Punta Arenas pour la Nouvelle-Zélande. Comme il va aussi à Puerto Natales, nous lui proposons de l'y conduire. Et il se trouve qu'il va dans le même hostal que nous chercher ses affaires qu'il avait laissées le temps d'aller aux Torres del Paine. Dernière coïncidence, il connaît voyageforum et y a même un pseudo: karasamba. Nous prenons la nouvelle piste, celle de 85 kilomètres, qui démarre vraiment très bien, on la croirait bitumée. Mais, très vite, elle se transforme en un vrai poulailler! C'est une succession de nids-de-poules remplis d'eau boueuse qui éclaboussent la voiture. Vu deux huitriers-pie. Dans un des bureaux de change de Puerto Natales où nous changeons deux cents euros, la caissière, qui ne se prend pas pour rien, comme tous ceux à qui nous avons eu affaire jusqu'à présent dans ces endroits-là, commence à lorgner d'un oeil suspicieux le premier billet de cent euros, en direct de la Banque postale, essaie de voir à travers et le pose sur le coin de sa table avec un air à moitié dégoûté. Elle prend le second, l'examine, et repère une petite pliure plus prononcée d'environ un millimètre sur une des tranches au milieu du billet. Ca y est! Elle a ce qu'elle cherchait et nous le rend d'un air triomphant. Nous ne comprenons pas (ou faisons mine de ne pas comprendre). Je sors mes lunettes, fais comme elle, observe le billet et lui demande ce qu'il a de spécial. Je lui fais remarquer qu'en France un tel billet ne poserait pas de problème. D'un ton cassant elle nous réplique qu'ici, elle n'en veut pas!! Excédé, Alain lui demande de lui rendre le premier billet et nous ressortons furieux. Dans le deuxième bureau, tout se passe comme sur des roulettes... Le soir, dans une pizzeria (Mesita Grande), le serveur essaie de nous rouler avec une impudence incroyable! Il s'était carrément pris 100 % de pourboire! (Au Chili, le pourboire dans les restaurants est en principe de 10 %.) Nous voulions en fait dîner à Afrigonia, le meilleur restaurant de Puerto Natales, mais la salle, toute petite, était bondée et de toute façon il aurait fallu réserver.

Dimanche 5

Lit excellent mais l'isolation extérieure est déplorable (partout jusqu'à maintenant) et bien qu'à l'écart du centre, les voitures nous ont dérangés. L'adresse reste très bonne. Après le petit déjeuner composé cette fois-ci de jus d'orange, de quatre crêpes, de pains chauds, beurre et deux confitures, plus fromage, nous partons pour El Calafate en passant par le côté chilien, soit Cerro Castillo, sur la route des Torres del Paine. Ni la douane chilienne ni la douane argentine ne nous ont embêtés, et les Argentins ne nous ont même pas fouillés, ce qui fait que nous aurions pu garder tomates, beurre, œufs, poires, etc., au lieu de tout laisser à l'hostal Chorrillos. Nous prenons la piste d'une trentaine de kilomètres qui rejoint la route d'El Calafate. L'essence, ici en Argentine, est bien meilleur marché qu'au Chili (environ 0,60 euro contre plus de un euro) et nous regrettons d'avoir fait le plein à Puerto Natales. J'avais lu que plutôt que de faire le détour par La Esperanza, on pouvait couper par une piste très belle et très bonne. Nous n'hésitons donc pas une seconde sans avoir idée du kilométrage... C'est morne plaine... Pampa à droite, pampa à gauche, herbe rase et grise, horizon rectiligne. Mais la piste, assez bonne au commencement, se gâte vite et sérieusement. Ce n'est maintenant plus que de la caillasse, et il faut constamment faire attention où l'on met les roues, éviter les cailloux trop pointus et les zones trop dérapantes. Dans le ciel encombré de beaux nuages, le soleil brille et la température au thermomètre de la voiture grimpe jusqu'à 30°! Du jamais-vu depuis qu'on est arrivés en Patagonie. Le désert grisâtre s'étend à l'infini, de temps en temps on aperçoit le ruban de la piste comme un serpent qui filerait devant nous, dans l'infini de la pampa. Une heure passe, puis une deuxième... on n'en voit pas le bout... Les fortes pluies ont laissé par endroits sur des parcelles de sol probablement calcaires des mares plus ou moins étendues, immédiatement colonisées par tous les oiseaux de passage: flamants, cygnes à col noir, oies, canards, etc. En se rapprochant de la jonction avec la route 40, asphaltée sur cette portion, le sol se soulève en moutonnements de velours plus ou moins prononcés, dans des tons qui tirent maintenant sur le vert. Une quinzaine de kilomètres avant El Calafate, le paysage devient soudain magnifique, surplombant le lago Argentino, turquoise comme tous les lacs glaciaires sous les rayons du soleil. Le rio Santa Cruz serpente dans la vallée en une multitude de boucles serrées...

El Calafate. Albergue Lago Argentino. D'un côté de la route, le n° 1050 et l'albergue; de l'autre le 1061 et l'hostal. Nous avions réservé une petite maison dans le jardin. Il y en a deux rangées de trois, mitoyennes, de couleurs vives - carmin et beu – séparées par un gazon vert et dru. Tout est en fleurs, genêts, lupins, chèvrefeuille, arbustes de toute sorte, ça sent le printemps même si les chambres sont par là même un peu sombres. La nôtre est parfaite, la salle de bains aussi.

Le soir, nous allons manger des gnocchis de pommes de terre au safran et du gratin de potiron et maïs, arrosés d'une bonne bouteille de vin argentin dans un excellent restaurant, Pura Vida, avenida del Libertador, avec 10 % de réduction parce qu'on vient de l'albergue Lago Argentino. Le ciel est d'un bleu clair très pur, très lumineux, et la lumière transparente et rosée en cette fin de journée, comme on n'en a jamais vue ailleurs. Les Argentins, de même que les Chiliens, surchauffent leurs intérieurs et la chambre ne fait pas exception.

Lundi 6

Nous voulions être au Perito Moreno avant l'ouverture mais ça ne sera certainement pas possible. Aussi nous choisissons de prendre le petit déjeuner sur place et de partir ensuite. A 7 h 30 nous montons dans la voiture et en route pour les 70 km qui nous séparent du glacier géant. Nous doublons une flopée de cars de touristes vides, étrange..., et arrivons une demi-heure plus tard à l'entrée du parc. Les 40 pesos par personne annoncés par le Routard se sont transformés en 75 pesos... Il reste encore 28 km avant d'arriver. La route, relativement étroite et sinueuse, longe le lago Argentino, couleur menthe à l'eau, traverse des bois de résineux accrochés au pied des montagnes pelées. Le vent est toujours extrêmement violent et le sol jonché de petites branches entre lesquelles je dois zigzaguer en permanence. Jusqu'à 10 heures du matin il est possible de se garer au sommet (nous ne l'apprendrons que plus tard car rien ne l'indique), mais nous ne pourrons y retourner ensuite et il faudra rester sur l'immense parking un peu plus bas. Il y a toute une série de passerelles, à cette heure-ci totalement désertes, dont les plus proches sont celles dites « de la rupture ». D'autres s'enfoncent dans les bois, montent et descendent...Vu d'en face, le Perito Moreno, un des derniers glaciers à ne pas régresser et qui fait partie de la troisième calotte glaciaire au monde (après l'Antarctique et le Groenland, 360 km de long sue 40 km de large), ne donne pas l'ampleur de ses cinq kilomètres de large et de ses soixante mètres de hauteur... Lorsqu'il est bien disposé, il peut avancer de deux mètres par jour, aussi nous guettons ses plongées vertigineuses accompagnées de fracas de coups de canon (comme j'en entends tous les jours, je peux faire la comparaison ;-)), qui laissent derrière elles des cicatrices bleu intense. A l'avant, ce ne sont que flèches, lances et pieux prêts à faire le grand saut, à l'arrière des milliers de crêtes meringuées parcourues d'un réseau infini de crevasses. Nous décidons de prendre le bateau qui se trouve sous le restaurant - celui du dessous - pour aller voir de plus près de quoi il retourne. Cent pesos de moins dans les poches, nous montons sur le pont en compagnie d'une trentaine de personnes, très peu de monde, donc, puisque nous pourrions être trois cents! Le bateau reste à distance respectable des éventuels icebergs, tourne et vire, se rapproche de la zone de fracture, s'arrête lorsqu'une détonation se fait entendre, longe le glacier vers l'est, fait demi-tour, et trois quarts d'heure plus tard, rentre au bercail. Tout le monde descend. A cette heure-ci, midi, lorsque nous rejoignons les passerelles, c'est la cohue. Plus rien à voir avec l'atmosphère de début de matinée, où nous avions le glacier pour nous tout seuls. Deux heures plus tard nous sommes sur la très belle route d'El Calafate. Le ciel est bleu et le vent a encore forci. Pendant ces quelques heures, j'ai bien sûr eu tout loisir de pester (intérieurement ;-)) puisque je ne pouvais faire de photos qu'au grand angle. Les trois magasins de photos de la ville vendent uniquement des pellicules Kodak, ici ils n'ont pas encore fait faillite, et ma tentative de commande d'un 50 mm Canon sur Amazon.com n'a rien donné puisqu'ils ne livrent pas dans ces contrées lointaines. Il faut me faire une raison, mais c'est dur... Au supermercado nous achetons une salade de pommes de terre, carottes et petits pois, plus des œufs que je fais cuire discrètement dans la salle du petit déjeuner où « l'on ne doit pas cuisiner ». Lessive dans le lavabo miniature dont la bonde a été supprimée puisque l'hostal lave du linge contre 25 pesos, mais c'est sans compter sur Géo (Trouvetout). J'utilise une mousseline de notre propre thé que nous venons de faire infuser, la rince bien et bouche le lavabo avec. Très efficace! Eventuellement, on peut aussi d'une main appuyer sur la mousseline et de l'autre malaxer... A la guerre comme à la guerre!...

Mardi 7

Le soleil a disparu mais, par extraordinaire, il n'y a pas de vent! Nous commençons la journée, après le petit déjeuner avec des voisins de table allemands détestables et prétentieux, par le locutorio (petit local où l'on peut téléphoner). J'ai deux cartes de téléphone à 10 pesos, chacune permettant d'appeler une demi-heure en France (merci Herge pour l'info!). Ça marchait très bien de Buenos Aires avec la carte Hable Mas. A Ushuaia j'ai dû en acheter une d'une autre marque - en fait de carte, c'était un ticket de caisse avec les indications en caractères minuscules. Mais ici, plus rien ne va. « Les ondes », paraît-il, « c'est trop perdu » (celui qui nous dit ça se fiche carrément de nous, vu que toutes les cabines internationales avec paiement à la caisse sont occupées pour des coups de fil vers l'Europe!), il veut bien sûr qu'on range notre carte et qu’on lui paye directement la communication. Deuxième locutorio, même son de cloche... Ensuite passage par un supermarché pour acheter du jambon cru Lomsicar (?) en promotion. La caissière en profite pour essayer de nous rouler d'un billet de 2 pesos. Ce n'est pourtant pas compliqué: elle doit nous rendre 74,25 pesos et elle nous en rend 72,25, en se dépêchant de quitter sa caisse juste après. On récupère donc les deux pesos manquants en pestant, et on comprend pourquoi ce supermercado n’était pas indiqué sur le plan que l’on nous a donné à l'albergo Lago Argentino... A propos de monnaie, l'Argentine et apparemment avec elle le Chili manquent cruellement de pièces métalliques. Il est surprenant de voir comme les caisses sont vides et comme, à chaque fois, cela pose un problème. En général, les gens arrondissent au-dessous pour que le client ne soit pas perdant (c’est toujours le cas dans les stations-service), mais parfois c'est le contraire. Les plus généreux vous jettent une sucette sur la caisse et au suivant ! Le jambon Lomsicar est incroyablement acide, j'arrive à peine à le manger. Il va falloir que je me renseigne sur cette appellation: Lomsicar. Est-ce une recette au vinaigre, ou bien prendrais-je le Pirée pour un homme? Aujourd'hui, on avait prévu (sur la carte) de monter au cerro Calafate, 800 m de dénivelé, mais surprise on s'est aperçus que c'était une montagne complètement pelée, caillasse et poussière grise, ce qui nous a douchés d'un coup... On est restés écrire des cartes postales, faire quelques courses, laver du linge, lire et rédiger le carnet... Une journée de transition, quoi. Lomsicar, d'après Internet, ne renvoie à aucune recette, c’est une marque comme une autre. Ce jambon acide ne m'inspire plus du tout et je vais le donner à un des nombreux chiens qui, ici, comme dans chaque agglomération traversée, arpentent les rues poussiéreuses. Le conseil est de ne jamais les caresser, ils trimballent je ne sais plus quelle maladie et la rage est très courante. Mais c'est difficile, ils sont très sympa et ont tous de bonnes têtes. On se rabat sur les chats angoras et couverts de poussière de l'hostal, qui se prélassent dans le jardin et ont tout de suite senti à qui ils avaient affaire : ils nous font mille et un câlins (mais ils ne ronronnent pas... Est-ce que les chats argentins ne savent pas ronronner??).

Mercredi 8

J'ai passé une bonne nuit, heureusement car j'étais vraiment fatiguée. C'est Alain, cette fois, qui n'a pas fermé l'oeil et qui a eu droit : aux pétards et aux fusées que deux gamins lancent nuit et jour près du locutorio d'à côté (il ne manquait que Doisneau pour les photographier); au 4 x 4 au pot d'échappement percé que le voisin, assis derrière le volant au milieu de son jardin, fait rugir, lui aussi nuit et jour selon son humeur; à la musique de l'auto-radio...; et au chien de ce même voisin qui est insomniaque et s'en donne à coeur joie. Nous partons pour El Chalten après avoir fait quelques courses au supermercado La Anonima. Le ciel s'est couvert et nous craignons le pire pour la suite de la journée.

Le paysage est toujours aussi désertique, mais la proximité des Andes lui donne un peu de relief. A l'est, du côté de la pampa, longue traînée de cumulus blancs comme neige dans le ciel bleu, à l'ouest tout se mêle dans un horizon gris et cotonneux. Puis voici nos premières badlands, ressemblant fort à leurs cousines américaines de l'Utah, mais en moins colorées. Le dôme d'un ancien observatoire, fermé depuis 1943, émerge soudain dans une furtive vision. Nous longeons un temps le rio Santa Cruz aux eaux laiteuses, tout droit descendues de l'immense champ de glace qui couvre toute cette région de l'Amérique du Sud. Croisons quelques cyclistes chargés comme des baudets, le nez dans leur guidon, qui n'ont même pas l'air de nous voir passer. Je n'aimerais pas être à leur place... Le long de la ruta 23 qui laisse derrière elle la Ruta 40 pour filer plein ouest vers El Chaltén, village né en 1985 seulement, le paysage devient plus printanier, roche sombre et petite herbe rase vert tendre, désormais noyé de pluie. Une famille de condors fait la route avec nous, immenses ailes noires barrées de blanc pour les adultes, de marron pour les juvéniles, longues rémiges redressées dans le vent, tête rouge et cou rentré dans les épaules. Ils sont magnifiques!

Tout d'un coup, El Chaltén est là en contrebas, à un kilomètre environ, niché entre deux montagnes. La route serpente, bordée de touffes de fleurs jaunes et d'autres que je n'ai jamais vues, orange, ressemblant à de petits lys. Plus on se rapproche, plus le village s'étire dans la vallée en de multiples constructions inachevées, brique, aggloméré ou béton armé, tiges de métal rouillé dressées vers le ciel comme autant de doigts. Le tout a des allures de Canaries et est très inesthétique. Nous finissons par dénicher Infinito Sur dont nous avions vu la photo sur Internet et que nous croyions accroché à une pente. En fait l'hosteria est coincée sur trois côtés par de petites bâtisses toutes plus horribles les unes que les autres, béton brut laissant pointer l'armature alors que le rez-de-chaussée est déjà habité, abritant dans leur « jardin » carcasses de voiture et tout un bric-à-brac destiné, on peut le supposer, à construire un étage supplémentaire, voire le toit. Sinon, tout est très beau dans cet hôtel, bois et pierre mêlés. La chambre est grande et superbe, la salle de bains aussi, mais encore une fois surchauffées. Il fait au moins 30°!! Grand salon commun avec vue, paraît-il, sur le Fitz Roy (son nom tehuelche d'origine est El Chaltén, « la montagne qui fume »). Pour aujourd'hui, c'est vue sur les nuages, aucune montagne à l'horizon... L'Internet indiqué sur le site est « highspeed » mais en fait en download il y a 0,01 Mo, un record, et en upload... 0,00, avec un ping de 1414s!!! Nous déambulons dans les rues arpentées par une flopée de randonneurs de toute nationalité, sous une pluie persistante et un vent toujours aussi violent. Il fait un froid de canard, le vent rugit de plus belle, et je n'ai qu'une hâte: rentrer à l'abri et au chaud.

Jeudi 9

5 h 30. Est-ce que je rêve encore ou est-ce qu'il n'y a pas de vent? Je regarde derrière le rideau de la fenêtre, rien ne bouge, et la maison biscornue, sur la gauche, est rose bonbon, éclairée par le soleil levant!!

7 heures. Le vent s'est levé, en pleine forme après une bonne nuit de repos, et maintenant... il neige! On voit effectivement que dans douze jours c'est l'été. Au petit déjeuner – très bon: marbré au chocolat maison, plus deux autres gâteaux-pain tout juste sortis du four, dulce de leche, etc. -, on peut apercevoir à travers les baies vitrées le temps empirer de minute en minute. C'est une véritable tempête de neige qui à présent se déchaîne, de gros flocons serrés qui passent à cent à l'heure. Les premières montagnes, visibles il y a encore quelques heures, ont totalement disparu dans une blancheur cotonneuse. Quant à ce qu'il y a derrière elles, le Fitz Roy et ses voisins, je ne sais pas si on le verra avant de partir, après-demain matin. En tout cas, pour le moment, il est impensable de partir randonner dans ces conditions.

12 h 30. Il neige toujours mais moins abondamment et le vent est tombé, aussi nous décidons de sortir et d'aller au moins jusqu'au second mirador sur le chemin de la laguna Torre. Avenida Antonio Rojo, au bout un escalier qui escalade la colline, et là, c'est le côté cour d'El Chaltén. Des maisons posées sur la terre battue et boueuse, pour la plupart minuscules, les unes sur les autres et dans n'importe quel sens, construites de bric et de broc, la plupart en aggloméré avec des joints de goudron, de la tôle, de la brique, beaucoup de courants d'air. Tout au bout, une petite montée raide, et nous voici dans des « prairies d'herbe courte », des bois de langas (la feuille ressemble à celle du hêtre en miniature, mais pas l'écorce, qui se rapproche plus de celle d'un résineux, surtout lorsqu'ils sont âgés), puis au-dessus du rio fitz Roy. Un premier mirador, en face une chute qui dévale la montagne en ne prenant pas la voie la plus directe, puis le second mirador d'où l'on pourrait admirer, d'après la table d'orientation, une enfilade de cerros invisibles. Nous continuons, bien que la neige soit très mouillée et que ma veste soi-disant imperméable achetée à Moab ne me protège plus de grand-chose. Une mare, sur la droite, de très jolies orchidées jaunes, capachito ou topa-topa (Calceolaria uniflora), des anémones blanches (Anemona multifida). Le chemin n'est qu'un bourbier, il devient très difficile d'avancer et nous commençons à avoir froid, l'humidité s'insinuant partout. Nous faisons demi-tour et trois heures plus tard nous voici revenus à notre point de départ, à savoir la voiture qui nous attend au début du chemin, ce qui est bien agréable. Le soir nous allons dîner à El Muro, recommandée par la jeune fille de l'accueil, qui se trouve au départ du sentier du Fitz Roy. Excellent « bifteck argentin » - je prends la demi-part, sinon c'était cinq cents grammes -, mais servi seul. Je commande une purée de papas (pommes de terre) et Alain des espèces de petits pavés de pâtes fourrés au saumon, délicieux. La serveuse ressemble étonnamment, en châtain, à Brigitte Bardot. Je le lui dis, elle est confuse, « ne peut le croire », etc., mais à mon avis elle le savait parfaitement ;-).

(L'électricité, à El Chaltén, est toujours allumée: lampadaires dans les rues et lampes à l'intérieur. On ne voit aucune éolienne et on se demande d'où provient la source d'énergie.)

Vendredi 10

5 h 40. Je vais dans la salle de bains et quelque chose attire mon oeil, au-dehors. Le Fitz Roy est éclairé d'une lumière rose par le soleil levant!! C'est un vrai choc! La voici donc, cette mystérieuse aiguille de granit qui se fait tant désirer et que je désespérais d'apercevoir! Je m'habille en vitesse, prends la clef de la voiture et ouvre la porte qui ne veut pas bouger d'un millimètre, même avec la clef magnétique. Je me rabats sur le balcon du salon mais déjà la lumière n'est plus là, la « Montagne qui fume » (El Chaltén en langue indienne) est déjà grise, mais je la capture malgré tout, par-delà les toits.
Comme le temps annoncé pour la journée est neige et pluie, je me recouche, persuadée qu'à mon réveil, c'est la grisaille qui nous attendra. 8 h 40. On ne s'est jamais réveillés si tard!! Et, chose extraordinaire, il fait toujours beau et il n'y a toujours pas un souffle de vent!! Le temps de nous préparer, douches, petit déjeuner, sacs à dos avec entre autres deux bananes, quelques barres et un demi-litre d'eau - inutile de nous charger, à Los Glaciares comme à Torres del Paine les eaux descendent en droite ligne des glaciers et sont potables (et délicieuses) -, et de rejoindre le départ du sentier du Fitz Roy, il est un peu plus de 10 h 15. Nous trouvons tous les deux qu'ici c'est plus beau qu'aux Torres del Paine, malgré les lacs glaciaires (moins turquoise néanmoins que dans les Rocheuses canadiennes). Si l'on compare par exemple au sentier du glacier Grey, ou à celui des Torres, celui d'aaujourd'hui est beaucoup plus varié, on a constamment une vue superbe, soit sur le rio Fitz Roy au-dessous qui se fraie un chemin dans un large lit de galets, soit sur les pics enneigés au-dessus. Même le sentier du cerro Torre caché dans les nuages laissait deviner des merveilles... Le chemin démarre raide par des marches de terre et de bois et grimpe pendant une heure et demie, jusqu'au mirador d'où l'on a une vue superbe sur toute la chaîne des pics. Fitz roy est entouré de Saint-Exupéry, Mermoz et Guillaumet entre autres. C'est le lieu de la photo souvenir, apparemment. Passé le premier émerveillement et de nombreux clics du grand angulaire, nous continuons en direction du campamento Poincenot. Nous avons remarqué que 80 % des gens croisés sur les sentiers ne disent pas bonjour, voire ne jettent pas un regard à la personne qu'ils frôlent. Cest insupportable, surtout pour moi qui dis facilement bonjour à tout le monde avec un sourire. Et dans ces coins complètement perdus c'est encore plus difficilement acceptable.

Le chemin, qu'on dirait taillé à la bêche, pas plus de quarante centimètres de largeur, est maintenant un vrai bourbier. Soit la neige commence à fondre, soit elle a fondu depuis longtemps, formant des mares d'eau et/ou de boue épaisse et grasse. Il faut sans cesse faire de l'acrobatie pour éviter de s'enfoncer jusqu'à la cheville. Les bois de langas (on dirait que c'est le seul arbre ou presque sous ces latitudes) succèdent aux prairies qui succèdent aux bois de langas. Avec toujours, en arrière-plan, le sublime massif du Fitz Roy. Les Chiliens ne soignent pas leurs campings. Et le campamento Poincenot ne fait pas exception. Seul un panneau avertit qu'il s'agit bien d'un camping car il n'y a absolument rien de prévu pour les campeurs. Le sous-bois est d'un binz incroyable! Branches cassées, troncs pourris jonchent le sol dans un enchevêtrement incroyable. Aucun emplacement particulier n'est prévu, aucune table ni bancs, aucun abri. Je me demande s'il y a même des toilettes et Alain me montre un petit machin en métal qui doit effectivement en faire office. Le détail qui tue est cet avertissement : Interdiction de se construire un abri. Lorsqu'on sait que les conditions atmosphériques y sont très difficiles, le vent par exemple s'y déchaîne avec violence, c'est à la limite du refus d'assistance à personne en danger. Le tout est en plus pourri d'humidité...

Nous hésitons à bifurquer sur les Piedras blancas, mais le temps se couvre et les espaces découverts où passe le sentier pourraient vite devenir invisibles. En redescendant, nous apercevons, perché sur une branche d'arbre mort, un magnifique aigle au bec jaune et à la poitrine cloutée d'argent. Au-dessus de lui, un couple de rapaces plus petits font des manoeuvres d'intimidation en poussant des cris stridents.

Sur le chemin du retour, je me tords trois fois la cheville gauche. Ce n'est pourtant absolument pas le moment d'être immobilisée si loin d'El Chaltén. Heureusement, avec un peu de Synthol, tout rentre dans l'ordre. A 17 h 30, nous sommes à la voiture.

Samedi 11

A 9 heures nous sommes prêts à partir pour la Ruta 40 et Bajo Caracoles, à 460 kilomètres de là, où nous comptons faire une étape. Nous passons d'abord par le distributeur... qui est vide (il ne nous reste que 350 pesos, soit 70 euros) puis par la poste car nous avons deux cartes à envoyer, mais elle n'est pas encore ouverte, bien qu'affichant 9 heures. Hier, nous avons demandé à quelqu'un où se trouvaient « los correos ». Visiblement, il ne voyait pas du tout de quoi on parlait, jusqu'à ce que je lui montre les cartes. « Ah! Los corre! » La prononciation argentine (et chilienne) nous surprendra toujours. Entre le « pocho » (pollo), la « cache » (calle), la « jave » (llave), et tous les s finaux manquants, il faut comprendre.... Le temps est encore magnifique et nous redécouvrons la route que nous avons faite à l'aller avec tout le massif derrière nous, étincelant de neige. Nous avalons les 140 kilomètres bitumés qui nous séparent de Tres Lagos où nous faisons le plein d'essence. Nous sommes par erreur d'abord passés par le village en faisant un détour de 4 kilomètres sur la droite sur une très mauvaise piste, alors que la pompe à essence est un grand bâtiment blanc en retrait à une centaine de mètres sur la gauche. A partir de là, c'est le ripio qui nous attend. La piste est mauvaise pendant cinq ou si kilomètres, puis dans l'ensemble bien roulante, avec des passages plus délicats. Il faut quand même faire attention aux éventuels trous ou aux pierres qui pointent parfois en plein milieu, et aux amas de graviers qui la transforment en planche savonnée. Le pompiste de Tres Lagos nous a annoncé six à sept heures jusqu'à Bajo Caracoles, ce qui nous mène à 18 heures. Le sol de la pampa est marron-gris et on se demande ce que peuvent bien brouter les quelques rares moutons ou chevaux étiques que nous croisons de-ci de-là. Soudain, un 4 x 4 nous double en trombe, pojetant une cascade de pierres sur la carrosserie et le pare-brise, décoré de deux nouveaux impacts! C'est un comportement particulièrement inqualifiable que nous ne retrouverons heureusement plus, bien au contraire. Les camions, en particulier, sont extrêmement prévenants, ralentissent, s'écartent ou font signe de dépasser. Les collines se font plus présentes et sont parfois marbrées comme un gâteau. La piste tourne, monte et descend, des chevaux broutent çà et là. A la jonction de la route de Gobernador Gregores nous avons l'heureuse surprise de retrouver le bitume pour une cinquantaine de kilomètres. Puis c'est à nouveau le ripio, parfois bon, parfois mauvais, presque toujours dérapant. Je suis agrippée au volant, mes yeux cherchent continuellement à l'avant de la piste les cailloux à éviter, je ralentis dans chaque virage car ce serait les tonneaux assurés (prévus au contrat et pour lesquels nous ne sommes pas assurés). Un arrêt pour manger une banane et quelques chips près d'une estancia, le long d'un cours d'eau. La piste est bordée d'une multitude de petites fleurs crème qui embaument à la fois la rose et la violette. Peu après, nous apercevons sur notre droite un troupeau de guanacos en train d'observer un cheval couché dans l'herbe, de l'autre côté de la route. Ils se regardent en chien de faïence, c'est très drôle. Plus loin, une baby-sitter nandou et sa marmaille de vingt-deux petits qui s'égaillent avec élégance à notre passage. L'arrivée sur Bajo Caracoles est meilleure que prévue. Mais il est rageant de voir que nous longeons la toute nouvelle route bitumée pendant des kilomètres alors que nous sommes dans la caillasse.

16 h 30. Arrivée à Bajo Caracoles avec une heure trente d'avance. Il faut dire que j'ai bien roulé. Ah, Bajo Caracoles... tout un poème... Au milieu de la plaine infinie dans laquelle le vent se rue avec délices, fermée à l'ouest par les lointains sommets enneigés des Andes, battue par les vents, poussiéreuse, une poignée de maisons difficilement abritées derrière quelques peupliers chétifs, des chiens qui vont et viennent d'un pas alerte, une pompe à essence, une gomeria (endroit où l'on répare les pneus), la « policia », un poste de secours, deux campings et... un tribunal administratif et « juge de paix », un ministère de l'Education culturelle... Tout cela paraît totalement incongru au premier abord - nous sommes à de nombreuses heures de piste du moindre village -, mais c'est sans compter avec les estancias parsemées sur ces millions d'hectares. La pompe à essence fait aussi hôtel. Une bâtisse plus jolie que les autres, en grosses pierres ocre-rose, de plain-pied. Les vitres des fenêtres en façade sont obscurcies d'autocollants publicitaires, un long comptoir en L, derrière lequel s'alignent, sur des étagères murales, des bouteilles, des canettes, un peu d'épicerie. Dans un coin, un home s'égosille au téléphone...

Nous prenons une chambre avec salle de bains partagée pour 140 pesos (environ 27 euros, mais nous n'avons plus que 138 pesos et de l'argent chilien. Ca fera l'affaire, seulement nous n'aurons plus un seul peso argentin lorsque nous repasserons la frontière). Nous demandons à la voir. L'hôtelier-pompiste - très aimable - nous précède dans un long couloir au sol recouvert d'une matière étrange : c'est à celui de nous trois qui fera en marchant les schlouks-schlouks les plus sonores. Il ouvre la porte n° 1 : minuscule, nous n'apercevons d'abord qu'un lit de 90 cm, puis le second. Une table de nuit entre les deux et un porte-manteau. Le bas des murs est tout cloqué, et des dégoulinures marron descendent du plafond. Il va maintenant nous montrer les salles de bains: une pour les femmes, l'autre pour les hommes. Nous repartons derrière lui, d'un pas toujours aussi discret. Les portes sont grandes ouvertes. « Aqui, damas! »... cra-cra au possible, la chasse d'eau pas tirée (et pourtant nous sommes les seuls à dormir ici ce soir), une serpillière sale en plein milieu, une odeur nauséabonde, un grand rideau de douche bien raide et collé de toute part... Pouah! « Aqui, caballeros! » Ce n'est pas mieux, la cuvette des w-c fuit par le bas et la douche est pleine d'une mousse grisâtre... Retour à la chambre. Affichée derrière la porte, une longue liste d'interdictions et d'avertissements:

si l'on quitte la chambre après 10 heures, on paie double tarif; il est interdit de cuisiner et/ou de manger dans la chambre; les animaux familiers sont interdits; il est interdit de laver du linge ou de la vaisselle dans la salle de bains; il est interdit de rentrer dans la chambre avec des vêtements et des chaussures sales (probablement pour les ouvriers du chantier de la Ruta 40); les éléments de la chambre volés ou dégradés seront facturés; la clef doit être laissée en sortant à la réception; consulter la réception pour de plus amples informations.

Nous voilà frais! 5 heures de l'après-midi, coincés ici, avec une seule envie, fuir au plus vite. Nous nous regardons et piquons un fou rire! Puis l'idée me vient de vérifier l'état des draps. Visiblement, un des lits a déjà servi puisque le drap du dessous est tout froissé et taché. Les oreillers, eux, sont très spéciaux : longs et un peu dur, genre traversin aplati entre deux portes ou récupération de canapés, d'une couleur indéfinissable, avec une taie trop courte de chaque côté. Si j'ajoute à cela qu'il n'y a pas de chauffage et qu'on se gèle, c'est complet. Au plafond, une unique ampoule diffuse une lumière de veilleuse... De mieux en mieux. Mais à quoi sert donc ce grand néon au-dessus de la fenêtre, sans interrupteur, branché à une prise près du plafond? Nous aurons l'explication plus tard: c'est une lampe de secours qui s'allumera automatiquement en cas de panne de courant. Nous décidons de faire un tour dehors, et trouvons en ouvrant la porte un chauffage électrique au fil bizarrement rafistolé avec du chatterton que l'hôtelier a apporté et que nous nous empressons d'allumer. Vent et poussière, poussière et vent, et toujours les chiens, de grands chiens aux longs poils, qui passent et repassent d'un air affairé. Nous avons réussi à avoir une lampe de chevet, le moral remonte un peu...

Dimanche 12

Nous avons bien dormi, malgré le bruit du vent. Dans le couloir, Alain rencontre la fille de la maison qui lui demande à quelle heure on veut déjeuner. Bonne nouvelle, car nous nous attendions à boire un peu d'eau froide et à avaler une tranche de Budin con frutas. Mais tout n'est pas si simple... Alors que je suis dans la salle de bains depuis deux minutes, on frappe à la porte. J'ouvre et me trouve nez à nez avec une jeune femme, hagarde, en survêtement noir, l'air de sortir de son lit. Je lui souris et lui dis que je lui laisse la place. Mais elle est déjà repartie, titubante, et a disparu dans une chambre. Peu après on entend des cris, d'homme d'abord, puis une femme – certainement la femme de l'hôtelier - passe en courant dans le couloir en criant : « Maria Elena!! Maria Elena!! » Branle-bas de combat, tout le monde s'engouffre dans la même pièce, y compris les clients du bar. Nous attendons dans notre chambre, dubitatifs, que se passe-t-il au juste?, est-ce quelqu'un de la famille, une cliente de l'hôtel? (mais nous étions les seuls hier soir). Dix minutes plus tard, nous faisons une tentative de sortie pour le déjeuner et nous rendons dans le bar... qui est fermé! Nous passons par l'extérieur, là aussi la porte est fermée. Bon... Le temps passe, puis la fille de la maison nous invite à passer dans une pièce attenante et nous apporte une panière de rondelles de pain décongelé et grillé, une portion de beurre et une autre de confiture. On n'entend plus rien, mais peu après l'ambulance du centre de secours arrive et la jeune femme repart entre deux infirmiers. Au moment de payer, l'hôtelier, toujours très aimable mais qui ne perd pas le nord pour autant, est surpris de nous voir sortir nos derniers 138 pesos argentins complétés de 225 pesos chiliens, si nous le désirons, nous pouvons tout payer en pesos chiliens, pas de problème! D'accord mais combien cela ferait-il? Et là il nous montre sa calculette: 20 000 tout ronds. Ah, eh bien non, plus d'accord, car le prix de la chambre passerait de 27 euros à plus de 33.

Nous quittons sous le ciel bleu Bajo Caracoles et sa colline pelée à la grande inscription blanche : « Dios te amo », et retrouvons la Ruta 40 en direction de Perito Moreno (le village du même nom que le glacier). La piste démarre assez bien mais devient vite mauvaise, puis très mauvaise. On a nettement l'impression de rouler dans un champ de pierres, et on ne peut dépasser 25 km/h. En compensation, elle est très belle, avec les Andes à l'horizon et la plaine que nous surplombons de virage en virage. Une quarantaine de kilomètres, plus loin, ô surprise, nous retrouvons enfin le bitume. Le paysage, entre Bajo Caracoles et Chile Chico, via Perito Moreno et Los Antiguos, est constamment superbe, et le devient encore plus lorsqu'on longe les rives de l'immense lago Buenos Aires (côté argentin) qui s'appelle General Carrera côté chilien, deuxième plus grand lac d'Amérique du Sud après le lac Titicaca, nous avait dit le Chilien rencontré sur le ferry Porvenir - Punta Arenas. C'est une véritable mer intérieure bleu intense lacérée d'écume blanche, aux creux de plusieurs mètres. Autant Perito Moreno (dont les deux cajeteros - distributeurs - étaient à sec) que Los Antiguos sont de jolis villages, très verdoyants en cette fin de printemps, aux maisons basses et colorées. Douane argentine, puis douane chilienne avec fouille en règle des bagages pour voir si nous ne passons pas fruits et légumes frais, charcuteries et laitages; les douaniers confisqueront un petit rameau et une herbe séchés...

A Chile Chico, nous prenons une chambre à la Hospederia de la Patagonia, conseillée par le Lonely Planet, juste en face de l'hospederia No me olvides, avec laquelle nous avions hésité. Les deux se trouvent dans la très longue allée de peupliers d'Italie, avant l'entrée du village quand on vient de l'Argentine. (Les Patagons adorent les peupliers, qui se plient avec grâce dans le vent violent, ils sautent apparemment sur la moindre occasion pour en planter.) L'hospederia est une belle maison basse des années cinquante au toit de tôle jaune d'or, croulant sous la végétation, appartenant, toujours selon le Lonely Planet, à des descendants de colons belges. A l'entrée, sous les arbres, un très grand bateau, dans lequel jouent des enfants. Nous ne voyons personne excepté une jeune Indienne assise sur une chaise devant la porte, qui ne nous prête absolument pas attention. Nous lui demandons s'il y a des chambres à louer, visiblement elle n'a pas l'air très claire mais nous répond quand même que « la signora est sur l'arrière ». Effectivement, elle est là (puisqu'elle se lève aussitôt en nous voyant), mais en compagnie d'une tablée de bien trente personnes, plus une vingtaine d'enfants qui jouent par petits groupes sur la pelouse et sous les arbres. On est tombé en pleine fête d'anniversaire. Par contre, de descendants de colons belges, point... Elle est avenante et nous conduit à notre chambre que nous choisissons « avec salle de bains partagée », donc moins chère (25 000 pesos, soit plus de 40 euros), mais très vite nous nous apercevons qu'elle est pressée et souhaite nous laisser au plus vite . La chambre est en partie en bois, comme toute la maison, il y a une atmosphère particulière, tout est fait à la main, chaque étagère est garnie de crânes d'animaux (pumas, cerfs, renards), ou de peaux, de nids d'oiseaux, d'outils anciens de métal, de frondes pour chasser le guanaco. Des selles de cheval sont rangées dans l'entrée. La « signora » allume vite fait un feu dans le poêle à quelques mètres de notre chambre. Mais je déchante assez vite en voyant la salle de bains, plus que limite. La douche a bien soixante ans, comme la maison, et la pomme de douche a autant de trous dessus que dessous. Le lavabo a un unique robinet d'eau froide et il n'y a pas de savon. Si le prix était deux fois moins élevé, pas de problème. Mais là, il y a de l'abus. Petit déjeuner prévu à 8 h 30 demain matin, dans la belle salle à manger, remplie, elle aussi de souvenirs.

Lundi 13

Temps superbe aujourd'hui encore. Le « desayuno », comme je m'y attendais, est limite lui aussi. Nous l'avalons vite fait, je feuillette avant de partir les livres de photos de la très grande famille nombreuse des colons belges (mais où sont donc les descendants? La maison aurait-elle été rachetée par des Chiliens?), puis nous plions bagage, direction le départ du ferry afin de réserver notre passage au départ de Puerto Ingeniero Ibanez, sur l'autre rive. Or nous apprenons que le ferry circule bien tous les jours, sauf par grand vent. Hier, par exemple, il est resté à quai. Voilà qui remet en cause tout notre programme, car nous prévoyons de redescendre sur Ushuaia en trois jours pour y être le 23. Or si le ferry reste à quai un jour, voire deux, nous raterons Noël avec Françoise et Gérard ainsi que deux jours réservés à l'avance aux cabanas del Beagle. De plus, le bureau des réservations est fermé. Nous repartons donc pour Cochrane à 188 kilomètres de là, par une piste secondaire. Le départ est royal puisque la piste, bien qu'étroite, est tellement damée qu'on la dirait bitumée sur une quarantaine de kilomètres. La suite est moins réjouissante, mais le paysage est constamment époustouflant de beauté et fait passer les difficultés au sol. La conduite reste néanmoins éprouvante, d'autant que virages serrés, montées et descentes « peligrosas » se succèdent, la plupart au-dessus de ravins sans protection aucune, ainsi que nids-de-poule (comme dit Alain il vaut mieux ne pas porter de dentiers...) et trous de toute sorte. C'est une version chilienne de la Moky Dugway, en Utah, en bien plus longue et dangereuse. Mais si l'on conduit prudemment, ce que je fais, on ne risque pas grand-chose. Il nous faudra quand même six heures pour faire les 188 kilomètres, arrêts photos - nombreux - compris.

Le lac General Carrera, d'un bleu outremer profond aussi beau que le plus turquoise des lacs glaciaires, est surplombé par les Andes enneigées et bordé d'une multitude d'églantiers en fleurs qui dégagent un parfum délicieux. Chaque kilomètre parcouru est une pure merveille et je suis tentée constamment de prendre des photos, malheureusement toujours cantonnée au 10-22 mm... Chevaux, moutons ou guanacos broutent le long de la piste. On aperçoit dans une étendue herbeuse une dizaine de gros oiseaux sombres à la tête jaune et au très long bec recourbé, des « bandurias ». Fechudal, puis Puerto Guadal où nous faisons le plein à prix d'or, 885 pesos (mais avec un pompiste extrêmement sympathique), soit le même prix qu'en France, enfin Cochrane, bourgade toute de verdure et de fleurs, notamment des rosiers. Là comme ailleurs les peupliers sont présents en nombre, mais la grande plaza, elle, est plantée de pins. Le long des rues aux maisons basses protégées souvent par des barrières de bois on retrouve les mêmes arbres taillés bas et peints en blanc jusqu'à un mètre du sol.

Toujours le Lonely Planet sous le bras, nous passons d'abord devant l'hosteria Rubio, puis devant l'hosteria Cerro al Cerro que nous choisissons, tout en bois et en plein soleil. 20 000 pesos pour une chambre avec salle de bains privée et même, pour la première fois, la télévision (que nous ne regardons jamais). Le plancher craque à chaque pas à réveiller un mort mais elle est bien agréable, au premier étage, avec une vue sur la montagne enneigée et les gouttières les plus originales qu'on ait jamais vues: un chapelet vertical de bouteilles d'eau en plastique. En bas, de même qu'à Chile Chico, un bégonia gigantea comme celui que nous avons à Paris (en bien meilleure santé que ses frères chiliens...). Ici non plus, ni savon ni serviette, on commence à se dire que pour le savon ça doit être normal, mais on demande des serviettes. Il n'y a pas d'eau chaude mais il y en aura demain matin). Le chauffage n'est pas allumé - c'est l'été - même si les soirées sont fraîches, mais nous avons quatre épaisses couvertures sur le lit plus une couette! Nous regardons le soir tomber sur la montagne qui domine Cochrane, et monter un croissant de lune dans le ciel.

Mardi 14

On est soignés aux petits oignons dans cette hosteria. Après un délicieux petit déjeuner, entre autres gâteau et confitures maison – même le lait est « maison » puisqu'il provient de vaches élevées à deux kilomètres de là - et une adresse dans la poche chez une amie de la « signora » à Caleta Tortel, nous voici repartis sur la Carreterra australe. La piste est complètement différente de celle que nous avons faite hier, d'autant que le ciel ce matin est très encombré. Le lac est gris sombre, et plus nous avançons, plus les pentes se couvrent de forêts. Nous ne comptons plus les panneaux « peligroso », à 300 mètres, à 200 mètres, à 100 mètres, etc. En fait ce sont soit des montées ou descentes vertigineuses au-dessus des ravins, or la piste est très étroite et sans parapet, soit des virages serrés, soit des travaux avec engins qui prennent la largeur du passage. Nous longeons le rio Baker, qui ne dévoile sa couleur désormais vert céladon que sous les rayons du soleil. Mais alors, quel enchantement!! Nous passons de nombreux rios, plus ou moins importants, plus ou moins furieux, entendons ici ou là chanter un coq, signe d'une présence humaine invisible, les cèdres remplacent peu à peu les langas, les églantiers ont cédé la place aux notros d'El Chaltén et la végétation commence étonnamment (du moins pour nous) à avoir des airs de végétation tropicale, y compris sur les rives du rio Baker, qui s'élargit jusqu'à ressembler au rio Usumacinto, fleuve frontière entre le Guatemala et le Mexique: même courant, même largeur, mêmes rives... Il y a des descentes et des virages qui ne doivent pas être mieux que la Shafer Trail en Utah, d'autant que les gravillons amassés ici ou là sont extrêmement dérapants. Nous croisons un peu plus de 4 x 4 qu'hier, et rares sont ceux qui freinent à notre passage. A nous de faire attention au pare-brise qui, ne l'oublions pas, a déjà trois impacts! Deux heures et demie plus tard et encore une fois de nombreux arrêts photos, nous prenons la déviation pour le village de Tortel, vingt kilomètres plus loin, ouverte seulement en 2005, dernière limite nord-sud du Chili par la route! Auparavant, tout se passait par la mer. La végétation est devenue carrément luxuriante, bambous à profusion, cascades de fuchsias à petites fleurs comme en Bretagne, immenses feuilles ressemblant mais en plus joli aux feuilles de rhubarbe et qui poussent là où il y a de l'eau. La piste est plutôt meilleure que la Carreterra australe, avec par moments de longues lignes droites qui traversent des champs de lances dressées vers le ciel.

Caleta Tortel, 512 habitants, au bout du bout, dernier poste avancé sur la mer, et le royaume du cèdre. Les voitures ne rentrent pas dans le village puisqu'il n'y a pas de route, seulement des passerelles de bois comme à Harrington Harbour, sur la Basse Côte Nord du Québec, mais ici il faut une bonne heure pour se rendre du secteur nord au secteur sud, en prenant le chemin le plus direct. Nous garons donc la voiture au milieu des nombreux 4 x 4 de toute sorte, prenons le nécessaire pour vingt-quatre heures, et passons par le petit bureau de l'office de tourisme pour savoir où se trouve la Residencia Estilo. Elle est à vingt-cinq minutes à pied. Tortel est un vrai labyrinthe, les passerelles sont doubles, voire triples, avec de multiples embranchements, et s'accrochent aux pentes abruptes qui plongent dans la mer. Au-dessous poussent de délicates petites orchidées blanches, sur de longues tiges frêles. Les oiseaux se chamaillent dans les arbres, les enfants courent d'un bout à l'autre du village et les petits bateaux rentrent de la pêche. Les maisons, souvent minuscules, sont toutes sur pilotis, nombreuses sont celles qui ont des façades et des toits en bardeaux, et sont entièrement couvertes de grosses écailles de cèdre. Un bateau-taxi fait le va-et-vient, les chiens ici encore vont et viennent, toujours sympa et câlins, et en se baladant on aperçoit même... un petit veau devant une maison! Ca alors! Mais qu'est-ce qu'il fait donc ici, où il n'y a pas d'herbe pour le nourrir??? Alain se demande s'il n'est là pour être boulotté... (En fait, nous aurons l'explication plus tard: les propriétaires de la maison l'ont ramené du « campo » parce que sa mère est morte, et le nourrissent au lait avant de la ramener au « campo ».) Tout au bout des passerelles on arrive sur une plage, déserte et froide, plutôt du genre marécageuse, qui n'engage pas à mettre le pied dans l'eau. D'ailleurs un écriteau précise bien qu'il n'est pas conseillé de se baigner. Tiens donc, on aurait cru le contraire! Le temps se couvre de plus en plus et se découvre de moins en moins souvent... Trois heures plus tard nous rentrons nous chauffer mais la maison est maintenant vide et le poêle éteint. Nous nous installons à une petite table de la salle à manger, avec vue sur la mer, en contrebas, du même beau vert céladon que le rio Baker. Des oiseaux volent d'arbre en arbre, des espèces de gros merles bruns à bec jaune, aux grands yeux ronds étonnés. Tortel n'a pas le téléphone mais la radio. Régulièrement on entend des messages passés depuis l'autre bout du village. L'électricité, elle, est capricieuse; il n'y en avait pas depuis ce matin paraît-il, mais elle est revenue vers les 18 heures. La « signora » est rentrée de la bibliothèque où elle avait été consulter Internet et a mis un premier chauffage au gaz en route, puis s'est occupée de rallumer le poêle à bois. Elle s'occupe maintenant de faire le repas (6 000 pesos par personne): salade de coquillages et saumon puisque Alain ne mange pas de viande. Il y a deux Chiliens arrivés en fin d'après-midi qui dîneront aussi ici.

20 heures. Le repas est prêt. La salade de coquillages (grosses moules et churros) me degoûte pas mal; pas les moules, mais les churros, qui sont de gros machins tarabiscotés hyper caoutchouteux, avec une grosse poche marron... Je rajoute de l'huile, du citron, du sel, je mâche et remâche ça comme du chewing_gum. Un passe, puis deux, puis trois et Alain me sauve du désastre en finissant mon assiette! Les Chiliens, eux, plus prudents, n'en ont pas pris. Le saumon est bien meilleur, accompagné d'un peu de purée et d'une salade.

Mercredi 15

Apparemment, les Chiliens ont changé de chambre en cours de nuit. Il faut dire que les matelas ne sont pas de la première jeunesse. Mais Javier Pinella est tellement gentille que pour nous, ça passe. Dans la salle de bains une fermeture originale pour la fenêtre: un petit tube de métal récupéré sur un ancien verrou et un gros clou rouillé et tordu. Si on enlève le clou du tube, la fenêtre se relève toute seule. Ensuite on se débrouille comme on peut pour réenfiler le clou... Petit déjeuner avec vue sur le fjord ensoleillé et les passerelles au-dessous. Nous n'avons pas eu de chance les quinze premiers jours, mais depuis El Calafate c'est vraiment l'inverse, car nous traversons des régions où il pleut normalement tout le temps. Je me posais la question de savoir où les jeunes allaient au lycée et comment ils faisaient avant l'ouverture de la piste (pardon, de la Carreterra! Javier Pinella ne comprenait pas de quoi on parlait en disant « la piste »). En fait, contrairement à ce qu'écrit le Lonely Planet, elle a été ouverte en 2002. Il y a à deux kilomètres du village un centre d'école primaire, mais les jeunes lycéens vont à Cochrane (à 122 km) ou plus au nord. Auparavant, un bateau faisait la navette entre Vagabundo, à de nombreux kilomètres au nord, et Tortel. Tout devait être terriblement compliqué.

En une demi-heure nous sommes au parking (il faut une bonne heure pour parcourir le village d'un bout à l'autre) où nous rangeons à nouveau les sacs et quittons Tortel vers les 10 heures.

Cochrane. Il fait beau et carrément chaud. Nous changeons des euros, faisons quelques courses et prenons de l'essence, puis repartons pour Puerto Tranquillo. Les rios succèdent aux arroyos, le rio en contrebas est d'un bleu extraordinaire, une couleur que nous n'avons jamais vue, même au Canada. A la jonction sud du lac General Carrera, nous prenons cette fois à gauche en direction de Coiyaque. Les paysages sont tout aussi époustouflants que sur l'autre rive, une pure merveille! Nous croisons, comme chaque jour, un ou deux gauchos, béret rouge sur la tête et deux ou trois petits chiens aux trousses du cheval, voire une gauchotte. Le lac bleu indigo est bordé de montagnes enneigées, parsemé d'îlots plus ou moins grands, les massifs de lupins jaunes ont remplacés les églantiers et recouvrent la moindre parcelle de terre, dégageant un parfum entêtant. Nous ne regrettons pas les nids-de-poule, les trous et la caillasse qui pourtant nous secouent comme des noix. Au loin, du côté de Puerto Tranquillo, le temps se gâte, il pleut. Nous avons beaucoup hésité à faire une halte dans ce village, à cause de ce qu'en disait le Lonely Planet, mais la distance supplémentaire pour atteindre Villa Cerro Castillo était beaucoup trop importante. Des heures de piste supplémentaire, aussi mauvaise, était pour moi insurmontable. En fait, Puerto Tranquillo s'étend le long de la berge, envahie lui aussi par les grands lupins jaunes odorants. Le cadre est magnifique!! Et l'hôtel, qui était si mal décrit dans le Lonely Planet, se révèle pas du tout vieillot et idéalement situé. Notre chambre est grande et belle, en rotonde, avec une avancée, et donne de tous les côtés sur le lac agité et les montagnes. Mais malgré le prix (30 000 pesos, soit 50 euros la nuit), ici comme ailleurs, il faut réclamer les « toallas » (serviettes) et, vu le prix, nous réclamons aussi le « jabon » (savon). Quelle n'est pas notre surprise, tout à coup, de voir par les baies vitrées le pompiste de Puerto Guadal servir l'essence aux pompes au-dessous! Et ça ne désemplit pas, on ne dirait pas qu'on est si isolés. En attendant, il fait celui qui ne nous reconnaît pas...

Jeudi 16

Nous qui croyions bien dormir, dans le lit moelleux à souhait et bercés par le bruit de la pluie sur la tôle, c'était sans compter avec les multiples gouttières qui tombaient de pan de toit en pan de toit. On aurait dit vingt personnes tapant avec de petits marteaux sur le métal. J'ai été réveillée au moins dix fois. Dommage, parce qu'on était vraiment bien en s'endormant, sous la couette si douce et avec la vue sur le lac... Bon petit déjeuner très attentionné, avec entre autres du pain de Pâques que l'on voit partout depuis qu'on est au Chili mais que nous n'avons jamais goûté. C'est un gros pain-gâteau sucré avec de nombreux fruits secs et confits. Avant de partir, nous refaisons le plein, je dis au pompiste qu'on l'a vu à Puerto Guadal et il me répond laconiquement: « Oui, et aujourd'hui c'est ici. » Bon...

Il pleut, donc. Au revoir ciel bleu et soleil, montagnes étincelantes et eaux bleu pétrole. Un voile blanc recouvre l'horizon proche, on ne sait où sont les sommets ni même s'il y en a. La Carreterra australe est mauvaise et glissante à souhait, une vraie planche savonnée, et ça ne fait qu'empirer au fil des kilomètres. Il est impossible d'éviter les innombrables trous, de plus en plus gros, de plus en plus profonds, la pluie qui redouble transforme certains passages en vrai bourbier. Quelquefois, on se croirait sur les pistes de bentonite de l'Ouest américain lorsqu'elles sont détrempées. Je conduis lentement, et ne dépasse pas les 40 km/h. Mais cela ne nous empêche pas d'admirer les lupins qui de jaunes sont passés au bleu profond. De grands lupins magnifiques, qu'encore une fois on croirait semés, mêlés par endroits de rose et de blanc, qui tapissent les bas-côtés ou envahissent des prairies entières et les berges des rios. Les bambous sont de retour, un arbuste aux fleurs orange vif a fait son apparition, on retrouve les arbres immenses de la piste de Tortel, des descendants de la forêt primaire et d'autres aux moignons noircis qui pointent au milieu de l'herbe vert tendre. Un petit air de végétation tropicale alors qu'à quelques jours de l'été il ne fait que 10°, et que la neige est là, tout près.

Nous faisons le détour par Puerto Ingeniero Ibanez afin de réserver notre passage sur le bateau pour le 18. Le village de 3 000 habitants a été rayé de la carte en 1991 suite à l'éruption du volcan Hudson, mais s'est reconstruit depuis. Les réservations se font à la Residencial Marcial, qui rouvre à 15 heures. Et là, tuile des tuiles, nous apprenons qu'il n'y a aucune place disponible pour la voiture avant le 23 décembre, jour de notre arrivée à Ushuaia à 1800 kilomètres d'ici! Nous voilà coincés au Chili! Nous demandons à l'homme qui fait les réservations si la piste d'une centaine de kilomètres qui passe par la montagne, marquée d'un seul trait vert (donc moins bonne que la Carreterra australe, verte doublée de blanc) avec à son sommet un passage en jaune, donc franchement pas bon, est passable avec une Corsa. Il nous répond d'aller demander l'avis des carabinieros. Eux font la grimace et nous déconseillent fortement de passer le col avec une petite voiture, un 4 x 4 d'après eux étant indispensable. Ils ont une solution: faire tout le tour du lac General Carrera, ce que nous venons justement de faire depuis plusieurs jours... Le moral est en berne. Mais lorsqu'ils apprennent par où nous sommes passés et que nous avons derrière nous 1500 kilomètres de ripio dont une grande partie mauvaise, voire très mauvaise, ils changent d'avis et pensent que c'est jouable. Quant à l'idée d'Alain, passer par les pistes du nord à partir de la ville de Coyhaique, ce serait des centaines de kilomètres supplémentaires... Nous décidons de tenter la montagne samedi et en attendant filons sur Coyhaique, à 116 kilomètres au nord. Le paysage a changé du tout au tout. Il est maintenant volcanique, avec de longs cônes basaltiques qui accrochent les nuages, luisants et noirs sous la pluie ininterrompue. Tout est très vert et a un petit air de pays Basque, il y a même des moutons dodus, tout ronds avec leur épaisse toison laineuse sur le dos. Plus on se rapproche de Coyhaique (45 000 habitants), plus la circulation augmente, et pour nous qui n'avons croisé depuis plus de trois semaines que quelques rares voitures, c'est l'overdose. Nous faisons confiance au Lonely Planet et prenons une chambre à la residencial Monica. L'accueil est aimable, la maison pleine de coins et de recoins pas vraiment enthousiasmants, et la chambre sent le renfermé à tomber. Nous nous empressons d'ouvrir les fenêtres même si le fond de l'air est plus que frais. Toujours pas de serviette dans la salle de bains, ni de savon bien sûr. Je me demande pourquoi est toujours accroché dans la douche des residenciales le même antique porte-savons pour famille nombreuse, d'au moins trente centimètres de haut et rouillé de la tête aux pieds. La chambre est triste à souhait, bleu foncé et marron, avec tout un tas de vieilleries, une ampoule de 10 watts au plafond et une lampe de chevet de 5. Alain prend un morceau de Sopalin, grimpe sur le lit et enlève les fils d'araignée qui pendent ici et là. D'ailleurs, ça sent son araignée à plein nez, ici... En attendant je vais chercher des serviettes que s'empressent de me fournir le propriétaire, très aimable lui aussi. Je remonte avec deux grandes serviettes blanches trouées et déchirées, mais elles feront l'affaire. Un tour au supermercado Unimarc, où je retrouve enfin mes pralines aux amandes (appelées « Garrapinadas almendras » dans le sud du Chili et « Almendras confitas » ici, ce qui explique que personne ne connaisse depuis un moment le mot « Garrapinadas »). Nos repas du soir ne sont pas variés (quant à ceux du midi ils sont inexistants): avocats, tomates, maïs, coeur de palmiers, thon, olives noires, citron, mayonnaise Lesieur rapportée de Paris. Je commence à sérieusement saturer...

Vendredi 17

Nuit blanche ou quasi. A 4 heures je ne dormais toujours pas, tournant et retournant dans ce mauvais lit. Le matelas devait avoir l'âge des propriétaires qui, eux, étaient à la retraite. En plus le sommier était trop court, j'avais les doigts de pied recroquevillés dans le fond. Les couvertures m'arrivaient sous les bras, mais dès que je tirais dessus pour les remonter, mes orteils se pliaient en huit. On avait vingt kilos sur le dos – trois grosses couvertures plus une couette – et moi qui n'aime pas ça... Mais le froid dans la chambre était vif. Bref, si on ajoute l'odeur entêtante de moisi et de renfermé, le cocktail était prêt pour une nuit totalement blanche. Un chien s'est égosillé toute la nuit et a fini par réveillé le coq juste au-dessous de nos fenêtres, à 4 heures tapantes, qui lui-même a réveillé ses potes du voisinage! C'était complet!!

A 8 heures, j'ouvre un œil... Je prends une douche dans la salle de bains glaciale, puis nous descendons pour le petit déjeuner qu'au moins nous espérons bon. Eh bien c'est complètement raté! La salle à manger est encore plus triste que le reste, si c 'est possible, sans fenêtre, avec toujours la collection de vieilleries. Un homme seul est en train de boire son café. C'est sinistre... Trois petits pains infects, un peu de beurre, jambon et fromage mais pas de confiture ni de lait. Moi j'ai toujours du mal à démarrer la journée avec des sandwichs... et la confiture (que je ne mange qu'en voyage) me manque. Nous expédions notre thé en moins de deux et nous précipitons à la voiture.

La situation risquant de se reproduire à Puerto Ingeniero Ibáñez où il n'y a rien, nous décidons de rester à Coihaique et d'aller à l'hôtel Espagnol, hors de pris (plus de 60 euros), mais où il y a chauffage, bon lit, WiFi et le reste. Si les residenciales étaient à 10 euros, pas de problème, mais à 33, ça ne passe pas.

Nous retenons la chambre, montons nos bagages et repartons pour Puerto Aysén. La route est, là encore, superbe. Les grands lupins bleus ont tout envahi: les prairies, les berges du río, les pans de montagne. L'espèce, comme la jaune, est invasive, mais quel bonheur pour les yeux, et les rayons d'un soleil capricieux en avivent encore les couleurs!! Nous traversons un véritable jardin. L'herbe vert tendre est rase. De chaque côté de la route, d'immenses parois verticales noires recouvertes en partie de feuillus, d'énormes cônes cylindriques qui sont autant d'anciennes cheminées de volcans. On se croirait à Zion.

Retour à Coihaique et à la plaza des Armas (les zocalos mexicains). Depuis Porvenir, on sent au Chili l'omniprésence de l'armée y compris dans le moindre petit village. Les rues sont toutes dédiées au sergent Untel ou au colonel Machin, il y a toujours la statue d'un général qui trône en bonne place, les casernes occupent le terrain, les militaires vont et viennent d'un air affairé. L'hôtel Espagnol change du tout au tout par rapport à hier soir, même si la fenêtre donne sur le couloir, que le tissu de la chaise de style est complètement déchiré et qu'il y a une grosse tache d'humidité noirâtre à l'aplomb de la tête de lit. Mais le reste est parfait, notamment le lit qui est excellent. Il y a des salons partout avec de profonds et beaux canapés et tout ce qui va avec. Je prends une douche, lave un peu de linge dans le lavabo dont le bruit de la tuyauterie alerte tout le monde de la cave au grenier et poursuis le carnet. Demain matin il faudra partir de bonne heure pour avaler les 116 km qui nous séparent de Puerto Ingeniero Ibáñez et emprunter la piste de montagne de 100 km pour passer la frontière.

Samedi 18

Enfin une bonne nuit, veillés par le petit Père Noël... En ouvrant l'œil, je vois par un fenestrou près du plafond que le ciel est gris et qu'il pleuviote. Déjeuner avec œufs brouillés, miel, yaourts, jus de fruits, etc., dans un décor cent pour cent décoration de Noël. Nous réglons la chambre (dont le prix est assez original en plus d'être élevé: 42 650 pesos...) et chargeons les bagages dans la Corsa recouverte de terre marron-rouge, qui est restée en exposition devant l’hôtel… Nous n’avions pas vu qu’il y avait un parking sur l’arrière, encombré de 4 x 4 rutilants.

Route de Puerto Ingeniero Ibáñez. Les couleurs sont devenues ternes sous le ciel chargé et les sommets se cachent dans les nuages, mais nous pouvons encore admirer les longues aiguilles de lave qui dominent Coihaique. La route suit longtemps un río et se glisse entre des flancs escarpés sur lesquels s'accrochent des forêts de langas. Un gaucho chevauche tranquillement, emmitouflé dans son poncho de laine, accompagné de ses chiens. Plus on descend vers le sud plus la végétation se fait rare, et les reliefs se couvrent d'éboulis qui descendent jusqu'au milieu de la chaussée. Heureusement qu'il y a peu de circulation car il faut naviguer d'un côté à l'autre pour les éviter. La pluie maintenant se transforme en neige, il fait 4,5 °. Régulièrement aussi le bitume est remplacé par des pavés autobloquants, dans les endroits où les déformations sont trop importantes et continuelles.

Puerto Ingeniero Ibáñez, casa des carabineros. Les formalités sont vite expédiées. Le douanier/carabinero rit quand je lui demande si la piste est bonne... Effectivement, pendant une bonne vingtaine de kilomètres, soit jusqu'à la frontière, ce ne sont que caillasse, trous, rochers affleurants, pentes raides avec virages serrés, piste étroite et dérapante. Mais il y a aussi des portions de pavés autobloquants, bien agréables pour reposer les mandibules! Et puis on aperçoit le lac en contrebas, turquoise lorsqu’un fugitif rayon de soleil se pose à la surface, et les Andes enneigées en arrière-plan. La piste continue de dominer le lac… Les montagnes chiliennes faisant barrage à la pluie, on se retrouve peu à peu en plein désert. Les collines arides moutonnent à l'infini, de temps en temps, le long d'un arroyo, des peupliers d'Italie signalent la présence d'une estancia. A la fin d'une longue descente sablonneuse, nous arrivons enfin à la douane argentine qui a des allures de désert des Tartares. Perdue au milieu de nulle part, les douaniers attendent la prise qui les sortira de l'ennui. Nous avons droit à une fouille en règle de la voiture, tout y passe: la batterie du Canon et le second objectif sont secoués consciencieusement, la carte-mémoire est sortie de son étui et regardée sous toutes les coutures, les jumelles et le petit disque dur nomade également. La lessive est reniflée avec application, et tout à l'avenant. Le Canon semble intéresser grandement un des deux douaniers qui n'arrête pas de répéter « Canon, Canon », et finit par retourner à l'intérieur - où se trouve Alain - pour signaler à ses collègues la présence d' « un appareil photo Canon ». Mais ils s'en fichent royalement et lui disent de laisser tomber. Tout est OK, la prise du siècle ne sera pas encore pour cette fois. Un douanier lève la barrière: à une de ses extrémités, une grosse pierre, à l'autre une corde. Le douanier décroche la corde, la pierre touche le sol, la barrière est verticale. Lorsqu'on est passés, il tire sur la corde, la barrière revient à l'horizontale, il raccroche la corde et le tour est joué. En attendant ils ne cherchaient pas de fruits et de légumes, car j'avais oublié de finir le lait, ils l'ont vu, j'ai fait l'innocente et leur ai demandé si c'était « prohibido », et ils m'ont répondu que je n'avais qu'à le terminer en route. Ça alors! A un précedent passage de frontière un douanier avait hésité à confisquer le lait en boîte! Heureusement que sa collègue était un peu moins stupide! Côté argentin la piste a des allures de Ruta 40. Toujours le désert, toujours les rares estancias. Depuis très longtemps, la voiture a perdu sa couleur blanche, elle est marron foncé jusqu'en haut des vitres. Comme on ne voit jamais de station de lavage, on a acheté deux éponges en prévision du cours d'eau providentiellement accessible. Eh bien il est là, juste au-dessous du remblai, sur la gauche de la piste. Nous sortons les deux Tupperware, achetés en arrivant (toujours très utiles en voyage), qui vont nous servir de bassine et lavons la voiture. On se dit que le premier qui passera nous prendra pour des fous, et tiens, quand on parle du loup..., voilà un camion qui arrive! Deux petits coups de klaxon pour nous dire bonjour et il s'éloigne dans un panache de poussière. Vingt minutes plus tard, on ne reconnaît plus la Corsa!!

Perito Moreno. A l'aller, un dimanche matin sous le soleil, le gros village était animé et pimpant. Aujourd'hui, samedi en fin d'après-midi sous le ciel gris, il est mortissime. Nous allons à l'office du tourisme chercher une liste de l'alojamiento (des logements) et partons pour l'Americano puisqu'il y a apparemment une chambre de libre. Curieusement, lorsque nous arrivons, un jeune a l'air un peu débile, sans même nous rendre notre bonjour nous dit d'un air désagréable que tout est complet... Bon... retour à l'office de tourisme; nous voilà ensuite repartis pour le Belgrano, cette fois; la chambre y coûte 240 pesos, soit 50 euros, pour un hôtel très très moyen. Le village compte un nombre certain d'hôtels restaurants dus à la proximité de la « Cueva de las Manos », la grotte des mains. Il nous aurait fallu un jour supplémentaire ici - seize kilomètres d'une mauvaise piste plus deux heures de marche aller - et nous n'avons plus le temps. C'est un peu dommage car les peintures datent pour le premier groupe dit « Stylistique A » de treize mille ans – elles se distinguent par la chasse aux guanacos – alors que le second groupe date de neuf mille cinq cents ans et comporte un très grand nombre de mains, au milieu desquelles se sont égarées des empreintes de pattes de nandus. Nous prenons un chocolat et un thé dans la salle de restaurant. Tout est calme et tranquille lorsque du fond de la salle arrive une espèce d'énorme type qui allume la télévision, le son au maximum, puis s'affale sur une chaise. Il fallait s'y attendre, il regarde une émission de variétés de la pire espèce. C'est le mari de l'hôtelière, pas étonnant qu'elle ait l'air si triste avec un gus pareil...

Nous pensions manger une pizza dans un petit restaurant mais il est fermé ce soir. Je me contenterai d'une boîte de thon et de maïs et Alain de chips et de mandarines...

Dimanche 19

La salle de bains est très particulière: elle est tellement petite qu'il faut s'asseoir en travers sur les w-c, qui s'avancent dans la douche. Le problème, c'est que la douche fait exactement quarante-cinq centimètres de côté, que le rideau est trop court et que se laver là-dedans relève de l'exploit. Le rideau se colle au corps et l'eau inonde le sol. Mais c'est apparemment prévu pour, puisqu'il y a un écoulement. Ajouté à cela que les robinets du lavabo fuient et que la minuscule fenêtre, de métal peint en gris, est rouillée... La moquette est sale dans le renfoncement de la fenêtre qui laisse passer tout le vent d'Ouest, et le papier déchiré. On n'avait rien vu, hier...

Pain rassis et grillé au petit déjeuner et le thé au lait est à l'espagnol, c'est-à-dire du lait au thé. Nous ne nous éternisons pas, prenons nos sacs et allons payer. Au comptoir, le gros tas d'hier est en train de feuilleter un magazine en léchant consciencieusement son gros doigt à chaque page. Nous lui disons bonjour, il ne nous regarde pas et ne nous répond pas. Sourd et muet, probablement. A côté de lui, sa belle-mère, cent ans minimum et totalement handicapée, ne nous voit pas non plus. Une minute passe, puis deux. Alain me dit : « Apparemment, la chambre est gratuite. » On est sur le point de partir quand la vieille dame a l'air de se réveiller. Elle a toutes les peines du monde à se mouvoir, mais son gendre se contente de lui jeter un regard de travers, excédé et méprisant, de temps en temps, tout en continuant à lécher son doigt. C'est un véritable rustre!!!

Quatre cent cinquante kilomètres avant destination, sur l'Atlantique, à Puerto Deseado. Passer du Chili verdoyant et splendide à la steppe grise et poussiéreuse de l'Argentine est ardu. Nous nous retrouvons au point de départ: steppe à droite, steppe à gauche, horizon rectiligne. Entre Las Heras et Pico Truncado, des puits de pétrole – les gros criquets de métal qui, ici, comme au Nouveau-Mexique, picorent le sol poussiéreux –, des forêts de poteaux électriques et piquets en tout genre, et surtout, autour de ces deux villes, des dizaines de milliers de sac en plastique qui se sont accrochés au moindre brin d'herbe de la steppe, à perte de vue, recouvrant absolument tout, du moins pour ceux qui ont réussi à sauter les clôtures. C'est inimaginable! Nous faisons un tour dans Las Heras, « histoire de voir ». Des graphs, beaucoup de graphs qui courent sur les murs, sautent d'une maison à l'autre... Pas de merveilles, mais une explosion de couleurs dans cet environnement désolé que le vent fouille dans ses moindres recoins. Du soleil et du ciel bleu sur le béton.

Un quadrillage, comme toujours, des rues larges, et une alternance de maisons misérables, véritables taudis pour certaines, et de maisons pimpantes et colorées, avec de gros bergers allemands, pas vraiment sympathiques, derrière de hauts grillages. Ici ou là une « carniceria » (boucherie), un minimercado, une « gomeria » (endroit où l’on répare les pneus), une ancienne (?) « panificadora » (une boulangerie)…

Un dinosaure très kitsch à l’entrée de Pico Truncado, la jumelle pétrolière de Las Heras que nous éviterons cette fois, puis ensuite tout disparaît, et les choses reprennent leur aspect normal à Fitz Roy (ciudad), où nous prenons de l'essence. Je ne sais pas pourquoi, je sens qu'ici encore, on va essayer de nous rouler. Et ça ne manque pas. A peine le pompiste a-t-il la clef du réservoir en main qu'il y a déjà enfourné la pompe du « podium XXL » (l'essence la plus chère, bien sûr), qui est à 3,90 pesos au lieu de 3,26, tandis qu'un gros type qui a l'air d'être le patron se colle devant la pompe pour qu'on ne puisse rien voir. En une fraction de seconde je suis dehors et lui dis que nous voulons du super. « Mais pourquoi? Ca c'est bien meilleur! » Le temps que je m'énerve et que je lui dise que non, pour cette voiture le super est très bien, qu'il fasse celui qui ne comprend pas pourquoi je n'en veux pas, etc., le pompiste, lui, a rempli le réservoir... Il faut toujours faire très attention quand on prend de l'essence, car apparemment le touriste est un mets de choix!

Puerto Deseado. Je croyais que la route qui y mène, de 126 km, était bordée de falaises rouges, du moins c'est ce que j'avais lu sur un carnet de voyage trouvé sur Internet. En fait c'est une ligne droite de 120 km, qui traverse un paysage aussi plat que la main. Le plus beau, dans la steppe, ce n'est pas le sol, mais le ciel. Un ciel immense, avec des nuages moins variés qu'au-dessus des Andes, mais tout de même fascinants. Les derniers kilomètres escaladent de petites collines, tournent et virent. Un peu avant d’arriver, sur la hauteur, l'armée, encore et toujours, omniprésente au Chili et en Argentine. Un régiment et tous les baraquements – très pimpants – pour l'abriter. Puis, en descendant vers la mer, le bourg et le port, où se serrent les uns contre les autres cinq gros bateaux rouges. Il y a la fête foraine, manège et karaoké, et une foule incroyable de jeunes, dont beaucoup d'Indiens, qui déambulent dans les rues par petits groupes. Certains partagent du maté à la paille dans leur timbale, assis sur le trottoir. Ici et là, des affiches rappellent qu'il y a trois ans un jeune boxeur, Jesús López, a été assassiné et que ce meurtre est à ce jour resté impuni. www.youtube.com/watch?v=IDhsQ-S34Nk

Nous finissons par atterrir à Los Acantalidos, avec balcon et vue sur la mer. Nous sommes les seuls clients de l'hôtel, à deux jours de l'été. Et nous avons fait le tour de tous les autres, pas de clients non plus. Mais ici c'est très bien, des gens très aimables, et dans la chambre (pour trois personnes) téléphone (pour la première fois), télévision, Internet; dans la salle de bains, serviette, savon, shampooing et sèche-cheveux. Plus chauffage, chose rarissime!

A la confiteria de l'hôtel, je mange de l'excellente viande. Coucher de soleil magnifique, orangé, avec, sur fond de nuage noir, des draperies de pluie rose qui ne touchaient pas terre, balayées par la force du vent.

Lundi 20

Impossible d'enrouler le store, Alain a apparemment mis trop d'entrain hier soir à le dérouler, mais nous devinons qu'il fait beau. Le petit déjeuner buffet est royal, avec de délicieux gâteaux maison et la vue sur la mer en prime. Apparemment, la confiteria est le matin le rendez-vous de tous les notables du coin, des « Don » ceci et cela, dans les soixante-dix ans. C'est à celui qui aura le plus gros 4 x 4, avec le plus gros pare-chocs... Comme nous avons décidé de rester une nuit supplémentaire et que la chambre que nous occupons était réservée, on nous propose à la place une chambre de deux, juste à côté. Nous passons à la banque de Patagonie changer des euros (à 5,17). Un vigile armé le long d'un mur et à côté de lui une espèce de haute guérite blindée en métal gris mais extrêmement étroite, à laquelle on accède par deux hautes marches, avec une minuscule vitre, certainement blindée. A l'intérieur, un homme est assis et rit au téléphone. Il a l'air parfaitement à l'aise, prisonnier de ce coffre-fort de trois mètres de haut qui ferait tourner de l'œil rien qu'en le regardant n'importe quel claustrophobe...

Nous allons au port nous renseigner pour une sortie en zodiac l'après-midi, de deux heures et demie, afin de voir une pingüinera, aux « Darwin expediciones », installées dans un chalet de bois. Nous n’avons pas pris la sortie en mer d’une journée (350 pesos par personne) pour aller chez ces très étonnants manchots punks aux sourcils jaunes et à la huppe noire, les gorfous sauteurs (Eudyptes chrysocome), car la mer est très agitée et passer trois heures aller-retour à faire du trempoline en zodiac, éclaboussés par les vagues, ne nous a pas tentés plus que ça…

Aux « Darwin expediciones », nous rencontrons un couple italo-argentin qui vit à Paris, avec leur fiston de neuf ans. Tout le monde est très sympa. Le prix de la sortie est passé en vingt-quatre heures de 150 pesos à 180... Il faut être six pour partir et nous ne sommes que cinq, donc ils ont trouvé l'astuce pour rentrer dans leurs frais. En attendant 15 heures, nous suivons le TrailBlazer des gens que nous venons de rencontrer sur une piste qui mène au « cañon » de Costa Negra. Petite balade d'une heure, chacun de son côté, dans un décor aride malgré la proximité de la mer, mosaïque de terre ocre sur laquelle blanchissent les os de quelques animaux malchanceux, lagune bleu-vert, soleil de plomb.

14 h 30, retour à l’embarcadère pour le départ à 15 heures. A 15 h 30, on est toujours à quai. Nous apprenons que désormais nous ne serons plus cinq mais onze, un groupe ayant téléphoné pour réserver. 15 h 45, ils arrivent, en short, tongues et T-shirt, alors que le vent est toujours violent et que sur l’eau la température ressentie est souvent glaciale. Mais alors, quid de l’augmentation de 30 € qui nous a été demandée pour compenser la personne manquante ? Eh bien ça ne change rien. Empochés c’est gagné ! Bienvenue au pigeon étranger, espèce fort répandue en Argentine et au Chili.

Par chance il fait étonnamment chaud aujourd'hui, que se passe-t-il? Près de 30 °C! Le temps idéal pour passer quelques heures sur l’eau. Le pilote guide est très sympa, il n’en fait pas des tonnes comme cela arrive malheureusement souvent (j’ai le souvenir d’une sortie en zodiac dans le magnifique archipel de Mingan, au Québec, complètement gâchée par des commentaires stupides et ininterrompus). Nous longeons la côte et allons d'île en île: celle des cormorans gris aux grands yeux orange vif (cormoran de Gaimard – Phalacrocorax gaimardi), qui voisinent avec les cormorans noirs (cormoran impérial – Phalacrocorax atriceps). Il va sans dire combien je suis to-ta-le-ment frustrée de n'avoir que le grand angulaire!!! Le zodiac bouge dans tous les sens et les embruns éclaboussent les objectifs…

Nous laissons les falaises cuivrées aux longs stalactites de guano et continuons à remonter le bras de mer à l’abri du gros des vagues, vers les lions de mer, de tous les âges et de toutes les couleurs. Deux dauphins, joueurs et surtout farceurs, s’amusent avec le zodiac. Ils arrivent droit sous le bateau, tout le monde se précipitent sur le bord opposé pour les voir passer, et il n'y a jamais personne..., ils ont fait demi-tour ! Mais je finis par les prendre dans les filets de l’objectif.

Le clou de cette sortie en mer est le débarquement à la pingüinera, une petite île où nidifient une foule de manchots de Magellan (en espagnol on dit pingüino, mais ce sont en réalité des manchots, les pingouins étant en Arctique). Ils sont vraiment trop mignons! Dans les quarante centimètres de haut, là encore il y a beaucoup de juvéniles, voire de gros bébés de six mois, petites boules de peluche grise. Ils sont très drôles lorsqu'ils marchent d'un air pressé en file indienne, en se dandinant, droits comme des « i ». Je réussis à les approcher à deux mètres, très lentement, avec des ruses de sioux, assise par terre ou à genoux. La lumière est très belle à cette heure de la journée, l'air est tiède et le silence troublé simplement par un appel de loin en loin. Les algues vert intense recouvrent la grève par endroits et contrastent avec l'eau turquoise. Au bout d'une heure tout le monde remonte dans le zodiac. Le vent qui s'est levé nous jette à plusieurs reprises des paquets d'embruns au visage et n'épargne pas les appareils. C'est la catastrophe, le mien est couvert de sel!

Les sternes, ces si gracieuses hirondelles de mer, nous accompagnent un temps, sans perdre de vue que le garde-manger se trouve au-dessous d'elles. Elles ont presque toutes un petit poisson dans le bec. Lorsque nous rejoignons le quai, le temps a complètement changé, on ne distingue plus la ligne d'horizon, tout est mêlé, ciel et terre, dans une même brume gris orangé, très spectaculaire, mi-vent de sable mi-fumée rugeoyante d’incendie. Le temps de faire un tour en « ville » acheter des garapinadas (pralines aux amandes), les rafales ont encore forci et se sont chargées de sable. Nous nous engouffrons dans l'hôtel, enfin à l'abri, la peau brûlée et desséchée. Repas comme hier soir à la confiteria. Pendant ce temps le ciel reprend peu à peu des couleurs, et plus tard nous assistons encore une fois à un coucher de soleil somptueux sous les altocumulus.

Nous sommes en contact quotidiennement avec Françoise et Gérard depuis qu'ils ont débarqué (au sens propre) à Buenos Aires, il y a seulement quelques jours, après plus d'un mois en mer. Ce soir, ils nous disent que les rafales de vent les ont empêchés de rouler normalement et qu'ils ont failli se renverser. La semaine dernière, un Allemand s'est retourné avec sa cellule par une rafale à 200 kilomètre/heure! On espère quand même les voir demain sur la route, car on se rapproche de plus en plus. J'ai l'impression que la baie vitrée va être arrachée, quant au circuit d'aération de la salle de bains et de la chambre, le vent qui s'engouffre à l'intérieur fait un bruit de réacteur de 747! Il paraît que la spécialité de Puerto Deseado est le très très grand vent... Mardi 21

Le vent s'est déchaîné toute la nuit et a chassé les nuages. Grand beau temps donc, et température très douce. Avant de partir, je n’oublie pas de photographier le Père Noël ! Autant au Chili qu’en Argentine, ils sont souvent beaucoup plus beaux que celui qu’on connaît en France, avec sa robe de chambre rouge… Aujourd'hui, nous espérons bien voir sur la route Françoise et Gérard. D'après nos calculs nous devrions arriver à peu près en même temps à la jonction de la Ruta 3. Nous prenons de l'essence à Petrobras, qui comprend un locutorio, où je tente une énième fois de téléphoner en France avec la carte Hable Mas achetée à Buenos Aires et... qui ne fonctionne apparemment que là-bas. La route de 126 km est toujours aussi rectiligne que l'horizon. Pas une herbe dans la steppe, pas un animal non plus. Dans le ciel, de beaux nuages de type Ouest américain. Le vent chahute la voiture et je suis cramponnée au volant comme depuis le début du voyage. Arrivés à la Ruta 3, personne en provenance de Comodoro Rivadavia. Nous tournons à gauche pour Puerto San Julián à environ 260 km plus au sud. Pendant longtemps, alors qu'aucun virage ne vient briser la monotonie de la ligne droite (et sur toute une partie en ligne continue, ce qui est un comble!), le paysage est plat et gris au plus loin que porte le regard, balayé par un vent d'ouest qui souffle en violentes rafales, très déstabilisantes pour la voiture. Puis peu à peu, à une centaine de kilomètres de Puerto San Julián, les couleurs apparaissent sous la toison de petites touffes épineuses que broutent des guanacos de plus en plus nombreux. Une harde traverse la route dans un virage et s'envole par-dessus la clôture au passage de la voiture. (Ces clôtures qui, depuis notre arrivée, nous surprennent par leur longueur. Un piquet tous les dix mètres, un plus fin tous les mètres sur quatre rangées de fil de fer. Et cela sur des millions d'hectares... Un ennui mortel nous assaille rien que de penser au travail que cela représente.) Mais ces guanacos imprudents, voire casse-cou, ne passent pas tous entre les mailles du filet, car c'est le quatrième que nous voyons en peu de temps, couché sur le bas-côté. Mortellement touché. Subitement, nous apercevons tout une tripotée de nandous, un adulte avec une quinzaine d’adolescents. Nous avons appris que les mœurs de ce très gros oiseau – qui ne vole pas mais court comme tous les membres de la même famille, autruche, émeus, casoars etc. –, étaient très particulières. Au moment de la reproduction, le mâle séduit jusqu’à une quinzaine de femelles, les fait pondre à la queue-leu-leu dans le même nid, puis s’installe à leur place pour couver tous ces gros œufs. Une fois éclos, il ne se défile pas, non, il prend au contraire leur éducation complète en charge ! Et voilà comment on avait confondu un « nouveau père » avec une baby-sitter !

Les petites collines se font plus nombreuses, les ocres pâles et les roses carmin aussi. Je ne peux pas m'arrêter pour photographier sur cette route où les voitures, néanmoins peu nombreuses, passent en trombe, et de toute façon c'est le type même de paysage qui ne donne rien au grand angulaire.

Puerto San Julián. Nous retrouvons ici encore les topes mexicains, ces dos-d'âne mortels pour les voitures qui s'aviseraient de passer autrement qu'au pas. Je desserre enfin les mains du volant et m'aperçois que j'ai de nouveau attrapé une ampoule!! Passage obligé par l'Information touristique pour avoir la liste des hôtels, puis nous jetons notre dévolu sur le petit hôtel Miramar. Tout neuf, en front de mer (je devrais dire de baie), une très jolie chambre décorée avec goût, personnalisée, une grande et belle salle de bains, du chauffage, un accueil très aimable (240 pesos avec vue sur la mer, au premier étage). Le bourg, lui, est totalement impersonnel, traversé par une avenue à l'américaine, c'est-à-dire de cent mètres de large. La côte est elle aussi quelconque, rien pour accrocher le regard, du gravier gris, des algues vertes, du sable noir... Le gallion de Magellan, ou du moins sa réplique, trône en bord de mer, tout près de l’hôtel. C'est un musée que peuvent visiter pour 8 pesos les nationaux, mais pour 12 les étrangers. Décidément, en Argentine comme au Chili, le voyageur étranger est une espèce que l'on adore plumer, mais il se trouve que nous tenons à nos plumes!

En allant jusqu’au bout de la route de bord de mer, nous passons devant un mirage français rescapé de la guerre des Malouines, dont le pilote a paraît-il coulé trois navires. Beaucoup de jeunes du village ne sont jamais revenus...

Mercredi 22

Toujours aucune nouvelle de Françoise et Gérard. Nous n’avons aucune idée de l'endroit où ils ont passé la nuit, en tout cas ils n'avaient pas d'Internet (et à Puerto San Julián, les coupures ont été nombreuses jusqu'à la panne finale). La première pompe à essence est à sec, la seconde aussi. La journée débute bien. Il nous faut faire 120 kilomètres jusqu'à la pompe suivante, à Commandante Luis Piedrabuena, avec ce qu'il reste dans le réservoir. Je conduis pépère, à 90 km/h, en surveillant le compte-tours. Pendant un moment je suis de près un camion pour faire tirer la voiture. Les camionneurs argentins (et chiliens), je l’ai déjà dit, sont toujours extrêmement aimables! Ils disent bonjour quand ils nous croisent, font signe lorsqu'on peut les doubler sans risque, c'est un vrai plaisir. Les routiers français feraient bien d'en prendre de la graine. La route est terriblement monotone, le ciel triste, la steppe terne et plate. Des moutons broutent avec application les petites touffes grisâtres. De temps en temps, çà et là, une piscine pour oiseaux de passage…

Piedrabuena. Nous craignions que la pompe ne soit aussi à sec, mais l'agitation qui y règne et le monde nous rassurent tout de suite. Nous faisons le plein dans une ambiance de fête foraine, les haut-parleurs diffusant de la musique à pleine puissance.

Les kilomètres défilent en direction de Río Gallegos, grande ville rurale qui « ne présente aucun intérêt » d'après le Routard, « mais où le voyageur échoue parfois ». Les voyageurs que nous sommes comptent pourtant y passer la nuit et partir tôt demain matin pour prendre le ferry, 68 kilomètres plus au sud, si possible à 8 h 30. Il faut compter qu'avec l'heure d'été chilienne nous perdons une heure. De plus il nous faudra passer une première fois la frontière à environ 35 kilomètres, puis une seconde fois en Terre de Feu, à San Sebastián. La pluie s'est maintenant mise à tomber. Les guanacos se font de plus en plus nombreux de chaque côté de la route, ils sautent les clôtures pour améliorer leur ordinaire avec les grandes herbes aux fleurs jaune pâle qui poussent consciencieusement sur les bords... et le payent très cher. C'est même une véritable hécatombe. Nous ne comptons plus leurs dépouilles et leurs squelettes.

Enfin des virages, enfin des collines. Puis tout retombe comme un soufflé, et la banlieue de Río Gallegos se profile à l'horizon. Plus nous approchons plus je me dis que le Routard est bien au-dessous de la réalité. Sous le ciel gris, les abords de la ville sont tristes à mourir, mais probablement aussi sous le ciel bleu. Cabanes de tôle clairsemées, grillages, détritus, amas de tout ce qu'on veut un peu partout... Nous prenons la direction du centre qui n'en finit pas, encore 7 km, apercevons un Carrefour sur la droite, et hop, virage à quatre-vingt-dix degrés. Il est immense mais nous ne trouvons rien, d'autant que fruits et légumes, laitages et charcuteries sont interdits à l'entrée au Chili. Tandis que nous déambulons dans les allées, Alain a une excellente idée: partir de là illico et filer sur le terminal pour être sûrs, demain matin, d'être à l'heure pour le premier ferry. Il reste 578 kilomètres jusqu'à Ushuaia, deux frontières et un ferry où l'on peut parfois attendre paraît-il jusqu'à une demi-journée. Nous dormirons dans la Corsa, les sièges s'inclinent, et après tout nous serons plus à l’aise que dans l’avion. Adjugé! Nous sommes subitement plus légers et filons sous la pluie qui redouble, en oubliant de faire le plein d'essence en Argentine, moins chère qu'au Chili, alors qu'il ne nous reste en pesos chiliens que de quoi payer la traversée.

Le passage à la frontière est un peu laborieux car il y a beaucoup de monde, des cars, surtout. C'est la plus importante de toutes celles que nous avons vues depuis un mois. Encore une trentaine de kilomètres jusqu'à Punta Delgada, l'embarcadère et la pompe à essence. En cours de route nous vient une autre idée. Pourquoi attendre le lendemain pour passer le détroit de Magellan? Nous allons plutôt essayer de prendre le bateau aujourd’hui et nous dormirons à Bahia Azul, sur l'autre rive, au terminal de la Terre de Feu.

Punta Delgada. Nous demandons où est la station-service et on nous répond qu'il n'y en a pas..., il faut aller jusqu'à Cerro Sombrero, de l'autre côté du détroit, au bout de la route goudronnée de quarante kilomètres. Notre carte est donc erronée! Il n'y a pour l'instant qu'un camion et un 4 x 4 brésilien. Nous prenons la file, d'autres camions arrivent peu à peu, quelques pick-up également, mais ce n'est pas la foule des grands jours. Il y a deux ferrys qui font la traversée en alternance, tous les trois quarts d'heure jusqu'à minuit 15.

Les dauphins nous accompagnent pendant le passage du détroit de Magellan qui est à cet endroit bien plus resserré qu'entre Porvenir et Punta Arenas. Le ciel s'est dégagé derrière nous et s'est chargé de plus en plus devant... Il est maintenant 19 h 30, nous nous sommes évité trois heures et demie sur la journée de demain, et alors que nous sommes au milieu du détroit, il nous vient la troisième idée de la journée: pourquoi ne pas poursuivre jusqu'à la pompe à essence de Cerro Sombrero? En débarquant en Terre de Feu, nous nous apercevons qu'il n'y aurait pas eu le moindre endroit pour garer la voiture au terminal. De Bahia Azul, totalement différent de celui de Punta Delgada. Ici, seule une rampe bétonnée bordée de deux murs mène de la sortie du ferry à la steppe au-dessus.

Les quarante kilomètres sous la pluie battante sont vite avalés. Il faut faire un détour de dix kilomètres pour Cerro Sombrero par rapport à la piste que nous comptons prendre demain, et qui passe par Onaisin. En arrivant dans le village, nous avons la très bonne surprise de voir qu'il y a une hosteria à l'entrée – l’hosteria Tunkelen –, qui n'est indiquée nulle part et que nous n'avons pas vue non plus sur Internet. Elle est pimpante et n'a aucune concurrente, ce qui n'augure rien de bon pour les prix. Effectivement, la chambre double est à plus de 80 euros! Nous décidons alors de prendre une chambre dans l'annexe, qui a dû connaître des jours meilleurs, à deux lits jumeaux avec salle de bains partagée, type refuge, pour l'équivalent d'une trentaine d'euros, petit déjeuner inclus, que nous payons en dollars. Puisque nous devions normalement dormir dans la Corsa, ce sera toujours beaucoup mieux. C’est très calme, ici, à l’écart de la piste et loin de tout . Les petits moutons frisés de la steppe patagonne broutent infatigablement dans la lumière dorée du soir qui tombe. La journée est terminée, nous nous sommes bien avancés sur notre route pour Ushuaia, et nous dormons finalement au chaud et dans un vrai lit, ce qui était inespéré...

Jeudi 23

Après le petit déjeuner dans l’annexe salle de restaurant de l’hôtel, sur l’arrière, en compagnie de Brésiliens qui avaient pris le ferry avec nous à Punta Delagada, nous nous dépêchons de partir avant que le premier ferry ne débarque àBahía Azul et que les camions n'envahissent la piste. Tout le long des 400 km qui nous séparent d'Ushuaia, nous constaterons pour la énième fois combien tous les routiers sans exception sont courtois, attentifs et prévenants. Quelle différence avec les particuliers qui nous croisent sur la piste à toute allure, sans ralentir ni se pousser d'un poil, en sachant qu'ils risquent de faire éclater notre pare-brise... Et certains me font même des appels de phare répétés parce que je ne mets pas les codes, comme la loi l'exige, quel excès de zèle! Je me demande bien à quoi ils peuvent servir sur des routes rectilignes à l'infini, alors que la voiture est blanche, sinon à dépenser un peu plus d'essence. La Terre de Feu est incomparablement plus belle que toute la route que nous venons de faire depuis Perito Moreno (ciudad). C’est un archipel dont l'île la plus grande, la isla Grande, est assimilée à toute la Terre de Feu. Le sol se soulève en collines sur le dos desquelles on dirait qu'est jetée une épaisse toison végétale qui ne descend pas tout à fait jusqu'en bas. Moutons ou petites vaches broutent un peu partout l'herbe blonde, souvent accompagnés de toute sorte d'oiseaux pourvu qu'il y ait un peu d'eau: flamants, canards, cygnes à col noir, poules d'eau, oies. La longue chevelure gris clair des lichens envahit de nouveau des bosquets entiers. Puis les collines laissent la place aux montagnes couvertes de forêts de langas et aux sommets encore enneigés, aux lacs et aux rivières.

Ushuaia, plus de 60 000 habitants. La ville est étendue le long de la baie mais ses maisons basses et ses jardins donnent l'impression d'une petite agglomération. D'après nos calculs, Françoise et Gérard doivent déjà être là. Nous allons directement aux cabañas del Beagle, sur les hauteurs, et faisons la connaissance d'Alejandro, le jeune propriétaire qui les a entièrement construites de ses mains. Elles sont grandes (50 m2) et magnifiques, avec d'immenses baies vitrées en angle jusqu'au plafond, très haut, ce qui donne l'impression d'être à la fois dehors et dedans. Au-dessous, par-delà les toits, on aperçoit la baie.

La suite (la semaine à Ushuaia) arrive très bientôt. Et grâce à Gérard (Vilcanota) qui m'a prêté son objectif Canon 70-200 f/2,8 et que je remercie encore une fois ici, les photos seront enfin de bien meilleure qualité!
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L'Orégon et seulement l'Orégon
Bonjour, j'ai lu de nombreux carnets de voyage sur les Etats-Unis (sur l'Ouest des Etats-Unis pour être précis) ; beaucoup concernent le Sud-Ouest et/ou Yellowstone. J'ai fait en 2018 un voyage en Orégon, destination bien moins présente sur le forum ; c'est ce qui me décide à commencer ce carnet de voyage. J'espère aller au bout en avançant petit à petit. J'ai voyagé seul, avec un budget limité ; l'hébergement s'est fait en camping à l'exception de 2 nuits à l'arrivée et 2 nuits juste avant le retour. Le voyage a eu lieu du 30 mai 2018 (départ Roissy) au 6 juillet 2018 (retour Roissy). J'avais pris un billet AR Paris-Portland environ 7 mois avant le départ. Portland est une destination chère, mais c'est la porte d'entrée de l'Oregon par avion. Billet acheté chez Condor 770 euro. J'avais réservé une voiture chez Thrifty du 1 juin au 4 juillet : Ford fiesta (le plus petit modèle) pour 750 euro. Le billet d'avion, la voiture de location et 2 fois 2 nuits étaient les seules réservations faites ; l'itinéraire n'était pas fixé, mais j'avais des idées assez précises sur ce que je voulais faire ; le voyage (itinéraire précis, longueur des étapes) s'est construit au fur et à mesure avec une part importante d'improvisation. Les nuits réservées l'ont été en auberges de jeunesse ou hostel ; il y en a 2 à Portland : j'avais choisi celle située près du centre à l'arrivée (19ième avenue NW), celle plus excentrée (Hawthorne Boulevard SE) avant le retour. Les photos viendront après avoir quitté Portland. Je m'efforcerai d'être précis sur les lieux, les itinéraires, les routes empruntées.

Jour 1 : mercredi 30 mai Journée en avion (la plus longue...) Vol aller : Paris-Manchester par Flybe, le tronçon suivant jusqu'à Los Angeles par Thomas Cook Airlines, Los Angeles-Portland (pour finir) par Alaska Airlines. Premier vol en retard (un peu), deuxième vol en retard (beaucoup) : l'avion pour Portland est parti depuis longtemps à l'arrivée à Los Angeles. Le mot du jour : "delayed" lu des dizaines de fois. Je m'adresse au bureau d'aide qui m'oriente vers le comptoir d'Alaska Airlines (compagnie importante) qui a un autre vol en soirée vers Portland : en 10 minutes tout est réglé, j'ai une carte d'embarquement et j'attends à la porte indiquée. Mais le mot du jour va s'afficher : "delayed", suivi d'une estimation de l'heure de départ qui s'éloigne plusieurs fois. L'avion part enfin ; il va arriver à Portland peu avant minuit ; je récupère mon bagage : j'ai prévu de prendre le MAX , un train-tram qui relie l'aéroport (10kms à l'est du centre) à la ville ; je trouve le terminus : il y a un MAX à quai ; j'achète un billet à un automate et je monte dans le MAX (c'est le dernier). Trois stations plus loin, le MAX stoppe ; les quelques voyageurs descendent, puis le conducteur, qui se dirige vers l'arrière du train pour repartir dans l'autre sens ; je discute avec lui : le dernier MAX ne va pas dans le centre, il repart dans un quartier périphérique de l'est de Portland (Gresham) et reste au dépôt pour la nuit ; il n'y a plus de tram pour le centre. Heureusement le conducteur est serviable ( comme beaucoup d'Américains) ; avant le terminus la ligne passe près d'un arrêt de bus : il vérifie l'heure du dernier bus, m'explique où descendre, comment aller à l'arrêt et me trouve un voyageur qui va "surveiller" depuis sa place que je ne me perds pas ; je me retrouve donc à l'arrêt de bus ; le dernier doit passer à 1h15 ; la quartier est désert : pas de circulation, pas de piéton, environnement glauque. Finalement 2 personnes arriveront (dont une à vélo) et prendront le dernier bus . Le chauffeur, lui aussi serviable, m'indiquera où descendre (19ième avenue) pour rejoindre mon hébergement. 2h30 fin de la première journée
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Passages de frontières
Comment et pourquoi devient-on accro des voyages ?

Pour ma part, j'ai toujours soupçonné que le fait d'être né (il y a 50++ années) à proximité de la frontière belge a eu, dès mon plus jeune âge, une influence démesurée sur mon attraction pour tout ce qui est étranger et par extension tout ce qui est voyage.

En effet, quoi de plus étonnant qu'une frontière ? Une ligne souvent arbitraire et parfois invisible, mais qui dès qu'elle est franchie nous emmène dans un monde nouveau où plus rien (ou presque) ne ressemble à celui que l'on vient de quitter… à commencer, dans mes yeux de gamin, par les pièces de monnaie différentes et les panneaux routiers écrits dans une autre langue !

Une fois la frontière passée c'était à chaque fois une nouvelle aventure qui commencait. C'était en tout cas comment je ressentais nos fréquentes incursions en Belgique. Belgique Terre d'Aventures ! « Ca est bien une drôle d'histoire sais-tu !!! ».

Huit longues années plus tard, après un long voyage de plus de deux jours en voiture, je franchissais enfin ma deuxième frontière. Celle-ci était encore plus extraordinaire car pour l'atteindre il avait fallu survivre les nombreux virages de montagne. Mais quel extraordinaire moment de magie quand une fois arrivé au sommet, en plus du soleil d'été et des odeurs de pins, je découvrais la Mer Méditerranée et… l'Espagne. J'en suis sûr, je suis devenu accro à ce moment précis.

Depuis je suis en permanence à la poursuite de cet instant toujours aussi excitant qu'est le passage d'une frontière. Certes, au fil des années j'en ai connu certains plus délicats, plus stressants ou plus pénibles que d'autres mais l'excitation reste la même. Bien sur les frontières terrestres restent mes préférées, (surtout quand il faut franchir une rivière) mais je ne boude pas le plaisir d'arriver dans un aéroport et d'attendre avec une impatience grandissante le moment où les portes du hall des arrivées s'ouvriront enfin vers l'extérieur.

Quelle chance d'habiter en Europe quand on est addictif de frontières (border-freak). Lentement mais surement, je me suis assuré d'avoir mes 'doses' à intervalles réguliers. Certaines plus intenses, comme par exemple quand il s'agissait de passer de l'autre côté du 'rideau de fer' et d'autres plus exotiques quand la frontière du pays et aussi celle d'un nouveau continent.

Et puis un jour, j'ai réalisé que les 'effets' pouvaient se prolonger en habitant de l'autre côté d'une frontière. Habiter à l'étranger, et en particulier à Londres, me donnait l'impression d'être en vacances de manière permanente. Quelque temps plus tard, j'ai également réalisé que je pouvais 'contaminer' une autre personne et qu'ensemble nous pouvions facilement supporter de très fortes 'doses', c'est-à-dire partir plus loin et plus longtemps. A tel point qu'après plusieurs années de ce régime, nous ne sommes jamais plus 'redescendus' ou plutôt si, nous sommes redescendus mais bien plus loin que prévu puisque nous étions arrivés en Australie… Trente ans plus tard, nous y sommes toujours d'ailleurs !

Mais les choses étaient mal faites car le border-freak que j'étais devenu s'est retrouvé dans la plus grande ile au monde au milieu d'un univers sans frontière ?!

Après de longues années de sevrage, il était grand temps de contaminé notre progéniture. Cela n'a pas été compliqué seulement un peu couteux parfois mais qui compte les $ quand l'addiction s'appelle Voyages ?

Nos trois filles ont donc fait leur apprentissage en Asie du Sud-Est, proche et relativement bon marché, et parfois en Europe lorsque nous retrouvions nos familles respectives. Quand elles ont trouvé que bourlinguer avec les 'vieux' n'était plus si cool, elles se sont lancées chacune leur tour dans leur tour… du monde. Les élèves ont vite dépassé le maitre (enfin presque car j'avais une bonne longueur d'avance !).

Et puis ce fut aussi l'occasion pour nous de redécouvrir le bonheur de voyager juste à deux. Ainsi nous sommes allés plus loin, plus longtemps… et mieux encore plus souvent !!!

Maintenant je peux confirmer que ma mission est accomplie à 100%... puisqu'il y a toujours un membre de la famille en vadrouille à n'importe quel moment de l'année. Par contre, je crains que les passages de frontières les laissent totalement indifférentes… N'est pas border-freak qui veut !

To be continued...

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Kayak au Groenland en autonomie complète
Voici le récit. Pour les photos, voir le site : http://cphotosaventures.free.fr/

2 septembre – Vendredi Gare de Bordeaux Saint-Jean

18h41. Les portes se referment. Le quai s’éloigne de plus en plus vite. L’aventure commence ! Pour fêter ça, il est alors grand temps de profiter de cette merveilleuse faculté d’endormissement immédiat…

Une heure plus tard mon regard noir foudroie l’indélicate qui n’avait pas éteint son téléphone portable. Ah, si même le troisième âge se met à oublier le respect. Et la cinquantaine passée, elle avait dû prendre bien soin de régler la sonnerie au plus fort, pour être sûre de ne pas la manquer. C’est réussi… Il ne nous reste plus qu’à nous venger sur les croque-monsieur et les compotes volées aux enfants. Ce sera toujours ça de moins à porter tout à l’heure !

Jusque là, tout allait bien. Un texto d’Air Iceland nous rappelle que rien n’est jamais acquis :

« Dear passenger, due to technical reasons your flight NY261 to RKV on 03/09/2011 is delayed. Departure is at 14:00. Check in 13:00. rgds. AI ».

Un petit regard au « dossier de mission » pour confirmer ce que je pressentais : quarante-cinq minutes de retard pour notre départ de Reykjavik vers Narsarsuaq. Cela diminue d’autant nos chances de ne pas passer la première nuit au port de Narsaq…

Le train file toujours vers le nord. La nuit est tombée et les deux quinquagénaires continuent de discuter. Elles ne s’arrêtent donc jamais ? Aucune pause ?...

Cette aventure a réellement débuté trois mois auparavant. J’étais à la recherche d’une destination de vacances. Amoureux des terres vierges, j’hésitais : Laponie, lac Baïkal, Route de la Soie, … Et le hasard : un reportage sur l’Antarctique, des touristes quittant leur paquebot pour une virée en kayak au milieu des icebergs. Le déclic. « Ça, j’adore, il faut que je le fasse ! ».

Ah, pause des quinquagénaires ! L’une des deux est partie aux toilettes. Cela fait du bien quand cela s’arrête ! En arrêt devant la porte, elle parle toute seule. « Sésame ouvre-toi ? ». Non, cela ne fonctionne pas. Et oui, il faut appuyer sur le bouton… Dommage, sauvée par sa camarade de bavardage, je n’aurai pas ma vengeance de la sonnerie de portable…

Malheureusement, avec seulement deux semaines disponibles, aller jusqu’en Antarctique n’était pas possible. Le Groenland s’est alors naturellement imposé. Les liaisons aériennes disponibles et le choix du début du mois de septembre m’ont orienté vers Narsarsuaq. J’ai alors découvert Blue Ice Explorer, une petite entreprise touristique tenue par un français, Jacky, au Groenland depuis trente-cinq ans ! Il propose des activités, des excursions et des kayaks en location. Nos premiers contacts furent amicaux et encourageants. Et voilà, c’était décidé. Mi-juin, les billets d’avion étaient réservés. Attention Groenland, nous voilà !

L’accueil par notre entourage de cette idée fut mitigé, mais jamais indifférent. Certains sidérés, d’autres émerveillés. Du « tu es complètement fou » au « tu m’emmènes ? ». Et la surprise allongeait le visage des curieux avec le détail de cette expédition. Et oui, onze jours en autonomie complète, tente et sac de couchage, kayak le matin et randonnée l’après-midi. Et les questions fusaient. Amusé et un peu fier de cette idée, je répondais : non, il n’y a pas d’ours  la météo, généralement clémente, entre zéro et dix degrés Celsius  l’eau, magnifique mais à deux ou trois degrés Celsius, etc.

Début août, après un mois de réflexion, il a fallu se lancer dans les modalités pratiques de l’organisation. Avec plusieurs questions existentielles dont certaines nous ont fait bien cogiter. Et aujourd’hui, dans le train, il reste encore quelques incertitudes.

Un gros challenge nous attendait. Néophytes et peu équipés, il fallait tout trouver ou inventer. Prévoir et s’équiper.

23h10. Avec quelques minutes de retard, notre train arrive enfin à la gare de Roissy CDG. Et c’est après quelques détours dans ces immenses salles que nous trouvons le lieu d’arrivée des navettes d’hôtel. Bonne nouvelle, la première à arriver est celle de notre hôtel. Mais c’est une fois à l’intérieur du bus avec toutes nos valises que nous apprenons que, si c’est bien la bonne chaîne, ce n’est pas le bon hôtel… C’est toujours un plaisir de bouger nos lourds bagages pour rien…

Minuit. A l’hôtel, le bon, avec une chambre à notre nom. Un grand moment de solitude nous attend dans l’ascenseur : appuyer sur le bouton de l’étage ne suffit manifestement pas à le faire bouger. Au bout de cinq minutes à s’exciter sur le malheureux bouton, nous avons l’idée géniale de lire l’étiquette explicatrice placée juste à côté. Il faut insérer la carte de la chambre… Ah oui, mais où ? Encore quelques instants de honte à chercher… Le gardien derrière la caméra a dû bien rire. Et c’était bien la peine de se moquer de la mamie devant la porte des toilettes dans le train. Il y a une justice, malheureusement…

Puis la dernière douche avant onze jours, autant en profiter. Mais la fatigue l’écourte. Entraînement difficile, guerre facile : au cri entendu, je sais que le verre d’eau froide lancé par-dessus le rideau de la douche a fait mouche ! Il faut commencer dès maintenant à s’habituer à l’eau glaciale…

Et au lit, le dernier avant onze jours.

3 septembre – Samedi

5h20. Réveil. Difficile !

6h00. Couloir, ascenseur, navette, couloir, escalator, ascenseur, CharlyVal, couloir, escalator, couloir, tapis roulant, couloir… Enregistrement. Première mission de la journée : éviter de payer la surtaxe pour le dépassement de poids autorisé pour les bagages.

Nos bagages… Pour la soute, deux grosses valises et un gros sac à dos. Respectivement vingt-quatre, vingt-trois et treize kilogrammes. Soit soixante kilogrammes au lieu des quarante autorisés… En bagages à main : une petite valise et le sac à dos appareil photo. Douze et huit kilogrammes. Soit un total de quatre-vingt kilogrammes. A deux, joli score… Sur le site internet d’Icelandair, l’excédent bagage est facturé dix euros par kilo… D’où la mission truandage à l’aube ! Au comptoir, la première valise est posée à moitié sur le rebord. Affichés quinze kilogrammes au lieu de vingt-quatre. Quand la première valise avance sur le tapis, je pose rapidement la seconde, toujours à moitié sur le rebord. Une petite question pour détourner l’attention. Et quand tout semble fini, je sors le sac à dos.

« Celui-là aussi ? ».

Et oui…

« Faites attention, vous dépassez un peu le poids ».

Oui, un peu, c’est cela… Bon, après un remerciement appuyé, la mission est accomplie, deux cents euros d’économisés.

7h30. C’est sous un ciel radieux que s’effectue l’embarquement. Et si on commençait par dormir un peu ?

Trois heures plus tard, le grand nord approche à grands pas. Niveau quatre cents (quarante mille pieds, douze mille mètres), cap au nord-ouest. Impossible de voir la mer, d’une part à cause de l’aile et d’autre part à cause de la couche nuageuse continue et uniforme. Cela confirme malheureusement les mauvaises conditions météorologiques prévues sur l’Islande. En espérant qu’il ne pleuve pas trop, une petite marche de quinze minutes est prévue pour le changement d’aéroport…

Revenons aux préparatifs. Du fait des horaires d’avion, il n’était pas possible de faire tout le trajet dans une même journée. D’où la réservation d’hôtels et les quelques tracas qui s’ensuivent : horaires, transferts, navettes, etc. Donc le programme :

- 2 septembre : Bordeaux-Paris en train, navette gratuite puis hôtel.

- 3 septembre : Paris- Keflavik, décollage huit heures. Puis nous avons quatre heures pour faire Keflavik-Reykjavik en navette Flybus. Le trajet dure une quarantaine de minutes. Nous avons donc le temps. A Reykjavik, la navette s’arrête, non pas à l’aéroport, mais à une gare routière. Il y a ensuite une quinzaine de minutes de marche pour rejoindre celui-ci. Un plaisir avec quatre-vingt kilogrammes de bagages ! Puis vol de trois heures pour arriver à Narsarsuaq en milieu d’après-midi à cause du décalage horaire.

- 13 septembre : chemin inverse. Départ dans l’après-midi de Narsarsuaq pour une arrivée en soirée à Reykjavik. J’ai passé quelques heures sur le site islandais de la compagnie de bus pour trouver le bon bus et le bon arrêt de bus ! Pas facile tous ces noms islandais à rallonge. Surtout ne pas chercher à les prononcer… Après une courte nuit à l’hôtel, une navette gratuite de celui-ci nous amène à l’aéroport. Puis vol jusqu’à Paris et train jusqu’à Bordeaux. Arrivée prévue à vingt-et-une heures, le quatorze septembre…

La descente vers l’Islande a débuté, les nuages se rapprochent.

Pour déterminer notre itinéraire en kayak, il fallait tout d’abord savoir à quelle vitesse nous pouvons naviguer. Il semble que la vitesse moyenne soit entre cinq et sept kilomètre-heure. Comme nous étions partis sur trois à quatre heures de kayak par jour, une distance d’une vingtaine de kilomètres par jour semblait raisonnable. Grâce à deux cartes au 1/100 000e et à Google Earth, j’ai pu établir un itinéraire. Les cartes ont été commandées sur internet. Déterminer l’itinéraire, les points possibles de bivouac, les distances, les coordonnées des points m’a pris un certain nombre de soirées et de week-ends ! Au final, vingt-deux points sélectionnés pour différents scénarii, cent quatre-vingt dix kilomètres prévus. Des étapes d’une vingtaine de kilomètres, imprimées et tracées…

La couche nuageuse percée, l’océan et l’Islande s’offrent à nos yeux. Enfin, ce que l’aile ne cache pas…

Première bonne nouvelle, il ne pleut pas et il ne fait pas froid, treize degrés Celsius. La récupération des bagages se déroule sans problème. De mon plus bel anglais, j’essaie de faire comprendre à la grande blonde du guichet Flybus que je veux aller à l’aéroport de Reykjavik. Le prix est supérieur à ce que j’avais vu sur internet, mais nous montons tout de même dans le bus qui part quelques minutes après. Le bus est complet, avec beaucoup de jeunes. Arrivés à la gare routière, on nous oriente vers un minibus qui dessert l’aéroport et quelques hôtels. Ce qui explique le prix supérieur du ticket. Le trajet ne dure que quelques minutes. Ce minibus est une bénédiction car il nous évite de longues minutes de marche et une grave erreur : pour moi, l’aérogare était de l’autre côté de la piste !!! Faire quinze minutes de marche avec nos valises pour s’entendre dire que l’aérogare est de l’autre côté ne m’aurait pas fait rire du tout…

Midi, heure islandaise (moins deux par rapport à l’heure française). A l’aéroport Reykjavik Domestic. Après un sandwich et un yaourt, nous attendons notre vol, décalé à quatorze heures. L’aérogare est toute petite, quatre ou cinq guichets d’enregistrement, une petite cafétéria, un minuscule tapis de récupération de bagages. Deux ou trois vols par heure, pas plus, vers des destinations aux noms imprononçables…

Notre périple en kayak ne part pas de Narsarsuaq. Dès notre arrivée, nous chargeons toutes nos affaires sur un bateau qui nous amène à Narsaq, à cinquante kilomètres à l’ouest. Ensuite, direction l’inlandsis. Nous revenons en kayak à Narsarsuaq onze jours plus tard, en passant par Igaliku, un ancien village viking. Cent cinquante habitants à Narsarsuaq, mille cinq cents à Narsaq. Il y a deux heures de bateau entre Narsarsuaq et Narsaq. Jacky estime notre arrivée autour de dix-huit heures. Nous préférons ne pas dormir dans le port de Narsaq, mais comme le soleil se couche vers vingt heures, il va être difficile d’y échapper. Le problème sera de trouver un petit coin pour poser la tente. Le retard de notre avion ne va pas faciliter les choses. Une île se trouve à trois kilomètres en face de Narsaq. Y passer la nuit serait plus agréable.

Trouver de l’eau ne pose à priori aucun problème. Ruisseaux, lacs et glaçons ne manquent pas. Et l’eau y est pure. Par précaution, nous avons tout de même emmené des pastilles purificatrices. Pour le stockage de l’eau, nous utiliserons un bidon de quinze litres et deux bouteilles serviront à nous désaltérer sur le kayak et en randonnée.

Choisir notre nourriture nous a pris beaucoup de temps. Peu enthousiasmés par les plats préparés lyophilisés, nous avons choisi pâtes, riz, semoule, nouilles chinoises, flans rapides, gâteaux secs (les bons broyés du Poitou !) et chocolat. Pour le goûter du matin, des barres chocolatées et des fruits secs pour celui de l’après-midi. Enfin une bonne excuse pour se goinfrer de chocolat ! Nous avons préparé chaque repas en sachet individuel, même le petit déjeuner : cent grammes de céréales, lait et chocolat en poudre. Nous avons visé le côté pratique sur place. Au moment de faire les valises, la solution bouteilles plastiques nous a alors semblé plus judicieuse pour le rangement et la place prise ! Au final, près de trente kilogrammes de nourriture : trois kilogrammes de pâtes, un kilogramme et demi de riz et de semoule, deux kilogrammes de chocolat, 2 kilogrammes de céréales, trois kilogrammes de fruits secs, … Même si ce voyage est éprouvant physiquement, nous allons peut-être revenir avec quelques kilos en plus ! Et c’est ce qui explique les quatre-vingt kilogrammes de bagages que nous devons traîner pendant ces deux premiers jours…

Côté équipement, il a fallu partir de rien, ou presque. Une tente résistante, les vents pouvant parfois être forts, des sacs de couchage confortables même à des températures négatives, des matelas. Du matériel de camping, dont deux bols rétractables en silicone pour un gain de place. Pour les vêtements : pantalon et veste imperméables, pouvant servir aussi bien au ski qu’en randonnée  une polaire et quelques sous-vêtements chauds  des tee-shirts en polyester, le coton devant être évité. Quelques maillots de volley feront très bien l’affaire ! Gants et bonnet. Des chaussons et des gants en néoprène pour le kayak. Des chaussures de marche. Nos tenues de voyage feront office de tenues de rechange.

Les tenues étanches nous ont causé quelques soucis. Elles sont en effet indispensables pour le kayak dans une eau aussi froide. Elles permettent d’augmenter les chances de survie en cas de chute dans l’eau. Sans elles, l’espérance de vie dans une eau à deux ou trois degrés n’est que de trois minutes. Ce sont des combinaisons avec des manchons serrés au cou, aux poignets et aux chevilles, permettant une étanchéité totale. A sept cents euros minimum à l’achat, nous allons les louer à Jacky, c’est préférable pour notre budget. Surtout que c’est le genre d’équipement difficilement réutilisable dans un autre sport ou une autre activité.

Le téléphone portable et deux applications serviront de GPS. L’une d’elles permet même de sauvegarder le trajet effectué et de le voir sur Google Earth. Ce sera pour le retour et les souvenirs. Pour le charger, trois chargeurs solaires seront testés. Le troisième sera le bon. Il servira également pour notre lampe rechargeable par USB. Nous avons également deux petites lampes à dynamo et un chargeur de batteries d’appareil photo qui fonctionne lui aussi avec le chargeur solaire. En cas de panne de ces équipements modernes, il restera la boussole. Attention cependant à la déclinaison magnétique qui est d’une trentaine de degrés.

Un des buts de ce voyage est de faire de belles photos. Je n’ai pas emmené tout mon matériel, j’ai laissé à la maison mes vieux objectifs, moins performants. Je n’aurai donc que mon 50/2.8, mon 300/2.8 et mon doubleur X2. J’ai trouvé un sac étanche transparent pour prendre mon appareil avec moi sur le kayak. Sûrement plus pratique qu’un sac traditionnel opaque.

Pour transporter nos affaires dans les kayaks, nous abandonnons bien évidemment nos valises. Nous n’allons garder que le gros sac à dos pour la tente, les sacs de couchage et les matelas. Les repas seront répartis dans deux sacs. Et nous avons quatre sacs étanches : le transparent pour l’appareil photo et ce qui devra être à portée de main, deux pour les vêtements et le dernier pour le matériel. Un porte-cartes étanche servira pour les cartes, les documents imprimés et le téléphone/GPS.

13h00. L’aérogare et la cafétéria se sont remplies d’un coup. Une équipe sportive, un groupe de jeunes filles, beaucoup d’espagnols et quelques anglophones. Cela devient tout de suite bien plus bruyant… Notre vol apparaît enfin sur l’écran de l’un des guichets. Et la file d’attente remplit aussitôt la petite aérogare. Plusieurs groupes devant nous ont une discussion animée avec l’hôtesse. Nous sommes un peu loin pour comprendre mais nous espérons qu’il ne s’agit pas de problèmes de surpoids de bagages ! Au final, il semblerait que leur vol serait à seize heures et non pas à quatorze heures, pour la même destination… Nous sommes surpris par le peu de bagages que certains ont pour aller au Groenland. Surtout comparé à nous… L’appréhension de notre surcharge nous rend certainement méfiants et obnubilés par cette idée !

Après une longue attente, notre tour arrive. Opération truandage, acte II ! Poser la valise, la soutenir franchement pour que le compteur ne s’affole pas pendant que l’hôtesse colle le papier à la poignée, la lâcher au dernier moment et rapidement mettre la suivante sur le tapis. Encore une fois, cela se passe tranquillement, l’hôtesse ne semblait pas intéressée par le poids de nos trois bagages… Nous n’allons pas nous en plaindre. Tout s’est finalement bien passé de ce côté-là…

Nous nous dirigeons alors vers la porte B pour le contrôle douanier. Pour une fois dans un aéroport, l’appellation « porte » porte bien son nom ! Puisqu’il s’agit d’une simple porte, permettant d’entrer dans une toute petite pièce, largement encombrée par une unique machine de contrôle des bagages et des personnes. Cette formalité effectuée, l’attente se prolonge ensuite dans la petite salle d’embarquement. Et quand enfin nous embarquons, l’heure prévue de décollage est déjà passée… Cela n’arrange toujours pas nos projets pour la soirée… Pendant notre attente, le ciel s’est dégagé et l’air est doux, agréable. Au loin, les montagnes déchiquetées se découpent nettement sur l’horizon. Quelques nuages accrochent les plus hauts sommets. Dans cette atmosphère pure, la vue de l’Islande pendant le décollage est une merveille. Ce pays aux paysages si particuliers mérite vraiment d’être visité. Il faudra revenir…

Un repas léger nous est rapidement servi après le décollage. Petit changement dans nos habitudes, nous mangerons donc avant de dormir ! Nous n’avons pas très faim, mais avec les deux heures supplémentaires de décalage horaire, le dîner n’est pas pour tout de suite.

A notre arrivée, le programme s’annonce chargé. Récupérer nos bagages  se rendre au comptoir Blue Ice pour prendre les kayaks, les combinaisons étanches, le gaz pour le réchaud, une carte au 1/250 000e de l’ouest de Narsaq, le téléphone satellite que nous louons en cas de problème  payer tout cela  vider nos valises dans nos sacs (Jacky nous a proposé de garder nos valises)  charger le tout dans le bateau  se rendre à Narsaq  et décharger le tout une fois arrivés. Si tout se passe vite et bien, ce qui semble hautement improbable vu le retard accumulé, il sera peut-être possible de commencer à pagayer pour bivouaquer sur l’île en face de Narsaq. Sinon, c’est malheureusement l’installation pour la nuit dans le port…

Notre dernière inquiétude concerne la météo. La dernière regardée hier sur un site Internet danois juste avant le départ prévoyait une belle journée pour aujourd’hui avec une douzaine de degrés. Malheureusement le temps doit se couvrir rapidement en soirée avec de la pluie dans la nuit. Cette pluie doit continuer jusqu’à lundi midi, soit après-demain, le 5. Après, le ciel doit s’éclaircir mais les températures dégringolent : jusqu’à moins cinq degrés Celsius dans la nuit, le maximum dépassant à peine les cinq degrés Celsius… Mais de la pluie était prévue aujourd’hui en Islande et le temps clément que nous avons eu, nous pousse à l’optimisme. Malheureusement la vue par le hublot donne raison aux prévisionnistes… Que du blanc.

14h30, heure groenlandaise, nous quittons le niveau deux cent trente vers Narsarsuaq. Le commandant de bord annonce un temps couvert et huit degrés Celsius…

L’avion poursuit sa descente et pendant de longues minutes, tout est blanc à l’extérieur. Puis fugitivement, quelques taches de marron apparaissent entre le blanc des nuages et le blanc de la glace. Et soudain, le sol se jette sur nous, net, escarpé, mélange de terre, de roche, d’eau et de glace. L’avion vient de sortir de la couche nuageuse et le Groenland s’offre à nous. C’est un spectacle vraiment tourmenté, la montagne alterne avec le glacier. Celui-ci est strié, crevassé, teinté de gris et de marron. L’avion continue sa descente et s’enfonce même au milieu d’une vallée. Le bout des ailes est maintenant bien plus bas que les crêtes environnantes. Par mauvais temps, cela doit demander une bonne dose de confiance ! Le glacier prend fin. Là, il se jette directement dans la mer. Ici, il se transforme en rivière. Puis l’avion vole au-dessus de l’eau, s’en approche et finit par toucher le sol. Le freinage est violent, la piste est courte.

15h00. Quelques minutes seulement après le toucher des roues, nous posons enfin le pied sur le sol groenlandais. ENFIN !!! L’air est frais, pur, « ça sent la montagne ! ». Nous dévorons des sens ces premières impressions. La mer calme en arrière plan, entourée de montagnes abruptes. C’est vert, c’est silencieux. Nous voudrions profiter de ces premiers instants mais l’aérogare bleue nous attend, avec Narsarsuaq écrit en grosses lettres rouges juste sous la tour.

Les bagages sont rapidement récupérés et c’est le premier contact avec Blue Ice. Claus nous accueille et nous amène quelques minutes plus tard au café qui leur sert de bureau, à quelques dizaines de mètres de l’aéroport. Dans un français parfois hésitant, Jacky nous souhaite la bienvenue et nous enchaînons avec les modalités pratiques. Ils sont sans nouvelles d’un groupe qui devait arriver cet après-midi. A priori le mauvais temps. Et cela modifie notre programme et notre équipement : il n’a plus que deux kayaks ancien modèle à nous proposer, au lieu d’un récent et d’un ancien. Aucun problème, il y aura égalité des chances ! Mais surtout le départ pour Narsaq est reporté au lendemain matin… Départ à neuf heures, arrivée à Narsaq vers dix heures, ce qui fait un début d’aventure en kayak au plus tôt vers onze heures.

Cela chamboule considérablement nos plans pour cette première journée. Surtout que l’inversion de marée se produit vers midi, le courant devenant défavorable l’après-midi. De plus, la météo s’annonçant médiocre, il y aura donc beaucoup d’improvisation. Sur cette longue étape, j’avais prévu quatre autres lieux de bivouac possibles. Nous verrons sur le moment, difficile d’anticiper plus aujourd’hui…

Nous passons l’heure suivante à vider nos valises, remplir nos sacs, essayer les combinaisons étanches, trouver la carte qu’il nous manque (nous prenons finalement la dernière, dénichée au fond d’un tiroir, trouée et donc offerte !), essayer les bouteilles de gaz pour le réchaud avec notre embout. Il s’avère que les bouteilles neuves ne correspondent pas. Mais heureusement Jacky a tout un stock de bouteilles entamées laissées par des touristes, et parmi celles-ci, beaucoup fonctionnent avec notre matériel. Pour cent couronnes, quelques euros, nous repartons donc avec cinq bouteilles plus ou moins entamées, correspondant à peu près à deux neuves.

Après avoir réglé Jacky, nous partons dans son van en direction le port pour nous installer et voir les kayaks. Il nous indique un coin légèrement à l’écart pour planter la tente. Il nous montre également une source pour remplir nos bidons. Nous laissons nos affaires, « il n’y a pas de vol ici, on ne ferme même pas les maisons » et nous nous dirigeons vers leur local à matériel. Une ancienne cuve métallique cylindrique. Nous testons leurs nouvelles jupes sur les anciens kayaks. Elles ne vont pas et c’est seulement après son troisième aller-retour que Jacky trouve enfin des jupes adaptées. Et c’est en l’attendant durant ses trajets que nous remarquons l’absence d’iceberg dans ce fjord. Mais tout au fond, il y en a un certain nombre et certain semblent énormes. Malgré la distance, il nous est possible de distinguer des nuances de couleur, blanc, gris, bleu… Tout cela, c’est pour demain.

17h15. Jacky nous laisse avec notre nouvelle amie : la pluie… Heureusement pas très forte, mais elle nous fait accélérer le mouvement. Récupération des sacs et montage express de la tente. Nos affaires sont rapidement mises à l’abri. Nous bénissons notre choix d’avoir pris une tente assez grande et avec deux petites avancées. Tout notre matériel loge. Avant de nous mettre à l’abri, nous allons remplir nos bidons.

Et c’est quelque peu découragés et fatigués que nous commençons à aménager l’intérieur et à mieux trier nos affaires. De plus, à la vue des kayaks, nous avons toujours de gros doutes sur la possibilité de tout loger dans les compartiments étanches… Là aussi, il faudra attendre demain pour le savoir…

19h30. La luminosité baisse. Nos paupières aussi. Il pleut toujours, un peu plus fort même. Une envie naturelle qui commence à devenir pressante va nous pousser à bouger. Et il va falloir préparer le repas avant la nuit qui ne devrait pas tarder.

L’envie pressante effectuée, nous faisons un petit tour sur la « plage » de cailloux noirs et gris. C’est confirmé, le bain ne va pas être facile. L’eau n’est pas froide, elle est glaciale !

Nous avons vue sur le petit port de Narsarsuaq. Dans l’obscurité naissante et l��atmosphère grisâtre, un projecteur diffuse une triste lueur orangée qui se reflète sur l’eau calme du port. Sur la droite, au pied des montagnes, deux anciennes cuves métalliques cylindriques, dont une contient le matériel de Jacky, un grand hangar rouge, quelques containers et quelques véhicules. A l’abri de la jetée, deux petits pontons où sont amarrés une vingtaine de petits bateaux. Collés à la jetée, deux vedettes plus imposantes, rouge et blanche, et, le plus près de la sortie du port, un mignon bateau en bois rouge vif, avec un mat à l’avant et une voile carguée verticalement sur celui-ci.

De l’autre côté du fjord, là où la pente est moins marquée, quelques maisons encadrées de champs d’un vert plus clair que les reliefs environnantes, très escarpés.

Puis retour à la tente pour le dîner qui se termine à la lampe à vingt-et-une heures. Soupe, nouilles chinoises et quelques carrés de chocolat. C’est bon pour le moral. Allé, demain est un autre jour. Notre respiration fait de la vapeur, il doit faire trois ou quatre degrés Celsius. Bien au-dessus des moins deux degrés Celsius de la nuit dernière, comme nous l’a indiqué Jacky. Il me reste un peu de courage pour faire chauffer un peu d’eau pour me « doucher ». Ensuite direction le sac de couchage !

Première nuit au Groenland. J’en rêvais depuis des mois. C’est pour le moment un peu moins glamour et merveilleux qu’imaginé, mais cela va venir. A demain !

4 septembre – Dimanche

2h30. La pluie a cessé. Mais quelques coups de vent font trembler la tente. C’est tout de même curieux ces rafales au milieu de la nuit… Le sac de couchage tient toutes ses promesses, je n’ai absolument pas froid. Je suis même en sueur ! Du coup, j’enlève la capuche.

3h30. J’ai les oreilles et le front gelés, je remets la capuche. Dehors, seul le bruit de la source me parvient.

5h40. Le jour commence à poindre. La pluie fait son retour.

6h20. Il va falloir songer à bouger. Nous avons le temps avant 9 heures, mais tellement de choses à ranger. La pluie est toujours là… Les affaires à l’intérieur de la tente sont fraîches et humides, la lampe accrochée au « plafond » est couverte de buée.

Mais nous l’avons fait ! Dormir sous la tente au Groenland sous la pluie avec une température proche de zéro degré Celsius… Drôle d’idée, drôle de voyage !

C’est la troisième araignée que je tue. De belles bêtes en plus ! Dommage qu’elles ne soient pas comestibles. Finalement ce lieu a un petit air de pays tropical…

J’adore la façon de ranger le sac de couchage, de ne pas le plier… Il suffit de le rentrer « en vrac » dans son sac de compression, d’appuyer fort pour le tasser et de tendre à fond les sangles pour le comprimer. Ne pas le plier correctement et toujours de la même façon évite les plis dans l’insolant au même endroit. Et par conséquent les pertes de chaleur.

7h00. C’est l’heure du petit-déjeuner. Même s’il pleut encore, la vue est plus dégagée qu’hier soir. Il ne fait pas si froid que ça, même si perdre trente degrés Celsius en une journée laisse des traces…

7h30. La pluie s’est arrêtée. Cette bonne nouvelle nous permet de prendre le petit-déjeuner dehors. Et c’est beaucoup plus agréable pour plier bagages. Notre premier iceberg ! Tout seul au milieu du fjord, il profite de la marée montante pour progresser paresseusement… Tout au loin, ses frères continuent à défiler. Ils proviennent du Qôroq, un fjord particulièrement soi-disant prolifique en glaçons. Nous y passerons à notre retour.

8h00. Nous rangeons nos affaires. Le départ est prévu dans une heure. Largement le temps pour quelques photos sombres. Il ne pleut plus du tout, mais un petit vent frais nous fait supporter polaire, bonnet et gants.

9h00. C’est l’heure du départ. Nous sommes prêts et nous portons nos sacs sur la jetée près des bateaux. Claus arrive pendant ce temps avec les kayaks. Nous embarquons sur le second bateau avec trois autres passagers. C’est une des vedettes que nous voyions hier depuis la tente. Il n’y a qu’une seule cabine sans séparation entre la douzaine de sièges et le poste de pilotage avec sa barre, sa manette des gaz et les divers instruments de navigation et de communication. L’eau du port est magnifique même sans le soleil, bleue-verte limpide… Cela donne envie d’y piquer une tête !

Jacky vient nous saluer et nous informer que la météo doit s’améliorer, seul un petit vent d’Est s’est levé et risque de rendre la navigation moins agréable. Nous lui rappelons qu’il doit nous donner les combinaisons étanches et les gilets de sauvetage qu’il avait gardé dans son van. Heureusement que nous y avons pensé, cela peut s’avérer utile !

Le petit bateau sort du port et accélère rapidement. Il laisse derrière lui une trace blanche bouillonnante. Deux vagues roulent et s’écartent symétriquement après notre passage. La trace laissée est nette sur la surface du fjord, à peine troublée par un léger vent. Le petit drapeau groenlandais à la poupe claque joyeusement dans le vent. En nous retournant, nous apercevons l’aéroport de Narsarsuaq, sa tour de contrôle et son aérogare bleues, ses différents hangars, sa piste en pente qui se termine juste avant le rivage et les quelques maisons et bâtiments colorés qui l’entourent.

Nous traversons le fjord pour débarquer les autres passagers dans le petit village qui fait face à Narsarsuaq. Le débarcadère est occupé par le petit cargo à la coque bordeaux et à la cheminée bleue, que nous avons vu passer plus tôt ce matin. Il ravitaille le village en carburant et un long tuyau relie sa poupe à un petit bâtiment. Le débarquement s’effectue donc directement sur les rochers. Avec une grande maîtrise et malgré les remous, Claus maintient son bateau à quelques centimètres du bord, sans le toucher, et les passagers n’ont qu’à enjamber le bastingage pour nous quitter.

Le débarquement ne dure que quelques secondes et nous repartons.

Nous quittons le fjord de Narsarsuaq et virons à droite pour rejoindre le fjord plus large qui mène à Narsaq. La mer est maintenant un peu plus agitée.

Nous croisons de loin quelques icebergs, dont certains sont impressionnants. Claus, aux commandes, semble bien prendre garde de ne pas s’en approcher, même des petits. Leurs couleurs varient du blanc éclatant au bleu turquoise.

Comme avec les nuages, on peut s’amuser à trouver certaines formes aux icebergs. Ceux-ci sont de toutes tailles et de toutes formes, plats, lisses, découpés, etc.

Les côtes sont parfois très escarpées, coupées de ruisseaux et de cascades. Certaines strates géologiques sont bien visibles, inclinées ou parfois bien horizontales. La couleur dominante est tout de même le vert. Le nom de Groenland donné à ce pays s’explique. Ça et là, quelques moutons sur une petite prairie plane.

Le trait blanc d’un ruisseau serpente au milieu de roches grises. Arrivé au-dessus d’une immense grotte, il chute verticalement sur plusieurs dizaines de mètres et s’éparpille dans le vent avant que ses gouttes ne viennent s’écraser en d’innombrables éclaboussures sur un lit de pierres grises. Reformé quelques mètres plus bas, il reprend son trajet ondulé vers la mer.

Je reconnais certains lieux vus sur Google Earth. Autant sur l’écran le relief manque, autant il est ici omniprésent. Les lieux de bivouac possibles ne sont pas légion…

La neige est présente sur les plus hauts reliefs. Signe que l’hiver approche ?

Par endroit, la roche n’est plus noire mais rouge-ocre, voire un peu rose. Certains rochers sont même verts ! C’est par moment un sacré mélange de couleurs ! Le responsable de la décoration devait avoir bu…

A mi-chemin de Narsaq, la pluie refait son apparition et vient s’écraser en fines gouttes sur le pare-brise du bateau. Le plafond est plus bas également, les sommets sont accrochés. Les glaçons se font beaucoup plus rares.

Un village isolé au pied d’une haute montagne. Cinq maisons éparpillées. Un tracteur à côté d’une large parabole.

Narsaq est en vue. La pluie ne faiblit pas, au contraire… Allé, je range l’appareil photo, le carnet et le stylo, il est kayak moins peu !

Et là, c’est le drame…

Une fois arrivés au port de Narsaq, nous déchargeons bagages et kayaks, le tout sous une pluie battante. Nous nous installons à l’abri de la station service du port. Et maintenant il faut réussir l’exploit de tout faire rentrer dans les compartiments étanches de nos embarcations. Les autres groupes dont nous avions lu les récits sur internet s’étaient extasiés des possibilités de chargement des kayaks. Manifestement, nous n’avons pas eu les mêmes… Les deux compartiments avant sont rapidement remplis par la nourriture. Il ne reste que les arrières pour tout le reste.

Deux espagnols, sympathiques mais légèrement moqueurs sont à côté de nous et nous regardent nous battre avec nos kayaks. L’un d’eux nous prend en photo et ne peut s’empêcher de nous conseiller de bien remplir jusqu’au fond des compartiments. Sans blagues ?! Il devient rapidement évident que le sac à dos, même s’il entre dans un compartiment, prend trop de place et empêche de ranger autre chose dans ce compartiment. Il va donc falloir s’en séparer. Dommage pour les randonnées… Nous le donnons à Claus juste avant que celui-ci ne reparte. Il ira tenir compagnie à nos valises.

Une bonne heure plus tard, c’est avec une immense satisfaction et une non moins immense fierté que nous fermons le dernier compartiment. Tout est entré ! Certes il a fallu tricher un peu, mais c’est réussi. En effet, nous avons chacun un sac étanche entre nos pieds, coincé au bout de l’habitacle… Nous nous sommes changés et nous avons découvert la difficulté d’enfiler nos combinaisons étanches. Ainsi que leur fraîcheur…

Etape suivante, mettre les kayaks à l’eau. Première difficulté : les porter chargés. Car ils sont devenus extrêmement lourds avec les trente ou quarante kilogrammes supplémentaires ! Tant bien que mal, nous parvenons à les traîner jusqu’à un petit escalier en béton qui va jusqu’à l’eau. En descendant le premier kayak, une petite poussée inopportune au moment où je négociais une marche abîmée manque de très peu de me faire goûter à cette eau si limpide… Mais si froide…

Une fois les kayaks à l’eau, il faut maintenant y grimper. En m’aidant des rochers, je me lance en premier. Et j’essaie d’appliquer la méthode décrite dans les manuels. La pagaie derrière l’hiloire (le trou où l’on se met), la main bien au milieu en tenant la pagaie qui est en appui sur les rochers. Puis il faut s’asseoir sur l’arrière de l’hiloire et, en dernier, entrer les jambes à l’intérieur. Et cela fonctionne ! Attacher la jupe n’est pas évident du tout.

Mais après quelques minutes d’efforts, nous voilà assis dans nos kayaks, prêts à affronter la mer, les icebergs et la pluie. Il est onze heures trente environ, la mâtinée est bien plus qu’entamée. Nous donnons nos premiers coups de pagaie… Et c’est à ce moment bien mal choisi qu’un Narsarsaquois nous interpelle. Bien mal choisi en effet car il est difficile de se retourner en kayak. Surtout avec une capuche sur la tête… Du coup, il faut faire demi-tour à l’ensemble. Avec grâce et aisance bien entendu… Le monsieur nous interroge sur notre destination et semble inquiet de nous voir partir. Il nous annonce qu’un vent de huit miles de l’est est prévu. Sa manière de le dire donne l’impression que c’est terrible, mais cela ne me semble pas si catastrophique. A moins que j’ai mal compris son anglais. Je le remercie de l’information et je lui dis que nous n’allons pas loin, juste en face. S’il pensait nous faire sortir de l’eau et tout décharger pour camper à Narsaq, c’est hors de question ! Surtout après tous ces efforts.

Et nous voilà partis. Mes premières impressions du kayak sont mitigées. Il n’a pas l’air stable et oscille d’un rien. Peut-être un manque d’habitude. En revanche, il semble très manœuvrable et réagit très bien à la pagaie. Il se dirige très facilement. Malheureusement, mon point de vue ne semble pas du tout unanime… Effectivement l’autre kayak apparaît plus rebelle et n’est absolument pas d’accord avec le principe qui dit que le chemin le plus court est la ligne droite… Tourner en rond semble même être son but dans la vie… Quelques conseils sur la façon de pagayer, quelques propositions de changer quelque chose, la manière de se tenir, de tenir la pagaie, etc. Mais rien n’y fait, la seule réponse est un regard empli de désarroi. A chaque fois que je me retourne, le kayak violet a un cap franchement divergent du mien et donc de la route prévue.

Du coup, je pagaie une minute sur deux, pour attendre ma camarade d’infortune. J’ai bien envie d’exploser, mais je me retiens, pas certain que ce soit très utile. Je doute d’arriver à me faire entendre de ce morceau de plastique violet.

Nous parvenons tout de même à quitter le port. Nous longeons la côte et passons devant toute la ville de Narsaq et ses maisons de toutes les couleurs, rouge, bleu, vert, jaune. Les habitations sont éparpillées sur la faible pente, au pied d’une haute montagne au sommet enneigé et embrumé.

Au bout d’une heure, un coup d’œil au GPS confirme ce que je pressentais. Nous n’avançons pas : trois kilomètres et demi. Adieu les vingt kilomètres aujourd’hui. Nous sommes au milieu du fjord. Allé, il faut continuer, on ne sait jamais, cela peut s’améliorer… On peut toujours rêver.

J’avais prévu plusieurs points de bivouac possibles pour notre premier jour. A cette vitesse, je ne sais même pas si nous allons pouvoir atteindre le premier. C’est mort pour aujourd’hui, mais il va falloir que cela s’arrange dès demain. Sinon c’est la fin du rêve… Demain, c’est moi qui materai ce kayak violet rebelle.

L’avantage de cette avancée alternative et lente, c’est que j’ai largement le temps de profiter du spectacle. Et malgré la pluie et le plafond bas, c’est magnifique. Magique !

L’inconvénient, c’est que, un bonheur venant rarement seul, je me rends aussi compte que le courant et vent, même s’il est faible et pas franchement d’est, sont bien contre nous.

Et soudain, un coup de feu, de la droite… Pas de panique, nous étions prévenus, ce sont les glaçons qui craquent. Comme ceux du Ricard sur la terrasse l’été. Mais en plus fort, en plus grand. Et le savoir n’empêche pas de sursauter ! Quelques secondes plus tard, cela vient encore du même endroit, mais l’iceberg a cette fois-ci sorti l’artillerie lourde et un gros morceau tombe bruyamment à la mer. Ce n’est décidément pas un lieu pour les cardiaques !

Les icebergs sont assez nombreux (même si nous manquons de références) et de tailles, de formes et de couleurs complètement différentes. Leurs contours sont en même temps découpés et arrondis par les éléments. Certains sont énormes, gigantesques, impressionnants. Je ne pensais pas en voir d’aussi gros. Je passe d’ailleurs prudemment à une certaine distance du premier de ces monstres que nous croisons. Surtout qu’il est coupé en son milieu d’une belle faille… D’un autre côté, une grosse vague nous ferait peut-être avancer plus vite… Sa surface est lisse et faiblement ondulée, ses bords sont tout en lignes brisées avec plusieurs fissures apparentes et sa base est creusée. L’effet des éléments : la pluie et le vent lissent la surface supérieure et la mer creuse la base. Les bords portent les stigmates des blocs qui se détachent. Il y en a aussi de tous petits, taillés par les éléments en d’improbables formes. Certains affleurent à peine à la surface et ne se voient qu’au dernier moment. Certains sont d’un bleu éclatant. Sur l’un d’eux, une forme noire est juchée tout en haut, minuscule. Un oiseau sûrement.

A la faveur d’une accalmie, je tente quelques photos. J’arrive à sortir l’appareil du sac étanche coincé devant moi. Et à l’y remettre. Ces photos ne seront certainement pas les plus belles, c’est si sombre et gris. Sur le kayak, prendre une photo est toute une histoire. Il faut poser la pagaie, enlever les gants, mettre un coup de rame pour garder l’axe et ne pas tourner le dos à l’objet de la photo, ouvrir le sac étanche, dérouler le haut du sac étanche, mettre un autre coup de rame, s’essuyer les mains, prendre l’appareil, enlever le cache, allumer l’appareil et le régler, mettre encore quelques coups de rame car le kayak a viré de bord, prendre la photo ou plutôt essayer de prendre la photo dans ces conditions oscillantes, puis éteindre l’appareil, mettre le cache, ranger l’appareil dans le sac étanche, rouler le haut de celui-ci, le fermer, remettre les gants froids et humides et enfin reprendre la pagaie pour repartir.

Au bout de deux heures, c’est confirmé, nous nous traînons lamentablement. La moyenne est confirmée à trois kilomètre-heure et demi. Le fjord est (enfin) traversé mais la côte est rocailleuse, difficilement abordable. Mon premier point de bivouac est derrière un cap, à peut-être deux kilomètres devant nous. Il est déjà treize heures trente, même si je n’ai pas faim. Il va falloir tenter autre chose. Je sors la corde du sac étanche (quelle bonne initiative !) et pendant que je me bats avec tous les nœuds, nous nous rendons bien compte de l’effet du courant qui nous fait reculer de plusieurs dizaines de mètres en quelques minutes. J’arrive néanmoins à accrocher les deux kayaks. Et c’est parti pour une bonne séance de musculation des bras. Cela pique un peu les muscles et c’est toujours de la petite vitesse, mais cela semble tout de même un peu plus efficace.

Après de longues minutes d’efforts, nous parvenons dans la petite baie. Par beau temps, elle doit être magnifique et calme. Un gros iceberg trône en son milieu. Soulagés, mais transis de froid… Les gants sont trempés, mais ils l’ont rapidement été et il est difficile de dire si les sous-vêtements sont mouillés ou si cette impression est seulement due au froid. Nous nous échouons sur une petite plage de cailloux, non sans avoir hésité quelques minutes sur le choix du lieu d’abordage.

Je sors du kayak et l’eau glaciale agresse joyeusement mes pieds qui étaient jusque là relativement au sec et au chaud. Sensation vaguement désagréable… Il faut ensuite remonter les kayaks pour éviter une bonne blague de la marée montante. En les déplaçant, je les examine pour voir si nos difficultés ne viennent pas d’un problème matériel. Et l’explication arrive rapidement : contrairement à son camarade bleu, notre ami le kayak violet n’a pas de dérive… CQFD… Merci du cadeau ! Nous verrons demain si j’arrive à naviguer avec. Enfin si nous ne mourrons pas noyés cette nuit.

Et comme la pluie ne cesse pas, il faut monter la tente. Notre abri installé, nous déchargeons ce dont nous avons besoin pour la nuit et nous le mettons à l’abri. Et enfin, il faut se jeter à l’eau : quitter la combinaison étanche sous la pluie et se jeter sur nos vêtements secs sous la tente.

16h00. Une fois habillés et un peu réchauffés, il est grand temps de déjeuner ! Ce sera jambon de Bayonne et pâtes avec gruyère et sauces. Un peu de chocolat en dessert… Cela fait malgré tout un bien fou. Avec ce qu’il tombe, la vaisselle se fera toute seule… La ballade prévue pour la fin d’après-midi s’éloigne, la pluie s’accentuant. Le vent se lève également. Triste météo, une impression de Toussaint…

J’éteins mon téléphone, son utilisation en GPS ce matin l’ayant bien déchargé. Et pas question de penser au chargeur solaire avec une luminosité aussi faible. Il reste la batterie d’appoint du chargeur solaire, remplie avant le départ pour recharger le téléphone.

Le temps file au rythme du martèlement de la pluie sur la tente. Comme on dit, cela pourrait être pire, la tente pourrait fuir… Ce n’est pas le cas, même si la toile intérieure brille d’humidité. Le vent souffle de plus en plus fort, la tente commence à bouger beaucoup. Je vais aller vérifier la tension des cordes et des attaches. Il ne faudrait pas que les deux toiles se touchent. Dehors, c’est de plus en plus sombre, difficile d’estimer l’heure. Et la visibilité a bien chuté. Merci Jacky pour ta prévision de beau temps.

D’ailleurs le choix de l’emplacement pour installer la tente a été difficile à fixer. Le terrain où nous sommes est plat, mais gorgé d’eau. Et rare sont les endroits qui ne sont pas détrempés… En espérant que celui-ci ne le devienne pas.

Mission effectuée : les cordes et les attaches sont retendues. Je profite de ma présence dehors pour aller remplir le bidon d’eau. J’avais vu tout à l’heure une petite chute d’eau tombant dans la mer pas loin de la tente. Je m’y rends donc mais je trouve l’eau un peu verte… Je me souviens alors qu’en arrivant en kayak, j’avais aperçu un torrent un peu plus haut dans la montagne. Je décide donc de m’y rendre, cela me fera une petite balade. Sauf qu’après trois heures de kayak sans manger, je ne devais pas avoir la même notion du « pas loin » que maintenant ! De plus, la progression est rendue difficile par le sol spongieux et la maigre végétation qui, à chaque pas, peuvent cacher un piège humide. Cette végétation se compose de mousses, de quelques fleurs, d’un peu d’herbe et de maigres arbustes ne dépassant pas les dix centimètres de haut.

Je parviens enfin à la source… Qui me semble toujours aussi verte. Tant pis, je remplis le bidon, nous ajouterons des pastilles. En me retournant, je découvre un très beau paysage. Un petit lac est juste au-dessous de moi. Avec la perspective, il apparaît juste devant la mer et ses icebergs, presque comme s’il s’y jetait. Magnifique ! Et cela doit être encore plus beau l’été… Ah, nous y sommes encore ?...

Retour à la tente. La luminosité diminue rapidement, le soleil doit se coucher. Si, forcément, mais loin et bien caché par les nuages…

Le terrain est une vraie éponge, j’espère que ce n’est pas partout pareil ailleurs. Encore une fois, je me félicite d’avoir choisi du bon matériel. Mes chaussures, comme mon pantalon et ma veste sont parfaitement imperméables. Enfin pour le moment… Comme quoi, il faut parfois y mettre le prix.

En passant près de la mer, nous nous rendons bien compte qu’elle est transparente, même sans le soleil. Elle semble si pure. Un peu à l’image du Tarn dans les gorges du même nom. Les touristes en moins…

Retour au sec et au « chaud ». Même si la température est plus élevée à l’intérieur, nous sentons bien les courants d’air froid passant par les petites ouvertures du toit. Après réflexion, quand nous installons la tente, ce sont peut-être ces petites ouvertures qu’il ne faut pas mettre face au vent…

Hormis le claquement des gouttes sur la tente, le silence est de temps en temps troublé par un grondement sourd, au loin, comme un orage. Mais depuis le début avec cette pluie, nous n’avons pas vraiment pu profiter du silence.

La nuit est tombée, nous allumons la lampe. Belle trouvaille cette petite lampe d’ailleurs ! Je n’ai absolument pas faim. Au lit peut-être ? En priant pour que la pluie s’arrête…

5 septembre – Lundi

C’est la rentrée ! Une grosse pensée pour Vincent et Pauline. Et pour tous ceux qui reprennent le chemin de l’école ou du travail. On doit un peu parler de nous au bureau !

La pluie s’est arrêtée pendant la nuit. Pour reprendre de plus belle à l’aube… Ce n’est pas bon pour le moral et pour l’envie de mettre le nez dehors… Nous avons pourtant une très belle vue sur la baie depuis notre tente. Nous n’avons même pas pris une photo du site…

Réveil difficile. Mal au dos, épaule douloureuse. Le haut de mon sac de couchage est trempé, couvert de gouttes d’eau. Fuite de la tente ? Je n’en ai pas l’impression. Condensation ? Plus vraisemblable. Heureusement l’eau n’a pas traversé. Je l’essuie consciencieusement avec une serviette humide. Tout est humide de toute façon.

Le plus difficile est d’imaginer devoir mettre les combinaisons étanches qui doivent être au mieux gelées, au pire gelées et mouillées. J’opte plutôt pour la seconde hypothèse.

Allé, un peu de courage, il faut sortir du sac de couchage et préparer le petit déjeuner.

Dès qu’il pleut, tout est pénible, long et désagréable. Encore une fois, le petit déjeuner est pris dans la tente. Et tout se fait dans la tente, assis, accroupis, allongés. Nous essayons d’optimiser les façons de procéder pour éviter au maximum de mouiller toutes les affaires. Il faut tout ranger et tout plier, puis c’est l’épreuve d’enfiler les combinaisons. Comme prévu, c’est froid et humide pour ne pas dire gelé et trempé. Je m’attendais à pire, les premiers instants sont difficiles au contact de la matière synthétique glaciale, mais avec la chaleur du corps, cela devient rapidement supportable. Enfin tant que l’on reste en mouvement. Puis nous plions la tente, trempée elle aussi. Et nous avons toutes les peines du monde à tout caser dans les kayaks…

Le gros iceberg est toujours au milieu de la baie, comme immobile malgré les marées. Peut-être est-il échoué au fond ?

9h00. Nous sommes prêts à partir. La luminosité est très faible, le ciel est gris et bas, le vent souffle, d’est cette fois, et bien sûr, il pleut… Et il reste à savoir si je vais réussir à dompter ce maudit kayak violet sans dérive. Les premières impressions sont positives tellement je m’attendais au pire. Il est dirigeable, même s’il a une nette tendance à se mettre face au vent ou au courant. Ou les deux. Ou peut-être a-t-il pour unique but de se tourner à l’opposé du cap que je veux suivre… Alors nous partons. Et c’est bien difficile, surtout lorsque nous quittons l’abri relatif de la baie. La mer est alors bien formée. La houle nous frappe, d’abord de face puis de côté lorsque nous virons à gauche pour rejoindre et traverser le large fjord. Nous distinguons à peine l’autre rive. La progression est difficile, il faut tirer fort sur les bras pour un modeste résultat. Seul point positif, le vent nous aide.

Malheureusement, le verdict tombe au bout d’une heure : seulement quatre kilomètres et demi. Comme prévu, le courant de marée nous ralentit considérablement.

Au loin une lumière blafarde, au ras de l’eau, presque inquiétante. Un point blanc lumineux au milieu d’un monde de gris. Un bateau de pêche qui remonte lentement le fjord finit par sortir de la brume.

La lutte contre les éléments est laborieuse et le plaisir mince, voire inexistant. Nous prenons à peine le temps d’admirer les icebergs, tellement concentrés sur nos rames et le point à atteindre. Nous faisons tout de même une pause pour prendre un goûter bien mérité.

Contrairement à hier, j’ai froid aux jambes et aux pieds. Et comme j’ai l’impression que mon kayak s’est enfoncé et est maintenant très bas sur l’océan, je ne vois qu’une solution : j’ai embarqué de l’eau. Je remue les jambes et le bruit liquide m’en confirme la présence. J’enlève le devant de la jupe, il y a deux phalanges d’eau. Rien pour écoper bien sûr et la côte est inabordable, escarpée… Bon, il faut donc poursuivre comme cela et surveiller si cela s’aggrave. Ma jupe ne doit pas être complètement étanche. Moralité bien connue des aviateurs : la confiance n’exclut pas le contrôle et contrôler son matériel évite parfois bien des soucis…

Au bout de deux heures de galère, nous bifurquons à droite dans un fjord plus petit. Maintenant abrités du vent, nous naviguons sur une mer bien plus calme. Et cette fois, le courant nous pousse.

Quelques minutes plus tard et en quelques secondes, tout devient surréaliste. Le vent est complètement tombé. Tout comme le plafond. La brume et le silence nous entourent, nous encerclent, nous oppressent. Tout devient entre gris et blanc. Même la mer prend une tente laiteuse. Mais quel plaisir de pagayer sur une mer aussi calme, aussi plate. Quelle joie de glisser dans ces deux mondes liquide et gazeux, maintenant si semblables et même confondus à leur jonction. La moyenne s’en ressent et grimpe tout doucement.

Ce matin, je ne nous ai pas fixés d’objectif pour le bivouac. Il y avait tellement de facteurs pénalisants : le kayak, la météo, la marée contre… Le point le plus loin est le bivouac prévu à l’origine, mais il est loin, sûrement plus de vingt-cinq kilomètres. Nous ferons donc notre possible et nous nous poserons où nous pourrons. Le problème, c’est que depuis le début, je n’ai vu aucun point susceptible de nous accueillir. Ce ne sont que falaises abruptes entrecoupées de violents ruisseaux aux cascades bruyantes…

Alors nous pagayons et poursuivons notre route. Après la partie laiteuse située entre deux îles, nous tournons à gauche vers une passe. En la rejoignant, nous quittons par la même occasion la brume et son ambiance si particulière. Au bout de ce bras de mer se trouve le bivouac prévu. Mais il est long et le courant est contre. J’ai l’impression que contre le bord, le courant est inversé, comme cela arrive parfois dans les rivières où au bord, l’eau va à contre-courant et remonte. Et c’est bien le cas. Je me colle donc au ras des rochers. Là encore, aucun bivouac possible, aucun lieu possible d’accostage et encore moins de parties planes sur ces pentes raides. Le temps se lève petit à petit, il fait plus clair, les sommets apparaissent.

Nous poursuivons notre route, la fatigue et la faim commencent à nous envahir. Le petit déjeuner et le goûter sont loin.

13h00. Un miracle : la pluie cesse. Mais ce bras de mer n’en finit pas. Nous apercevons notre cible. Mais c’est encore loin. Et toujours pas de halte possible, aucun endroit pour poser la tente.

14h00. Nous rejoignons un autre fjord qui vient de la gauche. A droite nous découvrons l’inlandsis, loin, entre deux montagnes. Mais nous sommes surtout obnubilés par ce fjord à traverser et trouver la minuscule passe qui va nous permettre de rejoindre une petite baie et notre lieu de bivouac. Les bras, les épaules et le dos sont très douloureux.

Grâce à la carte, je vois où se trouve l’entrée de la baie. Je m’y rends. Raté, ce n’est qu’une crique. Où se trouve donc cette minuscule passe ? À gauche, à droite ? Un nouvel examen de la carte me fait choisir la droite. J’espère ne pas me tromper… Oui, elle est bien là ! Mais la marée descend et le courant est contre. C’est bien visible au point le plus étroit de la passe où il devient plus fort. Cet obstacle passé avec vigueur, il ne reste plus qu’à traverser cette dernière baie. Le lieu a l’air enchanteur… Les dernières centaines de mètres se font au mental, à l’énergie… Enfin arrivés… Un coup d’œil au GPS : près de vingt-sept kilomètres en cinq heures et vingt minutes. Presque cinq kilomètre-heure de moyenne. Mais avec quelles conditions ! Et le courant presque toujours de face. Mais nous l’avons fait, nous avons rattrapé notre retard…

Pas le temps de s’apitoyer, il faut sortir de cette baignoire. Et une envie pressante me rattrape instantanément. Tant pis, c’est trop urgent, ce sera dans la mer. Quelques secondes à se battre avec la combinaison étanche, puis une trentaine d’autres à se soulager, et cela va mieux.

Puis c’est le rituel du déchargement. Il tombe encore quelques gouttes mais pas suffisamment pour nous empêcher de manger dehors. Cette fois, la tente attendra. Le riz et le bacon font un bien fou. Je me défoule aussi sur le broyé, presque un grand à moi tout seul… Toute cette activité physique dans cette froide ambiance creuse l’estomac !

Le site a déjà été occupé. Légèrement sur la gauche de la plage et à quelques mètres au-dessus de l’eau, une petite aire herbeuse relativement plane a servi de campement. Il y a quelques traces. Un grand bac en plastique est abandonné dans l’herbe… C’est triste dans un lieu comme celui-ci. Des coquilles de moules, des rectangles d’herbe écrasée, quelques pierres alignées. Mais cet endroit est abrité du vent. Nous nous y installons également. Nous montons la tente. Elle est trempée. Un petit vent souffle. Il va faire du bien et sécher nos affaires. Nous ouvrons en grand la tente et nous déplions matelas et sacs de couchage. Nos affaires de kayak sont étalées sur la plage de galets.

Puis il est temps de prendre des photos. Enfin ! Cet endroit est magnifique. Indescriptible. Une petite baie d’eau verte et transparente entourée de hautes montagnes, vertes elles aussi. Quelques torrents dévalent celles-ci dans un sacré vacarme. Nous avons aussi choisi notre emplacement pour échapper au bruit !

De la tente, nous avons une vue imprenable sur la baie. Juste sur notre droite, une toute petite plage de cailloux gris avec quelques plaques d’algues jaunes. Devant cette plage, l’eau est parfaitement lisse, transparente et d’un vert profond. Au-delà, la falaise trempe directement dans la mer et s’y reflète à la perfection. La roche est noire, grise et rose avec les taches vertes de la végétation qui se développe sur la moindre zone relativement plane. A l’exception de la minuscule passe, la baie est enserrée par ce relief, mi-roche, mi-herbe. Sur la gauche, celui-ci est plus élevé. A ses pieds, la pente plus douce se transforme en prairie. Deux filets d’eau, plus cascades que torrents, forment deux lignes brisées claires qui s’élancent du sommet pour finir dans la baie.

Nos kayaks sont posés sur une grande plage de galets clairs, à dominante gris, blanc et rose. Derrière, une piscine de sable fin se vide doucement dans la baie avec la marée descendante. Avec du soleil et quelques (dizaines de) degrés de plus, s’y plonger devrait être agréable !

Comme un V coupant la ligne de crête, un creux dans les sommets derrière nous semble accessible par un lit de torrent presque asséché et rempli de gros cailloux, certains arrondis à la perfection. On dirait des œufs, des œufs de toutes tailles… Ce creux, creusé par l’action de l’eau, devrait nous permettre de passer derrière les crêtes et apercevoir l’inlandsis.

Juste à sa gauche, un autre torrent, loin d’être asséché, tombe bruyamment du relief abrupt en une succession de petites cascades. Après ces chutes violentes, il court joyeusement entre de gros cailloux avant de terminer langoureusement son chemin au milieu de l’herbe verte à quelques mètres de la tente. Ce sera notre approvisionnement en eau douce, fraîche et pure.

Et nous grimpons, difficilement car ces cailloux sont parfois instables. C’est un sol parfaitement inégal, inadapté à la marche. Plus qu’un sol, c’est un empilement de pierres de toutes tailles et de toutes les couleurs. La chute est parfois proche, lorsqu’un rocher se dérobe sous notre poids. Nous nous rendons bien compte du pouvoir destructeur de l’eau. La montagne est littéralement creusée, déchirée.

Puis, à ce qui semble être le col, nous découvrons une petite mare, d’une incroyable limpidité… Juste derrière elle, le ciel se dégage et le soleil fait son apparition. Leurs reflets sont vifs et nets dans la mare, ajoutant une petite touche de féerie à ce paysage déjà somptueux. Et pour compléter cette vue magnifique, nous découvrons en baissant les yeux un nouveau fjord encombré de glaçons. L’inlandsis est proche. Ce fjord est notre destination de demain.

Nous ne pouvons résister à la tentation de poursuivre et nous descendons vers l’eau. Le col s’ouvre en une large vallée qui est un lit de rivière, là encore presque asséchée. Au printemps, l’eau doit couler à flots. Le sol est jonché de galets de toutes tailles, aux formes arrondies, souvent parfaitement ronds. Les couleurs sont également variées : blanc, gris, rose, vert, rouge… De la végétation émerge timidement, un peu de mousse, quelques plantes et également quelques fleurs. Certaines ont des feuilles rigides en forme de coupe qui retiennent les gouttes d’eau. C’est d’une beauté à couper le souffle. A moins que ce ne soit l’effort…

Il nous semble possible de progresser sur la droite pour nous approcher encore plus près de l’inlandsis. Le relief est accidenté mais pas excessivement pentu. Mais nous n’avons malheureusement pas le temps d’essayer. Nous nous contenterons de la plage située juste devant nous.

Arrivés en bas, l’inlandsis est bien sur notre droite. En face, une plage. Cela doit être le bivouac prévu pour le lendemain.

Un craquement sourd, mais sonore. Comme la foudre. Des dizaines d’oiseaux s’enfuient en même temps et en criant. Bien qu’ils soient sur la rive opposée, nous les entendons distinctement et cela fait un vrai vacarme.

Quelques photos en profitant du soleil. Mais celui-ci baisse, il est temps de rentrer. Le retour sera finalement plus rapide et moins difficile que prévu.

Nous vidons les kayaks et récupérons le linge étendu un peu partout.

Même si nous n’avons pas très faim, nous préparons le dîner car nous avons prévu un petit extra. Les coquilles de moule vides laissent à penser qu’il doit y en avoir des pleines dans la mer. Et comme celle-ci baisse, il se peut tout à fait que des moules bien fraîches soient à portée de nos mains et de nos estomacs. Quelques branches, deux allume-barbecue et le feu est lancé, malgré le bois humide. Une grille qui traînait est ramassée, installée entre deux pierres et les moules cuisent sur ce barbecue improvisé. Quelques minutes plus tard, elles filent dans notre estomac, accompagnées par une soupe chaude. Agréable. Tout comme d’être au coin du feu, même s’il ne chauffe pas fort. C’est réconfortant et tellement plus plaisant que la pluie.

Le soleil couchant illumine les montagnes devant nous. Dans la pénombre croissante, elles ressortent vivement et prennent une teinte jaune orangée.

Après la vaisselle et le rangement, il est temps d’aller au lit. Une petite douche au gant et, épuisés mais heureux, nous filons dans nos sacs de couchage.

Il fait nuit et il commence à faire frais. La nuit risque d’être glaciale, les nuages n’étant plus très nombreux.

Je finis de charger le téléphone GPS avec la petite batterie d’appoint. J’avais installé le chargeur solaire cet après-midi et même sans soleil, il a un peu chargé. En espérant du soleil demain pour tout recharger.

Pour profiter de la marée descendante, puis montante, il va falloir se lever tôt demain. Il est 22h15, j’allume mon téléphone pour régler le réveil. Il est glacial, la batterie est vide… Le chargement n’a pas fonctionné, l’électronique n’aime pas le froid… Et donc pas de réveil…

Nous verrons cela demain… Mais dorénavant, je placerai ces appareils plus proches de moi, dans le sac que je place sous mon oreiller pour le surélever un peu, afin qu’ils profitent un peu de la chaleur que je dégage.

6 septembre – Mardi

Taraudé par ma douleur à l’épaule, je me réveille de nombreuses fois pendant la nuit. Vraiment pas de chance de se blesser à cette partie du corps vaguement utile pour le kayak juste avant de venir au Groenland… Mais il n’y a pas grand-chose à faire à part continuer à m’enduire d’anti-inflammatoire… La nuit n’est plus noire. Ce mal lancinant me tient éveillé. Impossible de trouver une position confortable et indolore. Ou peut-être est-ce la peur inconsciente de se lever trop tard.

Pourtant je n’ai pas du tout envie de me lever. Je me sens fatigué, j’ai un mal de tête terrible. Pas bien, pas bien du tout. Je n’ai sûrement pas assez bu hier. Allé un Doliprane, je m’habille et je vais chercher le petit déjeuner dans les kayaks. Nous avons oublié de le prendre hier.

Dans l’aube naissante, mes premiers pas confirment cette malheureuse impression, je ne suis pas bien du tout. Tant pis, il faut faire avec et attendre que le comprimé fasse effet. Nous avons rattrapé notre retard hier et l’inlandsis nous attend. Ce serait dommage de gâcher le difficile effort effectué hier.

Le petit déjeuner ne passe pas, je ne mange que la moitié des céréales. J’ai l’âme d’un aventurier, mais pas le physique !

Nous démontons notre campement dans la faible lueur du jour naissant. Et nous apprécions grandement de ne pas le faire sous la pluie. Cela permet de retarder au dernier moment le frais enfilage des combinaisons étanches, lorsque tout est déjà plié et rangé.

Le but était d’être loin à 7 heures, à l’inversion de la marée, pour profiter du courant descendant. Nous partons à sept heures trente, malgré tous nos efforts. Et nous sentons rapidement que le courant est contre nous. Le soleil fait de timides apparitions, entre les quelques trous de la fine couche nuageuse.

Pour remédier à notre problème de batteries vides, je bricole une petite attache entre mon gilet de sauvetage et le chargeur solaire. Une fois le soleil apparent au-dessus des hauts reliefs, cela semble fonctionner… Sauf que… Le chargeur est dans mon dos et le soleil bien en face… Cependant le peu de charge fournie par la luminosité semble suffire à faire fonctionner l’application GPS. Mais mon téléphone ne cesse de vibrer pour me signaler que la batterie est vide. C’est énervant de sentir cette vibration quasi continuelle. Je change le mode après m’être battu pendant plusieurs minutes avec ce maudit appareil. Impossible d’enlever la signalisation « batterie faible ». La moins mauvaise option est un bip-bip.

L’eau de la baie est ce matin d’un vert sombre. Mais toujours calme et d’une incroyable transparence. Comme hier, le courant contre s’accélère au niveau de la passe. Mais nous la passons sans encombre, il suffit juste d’appuyer un peu plus sur les pagaies.

A la sortie de la baie, nous virons à droite. Sur notre gauche, en arrière-plan, une petite tranche d’inlandsis.

Dans mon dos, lorsque je rame, le mouvement de mes épaules fait frotter le chargeur sur le kayak en faisant un bruit désagréable. J’ai l’impression d’avoir une meute de corbeaux derrière moi… Plus le bip-bip… Autant pour le silence dans le grand nord !

Malgré le courant contraire, nous avançons d’un bon rythme. Cinq kilomètres et demi à la première heure. La mer est calme. Seul un léger frémissement causé par un petit vent la parcourt. Que c’est agréable ! Les kayaks glissent et filent sur l’eau. Une douce sensation. Deux petites vaguelettes se forment sous l’étrave du kayak lorsque celui-ci coupe l’eau immobile. Près du bord, là où la profondeur est faible, nous nous rendons bien compte de la transparence de l’eau, dont la couleur tire plutôt sur le vert. Les roches immergées sont clairement visibles.

Le passage où nous nous sommes engagés est cerné par de hautes falaises, surtout sur notre gauche. Celle de droite baisse régulièrement. C’est une péninsule et nous devons en faire le tour. Plus la crête sera basse, plus nous nous rapprocherons du virage. Notre passage se rétrécit et le courant se renforce d’autant. Mais l’allure reste bonne, d’autant que le soleil perce maintenant complètement les nuages. Un ciel bleu limpide et sans nuages s’annonce.

De nombreux torrents sillonnent les côtes escarpées. En plusieurs endroits, ce ne sont que des ruissellements sur la roche nue. Au contact de cette eau, la pierre prend une couleur rouille. L’eau doit être chargée en fer et les ions métalliques doivent se déposer pour donner cette teinte.

Au bout de deux heures, nous arrivons au bout de la péninsule, tournons à droite pour doubler le cap qui en marque la fin et nous commençons à remonter l’autre rive. Nous retrouvons les icebergs qui viennent de l’inlandsis. Notre objectif de la matinée. Nous faisons une pause-goûter. Arrêtés sur l’eau, nous nous rendons compte que nous reculons ! Bizarre, le courant devrait être dans l’autre sens, dans notre sens…

Nous repartons, et nous devons nous rendre à l’évidence : le courant est bien contre nous ! Je n’y comprends rien. Peut-être que les horaires de marée que j’ai sont faux. La galère…

Heureusement, le spectacle nous fait oublier nos malheurs de courant. Les glaçons sont nombreux et de toutes tailles. C’est ce qui s’appelle naviguer au milieu des glaces ! Et le tout sur une mer calme et sous un soleil radieux. C’est l’occasion de belles photos. Enfin quand mon kayak le veut bien, car le temps de sortir l’appareil, il a vite fait un demi-tour !

Et soudain, alors que nous quittons le bord du fjord pour son centre, car notre bivouac est sur son autre rive, ce fameux mur de glace nous apparaît. L’inlandsis ! Et c’est exactement cela. Un mur, une barrière. Il nous semble tout proche, nous y serons vite arrivés.

Les minutes défilent, le spectacle est magnifique, le mur de glace aussi impressionnant. J’ai toujours mes corbeaux dans le dos. Mais plus de bip-bip… Tiens, je regarde : l’appareil est éteint… Etonnant avec le brillant soleil que j’ai maintenant dans le dos. Encore un truc qui ne fonctionne pas. Le chargeur ? Le téléphone ? Bon, je verrai cela à l’arrivée.

Enfin, si nous arrivons un jour. L’inlandsis semble toujours aussi proche, mais il n’a pas vraiment bougé… Son immensité perturbe notre perception.

Les minutes défilent et avancer devient difficile, les bras et les jambes sont à nouveau douloureux. Comme un remake de la veille. Finalement, heureusement que je n’ai plus le GPS, le moral ne survivrait peut-être pas à la lecture de la distance restante. J’enchaîne les bâillements, le mal de tête revient doucement. Je crois que je suis épuisé… Mais cette fois, je bois.

Tiens, sur ma gauche, comme une tête brune hors de l’eau. Cela doit encore être un de ces oiseaux qui fait de la plongée… Et non, cela n’y ressemble pas. La tête tourne de tous les côtés. Ah, pour une fois que je n’ai pas monté mon téléobjectif pour que ce soit plus pratique… La tête me fixe puis plonge. J’avais pourtant essayé de m’approcher discrètement. Cela ressemblait à un phoque. Dommage, j’attends quelques instants qu’il réapparaisse. Mais non… Et je ne sais pas combien de temps un phoque peut rester sous l’eau.

Nous poursuivons… C’est difficile. Beau mais difficile…

Quelques longues minutes plus tard, nouvelle tête brune à la surface. Nouvelle tentative d’approche, nouvel échec. Car nouveau plongeon… Est-ce le même ? S’il réapparaît une nouvelle fois et qu’il me fait un clin d’œil ou un signe de la patte, c’est que c’est bien le même et qu’il se moque ! Ses ancêtres ont dû lui apprendre qu’il fallait éviter l’homme en kayak. Pourtant avec ma combinaison orange, mon gilet de sauvetage bleu, mon kayak violet et ma pagaie rouge, je ne suis pas certain d’avoir l’air d’un chasseur essayant de se camoufler. A moins qu’il n’ait eu peur de mes corbeaux…

Le mur de glace est réellement impressionnant.

Sur la droite, je vois enfin l’endroit où nous étions hier en promenade. Que d’images en aussi peu de temps. Quelques (toujours) longues minutes plus tard, j’aperçois enfin la plage que je m’étais fixé comme objectif de bivouac. Juste avant d’y arriver, quelque chose m’attire l’œil sur la gauche. Non ?... Et si… Une demi-douzaine de structures franchement pas naturelles dans ce décor lunaire de cailloux et de rocaille. Des dômes à multiples facettes qui font très expéditions scientifiques. Pour confirmer cette impression de non-solitude, une embarcation à moteur apparaît et rompt le silence près de l’inlandsis sur la droite.

Sympa la tranquillité du bout du monde ! Nous nous posons tout de même sur la plage. L’endroit n’est pas idéal. L’inlandsis semble encore loin et la proximité de ces gêneurs me trouble. Après un bref conciliabule, nous décidons de tenter notre chance un peu plus loin.

Et les coups de pagaies s’enchaînent à nouveau. Même si la petite pause a fait du bien, c’est de nouveau difficile. Les criques se suivent. Mais aucune n’est accessible ou « bivouacable ». Et c’est long. L’inlandsis est toujours loin, très loin. Je songe au demi-tour quand j’aperçois une forme violette dans l’eau… De loin, on dirait un cerf-volant. De près, on dirait une tente. C’est une tente. Montée, mais dans l’eau et verticale, l’entrée vers le haut. Une partie flotte. Une partie vaguement cylindrique et de bonne taille. Une pensée morbide m’effleure. Elle m’effleure tellement que je n’ose y toucher, à peine de la pagaie… Non, c’est impossible… Au contact de la pagaie, c’est mou. Bon… Très courageux, je me rapproche… Mais lentement… J’ouvre… Rien de terrible, ce ne sont que trois ou quatre matelas en mousse pliés en deux… Que faire à part laisser ça comme c’est. Impossible de la bouger. Vraiment sympa ce bout du monde. Quelle surprise après le prochain cap ? Boîte de nuit sur la plage ? Allons voir derrière ce cap, je n’en suis plus très loin, on ne sait jamais, il y aura peut-être un bon coin…

Et enfin, au loin, apparaît une petite plage, accostable… Ouf… En espérant que ce lieu soit aussi bien qu’il le paraît.

Et finalement, cet endroit est merveilleux ! Cela valait vraiment la peine de se donner autant de mal. Un petit bout de sable fin, comme une vraie plage des tropiques, la beauté du paysage, la couleur et la pureté de l’eau n’ayant rien à envier aux plus beaux sites sur terre. Pour poser la tente, une zone plane de sable gris relativement à l’abri. Un ruisseau juste à côté pour l’eau. Des pierres en quantité pour s’asseoir et pour faire sécher le linge. Et un petit coin sympa bien à l’abri pour préparer le repas et manger, à côté du ruisseau.

Le soleil brille et à l’abri du vent, il fait bon. Je fais le malin torse nu. Mais après s’être changés, il faut étendre les affaires mouillées sur des cailloux au soleil, décharger et manger. Après le repas, jambon de Bayonne, couscous et brownies, la tente est vite montée. Je suis réellement fatigué. Et il fait si bon dans cette tente au soleil… quatorze heures quarante-cinq, il y a encore du temps pour l’après-midi. Je m’allonge donc dans la tente. Par la « porte » laissée grande ouverte, le soleil me chauffe le dos… un régal, un bonheur… Je sombre rapidement.

Un peu plus d’une heure plus tard, je saisis mon appareil photo et nous décidons d’une petite promenade.

A table, nous avons décidé de revoir notre parcours et notre emploi du temps. Une des possibilités était de se faire récupérer par Jacky à Narsaq s’il y avait un problème ou si nous changions nos plans. Il nous avait proposé le onze. Au vu de notre fatigue (certainement plus de vingt-cinq kilomètres aujourd’hui) et de la beauté du lieu, il est hors de question de mettre les fesses dans le kayak demain. Donc demain, nous restons ici, puis nous refaisons un itinéraire pour Narsaq avec des étapes plus petites.

Et donc maintenant, direction les hauteurs juste derrière le campement vers l’inlandsis. Comme partout depuis le début, des pierres sont visibles sur les crêtes, certaines en équilibre bien précaire. C’est étonnant de voir ces rochers sur les sommets comme s’ils y avaient été déposés par des géants. Un glacier les a amenés et les a laissés en fondant...

Comme hier, nous montons le long d’un ruisseau qui a creusé la montagne et adouci la pente. Le terrain est ici aussi un champ de cailloux. Certaines pierres ont peut-être parcouru des centaines de kilomètres avant de finir ici. Et il y a des milliers d’années… En plus de sa beauté ce lieu est vraiment différent, d’un autre temps, d’une autre terre.

En nous retournant, nous voyons notre tente, posée sur la petite plage, côtoyant les pierres et devant une mer bleue avec quelques glaçons blancs. Petite tache orange et seule trace humaine dans ce paysage sauvage.

En passant une nouvelle crête, nous restons interdits, muets de stupeur, ébahis par le spectacle. C’est grandiose. Tous les efforts et les sacrifices sont oubliés. « ça » les méritait. Face à nous, de l’autre côté de la baie, le mur de glace blanc, l’inlandsis, ce pourquoi nous sommes venus ici. C’est indescriptible. D’ailleurs nous n’essayons pas. Nous nous asseyons, et pendant de longues minutes de silence, nous savourons ce cadeau de la nature. La mer est bleue et calme, la glace est blanche et immaculée, le ciel est limpide, le soleil brille de tous ses feux derrière nous.

Ce monument nous trouble et nous avons de graves problèmes d’échelle avec lui. C’est gigantesque. Le bateau de nos « scientifiques » passe devant. Il est minuscule…

La falaise verticale au-dessus de l’eau doit mesurer trente ou cinquante mètres. Derrière, la hauteur du mur de glace doit dépasser les deux cents ou trois cents mètres. Quant à la largeur, des centaines de mètres.

Quelques photos bien sûr. Une pensée pour la crème solaire et nous envisageons déjà la promenade de demain. Ah si nous pouvions grimper sur cet immense glaçon !...

Mais il faut déjà redescendre, préparer la nuit et le repas.

Soudain le vent vire de quatre-vingt dix degrés, plein ouest et se met à souffler violemment. C’est vraiment curieux ici. Des oiseaux volent très haut, justement à l’ouest. Se passerait-il quelque chose ?

Craignant pour la tente, je mets des cailloux de bonne taille sur les sardines, je retends les ficelles et j’érige un mur de pierres devant la tente afin d’éviter (un peu) les courants d’air. Dérisoire protection… Ce vent attire le froid. Ce sera donc un dîner à l’abri. Nouilles chinoises et un petit flan qui passe très bien !

Une petite douche au gant, demain c’est lessive et shampooing.

Il fait nuit maintenant. Je vais jeter un coup d’œil dehors. On ne sait jamais, le ciel étant dégagé, si jamais une aurore boréale faisait son apparition…

L’inlandsis est également impressionnant par son bruit. Il gronde régulièrement. Comme un orage un peu éloigné. Cela aussi est impressionnant. Quel lieu fantastique…

Et demain c’est grasse mat’ !

7 septembre – Mercredi

Par trois fois, nous ouvrons la tente cette nuit pour scruter le ciel étoilé en espérant apercevoir des aurores boréales. Et nous en voyons les deux premières fois. Assez peu lumineuses, mais tout de même, ce sont des aurores boréales ! De longues traînées verdâtres qui ne laissent aucun doute. J’ai souvent eu le sentiment que les photographies très lumineuses d’aurores boréales ne reflétaient pas la réalité, mais provenaient d’un très long temps d’exposition. Mais il est tout de même possible qu’il en existe de bien plus marquées que celles dont nous sommes témoins cette nuit. Nous sentons également la grande fraîcheur de la nuit… Je supporte très bien la capuche du sac de couchage.

Au réveil, le soleil brille et éclaire fortement la tente. Quel plaisir… Il la réchauffe également, c’est nettement perceptible. Au chaud dans mon sac de couchage, je profite de l’instant. Au bruit continu du ruisseau s’ajoute les sourds grondements de la glace et parfois le cri d’un oiseau qui passe.

Même si la nuit a été sèche, le haut de mon sac de couchage et la paroi de la tente au-dessus de ma tête sont encore constellés de gouttes d’eau. L’humidité de ma respiration et la chaleur humide dégagée par mon corps doivent venir se condenser sur ces surfaces froides.

Aujourd’hui il faut appeler Jacky pour l’informer de nos nouvelles intentions.

Il va également falloir recharger tous les appareils électroniques : téléphone, batterie et lampe. Une bonne journée de soleil devrait y suffire largement. Hier j’ai découvert un faux contact entre le câble du téléphone et le contacteur du chargeur. Cette imperfection explique le mauvais fonctionnement de l’installation sur le kayak.

Je me sens bien mieux aujourd’hui. Une bonne nuit de sommeil fait du bien. La présence du soleil doit également jouer sur le moral, et donc sur le physique.

Il commence à faire bien chaud sous la tente. Il est temps de se préparer et de déjeuner. Nous avons une journée chargée !

Un coup d’œil dehors. Un soleil magnifique, pas un nuage, pas de vent. La mer est lisse comme un miroir. Un décor de carte postale, comme nous en rêvions.

C’est sans aucun doute l’un des plus beaux petits-déjeuners de ma vie. Assis sur une grosse pierre, face à l’immensité du glacier, avec un soleil qui réchauffe ce petit matin au grand nord et qui se reflète en mille diamants sur l’océan turquoise. La mer se ride légèrement par l’effet d’une minuscule brise qui se lève. Insuffisant toutefois pour troubler la parfaite quiétude qui nous entoure. Les reflets des reliefs et des icebergs sont quasi-parfaits, à peine troublés. Aucun remous, aucune vague ne vient s’échouer sur la plage. Quelques glaçons se sont échoués sur la rive pendant la nuit. Le soleil rasant les rend translucides, dévoilant les détails à l’intérieur.

Quelques photos bien sûr, il faut profiter du cadre enchanteur et de la clémence des éléments.

9h30. Nous sommes prêts. Lavés, rasé, brossés… Nous testons le shampooing sec. Ce n’est pas extraordinaire, mais l’impression après sa pulvérisation est meilleure que sans.

Je téléphone à Jacky avec le téléphone satellite. Cela fonctionne parfaitement. Il nous donne rendez-vous à Narsaq le dimanche onze à quinze heures quinze. Il m’a également donné un petit aperçu météo : beau temps jusqu’à demain midi, puis cela se couvre avec risque de pluie et vent de sud.

Comme nous n’avons plus de sac à dos pour la randonnée, un sac étanche en bandoulière fera l’affaire. Nous prévoyons de déjeuner près du glacier et nous emportons tout le nécessaire.

Les batteries chargent, le linge sèche, l’inlandsis gronde. Tout est en ordre et nous sommes prêts. En route !

Comme hier soir, nous progressons le long du ruisseau, sur un sol inégal composé de pierres plus ou moins stables. Bien évidemment, il n’existe aucun chemin.

Ce pays est vraiment surprenant. En quelques mètres, nous alternons les champs de cailloux, de graviers, de sable, d’énormes rochers… C’est étonnant. Là où l’eau passe, les pierres sont lisses et arrondies. Ailleurs, elles sont brutes, aux arêtes vives. Certaines sont énormes, plusieurs mètres de haut. Quelle force doit avoir la glace !

Hier, nous avions aperçu une crête de rochers entrant dans l’inlandsis. C’était notre objectif. Sur cette crête, il doit y avoir une magnifique vu sur le glacier et son immensité. Nous reprenons le chemin emprunté hier. Puis nous bifurquons vers la mer pour rejoindre une large plage de sable où de nombreux petits glaçons sont échoués. Le sable est sombre. La progression est difficile, la pente est parfois raide et le sol, mélange de sable, de gravier et de roches de toutes tailles, est instable. Chaque pas est risqué, l’attention doit être soutenue. Passer par la plage devrait nous faciliter la progression. Et l’accélérer.

Une fois sur cette grande plage, nous poursuivons le long de la mer. Finalement, nous ne regrettons pas notre lieu de campement, il est bien plus agréable et abrité.

Au détour d’une petite dune, nouvelle surprise, comme ce pays sait nous en réserver ! Une tente. Décidément, impossible d’être tranquilles… Et non, finalement ce n’est pas une, mais plusieurs tentes que nous découvrons. D’abord un grand dôme bleu et rouge, puis une structure à facettes type scientifique et enfin plus à droite, en hauteur au milieu des rochers, quatre tentes simples, violettes. Du même type que celle vue hier dans l’eau. Et le dôme « scientifique » ressemble lui à ceux aperçus à notre escale hier…

Le campement est silencieux et trois des quatre tentes ont un aspect curieux, comme si elles étaient ouvertes. Nous n’apercevons personne. Nous n’osons pas aller voir, mais notre chemin nous fait nous rapprocher. Les trois tentes ont effectivement un aspect bizarre, puisqu’elles sont retournées ! Elles gisent sur l’un de leur côté. Ce qui explique l’aspect curieux perçu de loin. Des matelas en mousse sont à l’intérieur. Ce sont donc bien les sœurs de la fugueuse immergée qui a dû s’envoler et flotter quelque temps avant de s’enfoncer dans l’eau. Le camp semble donc abandonné.

Nous nous approchons du dôme bleu. Un torrent de boue et d’eau passe à l’intérieur. Les occupants ont dû partir il y a un certain temps. N’y tenant plus et au cas où, je regarde à l’intérieur. Des réserves de nourriture, des plaques de cuisson au gaz, de la vaisselle, etc. Une cuisine. Nous regardons ensuite sous le dôme « scientifique » beige. Une grande table, une dizaine de grands seaux retournés servant de sièges, quelques outils. En ordre. L’état d’usure des tentes laisse penser que les occupants sont partis depuis longtemps.

Distraits par ce campement, nous ne nous sommes pas aperçu que nous étions arrivés au pied de l’inlandsis. Nous ne l’avions également pas remarqué car il n’est pas immaculé ! Au contact des graviers et du sable sombres, il a pris une teinte allant du marron au noir. Mais c’est bien lui, sale, mais c’est lui !

Nous nous en approchons. Et soudain, je sens mon pied s’enfoncer, le sol n’a pas la résistance habituelle. Cependant il ne cède pas, il est élastique. C’est une surface lisse et noire. Et c’est un peu comme si je marchais sur un trampoline. Sauf que je ne tiens pas à savoir ce qu’il va se passer si je passe à travers et ce qu’il se trouve en dessous. Prudemment, mais rapidement, je bondis vers une zone plus sûre… Curieuse, vraiment curieuse, cette structure du sol. Mais peu rassurante…

Nous poursuivons vers le bord de mer et nous arrivons au pied d’une falaise de glace d’une bonne dizaine de mètres de hauteur. Malheureusement, elle est loin d’être immaculée. Le blanc sale côtoie le gris et le noir. Sa surface verticale est percée de quelques trous et striée. Comme pour une montagne, différentes couches correspondant à différentes époques sont visibles. Sa face supérieure est légèrement inclinée et légèrement ondulée, la pluie et le vent devant adoucir les aspérités naturelles. Plus loin, nous voyons la falaise de glace blanche surplombant la mer, si proche et si loin en même temps. Entre cette falaise noire et la mer se trouve une petite plage de cailloux de quelques mètres de largeur. La suivre nous permettrait de progresser rapidement. Mais cela nous ferait passer au pied de la falaise noire et ne serait absolument pas prudent. Si elle venait à céder…

Nous choisissons donc de rebrousser chemin. Nous allons tenter d’atteindre notre objectif en longeant le glacier par le haut.

En remontant, près d’un petit ruisseau qui ressemble à tant d’autres, mon pied s’enfonce brutalement avec un doux bruit de succion… Sous une fine couche de gravier totalement anodine se cachait une bonne couche de boue grise. Mes chaussures et mon bas de pantalon ont droit à un relooking express ! Petite séance de nettoyage au ruisseau suivant. Heureusement, le tout étant étanche, je m’en tire bien ! Chaque pas peut recéler un piège ici, il faut vraiment y prêter attention.

Nous commençons à monter le long d’un torrent. C’est abrupt, mais moins qu’à côté. Nous avons alors le choix : soit suivre ce torrent et avancer par les hauteurs, soit obliquer à droite et essayer d’avancer entre la falaise rocheuse et l’inlandsis. Nous choisissons la seconde option. Quelques mètres plus loin, en position horizontale et les deux mains dans la boue, je propose de suivre la première option…

La montée est difficile, la pente est raide au milieu de rochers bruts et parfois instables. Au bout de longues minutes d’efforts, nous obliquons vers la droite, vers des endroits où la roche nue apparaît. Cela semble plus facile, les bords du torrent devenaient trop pentus.

Vers midi, nous comprenons que nous n’irons pas beaucoup plus loin et certainement pas jusqu’à notre objectif. Un dernier effort et nous arrivons sur un point haut, une petite terrasse avec une vue exceptionnelle sur la baie et les glaciers. Et toujours, des pierres posées un peu partout sur les points hauts ou en équilibre sur les crêtes et les sommets. C’est indescriptible, d’une beauté fascinante. Tous nos efforts étaient mérités. Nous avons une vue plongeante sur les falaises de glace qui vont du blanc pur au bleu transparent. Et le glacier se poursuit bien après ces falaises. Sa surface est striée, ondulée, accidentée. Le blanc côtoie le bleu et le marron. Ses bords en contact avec la roche ou le sable sont marrons ou noirs.

Notre GPS indique une altitude de 230 mètres. Le glacier en face va bien plus haut.

Des morceaux de la falaise de glace sont proches de la chute, fissurés ou en surplomb. Je prends quelques photos avec mon téléobjectif en priant pour que la chute arrive à ce moment-là. Mais rien ne tombe…

Ce paysage exceptionnel couvre presque cent quatre-vingt degrés, de la falaise de glace à gauche à la sortie de la baie à droite. Nous pouvons même apercevoir la petite baie où nous étions avant-hier.

Nous décidons de déjeuner sur cette extraordinaire terrasse.

A part quelques oiseaux, dont certains rapaces de bonne taille, nous n’avons vu aucun autre animal. Des traces sont pourtant nombreuses. Rennes, chèvres ou équivalent, renard. Mais rien à portée de regard… Ils doivent être très craintifs.

Pendant le repas, nous ne perdons pas une miette du spectacle. Le calme et le silence sont également impressionnants. Seuls quelques cris d’oiseaux et les grondements réguliers de la glace viennent rompre cette impression d’isolement, d’être seuls au monde.

Nous apercevons également le campement abandonné. Entre la couleur sombre du sol, les tentes renversées, les autres laissées pleines et les pièges au sol, cet endroit est vraiment lugubre…

Le temps commence à se couvrir. Une couche en haute altitude commence à voiler le soleil et quelques nuages bas arrivent également par-dessus la barrière montagneuse derrière nous.

Le repas terminé, il est temps de redescendre. Nous profitons de notre vue en hauteur pour choisir notre itinéraire. La descente est bien plus rapide, mais parfois périlleuse. Par moment, nous nous demandons même si ce que nous faisons est vraiment sensé…

Sur le chemin du retour, nous voyons de nouvelles incongruités. Une roche fendue en deux, par le gel certainement. Une zone brûlée d’à peine une dizaine de mètres de diamètre avec des résidus de bois carbonisé. Comme si un arbre était présent ici et qu’il avait pris la foudre. Et surtout nous croisons plusieurs pyramides de sable. Des dizaines, voire des centaines de fines strates horizontales les composent. Comme si le sable avait été fortement compacté. Au touché, c’est solide, mais légèrement friable. Surprenant…

15h30. Retour au campement. Après avoir bien transpiré, une bonne douche nous fera du bien. Elle prend la forme d’une casserole d’eau chaude. A l’abri du vent et malgré le maigre soleil, il ne fait pas trop froid et nous n’avons pas honte de montrer nos fesses au glacier. Cela fait un bien fou… La pudeur nous empêche d’immortaliser ce moment sur la pellicule…

Un petit goûter nous fait beaucoup de bien.

Nous rangeons les affaires mises à sécher.

Sans le soleil, le froid arrive vite. Le dîner sera certainement au chaud dans la tente.

Je crois que c’est avec tristesse que je vais quitter cet endroit demain…

En repensant à cette randonnée, je me rappelle l’échange tenu avec la vendeuse de chaussures de marche :

- « Vous allez où ? »

- « Au Groenland… »

- « Ah… Connais pas… »

- « Moi non plus. Cela doit être type moyenne montagne. Sans trop de cailloux… »

Pas trop de cailloux… Presque !

Petite soirée tranquille et reposante, dans la tente à cause du froid, à discuter de tout et de rien et à préparer la suite du voyage.

Nous dînons de bonne heure, le but étant de se coucher tôt pour une bonne nuit de sommeil réparatrice et attaquer dès l’aube. Lever au lever du soleil, départ vers huit heures pour profiter de la marée descendante qui doit durer jusqu’à dix heures trente. Escale prévue à la pointe de la péninsule que nous avons doublée hier. En passant, j’y ai vu une plage accessible et un endroit plat susceptibles de nous accueillir. Une quinzaine de kilomètres prévus.

Je crois que nous avons du mal à réaliser où nous sommes et ce que nous faisons… C’est complètement irréel de voir notre tente plantée au milieu de ce milieu inhospitalier, ce désert de cailloux et de sable, dans ce froid mordant, face à cet immense bloc de glace… Ce tout petit espace de survie, si fragile, loin de tout, au bout du monde…

8 septembre – Jeudi

Le jour se lève. La couche nuageuse est toujours là. Il faut commencer à se préparer.

Le petit déjeuner se termine et la mauvaise nouvelle arrive. Trop vite, trop tôt. Le crépitement que nous ne connaissons que trop bien recommence. Aïe, la pluie… Un peu en avance sur l’horaire. Et c’est donc dans ces tristes conditions que nous démontons notre campement.

8h30. Tout est prêt. Vraiment pas logeables ces kayaks, nous avons toujours autant de mal à tout caser dans ces embarcations… Un dernier regard en arrière et c’est parti. Le mauvais temps atténue quelque peu la tristesse de quitter ce lieu magnifique. Le plafond et la visibilité dégringolent, la pluie tombe de plus en plus fort.

Il y a beaucoup de glace sur l’eau. C’en est même parfois impressionnant et difficile à naviguer. Je préfère éviter de toucher la glace avec mon kayak en matière plastique. Je n’ai pas une grande envie de rejouer la tragédie du Titanic. La mer est calme et le courant nous aide. Dans cette baie, le courant semble toujours aller dans le même sens. Du moins en surface : quelque soit l’heure et la marée, nous avons toujours vu les icebergs aller de gauche à droite, vers la sortie de la baie. Et c’est pourquoi, à notre arrivée avant-hier, nous étions désespérés de voir que le courant était contre nous alors que la marée montait. Je crois avoir l’explication de ce phénomène curieux. Du fait de la proximité de cet immense glacier, la baie reçoit une quantité phénoménale d’eau douce provenant de la fonte de la glace. Et il faut bien que toute cette eau s’évacue…

Je navigue plus au centre de la baie, je ne revois donc pas la tente fugueuse qui était près du bord. Peut-être a-t-elle même coulé ou a été ramassée. Mais nous distinguons beaucoup mieux le camp « scientifique ». Je compte cinq dômes à facettes, dont un plus gros, plus arrondi. Le camp est légèrement en hauteur, sur une butte dénudée. A ses pieds, sur la plage, le bateau pneumatique rouge est au repos. J’arrive à distinguer quelques silhouettes en combinaisons rouges se déplaçant entre les tentes. Devant le camp, un gros iceberg et une nuée de mouettes, soit sur l’eau, soit sur l’iceberg, soit sur des petits glaçons. Elles s’envolent toutes à notre passage et passent à quelques mètres au-dessus de nos têtes.

Je profite de quelques accalmies pour prendre quelques photos. Sombres certainement. C’est vraiment dommage cette pluie, je voudrais passer mon temps l’appareil à la main…

Dans la brume, nous apercevons une forme noire flottant au milieu des icebergs sur notre gauche. Avec la distance et le manque de luminosité, nous n’arrivons pas à distinguer ce que cela peut bien être. Mon imagination bat son plein. Cela ressemble à un tronc d’arbre couché, mais c’est improbable vu l’absence de forêts. Nous bifurquons et allons voir. Ce n’est finalement qu’un iceberg noir qui doit provenir du bord du glacier et qui tire sa teinte sombre de son contact avec le sol.

Peu à peu, le vent forcit et la mer se creuse. Les rafales deviennent même violentes. Jacky nous avait prédit un vent de sud. Celui que nous subissons vient de notre travers gauche alors que nous faisons route au sud-sud-est. Pour le vent, je dirais donc bien qu’il arrive du nord-est… Mais avec tous ces reliefs, il doit tourbillonner sans cesse.

Avec ce vent, mon kayak rebelle s’en donne à cœur joie pour me compliquer la vie. Pour chercher un maximum d’abri, nous quittons le centre de la baie pour longer les falaises sur notre gauche, le vent y est un peu moins sensible. Pour arriver à aller droit, je ne rame que du côté gauche et en prenant le plus de levier possible, j’ai la main droite qui touche la pelle droite. Et je ne ménage pas ma peine.

Lors d’une rafale plus forte que les précédentes, je n’ai pas d’autre choix que de plonger ma pelle droite pour garder l’axe. Si c’est efficace pour me diriger, cela me coupe mon élan. J’ai ramé aussi fort que je suis bête du côté gauche et cela n’a pas suffit. Pourtant… Le bras gauche en feu, je m’accorde quelques secondes de pause. Et à une dizaine de mètres, une belle tête dépasse de l’eau ! Je distingue nettement l’œil qui me regarde, les moustaches, la tête plus sombre que le cou, légèrement tacheté. Puis la tête bascule en arrière. Je vois le corps clair allongé juste sous la surface et l’instant d’après, tout a disparu… C’est ça, moque-toi !

Lors de notre départ ce matin, nous avions vu une petite tête émerger à plusieurs reprises au large de notre campement. Est-ce le même qui nous a suivi ?

Après plus de deux heures d’efforts, la petite crique que nous visons aujourd’hui à la pointe de la péninsule ne devrait maintenant plus être loin, nous approchons de la pointe. Certaines autres criques me semblent abordables, aucune ne m’apparaît idéale. Mais je les observe attentivement, si par malchance celle que j’avais vue ne devait pas être utilisable.

Avec le vent, la navigation est difficile.

Enfin la voilà. Un petit iceberg d’un mètre cinquante de hauteur en garde ou en signale l’entrée. C’est un signe ! Je me plante dans les rochers garnis d’algues quand soudain une grosse trouille…

Juste derrière moi, j’entends un énorme craquement immédiatement suivi d’un non moins énorme bruit d’éclaboussures. Je sursaute et par réflexe, je me retourne violemment. Ah oui, j’oubliais, kayak plus capuche égal retournement impossible. Je me contorsionne donc pour regarder derrière et je me rends compte que mon iceberg signalisateur s’est transformé en plusieurs petits glaçons s’agitant sur l’eau… Pff… Quel vacarme pour un si petit morceau de glace ! Une bonne montée d’adrénaline… Mon passage a dû briser ce fragile équilibre.

Je sors tant bien que mal du kayak sur les rochers glissants. Nouvelle priorité : uriner… Trente secondes plus tard, je peux enfin aller découvrir si ce lieu est utilisable. Et ô déception, il ne l’est pas. La zone est toute petite et balayée par les vents violents. Le sol est complètement détrempé.

Et donc, réinstallation dans le kayak et demi-tour. Nous allons devoir opter pour une des criques précédentes. Même en l’absence de plage, l’une d’elles est accostable et il semble y avoir quelques zones planes à l’abri un peu plus haut, soit à proximité du sommet, soit au milieu de la pente, bien marquée. Nous débarquons entre les rochers sur de la roche nue, lisse et rosâtre, et allons voir. Effectivement, il y a quelques minuscules zones à peu près planes, à peine de la taille de la tente, une vingtaine de mètre au-dessus de l’endroit où nous avons accosté. Au sommet, le sol est plus horizontal, mais inondé. Nous délaissons cette option et redescendons.

Nous hissons légèrement les kayaks et commençons à décharger et à nous installer.

Le sol n’est finalement pas si plat que cela. Il est également très humide et il est difficile de poser la tente. Les surfaces apparemment planes sont la plupart du temps trempées et bosselées. Nous finissons par nous décider pour ce qui nous semble être la moins mauvais solution et le résultat est quelques peu penché. Nous nous trouvons aux deux tiers de la pente, adossés à un mur vertical rocheux d’au moins dix mètres de haut qui nous protège efficacement du vent.

La pluie s’est miraculeusement arrêtée. Un plaisir. Après nous être changés, nous déjeunons dehors.

Et c’est également avec un grand plaisir que nous voyons apparaître à quelques dizaines de mètres du rivage, non pas une, mais deux têtes brunes ! Les deux phoques s’amusent quelques minutes, flottent sur le dos puis disparaissent sous la surface. Ils reviennent à deux reprises. Sont-ce toujours les mêmes, curieux et joueurs ?

Après le repas et malgré la pluie revenue, nous décidons d’aller visiter ce nouveau coin. C’est un lieu très escarpé, alternance de roche nue et de zones herbeuses, spongieuses et détrempées. Nous prenons nos bidons vides pour les remplir à un ruisseau car nous n’avons plus que le gros au tiers plein, soit près de cinq litres.

Nous nous rendons rapidement compte qu’il n’y a pas de ruisseaux ici. L’eau s’accumule sur les parties planes en mares ou en petits lacs, puis s’infiltre sous la surface pour former une nouvelle mare plus bas. Tant pis, nous ferons avec nos cinq litres. Malgré les pastilles en notre possession, la couleur des mares n’est pas encourageante pour y prendre de l’eau. Une vilaine couleur rouille. L’herbe n’est pas verte, elle est jaunie, ce qui donne à l’ensemble une couleur jaune orangée. Sécheresse ?...

Je n’ai pas pris mon appareil photo. Comme cela, cela fera peut-être sortir les animaux ! Et il y a cette fichue pluie…

Des animaux, il doit y en avoir ici, et en quantité. Les traces sont nombreuses : déjections, empreintes et sentes bien marquées. Près de la tente, j’ai trouvé deux grands bois de rennes. Nous en trouvons d’autres pendant la promenade, ainsi qu’un crâne complet avec les deux bois attachés.

Au détour d’un rocher, un mouvement attire mon regard. « Oh regarde, une chèvre ! Ah non, c’est un renard ! »… Effectivement, l’animal gris a une longue queue… Il file derrière un gros rocher. La discrétion ne doit pas être notre fort et nous devons faire fuir toute la faune environnante.

Nous croisons quelques empilements de pierres plates qui nous semblent peu naturels. Des tombes ?

Le plus difficile dans cette promenade est de retrouver le point de départ. Rien ne ressemble plus à un rocher mouillé entouré d’herbes qu’un rocher mouillé entouré d’herbes… Je ne suis cependant pas inquiet, je sais que nous sommes près de l’extrémité de la péninsule. Après être passés à la crique que nous souhaitions initialement, et confirmé qu’elle n’était vraiment pas optimale, nous finissons par retrouver notre campement.

Avant de partir en promenade, nous avions remonté nos kayaks et je les avais attachés par précaution à un gros rocher. Nous étions arrivés à marée basse et nous ignorions jusqu’où monterait la marée. C’était une bonne idée car leur premier emplacement est maintenant sous l’eau ! Il reste encore un bon mètre de hauteur… Cela devrait aller…

Rien d’autre à faire qu’à se mettre sous la tente à faire une petite sieste avec cette pluie…

Une pause dans le crépitement… Est-ce définitif ? Et non, quelques minutes plus tard, cela repart…

18h00. Quelques bruits sourds et louches me poussent à aller braver la pluie et voir les kayaks. Ce ne sont pas eux, c’est la mer qui cogne contre les rochers. Mais celle-ci n’est plus qu’à quelques centimètres de nos montures. Je les remonte donc d’encore deux mètres, par sécurité.

Je profite du temps libre pour planifier la suite. Au programme demain, une douzaine de kilomètres en kayak. Nous allons devoir trouver puis emprunter un étroit goulet pour rejoindre une nouvelle petite baie. Auparavant nous devrons traverser l’important fjord que nous avons déjà emprunté le deuxième jour. En espérant que le vent se calme. D’où nous sommes, nous ne le sentons pas, mais la mer semble bien agitée. Nous apercevons la rive opposée. L’entrée du goulet s’y trouve, mais je n’arrive pas à la situer précisément dans ce mélange de vert et de marron. Puis, une fois la baie traversée, il y aura un portage d’environ quatre cents mètres à faire. Cette portion piétonne nous évite de devoir contourner la grande île qui sépare les deux fjords qui rejoignent Narsaq.

Le jour baisse. La pluie ne cesse pas malgré quelques espoirs à la vue d’éclaircies au loin. C’est dommage, il y a du bois ici, nous aurions pu faire un feu. Et peut-être quelques moules. Le dîner va se faire dans la tente…

9 septembre – Vendredi

Dès l’arrivée de l’obscurité, la pluie redouble de force, martelant violemment, bruyamment et sans relâche les parois de notre tente. Autant dire qu’il est difficile de dormir sereinement et même de dormir tout court. La nuit est longue…

Il n’y a pas eu de répit. L’aube et ses espoirs arrivent tranquillement. Espoirs déçus. Avec l’intensification de la pluie, nous avons craint un renforcement du vent. Cela ne semble pas être le cas à l’examen de l’état de la mer devant nous. Cette journée risque de ressembler comme deux gouttes d’eau à la précédente.

Comme nous ne sommes pas pressés, nous en profitons pour somnoler quelques minutes de plus dans la chaleur de nos sacs de couchage, bercés par le bruit régulier de la pluie. En effet, nous ne devons emprunter le goulet qu’à marée montante, le courant contraire devant être trop fort à marée descendante. Et l’inversion de marée ne se produit qu’à onze heures vingt.

7h30. Nous nous préparons tranquillement. Le rituel est maintenant rodé. Habillage, pliage des sacs de couchage et des oreillers, un brin de toilette, petit déjeuner, brossage de dents, pliage des matelas (conservés pour un minimum de confort pendant le repas), fermeture des sacs. Puis c’est l’épreuve la plus difficile : mise des combinaisons étanches et des chaussons, froids et humides. Et enfin, pliage de la tente et rangement dans les kayaks…

Nos amis les phoques viennent nous faire un petit bonjour, toujours au même endroit, face à notre tente.

Notre site s’est transformé en un véritable marécage. Des flaques se sont créées un peu partout pendant la nuit. Le reste est une véritable éponge. Un coin de la tente est même au-dessus d’une flaque… Et c’est dans ce coin, sous une des avancées que nous avions soigneusement plié et rangé nos combinaisons étanches. A l’abri… Et elles baignent maintenant dans plusieurs centimètres d’eau. Ce sont les pantalons qui se trouvent au-dessous et quand nous les déplions, l’eau coule abondamment par les manchons des chevilles ! Cela va être encore plus difficile de les enfiler…

Et quand il fallu s’y résoudre, ils étaient encore plus froids et humides que d’habitude. Quel instant désagréable !

Une fois la tente pliée trempée et toutes nos affaires entassées dans les kayaks, c’est parti pour une nouvelle journée. Il est 10h15. C’est toujours plus long et moins motivant quand il pleut.

Après le temps exécrable de la nuit et le vent d’hier, nous redoutons vraiment cette étape dont l’essentiel sera vent de face et toute la fin à découvert lorsque nous traverserons le fjord.

Avec cette pluie, c’est finalement sur le kayak que nous nous sentons le mieux. Avec la combinaison étanche et sa capuche, elle ne se sent pas.

Pour éviter le vent, nous rasons les falaises sur notre gauche et l’eau y est assez calme. Pour le moment tout se passe bien.

A plusieurs reprises je vois un phoque à une vingtaine de mètres sur ma droite, légèrement en avant. A chaque fois, il sort la tête de l’eau, se tourne et nage sur le dos. Et disparaît au bout de quelques secondes. Ce doit être le (ou les) même(s) qui nous suit. Mais depuis quand ? Dommage que je n’ai pas un petit poisson à lui lancer. J’ai beau faire des gestes et l’appeler, il ne se rapproche pas. Curieux ou joueur peut-être, mais pas à ce point.

Arrivés à la pointe de la presqu’île, nous faisons une petite pause pour faire le point sur la navigation et jauger l’état de la mer. Celle-ci semble calme, pas lisse, mais sans gros clapot. Le fjord est encombré de glaçons dont certains sont très gros. Mais l’ensemble reste navigable. Quant à la route à suivre, il est difficile de trouver d’ici l’étroite entrée du goulet. Celui-ci n’est pas perpendiculaire au fjord et à la rive. Il entre de biais dans la montagne. Son entrée en donc en grande partie masquée lorsque nous sommes face à la côte. Nous ciblons une zone probable.

Et il faut se lancer. Contrairement à notre attente, la navigation se révèle être bien plus aisée qu’attendu et craint. Le vent est curieusement tombé et nous arrivons sans trop de difficultés à faire zigzaguer nos vieux kayaks au milieu des icebergs.

La traversée s’effectue donc sans problème. Avec encore le seul regret de ne pouvoir prendre de belles photos. Les quelques unes tentées sont très sombres. A l’est, des sommets enneigés émergent à peine de la couche nuageuse.

Comme depuis vingt-quatre heures, nous voyons qu’au loin le ciel est clair et dégagé. Alors qu’au-dessus de nos têtes, il est bas et plombé. Et nous espérons toujours que cette zone dégagée arrive jusqu’à nous. Le « c’est bon, ça se dégage ! » est même devenu une plaisanterie. Une dérisoire façon de se remonter le moral.

La zone ciblée s’avère être la bonne. Bien vu ! Le goulet est effectivement étroit. Il se réduit jusqu’à une dizaine de mètres. Vu l’eau à évacuer de la baie et la petite taille du « tuyau de vidange », le courant ici doit être violent à marée descendante. C’est très beau. La petite mer intérieure l’est également, ceinturée de montagnes verdoyantes entrecoupées de torrents.

A mesure que nous approchons de notre destination, notre incrédulité ne fait que croître. Nous refusons au début d’y croire. Et pourtant… Il faut se rendre à l’évidence : la plage est clôturée ! Et pas seulement la plage, la clôture court sur des centaines de mètres le long de la montagne. En bas, au milieu, il y en a partout… Ironiquement, je suggère que, comme dans les Landes avec les cèpes et les palombes, la chasse aux cailloux et la cueillette des galets doivent ici faire l’objet d’une sévère concurrence…

Nous accostons et mettons rapidement pied à terre pour aller voir cette incongruité. C’est effectivement un grillage à hauteur d’homme, à grandes mailles, et il se poursuit très loin. Heureusement, à quelques mètres se trouve une ouverture entre deux piquets. Le grillage est à terre et va nous permettre de passer avec nos kayaks. Derrière nous découvrons les deux petits lacs vus sur les cartes. Ces plans d’eau sombres ne font pas plus de quelques dizaines de mètres de long. Là encore, ils ont une couleur rouille peu avenante. Sur les buttes environnantes, l’herbe est verte alors qu’elle est jaunie autour de ces petits lacs. Et au loin, chose étonnante, une maison ! Que de présence humaine à cet endroit…

Autre mauvaise surprise, ce lieu est très mal fréquenté. Nous sommes rapidement assaillis par des dizaines de moucherons. Après un examen attentif de ces importuns, il s’avère que ce sont plutôt de petits moustiques. Ou de jeunes moustiques. Ils ne piquent pas, ils picotent légèrement mais c’est plus leur présence tourbillonnante autour de nous qui est gênante. Cependant, nous découvrons rapidement qu’ils laissent de petites traces rouges sur la peau, comme de petits points…

Les efforts ne sont pas terminés. Après la douzaine de kilomètres en kayak, il va falloir porter nos embarcations de l’autre côté. Les premiers mètres sont difficiles, la pente glissante de quelques mètres nous fait mal aux jambes et aux bras. En fait de portage, il s’agit surtout de tirage et de traînage des kayaks sur l’herbe humide. A bout de souffle, nous finissons par atteindre le premier lac. Les bateaux sont mis à l’eau, les faire avancer dans l’eau sera plus facile. Je m’y jette avec eux. Au début, le fond est faible, mais cela ne dure pas. En marchant ainsi dans l’eau, je soulève une poussière rougeâtre qui remonte du fond en de multiples tourbillons derrière mon passage. Plutôt que de tester l’étanchéité à la ceinture de ma combinaison, je préfère grimper dans mon kayak. Et j’arrive tant bien que mal à pagayer tout en tenant le second kayak. Arrivé au bout de ce premier lac, il faut redescendre dans l’eau, sortir les kayaks, les traîner sur quelques mètres et les remettre à l’eau dans le second lac. Cette fois, pas besoin de remonter dedans, le fond n’est pas suffisamment profond. La pression de l’eau sur le bas de ma jambe fait gonfler ma combinaison autour de ma cuisse. Lorsque l’eau passe mes genoux, la pression est trop forte et l’air emprisonné s’évacue par la ceinture. L’eau glaciale comprime alors fortement ma combinaison sur mes jambes. Au plus profond, le niveau m’arrive à mi-cuisse et je m’enfonce légèrement dans le sol meuble. La combinaison semble effectivement étanche. Du moins les manchons aux chevilles. Etanche à l’eau, à défaut du froid.

Il y a beaucoup plus de pierres de ce côté. Une fois les kayaks sortis du second lac, nous les vidons donc et nous les portons cette fois-ci complètement sur la vingtaine de mètres restants jusqu’à la plage. Là aussi le grillage est présent et ouvert.

La maison aperçue tout à l’heure est encore loin, sur une autre plage.

Après quelques hésitations dues au grillage et aux traces de la présence humaine, nous décidons tout de même de camper ici, ne sachant où nous trouverons une plage abordable plus loin. Le choix de l’emplacement de la tente est difficile, les portions planes étant quasi nulles. Près de la plage se trouve un torrent très bruyant. Nous finissons finalement par porter notre choix sur un emplacement un peu reculé, près du grillage, à l’abri des rochers et du ronronnement du torrent.

Il est alors temps de répéter le rituel du montage du campement. Les kayaks vidés, il faut monter la tente, mettre à l’abri les sacs de couchage, les matelas, les sacs de vêtements. Sortir les repas nécessaires pour le midi, le soir et le lendemain matin. Et enfin se changer. Mon caleçon long est mouillé. Cela n’a rien à voir avec une incontinence, l’eau s’est s’infiltrée pendant ma marche dans les lacs. Tester l’étanchéité de ma combinaison en me jetant complètement à l’eau me tente de moins en moins.

Pour réduire le désagrément des ces volatiles à moitié moustique et à moitié moucheron, nous pulvérisons copieusement l’anti-insectes sur nos vêtements, sur la tente et sur les rares morceaux de peau exposés à l’air libre, à savoir les mains et le visage.

Puis c’est l’heure du déjeuner. Dans la tente car la pluie ne cesse toujours pas. L’eau des pâtes en train de chauffer tient à s’y inviter également… Encore quelques affaires de plus de trempées…

Après le repas, nous nous rendons compte que le sol est bien bosselé. Mais cela ne nous empêche pas de sombrer dans une sieste réparatrice…

Au réveil, je pars seul pour une petite promenade, mes chaussures et mes vêtements de pluie étant les seuls à peu près secs.

Cet endroit pourrait être magnifique s’il n’était pas visuellement pollué par ce grillage omniprésent. Je prends tout de même quelques photos, sombres évidemment…

Un squelette à côté de bois de rennes enchevêtrés dans un morceau de grillage par terre me laisse un goût amer…

De petits fruits violets poussent en abondance. J’ai même l’impression qu’il y en a deux sortes, qui ne poussent pas sur le même arbuste. Sont-ils comestibles ?

Je trouve quelques beaux champignons mais nous préférons ne pas les manger. On ne sait jamais…

Nous décidons ensuite du trajet et du bivouac pour demain. Sur une petite île certainement, à mi-chemin de Narsaq. Une douzaine de kilomètres. Nous trouvons qu’entre douze et quinze kilomètres est une bonne distance par jour. Depuis le début, nous tournons autour de cinq kilomètre-heure de moyenne.

Le jour tombe rapidement. La pluie cesse. Nous hésitons à aller étendre un peu de linge sur le grillage. Mais au bout de quelques minutes, elle fait son retour… Il ne brûle pas en enfer, il pleut…

Entendu dans la tente, notre linge ne sèche pas. Nous allons essayer entre le matelas et le sac de couchage. Peut-être…

10 septembre – Samedi

La pluie s’est arrêtée pendant la nuit.

L’obscurité laisse la place au jour et notre espoir à la pluie, les crépitements reviennent… La pluie cesse à nouveau, puis recommence. Elle hésite… Le ciel est toujours plombé. Apparemment pas de vent.

Lorsque le martèlement s’interrompt, le silence nous interpelle. Les yeux fermés, au chaud dans mon sac de couchage, je l’écoute et j’en profite… Au loin, il y a quand même le bruissement d’un torrent. En prêtant attention, j’ai l’impression d’en distinguer deux, aux sonorités légèrement différentes, l’un sur ma gauche, l’autre sur ma droite. Le chant des oiseaux est nettement audible. Les corbeaux passent parfois si bas que le battement de leurs ailes est clairement perceptible.

Un mal de dos nous tenaille. Les efforts, le kayak, le maigre matelas, les bosses du sol, être assis dans la tente en permanence? Sûrement un peu de tout cela.

Nous nous levons et commençons à nous préparer.

La pluie s’est arrêtée depuis un bon moment. Nous en profitons pour trouver une nouvelle utilité au grillage, celui d’étendoir à linge. Les sous-vêtements portés dans le kayak, les serviettes, les gants et les torchons (notamment celui qui a servi a épongé l’eau des pâtes) sont étendus dans l’espoir qu’ils sèchent un peu. Il n’y a pas de petit profit…

L’eau est lisse comme un miroir et les reflets sont parfaits et stables. Derrière la tente, dans la petite baie par laquelle nous sommes arrivés, une très grande quantité de glaçons est entrée lors de la marée montante de la nuit. Alors qu’il n’y en avait pas un seul hier à notre arrivée. Etonnant vu l’étroitesse du goulet d’entrée.

Malgré le froid et nos amis les mousti-cherons, eux aussi réveillés et levés, je préfère prendre mon petit-déjeuner dehors, au calme face à la mer. Profiter d’un matin sans pluie.

Un petit vent se lève, c’est bon pour notre linge !

Nous finissons tranquillement de nous préparer et nous partons sur une mer très calme, à peine irisée par le petit vent. C’est beau et reposant. Et cela change des deux jours précédents.

Finalement le kayak, c’est comme le vélo en montagne, à chacun son rythme pour être bien et se sentir à l’aise.

Nous passons devant la maison jaune-beige que nous voyions du campement. Elle se trouve sur la gauche de la baie, au-dessus d’une petite plage de gravier gris, bien abritée par de hautes montagnes et à proximité d’une grande prairie relativement plane, chose rare ici. L’endroit est bien choisi pour construire une maison. En face, sur la rive droite nous découvrons une autre habitation, de couleur verte, surplombant la mer. Elle était invisible du campement, cachée par une petite colline. Les deux semblent inoccupées… Des enclos en bois sont à proximité. Un ponton délabré arrive presque jusqu’à la mer. Ces maisons appartiennent sûrement à des éleveurs qui ne les occupent qu’une partie de l’année.

Un peu plus loin, un filet de pêche et quelques bacs en plastique blanc traînent sur la rive.

Nous rejoignons rapidement le fjord principal à près de six kilomètre-heure de moyenne. Le vent arrière, le courant avec nous et l’eau calme, cela aide !

Même si le ciel est toujours uniformément couvert, l’air est clair et la visibilité est excellente. Sur notre droite, le fjord continue jusqu’à l’horizon. Les reliefs sont moins élevés et les îles plus rares. C’est l’océan libre, la fin du Groenland, que nous apercevons derrière les dernières taches grise et marron. Finalement pas si loin que ça…

Nous effectuons un quatre-vingt dix degrés gauche à la sortie de cette baie tout en long. Le vent est alors beaucoup plus fort, mais sensiblement arrière. Et surtout la mer est bien plus formée. Un clapot important vient heurter nos kayaks. Tant pis, il faut y aller. Nous poursuivons sur un bon rythme, avec le vent et malgré le courant devenu contraire. Une bonne chose, le vent étant complètement arrière, la houle est bien perpendiculaire à notre avancée et à nos embarcations. Ce qui est bien moins désagréable que de l’avoir en travers. Par moment, j’ai même l’impression d’accélérer sur ces petites vagues. Les prémices du surf !

Nous croisons deux bateaux de pêcheurs groenlandais. Nous nous rapprochons de Narsaq et l’activité humaine y est tout de suite plus importante. Ils nous ignorent superbement.

Après les pêcheurs, c’est un avion que nous entendons. Il fait des cercles, loin au-dessus de nous. Je pense tout de suite à l’hydravion que nous avions vu le premier jour. Après quelques tours, je le vois filer vers Narsarsuaq.

Nous réussissons finalement à traverser ce fjord et nous rejoignons la rive d’une grande île. Un énorme iceberg est juste devant nous. Je m’arrête pour sortir l’appareil photo et je vois une petite tête brune bien connue apparaître à la surface de l’eau, à une vingtaine de mètres de moi, sur ma droite. Cette fois, j’en profite. Mais difficile de mettre au point sur un kayak agité. De plus la visée s’effectue en rasant car, ni moi, ni le phoque, ne sommes très haut au-dessus de l’eau. J’arrive tout de même à avoir quelques clichés. Et notre ami disparaît après être passé sur le dos.

J’entends alors comme un soufflement d’air et d’eau derrière moi. Je tourne la tête. Tiens revoilà le phoque. Non ! Une dérive triangulaire ! C’est un dauphin… Cette fois, impossible d’avoir une mise au point correcte et il disparaît avant que j’ai pu prendre la moindre photo. Dommage…

Il ne pleut toujours pas mais le ciel reste très couvert. Par moment, nous distinguons un bien faible disque blanc à travers la couche nuageuse. A peine de quoi maintenir la charge de mon téléphone par le chargeur que j’ai à nouveau installé sur mon dos.

Nous poursuivons. Derrière une autre île, un autre iceberg gigantesque. En plein sur notre chemin. Il va falloir l’éviter. Prudemment nous restons à bonne distance. Surtout que nous voyons en son travers une grosse balafre. Pas de blague monsieur le glaçon ! En réalité, ce n’est pas une crevasse mais une bande de glace translucide, bien rectiligne. Mais ce n’est pas une raison pour s’approcher.

Notre destination, elle, approche. Nous entrons dans un dédale de petites îles aux côtes découpées. Grâce aux cartes, nous trouvons facilement notre baie. Deux plages distances de quelques mètres et séparées par un petit escarpement rocheux. Gauche, droite ? Au milieu de celle de droite, un ruisseau. Pour le calme, ce sera donc la gauche. L’eau y est calme et transparente. Au fond, j’aperçois de grosses palourdes. J’essaie de les attraper avec ma pagaie, mais je n’y arrive pas. Elles glissent sur la pelle et j’ai du mal à stabiliser le kayak quand je plonge la pagaie au fond. En revanche, d’énormes moules sont à portée de main près du rivage. Avant même d’accoster nous en avons une belle récolte.

Un rapide tour du site. Nous nous rendons vite compte qu’il va être difficile de trouver un petit coin pour planter notre tente. La petite bande d’herbe qui se trouve juste derrière la plage et qui nous semblait si accueillante est en réalité impraticable car gorgée d’eau. De même, toutes les parties planes que nous trouvons à proximité de la plage sont inondées. Lorsqu’elles ne le sont pas, ce sont des rochers.

Finalement, nous commençons par nous changer, grelottant dans nos combinaisons étanches. Après de longues minutes de recherche à arpenter le site, nous trouvons enfin une zone acceptable, un épais tapis de mousse sans trop d’eau dessous et autour. Mais cet endroit est à trois cents ou quatre cents mètres du rivage et y monter toutes nos affaires est éreintant. Le sol est meuble et truffé de pièges. La couche d’herbe, de mousse ou d’arbustes de plus de dix centimètres cache autant le sol que les flaques, les pierres ou les trous. Planter les sardines est très facile dans cette mousse, mais elles ne tiennent pas. Malgré leur taille, je n’ai pas atteint le sol, plus dur. Espérons que le vent ne se lève pas plus… Une fois la tente montée, nous sommes épuisés.

Le déjeuner est vite avalé, assis sur les rochers. Nous apercevons un gros rapace sur la montagne derrière nous. Et nous pouvons enfin profiter de cette magnifique prairie légèrement en pente devant nous. Le sol est multicolore. Les plantes présentes ici nous offrent une grande variété de couleurs. C’est très beau, malgré l’absence de soleil. Blanc, gris, jaune, orange, rouge, toutes les teintes de vert… Le Groenland se pare de ses couleurs d’automne.

Nous voyons une petite embarcation avec une personne à son bord passer devant nous et pénétrer dans une crique voisine. Et soudain un claquement. Puis le moteur se fait de nouveau entendre et le bateau repart vers le fjord. Un second claquement sec. Nous nous regardons. Non, cela ne ressemble pas aux grondements des icebergs. Et encore un claquement. Oui, cela ressemble plutôt à un coup de feu. Et ils s’enchaînent, espacés chacun de plusieurs minutes… Le bruit du bateau s’intensifie. Il réapparaît et entre dans notre petite baie. Au téléobjectif, je suis les mouvements du pilote. Vaguement inquiets, nous nous interrogeons sur ses intentions. Il arrête son bateau sur la rive et descend sur la plage, à quelques mètres de nos kayaks, se penche et prend un grand bac blanc. Puis il retourne à son bateau, fait marche arrière et repart. A l’arrière de son embarcation, à moitié sur le rebord gît une masse brune au ventre blanc. Ensanglantée… Un élan de tristesse nous envahit, nous qui sommes si heureux de voir leurs têtes apparaître près de nos kayaks pendant notre route.

Après cet épisode morbide et une fois la vaisselle faite, nous retournons aux kayaks pour les remonter un peu, hors d’atteinte de la marée montante. Nous en profitons également pour étaler les combinaisons étanches, trier notre nourriture et ouvrir les compartiments étanches pour qu’ils sèchent.

Nous avions prévu un peu trop en nourriture, surtout pour les goûters, que nous ne mangeons que de temps en temps. Et encore plus rarement les deux dans la même journée. Ainsi que pour quelques repas du soir. Et finalement, préparer les sachets individuels a peut-être été aussi une perte de temps et de place. Il y avait sûrement plus pratique à faire…

Nous partons ensuite pour une petite promenade vers la montagne derrière nous. Nous prenons quelques photos de la prairie colorée. Mais il n’est pas certain que cela rende bien, il fait sombre. J’ai également mis mon téléphone à charger, mais sans grand succès…

Nous passons à côté de notre sèche-linge improvisé : deux rochers, la corde…

Et nous grimpons. Là encore, nos mollets souffrent et nous avons le souffle court. Mais une fois de plus, cela en valait la peine : nous avons une vue sur presque trois cent soixante degrés sur les fjords qui nous entourent. Au loin, Narsaq, au pied d’une haute montagne enneigée. Partout, des icebergs, certains de bonne taille. Nous revoyons celui qui nous avait impressionné avec sa bande bleue en diagonal.

Nous restons de longues minutes au sommet à profiter de cette vue magnifique. Dommage que le soleil ne soit pas de la partie… En espérant que les photos fassent ressortir un peu de cette féerie…

Au milieu du fjord qui mène à Narsaq, un petit bateau approche. Puis s’arrête. Et de nouveau un claquement sec. Non ! Devant lui, nous voyons fuir cinq ou six dérives. Encore des dauphins. Au téléobjectif, je regarde ces « pêcheurs ». Ils sont trois, un aux commandes, deux autres à l’avant et, selon toutes vraisemblance, armés. Ils ne semblent pas intéressés par les dauphins. Nous suivons leur manège depuis notre observatoire privilégié. Ils tournent, accélèrent, ralentissent et tirent de temps en temps. Finalement, ils passent devant notre baie et partent vers l’est. Leur bateau me semble vide. Les savoir bredouilles nous soulage un peu.

Plus loin vers le sud-est, deux autres bateaux arrêtés. Et là aussi, des coups de feu… Est-ce le sport du samedi ici ? Ou est-ce toujours comme cela ? Nous nous interrogeons sur la légalité de cette pratique…

Nous redescendons. A peine assis sur les rochers près de la tente, nous nous rendons compte que la marée est plus haute que prévu et que le kayak que nous voyons est en partie dans l’eau. Je descends voir cela. Aïe… Nous avions mal jaugé la montée de l’eau. Le kayak bleu est à moitié dans l’eau et pas loin de flotter. Le violet est un peu moins immergé, mais les sacs poubelles posés à côté et contenant notre linge sale et nos réserves de nourriture flottent allègrement. Nos combinaisons étanches ne sont pas en reste et ont les pieds et les mains dans la mer. Cela devient une habitude… Je remonte le tout de quelques mètres.

En retournant à la tente, je me rends compte que le vent a forci et que le froid devient mordant.

Nous allons préparer le dîner. Et ramasser du bois pour nos moules. Nous décidons de dîner en bas, près de la plage, abrités du vent par les rochers qui séparent les deux petites plages. Après avoir ramassé quelques petits bois et quelques planches vermoulues amenées par la mer, j’allume le feu. En attendant qu’il prenne complètement, je remonte mettre des pierres sur les sardines, le vent commençant à souffler fort. Par sécurité… J’ai l’impression que c’est à la tombée de la nuit que le vent se lève énergiquement ici… Il y a quelques pierres plates qui conviennent parfaitement au bord d’une petite mare. Je fais plusieurs allers-retours pour que chaque piquet métallique soir couvert. Et ce n’est pas une partie de plaisir, je manque à plusieurs reprises de chuter en mettant le pied dans un trou caché. Je finis bien essoufflé…

Je ramasse également le linge qui commençait à s’envoler. Puis je redescends à la plage. Notre petit coin à l’abri du vent est idéal pour un feu de camp. Celui-ci est d’ailleurs bien parti et nous plaçons les moules sur une des planches, faute de mieux. En quelques minutes, elles sont cuites. Elles sont vraiment d’une taille impressionnante. Et bien remplies… Et même très bonnes… Il y a également quelques champignons pour accompagner la purée. Je préfère ne pas en prendre. Qu’il y ait au moins un survivant !

Ce bon dîner terminé, nous retournons à la tente nous installer pour la nuit. Celle-ci est d’ailleurs presque complètement tombée. Pas une lumière en dehors de notre dôme faiblement éclairé. Je le vois tous les soirs, mais cela continue de m’impressionner. Perdu au milieu de rien au bout du monde…

Une petite « douche » rapide au gant et au lit ! Malgré le sol de mousse, les creux et les bosses du sol sont encore sensibles…

11 septembre – Dimanche

La nuit est claire. Le vent tombe petit à petit.

Une envie pressante me pousse dehors. Le froid est saisissant surtout que je n’ai pas pris le temps de m’habiller. Je comprends pourquoi la nuit est claire : légèrement voilée, la pleine lune éclaire nettement la plaine. La vue est dégagée, les détails sont nets. Presque comme en plein jour, la couleur en moins. Si le soleil pouvait briller de la même manière demain…

Le jour nous réveille. Nous ne traînons pas et mettons rapidement le nez dehors. Contrairement à notre arrivée hier, les mousti-cherons sont absents. Nous avions dû rapidement nous asperger d’anti-moustiques. Mais ils n’ont pas l’air d’être matinaux. Ou alors c’est notre odeur qui les repousse, un mélange de citronnelle, de feu de bois et sûrement de transpiration !

Malgré le froid, nous prenons notre petit déjeuner en plein air. Le ciel est aux deux tiers bleu. Malheureusement, le tiers nuageux est à l’est et cache le soleil naissant. Les nuages progressent vers nous, le soleil progresse également vers le bleu. Cela ressemble un peu à une course. Pour le moment, les nuages l’emportent. Enfin, tant qu’il n’y a pas de pluie…

Nous nous surprenons. A huit heures et demi, nous sommes prêts. La mer est très calme, lisse et translucide. Seuls nos kayaks perturbent cette harmonie. Comme des rasoirs, nos étraves coupent l’eau en des traces nettes qui s’élargissent avec le temps. Sur les côtés de cette marque, à intervalles réguliers, nos pagaies laissent aussi leurs empreintes. L’eau est si claire que même immergées, elles restent visibles. Deux petits tourbillons pétillants de bulles d’air accompagnent leur mouvement vers l’arrière. Et quand elles reviennent vers l’avant, hors de l’eau, une kyrielle de gouttes d’eau les suit et marque la surface. En s’écrasant, la goutte se fractionne en plusieurs petites billes claires qui roulent sur l’eau verte avant de s’y mélanger en s’arrêtant.

Un petit vent d’est, de face, se lève, brouillant légèrement ce miroir liquide.

Les nuages ont gagné leur course contre le soleil. Mais dans leur précipitation, ils ont laissé quelques trouées dans leur avancée. Et au bout d’une heure d’efforts, un soleil voilé profite d’un de ces trous et nous illumine. Il fait briller de mille feux les icebergs que nous croisons.

Sur notre droite, au fond du fjord voisin, un iceberg totalement noir.

Quelques pauses photos. Il faut en profiter ! Un bel iceberg bleu turquoise attire particulièrement mon attention. Le soleil renforce cette couleur bleue et la transparence de la glace. Comme une friandise, sa surface déchiquetée et ensoleillée apparaît luisante et étincelante. Sa base est nettement creusée par l’effet de la mer et il semble composé de longs éléments verticaux. Il est magnifique. Il me donne envie de m’approcher, de le toucher. D’en prendre un morceau. Je pourrais passer des heures à le contempler…

Ses voisins ne sont pas en reste, tous d’une beauté différente. L’un d’eux est, à l’inverse, comme composé d’une multitude de couches horizontales. Un autre a un trou en son milieu, comme le chas d’une grosse aiguille. Un autre, encore, a une surface lisse et brillante comme une piste de ski verglacée au petit matin.

Un petit bateau jaune avec deux occupants s’approche. Le fusil tenu par l’un d’eux nous laisse peu de doutes sur leurs intentions et leur occupation. Ce sont bien des chasseurs. Ils sont proches de nous. Pas plus de deux cents mètres. Leur coup de feu manqué, ils mettent plein gaz et foncent sur nous. Vaguement inquiet, j’arrête de pagayer, attentif à ce qu’il va se passer. A quelques mètres de nous, ils finissent par s’écarter et passent à côté en faisant un signe de la main.

Nous longeons une île et Narsaq grandit au loin. Au bout de l’île, c’est la dernière ligne droite. La traversée du fjord et nous arrivons au port. Je reconnais les différents sites de la côte devant Narsaq, nous y étions il y a quelques jours. Déjà… La boucle est bientôt bouclée et cela sent la fin.

Les petits bateaux sont de plus en plus nombreux. La civilisation approche. Trois monstres de glace sont entre nous et la ville. Il va falloir zigzaguer pour entrer au port. Même si de loin, ils semblaient nous barrer la route, ils sont finalement suffisamment espacés pour ne pas avoir à les contourner tous. En passant près de l’un d’eux, je vois une véritable petite rivière serpenter sur sa surface et finir par tomber à la mer. Le débit d’eau est continu. Malgré le temps incertain et la faible température ambiante, les icebergs fondent à grande vitesse. J’avais déjà vu des glaçons goutter de leurs extrémités, mais jamais à cette échelle.

Nous croisons un petit bateau rapide, type Zodiac, rouge, avec une dizaine de passagers en combinaisons rouges. Il arrive de la droite, du fjord venant de Narsarsuaq. Il passe devant Narsaq sans s’y arrêter et poursuit en direction de l’inlandsis. La ressemblance avec nos « scientifiques » est trop flagrante. Et vu la direction qu’il prend, il doit se rendre à la base que nous avons aperçue près du glacier. Celle-ci nous apparaît de plus en plus comme un site touristique. Et le bateau que nous croisons doit être une nouvelle fournée de visiteurs.

A plusieurs reprises, j’aperçois des dérives de dauphins. Mais à chaque fois trop loin pour les suivre ou les photographier. Ils semblent moins curieux et plus craintifs que les phoques. Ils ne s’approchent pas de nous.

Malgré tout, la traversée se fait sans encombres et nous arrivons à l’entrée du port.

Nous hésitons sur notre lieu de débarquement. La rive située entre l’entrée du port et le ponton où nous sommes arrivés en bateau dimanche dernier, apparaît difficile d’accès car elle est composée de gros rochers empilés. Même si cet empilement ne fait pas plus de trois mètres de haut, sa pente est raide. Y accoster et y décharger tout notre matériel nous paraît trop risqué. La plage de cailloux gris au fond de la baie semble plus pratique. Mais un grillage part de cette plage et court le long de la berge qui mène au port. Il va nous empêcher de rejoindre le petit ponton d’embarquement. Nous dépassons le celui-ci. En passant la jetée principale et le petit port qui y est accolé et où sont amarrés les bateaux, nous trouvons une zone plus propice que les berges raides que nous avons croisées depuis l’entrée de la baie. Elle se trouve juste après l’entrée du petit port et avant le grillage. A une centaine de mètres du ponton. Il s’agit là aussi de gros rochers entassés mais dont la pente n’est cette fois pas trop forte.

Nous accostons et débarquons sans trop de peine sur ces rochers rendus glissants par des algues. Puis nous déchargeons toutes nos affaires sur la petite route qui se trouve juste au-dessus. Et enfin, nous hissons nos kayaks. La route semble inutilisée. Elle aboutit à une grille fermée menant à un entrepôt. C’est dimanche, nous n’allons certainement pas être dérangés.

Un ponton franchement délabré en bas et fraîchement réparé en haut est juste à côté. Nous nous y installons pour déjeuner. Nous en profitons pour ranger nos affaires dans nos sacs. Nous trions notamment nos sacs de nourriture et nous utilisons une poubelle du port pour nous débarrasser de nos détritus.

Nous avons vue sur ce petit port. Quelques bateaux sont amarrés à la jetée qui protège du large. Quelques petites embarcations et deux bateaux de pêche plus gros, un vert et un bleu, dévorés par la rouille.

C’est finalement le bon timing. Un lever et un départ tôt. Trois heures de kayak et le déjeuner vers midi. Cela évite d’avoir une journée décalée.

Nous portons ensuite nos affaires et les kayaks au ponton d’embarquement. Comme nous avons largement le temps avant l’heure prévue, nous partons nous promener et visiter la ville.

Les maisons sont espacées et colorées, principalement rouges, mais également bleues, vertes et jaunes. Les toits gris sont fortement inclinés. De près, certaines sont dans un triste état. Quelques immenses paraboles ont fleuri ça et là. Un trampoline pour enfants me fait penser à la famille. Il y a beaucoup d’enfants. Nous passons devant un grand bâtiment vert. C’est une école, reconnaissable aux jeux en bois installés dans la cour et aux dessins accrochés aux fenêtres. Il y a également quelques grands bâtiments dont nous ne saisissons pas la fonction. Un cimetière aux croix blanches se trouve non loin de l’église blanche et rouge. Aux couleurs du drapeau groenlandais qui flotte devant beaucoup de maisons, à la mode nord-américaine. Nous voyons une maison en pierre, les autres sont toutes en bois. Pourtant il y a bien plus de cailloux que d’arbres ici !

Nous croisons un groupe d’espagnols avec un caddie. Ils nous saluent… En espagnol ! Nous avons sans aucun doute beaucoup plus le type espagnol et touriste qu’indigène. Les locaux sont vraiment typés. Nous ne voyons que des inuits. Où sont passés les descendants des vikings ? Nous n’échangeons pas de salut car ils ne nous regardent pas. Ils passent près de nous sans un regard.

Après une bonne heure à arpenter les rues de la ville, nous retournons au port. Un gros cargo rouge et blanc « Royal Artic » arrive, à la suite d’un remorqueur danois. Il paraît démesuré et déplacé dans la baie et devant le petit port. Il est chargé de containers et s’arrête devant le hangar du même nom.

Claus est déjà là, en train de faire le plein du bateau sur le ponton voisin au pied de la station essence rouge que nous avions utilisée le premier jour pour charger les kayaks. Elle sert aussi bien pour les bateaux que pour les véhicules. Nous patientons quelques minutes puis nous embarquons nos affaires et les kayaks sur le bateau. Nous attendons encore l’arrivée de deux autres passagers.

Quelques minutes plus tard, ils arrivent et nous partons immédiatement pour Itelleq. La mer est franchement agitée dans le fjord qui part vers Itelleq et Narsarsuaq. Quelques crêtes blanchissent d’écume et le bateau tape violemment. Je comprends mieux pourquoi il est vivement conseillé de ne pas faire de kayak dans l’après-midi avec le vent d’est qui souffle plus fort à mesure que le jour progresse. A voir comment nous ferons demain…

En approchant de notre destination, je me redresse pour bien observer l’endroit. Légèrement sur la gauche et masqué, le Qôroq, fjord paraît-il très beau et grand pourvoyeur d’icebergs. A gauche, au loin, Narsarsuaq. A droite les quelques bâtiments d’Itelleq.

Après quarante-cinq minutes de trajet, nous arrivons.

Itelleq. Au creux d’une petite baie, trois ou quatre maisons. Une grande bâtisse rouge foncée et blanche domine la baie. Plus bas sur la faible pente cultivée, une immense grange jaune et verte. Des bottes de paille empaquetées de blanc. Quelques champs bien verts sur les pentes des collines. Deux bateaux sur la terre ferme à côté de la route. Un tracteur près d’eux. Un peu d’élevage, des moutons sur la pointe de gauche, quelques chevaux près de la ferme.

Les deux voyageurs espagnols aux vestes vertes identiques descendent également ici. Nous accostons sur un petit ponton dont le bois très clair atteste de l’installation ou de la réparation récente. Trois personnes attendent sur celui-ci pour prendre notre place. Un quad arrive pour prendre les bagages des espagnols. C’est une manière de voyager très prisée ici. Vous marchez et on s’occupe de vos bagages. Vous les récupérez là où vous logez.

Nous déchargeons tous nos sacs… Depuis que nous sommes arrivés à proximité de Narsaq, les nuages ont remporté leur combat. Et ici, ils commencent même à cacher les trois sommets enneigés en arrière-plan. Mauvais signe. Nous demandons à la dame du quad son avis sur la météo prévue pour le lendemain. Pour elle, pas de vent et du soleil. J’insiste : « pas de pluie ? ». Non, pas de pluie. Royal !

Cinq minutes plus tard, nous sentons des gouttes tomber…

Après avoir porté les kayaks sur la plage à une centaine de mètres, nous montons donc la tente, une nouvelle fois en situation humide. Presque avec tristesse, nous remarquons que c’est l’avant-dernière fois…

Sur la carte un petit triangle rouge indique que cet endroit à côté du débarcadère est un camping. Nous avons cependant beaucoup de mal à trouver une zone plane. D’ailleurs, après son montage, la tente penche un peu ! Nous sommes à quelques mètres de l’eau, mais en hauteur, séparés de l’océan par une petite falaise d’au moins trois mètres.

Une fois la tente montée et les affaires à l’abri, la pluie cesse. Bon, cela ira pour cette fois… Du coup, je sors la corde et la tend entre deux rochers. Le soleil fait même une apparition. Cela sent la douche-casserole !

Je mets également le téléphone à charger, il est quasiment vide.

Gros problème ici, il n’y a pas de ruisseau et nous n’avons presque plus d’eau. En tout cas pas assez pour ce soir et demain matin. Retour donc à la plage de cailloux pour y chercher un glaçon. Je ramène un gros bloc d’une bonne dizaine de kilos. C’est lourd, glissant, froid et humide. Suivent quelques autres allers-retours à la plage pour ramasser et ramener du bois flotté, en quantité ici. Puis il faut casser la glace pour en faire des morceaux de la taille des casseroles. Rien de plus simple : je laisse tomber le petit iceberg sur un rocher. Celui-ci explose et les morceaux s’éparpillent sur l’herbe. Il n’y a plus qu’à les ramasser et les faire fondre. Le feu est rapidement allumé et les casseroles pleines de glace sont mises au-dessus.

Nouvelle difficulté : l’eau est loin d’être pure. Débris dans la glace et poussières du feu flottent ou gisent au fond de nos ustensiles. Une chaussette, propre bien sûr, va servir de filtre.

Pendant qu’une fournée de glace fond, nous allons explorer notre domaine. C’est une petite presqu’île peu vallonnée. Nous arrivons rapidement de l’autre côté, avec vue sur l’entrée du fjord à glaçons et sur Narsarsuaq. Les moutons sont là aussi. Ils s’éloignent tranquillement à notre approche, non sans quelques regards réprobateurs. Nous rentrons après quelques photos.

La glace a fondu. Quand je pense qu’elle avait peut-être des millions d’années…

La prochaine série sera celle de la douche. Entre notre emplacement et le ponton se trouve une petite habitation verte et blanche. Elle semble inhabitée. Je fais le curieux, la porte n’est pas verrouillée. Ce n’est pas une maison mais un refuge pour campeur. Une grande pièce avec une table, des bancs, un placard vide et un balai, une petite pour les toilettes sommaires. Sa terrasse nous servira de douche, nous y serons bien plus à l’abri du vent.

Cette « douche » me fait du bien. Que cela est agréable de se sentir propre, même si, sur l’instant, c’est assez frais !

Le vent qui soufflait fort de l’est tourne à l’ouest, comme tous les soirs, et en quelques instants.

L’heure du dîner approche. Soupe, nouilles chinoises et flan.

Le ciel se dégage. Il commence à faire froid. Trop froid même pour manger dehors. Nous nous réfugions dans la tente. Je suis gelé et j’ai beaucoup de mal à me réchauffer. Fait-il vraiment plus froid ou est-ce à cause de la douche ? C’est dommage, nous aurions pu profiter du feu qui se consume lentement.

Il ne fait pas encore nuit et la pleine lune se lève. La nuit risque d’être claire. Et glaciale. Si les nuages continuent de fuir, peut-être aurons-nous la chance de voir enfin une aurore boréale digne de ce nom. Encore faut-il avoir le courage de mettre le nez dehors…

Le dîner est avalé. Il est l’heure de se mettre au lit. Mon tee-shirt de nuit sent décidément trop mauvais, je ne peux plus le porter. Je vais dormir comme en France, avec juste mon caleçon…

Cela sent la fin, avant-dernière nuit. Demain avant-dernière journée. Et pour la première fois depuis le début, pas de véritable surprise aujourd’hui. C’est louche ! Que nous réserve la nuit ?

Demain matin, deux à trois kilomètres à pied jusqu’à Igaliku, très joli village selon le guide. Puis suivant l’heure du retour, déjeuner et moins de dix kilomètres de kayak pour aller à l’entrée du Qôroq, fjord réputé.

Un petit coup d’œil dehors et au lit.

12 septembre – Lundi

Une main me secoue l’épaule. Une petite voix pas très rassurée : « Cyril, réveille-toi, il y a quelque chose dehors à côté de la tente ». Je dormais si bien… Les sens en alerte, je tends immédiatement l’oreille. Effectivement, il y a des bruits en plus du choc des vagues contre les rochers. Je décroche la lampe du « plafond ». J’ouvre la tente. La lune éclaire fortement. C’est la pleine lune et pas un voile de nuage. Les intrus bruyants ressemblent à nos moutons vus la veille. J’allume la lampe en version lampe torche. Et c’est bien un mouton qui se détache dans le cercle lumineux à quelques mètres de la tente. Eclairés, il relève la tête et ses yeux deviennent deux billes luisantes. Une autre tête apparaît dans le rond de lumière, ajoutant deux autres billes jaunâtres. L’éclairage n’a pas l’air de les effrayer, au contraire, ils semblent curieux et font mine de s’approcher. J’éteins la lampe, ou plutôt je tourne la molette de sélection qui passe sur clignotant orange avant de passer sur arrêt. Est-ce ce flash orange ou le clic de la molette, mais les moutons prennent peur. A la lueur de la lune, nous les voyons s’enfuir en courant et en bondissant.

Rien de grave…

Nous en profitons pour lever le nez. Il y a quelques longues traînées verdâtres dans le ciel. Mais la pleine lune doit empêcher de les voir plus nettement. Une nuit noire doit être préférable pour l’observation des aurores boréales… Retour au chaud.

Le jour se lève. Petit coup d’œil dehors. Un ciel bleu et pur. Le soleil est toujours caché derrière les montagnes. Il fait un froid glacial, mon haleine forme un petit nuage de vapeur devant mon nez.

Les sommets des montagnes à l’ouest sont éclairés. Cela va bientôt être à notre tour de profiter du soleil. Il n’y a pas de vent. Malgré tout, la mer a un petit clapot.

Nous décidons de prendre notre petit déjeuner dehors. Le temps que l’eau chauffe, le soleil franchit enfin la petite montagne à l’est et nous réchauffe de ses rayons. Il va falloir ressortir la crème solaire et les lunettes de soleil aujourd’hui.

Du côté de la ferme, le chant d’un coq. Puis les hennissements des chevaux.

La batterie de mon rasoir a rendu l’âme. Elle dure bien plus longtemps d’habitude. Le froid sûrement. Je finirai barbu.

Comme à chaque étape, nos petits amis sont là. Ce sont un, deux, voire trois petits oiseaux au plumage vert et brun et à la queue blanche et noire. Avec leur air curieux et leur chant joyeux, ils ne sont jamais bien loin. Ni jamais trop près. Rarement à moins de cinq mètres, rarement à plus de vingt. Et ils voltigent de perchoir en perchoir, de rocher en rocher autour de nous, que nous soyons autour de la tente ou en promenade. Je ne pense pas que ce soit les mêmes depuis notre début. Mais il y en a toujours à nos côtés et leur chant accompagne nos journées.

Et quand nous partons marcher, comme ce matin, ils nous suivent. Ou plutôt nous précèdent. C’est curieux et agréable.

Une fois prêts, nous partons donc vers Igaliku. La route faite de cailloux ocre et gris serpente le long de la colline et monte tranquillement. Avec le soleil de face et l’absence de vent, il fait bon à marcher et je tombe rapidement la veste. Nous profitons de ce beau ciel bleu pour faire quelques photos. Nous laissons à notre droite la ferme qui nous faisait face depuis la tente. Une seconde ferme apparaît ensuite sur notre gauche. Dans les champs de cailloux, quelques moutons. Ils sont craintifs, mais pas assez courageux pour fuir franchement. Peut-être leur beau chargement de laine les handicape-t-ils ?

Nous retrouvons les mêmes choses autour de cette ferme : quelques champs bien verts et sans cailloux, de grandes rangées de bottes de foin emballées, quelques machines agricoles dispersées ça et là, des vaches et des chevaux.

Tout est tranquille hormis le faible ronronnement d’une de ces machines agricoles. Et les petits cris de nos amis…

Nous arrivons au col qui va nous permettre de franchir la crête et de descendre vers Igaliku. Légèrement à gauche, un poteau métallique supporte quelques relais de téléphone portable et une petite plate-forme pour hélicoptères. Même ici, la technologie n’est jamais très loin.

Pour nous désaltérer, nous avons pris un bidon rempli avec de l’eau obtenue de la fonte des morceaux de glace. A l’ouverture du bidon, une forte odeur de feu de bois nous assaille l’odorat. Et l’eau a un affreux goût, un terrible goût de feu de bois. Imbuvable…

On nous a vendu Igaliku comme un site d’une remarquable beauté avec quelques ruines viking. Et effectivement, le premier aperçu est magnifique. Le soleil de face se reflète dans l’eau bleue du fjord. Il est effectivement très beau, avec ses quelques petites îles et les montagnes aux sommets blanchis en arrière-plan. Une vingtaine de maisons éparpillées au bord du fjord et au pied de la colline, sans logique apparente. Un port minuscule avec un seul bateau à quai. Trois autres sont sur le rivage. Un petit cimetière aux croix blanches sur la droite. Quelques moutons un peu partout et quelques champs bien verts.

Nous quittons la route qui fait une large boucle sur notre droite pour adoucir sa pente, et nous coupons tout droit par un vague sentier. Comme hier quand nous avons débarqué, nous sommes frappés par la sécheresse du sol. Lors de nos précédentes étapes, le matelas herbeux était au mieux humide. Ici, l’herbe est rase, le sol sec et ferme, agréable à fouler. Sûrement un effet positif de l’élevage de moutons. Peut-être y a-t-il aussi un peu plus de vent ici ? La marche en est d’autant plus agréable et aisée. Sur la route que nous venons de laisser, un tracteur débute l’ascension vers le col derrière nous et peine à grimper avec sa remorque contenant un bateau.

Sur la carte, les ruines vikings sont indiquées sur notre gauche, légèrement à l’écart du village. Nous décidons donc de commencer par là. Nous suivons le chemin, cherchons et trouvons les différents repères pour situer ces vestiges. La route qui tourne vers la gauche, la crique, la plage, le ruisseau. Tout colle. Sauf… Les ruines. Rien. D’autres sont indiquées un peu plus loin. Nous avançons un peu. Rien également… Nous avons beau chercher, aucune trace, pas un mur, même affaissé… Rien… Déception... Soit nous avons vraiment manqué quelque chose, soit l’appellation de ruines est quelque peu exagérée. Le premier site est d’ailleurs reconverti en carrière de cailloux…

Nous revenons alors vers le village. Toujours sur la carte, un lieu proche est indiqué comme point d’intérêt. A l’endroit décrit par la carte, nous trouvons un petit enclos emmuré à côté d’un hangar. Dans cet enclos, cinq petits tas de pierres surplombés chacun d’un morceau de bois, certains en forme de croix. Peut-être un ancien cimetière… Mais pas vraiment mis en valeur. Là encore, petite déception…

Nous entrons alors véritablement dans le village. Les maisons sont belles et colorées, la plupart en pierre. De ce côté-là, pas de mensonge, le site est vraiment très beau.

Vers le « centre » et devant l’église en pierres roses, une plaque rappelle le passé viking du village. Juste à côté, un mémorial pour deux personnes du XVIIIème siècle. A priori les fondateurs du village moderne. Malgré l’époque et la rudesse du pays, les deux ont vécu soixante-dix ans. Un peu plus loin, des vestiges. Enfin ! Quelques murs en pierres sombres, entre le gris et l’ocre, quelques traces au sol. Malheureusement le panneau explicatif n’est qu’en groenlandais. Et le guide au dos de la carte n’est pas assez détaillé. Nous remarquons d’ailleurs que ce guide contient aussi un plan explicatif de Narsaq. Trop tard !

Nous ne nous attardons pas et repartons vers le col. Nous passons devant un café avec un quad garé près de l’entrée. Certainement l’auberge de jeunesse de la dame au quad d’hier. Quelques bungalows identiques sont à côté.

La remontée du sentier brûle un peu les jambes, dans ce sens, la pente paraît bien plus raide. Arrivés au col, un air frais nous fait remettre nos vestes. Nous redescendons tranquillement avec nos amis qui nous ont accompagnés sans faute.

A l’arrivée à la tente, la question se pose : repas ou départ. Un coup d’œil au téléphone : onze heures et demi. Ce sera donc repas. Pour le moment, la mer est d’huile et le vent très faible d’ouest. Tout pour nous arranger. Pourvu que ça dure ! Nous sommes conscients de cette chance. Nous profitons de la pause repas pour tout sortir au soleil, vêtements humides, matelas et sacs de couchage.

13h10. C’est l’heure de l’inversion de la marée et nous sommes en tenue aux kayaks. C’est parti pour une petite étape dans d’excellentes conditions. Naviguer comme cela est un vrai plaisir. Il ferait même chaud dans nos combinaisons. Nous passons devant le ponton neuf et nous longeons la petite falaise de quelques mètres sur laquelle nous avions planté la tente. La roche est principalement ocre. Rongées par la mer, certaines parties sont en surplomb ou en équilibre et menacent de tomber. Du moment que cela n’arrive pas quand nous passons à côté… A la sortie de la baie, nos visiteurs de la nuit saluent notre départ de quelques bêlements.

A la crique suivante, nous pensons la même chose : « C’est une maison bleue, accrochée à la colline »…

Au pied de celle-ci, des pêcheurs, ou des chasseurs, remontent leur bateau sur la plage. La remorque est ensuite accrochée à un tracteur. Leurs deux chiens aboient à notre passage.

Au détour d’une petite avancée rocheuse, nous arrivons en vue du fjord. Je suis un peu déçu, je m’attendais et j’espérais beaucoup plus de glace sur l’eau. En outre, le peu d’icebergs présents sont de l’autre côté, poussés par le petit vent. Une belle collection de gros morceaux bouche d’ailleurs le fjord de Narsarsuaq.

Ce sont les avions que nous voyons et entendons le plus cet après-midi. Nous passons dans l’axe de piste et plusieurs décollent, troublant la quiétude de cette belle journée.

Notre objectif, le Blue Ice Camp est en vue. Une grande plage grise le précède. Jusqu’au dernier moment, j’ai un léger doute car je tarde à apercevoir la petite cabane installée par Jacky et ses collègues pour fournir un abri aux campeurs en cas de besoin.

Enfin la voilà, en retrait de la plage et bien cachée derrière une petite colline verte et ronde. Nous accostons et nous mettons en chasse de notre emplacement. Puis nous déchargeons nos affaires, nous nous changeons et pour la dernière fois, nous montons la tente. Ce sera au bout de la plage, au pied de la verdure qui marque le début de la pente, sur un sable gris très grossier. Quelques moutons se nourrissent tranquillement de l’herbe verte. Il n’y a pourtant pas de ferme ici… En espérant qu’ils ne viennent pas nous déranger cette nuit…

C’est le début d’une longue liste de dernières fois…

Avec le soleil, la vie est belle, tout est tellement plus agréable et plus facile.

En arrivant, j’avais aperçu un iceberg de bonne taille échoué un peu plus loin sur notre plage. Une fois installés, je m’y rends pour quelques photos. Malheureusement, la marée a été plus rapide que moi et il baigne déjà largement. Tant pis…

Nous partons alors visiter ce lieu. Pour commencer, nous grimpons sur la petite colline bien arrondie qui se trouve juste au-dessus de la plage. A ses pieds est échoué un long tronc d’arbre bien taillé. Il n’est pas d’ici celui-là ! Nous commençons à descendre vers la plage de l’autre côté de la colline. Et sur cette plage gît un petit iceberg qui serait parfait pour quelques photos. Et moi qui traînais les pieds pour descendre vers cette plage. Du coup, je rentre rapidement à la tente chercher les maillots de volley que j’ai emmené, autant pour les porter, car ils sont en synthétique, que pour quelques photos souvenir.

Le glaçon en question est en plus bien proportionné et il est possible de s’y asseoir et même de s’y mettre debout. Et c’est le début d’une série de photos. Assis et debouts sur l’iceberg, puis avec les maillots. Il fait un soleil radieux, il fait bon. Allé je me mets torse nu derrière le glaçon.

Et pourquoi s’arrêter là ? J’enlève le bas et je pose les orteils dans l’eau. Bon, c’est certain, c’est froid, très froid même. Mais à ma grande surprise, c’est supportable. Je poursuis jusqu’aux genoux. Quelques foulées dans l’eau. Cela saisit quand même cette eau glaciale. C’est gelé, piquant et brûlant en même temps !

Mais cette mer translucide est tellement tentante, ce soleil si chaud, l’air si doux, même si la température ne doit pas dépasser les 10°C… Et avant de partir, prétentieux sans doute, j’avais affirmé que j’irai me baigner. Les premiers jours, mes premiers contacts avec cet océan glacial m’avaient refroidi. Surtout sous la pluie ! Mais maintenant, cela me semble possible, et c’est sûrement le moment ou jamais…

Allé, soyons fou, j’y vais. Les pieds, les genoux, la ceinture passent sans problème. Une petite pause. Tout va bien. Et le reste suit ! Cela pique et brûle un peu, la poitrine est opprimée. Quelques secondes complètement immergé, puis quelques gestes de natation pour revenir vers le bord sous le regard incrédule de la photographe et je sors en courant ! Pas de serviette, mais vite un maillot pour me sécher. Forcément, l’air paraît chaud après un tel bain. Au goût, cette eau de mer est bien moins salée qu’habituellement. Il faut dire qu’avec toute l’eau douce qui y tombe…

Je regarde les photos. Un peu déçu, avec le soleil bas sur l’horizon, je suis presque à contre-jour. Qu’à cela ne tienne, j’y retourne en me tournant davantage face au soleil. Je m’y remets donc entièrement. Et de la même manière, j’en ressors très rapidement. Je me sèche avec le second maillot.

Voilà, je l’ai fait !!!

Nous retournons à la tente, moi tout fier de ma performance, de mon exploit ! Il n’y a sûrement pas de quoi, ce n’est pas forcément très intelligent. Si je passe les prochains jours au lit, je ne devrai pas me plaindre… Tant pis, je l’ai fait !

Nous allons ensuite voir la petite cabane, plantée sur les hauteurs derrière la tente. Ses murs ont une surface métallique et sa porte est en bois. Spartiate et bien arrimée, elle doit être très pratique en cas de mauvais temps. Les câbles qui la tiennent donnent une idée des vents qui peuvent souffler en ces lieux…

Nous grimpons sur la bosse qui se trouve juste à côté et qui nous offre une belle vue sur le fjord et sur l’inlandsis au fond de celui-ci. Il y a beaucoup d’icebergs au pied du glacier, mais très peu devant nous, à la sortie du fjord. Je reste déçu. Dommage de ne pas avoir le temps de s’en approcher. J’ai du mal à évaluer la distance qui nous sépare de l’inlandsis, mais elle doit être importante, plusieurs kilomètres sans aucun doute. Le temps qu’il nous reste demain ne nous permettra sûrement pas de pénétrer trop profondément à l’intérieur de ce fjord.

Nous apercevons deux phoques au milieu du fjord devant nous. Ils semblent s’amuser dans l’eau en nageant rapidement sur quelques mètres. Mais ils sont trop loin pour des photos. Nous essayons de nous en approcher en redescendant jusqu’à la plage. Mais la distance reste trop grande. Des chasseurs sont de l’autre côté du fjord. Trop loin eux aussi, tant mieux.

Un petit bateau approche à vive allure de notre plage, légèrement sur notre droite. Il fait fuir nos phoques. Il accoste à une centaine de mètres de nous et nous voyons une personne en descendre et grimper sur la pente abrupte. Puis nous la voyons se pencher et ramasser des choses par terre, au milieu des rochers. Vraiment curieux ce qu’il peut se passer dans ce pays.

De retour à la tente, c’est l’heure d’une bonne douche même si la mer ne m’a pas paru très salée. Je profite de l’eau à profusion ici. Ce sera donc deux casseroles d’eau chaude pour bien me laver. Quel plaisir de sentir cette eau chaude couler sur mon corps. La douche de demain soir promet d’être très agréable. Et très longue. A moins d’un bon bain chaud… Ces petits plaisirs que l’on oublie dans notre vie quotidienne et qui nous font rêver ici.

Puis, pour la dernière fois, je regarde le programme du lendemain. Une douzaine de kilomètres en direct pour le port de Narsarsuaq. Un peu plus si nous entrons dans le fjord. Nous verrons en fonction de la glace présente.

De toute façon, il va falloir se lever tôt, car la journée va être chargée. Une fois arrivés à Narsarsuaq, il faut se changer, vider les kayaks, les rendre, déjeuner, récupérer et faire les valises, et enfin aller à l’aéroport. Avec tout ce qu’il nous reste, nous ferons certainement don d’un peu de nourriture à Jacky. Nous décidons donc d’un lever à six heures. Pour une fois, je vais mettre le réveil afin d’être certain de ne pas se rater.

Le dernier dîner, face au soleil couchant. Nous avons l’impression qu’il n’est pas aussi tard que nous le montre la position du soleil. Et avec raison. Par rapport au jour de notre arrivée, il y a dix jours, le soleil se couche une demi-heure plus tôt aujourd’hui. Cela varie si vite à ces latitudes…

Le froid tombe vite. Sans nuages, une nouvelle nuit glaciale nous attend. Le repas achevé, nous nous réfugions dans la tente pour une bonne nuit de sommeil.

Méritée car je l’ai fait !

13 septembre – Mardi

2h53. Le vent hurle sur les sommets nous entourant et nous réveille. Immédiatement, deux questions : la tente va-t-elle tenir et comment va être la mer tout à l’heure ?

Pour la première, je ne suis pas trop inquiet. Les piquets ont été difficiles à enfoncer et en cas de besoin, il y a foison de pierres autour pour tenir les sardines. En outre, nous sommes dans un creux, bien abrités. Et effectivement, seules quelques rafales secouent épisodiquement la tente. Mais plus haut, cela siffle fort…

Quand à la seconde question, je suis bien plus soucieux…

Difficile, voire impossible de se rendormir dans un tel contexte, entre le bruit et l’anxiété.

6h00. Le réveil sonne. Pas pour nous dire « réveillez-vous », mais plutôt « levez-vous ». Notre dernière fois de préparatifs s’effectue rapidement et en silence. Le manque de sommeil et l’inquiétude nous rendent muets.

La lune brille encore fort. Le soleil n’est pas encore levé. Et de toute façon les hautes montagnes derrière nous, nous le cacheront encore longtemps. Le ciel s’est couvert de nuages d’altitude pendant la nuit, pas entièrement, mais les trouées bleues sont minces.

Je vais rapidement voir la mer. Aïe… Mes pires craintes sont confirmées. Le vent d’est qui souffle toujours aussi fort a métamorphosé le fjord. Hier si calme, la mer est aujourd’hui déchaînée. Les vagues s’enchaînent, bien creusées, et viennent s’écraser violemment sur le rivage. Leurs crêtes sont blanches d’écume. Nous allons tout avoir de face : le vent, les vagues, le courant. Dans notre malheur, une toute petite bonne nouvelle : il vaut mieux avec cela contre que plein travers. La traversée du fjord jusqu’à la rive montagneuse de l’autre côté va être longue, difficile et périlleuse.

7h30. Nous sommes prêts. Vraiment rapides ce matin. Et face aux flots en furie dans nos kayaks, le réveil musculaire risque fort d’être agité…

Les premières secondes et les premiers coups de rame confirment malheureusement que nous allons vivre l’enfer. L’effort est immense, le résultat maigre. Les vagues sont si resserrées que lorsque le milieu du kayak se trouve sur une crête, l’étrave commence déjà à plonger dans la vague suivante. L’eau déferle sur le bateau qui est ballotté comme un vulgaire bouchon. Rapidement je sens que je suis glacé sous la ceinture. Ma jupe n’est vraiment pas étanche, c’est confirmé, je baigne dans l’eau glaciale. Mais ce n’est pas mon souci principal. Le visage éclaboussé en permanence et les bras en feu, il faut lutter et avancer, encore et encore, arc-boutés sur nos montures et crispés sur notre pagaie.

Jamais montagne escarpée et aride ne m’a paru aussi accueillante. Vite s’y mettre à l’abri. Mais que c’est long d’y arriver. Je n’avance pas. Ma vision se limite à peu de choses : la vague qui me repousse, la suivante qui va m’agresser et mes bras tétanisés. Pourtant, il faut pagayer, continuer à lutter.

Les rafales sont parfois si violentes que je sens leur choc jusque dans la pelle qui n’est pas immergée. Au risque que la pagaie m’échappe des mains.

Une vague plus haute que les autres me submerge complètement. Dans le ruissellement liquide, je distingue une forme rouge glissant le long du kayak. La bouche ouverte pour mieux m’oxygéner pendant l’effort, je reçois par la même occasion une bonne goulée d’eau glaciale et salée. Par réflexe, je la recrache immédiatement. Et elle me revient aussi vite en plein visage. Ah oui, le vent… Voyant cette folie, mon bidon d’eau que j’avais calé devant moi a préféré le suicide. C’était donc lui cette forme rouge fuyante… J’y vais, je n’y vais pas ?… Cruel dilemme d’une demi-seconde. On n’abandonne pas un compagnon de voyage et de galère. Demi-tour donc. Heureusement, dix jours de kayak procurent une certaine dextérité. J’évite le retournement et un délicat trois cent soixante degrés plus tard, je suis à nouveau en route après avoir récupéré ce bidon farceur. Les deux passages avec les vagues en plein travers n’ont pas été une partie de plaisir…

Malgré le temps, deux hélicoptères rouges volent au loin…

En m’approchant de la rivé opposée, je me rends compte que le vent et les vagues ne faiblissent pas tant que cela. Mais leur orientation a changé. Logique, ils contournent l’obstacle. Je les ai donc maintenant de travers droit. Cette difficulté supplémentaire est compensée par la petite baisse d’intensité.

Il faudra attendre les tous derniers mètres pour enfin sentir une amélioration notable. Bien à l’abri du relief et tout proche du rivage, les éléments sont enfin plus cléments. Légèrement sur la gauche, une petite plage de cailloux. Loin d’être idéale, mais je ne suis pas en mesure de faire le difficile. Je m’y pose tant bien que mal et je tire mon kayak à l’abri des vagues. Comme à chaque fois que je descends de kayak, c’est ma vessie qui m’impose la première obligation. Pour me venger de la nature, j’urine sur une petite méduse échouée. Une fois cette preuve d’intelligence effectuée, je me retourne vers l’océan, les bras et les épaules endolories. Où est donc ce second kayak ? La dernière fois que je me suis retourné, il était loin derrière moi, légèrement sur ma gauche. Aucune aide n’est possible dans cet enfer, c’est du chacun pour soi… Je ne vois rien sur la mer en colère. Je monte de quelques mètres. Rien… Je grimpe en courant vers un gros rocher légèrement en surplomb, vingt ou trente mètres plus haut. Rien… J’ai beau scruter attentivement, à droite, à gauche, au près, au loin, rien… Pas de forme effilée et de pagaie qui se balance. Même pas une coque renversée. Ah… J’examine méthodiquement l’espace verdâtre agité devant moi, de haut en bas, de droite à gauche. Et bien non, toujours rien. Bon…

Et tranquillement, au ras de la falaise grise sur ma gauche, ce petit kayak apparaît, la pagaie battant l’eau lentement et régulièrement… Transit de froid, je redescends. Une fois mon kayak vidé d’une grande partie de son eau, je repars.

La navigation est un peu moins difficile au ras de cette côte rocheuse désolée. Mais il faut être attentif, à deux mètres du bord, certains rochers apparaissent franchement inamicaux. Et la moindre petite erreur nous enverrait rapidement dessus.

Nous avons maintenant le vent arrière. Juste devant nous, un promontoire s’avance dans la mer. L’eau semble particulièrement agitée devant lui. Et pour cause ! Le vent violent d’est s’engouffre dans les deux fjords, celui que nous venons de traverser (le Qôroq) et celui où nous sommes maintenant (celui de Narsarsuaq). Leurs orientations ne diffèrent que d’une trentaine de degrés. Lorsque le Qôroq se termine, au cap que nous venons de passer, le relief protège du vent venant du fjord de Narsarsuaq. Avec sa forte énergie, le vent provenant du Qôroq peut donc s’y jeter. Et c’est pour cela que nous avons vent et vagues arrières pour le moment. Mais à partir du promontoire devant nous, il n’y a plus de masque pour le vent provenant de la direction de Narsarsuaq. C’est donc le point de rencontre de deux courants contraires et de deux vents opposés. Et ce choc crée un sacré maelström.

Passer cette barrière n’est pas de tout repos. L’effort est extrêmement violent et nos muscles sont encore un peu plus endoloris. Nos kayaks sont ballottés dans tous les sens… Heureusement, cette zone particulièrement violente est restreinte et nous parvenons à en sortir rapidement…

Et du coup, nous nous retrouvons encore une fois avec vagues, vent et courant contraires. L’accalmie aura été de courte durée. La galère continue.

Quel dernier jour ! Une bonne piqûre de rappel anti-kayak…

Selon l’orientation de la côte, l’abri du relief est parfois plus faible et il faut alors se battre contre un vent violent et de bons creux qui submergent à nouveau le kayak. Ces instants de lutte contre les éléments déchaînés sont difficiles… Il faut à nouveau se battre et tirer fort sur la pagaie…

Certaines criques sont très belles et, avec 25°C de plus, feraient de très belles petites plages privées…

L’effort est long et difficile. Ce sera notre exploit. Pas de foule en délire pour nous acclamer, mais arriver au bout sera une sacrée performance.

La vitesse de défilement des rochers est parfois affligeante. Nous nous ferions dépasser par une grand-mère en déambulateur…

Juste avant un grand promontoire, une grande plage de gravier ocre. Je m’y arrête. Pas de miracle, ma vessie veille. Et pour la deuxième fois, j’en profiter pour vider les litres d’eau embarqués clandestinement. Petit goûter également, une barre chocolatée, six ou sept carrés de chocolat. C’est fête aujourd’hui, je ne me refuse rien. Et ce sont également quelques sucres rapides qui seront bien accueillis par mon organisme.

Dix kilomètres au compteur, le poteau d’arrivée ne doit pas être loin. Mais au large du promontoire, cela doit encore être le déchaînement des éléments.

Très peu d’icebergs aujourd’hui. Même eux ne sortent pas par ce temps, il fait trop mauvais… Il n’y en avait pas non plus dans le fjord précédent. Peut-être une période peu productrice.

Après ce goûter, il faut repartir. Et c’est confirmé, au promontoire, c’est à nouveau l’enfer et pas moyen d’y échapper ou de tricher. Il n’y a plus qu’à courber l’échine et appuyer fort sur la pagaie.

Au prix d’immenses efforts, nous progressons. A la vitesse de l’escargot, mais nous progressons. Au détour d’un rocher, les antennes de l’aéroport apparaissent, puis tout proche, un gros cylindre métallique, un hangar rouge et le plus beau, le petit port de Narsarsuaq, terme de notre aventure aquatique.

Quel soulagement…

Les derniers mètres ne sont pas les plus faciles. C’est ensemble que nous franchissons l’entrée du port et que nous nous échouons sur la petite plage de cailloux gris. Le visage blanchi par le sel, mais souriant, heureux d’avoir réussi. Nous l’avons fait… Nous avons vaincu les éléments déchaînés…

Voilà, c’est fini… Mais quelle fin, quelle apothéose… Sentiments partagés. Joie et tristesse. Soulagement et satisfaction. Euphorie et lassitude physique…

Et pour la dernière fois, je pose la pagaie sur le rivage et sors du kayak. Et oui, toujours la vessie en premier ! Puis, encore une fois, mais c’est la dernière, nous avons toutes les peines du monde à nous extraire de ces fichues combinaisons étanches. Ah ces manchons qui enserrent les poignets et les chevilles…

Nous vidons complètement les kayaks et nous les déposons devant le local cylindrique de Blue Ice. Juste à côté d’une dizaine d’autres kayaks monoplaces… Plus récents, avec gouvernails et grands espaces de rangement. Eux…

Nous posons également nos affaires et déjeunons. Il est onze heures et demie, nous sommes dans les temps. Qui l’eut cru ce matin ?

Après le repas, nous laissons nos affaires et remontons à pied vers l’aéroport et les locaux de nos loueurs. Finalement le trajet nous apparaît long à pied. Nous devions être tellement absorbé par la découverte de ce pays à l’aller qu’il nous avait semblé très bref. Le vent fort nous glace.

A quelques mètres de l’arrivée, nous croisons Claus qui part en véhicule en sens inverse chercher des touristes arrivés en bateau. Nous montons donc avec lui et faisons demi-tour. A quelques minutes près, nous nous évitions toute cette peine…

Nous chargeons nos affaires dans le van, remontons et re-déchargeons tout devant les locaux. Nous récupérons nos valises et faisons le transfert de nos affaires. Nous pensions économiser un bagage. C’est raté ! Malgré la nourriture en moins, nos vêtements mal rangés et humides prennent beaucoup de place. Tant pis, nous aurons encore nos cinq bagages…

Je paie le transfert Narsaq-Itelleq. Nous rendons les bouteilles de gaz non utilisées et nous faisons cadeau de nos denrées non entamées : trois paquets de pâtes, un de broyés (ils ne se doutent pas de ce que cela représente pour moi !), un de gâteaux pour le petit-déjeuner et une tablette de chocolat. Toujours ça de moins à porter et à ramener.

Puis c’est le départ vers l’aéroport distant de quelques mètres après plusieurs remerciements et adieux.

L’enregistrement dans la petite aérogare s’effectue rapidement à l’un des deux guichets. Nous avons encore quelques kilos d’excédent. Six ou sept… Incroyable… Certainement l’eau de nos vêtements mouillés. Mais nos valises passent sans encombre.

Puis c’est l’attente, nous avons deux heures avant le décollage. Bonne gestion du timing ! L’aérogare se remplit petit à petit. Avant notre vol, un gros hélicoptère rouge d’Air Greenland décolle pour un vol intérieur. Cela doit être magnifique. Il est difficile de lutter contre nos paupières. Surtout avec la chaleur ambiante et la lourdeur de nos muscles. Peut-être avons-nous oublié ce que signifie vivre à plus de cinq degrés ?

Puis c’est le contrôle de sécurité et l’embarquement. Nos derniers pas sur le sol groenlandais, sous un ciel gris et avec un vent toujours violent. L’avion est loin d’être plein.

Mise en route des moteurs, roulage, remontée de la piste pour un décollage piste 07. Vu le vent, pas de doute possible pour la choix de la piste…

C’est la fin de l’aventure. Finalement partir faire du kayak au Groenland pendant onze jours en autonomie complète en partant de rien, ou presque, c’est possible. Nous l’avons fait. Quelques grosses galères, mais de merveilleuses images inoubliables.

Alignement, mise en puissance, lâché des freins, accélération. Les roues quittent le sol. Avant d’être happés par les nuages, un résumé de cette expédition défile devant nos yeux : un peu de mer verte et transparente, un peu de montagnes, un peu de lacs, un peu d’herbe verte, un peu de fjords, un peu d’inlandsis, un peu d’icebergs…

Adieu Groenland !... Ou au revoir ?...
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Martinique: petites nouvelles du quotidien à partir du 1er mars 2010
Bonjour,

Afin de rassembler toutes les informations pouvant être utiles, à un instant T, à nos amies et amis de passage en Madinina, j'ouvre ce sujet. J'y mettrai, avec l'aide d'autres j'espère, les éléments variants pouvant interférer dans le bon vécu d'un voyage ou expliquant certaines situations ponctuelles. Lorsqu'il y aura des points communs avec la Guadeloupe, je le signalerai.

Bonne prochaine venue dans nos îles.
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From Bangkok to Krabi, Thailand by Car!
This first trip of 2025 will have the taste of Asia.

More precisely, Thailand!

It’s not my first time—I’ve often traveled across Southeast Asia between 2000 and 2015. (This travel journal, for example...)

But it’ll be my partner’s first steps in this part of the world.

The itinerary we’ve chosen will alternate between familiar sights for me and new discoveries for both of us.

I’ll get to see how the country has changed in 20 years—and what’s stayed the same!

We were torn between the north and the south of the kingdom. Fears of smoke from slash-and-burn farming and a desire to relax on the sand tipped the scales toward the south...

What if we rented a car?

I think driving in sprawling Bangkok would be a bit ambitious, so we’ll only book our vehicle from Hua Hin to return it in Surat Thani.

Other transportation will range from tuk-tuks to overnight trains and ride-hailing services.

And of course, the plane!

I’d love to travel from Auvergne to Bangkok by road, but 15 days wouldn’t be enough...

Plus, the current geopolitical situation isn’t exactly favorable...

So, once again, we’ll be stuck for hours in the less-than-comfortable economy class of Qatar Airways.

The arrival time was on schedule, entry formalities were quick, and all our luggage made it.

We left Lyon in wind and cold—now we’re breathing in the warm, humid air of กรุงเทพมหานคร.

To reach our hotel, we first took the metro, which dropped us off in the city center in about 30 minutes for the incredible price of 1.18 €.

A few taps on the GRAB app, and we booked a ride-hailing service for the last few kilometers.

We waited a while for our driver due to insane traffic in the area, but once in the 4x4, we were at our lodging in no time.

We chose this small hotel for its riverside location, tranquility, and price.

It’ll do the job perfectly—the only downside is the weak breakfast.

The room is inviting, and we collapse onto the bed for a well-deserved short nap.

Wake-up call in an hour for our first visits!

See you soon...

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