Discussions similar to: Recettes base figues
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Recettes de cuisine slovène
bonjour ! je suis à la recherche de recettes de cuisine typiques de Slovénie ... en particulier recettes à base de riz ou à base de figues ... mais je suis curieuse de TOUTES les recettes authentiques traditionnelles de ce pays ! merci d'avance à vous ...
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Recettes à base de vanille en gousse
Bonjour,

Je recherche des recettes salées ou sucrées à bases de vanille Gourmet dont je viens de recevoir un bon kilo😇 D'ailleurs si quelqu'un en veut je suis prête à en ceder aussi🙂
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Cuisiner du kangourou?
bonjour on va me ramener de la viande de kangourou mais je ne sais absolument pas comment le cuisiner ni même avec quoi il s accorde comme garniture ou sauce.Pourriez vous m aider sil vous plait, avant qu il arrive pour pas avoir l air trop bête😊....Merci
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Des Pouilles à Naples en van, balade entre Roman et Baroque
Dimanche 8 Juillet J1

Nous voilà partis de Genève, avec notre fidèle fourgon aménagé, destination le sud de l'Italie. Même si nous fréquentons assidûment la Péninsule , nous n'avons que peu dépassé Rome, environ 4 séjours sur une trentaine. Il fait très beau et pour changer des tunnels nous prenons le col du Gd St Bernard. La route est facile et très belle. Il y a peu de circulation une fois arrivés en Italie, c'est dimanche et les camions sont interdits. Nous faisons une étape près de Modène, une aire gratuite, seule l'électricité est payante. les moustiques sont en prime, nous le constaterons le lendemain.

Lundi 9 Juillet J2

Au réveil nous nous apercevons que nous n'étions pas que deux dans notre van cette nuit. J'ai presque 40 piqûres sur les 2 jambes, et ils n'ont pas oublié les bras...Ce sont des moustiques minuscules dont nous n'avions pas perçu la présence la veille au soir... 2ème journée de route , le but est d'arrivé à Termoli, pas encore les Pouilles, en Molise.On s'arrête dans un camping avant l'entrée de la ville, joli emplacement face à la mer, mais le coin n'est pas enthousiasmant.

Mardi 10 juillet J3

La but aujourd'hui était d'aller visiter les îles Tremiti, mais il souffle beaucoup , la mer est agitée, et mon mari, qui n'était pas enthousiasmé à la base par cette idée, craint d'avoir le mal de mer, donc on abandonne l'idée et ce matin après quelques courses, on va visiter Termoli. On se gare au port et on monte dans la vieille ville qui se trouve sur un éperon rocheux. Tout est très endormi, même en milieu de matinée. D'ailleurs, cela nous frappe déjà, il y a peu de monde, le camping était loin d'être plein, et les clients étaient tous italiens. Termoli est une petite ville blanche sympathique, qui cache une très belle cathédrale romane, prélude à toutes celles que nous admirerons dans les Pouilles.



Après cette visite nous mettons le cap sur San Severo, Aucun problème de parking, et nous commençons à nous promener dans la ville qui recèle plusieurs belles églises, toutes fermées malheureusement.



Nous sommes aussi à l'affût d'un endroit pour manger.....et là stupéfaction, pas la moindre trattoria. On finit pas s'adresser à des retraités qui discutaient sur un banc, et qui nous confirment, effectivement, il n'y en a pas, juste une cafététria. Sur leur indications nous nous y rendons. C'est un self service qui propose beaucoup de choses. Nous prenons une parmigiana, des penne alla siciliana, une assiette de légumes grillés, de l'eau, des cafés. A la caisse on me réclame 12 euros...Je me dis que le caissier n'a compté qu'un des plateaux....pas du tout.Dans la rue nous achetons des figues bien mûres, pour 1 euro du kilo.

Après ce repas, excellent, nous prenons la route pour Pietromontecorvino qui figure sur la liste des plus beaux villages d'Italie, mais je ne mettrai aucune photo, on se demande par quelle voie impénétrable ce bourg figure sur ce site??? quelconque. La plaine est parsemée de collines coiffées d'un village



Notre étape du soir est Troia. Nous y arrivons en fin d'après midi, et allons stationner le van sur l'aire pour camping car, totalement gratuite, et totalement vide. Une volée de marches plus haut, nous voilà dans la petite ville qui a bien du charme, elle s'anime, car les habitants commencent à ressortir de chez eux.



Nous visitons la cathédrale, romane aussi, comme pratiquement toutes les cathédrales de cette région, construites à l'époque de l'âge d'or du règne de Frédéric II.





Et ensuite..:

Premières impressions ( qui ne ferons que se confirmer au fil du voyage): la différence de niveau de vie avec le Nord de l'Italie est évidente. Les voitures sont vieilles, en piteux état, les prix plus bas, et il y a très peu de touristes.
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Retour du sud Maroc
petites infos et coups de coeur :

bonjour Malgré de nombreux séjours au Maroc , il reste toujours à découvrir , et ce dernier voyage a encore été riche en découvertes et rencontres ! Arrivé à Agadir nous avons louer une logan et dormi 1 nuit à l'hôtel "El Bahia" dans le Talborg (il faut retenir , car malgré la baisse du tourisme il est souvent complet ) rapport qualité prix très correct !

- départ pour le sud en longeant la côte , Aglou sous la brume , Mirleft sous le soleil et une nuit à l'hôtel Aberti , très bien aussi , bon repas en plus !

- premier coup de coeur : l'auberge "figue de barbarie " à Sidi-ouarsik ....nous devions rester 2 nuits qui sont devenus 4 😏 tellement nous étions bien , plage , balade dans les champs de figuiers en pleine période de ramassage (visite de l'assos des femme à Sbouya, qui vendent de l'huile de pépins de figue de barbarie ) www.aubergefiguedebarbarie.com un havre de quiétude chez l'habitant , je vous le recommande !

- ensuite direction Mesti , Guelmin et Amtoudi 3 nuits chez Monsieur Georges , auberge "on dirait le sud " super accueil , rando en journée des gorges et des greniers , et dégustation de délicieux tajines (merci Abdou et Mohamed ) et merci au guide Abdoulay pour sa patience ( 1 personne avait le vertige ) , sa gentillesse et son humour . nous avons fait de belles rencontres dans cette auberge très conviviale , à refaire !

- Tafraout par la route d'Ifrane de l'anti-Atlas auberge au centre de Tafraout "les amis " très correct , Mohamed le gérant est très sympa , de plus la terrasse permet de voir et d'entendre la vie de cette petite bourgade ! achat de babouches chez Ahmed comme d'habitude 😉

visite aux Rochers Bleus , incontournable pour certains de notre groupe , on aime😄 , ou on aime pas 😠 !

excursion en 4\4 dans la vallée d' Aït Mansour

- Taroudant par la route d'Igherm , chambres d'hôtes "les amis " : www.chambreslesamis.un.ma très bien aussi .

et retour Agadir !

pas eu besoin de réserver , le pays est bien vide , c'est dommage et peu compréhensible ! pour 15 jours , budget 620 euros par personnes , billet d'avion compris . à refaire😏 bon voyage . francia
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Inside South Africa
Inside South Africa

L'explosion de la durite. La passagère est si impatiente d'arriver que le cocher fouette une monture qui goûte modérément les mauvais traitements. Je la devine préparant le coup de pied de l'âne et, soudain, au grand galop, elle ne répond plus. Si j'écrase l'éperon elle s'éteint mais accepte une pédale à mi-course. Elle a déjà fait le coup l'an passé, au beau milieu du désert du Kalahari et je devine la ruse : elle a explosé une durite ! Une heure au petit trot nous amène devant un garage Ford. Un chef d'atelier aussi renfrogné qu'efficace fait démonter ce qu'il convient pour atteindre la durite puis annonce qu'il n'a pas la pièce de rechange et qu'il lui faudra une semaine pour l'obtenir. Je lui propose de profiter qu'elle soit accessible pour effectuer une réparation de fortune sur la déchirure mais il s'y oppose, arguant que la pression est telle que l'emplâtre lâcherait aussitôt -c'est pas une Testarossa quand même ! Après remontage, il refuse de nous faire payer quoi que ce soit et nous conseille de rallier la ville suivante située à deux cent kilomètres c'est reparti pour quatre heures. Des semi-remorques nous doublent sans ménagements, je revois Duel. Parvenus à la concession Land Rover, nous apprenons que le délai d'obtention de la pièce est de deux jours ouvrés et nous sommes un jeudi. Je décide de faire livrer la durite à la maison sans roulettes, je la changerai moi-même. Cinq heures plus tard et l'ascension du col en première, nous atteignons l'objet de ses désirs. * Cache-cache En Bretagne, mon voisin est un marin pêcheur taciturne et ombrageux. Il a ancré son ancien bateau au milieu de l'estuaire qui sépare deux départements et s'en sert comme dépôt. C'est un capharnaüm de filets, de bouées et de casiers. Le vieil esquif en bois menace ruine et la peinture de la coque n'est plus qu'un lointain souvenir au point que la Direction des Affaires Maritimes de son département l'enjoint de l'enlever ou de le repeindre. L'Astérix tient également un restaurant sur le port où il régale le chaland de sa pêche. Un dimanche après-midi nous le voyons embarquer dans des annexes cuisiniers, serveurs et plongeurs armés de rouleaux, de pinceaux et de pots de peinture. C'est parti pour deux heures de barbouillage et de rigolade. Une fois le flanc tribord peint tout le monde retourne préparer le service du soir. Le flanc bâbord attendra que les Affaires Maritimes du département d'en face réagissent. Cette histoire m'est revenue en arrivant à la maison : la façade visible de la route a été repeinte mais l'autre est restée en l'état. * La blonde, le rouge ou le blanc et le Noir Beaucoup d'ouvriers sont payés à la fin de chaque semaine, mais le samedi et le dimanche la vente d'alcool à emporter est interdite. Alors, le vendredi soir, c'est foule dans les bars et les magasins vendant de l'alcool ne désemplissent pas -de gens déjà pleins. Leurs faibles moyens les réduisent à des vins tord-boyaux ou des bières insipides. Ils finissent cependant noirs.

* Sept En France continentale on élève facilement sept brebis à l'hectare. Dans le Great Karoo, il faut sept hectares d'une végétation étique mais savoureuse pour nourrir une seule brebis. Sans compter l'énergie dépensée en déplacements. Ajoutez qu'une brebis française produit environ un agneau et demi par an alors qu'ici, entre sécheresses et chacals, c'est plus près de zéro sept et vous comprenez qu'avec une ferme de sept mille hectares -l'unité de base locale- les revenus du fermier sud-africain ne dépassent guère ceux d'une ferme cent fois plus petite en Bretagne. Ce week-end se déroule le comice agricole annuel sur le champ de foire. Certains venant de loin, une procession de pick-up, bennes et remorques chargées de moutons, remonte la rue principale : nous sommes bien dans le Karoo. Je m'attendais àune compétition d'ascètes au muscle sec, capables de transmettre à leur descendance les qualités utiles au milieu mais je soupçonne ces bêtes de concours bodybuildées de ne pas se contenter de ruminer le bush et d'être dopées à la luzerne. Du reste, je prends un dealer la main dans le sac de granulés. * C'est pas des poupées Ken est guide de chasse professionnel, métier qu'il exerce en indépendant. Hors saison de chasse il va à la pêche aux clients, aux États-Unis principalement. Il dit que l'élection de Trump -à qui il ressemble un peu, en plus jeune- serait favorable à son activité mais il n'aime pas Trump et, semble-t-il, guère plus ses clients. Il voulait être fermier mais, dans le contexte post-apartheid, reprendre une ferme relevait de la gageure. Sa femme, qui est plus belle que Barbie et Melania, confirme silencieusement. * Des voisins C'est le problème avec la femme : son côté it girl. Dans l'année qui suit son installation nous avons deux nouveaux voisins. L'un de l'autre côté de la piste, l'autre à une demi-heure (ici, c'est next door). L'un ne se déplace qu'aux commandes de son hélicoptère noir, l'autre à bord de son Boeing 737 privé. Le premier est un richissime fermier du nord-est du pays qui s'agrandit dans le Karoo. Il vient d'acheter deux fermes non contiguës de six milles hectares chacune. Dans quel état d'esprit est le propriétaire de la ferme qui les sépare, je l'ignore encore. L'arrivant va créer une réserve animalière à vocation d'élevage, nos futurs voisins seront des girafes, des rhinocéros et des antilopes, dont des espèces rares comme lesSable. On dit que c'est un homme pressé et déterminé : la commune tergiversait pour accéder à sa demande de réfection de la piste publique qui nous fait office de frontière, qu'à cela ne tienne, il l'a refaite lui-même. C'était une ferme historique, traversée de pistes menant à d'autres fermes, hébergeant la mare peuplée de volatiles où finissent les eaux descendues de la montagne et que les villageois n'ont pas captées, c'est là qu'était aménagé le parcours de golf dont j'allais devenir le vingt-neuvième adhérent. Tout cela est maintenant fermé, clôturé, bardé de portails monumentaux. Le Far West dans le Western Cape. Est-ce parce qu'il porte un nom en '-ski' que la rumeur l'apparente à des mafias slaves et qu'il est déconseillé de le contrarier ? Cette même rumeur le dit par ailleurs engagé dans le marché de l'uranium or, de l'uranium, il y en a dans le sous-sol du Karoo. Le second voisin est un prince saoudien qui vient d'acquérir une ferme de taille modeste, trois mille cinq cent hectares, mais n'allez pas croire pour autant à un petit prince. Pour l'obtenir, il a payé quatre fois et demi le prix du marché ! La ferme était dans la même famille depuis deux siècles et les propriétaires refusaient jusqu'à l'idée de la vendre. L'agent -l'argent, en l'occurrence l'or noir- du prince est revenu à la charge chaque semaine, malgré les refus réitérés, pour finir par dire que son client voulait cette ferme à n'importe quel prix. Prix qu'il leur demandait de fixer. Et voilà comment on vend les tombes de ses ancêtres. Des fermes immenses à vendre, il n'en manque pas ici mais le prince cherchait une propriété d'où il ne verrait aucune route ni piste, ni aucune autre maison ou ferme. Il viendra quelques jours par an pour chasser. Cependant, il est contrarié : la piste de l'aéroport le plus proche, à deux heures de route, n'est pas assez longue pour recevoir son coucou privé, il devra atterrir à Cape Town, comme moi, et se coltiner près de deux heures d'hélicoptère. Ainsi va l'Afrique du Sud. Je serais curieux de savoir ce qu'en pense Julius Malema, leader de EFF (Economic Freedom Fighters) qui prône le modèle zimbabwéen de redistribution des terres.

* Biko L'autobiographie d'une journaliste et femme politique, sud-africaine d'origine européenne, est publiée cette semaine. En 1977 cette débutante obtint de son rédacteur en chef l'autorisation de mener des investigations sur la morten détention du leader noir Steve Biko. La police politique du régime de l'apartheid le disait décédé des suites d'une grève de la faim. L'audacieuse impétrante découvrira que les légistes faisaient état d'un cadavre en léger surpoids et, plus tard, on apprendra que Biko a succombé des suites de sévices, sinon de tortures. Sous pression après la publication de son enquête, Helen Zille, décillée, renoncera à sa carrière de journaliste et s'engagera en politique. Elle est des Sud-africains Blancs qui luttaient contre l'apartheid et il est rassurant que certaines personnes aient une conscience supérieure à celle de classe ou de race. *

Vous avez les montres... … nous avons le temps. Quiconque a travaillé avec des Africains connaît cette réponse qu'à l'occasion ils nous font. Willem, l'inconstant jardinier, n'a pas supporté l'observation : parcourir les lieux en tous sens, fut-ce à grande vitesse et la fourche sur l'épaule, ne faisait pas avancer la cause. Jan l'a donc remplacé. Nous portons le même prénom, nul doute que nous allons entreprendre de grandes choses. Il est réputé reliable, c'est-à-dire qu'il vient au travail, et ne parle qu'afrikaans. Nous communiquons comme au cirque, pouce levé, pouce baissé. Jan a la morphologie d'un bushman mais l'ossature et les traits d'un métis -métissages multiples. C'est un lutin, toujours en mouvement, parfois sans but ni destination (le voyage c'est le chemin). Je le perds de vue, c'est pourtant pas la forêt vierge, il réapparaît ailleurs, affairé. Jan n'a pas le sens de l'eau perdue -il doit penser la même chose de nous qui prétendons cultiver le désert. Il est jardinier comme je suis violoniste, virtuoses du play back. Après un very light lunch il s'allonge à même le sol, dans l'ombre portée des écuries, et s'endort. Si le matin le moment de son arrivée est variable, mais jamais avant l'heure convenue, l'heure de départ est, quant à elle, immuable : c'est quinze heure quoiqu'il advienne. Pas la peine de lui en conter, il sait compter et m'indique la superbe montre qui mange son poignet maigre. * Colours Veldrift, Oyster Catcher, Lobster Red, Namib, Dune, Lion's Den, Kalahari, Bush Fire, Karoo Dawn, Cape Fynbos, Safari Trail, African Pan, Bushveld Plains, African Queen, Karoo Drift. Un bestiaire ? Un herbier ? Non, les couleurs proposées par le meilleur fabricant de peinture du pays. Toutes les nuances du continent dans un fauteuil. * Pets Elle aime trois molosses, hauts d'un mètre au garrot. Est-ce pour leur beauté ? Pour leur race ? Pour leur pouvoir de dissuasion car connaissant l'existence des bestiaux, nul se s'aventurera dans sa propriété sans y avoir été invité? Un peu de tout cela, sans doute. Elle n'en dira rien. Elle aime les animaux domestiques mais un peu moins ceux des autres, les pauvres. Ainsi, elle participe activement à la campagne de stérilisation des chiens et des chats du township voisin. Rendez-vous compte, les malheureux n'ont pas les moyens de les nourrir ni de les soigner, autrement dit, de leur assurer une vie décente. Elle et d'autres justifient le rayon pets du petit supermarché local. Que votre animal soit puppy, adult ou mature, qu'il aime le poisson ou préfère le bœuf (personne n'a pensé à une référence à base de chiens du township ?) vous trouverez votre bonheur. Tandis que vous commanderez, nombre d'habitants n'auront accès qu'au parking, pour quémander. * De la démocratie en Afrique

Que dirait Tocqueville de la démocratie en Amérique en cet automne ? Après le père nous avions eu le fils, après le mari, et par défaut, nous risquons la femme. Personne d'autre, vraiment ? Ne parlons pas de la France et du vaudeville actuel. Un universitaire ivoirien considère que les peuples africains ne sont pas prêts pour la démocratie « à l'occidentale » (caricaturalement, un T-shirt offert apporte une voix). Sait-il qu'il en est de même ailleurs, où nombre d'électeurs votent majoritairement non pour une vision, un projet ou des convictions mais pour la préservation de leurs boutiques ? Ici, en Afrique du Sud, se tenaient, il y a peu, des élections nationales qui ont entériné le recul de l'ANC au profit de la Democratic Alliance (DA). Historiquement (depuis la fin de l'apartheid) considéré comme le parti des Blancs (qui représentent moins de 10% de la population) elle a su rallier les déçus du clientélisme, de l'incompétence et de la corruption des indignes héritiers de Mandela. DA dirige désormais cinq des six plus grandes villes du pays. Dans le township voisin, bien après la fin du scrutin, se croisent courtoisement des porteurs de T-shirt de l'ANC ou de DA. Aujourd'hui, c'est différent, le leader national de DA tient un meeting dans un terrain vague. Sont là quelques centaines de personnes, dont un bon tiers d'enfants au trois-quart dépenaillés. Pas un T-shirt ANC dans la fumée des braais et la musiqueassourdissante. Moins de dix visages pâles, dont la journaliste que je conduis, un élu local et des militants. Arrive un petit convoi de limousines, quatre seulement, c'est moins que l'écurie privée de n'importe quel rejeton du Président Zuma. La foule mouve, les étendards s'enflamment et les youyous fusent. Mmusi Maimane est un métis bon teint, dominant d'une tête l'assemblée qu'il fend doucement, accompagnant les danses et se prêtant aux selfies. Il prononcera son discours, mi en anglais, mi en afrikaans, juché sur la plate-forme d'un camion -le coût du meeting doit être supportable pour les contribuables. Orateur populiste moyen, sans doute, mais habile. Deux heures plus tard, en soirée, nouvelle réunion. Cette fois dans une propriété de la ville historique. Cent cinquante personnes, casual chic, toutes blanches à l'exclusion de trois métis... et du Président de DA. Un air de Rotary, tout ce que la ville compte de fermiers, de commerçants et d'entrepreneurs a payé son écot pour s'honorer de la visite de Mmusi Maimane. Ses admirateurs voient en lui un nouveau Mandela ou le comparentà Obama, ses adversaires considèrent qu'il est manipulé, ses contempteurs le tiennent pour un traître. Il a moins de quarante ans, il est intelligent, sa femme est de race blanche. La probabilité qu'il devienne président de la République d'Afrique du Sud n'est pas nulle. * Posh Port Out, Starboard Home. Sonja, qui arpente le désert aux aurores, traite de posh une de ses connaissances, c'est-à-dire de snob. Elle a une langue de puffader. Les Anglais aisés (donc pas ceux qu'on envoyait au bagne en Australie en aller-simple) entreprenant la route des Indes réservaient leur cabine à bâbord à l'aller et à tribord au retour. Tout au long du voyage ils avaient ainsi la vue des côtes au lieu de la vacuité de l'Océan -quoiqu'en dise Kersauzon. J'ignorais que choisissant ma place dans l'avion, en fonction de la route et de l'heure, de façon à ce que le soleil éclaire le paysage au lieu de m'aveugler, j'étais posh. * Wine tasting cosmopolite Un sosie pâle de Jacob Zuma, peintre enseignant son art en Europe, une Anversoise écrivain en Afrique du Sud, un jardinier du désert au look de surfeur, une Irlandaise enseignant le yoga dans le Karoo, un Afrikaner féru d'Histoire mondiale, un autre, notre hôte, dans le vin jusqu'au col et deux Français en observation -observateurs observés. Les conversations roulent, puis bientôt les bouteilles, juste avant certains hôtes. Les scandales récurrents de corruption du Président Zuma et de ses proches. Un Chenin Blanc. Napoléon qui aurait pu changer le cours de l'Histoire de l'Afrique du Sud. Un Chardonnay unwooden. Le serpent, un puffader, que l'une a trouvé dans son jardin. Un Sauvignon Blanc. Le koudou percuté par une voiture à la sortie du village, et qui n'a pas survécu. Un Pinotage. La sanglante guerre Anglo-Boer. Un Shiraz nommé Down to Earth. * Little Patagonia Une histoire de pression ou de dépression, de différentiels de températures ou, peut-être, de guerre immémoriale entre les éléments, presque tous les jours en fin de journée, comme s'il venait border, le vent dévale la montagne et décoiffe gratis. Lorsqu'il tombe, on ne sait pas où, on se prend à espérer qu'il s'est fait mal et qu'il ne s'en relèvera pas. Je vais construire un mât sur la maison, hisser les voiles, les border et voguer sur le désert -il se souviendra de la mer. *

Meeting dans le township.



Puisqu'il faut une couverture (en noir et blanc)...
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Pas de révolution en Grèce
Kalimera a tous les aspirants voyageurs,

je suis en Grece depuis un mois, Athenes et la Crete, et je vois que tout va bien, la vie y est bien douce, pas de revolution dans l'air... il y fait tres beau, on se baigne... je me demande juste ou sont les touristes ??? aucun a l'horizon.....

les francais et tous les autres europeens bouderaient ils ce beau pays, qui fait, jusqu'a preuve du contraire, partie de l'Europe ?

Je m'interroge... pourquoi ne pas venir ici ?? moins loin que la Thailande... tout le monde parle anglais ou francais, la vie n'est pas tres chere, voire carrement moins chere qu'en France, partout des hotels entre 25 et 35 euros pour 2 (20 euros pour une personne seule)...

Qu'en pensez vous chers amis voyageurs ?

Anne
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Carnet gourmand
Bonjour à tous.

Pour les Munichois et les visiteurs occasionnels, à la recherche de bonnes adresses gourmandes, j´ai une nouveauté, testée pas plus tard qu´hier soir !

Ca faisait un bail que je n´avais pas vu mes copines, Gaelle et Délia. On avait donc convenu de se retrouver pour casser une croûte ensemble. Les deux dernières fois, ce sont elles qui ont fait des propositions d´endroits sympas et originaux. C´est à mon tour.

Je suggère qu´on se retrouve non loin des rives de l´Isar, dans un restau de quartier qui vient d´ouvrir, un Italien sans chichi qui, aux dires du dernier Süddeutsche Zeitung, fait les pizza les plus fines, les plus croustillantes, bref ! les meilleures de Bavière, le tout à petits prix.

Mais Délia ayant un tiers de sang rital (les deux autres tiers sont francais et allemand) n´est pas tentée plus que ça par la n-ième pizza de la semaine.

Notre échange Email s´anime à l´approche du rendez-vous :

« - Les cocottes, à coté de chez moi vient de s´ouvrir "le Roeckl". Ce sont d´anciens délinquants qui tentent de se réinsérer dans la vie professionnelle en jouant à la dinette... Il parait que c´est bien. Qu´en pensez-vous ? Bises. Délia

- Ma bichette, mais ca me parait parfait ! allons nous encanailler au Roeckl. Gaga, es-tu partante pour aller manger chez les bagnards ? T´éviteras de mettre ton haut à rayures gris et orange-Guantanamo. Bizz. Agathe »

Gaelle ne répond pas. J´espère qu´elle n´est pas vexée. J´adore cette fille d´une fraicheur et d´une gentillesse sans pareille mais si je la charrie trop à propos de son dernier haut Petit-Bateau, peut-être qu´elle ne m´aime plus... Ouf ! Son mail frappe à ma porte 3 heures plus tard :

« - Salut les filles, je rentre juste de Berne (je me la joue, hein ?). C´est ok pour moi. On dit 19h30 ? Bisous. Gaelle

- Je vois vraiment pas ce qu´il y a de si extraordinaire à rentrer de Berne mais va pour 19h30 ! Bizz- Agathe »

19h36. J´ai une sainte horreur de faire attendre les gens, si bien que j´entre au pas de course dans le restau, les oreilles rougies par le froid automnal, sans vraiment prendre le temps d´y jeter un coup d´oeil de l´extérieur. Il m´a semblé avoir apercu Gaelle et Délia au travers de la large baie vitrée. Elles sont attablées devant un Kir Royal à la pêche pour l´une et une bière blonde pour l´autre. Délia prétendant ne plus vraiment supporter l´alcool depuis qu´elle a passé le seuil critique des 42 ans me propose de partager son demi.

Ma parole ! C´est tout juste, si j´ai le temps de m´installer et de faire la tournée des bises. Je trempe les lèvres dans le verre de Délia et une des jeunes serveuses s´approche déjà pour nous indiquer qu´ils disposent de plusieurs verres en cuisine et qu´elle est prête à m´en prêter un ! Je rêvais de bulles au houblon depuis la fin de la matinée. Quel bonheur de pouvoir réaliser ses fantasmes si facilement.

« - Vous avez déjà choisi ? Je prends comme toi Gaga, j´ai la flemme de tout lire après la journée de torture au bureau.

- Comme si on se faisait les ongles au boulot ou des parties de réussites, nous ! T´as tort. La carte est hyper alléchante »

Elle a raison. Je ne vais pas citer toute la carte mais en entrée, il y a le choix entre une soupe blanche de tomate au basilic ou des salades gourmandes : l´une aux courgettes grillées, fenouil, falafels, patates douces et crème de mangue. L´autre au fromage de chèvre glacé, estragon, figues, miel d´accacia et graines de tournesol.

Pour ce qui est du plat principal tout me tente, que ce soit le risoto aux morilles, fenouil, tomates et parmesan, le filet de boeuf, sa moutarde à l´ancienne faite maison et des frites ou le filet d´omble accompagné d´une salade de pommes et pommes-de-terre et un beurre de noix.

Le voisin installé à notre gauche -sans doute un top model- à la peau noire satinée, est en train de croquer dans une plus jolies frites qu´il m´ait été donné de voir. Délia, que l´âge ne rend pas moins timide, lui demande si les frites sont bonnes ici parce que « en tout cas elles sentent délicieusement !» C´est vrai qu´elle me rappelle la cuisine de ma grand-mère (elle les servait en Bresse avec de la crème fraiche !). Le mannequin noir bien élevé n´a pas vraiment le choix et lui en propose une, si bien que Délia sait déjà ce qu´elle prend : le steak-frites. Quant à Gaelle, elle décide de retrouver le goût de son dernier voyage au Liban en prenant la salade de falafels. Et en bonne Bressane que je suis, j´opte pour la salade au chèvre.

Je tourne la tête, pendant que Gaelle nous raconte son escapade en Suisse, pour constater que la salle est archi comble, et remarque le décor moderne. Les tables et les chaises sont d´un gris anthracite très "design", contrastant avec le service en porcelaine. Le personnel est jeune, professionnel, avenant, décontracté, mais surtout pas désinvolte. On a d´ailleurs vite l´impression, que sans eux, rien ne serait possible ce soir (il faudrait se mettre soi-même aux fourneaux...) La cuisine est finalement assez haut-de-gamme. Je sais, naive comme je suis, je m´attendais sans doute à trouver « un vilebrequin dans le ragôut et dans le petit-pot de beurre une pinse-monseigneur » !

Ce restau « Roeckl » est le fruit du projet commun d´une association de pédagoges-pyschiatres et de cuisiniers qui offrent à des jeunes défavorisés une chance de réinsertion dans la vie professionnelle ainsi que la possibilité d´un avenir structuré. Le projet est calqué sur celui de la star people des cuisines, le Britanique Jamie Oliver avec son restaurant « Fifteen » de Londres. A priori cette initiative est la première du genre en Allemagne. J´ai cru comprendre que des chantiers d´insertion semblables existent déjà en France.

Pour en revenir à nos papilles, finissons par le dessert. On s´est jetées toutes les trois, en toute bonne conscience puisque c´est pour une bonne oeuvre, sur les minis portions de crème brûlée à l´orange (un peu trop froide à mon goût mais pas au point de coller le pâtissier en garde à vue). Quant à Delia, qui ne supporte soi-disant plus l´alcool, elle a repris une bière. La tarte Tatin et son miroir de caramel ne nous laissait pas vraiment indifférentes mais Gaelle est au régime à mi-temps alors, on a fait preuve de solidarité... comme toujours dans les coups durs !

Pour celles et ceux qui seraient tentés de passer à Munich, voici les coordonnées du restau :

Roeckl. Isartalstr. 26 80469 München

(ouvert pour l´instant le soir seulement à partir de 18heures. Une bonne idée pour ceux qui ont arpenté la capitale de Bavière en journée. A ce propos, à partir d´aujourd´hui on peut voir une grande expo consacrée à Wassily Kandinsky au musée Lenbachhaus)

Ps : espérons que les messages de 10 lignes sont tolérés dans cette rubrique !
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Espace Affaires et Espace Première sur Air France
De nombreux forums sur VF traitent des salons, des sièges, des repas ou de l'accueil à bord sur Air France, mais aucun ne regroupe les quatre sur un même forum. Je propose cette page -sur le modèle de Skytrax- pour traiter des expériences, heureuses ou malheureuses en cabine l'Espace Affaires ou l'Espace Première sur Air France. En voilà quelques unes pour commencer.

Merci à tous pour vos contributions ! 🙂
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Récit d'un voyage de trois semaines en Bulgarie, août 2019
Bonjour chers forumeurs

Voici un petit récit de nos vacances en Bulgarie en espérant que cela motivera d’autres voyageurs à découvrir ce magnifique pays bien trop méconnu.

Conditions du voyage : 3 personnes, moi et mes deux adolescents (dont un handicapé ce impose un rythme un peu plus lent et limite un peu le nombre d’excursions possibles en une journée).

But du voyage : c’est notre 4e voyage en Bulgarie, pays que nous connaissons déjà et dont je comprends plus ou moins la langue puisqu’elle est une langue slave assez proche du russe. Nous souhaitons combiner séjours dans des petites villes d’eau (sources thermales de Velingrad et Hisarya), séjour à la Mer Noire (Sozopol, Primorsko, Chernomorets), et villes historiques pour l’architecture (Plovdiv, Koprivchtitsa).

Vol : Paris-Sofia via Vienne, sur Austrian Airlines, 166 euros par personne, billets pris en ligne en mars 2019. La compagnie a assuré le transfert malgré le retard pris à CDG en raison d’une panne informatique, nous avons donc été assurés que l’avion Vienne-Sofia nous attendait. On trouve moins cher, plus à l’avance, sur les Low cost mais je préfère maintenant les bonnes compagnies.

Budget en Bulgarie : 1700 euros pour 3 personnes (tenant compte de 50 euros x2 taxi pour aller à CDG, donc 1600 euros sur place pour trois. Cela fait 72 euros par jour pour trois, soit 24 euros par jour et par personne.

Les prix sont vraiment très bas pour nous et proches des prix en Thaïlande, la Bulgarie doit être le moins cher des pays européens. On trouve des chambres doubles à partir de 13 euros, des chambres triples à 20 euros. Avec piscine c’est 30 euros et pour un appartement 2 pièces avec piscine, c’est autour de 40/50 Euros, et encore, dans les lieux touristiques.

Cours du Leva : 1 euro = 1,95 Leva à Sofia, Plovdiv. Au bord de la mer on n’obtient que 1,93 ou même 1,90 leva. En gros un Leva = 0,50 euro.

Itinéraire : J1 (31 juillet) : Vol PARIS CDG-SOFIA via Vienne, puis Train Sofia-Septemvri, puis Septemvri- VELINGRAD J1 – J4 (31 juillet au 4 aout) : VELINGRAD J5 (4 aout) : VELINGRAD-PLOVDIV en train J5-J6 (du 4 au 6 aout) : 2 nuits à PLOVDIV J7 (6 aout): Train PLOVDIV-BOURGAS, puis bus Bourgas-SOZOPOL J7 (6 aout) : nuit à SOZOPOL au bord de la Mer Noire J8 (7 aout) : Bus Sozopol - PRIMORSKO J8-J13 (du 7 au 13 aout) : PRIMORSKO au bord de la Mer Noire J14 (13 aout) : Bus Primorsko-Chernomorets J14-J16 (du 13 au 15 aout) : 2 nuits à CHERNOMORETS au bord de la mer Noire. J16 (15 aout) : bus Primorsko-Bourgas, puis train Bourgas-Karlovo, puis taxi Karlovo-HISARYA (HISAR) J16-J19 (du 15 au 18 aout) : séjour à HISAR (HISARYA), ville d’eau J19 (18 aout) : Taxi Hisarya-Karlovo pour rejoindre la ligne de train, puis train Karlovo-KOPRIVSHTITSA J19-J22 (du 18 au 21 aout) : KOPRIVSHTITSA J22 (21 aout) : train KOPRIVSHTITSA-Iskarko Shose (SOFIA), puis métro pour l’aéroport de SOFIA, vol retour SOFIA-PARIS via Vienne départ 18h35, arrivée CDG Paris 22h45.

Récit de voyage

J1 : PARIS-SOFIA-VELINGRAD Arrivée à l’aéroport, Métro Aéroport – Iskarsko Shose (connexion avec une gare), 2 stations, prix 1,60 leva/personne.

Puis train Septemvri- Velingrad, 14h39 – 17h52 soit 3h15 minutes, avec changement à Septemvri. Prix 5,90 leva par personne, étant trois, nous bénéficierons à chaque fois du tarif « malka grupa », petit groupe, donc avec 15% de réduction. A noter que les étudiants avec la carte ISIC ont droit à 50% de réduction.

Nous quittons immédiatement l’aéroport de Sofia en métro, superbe métro tout neuf, et juste 2 stations nous amènent à une correspondance avec la station de chemin de fer Iskarsko Shose qui est également sur la ligne de train qui nous intéresse, vers Septemvri puis Plovdiv. Ceci est un bon moyen de contourner la ville de Sofia si on ne veut pas y entrer (et notamment se payer la queue aux guichets de la Gare centrale), et de partir tout de suite vers une autre destination.

Le site des trains bulgares pour planifier les trajets est très pratique : www.bdz.bg/en/

Le train est neuf et propre, mais assez lent et semble s’arrêter dans de nombreuses stations intermédiaires. Il est rempli d’une équipe de travailleurs de voirie, toutes des femmes tsiganes, très sales et qui mangent leur repas durant le trajet. Nous sommes étonnées de voir ce groupe descendre au bout de quelques stations pour aller travailler dans une gare qui semble presque désaffectée. Les enfants les plaignent car elles ont l’air harassées et vraiment évoquent le Lumpenproletariat. Tout au long du trajet, on verra d’anciens kolkhozes (fermes collectives) et usines désaffectés, rouillés, fenêtres éventrées.... Le pays semble assez vide et presque déserté tout le long du trajet.

Une femme est assise près de nous dans le train, un manuel de français à la main, et engage la conversation. Elle est médecin gynécologue et souhaite venir travailler en France car il n’y a pas de travail en Bulgarie. Je lui confirme qu’on recherche des médecins spécialistes, surtout en province. Elle veut s’établir dans une ville du sud de la France, nous discutons du niveau de vie respectif, elle semble n’avoir que la France comme seul espoir.

Arrivés à Septemvri, nous sommes censés prendre le train Septemvri –Vélingrad, un train de montagne avec une voie à écartement étroit (narrow gauge) connu pour la beauté des paysages traversés. Hélas le train est remplacé par un autobus vétuste, qui suit presque le même parcours car on voit les voies de chemin de fer la plupart du temps. Le paysage est splendide, avec des gorges et des rochers et une dense couverture de sapins.

J1 – J4 : VELINGRAD (31 juillet au 4 aout)

Nous arrivons à Velingrad en fin d’après-midi et à notre Guesthouse PIP, située sur la rue principale (ul. Saedinienie), où nous attend une chambre triple avec balcon, SdB avec douche et AC (40 leva soit 20 euros par nuit). Elle est assez exiguë mais la maison a un jardin et comme toujours dans les maisons bulgares, une tonnelle avec des tables et des bancs pour pique-niquer et une cuisine extérieure avec évier, vaisselle à disposition.

Les Bulgares, nous le verrons, ne sont pas riches et les hébergements sont faits pour des familles, proposant souvent des chambres familiales à 3 ou 4 lits (souvent des lits superposés pour les enfants) avec balcon, frigo, table et chaises sur le balcon ou dans le jardin, et accès à une cuisine.

Nous rencontrons une famille bulgare exilée en Grande Bretagne qui pique-nique justement avec ses enfants et nous installons à côté. Le mari nous explique qu’il n’y a pas de travail en Bulgarie. La Bulgarie comptait presque 9 millions d’habitants à l’époque communiste, aujourd’hui moins de 7 millions. Les jeunes partent à l’étranger, les gens étaient mieux lotis à l’époque communiste où 95% des foyers étaient propriétaires de leur logement et le chômage était inexistant, car le régime construisait des kolkhozes et des usines dans chaque localité afin de créer des emplois locaux. Tout ce système s’est effondré avec l’arrivée du capitalisme et la plupart des gens vivent moins bien maintenant.

La propriétaire de la maison qui nous loue la chambre tient à l’avant de sa demeure une « Banitcharnitsa », c’est-à-dire une boulangerie vendant des « banitsas » pour le petit déjeuner. Ces petites échoppes qu’on voit partout en Bulgarie ouvrent dès 6h du matin et vendent des banitsas ou pâte feuilletée farcie de sirene, le délicieux fromage bulgare (sorte de feta) et des tas d’autres patisseries en fait salées, farcies au fromage kashkaval, aux épinards, même des petites pizzas, des viennoiseries etc. Inclus dans le prix de la chambre (20 euros pour trois) est le petit déjeuner, donc il suffit le matin de venir choisir ce qu’on veut : une banitsa et un café, ou encore un « ayran » (yaourt liquide salé, très frais, délicieux) ou de la « boza », boisson fermentée à base de céréales (bof). Je vois que la propriétaire ne chôme pas car elle doit se lever très tôt pour préparer tous ces délices. Par contre, elle n’a pratiquement plus rien à vendre dès midi, et ferme boutique peu après.

Velingrad est une ville située dans les montagnes Rhodopes dans un écrin de verdure. Elle est célèbre pour ses 80 sources d’eau karstiques et d’eau thermale chaude, qui sort à une température entre 28 et 91°C. De nombreux hôtels proposent des spas et des piscines privées alimentées par les sources chaudes, mais c’était un peu cher sur le moment. J’ai compris qu’il faut réserver à l’avance pour trouver des prix corrects (et si possible en utilisant les coupons trouvés sur le Groupon bulgare, qui s’appelle Grupovo.bg).

Nous partons à la découverte de la piscine municipale qui s’appelle carrément Plage minérale, Mineralen Plazh, car il y a du sable importé de la Mer Noire et des transats, des pelouses aussi, située dans le parc municipal. Entrée 5 leva adulte. Elle est dotée de deux immenses bassins, l’un d’eau froide (trop froide, j’ai tenu 2 longueurs), l’autre d’eau chaude (trop chaude, on peut à peine mettre un pied dedans). Je m’étonne qu’ils n’aient pas inventé l’eau tiède, ce serait si facile de combiner les deux… On y reste quand même l’essentiel de la journée car il y a des gradins ombragés et de l’eau et sur les bords, des arbres fruitiers où on peut cueillir des petites mirabelles sauvages.

La ville s’étend en longueur le long de la rue principale (ul. Saedinienie), desservie aussi par la seule ligne de bus de la ville (ticket 0,80 leva donc 0,40 centimes) mais on peut facilement la parcourir à pied. Le centre ville (Lădžene) est piéton et organisé autour d’un monument aux morts et de l’hotel Zdravets et se poursuit par la rue Khan Asparuh qui passe devant la mairie, la poste, et le lycée professionnel forestier. On peut y trouver des restaurants, stands de Döner kebab et pizza, jeux pour enfants, et quelques magasins et échoppes de souvenirs (sinon le supermarché Billa est à côté de la gare des bus). Ca reste assez petit malgré tout.

Nous migrons ensuite vers notre second hébergement, un appartement sous les toits dans la Villa Venera, rue Mayakovski, avec 4 lits (40 leva soit 20 euros la nuit pour trois, cette fois il n’y a pas l’air conditionné mais une petite cuisine, salle à manger, etc). Très bien placé et proche des piscines. Joli jardin tenue par une femme très gentille. Le quartier des piscines est plus vivant, avec des échoppes de maillots de bains et de souvenirs, mais rien de bien grand. Ce sont surtout la présence de grands et chers hotels avec spa qui frappent, les prix peuvent atteindre 100 à 200 euros la nuit ce qui étonne dans ce pays où un repas au restaurant à midi coute 3,80 leva soit 1,90 euro !

Au marché de la ville (entre la Gare et le centre, si possible visiter le grand marché du dimanche matin), nous rencontrons de nombreux Pomaks ou Bulgares convertis à l’islam. Les femmes ont de grands foulards, mais le teint très clair et des tenues traditionnelles bulgares. Elles vendent des fruits des bois cueillis à la main, des montagnes de myrtilles (5,50 leva le kilo soit 2,80 euros), framboises, et même des fraises des bois. Egalement du miel de différentes couleurs, dont du miel foncé, de sapin. Nous nous régalons aussi de petites figues (2 leva le kilo). Les fruits sont délicieux. Au Marché on trouve de tout pour des prix dérisoires : T-Shirt et joggings d’imitation de marques à 5 Leva, sandales, tongues, objets de cuisine ou en bois sculpté. De quoi faire de beaux achats !

Le lendemain nous essayons une nouvelle piscine, la Plage minerale « Kaferinova » (29 rue Smirnenski). Elle est privée et plus moderne. Entrée 6 leva. L’eau cette fois est juste tiède et agréable et on peut louer des chaises longues à la journée. Les enfants s’amusent bien.

Nous nous promenons dans la ville et découvrons des maisons avec jardins et tonnelles et surtout les rues sont plantées d’arbres fruitiers : cerises griottes, prunes rouges et jaunes, pommiers, pieds de raisin qui tendent leurs sarments le long de longs fils de fer, il n’y a qu’à tendre la main pour manger… C’est paradisiaque et très reposant. Nous reviendrons dans cette ville pour explorer plus les environs (notamment la forteresse de Tsepina ou le village de Yundola).
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Maroc: vacances réussies! Merci au forum!
Arrivée à Marrakech sous le soleil!Dépaysement total dès la sortie de l'aéroport. La place Djemma El F Na dès le 1er soir:étourdis par les bruits, les odeurs, le monde entier qui va et qui vient parmi les Marocains.Quelle ambiance! Nuit à l'hôtel Toulousain, accueil et services très gentils, chambres propres et petit déjeuner copieux servi sous l'oranger du patio. Le lendemain, visite des souks, promenade dans la médina, visite de la médersa(magnifique), la place des ferblantiers avec ses cigognes et retour à l'hôtel, épuisés mais tellement contents! Une bonne nuit et on réceptionne la voiture(logan de chez Medloc)et direction les cascades d'Ouzoud.Impressionnantes cascades vues d'en haut et vues d'en bas.Traversée en empruntant le petit bac pittoresque, décoré à la marocaine.Très sympa! Puis en route pour Imi N Ifri, étonnante arche naturelle au-dessus de l'oued.Nuit au gite d'étape Thami.Bien accueillis, bien nourris et bien reposés, on repart le lendemain matin pour la vallée de la Tessaout en direction de Skoura.Sublimes paysages de montagnes.Aucune circulation.Mais des petits écureuils qui traversent la route de temps en temps.Arrivés à Skoura en fin d'après-midi et installation au gite-kasbah LA PALMERAIE.Accueil chaleureux de toute la famille dans cette grande maison en bordure de la palmeraie.Dès le lendemain, après un super petit déjeuner pris sur la terrasse où on a mangé nos premiers baghirs(crêpes 1000 trous), on s'en va avec Mohamed, notre hôte, pour une promenade-découverte de la palmeraie, des différentes kasbahs(berbères, juives, arabes), Mohamed nous explique le partage de l'eau si précieuse ici, les cultures, la vie dans une palmeraie.On visite même une vieille kasbah encore occupée par une famille, on y découvre le caravansérail, les logements, la partie réservée aux animaux, les outils...Une vraie découverte pour nous!A midi, repas au jardin;tajine aux amandes et aux pruneaux, délicieux!L'après-midi, on va voir le village d'Afra et ses jardins(très intéressants) et au retour on s'arrête chez Mohamed le potier de la palmeraie, tout en sourire et en gentillesse lui aussi.Il fait des merveilles(cheminées par exemple)avec trois fois rien.Dîner sur la terrase de la kasbah, Ghislane a préparé des pizzas berbères.Le lendemain, direction la vallée des amandiers après le petit déjeuner(crêpes messemens).En chemin, on visite la mine de sel, des conditions de travail qu'on n' imagine pas...Arrêts-photos nombreux:villages de terre, oueds géants, ruchers collectifs, scènes de vie...Pique-nique au bord de l'eau, sandwich au fromage de Skoura... Randonnée à pied à travers les jardins et les ruisseaux.Super!Au retour, on se régale d'un délicieux couscous, et on découvre la technique des boulettes de semoule de couscous!Mais trop compliqué pour nous!ça demande un peu d'entraînement!Le lendemain, Mohamed propose de nous emmener dans la vallée des roses et d'aller rendre une visite aux bergers-nomades.On y sera très gentiment accueillis.C'est un peu délicat, on ne veut pas imposer notre présence et déranger mais on nous offre le thé, le pain et l'huile et les enfants sont heureux de nous montrer leurs animaux.On leur laisse un peu d'argent pour les remercier.A notre départ, ils s'en vont avec les ânes pour la corvée d'eau.Leur vie n'est pas facile et c'est peu de le dire!L'hiver doit être compliqué!Le soir, on ne couche à l'Hôtel Awayou, bien au calme, on est les seuls ce soir-là. A Bientôt pour la suite...Je suis trop bavarde...
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Croisière Costa Magica "civilisations antiques" en avril 2012
Bonjour

Nous allons faire notre première croisière à bord du Costa Magica, 'Civilisations Antiques". Départ de Marseille le 21 avril 2012 Escales : Livourne, Palerme, Le Pirée, Izmir, Rhodes, la Valette. Nous sommes 2 adultes 2 ados (14 ans et 17 ans). Pourriez vous nous conseiller sur les excursions à faire avec Costa ou à organiser. Si vous partez aux mêmes dates, nous pourrions échanger, organiser nos excursions et nous rencontrer. Merci pour vos réponses.
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Classes Affaires et Première (suite)
Bonjour à tous, je commence une nouvelle discussion car l'ancienne est visiblement close.

Je viens de réserver un retour de NY en Club World sur BA, compagnie que je n'ai prise sur un LC, pour essayer car j'en entends souvent du bien. Quel étonnement en voyant qu'on me demande 70€ pour choisir mon siège ! Pas très classe vu le prix du billet.
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Classes Affaires et Première (suite)
Hello, Je m'autorise à copier notre ami Posseidon ci après pour ce nouveau post concernant les classes Affaires et Premiere 😎 Cordialement Esteban

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Bonjour à tous,

La précédente discussion sur les Classes Haute-Contribution ayant atteint près de 500 messages, je vous propose d'en recréer une pour nous permettre de continuer à échanger sur les classes avant des différentes compagnies aériennes.

Les Trips Reports, qu'ils soient élogieux ou critiques, sont les bienvenus dans cette rubrique, en particulier quand ils sont accompagnés de photos illustratives.

Merci à tous pour vos contributions. 🙂
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"Dépression" post voyage
Rentrée de voyage depuis hier, à chaque fois, j'ai la même sensation de revenir dans cet horrible train train quotidien ! je ne suis pourtant pas partie très longtemps, mais les emotions sont si intenses en très peu de temps. Rencontrer des gens merveilleux, des endroits inoubliables, adopter un mode de vie différent, se comporter diferement même en voyage, se sentir autre.. et le dur retour à la réalité, aux petites habitudes, à la mauvaise humeur française (ou lyonnaise du moins je n'en fais pas une généralité)...

Comment faites-vous pour repartir du bon pied?? je suppose que je ne suis pas la seule à qui cette sensation arrive au retour d'un voyage?

si seulement les voyages pouvaient durer toujours... je ne sais pas comment font les personnes qui partent 1ans, voire plus et reviennent ensuite, sincerement.
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Improvisation nomade (version intégrale)
PROLOGUE

Cinquante mâles indiens debout, à deux mètres, les yeux fixés sur nous. Nous, c’est deux jolies filles bien blanches assises par terre contre les sacs au bord de la route, et moi. Et puis un croisement, un ou deux bouibouis crasseux, quelques cactus et le désert à perte de vue. Silence. Une boutade en ourdou laisse éclater de rire tous les joyeux compères indiens, musulmans et camionneurs. Rien que ça. Bon alors, qu’est ce qui s’est passé ? Qu’est ce que je fous là ? Je me lève. On fait moins les malins, bande de nains. Mais ils sont beaucoup quand même. Je pars. Verrai ce qui se passera avec les filles. Vais au bouiboui boire un tchaï, un thé au lait avec des épices. Jette un œil de côté pour regarder ce rare spectacle : une bande de frustrés, et sûrement puceaux la plupart, avec deux Occidentales – et leur triste réputation, nous y reviendrons – perdues dans le désert. Le cercle se resserre autour des filles. Se resserre encore. Bientôt, elles disparaîtront. M’en fous un peu. Les connais à peine. Je ne les vois plus. Un instant. Un instant seulement avant un cri très fort. Un cri de femme, strident, enragé. Un cri terrible. Et, comme un départ de course : une bande de trous du cul qui se sauve en courant dans tous les sens. Une des filles s’est levée. C’est elle qui a crié. Un des mâles a osé toucher ses cheveux, elle lui a mis une grosse tarte dans la gueule. Du moins, elle aurait bien voulu mais ils sont partis trop vite. Au loin, ils rient. Ils pleurent de rire même car ils ont eu peur ces nigauds. C’est les nerfs en quelque sorte. Ils restent à distance maintenant. À dix mètres, le cercle se reforme. Ils attendent. Les filles n’ont pas l’air angoissé. Juste méfiantes. Le gars du bouiboui parle quelques mots d’anglais. On rigole ensemble de la situation. Cinq mètres, le cercle se rapproche. Ça va recommencer. Mais là, ça va m’agacer, je vais y aller ! J’y vais. Trop tard. Le bus arrive en klaxonnant. Il n’y a plus de place dedans. Monte sur le toit. Démarre. C’est parti ! Mais où on va au fait ?

« La vérité, c’est qu’on ne sait nommer ce qui nous pousse. Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. Un voyage se passe de motif. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait… »

Nicolas Bouvier

Les Saints de Glace

Premiers jours de mai 2004, à la gare de Poitiers. Par la fenêtre de la micheline, quelques amis et famille nous font coucou tristement. Il fait beau et chaud même si mamie a dit que les Saints de glace n’étaient pas encore passés. C’est quoi les Saints de glace ? Trop tard pour lui demander. Limoges… Déjà perdus ! Dans l’allée du bus, le sac ne passe pas. Obligés de rester debout. L’impression d’être regardés… Peut-être trompés de bus… Où est la carte ? On descend à Ambazac. À la sortie du village, devant notre pouce tendu, une voiture s’arrête, toute petite et déjà surchargée. Le monsieur tasse nos sacs dans le coffre. Ça ne ferme pas, forcément, alors il force, il force et le pare brise se bombe dangereusement. La femme crie : « Arrête, tu vas tout casser ». Le coffre restera ouvert. Merci messieurs-dames, on descend là. Si, si c’est là, merci beaucoup. Saint-Laurent-les-Églises, hameau de quelques vieilles âmes. Pourquoi là ? Le petit trait rouge, tu le vois. Ça veut dire que c’est le bon chemin. Celui qui traverse la France de la côte Atlantique à l’Italie. Le Gr4. Il passe ici. Et on va par là. Vers le sud. Par contre, aide-moi à mettre le sac sur mon dos parce que, là, je vais me casser les reins autrement. Et nous voilà qu’on disparaît derrière les arbres et les collines avec nos petites jambes, bien décidés à ne jamais s’arrêter avant d’être loin. Très loin. Peut-être pas, remarque. Mais peut être que si, quand même, enfin on verra bien ! Nous, c’est Daoud et moi, deux jeunes de 25 ans, un peu perdus sans doute, sans trop d’ambitions non plus, à part foutre le camp. Quitter le travail, les appartements, les amis, la famille et puis tout le reste. Tout. On part à l’aventure. Par les chemins de randonnée pour quitter la France. À l’étranger, on verra. Déjà, il faut partir, prendre la route. Ne pas réfléchir. Un voyage se passe de motif comme on l’a lu plus haut. On aura au moins fait ça dans notre vie. On aura voyagé, on aura été libre… Avant la nuit, un petit coin pour camper se présente. Ça ne manque pas dans cette campagne. Petit feu dans la nature. Petite soirée dans la brise légère. Temps clair et doux, parfait en toile de tente. Nous voilà heureux. Le lendemain est pluvieux et froid. Sans nous décourager, nous marchons à travers les forêts, les collines, les villages. – Eh, Daoud, ça va pas là, c’est dur, j’ai mal, je suis mort. C’est fatigant de marcher. On aurait pu prendre un vélo ou un cheval ou même un âne, quelque chose quoi. Parce que rien que la France, il y a au moins, pouf, tout ça quoi ! – T’occupe pas de la marque du vélo, pédale, il m’dit. Et avec le sourire. Les épaules lacérées. La sueur salée qui pique les yeux et qui coule sous le k-way glacé. Les chaussures qui se font aux pieds. Les pieds qui se font aux chaussures. Je ne sais pas mais ça fait mal. À midi, nous dégustons un sandwich rillettes dans une cave où pourrissent des navets en décomposition. Le seul endroit où il ne pleut pas. Les mains fermées sur notre petite tasse de thé brûlante, nous ne rigolons plus. Très vite, la sueur refroidit sous les vêtements et nous devons repartir. Le soir, le vent se lève, le froid devient glacial. Nous grelottons dans la fumée du feu puis dans notre duvet d’été où le vent s’engouffre ! Des frissons me remontent des orteils jusqu’aux cheveux par vagues. Mourir de froid doit être la chose la plus atroce. Mais je suis si fatigué que je finis par m’endormir. Dans la nuit, le froid s’empare de moi et me fait délirer. Je mêle mes cris à ceux de la forêt, et à celui sinistre, du vent dans la toile de tente. Tôt le matin, je me lève pour remuer mes membres gelés. Il a neigé. Dis-moi Daoud, les Saints de glace, ce ne serait pas une période de… Il est déjà parti. Le chemin est une ornière pleine d’eau, de boue et de glaise. Il monte. Chaque pas est un effort. Le souffle est court. Courbé sous mon sac, je n’apprécie guère le paysage. Je m’entends pousser des petits gémissements. Comment puis-je résister encore ? Chaque seconde, je rêve de balancer mon sac dans le fossé. Et dire que c’était mon idée... Enfin, nous débouchons dans un petit village. Dormir abrités ce soir. C’est tout ce que nous voulons. Prendre une douche. Jeter les sacs. Mais il n’y a rien dans ce village. On nous dit de marcher encore jusqu’à une ferme à 1 ou 2 kilomètres. Peut-être pourra-t-on nous accueillir… À la ferme, les chiens nous accueillent, en effet ! Le paysan nous dit que ce n’est pas possible chez lui. On insiste un peu. On veut juste une grange, un coin de paille, à l’abri du vent et de la pluie. Mais c’est « Non. » « Allez plus haut, à 1 ou 2 kilomètres, il y a une famille qui prend des gens comme vous. » Des gens comme nous ! Ça veut dire quoi, des gens comme nous ?À bout de force et de patience, nous arrivons devant une petite maison. Nous n’espérons plus. Et pourtant, ici commence la série des gens qui nous ont aidés, motivés, offert. Une douche chaude, un lit. « Prenez cette petite bouteille de vin, ça vous réchauffera. » C’est incroyable, quand on est à bout, le plaisir que ça fait de recevoir la moindre chose. Comme cette petite boulangère qui est sortie de son magasin quand elle nous a vu passer pour nous donner des gâteaux. Ou cette petite mamie en pleine campagne à qui l’on demandait de l’eau et qui nous a donné des œufs « Vaut mieux ça que faire la drogue, » elle a ajouté… Malgré ces encouragements, quelques jours plus tard, je suis dans un lit à Clermont Ferrand sans plus pouvoir bouger. Le moral a tenu mais pas le physique. Un tendon a dit le docteur, il faut vous reposer. Agacé d’être déjà arrêté, je voudrais repartir de suite. Dans ce lit, j’ai l’impression de perdre mon temps. Mais cela se dissipe très vite. Nous réalisons peu à peu que nous sommes libres. Pas pressés. Pas comme les vacances où, chaque année, chacun s’arrange pour quelles soient parfaitement organisées afin de ne pas perdre un temps précieux. Nous, on peut rester là autant qu’on veut, se détendre, penser, rêver, manger tout doucement, apprendre à vivre sans stress, apprendre à vivre sans travailler, sans rien faire ! On se laisse vite aller à ce genre de chose et au cours du voyage, je crois que nous sommes devenus professionnels. Daoud a même dit une fois : « Quand on en a marre de rien foutre quelque part, on prend le train et on va rien foutre ailleurs ! » Se promener, observer, discuter avec les gens. Prendre son temps pour chaque chose que l’on fait. Calme, Shanti Shanti disent les Indiens ! Bref, on commence à s’apaiser et profiter de notre temps à Clermont une semaine après la démission.

Une fois soignés, nous vidons nos sacs beaucoup trop lourds pour ne garder que le nécessaire et repartons sous le soleil de mi-mai. Avec entrain mais est-ce la peine de le dire ! L’aventure nous appelle. Passons le Puy de Dôme, pas très joli avec sa grosse antenne au sommet, ses parkings payants à l’entrée et son bus pour prendre la route goudronnée qui y mène. Puis aux pieds d’autres volcans plus sauvages pour finalement passer la nuit sous l’un d’eux : celui de la Vache. Quelques jours plus tard et surtout après quelques dizaines de kilomètres de marche, nous arrivons au Puy de Sancy. L’ascension s’effectue tranquillement. On suit la crête. Pas de problème. Le vent, la neige, le ciel bleu. Et puis, on se perd. Plus de huit heures de marche. Pas de trace du chemin. Plus d’eau. Nous vagabondons dans la neige, les ruisseaux gelés, le vent très fort et la fatigue. Glisser, trébucher, marcher encore, remonter pour passer un ravin. Dur. La soif serre la gorge. Nous commençons à sucer la glace mais craignons pour notre ventre. Nous sommes des citadins fragiles. Dix heures de marche. Cette fois, la soif est la plus forte, nous nous jetons dans le ruisseau. Le vent nous a asséché la gorge toute la journée avec son pote le soleil. Mais déjà ça va mieux. Il va bientôt faire nuit, pourquoi ne pas camper là ? Le vent ne veut pas, il emporte la tente. Marcher encore. Enfin, un petit bois. Ce sera là. La tempête fait rage. Les ombres des branches s’agitent sur la toile comme des marionnettes lugubres. Le sommeil est plus fort. Les jours suivants, nous ne bougeons pas, brûlant le bois que le vent a fait descendre des arbres autour de nous, lavant notre linge et nos fesses dans le ruisseau gelé, crapahutant jusqu’à un village à travers ravins et forêts pour trouver une miche de pain. Puis repartons ragaillardis vers le Cantal. Hauts plateaux herbeux. Chemins bordés de calcaire. Traverser des réserves naturelles, zones protégées d’oiseaux, nez à nez avec un taureau et vaches dix fois plus nombreuses que les habitants. D’habitant, on en rencontre un. Un beau, un jeune. Il ramasse des pissenlits, dans son panier, avec ses bottes, une grande culotte bleue, des bretelles sur sa chemise à grands carreaux et une jolie casquette jaune. On lui demande pour quoi faire. « Bah pour faire de l’avèze ! », il répond avec son superbe accent. Mais comme on le regarde bêtement et qu’on répète « De la quoi ? » il comprend que ces gens-là ne connaissent pas l’avèze, alors il explique. « De l’alcool, c’est. Juste les têtes qu’il faut pour faire l’avèze et il en faut beaucoup des têtes. Même que ça se vend un euro le kilo ! » On en prend quelques-unes pour soupeser, c’est plus léger qu’une plume, un pissenlit. Puis on regarde autour de nous, les champs pleins de pissenlits, jaunes sur des kilomètres : une fortune ! « Salut mon gars, bonne continuation. » « Bien le bonjour chez vous, monsieur-dame. » Des pâtures, des vaches, des collines, du soleil et des chiens. Des chiens qui viennent nous agresser au milieu de nulle part. Qui nous suivent sur des centaines de mètres, qui se relaient. Puis encore quelques villages bien perdus. Une maison de retraite d’où tout le monde descend nous encourager. Un camping où nous prenons enfin une douche, lavons notre linge et d’où repartons sans avoir vu personne. Une préfecture de département, St-Flour, sans connexion internet. Le Cantal…

Fin d’après-midi, on se pose dans un coin agréable. En cinq minutes, la tente est montée. Détente. Allongés dans l’herbe, on lit, on grignote, on discute. Nos pieds se reposent. Ils ne nous font plus vraiment mal maintenant. On a de la corne. Au repas, légumes frais, bon pain et véritable fromage. En dessert, l’incontournable thé avec son carré de chocolat... Quatre semaines que nous sommes partis. J’en ai rien vu. Les vacances sur une année de travail. J’y pense. C’est bien trop peu à mon goût. Alors que nous… Quelle vie tout de même. Se promener tranquillement dans les montagnes, rencontrer des gens, visiter les villes et les campagnes de notre joli pays. Ça me plaît. Dire qu’on peut passer à côté de ça. J’ai oublié de pointer ce matin. Faut que j’explique à mon chef. Déjà que je suis arrivé en retard deux fois cette semaine. La nuit est tombée. Le ciel se couvre. Bientôt, de grosses gouttes tombent comme des cailloux sur la toile. L’orage est sur nous. Bien longtemps que je n’avais vu un tel orage. Enfin, peut-être n’y en a-t-il plus d’assez conséquents pour nous affoler comme je le suis à présent, dans les lumières et le bruit incessant de nos villes et derrière nos volets clos. C’est violent un orage quand on est dessous. Ça fait peur. La toile ridicule chavire sous les rafales. Le tonnerre en dolby stéréo. L’eau qui rentre à l’intérieur. Vite, une gamelle. On n’en a qu’une. Tout est déjà trempé. Nous écoutons, bien au fond du duvet, mêlant flashes du tonnerre et images de nos journées. Le téléphone sonne. « Nico, ton téléphone sonne. » « Ah, oui, c’est vrai, je croyais que c’était dans mon rêve. » Toujours au meilleur moment du film. « Allo ? » De la musique à fond, puis les voix déformées et alcooliques de quelques amis. Ils chantent : « Niiico reviens, Niiico reviens, Nico reviens parmi les tiens ». Je raccroche soudain. J’étais au bout du monde bravant la tempête et le tonnerre et je me retrouve au bout du fil à seulement 3 heures en voiture de chez moi, dans un champ de vaches entre deux collines tout ce qu’il y a de commun. Contrarié, je me recouche mais les fées sont parties. Un sentiment d’orgueil s’empare alors de moi recouvrant définitivement celui de la mélancolie. Nous voilà partis pour de bon et, au bout de quelques semaines seulement, j’ai l’impression d’être loin et surtout de n’être déjà plus le même. Mes amis vont continuer leur vie habituelle. Pour nous qui sommes partis, qui sommes seuls, tout va changer car tout est déjà différent, dans nos silences, les silences de la nature, le silence des nuits, la longue traversée, cette longue traversée de nous-mêmes…

De bonheur ce matin

À la fin du mois, nous sommes dans le plus reculé des chalets d’un hameau des Alpes de Haute-Provence. Une ancienne cabane de chasse, aménagée avec goût par un jeune menuisier, cachée derrière des haies de chênes verts, dans une douce prairie où quelques gros rochers polis cohabitent avec des terriers de fouines. Nous sommes chez mon frère. Le temps ici s’écoule comme nulle part ailleurs. On y est bien. Indéfinissable. Les fleurs sauvages, aromates, thym, basilic, parfument les alentours. Les papillons les caressent sans bruit. Le hamac nous tend ses draps. Le soleil lèche la maisonnette. Dans la salle d’eau, on est pris de vertige. Vue plongeante sur toute la vallée. Sur les lumières scintillantes de la ville au loin. Tout est paisible. Un silence : celui du chant des grillons, des oiseaux. Un peu plus loin, le meuglement d’une vache, l’aboiement d’un chien. Sur la table de jardin, un noyer métisse la peau. On ne bouge plus. Le temps devrait s’arrêter maintenant, enveloppés comme nous sommes dans une atmosphère idyllique à l’abri de l’agitation du monde. Notre situation à ce moment-là y est sans doute pour beaucoup : derrière nous, débute notre prochaine étape. Les Alpes. Rien que ça ! Avec nos petits mollets. La tente plantée de nouveau chaque soir. Les sacs refaits au matin. La privation. Voilà pourquoi nous apprécions tant ce petit confort après ce mois passé à gambader gaiement à travers nos départements les plus reculés, la campagne, le silence. Ici, musique maestro, le barbecue frétille, le coucher de soleil sur la vallée rougit tranquillement, Daoud nous prépare une petite marinade, le rosé est au frais, le rouge débouché, il ne manque plus que les invités du soir, à savoir mon petit frère retrouvé, accompagné des quelques voisins, choisis comme des perles et qui se reconnaîtront comme étant les irréductibles du Villard des Dourbes !

Deux semaines plus tard, nous serpentons sur le chemin en lacets qui monte vers les falaises. Arrivés en haut, nous jetons un dernier coup d’œil sur le village avant de lui tourner le dos. La fameuse barre des Dourbes s’est laissée franchir sans effort insurmontable. Nous n’en revenons pas. Ce devait être si difficile, après en avoir tant parlé pendant ces deux semaines passées avec nos amis. Cette muraille dite infranchissable ! Maintenant que nous y sommes, elle apparaît dans le paysage comme une légère barrière. Derrière elle, la vue s’ouvre sur tous ces sommets bien plus immenses et que nous espérons pourtant passer ! Simplement un pied devant l’autre…

Les jours suivants, villages et vallées se laissent dépasser avant d’arriver près du parc national du Mercantour dans la petite ville d’Allos au pied du Mont Pelât. Campons au bord d’un joli torrent. L’herbe est fine et douce. Un écureuil hésite à descendre nous saluer. Les flammes montent droites vers les étoiles. Je suis appuyé sur mon sac pour vous écrire. Je digère une grosse caillette du village accompagnée par une véritable tomme de vache qui m’emplit le palais de saveur. La bouteille de rouge aurait été la bienvenue mais on ne peut jamais tout avoir… J’aimerais décrire ce qui nous entoure : les courbes du torrent, sa musique, l’horizon rougi et arrêté par les crêtes et les pics majestueux, la fraîcheur d’un soir de montagne, l’odeur du bois de mélèze qui me chauffe le visage, nos mots qui se perdent dans la nuit. Je repense à ma mère, à sa question stupide « Le travail ne vous manque-t-il pas ? » Maman, comment te dire ? Si toute la vie pouvait être ainsi, je ne suis pas sûr de m’en lasser de sitôt. Si tu pouvais connaître cette sensation de liberté que j’ai à cet instant en t’écrivant. Chaque jour, les paysages changent, chaque jour, je fais du sport, chaque jour, après de tels efforts, j’apprécie de manger, de boire de l’eau pure des torrents sans goût de calcaire et de chlore. Nous avons déjà rencontré quelques personnes dignes de rester dans nos souvenirs et chaque matin, nous pouvons encore, grâce à ce destin que l’on force en voyageant, rencontrer de nouvelles personnes et changer peut être, d’une parole, notre vie entière. Non, maman, le travail ne me manque pas ! Pointer à l’usine et rentrer le soir venu pour me mettre devant la télé, merci. Ici, mon jardin est immense avec un torrent d’eau pure devant moi. Je vois chaque matin le soleil se lever, je marche dans le vent frais et parfumé des hauts plateaux et au-delà de notre fine toile de tente, c’est notre toit d’étoile !

Quatre heures d’ascension sans arrêt notoire et 800 mètres de dénivelé enfilés. Nous sommes de vrais montagnards. Le temps se gâte et c’est dommage car nous suivons un torrent, le Chadoulin, jusqu’à sa source et ce n’est qu’une succession de cascades. Nous trouvons aussi de nombreuses marmottes et de jolies fleurs de montagne… Juste avant d’arriver au lac, un grand parking bondé de voitures. Sommes-nous les seuls à être montés à pied ? Derrière les vitres du restaurant refuge, les bouches engloutissent les fourchettes, les cravates des serveuses équilibrent leur course entre les tables. Il est quatorze heures. Le prix du menu au restaurant équivaut à une semaine de notre budget. Nous pique-niquons dans nos ponchos sur un rocher entouré de falaises enneigées qui tombent dans l’eau glaciale. Le ciel est noir. Il fait froid. Bientôt il se remet à pleuvoir. Quand nous demandons où mettre notre petite poubelle, le monsieur nous répond « Chacun se retourne avec… » La pluie tombe drue. Les gens courent jusqu’à leur voiture et partent. Les lits en dortoir du refuge coûtent 26 € par personne et sont complets. Tout ça est écœurant. Il est quinze heures trente, nous pouvons atteindre le col en deux heures, plus deux heures pour redescendre de l’autre côté si tout va bien. Ça nous paraît beaucoup, après les quatre heures de ce matin, et peu sûr, mais nous voulons quitter ce lac, ce refuge, et retrouver la paix. Après vingt minutes de marche, la forêt s’éclaircit sur de hauts pâturages gorgés de ruisseaux et de marmottes. Il n’y a personne. Le temps est toujours menaçant. La pluie s’abat autour, sur le sommet des montagnes, sur le Pelât qui porte bien son nom. Devant nous, un peu plus loin, nos premiers chamois. Courbés pour ne pas être vus, nous retirons les sacs et sortons l’appareil photo en rampant dans l’herbe trempée pour s’approcher. Mais, c’est sans compter sur les marmottes qui, nous ayant repérés, crient pour donner l’alerte. Les chamois s’écartent tranquillement en restant sur leur garde. Une ou deux photos trop lointaines et les voilà disparus. C’est décidé, nous campons dans ces pâturages et profitons du temps qui nous reste avant la nuit pour nous promener sans les sacs et qui sait, avoir la chance de les apercevoir de nouveau. Après une heure de promenade dans les alentours, nous les repérons enfin. Un groupe d’une trentaine de chamois avec les petits, plus haut, à flanc de montagne. Avec Daoud, nous sommes à une cinquantaine de mètres l’un de l’autre, allongés dans l’herbe juste au-dessous des animaux. Encore une fois, ce sont les marmottes qui nous repèrent, mais le troupeau ne fuit pas, trouvant sans doute l’alerte exagérée. Les chamois ne nous voient pas en effet mais restent méfiants. Nous rampons doucement, cachés par les quelques buissons encore présents à cette hauteur. Je me trouve à environ vingt mètres des premiers chamois. Daoud, plus bas, ne peut pas s’approcher davantage sans être vu. Dommage ! C’est lui qui a l’appareil photo. Je suis couché derrière un arbre mort dans un tas de cailloux. En les observant, je retire de mes mains les épines de chardons qui étaient dissimulés dans l’herbe. Un vieux chamois sort du groupe et vient se poster juste au-dessus de moi. Je suis grillé mais il ne s’enfuit pas. Il ressemble à un chevreuil trapu avec un pelage plus épais et parsemé de poils blancs. Il m’observe sans bouger une ou deux minutes. Je ne bouge pas et ne baisse pas non plus le regard. Puis il se remet à brouter, me gardant à l’œil, prêt à fuir au moindre de mes mouvements, emportant le troupeau avec lui. Daoud est toujours étendu plus bas, n’osant plus bouger lui non plus, devant ce spectacle peu commun pour nous. Essayons de reconnaître les mâles, les femelles, compter les petits, voir comment ils se déplacent… Le temps passe. Agenouillé sur les rochers, j’ai des courbatures. C’est vrai qu’on est mieux dans son fauteuil devant un reportage mais il y a un petit quelque chose de plus dans la réalité, même si ce ne sont que des chamois, même si le mieux serait de les laisser tranquille. Enfin, ma patience a des limites. Trop courtes sans doute. Il faut que je bouge, quitte à ce qu’ils fuient. Je sors donc de ma planque. Tous me regardent une dernière fois avant de partir à travers les rochers escarpés. Allons faire de jolis rêves de Bambi et j’espère bien aussi, de Blanche Neige.

À l’aube, nous replions la tente et nous engageons sur le sentier du col le sac de nouveau sur le dos. Le ciel a ce bleu si particulier après que la pluie en a emporté les impuretés. À flanc de montagne, des plaques de glace – les névés – coupent la piste et vont s’écraser plus bas sur les rochers. Mieux vaut ne pas penser au pire, garder son calme, son sang-froid et se concentrer sur l’équilibre en enfonçant au mieux, dans la glace, chacun de ses pas… Je passe. Daoud, au milieu du névé, panique. Ses jambes tremblent. Je lui lance un bout de bois qui ne s’enfonce même pas dans la glace mais ça lui permet de retrouver son calme, un semblant d’équilibre et il y arrive lui aussi. Plus loin, un lac entièrement glacé recouvert de neige et une paroi abrupte à son pied. Où va le chemin ? Il semble contourner la paroi et passer au sommet. Pas la peine d’y penser. On ne peut pas continuer. Trop dangereux. Mais en s’approchant, on trouve une issue plus propice. Nous sommes au col. Pas grand-chose en vérité. 2687 mètres. Mais mi-juin, la neige est encore immaculée et la vue de cette hauteur sur les montagnes éclaboussées de soleil est inoubliable. Daoud veut faire sa grosse commission. L’émotion sans doute. Et le voilà qui s’y met bien au milieu du col. Elle n’est pas prête de dégeler celle-là ! Enfin, ça va mieux. Mais comment on fait pour descendre ? Sur le versant nord, là où nous allons, la glace recouverte de neige s’étend à perte de vue jusqu’au refuge aperçu au fond de la vallée. Il nous faudrait des pointes sous nos chaussures mais nous n’avons rien, pas même un bâton. Moi, je tenterais bien la descente sur le cul. Normalement, il n’y a rien à craindre. Ça fait une jolie courbe tout en bas et ensuite c’est moins pentu. Allez, je tente. Ça accélère sévèrement. C’est le poids du sac. J’en perds mon chapeau. Mais en bas, je m’arrête finalement comme prévu avec une ou deux roulades. Je suis trempé mais c’était bien rigolo. Daoud me rejoint. Allez, on s’en refait une ! Plus loin, le vent apporte une odeur qui me frappe. Je la connais. C’est un mélange de printemps, de roches, de fleurs et de neige, dont je me suis imprégné gamin, en colonie ! C’est la première fois que je ressens cette fabuleuse impression : ce souvenir d’une odeur si particulière, presque dix ans plus tard. Combien de temps une odeur peut-elle ainsi rester gravée dans la mémoire ? J’espère toute la vie. Col de l’Arche

Nous sommes là, dans ce village où il n’y a rien. Nous attendons, de dix à douze – les horaires d’ouverture de la poste – de recevoir la carte mémoire de l’appareil photo. Ça n’arrive pas. Faudra trouver une autre organisation. Est-ce que le courrier arrive ici avec dix jours de retard à cause de l’altitude ? Posés comme des vagabonds dans un champ de vaches, en bas du village, depuis deux jours, on attend. Le torrent roule près de nous ses galets. Imperturbable. A quelques centaines de mètres, la frontière italienne... En stop, nous rejoignons Cuneo à environ 100 km. C’est la première fois que je vais en Italie. Je ne comprends rien à la langue mais cette petite virée nous donne confiance en l’avenir. Les pays étrangers n’ont rien de plus compliqué : arrivés dans une ville, direction l’office de tourisme pour avoir une carte puis trouver un camping. Ensuite, visite du centre, avenues, places, monuments et musées qui pourraient nous intéresser. Goûter la cuisine de la région et le petit vin qui va avec. S’asseoir sur un banc, regarder la vie des autres passer. On en sait assez. Ce serait juste mieux de parler la langue. Enfin, c’est ok pour l’Italie. Le temps de remonter les Alpes et on arrive. J’aime bien dire ça : le temps de remonter les Alpes et on arrive. C’est absurde…

Les jours suivants nous emmènent sur des hauts plateaux, les alpages, dont les petits lacs, entourés d’herbe fine et fraîche, sont des petits coins de paradis. Le soir, la tente est plantée sur un lac argenté et elle se réveille au matin dans l’eau turquoise. Notre visage, pour se rincer, ondule et flotte dans le reflet, c’est alors que nous prenons vraiment conscience de notre présence ici. Bientôt, s’ouvrent nos ailes au-dessus d’un précipice, surplombant les hauteurs du monde, la beauté et le silence des paysages, dans les vents frais et parfumés du matin.. Les journées nous ensorcellent. Rêveurs contemplatifs, subjugués au détour des chemins par une couleur, une ombre, une fleur, un animal, l’eau pourpre entre des rochers mousseux, un pont de bois sur les berges du torrent, une vue imprenable que nous prenons pourtant. Le soleil. La liberté. La montagne… Allez les jaunes ! On est maintenant rodés pour la randonnée. Ce n’est plus un effort mais un plaisir. Les cols s’enchaînent un à un, avec chaque fois une nouvelle dimension sur les massifs à venir. Monter, descendre, dans les falaises, les forêts, les plateaux et les petits villages. Il n’y a personne encore à cette saison. Le Mercantour, les aiguilles de Chambeyron sont passés ! Voici le Queyras, plus bas, la vallée de l’Ubaye, au loin les cimes des Ecrins, Briançon, la Vanoise, le Mont Blanc. Nos estimations sur les cartes sont plus justes. Les bâtons achetés nouvellement sont comme deux jambes supplémentaires. Nous avançons doucement mais sûrement. Apaisés, sereins, allongés sous le soleil du midi pour la sieste avant de nous rechausser, prendre nos sacs et filer dans les ornières des sentiers sinueux à la poursuite d’un pèlerin imaginaire. Une aube

Cinq heures du matin. Daoud dort. Moi pas. Il fait trop froid dans le duvet, je me lève. Bien couvert, je suis décidé à être le premier à voir le soleil aujourd’hui. Nuit claire. Je prends le chemin du col d’où nous sommes descendus hier. Plus je monte et plus j’ai envie de monter. Ça me réchauffe. Je braque à droite vers l’ouest sous une corniche avec l’idée d’atteindre un autre petit col que j’estime bien placé par rapport au lever du soleil. Versants herbeux, roches gigantesques, je suis les chemins de chèvres. Du moins c’est comme ça qu’on appelle les bouts de chemins qui se croisent, se perdent dans la nature et finissent par disparaître. Le soleil n’est toujours pas levé mais le ciel s’éclaircit et j’ai une vue magnifique sur la vallée de la Durance et Briançon. Partout autour, les sommets enneigés dans une brume rose : l’aube. Voilà, je suis sur le col. De l’autre côté une autre vallée et dans son creux, un torrent. Je ne le vois, ni ne l’entends mais c’est ainsi. Nord-ouest, j’aperçois quelques sommets des Ecrins, toujours eux, les plus hauts dans la région. Je marche sur la crête vers le nord pour dominer davantage la vallée et les alentours qui dévalent en escaliers de pins et de verdure dans les couleurs de l’aube, ce rose, ce bleu, une légère brume, le tout un peu brillant. Assis entre deux pierres, j’ai le vertige devant tant de magnificence. J’ai mon Aube à moi. Ça devrait être ainsi chaque matin. Nous sommes si peu de chose devant cette immensité. Je reste un moment à contempler encore. Ne pense à rien. J’observe. Me concentre sur le paysage. J’essaie d’intégrer cette émotion à jamais dans ma mémoire. Les humains

Nous avons dormi, cette nuit, posés au bord d’un chemin où peuvent passer des voitures, faute d’avoir trouvé mieux. Et il en est passé des voitures ce matin, pendant que nous faisions la grasse mat, fatigués d’avoir beaucoup marché hier. Nous glandons encore un peu au lit mais il y a ces putains de voitures. Levés en grognant. Les touristes arrivent par petits groupes, en famille, avec des petits sacs et des grandes gueules. Nous déjeunons comme d’habitude avec notre bordel éparpillé partout autour de nous dans la boue. Il a plu cette nuit, la toile de tente pend sur le pont pour sécher. Nos fringues un peu partout aussi. Nous ne sommes pas lavés et pas rasés depuis plusieurs jours. Un peu en retrait, je vois les gens qui, en passant, regardent Daoud de côté, comme une bête sauvage. C’est vrai qu’il a les cheveux ébouriffés, la barbe en vrac et une tête de gars qu’il ne faut pas emmerder pendant qu’il mange. Et puis cette espèce de liquide où flottent des morceaux de bananes et de figues séchés. C’est assez louche et pas du tout appétissant. Il est assis par terre sur le chemin de cailloux. Faut voir le tableau. On dirait qu’il va mordre. Les gens font un écart pour passer, surtout les enfants. Limite si on lui dit bonjour. Et lui les regarde tranquille et sans gêne aucune. Faut dire que ça fait presque deux mois qu’on est dans la nature, faut l’excuser, enfin nous excuser parce que moi, je ne peux pas me voir mais c’est la même. En fait, nous nous trouvons à quinze minutes de l’affreuse station de Fréjus mais comme on est descendus hier soir tard, eh bien, on ne savait pas qu’on était si près des humains ! La Vanoise

Modane. Le temps est mauvais depuis plusieurs jours mais il devrait s’arranger. Il est interdit de passer la nuit en dehors des refuges dans le parc national de la Vanoise mais leur prix est trop élevé. Nous les évitons donc et campons écartés des chemins. Les animaux sont habitués aux touristes ce qui permet de les approcher : marmottes, chamois, bouquetins... Orage mémorable la première nuit. Le froid a suivi derrière. La seconde, à l’aube, une mer de nuages glisse à nos pieds jusqu’à l’horizon, recouvrant la vallée d’une soupe de coton mouvant. Toute la journée, nous longeons les versants à la limite de cet océan galactique. Le toit des montagnes alentours s’est couvert de neige. La température est glaciale, exceptionnellement, pour un mois de juillet. On n’a pas vu ça depuis 72, nous assure un autre randonneur ! Nous dormons une nouvelle nuit au pied du glacier. Des brumes blanches s’élèvent comme des fantômes. Il gèle mais le temps est clair et sec quand on se couche. Avant le jour, une tempête se lève. Notre tente est alors soulevée par les rafales. Seul, le poids de nos corps fait qu’elle ne s’envole pas. Elle se tord, se déchire, les parties détachées claquent comme des fouets. Le vent rugit de toute part. Le froid intense, mortel. Il faut partir. Au plus vite, redescendre, trouver un abri. Mais avant, sortir du duvet, rentrer dans nos chaussures gelées et plier la tente comme on peut. Jamais eu aussi froid. Nos doigts ne veulent pas se plier. Impossible de serrer nos bâtons pour marcher. Nous courons cette fois avec la peur d’y laisser le pouce surtout, le plus exposé. Ça dure des heures. Des heures, la montagne… Quatrième jour de marche, nous n’avons pas prévu assez à manger. C’est le jeûne. La fatigue des nuits glaciales. Nous espérons un refuge, de la chaleur, du repos. Le temps est toujours aussi froid. Nous ne voulons pas dormir dehors cette nuit. Mais nous hésitons encore à aller dans un refuge. La première fois que nous en avons approché un, rappelez-vous, pour y laisser un pauvre petit sac poubelle, ils ont refusé. La deuxième fois, nous nous sommes abrités pendant un orage et je me suis fâché avec le patron qui voulait qu’on consomme. Des refuges de luxe. Alors, nous n’espérons rien. Et pourtant, lorsque la petite dame du refuge la femma nous voit arriver, je crois qu’elle nous aime déjà. Sans rien dire, sans rien demander, elle nous apporte un bon café chaud. Avec ça, des crêpes à la confiture. Le soir, pour quelques euros qu’il nous reste, elle nous sert abondamment. Nous dormons dans un bon lit avec plein de couvertures. Encore des crêpes le matin avec le café. « Eh ! Vous n’allez pas partir comme ça ! » On la supplie, c’est déjà beaucoup trop de générosité. À qui la rendrons-nous ? « Il neige encore, il fait froid, prenez ça pour le midi, au moins. Ça me fait plaisir ! » Et nous alors, on en a les larmes aux yeux. Pourtant, n’est-ce pas volontaire de ne prendre pas suffisamment à manger ? Depuis un moment, nous tentons de réduire notre consommation. D’abord parce que ça alourdit nos sacs et puis tant de bouffe n’est vraiment pas nécessaire. Même avec les efforts physiques, nous mangeons déjà deux fois moins qu’auparavant, à l’époque déjà lointaine du restaurant d’entreprise et dans notre vie en général. Nous souffrons encore du désir de manger – surtout moi – de cette habitude gastronomique de panse pleine, mais pas de faim. En diminuant petit à petit, sur plusieurs mois, en mangeant équilibré et peu, nous nous sentons mieux, plus légers et plus vifs. Le jeûne est très bon pour le corps et l’esprit, pour la réflexion, la méditation. Nous voulons trouver la juste suffisance. La force la plus importante dans un tel effort est mentale. Le jeûne ravive cette force, c’est certain. Parallèlement, l’entraînement musculaire est achevé. Faut voir comme avec notre gros sac sur le dos, nous franchissons les cols, descendons les sentiers abrupts comme des cabris ! Mais cette fois, avec le froid, le mauvais calcul du temps de traversée du massif, la fatigue de plusieurs jours de marche difficile, avec nos figues sèches et nos carrés de chocolat, nous sommes limite. Nous avons dépassé la juste suffisance… Après cette bonne nuit de sommeil, de chaleur physique et morale, après avoir repris de la consistance en gras, nous partons pour notre plus haut col jamais franchi. Pas bien haut cependant, dans les trois mille. Le chemin monte tranquillement. Bientôt, la neige se met à tomber, recouvrant les monts, les vallons et redonnant une couche propre à celle déjà existante. Nous progressons donc sur un sol immaculé, montant le long du sentier à l’aide de nos bâtons comme deux pèlerins perdus en plein hiver, en des lieux inconnus, pris dans un brouillard épais. J’aimerais ne jamais arriver en haut tant mes songes sont plus légers que les flocons qui nous habillent de montagnes. Mais deux heures de marche suffisent pour atteindre le col de la Rocheure où une étendue plate et dangereuse se dessine : un lac troué de glace. Deux possibilités s’offrent alors à nous : continuer le chemin qui descend directement vers la vallée de l’Isère ou suivre la crête à l’est pour rejoindre un chemin non balisé. Nous hésitons. C’est chouette la neige. À marcher, il ne fait pas froid. Mais si nous nous perdons ? Je sens en moi bouillir l’irrésistible envie d’essayer ce chemin qui garde de l’altitude et reste dans la neige. J’ai déjà mon cœur qui bat de ce petit risque de nous perdre ! Allez, Daoud, tu connais mon opinion. Ok, alors c’est parti. Quand deux chemins se présentent, toujours choisir le plus ardu. Je ne sais pas si ce proverbe s’applique à la montagne… Plus tard, quatre ombres se rapprochent dans le brouillard : des gens ! Mais qu’est ce qu’ils foutent là ? Des fous ! Enfin, nous sommes contents de nous rencontrer avec ce temps incroyable. On ne parle à personne quand il y a trop de monde alors que, dans le désert ou la montagne, on s’empresse de lier connaissance avec le peu de personnes qu’on croise. Les nouvelles sont bonnes. Ils ont tracé de leurs pas le chemin que nous devons suivre et nous signalent qu’il n’y a aucun risque si on ne traîne pas. Et nous aussi, les rassurons en leur désignant le col un peu plus bas, qu’ils n’ont pas loupé. Plus de trois mille mètres, c’est notre record. Le jour de l’anniversaire à Daoud. Petite bataille de neige pour fêter ça. Ça essouffle. Il faut partir. Les traces disparaissent. Enfin il y a des cairns. Des tas de pierres qui indiquent le chemin. Une fissure dans la falaise nous permet de nous engouffrer vers une vallée. La vallée du fond des Fours, complètement désertique. La neige est trop fraîche pour glisser, dommage. Nous stoppons bientôt dans un refuge et mangeons au chaud. Puis la neige se changera en pluie avant que nous ne rejoignions l’affreuse et richissime station de Val d’Isère. Col de la Lose

On va au cinéma voir notre dernier film en français avant longtemps. Spider man. Allez, ça nous relaxera. Mais c’est si nul que nous sommes des plus motivés pour partir définitivement à l’étranger. Dernier col avant l’Italie, entre le massif de la Vanoise et le parc national du grand Paradiso : le col de la Lose. Cela ressemble à perdu en anglais. Quel rapport ? À partir de la gorge des sources de l’Isère, le vent change radicalement de sens. Il vient d’Italie. Un tas de gens sur le chemin de randonnée. De la neige. Ils redescendent du même côté qu’ils sont montés : du côté français. Arrivés au col les nuages arrivent, bien chargés, de l’est. Ils glissent sur nous et vont recouvrir la France. Décidément, tout le monde va par là ! Pendant cinq minutes, nous apercevons le lac, côté italien, où il nous faut descendre. Puis plus rien. Il disparaît. De là où nous nous trouvons, la falaise tombe à pic. Il faut escalader un pan pour trouver le col. Je laisse mon sac à Daoud et vais vérifier l’existence de ce col et du chemin qui en part. Il existe, c’est une brèche abrupte dans la falaise. Personne ne l’a encore emprunté, il n’y a pas de trace. Pourtant, c’est bien le chemin... Je remonte voir Daoud et lui fais part de mes observations. Comme je suis sceptique, il va voir à son tour. Il fait chaud, c’est bizarre, nous sommes à trois mille mètres. Les nuages continuent de nous recouvrir. Le ciel se bouche complètement. Ça ne sert à rien de prendre le risque. On sait comme le temps en montagne peut être mauvais. Nous ne connaissons pas la météo. Nous n’avons pas de crampons. Je me fais une raison. On redescend, on fait du stop et on passera un autre col, un autre jour. Pas grave. Mais Daoud revient. Lui aussi est sceptique mais il est descendu un peu plus bas que moi et a trouvé des mains courantes. C’est donc bien par là. Ça nous rassure. On décide d’y aller. En effet, je n’avais pas vu ces cordes sur la falaise qui nous permettent de nous accrocher. Ce sont des câbles en acier mais bientôt ils disparaissent, mangés par la glace et celle-ci colle si près de la paroi que nous devons quitter la crevasse pour contourner. Bizarre. Qu’est ce qu’on fait ? Nous ne voyons pas à dix mètres. Nous sommes dans les nuages épais et chauds de l’orage qui gronde. La pente est très inclinée. Je descends un peu en laissant le sac dans la fissure et je vois que plus loin, des blocs gelés se séparent à nouveau de la roche et que les cordes réapparaissent. On continue donc. Mais au bout d’un moment, ils disparaissent de nouveau. Nous devons ressortir de la crevasse. La neige fond, nous pouvons enfoncer nos bâtons et un peu nos chaussures en creusant tous nos pas. – C’est une via ferratta me dit Daoud, peut-être il faut faire demi-tour. – Sur la carte, c’est un chemin pourtant. J’espère que c’est le passage le plus difficile. – J’ai poussé le bouchon mais je n’aurais peut être pas dû, il me dit. Si on y arrive, je t’encule ! – Si on y arrive, on en reparle, je dis sans sourire… Nous escaladons des blocs de glace avec des crevasses profondes. Les cordes ont disparu à jamais. C’est la merde. Je pose de nouveau le sac et essaie de continuer un peu mais je vois bien vite que c’est impossible. On ne passe pas. C’est mort. À moins de quitter la falaise qui nous surplombe et de partir vers la droite à flanc de montagne sur la glace. C’est plutôt flippant. On ne voit rien, que du blanc. Daoud ne dit plus un mot. Je sais qu’il est encore moins rassuré que moi. Il déteste les passages de glace. Il devient plus blanc qu’elle. Je tente, sans le sac, bien appuyé sur mes pieds et assurant chaque pas. Plus loin, je repère un rocher qui sort de la neige. J’y vais. Il y a une marque rouge dessus. C’est par là ! Par là où ? Il n’y a que la pente glacée et abrupte. Tout est blanc. Aucune empreinte. Je remonte chercher mon sac et me positionne sous Daoud au cas où il glisserait. Glisser, faudrait pas, je ne sais pas où on s’arrêterait. Daoud prend son temps, fait bien ses pas. D’un seul coup, il glisse et part. J’ai juste le temps de planter mes deux bâtons sur sa trajectoire. Il s’emplafonne dessus mais ça l’arrête. Ouf ! Ses deux bâtons sont cassés net. Accrochés aux rochers, on se demande ce qu’on fout ici et comment on peut être si inconscient. Partout la neige immaculée descend dans les profondeurs des nuages sans qu’on y puisse rien voir. Est-ce que le degré de la pente permet vraiment de continuer sachant qu’il est pratiquement impossible de remonter. Ou alors nous devons laisser les sacs. Une heure que nous sommes partis du col et nous sommes coincés ici. L’orage se rapproche, on l’entend gronder de façon sourde et prolongée. Pour conclure : c’est la panique. Daoud me dit qu’il avait aperçu la météo et qu’ils annonçaient des orages en fin d’après-midi. Il me dit aussi qu’il avait lu quelque part que ce col était difficile… en été. Sans toute cette neige qui est tombée ! Il ne faut pas rester là. L’orage à cette altitude sans abri, non merci ! Il faut tenter quelque chose. À gauche vers la falaise ou à droite. Je pars tester une nouvelle fois à droite. Avec les bâtons, je me tiens bien. J’avance en gardant la même hauteur sur une centaine de mètres. Toujours rien. Que de la neige et cette pente qui m’attire. Ça fait comme un arc de cercle avec un trou, comme un volcan. Je continue cette fois en inclinant ma trajectoire. Après encore une centaine de mètres, j’arrive sur une partie rocheuse non recouverte de neige. Pas trace de chemin ici. Encore plus loin, toujours la même glace et la même pente, je continue. Bientôt, c’est trop incliné. Je ne peux pas. Ça m’énerve. Il y a forcement un passage quelque part. Je cherche plus bas, plus haut, je marche, je marche et enfin, enfin des traces. Je m’approche. Non, ce n’est qu’un animal. Encore, encore, cette fois, j’y suis, c’est bien des empruntes. Elles descendent tout droit, certes, donc avec des crampons, sûr, mais c’est mieux que rien. Je commençais à désespérer. Autour de moi, en levant la tête, que du blanc. Depuis combien de temps ai-je quitté Daoud ? Une demi-heure environ. Je remonte. Je suis mes traces en fait. Daoud n’a pas bougé. Je l’entendais m’appeler avant de le voir. – Alors ? – Alors, il y a des pas, par là, environ quatre à cinq cents mètres à droite, tout en flanc bien incliné comme ici dans la glace. Ça fait comme un arc de cercle. Mais je ne suis pas sûr des traces. Elles descendent tout droit. Le mec devait avoir des crampons. Mais ça va, l’air chaud fait fondre la glace et nos pieds s’enfoncent de plus en plus. On n’a pas le choix de toute façon. Ok ? – Putain, il me dit, faut que ça passe ! T’entends comme l’orage va être mauvais ! Nous partons donc, avec les sacs cette fois, mais ils permettent finalement de nous donner plus de poids. Avec ses petits bâtons cassés, je me positionne sur sa trajectoire. On arrive aux premières traces. – Tu te fous de ma gueule, il m’dit, c’est une bestiole ça, putain ! – Ok, il y en a d’autres plus loin mais ça descend pareil de toute façon. Mais tu vas voir, c’est possible de descendre, il faut rester bien droit, et se tordre la cheville dans le sens opposée à la descente. De grosses gouttes d’orage tombent. Avec précaution, en faisant des virages, en contournant les précipices, nous descendons petit à petit. C’est immense la montagne quand on est perdu comme ça. Ça n’a pas de fin. La glace continue de fondre. C’est donc de plus en plus facile mais l’orage gronde de plus en plus fort. Qu’est-ce que je vois là-bas ? On dirait des silhouettes, des gens. Il y a des gens là-bas, deux personnes. Nous sommes sauvés ! On a mis trois heures à descendre du col. On est en Italie. Les gens sont bien des gens et pas des fantômes. Et même, ce sont des Français, enfin des Suisses francophones et on comprend parfaitement quand ils nous disent que nous sommes les premiers de la saison à avoir franchi le col de la Lose, qu’il est d’ailleurs encore interdit, même avec du matériel ! C’est trop grave, nous sommes complètement inconscients. On aurait pu glisser sur des centaines de mètres. Si la vue avait permis de rendre compte de la difficulté, nous ne nous serions jamais engagés. Bref, l’orage est là, il pleut de plus en plus fort, il faut trouver un abri. Ça tombe bien puisque les gens ont la clé d’un refuge. Le problème, c’est qu’ils ne le trouvent pas. En fait, il est caché en plein dans une falaise de deux cents mètres qui tombe dans le lac. Le fameux lac aperçu pendant cinq minutes d’en haut et qu’on a bien cru ne jamais revoir. Deux chemins y mènent avec des cordes, en escalade. L’un d’eux passe le long de la cascade mais il ne m’inspire pas. L’autre me paraît plus accessible. Je le choisis, si on peut appeler ça un choix. Bref, il y a bien quelques cordes mais je dois de nouveau passer une partie glacée au milieu de la descente. C’est encore plus raide que tout à l’heure et bien glissant mais je m’engage. D’un seul coup, un pied part, je pars, c’est la chute ! Un moment de panique inoubliable. Je plante mes ongles, mes coudes, je me raidis, me tortille, balance les bâtons, rien à faire, je prends de la vitesse. Je vais m’éclater comme un oeuf. Un rocher dépasse au milieu, c’est sur lui que j’arrive, j’ai juste le temps de le voir, je suis dessus, mes jambes font ressort, je suis projeté sur le côté dans la roche. Fin de la chute. Je bouge un peu. Je ne suis pas mort. Je crois que je n’ai rien de cassé non plus. Je tremble comme une feuille. J’ai eu si peur. J’ai eu tellement de chance. J’aurais vraiment pu crever ici. Il y aurait eu une petite plaque avec mon nom, en plus de celles qui existent déjà à l’entrée du refuge. Je me remets sur mes jambes, remonte un peu récupérer mes bâtons et ce qui a été éjecté du sac. Et là, je pense à Daoud. Daoud, non ! Je ne le vois pas en levant la tête. J’espère qu’il ne m’a pas suivi. La faille est vertigineuse, impossible à passer. On le voit clairement d’en bas. Je vais voir l’autre chemin, je vois les gens qui arrivent - forcément, j’ai été plus vite qu’eux - mais pas Daoud. Il pleut beaucoup maintenant et les éclairs illuminent les nuages dans lesquels nous sommes. Enfin, Daoud est derrière eux. Je le vois qui s’accroche aux cordes, qui donne ses dernières forces en escaladant les parois trempées avec son gros sac et le vide qui mène au lac, dessous, très bas. Quand ils arrivent, je suis tout blanc, mes jambes ne cessent de trembler mais je n’ose rien dire. L’orage explose démesurément. Les gens nous disent qu’on peut rester ici, avec eux et même dormir car le temps ne s’arrangera pas avant demain. Ce sont des randonneurs chevronnés, ils en ont vu d’autres. Ils essaient de nous rassurer et de parler d’autres choses mais on a eu trop d’adrénaline aujourd’hui. Sous le refuge, il y a une petite chambre, elle sera pour nous. L’orage est impressionnant, jamais vu un truc pareil, ça pète dans tous les sens toute la nuit et il pleut à torrent. Heureusement, on n’est pas dehors, encore sur un flanc de montagne. Heureusement ! Mais c’est fini la montagne, c’est fini. On veut voir la mer !
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Le premier jour
Nous sommes le xx xx xxxx, jour de votre déconfinement, vous êtes guéri ou n'avez jamais été en contact avec le virus couronné. Qu'imaginez-vous faire en premier ? 😛

(Par simplicité, nous allons partir du principe que votre région est redevenue comme avant à défaut du monde.)
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Il est grand temps de rallumer les étoiles!
Bonjour à tous

Le Vietnam pays magique multiculturel aux paysages diversifiés et époustouflants. Voilà ce que je vous invite à partager sans aborder s'il vous plaît ce qui aujourd'hui empêche la planète de vivre... Essayons d'être constructifs et positivons! Il est grand temps de rallumer les étoiles!

Pour commencer avec légèreté: La médecine des Dao, le bain aux herbes. C'est un moment délicieux après une journée de marche et de visites rien de tel pour vous requinquer! Ce bain est très souvent proposé aux touristes dans le nord, spécialité de l'ethnie Dao il est "accommodé" dans plusieurs maisons d'hôtes et hôtels aux besoins des touristes.

Traditionnellement les recettes sont destinées à chaque cas et en fonction de la pathologie: femmes enceintes ou qui viennent d'accoucher, nouveau-nés, malades, vieillards…les herbes seront donc choisies en fonction des besoins et du type de médication (orale, en bain, en emplâtre...). C'est dès l'aube que les femmes, les hommes, les chamanes iront cueillir ces plantes, racines et écorces dans la forêt, le tout sera combiné à un régime adapté (on ne mange pas de tout..) et souvent suivi d'un massage spécifique.

Nous en avons testé plusieurs à plusieurs endroits mais celui de la chamane Dao d'un petit village au nord de Muong Lay restera sans doute le plus authentique et le plus insolite.. On nous prend en main dès notre arrivée dans la maison de la chamane. Elle y vit avec sa fille et son gendre... Maison, je devrai plus dire assemblage de planches et de tôles et quand on connaît les rigueurs de l'hivers on peut rêver mieux. La pièce principale est bourrée de pots en tout genre remplis de décoctions plus ou moins troubles...ces sont les médications à avaler, beurk.. Il y a aussi de gros sacs (plastique) d'herbes, de racines, d'écorces, un vrai magasin d'herboriste (l'ordre et la propreté en moins) sans oublier bien sur l'hôtel des ancêtres. Derrière des rideaux, les couches des habitants, nous ne dormirons pas là, ouf.. Puis attenantes, les deux salles des bains avec 2 baquets chacune et entre les deux sous une pergola un énorme foyer construit en ciment surmonté d'une aussi énorme bassine où l'eau et les herbes "cuisent" jusqu'à parfois 12 heures...c'est là que l'on fait aussi cuire la soupe des cochons... Le feu est alimenté de poupée de maïs et de bois. C'est dans ces baquets que nous tromperont plus ou moins longtemps...le temps de "cuisson" est décidé par la chamane en fonction de chacun, jamais plus de 30 mm...et les herbes qui seront rajoutée dans les baquets seront aussi choisies en fonction de chaque "malade". C'est très très chaud, il faut vraiment se faire violence pour entrer là dedans et c'est sans compter qu'une fois immergés la dame ajoute de l'eau chaude bien sur...ouille. Une fois "les touristes bien cuits" on nous sort de là, inutile de préciser que nous ressemblons plus à des homards qu'à des visages pâles... Après cuisson, nous serons conduits ensuite vers le silo à grains, où une pièce spéciale massage à été aménagée à son top, on l'atteint via une échelle de bois...au sol deux couches. Ici commence le moment le plus douloureux de tous les massages faits au Vietnam par le gendre et la fille de la maison.. Pas de douces caresses, non, non, mais un pétrissage et un battage en bonne et due forme suivis de torsion, j'ai cru ma dernière heure arrivée... Pour clore la séance nous dînerons chez la chamane d'un souper spécial, la couleur des mets est importante, nous ne mangerons que du blanc et du vert....des légumes et des herbes inconnues de nous et un peu de poulet bouilli, élastique à souhait, sans doute celui que nous avons croisé sur le chemin en arrivant et des petits poissons frits (très bons). C'est sans conteste le meilleur soin reçu au Vietnam si l'on fait abstraction de la propreté des lieux, des serviettes (surtout apporter les siennes) et des moments douloureux.
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Carnet d'une croisière Caraïbes / transatlantique en 31 jours sur Deliziosa
Bonjour à tous,

Ce lundi de Pâques 28 mars 2016, mon épouse et moi-même venons de rentrer d'un magnifique voyage de 45 jours, dont une croisière de 31 nuits/32 jours sur Costa DELIZIOSA, et je me propose de dresser un petit bilan de cette croisière qui nous a globalement largement enchantés.



Ce petit carnet sera donc notre vision de cette croisière. Il sera donc nécessairement partiel mais également partial et aussi largement subjectif. Il reflétera notre ressenti, mais aussi nos constatations objectives sur lesquelles notre appréciation finale sera basée. Cette appréciation est bien évidemment liée à la notion de rapport qualité/prix. Car la question finale à la descente du bateau est bien: ai je eu globalement les services que je pouvais attendre pour l'argent que cela m'a coûté ?

Comme nous étions un certain nombre de membre du forum sur le navire, je compte sur eux pour y ajouter leur propre vision de ce beau voyage et compléter mon récit de leurs apports sur les différents points que j'évoquerai.

· Pourquoi cette croisière ?

Nous souhaitions quitter la Belgique, durant cet hiver qui peut être long et déplaisant, pour aller profiter de cieux plus cléments et cela juste après les fêtes familiales de fin d’année.

Etant retraités, le temps ne nous était pas trop compté et notre préférence allait vers l’Amérique Centrale et l’Amérique du nord si possible.

En juin 2016, la consultation des offres des différents croisiéristes nous a mis sur la piste d’une croisière Costa au départ de Miami (Fort Lauderdale) pour une boucle de 10 jours dans les Caraïbes suivie d’une traversée transatlantique en 21 jours, toujours depuis Miami et en direction de Venise.

Départ le 25 février depuis Miami, arrivée le 27 mars (dimanche de Pâques) à Venise sur le Costa DELIZIOSA.

La boucle de 10 jours dans les Caraïbes au départ de Fort Lauderdale tournait autour de l’île de Cuba (sans y faire arrêt) dans le sens horlogique avec escales à

- Fort Lauderdale (Floride) - Nassau (Bahamas) - Amber Cove (Rép Dominicaine) - Ocho Rios (Jamaïque) - Grand Cayman (Iles Caymans) - Roatan (Honduras) - Cozumel (Mexique) - Fort Lauderdale (Floride)

La transatlantique, en 21 jours, reprenait des escales à - Fort Lauderdale (Floride) - San Juan (Porto Rico) - St.Thomas (Iles Vierges) - Antigua (Antilles) 6 jours pleins de mer - Santa Cruz De Tenerife (Canaries) - Malaga (Espagne) - Marseille (France) - Savone (Italie) - Dubrovnik (Croatie) - Naples (Italie) - Venise

Ce programme nous a immédiatement séduits…

Nous ne sommes pas tout à fait des novices en matière de croisière puisqu’après avoir découvert la méditerranée avec le CORAL de Louis Cruise vers 2007, puis avec le Costa ALLEGRA en 2011 et le Costa FORTUNA en 2014, nous avons fait une très belle croisière début 2015 sur le Norwegian STAR de NCL entre Los Angeles et Miami via le Canal de Panama.

Techniquement parlant, cette croisière de 31 nuits sur le Costa DELIZIOSA constituait la fin du séjour du DELIZIOSA en Floride et son repositionnement en Méditerranée en vue d’y effectuer la saison estivale européenne au départ de Venise. En fait le Costa DELIZIOSA avait traversé l’atlantique en novembre 2015 dans le but d’être positionné à Miami et d’y effectuer une série de boucles répétitives de 10 jours (depuis Port Everglades à Fort Lauderdale) dans les Caraïbes de novembre 2015 à février 2016. Notre croisière était constituée de la dernière de ces boucles et de la traversée transatlantique nécessaire au repositionnement du navire en Méditerranée en vue de sa saison printemps/été 2016 depuis Venise.

Le vol vers Miami n’étant pas compris dans la réservation de notre croisière, nous l’avons réservé à part.

Tant qu’à faire, nous avons décidé d’anticiper le vol par rapport à la date de début de croisière afin de nous permettre de batifoler un peu à deux en Floride pendant 12 jours avant de monter sur le bateau.

· Notre réservation

En croisière, nous avons toujours réservé des cabines intérieures « premium » lors de nos voyages précédents. Nous avons toujours été très satisfaits de ce choix. Nous ne sommes pas claustrophobes et en croisière, on ne reste finalement guère dans les cabines que pour dormir. A la réservation nous avons donc conservé ce choix qui nous a toujours plu.

Nous avons été très étonnés par le prix demandé par Costa pour cette transatlantique le prix « plein » des cabines pour cette transatlantique sur site belge de Costa variait d’un peu plus de 1.200 EUR à un peu plus de 1.600 EUR par personne pour les 32 jours pour les cabines intérieures et cabines avec balcon (hors vols et autres frais, bien sûr).

1.200 EUR/pers pour une croisière de 32 jours, … c’est qu’il y a sûrement une astuce, c’est qu’il y a un vice caché quelque part, c’est qu’il faut ramer pour faire avancer le rafiot ou que l’on doit faire cuire ses repas sur un réchaud à gaz dans la cabine après avoir acheté sa nourriture au Super U ou à l’Intermarché de fond de cale …

Eh ben non, … c’est possible !!!

Costa a manifestement fait un (très) gros effort sur ses prix relatifs à cette croisière de 31 nuits pour remplir le navire puisque notre réservation directe auprès de Costa Belgique s’est faite six mois à l’avance au montant de 977,36 EUR par personne pour une cabine intérieure premium de deux personnes, cela tenant compte des quelques réductions complémentaires que nous avions pu obtenir, entre autre sur base de notre niveau CORAL. Ceci correspond à un prix (assez dérisoire) de 31,5 EUR par personne et par jour (hors boissons, hors vols, hors frais de séjour à bord et hors excursions bien sûr). De plus, sans demande particulière de notre part, nous avons été surclassés gratuitement sur l’ensemble de la croisière vers une agréable cabine extérieure nous offrant un espace plus large qu’attendu en cabine intérieure.

Nous n’avions réservé à l’avance aucun forfait boissons ni d’excursions, ce dont nous nous féliciterons ultérieurement.

· Nos réservations accessoires

Le vol direct aller simple de Bruxelles vers Miami (MIA) a été réservé chez JETAIRFLY pour 229 EUR/pers. Nous avons également réservé une voiture AVIS pour 12 jours au départ de MIA avec abandon à l’agence AVIS de Port Everglades située à Fort Lauderdale au port d’embarquement sur le Costa DELIZIOSA. Le retour « at home » depuis Venise sera assuré par vol direct Venise – Bruxelles via SN BRUSSELS AIRLINE le lundi de Pâques après une nuit d’hôtel à Venise. Tenant compte des évènements de BRUSSELS AIRPORT qui était encore fermé ce lundi de Pâques, notre vol de retour a été retardé de 4H00 et s'est fait à destination de Liège.

· La préparation

Un tel voyage de 45 jours au total nécessite une indispensable préparation approfondie si l’on veut mettre toutes les chances de son côté pour tenter d’en faire une réussite à tous niveaux. Par préparation, j’entends une préparation « logistique », une préparation « touristique » et … une préparation « psychologique ».

Cela prend du temps, beaucoup de temps durant les mois précédant le départ … et cela constitue aussi déjà pleinement une agréable partie intégrante du voyage …

· L’embarquement sur le Costa DELIZIOSA à Port Everglades (Fort Lauderdale – Miami)

Après avoir sillonné la Floride (Miami, Tampa, Sarasota, Ocala, Saint Augustine, Palm Beach, …) du 13 au 25 février, nous laissons la voiture à l’agence AVIS proche du port et la navette AVIS nous amène au pied du bateau qui nous attend au fond du port.

Nous avions reçu notre « carnet de voyage » Costa par E-mail quelques jours avant départ de Belgique. Hormis le fait que ce « carnet » mentionnait le N° 4330 de la cabine qui nous était attribuée, il contenait également le formulaire d’embarquement en plus des étiquettes à appliquer sur nos grosses valises, ainsi que les informations générales d’usage. A la descente de la navette AVIS au pied du bateau, il est 13H30 ce 25 février, des porteurs COSTA prennent immédiatement possession de nos grosses valises que nous retrouverons devant notre cabine 2 ou 3 heures plus tard. Le départ du navire est prévu à 23H00. Arrivé tôt (à 06H00 ou 07H00), le bateau a déjà débarqué tous ses croisiéristes arrivés en fin de croisière.

Il n’y a pas foule aux comptoirs d’enregistrement COSTA et les hôtesses d’accueil sont assez désœuvrées. L’enregistrement se fait à grande vitesse en 5 minutes et sans attente sur base de notre formulaire d’embarquement évoqué plus haut et à l’appui de nos passeports.

Nous montons à bord à 13H45 et le personnel de bord nous invite gentiment à fréquenter le buffet du restaurant du pont 9. Les cabines ne sont pas encore toutes prêtes et il nous est demandé de patienter un peu.

Vers 14H30, mon épouse, curieuse et désireuse de s’installer déjà dans notre cabine N° 4330, se décide d’y aller jeter un œil et la trouve prête à nous accueillir alors que nos cartes Costa et les informations générales d’usage nous attendent déjà sur le lit …









La carte COSTA, au format d’une carte bancaire, est une carte nominative personnelle qui permet non seulement d’ouvrir la porte de sa cabine mais permet également d’enregistrer toutes les dépenses faites à bord et d’enregistrer les entrées et sorties du bateau aux escales.

La carte est donc le seul élément INDISPENSABLE à toujours avoir avec soi sur le navire, mais également pour se rendre au dehors aux escales, puisque la carte personnelle est indispensable pour descendre (enregistrement des personnes quittant le bateau) et … remonter (autorisation d’accès et enregistrement des remontées). La carte COSTA constitue un moyen d’identification de substitution. Une photo est prise de chaque croisiériste à sa première montée à bord et est associée à sa carte dans le système informatique COSTA, bien que la carte elle-même ne comporte pas de photo.

A la descente ou à la remontée, le personnel COSTA qui scanne la carte voit la photo du passager correspondant sur son terminal et vérifie la concordance avec la personne présente.

Par la suite, j'aurai d'ailleurs l'occasion d'être rappelé gentiment à l'ordre par le personnel de sécurité COSTA après avoir interverti ma carte avec celle de mon épouse lors d'une descente à terre.

Le ballet des porteurs de valises commence déjà et les nôtres nous serons livrées rapidement. Madame va (enfin) pouvoir déballer et … tout ranger … pour 31 nuits.

Pendant ce temps, et tenant compte du faible nombre de passagers déjà à bord, j’en profite pour découvrir rapidement et grossièrement le navire.

Voila pour la toute première partie de ce récit ….

Si quelques lecteurs du forum se déclarent intéressés par une suite, je me proposerai de développer celle-ci sur base de la structure suivante :

La vie à bord et son fonctionnement

- Notre cabine (équipement, services, …) - Les langues - Le diario di bordo - Les changements d’heure - Internet et téléphone - Le room service - La restauration (selfs services, restaurant « gratuit », restaurants payants, …) - Les animations (danse, plage, cours, présentations touristiques, …) - Les sports (piste 3°, salle de sport, piste jogging, basket, cours gym, …) - Les boissons … et les forfaits - Les piscines - Le bronzage - L’hôtesse francophone, le bureau des excursions, le service clientèle - Les spectacles en soirée - Les animations musicales - Les bars - Le service « photos » - Les shops et les achats à bord - La bibliothèque - Les « croisiéristes » - Le personnel de bord (bars, restaurants, room service, …) - L’entretien du navire (intérieur et extérieur) - Les soirées gala et les réceptions du Commandant - L’ambiance générale

Les escales : - Escale : o Fort Lauderdale (Floride) o Nassau (Bahamas) o Amber Cove (Rép Dominicaine) o Ocho Rios (Jamaïque) o Grand Cayman (Iles Caymans) o Roatan (Honduras) o Cozumel (Mexique) o San Juan (Porto Rico) o St.Thomas (Iles Vierges) o Antigua (Antilles) o Santa Cruz De Tenerife (Canaries) o Malaga (Espagne) o Marseille (France) o Savone (Italie) o Dubrovnik (Croatie) o Naples (Italie) - Amplitude - Les excursions - Les mises en garde - Les prix - Les « pourboires » - Les contrôles de sécurité

Divers : - Le climat rencontré - Les températures - Les frais « d’hôtel » à bord

Bilan final

- Bilan global - Appréciation finale

Pour avoir déjà eu l’occasion de publier un carnet par le passé (portant entre autre sur une croisière Los Angeles/Canal de Panama/Miami : voir http://voyageforum.com/discussion/retour-beau-voyage-californie-panama-floride-louisiane-d7010436/ ), je sais que la rédaction d’un tel carnet est un gros travail, voire même un gros, gros, gros travail…

Par contre le point positif est que cela permet au rédacteur (et aux autres participants) de se remémorer de bons (ou de moins bons) moments.

Donc, … tout soutien moral …, tout petit mot d’encouragement … sera (grandement) apprécié du rédacteur ….

Joseph
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Afric'anchor
Les premiers jours

Au bar entre deux zincs, à l'escale de Johannesburg, trois douzaines de beaux bébés dans l'uniforme de leur université sont attablés par quatre. Nul doute qu'ensemble, sur la pelouse, ils forment un pack redoutable et qu'emmêlés ils ne font qu'un mais ici ils sont regroupés par couleur, les Blancs et les Noirs, formant presque un damier, comme s'ils étaient à nouveau adversaires.

Près de l'aéroport du Cap le mur d'un township proclame «Islam, the way of life». Les habitants de ce pays ont déjà payé un lourd tribut à une première idéologie, qu'on leur épargne les errements d'une seconde!

Dans le centre de Stellenbosch une Ferrari découvrable est arrêtée par un flot de piétons Noirs. Le gamin blond fait piaffer les cinq cent chevaux, emballe le moteur et la blonde qui l'accompagne d'un même rugissement. Ce n'est pas une Testarossa mais elle est rouge et la testostérone est bien là. Il n'y a pas si longtemps ils étaient en danger sur les trottoirs, ils sont aujourd'hui protégés par des bandes blanches peintes au sol mais une année de travail de la trentaine de personnes qui ont immobilisé le bolide ne leur suffirait pas pour l'acquérir.

Pour se rendre au restaurant les femmes revêtent volontiers des tenues seventies, robes longues à fleurs et cascades de boucles qu'on dirait faites au fer tandis que leurs hommes, cow-boys musculeux, semblent mal à l'aise dans leur habit de ville.

Avontuur est un vignoble dont le restaurant réputé vous assure qu'il est votre home away from home. On y élève également des chevaux de race. Ce qui est certain c'est que leur sauvignon blanc dénommé Sarabande est à la hauteur: sarabande des papilles avec le premier verre puis des neurones avec le second, quant au troisième... Nous en achetons une caisse pour le stock de survie lors de la traversée du Kalahari.

Aux carrefours des Noirs travaillent, remontant d'un pas rapide les files de voitures en proposant toutes sortes d'objets tandis que des Blancs muets, figés, comme statufiés ou interloqués par leur destin, quémandent en tenant devant eux une pancarte.

De la maison que nous occupons à l'est de False Bay nous saluons le soleil qui disparaît derrière la péninsule du Cap. La succession de pics et de chaînes forme un message enflammé en morse .. ..- ….. .-- Une baleine solitaire, insouciante ou optimiste, forme avec sa queue le V d'une victoire que nous savons incertaine. Sur la grève, la silhouette noire d'un Blanc en ombre chinoise. Plus tard, remplaçant le message géant, le télégraphiste posté au phare du Cap de Bonne Espérance, envoie le premier signal d'un message humain poursuivi par la suite des éclairages côtiers. Des bouées lumineuses et silencieuses signalent les récifs aux sirènes et, dans la nuit, font scintiller l'écume.

Je raffole du full english breakfast et des amis nous ont préparé une surprise: un full south african breakfast. De quoi retourne-t-il? C'est très simple, il suffit de remplacer les œufs par un œuf... d'autruche!

Quelle ancre ou quel grappin me lie ici?

Un festival de baleines

A Hermanus se déroule début octobre le Whale Festival que nous laissons passer avant de nous y rendre: nul besoin de nous alors que chaque année cent mille personnes s'y rassemblent sous prétexte d'observer les baleines. Nous arrivons le lendemain et partageons avec quelques dizaines d'observateurs le festival d'une petite compagnie de baleines évoluant le plus souvent par deux, mère et petit. Tantôt la paire nage de concert, lentement, la mère avitaillant le petit qui peut téter jusqu'à six cent litres par jour, tantôt c'est concours de sauts et de galipettes. On reste là des heures, silencieux, émus. Et si les baleines et non la lune étaient à l'origine des marées? Basses lorsque les baleines s'envolent, hautes lorsqu'elles plongent. Une femme en formes s'installe sur les rochers entre les observateurs et les artistes donnant ainsi une utile échelle. Alentour, elle n'est pas le seul mammifère terrestre, émule ou mutant, qui porterait avantageusement des baleines.

Oasis

C'est notre première nuit dehors et c'est dans le Cederberg à Oasis backpackers & camping, ambiance de refuge de montagne et adresse la plus baba du coin. Gerrit, le propriétaire est d'une gentillesse inhumaine et nous propose un emplacement de rêve entouré d'orangers en fleurs. A l'abri des maisons, nous n'avions pas réalisé que la lune était pleine (depuis qu'elle ne fait plus les marées, elle se contente d'effacer les nuits) et nous ne sommes pas les seuls: deux zombies traversent le camp lampe frontale allumée mais inutile. Une dizaine de motos a déversé le double de fêtards qui font bombance au son de standards californiens surannés. A six heures du matin ils entonneront un tonitruant happy birthday pour l'une d'entre eux. Il va falloir s'enfoncer un peu plus avant dans le bush pour l'entendre. Ce que nous tentons le lendemain par une piste qui traverse la Doring River. Six mois de l'année elle est infranchissable mais Gerrit dit que, peut-être, elle l'est à nouveau et qu'il faut aller voir: soixante mètres d'un gué rocailleux et jusqu'à un mètre de profondeur, nous n'allons pas provoquer Neptune au début du voyage.

Lire ou camper

Lire en plein-air à la nuit tombée est mission impossible. A l'ancienne, je lis un livre de papier éclairé par une lampe frontale: c'est la danse de St Guy d'insectes suicidaires dans le faisceau, des petits malins s'essayant même à remplacer des mots. Ma Co lit dans le siècle sur une Kobo: des insectes malicieux en effleurent l'écran tournant ainsi les pages; lisent-ils plus vite qu'elle?

Wupperthal

Dans le désert qu'est le nord du Cederberg, de part et d'autre de la piste apparaissent soudain des chaumières chaulées, impeccablement alignées. On dirait un village construit par les Boers au XIXème siècle mais quelque chose cloche, l'impression que jamais des Blancs n'ont habité là, or, on ne construisait pas ainsi pour les Noirs. Le village est aujourd'hui occupé exclusivement par des métis; nous le quittons avec un mystère de plus. Au débouché d'un col, une réplique, plus vaste, occupe le flanc opposé, des lignes impeccables de maisons blanches et basses partent d'une large rivière à l'assaut de l'escarpement. Il y a près de deux siècles, deux missionnaires allemands se sont installés ici avec quelques familles de Khoisans (une des deux ethnies occupant cette région). Vingt ans plus tard, profitant de l'abolition de l'esclavage, d'autres familles les rejoignent. Elles sont aujourd'hui quatre cent vivant et travaillant sur une ferme de sept mille cinq cent hectares toujours propriété des missionnaires. On cultive légumes et rooibos sur les limons tandis que les moutons courent la montagne. Sur de longues tables, on vient justement de débiter deux agneaux à l'unique magasin général du village qui n'a guère changé depuis sa fondation, je prends mon tour dans la file. Le rooibos est transformé dans un petit atelier non seulement en infusions mais en savons et autres shampoings et lotions tandis que le village s'enorgueillit d'héberger la plus ancienne «usine» du pays, une fabrique de chaussures. Une demi-douzaine d'artisans y confectionne sandales et autres brodequins dans tous les cuirs dont regorge le pays. Peut-être leur manque-t-il un styliste. Voilà pour la belle histoire; difficile de savoir si c'est un bon modèle, si les missionnaires furent de meilleurs propriétaires que d'autres ni si les fermages étaient seulement payés en présence à l'office dans l'église surdimensionnée.
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Carnet oublié de 2007... Californie-Nevada-Utah-Arizona (avec incursion de 24 heures à White Pocket)
Bonjour tout le monde,

En 2007, j'ai écrit un carnet de voyage non destiné à être publié. Par contre j'ai posté sur VF les photos de ce carnet (dont on peut encore voir les liens dans mon profil), mais l'hébergeur, MaBul, avait mis la clef sous la porte, et j'ai perdu toutes mes photos triées parce que j'avais eu l'excellente idée de ne pas faire de sauvegarde 🤪. Il faut donc que je les retrie toutes et comme je mets déjà un temps infini à poster un carnet par an, je n'ai jamais trouvé le temps de m'en occuper. Mais aujourd'hui j'ai pris la décision mettre en ligne au moins le texte, en attendant la suite photographique, c'est toujours mieux que rien. En fait, le déclic a été la question de djlevar, tout à l'heure, à qui je m'apprêtais à répondre. 2007 a été l'année où on a découvert White Pocket, à l'époque personne n'y avait encore été (seuls) excepté Sedonax et deux ou trois de ses amis. Encore une fois, j'avais écrit ce texte pour nous et n'avais pas voulu le publier, par pudeur sans doute, c'était la première fois 😉... Il comporte donc des parties plus rédigées, entrecoupées de notes. Le tout perd bien sûr beaucoup sans les photos que je ne désespère pas d'insérer un jour.

Itinéraire:

2 et 3 mai: San Francisco, Golden Gate Park (jardin japonais). Muir Woods. Alamo Square, etc. 4 : Route pour Redwood NP via Bodega Bay par la Hwy 1. Allée des Géants. Nuit à Garberville. 5 : Allée des Géants puis direction Reno et la Hwy 50, NV. Nuit à Yuba City. 6 : Ely, Hwy 50. 7 : Arrivée à Moab. 8 : Potash Road. Corona Arch. Delicate Arch.

9 : Negro Bill Canyon. Onion Creek. Fisher Towers. 10 :Départ tôt de Moab; Crack Canyon (seule la toute première partie du canyon est bien) puis passer par Hanksville pour attaquer la piste de Cathedral Valley en début d'après-midi. Nuit au campground.

11 : Burr Trail, Deer Creek et Long Canyon. Devil’s Garden (sur HRR). Nuit à Escalante. 12 : Hole-in-the-Rock-Road. Peek-a-Boo (slot canyon). Sunset Arch. Devil’s garden. Nuit à Escalante. 13 :Willis Creek le matin (sur Stuckumpah road. Grosvenor Arch. Yellow Rock. Nuit à Page, Chez Lulu.

14 : Wire Pass le matin. R-V avec Kent et Sue au croisement de la 89A et de la CCR à 14 heures. Coyote Buttes South et White Pocket. Nuit dans le 4x4. 15 : Coyote Buttes South. Lee’s Ferry, Marble Canyon. Nuit au Lee’s Ferry Lodge.

16 : Horseshoe Bend. Grand Canyon North Rim. Nuit au camping. 17 : Matin GCNR puis route pour Water Canyon (p. 82-83). Après-midi et coucher de soleil à Coral Pink Sand Dunes (p. 86). Nuit à Mount Carmel (Golden Hills Motel). 18 : Départ pour la section Kolob de Zion via la Hwy. Route pour Snow Canyon. Nuit au camping. (Voir éventuellement le cousin de Sylvie au Bit and Spur Ranch). 19 : Snow Canyon puis départ pour Valley of Fire. Nuit à Las Vegas (Super 8). 20 : Death Valley. Artist Drive. Zabriskie Point. Sand Dunes, etc. 21 et 22 : Sequoia NP et Kings Canyon. Nuits à Three Rivers. 23 : Route pour la côte. San Luis Obispo. Nuit à Morro Bay. 24 et 25 : Big Sur (Nuit au PBSSP campground).

26 et 27 : San Francisco. 28 : Départ Paris. 29 : Arrivée Roissy.

Mercredi 2 mai. San Francisco

Le vol avec Air France ne nous a jamais paru aussi peu long, nous ne savons pas pourquoi. Les hôtesses étaient certes particulièrement aimables, et à Roissy le fait de s’être enregistrés sur Internet nous a évité les longues files d’attente. Mais nous avons quand même eu onze heures de vol et n’avons pas regardé un seul film. Alain a lu, moi j’ai abondamment joué aux échecs avec l’ordinateur et consulté la carte de positionnement de l’avion. Nous avons bu du champagne en apéritif et nous sommes tortillés sur nos sièges, coincés comme des sardines dans une boîte.

À l’aéroport de San Francisco nous filons chez Alamo avec l’espoir d’avoir un « vrai 4 x 4 », c’est-à-dire avec réellement quatre roues motrices qui nous permettront d’aller, entre autres, à Cathedral Valley et surtout à Coyote Butte South. Sur les conseils de Philippe nous tentons d’expliquer qu’allant au Colorado (mais alors pourquoi aurait-on atterri à San Francisco ?...) nous risquons fort d’emprunter des routes enneigées et qu’il nous faut donc bien un 4WD. Pas de problèmes ! On nous donne le contrat, puis on part choisir le 4 x 4 qui nous convient. Manque de chance : aucun Trailblazer ou Durango, juste une flopée de Toyota Highlander inconnus au bataillon, plus un Buick gigantesque et un Rendez-Vous. Nous guettons la personne qui passera par là et pourra peut-être nous renseigner… Nos repères – le bouton sur le tableau de bord ou le T près du levier de vitesse – ne servent plus à rien. Une heure plus tard, un baroudeur américano-nicaraguayen, nous ne savons pas trop, nous dit qu’il pense « que ça doit être bon ». Nous fourrons nos bagages à l’arrière et en route pour Lombard Street et le Travelodge Presidio !

Avec le plan de San Francisco nous trouvons Lombard Street sans problème. Le motel est très bien et au calme, tout près de l’immense espace vert du Presidio, autrefois base militaire…

Après une demi-heure passée dans un cyber-café, un peu plus bas, juste le temps de perdre quelques dollars car l’ordinateur n’a pas l’air au point, nous rentrons à la chambre attendre l’amie de Martine, Marian Baldwin, avec qui nous avons pris contact par mail. Elle doit venir nous apporter une glacière, un réchaud et un maillet à tête caoutchoutée à la sortie de son travail, vers 6 heures.

Nous attendons, attendons, tandis que la fatigue nous ferme quasiment les paupières. Enfin à 20 heures elle arrive, pour nous il est 5 heures du matin… Elle est chaleureuse et très gentille, elle a acheté le maillet spécialement pour nous, prétextant qu’elle en aurait certainement besoin un jour (elle a soixante-neuf ans). Nous parlons un moment puis elle repart après nous avoir invités à manger à notre retour le 27. Elle compte également nous faire visiter le musée de la Californie, à Oakland où elle habite.

Il fait un froid de canard, il a même plu en fin d’après-midi.

Jeudi 3 mai. San Francisco

Ce matin, nous partons pour Muir Woods en empruntant le Golden Gate Bridge, gratuit dans ce sens. Impression bizarre d’être enfin vraiment sur ce pont que j’ai vu tant de fois sur la webcam. Il fait gris.

Beaux redwoods au tronc orange et quelques séquoias. Il n’y a personne ou presque à Muir Woods. C’est calme et reposant. De rares rayons de soleil parviennent jusqu’au sol. Au retour, juste avant le Golden Gate, nous prenons à droite en direction de la Golden Gate Recreation Area (GGRA). Nous nous arrêtons d’abord près du pont et prenons un sentier bordé de magnifiques pavots de Californie (Escholtzias) orange vif. Ils sont vraiment superbes !

La route du GGRA, qui continue le long de la côte, est donnée comme étroite, très ventée et pentue. Les fleurs sont splendides : massifs de lupins mauves, paintbrushes, lis blancs, grosses fleurs étoilées blanches, crème et violette de figues marines (Carpobrotus edulis) qui recouvrent les talus. Le ciel s’est complètement dégagé, le soleil avive les couleurs. Au retour, le pont est payant…

Nous nous promenons dans la partie tortueuse de Lombard Street, entre Leavenworth et Hyde. La rue, très en pente, ondule comme un serpent et est bordée de très jolies maisons, certaines enfouies sous les fleurs. Nous partons ensuite pour Coït Tower, d’où l’on a une très belle vue à 360°, notamment sur la baie de San Francisco et Alcatraz. Nous suivons les conseils de Bousquet, (aujourd'hui Trois14) de voyageforum, qui déconseillait de monter dans la tour, d’où, pour près de cinq dollars, on ne voyait rien de plus. Mais je remarque que des arbres touffus ont été plantés sur l’esplanade, de façon à boucher la vue, justement. Il n’y a pas de petits profits.

Les rues, de véritables montagnes russes, ont pour la plupart dans ce coin de San Francisco des perspectives sur la mer. Elles sont ombragées d’arbres aux longues fleurs plumeuses rouge magenta, des bottle-brush trees. Nous voyons passer le cable-car que j’espère bien prendre, sinon aujourd’hui, du moins à notre retour, le 26 ou le 27. Il y a des gens accrochés partout, sur les marchepieds, complètement collés à ceux qui sont assis perpendiculairement à la rue.

Vendredi 4 mai. Route vers le nord (Californie)

Ce matin il pleut sur San Francisco. Ciel gris et bas, froid, froid, froid… Nous avons déjeuné sommairement d’un continental breakfast puis nous avons pris la direction de la 101 North jusqu’à Bodega Bay. Comme son nom l’indique il s’agit d’une large baie, occupée par une armée de goélands peu farouches, qui a servi de décor aux Oiseaux de Hitchcock. À l’époque c’étaient des corbeaux, à moins que les goélands n’aient été peints en noir… Sous un ponton de bois une otarie batifole en éternuant. Nous mangeons un bon fish and chips très frais mais pas salé du tout, dans une espèce de cantina tenue par des Mexicains.

De retour sur le parking, quelle n’est pas notre surprise de voir la portière du passager grande ouverte ! Alain avait oublié de refermer la porte, spécialité de voyage (uniquement !). Mais rien n’a été touché ni volé.

Cap sur le Redwood National Park et les grands arbres de l’ancienne rain forest. La côte est superbe, les falaises escarpées, le Pacifique bleu sombre. Dans le ciel, des condors, sur le sol, des tapis de fleurs, sur la mer, des crêtes d’écume blanche. Iris mauves, pourpiers rose vif, lupins violets, escholtzias flamboyants.Tout est couvert, comme hier au GGRA, de tapis de figues marines aux grosses fleurs étoilées.

Dans une courbe de la route, d’extraordinaires hampes bleu lavande, certaines de plus de trois mètres, dissimulent quelques toits anthracite. Et toujours ces eucalyptus dont certains sont en fleur (très jolis pompons crème), la tête dans les nuages et le tronc laissant pendre de longues lanières d’écorce, à l’odeur de pipi de chat si éloignée, sur cette côte californienne, des parfums épicés portugais. Des cyprès gris émeraude, tourmentés à l’extrême, laissent deviner la force du vent du large qui les couche un peu plus à chaque nouvel assaut. Les montagnes surplombent la route, herbe rase et arbres clairsemés, ou recouvertes de forêts profondes.

Entre Fort Bragg et Leggett, sombres forêts de redwoods adolescents, pourtant déjà immensément grands. Peu de faune, excepté les condors qui planent dans les courants ascendants. Plages de sable gris jonchées de bois flotté, pas autant qu’à Anticosti cependant.

À Philippsville, au Visitor Info, gift shop, etc., un vieux monsieur très aimable, en tablier gris, nous recommande de retourner dormir à Garberville où nous sommes passés quelques miles auparavant. Nous suivons ses conseils : nous dormons dans un Best Western aux chambres superbes ($108 ), le Humboldt House Inn. Le village a une atmosphère « spéciale ». Bande de jeunes Américains pas vraiment engageants. De fait, on ne doit paraît-il rien laisser dans la voiture pour la nuit. Les autres motels sont sinistres.

Samedi 5 mai. Redwood NP

Après un excellent petit déjeuner au Best Western, nous prenons la Hwy 101 et sortons à l’entrée nord du Redwood NP, c’est-à-dire à Pepperwood. Nous redescendons par la scenic drive, toute de verticalité végétale. Les redwoods sont gigantesques, certains font plus de 390 pieds de haut (environ cent vingt mètres), leur écorce marron-rouge est douce comme une chevelure soyeuse et tiède sous les rayons du soleil. Nous empruntons vers l’est la Honeydrew sur les conseils du vieux monsieur d’hier, puis un sentier qui mène aux tall trees. Les cimes se perdent dans la lumière bleutée qui arrive difficilement jusqu’au sol entièrement tapissé du même oxalis (oxalis aticulata) que celui de Paris, du moins de la même famille (les fleurs, roses également, sont néanmoins plus grandes). À tous les étages, l’œil est attiré par les éclats vert fluo du lichen ou des aiguilles touchés par un éclat de soleil.

En rejoignant l’Avenue of Giants, nous passons devant Immortal Tree et faisons quelques photos, toujours aussi difficiles à prendre étant donné les dimensions démesurées de tous ces arbres. Plus loin, pour passer sous Thrue Tree il faut payer $ 2 par personne… Certains ont flairé le filon… c’est ridicule, mais nous payons quand même !

Nous nous arrêtons sur le bord de la route et mangeons une salade. La route redescend ensuite jusqu’à la Hwy 20 East. Très long lac, atmosphère désagréablement balnéaire, forte densité de population sur les rives, ligne continue qui n’en finit pas et voitures qui traînent. Puis, d’un coup, apparaissent des badlands, ocre et crème.

Autour de Williams, à l’infini, s’étend ce qui semble être des rizières. Du riz, ici ?

Yuba City. Encore une impression désagréable… Nous prenons cependant une chambre pour la nuit au Days Inn, tenu par des Indiens (d’Inde) très aimables. Heureusement, car il est vraiment limite. Tout d’abord la porte est bloquée et il faut aller chercher quelqu’un à la réception. Ensuite il n’y a qu’une seule serviette de bain pour deux. Retour à la réception j’emboîte le pas du gérant (ou de son frère) qui a un mal fou à ouvrir la porte d’une petite pièce, sur les rayons de laquelle traînent deux ou trois serviettes dont je ne sais même pas si elles sont propres…

Dimanche 6 mai. Loneliest Road of America (Nevada)

Finalement, le motel était vraiment plus que moyen. Les taies d’oreiller étaient sales (il a fallu les couvrir avec une serviette de bain), les lampes de chevet ne marchaient pas (retour à la réception !)… Nous traversons la Sierra Nevada blanche de neige. Le froid est cinglant… C’est superbe ! Un condor plane paresseusement au-dessus des cimes.

Jusqu’à Fallon, la Hwy 50 (au-delà de Reno, petite Las Vegas… à fuir) porte mal son nom de Loneliest Road of America : la circulation est ininterrompue. Ensuite le flot se tarit peu à peu. Plus loin, elle est magnifique, sauvage, intacte. Les badlands succèdent aux badlands, cernées de tous côtés par les sommets enneigés des ranges. Le silence est total dans cette Amérique d’avant Colomb traversée par un ruban d’asphalte du XXIe siècle. Par moments, on aperçoit de longues étendues de sable blanc soulevé en une multitude de mini-tornades par un vent violent. Il flotte alors au-dessus comme des embruns. Elles alternent avec un désert de sauge gris-vert parsemé de quelques genévriers. Roche grise veinée de rouge, ocres de l’argile, dunes d’ivoire, ciel uniformément bleu… Nous sommes à 2500 m d’altitude, et les sommets enneigés sont à 4000.

Entre Fallon et Ely, seulement deux villages : Austin, 2500 m, montagnes et cow-boys. Eureka, village d’altitude également. C’est un autre monde, complètement à l’écart. Les maisons, dont beaucoup sont en bois, s’alignent de chaque côté de la route.

Partis à 7 h 30 de Yuba City, nous arrivons à Ely, Nevada, à 17 h 45. L’agglomération est beaucoup plus grande qu’Eureka et Austin, Main Street est beaucoup plus large et nous y trouvons un Best Western, heureusement sans casino, face à un petit parc bordé d’arbres immenses. Il est bien, pas trop cher ($ 68,48), mais malheureusement bruyant car les double vitrages ont tout autour un jour de deux centimètres…

Lundi 7 mai. Loneliest Road of America

On a entendu les camions une partie de la nuit et nous avons mal dormi. Il est d’ailleurs étonnant de voir la différence entre la Hwy 50 en amont de Ely et en aval. On ne comprend pas bien d’où viennent et où vont ces camions puisqu’il n’y a en amont absolument aucune circulation. On en conclut qu’Ely est le terminus. Au Best Western, groupe de motards venant du Canada.

La Hwy 50 est très variable jusqu’à la fin. De très beaux passages, d’autres quelconques. Nous apercevons une étendue sans fin, étincelante sous le soleil, que nous n’arrivons pas à identifier. En allant voir de plus près, nous nous apercevons que c’est un désert de sable gris-beige (Ferguson Desert), recouvert d’une longue nappe de brume blanche. De chaque côté de la route, des caravanes… Nous arrivons le soir à Moab, dans la maison que nous prêtent les amis de Philippe et Elizabeth : Dave et Kay.

Mardi 8 mai. Moab (Utah)

La maison est très agréable. Kay et Dave (ou bien est-ce Sharon ?) ont épinglé partout de petits mots gentils pour les « guests » : servez-vous, prenez ceci et cela, mangez telle chose, elle est là pour vous, lisez ceci, etc.

De bon matin, nous partons pour Negro Bill Canyon. Très joli et charmant canyon, bordé de toutes sortes de fleurs (ancolies blanches, fleurs de Prickly Pears, etc.), menant à Morning Glory Arch, sombre et humide. Deux cordes pendent du haut de l’arche, attendant l’homme araignée qui descend subitement à toute allure le long de son fil.

Nous faisons la connaissance d'une Américaine très sympa avec qui nous avons fait une partie de l’aller, nous doublant et nous redoublant, puis tout le chemin du retour. Le ruisseau est haut, et quand l’après-midi nous demandons aux rangers du Visitor Center si nous pouvons aller à Onion Creek et sur la Shafer Trail, la réponse est catégorique : Non ! Philippe nous a dit, par mail, que la Toyota Highlander est un sous-4 x 4 et qu’il ne se risquerait pas sur la Shafer Trail. Nous ne savons que faire pour demain, à Cathedral Valley…

Ce soir, enfin, nous sommes allés à Delicate Arch. L’arche se mérite… mais les couleurs du soleil couchant sont décevantes et il y a trop de monde. Elle est posée en équilibre au bord d’un canyon avec, au fond, les sommets enneigés des La Sal Mountains et plus près, sur l’autre versant, des badlands d’un vert de Cian. Lorsque le soleil est près de disparaître à l’horizon nous reprenons vivement le chemin du retour, car il est à de nombreux endroits peu ou pas du tout balisé, et en tout cas dans l’obscurité impossible à repérer. Tandis que nous redescendons à toute allure, nous croisons un groupe d’une centaine de jeunes, parmi lesquels nombre de gros, tranquilles, traînant le pas, complètement inconscients, à cette heure entre chien et loup, de ce qui les attend quand ils feront demi-tour. Les plus inconscients étant les accompagnateurs…

Mercredi 9 mai. Moab

Ayant définitivement abandonné l’idée de faire la Shafer Trail avec le Toyota, et en raison des pluies récentes qui ont rendu la piste glissante, nous partons sur la Potash Road. Indian Writings sur la falaise ocre. Nous allons jusqu’à la mine de potasse puis rebroussons chemin et nous arrêtons sur un petit parking pour aller à Corona Arch. Personne à l’horizon, le ciel est d’un bleu éclatant, les fleurs de cactus ont des couleurs très pures, roses ou jaunes, et des pétales comme du papier crêpon. Je ne peux m’empêcher de les photographier sous toutes les coutures.

Une corde, une échelle, et nous apercevons Corona Arch au loin, précédée de Bowtie, vraiment gigantesque !

L’après-midi nous décidons, contrairement à ce que nous ont conseillé les rangers hier, de passer à Onion Creek avant d’aller à Fisher Towers. En vingt-quatre heures les eaux ont dû baisser puisqu’il n’a pas plu, et on tente de passer. Comme je m’attendais à avoir de l’eau aux portières ou presque et qu’elle n’arrive qu’à mi-roues, cela nous paraît extrêmement facile. De plus le canyon est magnifique, la piste ocre-rouge se faufile entre des tours de grès sombre puis des badlands aux teintes métalliques, gris clair et vert-de-gris, des bouquets orangés de globe-mallows poussent sur les bas-côtés… Nous passons et repassons la rivière une bonne dizaine de fois avant de déboucher sur une grande plaine d’où émergent quelques rares habitations. Nous faisons alors demi-tour pour rejoindre la 128 et la piste de Fisher Towers, deux miles plus loin. Le sentier descend sur la droite et se glisse au milieu de la roche rouge et de bouquets de fleurs blanches ou jaunes qui dessinent des ombres délicates sur le sable, surplombé par Titan que nous contournons, une des gigantesques « towers » de grès doré qui va bientôt virer au rouge sang sous les rayons du soleil couchant. C’est vraiment très beau, d’autant que le ciel est chargé de nuages anthracite. Le contraste est magnifique.

Jeudi 10 mai. De Moab à Cathedral Valley

Ce matin, nous partons tôt de Moab pour Cathedral Valley, via la Goblin Valley et Crack Canyon.

Nous remontons la 191 nord, puis l’autoroute 90 ouest et la 24 sud avec à droite le San Rafael Reef et à gauche le San Rafael Desert. Le long de la piste qui mène à Crack Canyon nous trouvons les mêmes barrières triple que dans le Montana, celles que je n’ai jamais pu photographier pour cause de ligne continue interminable… (Quand, au bout de dizaines de miles, on arrivait à doubler une voiture, on ne prenaistpas le risque de rester coincés à nouveau.) Au départ de la piste un pick-up, avec sur le plateau différentes affaires, des jerricans, etc. Cette confiance réciproque est très agréable, il y a certainement peu d’endroits où l’on pourrait laisser le 4 x 4 plein en sachant que personne ne viendrait tenter de voler quoi que ce soit.

Les pistes se croisant et se recroisant, nous posons des repères – pierres ou branches posées sur le sol et indiquant la direction, photos – pour être sûrs de ne pas se perdre dans ce coin où il n’y a pas un chat – du moins « petit » chat, car nous suivons un moment les traces d’un puma. Nous passons à côté de l’arbre mort et tourmenté sur lequel Philippe a photographié Elizabeth, oiseau posé sur la branche.

Le premier tronçon de Crack Canyon est très court, et d’après Philippe seule la première partie en vaut la peine. Les parois du canyon, constellées de trous, ressemblent un peu à Bandelier, dans le Colorado.

Sur le chemin du retour, notre satisfaction d’avoir posé des repères est de courte durée, car les photos prises se révèlent inutilisables, la lumière trop crue atténuant tous les contrastes. On ne voit qu’un écran gris pâle. Le problème est que nous ne savons plus quelle piste prendre : celle de gauche qui monte légèrement ou celle de droite ? Alors que nous discutons, l’un étant pour la gauche, l’autre pour la droite, l’angoisse nous étreint subitement. Il fait déjà très chaud, nous n’avons que peu d’eau, et durant quelques brèves minutes qui nous semblent des heures, nous sommes vraiment perdus. Ce qui signifie totalement nus, sans plus aucun repère, terriblement vulnérables dans un environnement qui passe sans transition d’enthousiasmant à hostile. Et puis nous décidons de prendre la piste de droite, et peu après nous reconnaissons au loin le relief et rejoignons le Toyota. Mais l’alerte a été salutaire et nous nous souviendrons que deux précautions valent mieux qu’une.

Cathedral Valley, une merveille! Et le primitive campground, le silence de la terre… Vue magnifique sur le royaume du puma…

Vendredi 11 mai. Direction Escalante

Quel réveil au milieu des junipers dans la lumière pure du petit matin ! Pistes pas claires pour rejoindre la U-72 et éviter le Ford impraticable de la piste qui mène à Torrey. Neige et forêts d’aspens, avec tous leurs yeux tristes qui nous regardent passer. Troncs blancs sur ciel très bleu. 2800 mètres.

Route superbe de Torrey à Boulder, encore plus belle de Boulder à Escalante (10 miles avant). Burr Trail. Bonne route goudronnée. Deer Creek moyen mais au milieu de sublimes navajos sandstones crème. Magnifique Long Canyon. Longue estafilade pourpre. Problème sur la voiture : MAINT REQD. Ça nous prive de Lower Calf Creek. Soir au Devil’s Garden, lieu enchanté. Accueil très aimable de Catherine Barney au B&B. Aussi aimable que l’est peu celui de son mari.

Samedi 12 mai. Escalante

Petit déjeuner avec six Américains, la trentaine, sympa.

Départ pour Sunset Arch sur la Hole-in-the-Rock road puis Forty Miles Road. Il fait très chaud ce qui ne décourage pas une multitude de lièvres qui déambulent entre les cactus aux fleurs comme des pivoines roses. L’arche perd beaucoup de n’être pas au soleil couchant. Pour l'avoir toujours dans l'angle de vision à partir du Water Tank qui, lui, se trouve sur une petite hauteur, j’ai repéré à l’horizon, à flanc de montagne, une tache claire qui a l’allure d’une prairie et est toujours visible malgré les déclivités du terrain. L’arche est exactement dans son axe. Au retour je crois mourir de chaleur. Nous n’avons pas de chapeau et je me sers de mon tee-shirt pour me protéger la tête. Le désert à cette heure est un vrai brasier. Abandon de Willow Gulch. Vaches très belles, noires, fauves, même une vache indienne… en liberté sur ces milliers d’hectares.

Ensuite direction Peek-a-Boo sur le BLM 252. Très bel endroit. Du petit parking, on domine tous les canyons. Descente très chaude jusqu’au Dry Fork. Alain a le vertige au tout début de Peek-a-Boo et deux Américains se proposent spontanément pour l’aider à redescendre. Ils nous indiquent un passage sur la gauche qui rejoint le sommet. C’est fatiguant car il fait toujours très très chaud, mais nous arrivons finalement dans le slot canyon. Arrêtés par un passage trop haut à redescendre (et donc à remonter car Alain ne compte pas retourner à l’entrée), d’environ 2,50 mètres. Nous prenons ensuite Dry Fork, narrow canyon tapissé de sable, en travers duquel, à une hauteur respectable, un arbre s’est coincé lors d’un flash flood. Au retour j’entends soudain près de mon pied gauche une espèce de crépitement sifflé et j’aperçois un petit serpent à sonnette en position d’attaque… Je fais un bond de côté, heureusement je n’ai pas peur des serpents (si ça avait été une araignée…). Alain, c'est l'inverse, seuls les serpents l'impressionnent. Mais il finit par passer en courant. Lorsque nous reprenons la piste, nous nous arrêtons une nouvelle fois à Devil’s Garden pour pique-niquer.

Dimanche 13 mai. Cottonwood Canyon Road

Au petit déjeuner, nous faisons par hasard la connaissance de Matthieu (Manfr sur VF) et de son amie Dorothée dont Philippe nous avait parlés avant de partir. Ils vivent dans le Doubs, dans une très belle maison en bois au milieu d’une forêt, avec une vue superbe sur les alentours. Départ pour Willis Creek, agréable narrow canyon, mais trop court à notre goût. Ensuite nous empruntons la Cottonwood Canyon Road, très belle au début, du moins dans sa première partie. Roche flamboyante, badlands blanc crème, ciel bleu. Dans la seconde partie, elle devient triste et grise et ressemble aux environs de Collioure…

Yellow Rock. Nous trouvons l’entrée du petit canyon une fois passée la rivière à sec bordée de cottonwoods, et commençons à grimper la pente très raide et glissante. Aux trois quarts, subitement, le vertige tétanise Alain qui ne peut plus faire un pas ni en avant ni en arrière. Nous redescendons très lentement, ses pas dans les miens…

Nous apercevons finalement la montagne d’or de l’autre côté, dans les «chorons »… tout gris, gris, gris, sur la piste qui monte raide. Nous ne dormirons pas non plus cachés au pied des gros rochers où avaient dormi Marie et sa famille, la piste étant fermée par des barbelés. Fin de la CCR. Visitor Center Utah, passage Arizona. Visitor Center du Dam, à Page, ultra-sécurisé, flics à l’entrée, portique de détection de métaux, etc. La nuit nous avons dormi Chez Lulu à Page : très bon motel, 54 $ , ultra-propre et accueil très aimable.

Lundi 14 mai. Coyote Buttes South et White pocket (Arizona). Nuit sur place

Nous partons à 8 heures pour Wire Pass sur la House Rock Valley Road. Sur le parking, un condor nous attend, avec une marque sur l’aile, A7, et un émetteur. Il meurt apparemment de soif et de faim (il passe son temps à picorer les insectes collés sur les pare-chocs des voitures garées là) et ne peut s’envoler. Nous lui remplissons d’eau une gamelle et la lui laissons à l’ombre.

Le chemin est agréable et suit le lit de la rivière, emprunté plus tôt par un puma si l’on en juge aux traces des coussinets imprimées dans le sable saumon. Très vite, nous sommes arrêtés dans le slot canyon par un gros rocher qui bloque le passage. Mais le canyon continue deux mètres plus bas, et même si nous pouvions descendre en sautant nous ne pourrions pas remonter car les eaux ont emporté les pierres qui devaient se trouver là.

Retour au parking pour prendre la voiture et rejoindre le point de rendez-vous avec nos amis Kent et Sue à la jonction de la House Rock Valley Road et de la 89A. Nous arrivons au croisement, au milieu de nulle part, vers midi et eux comme convenu vers 14 heures.

Direction Coyote Buttes South, eux devant avec leur 4 x 4 Nissan XTerra et nous derrière dans le petit Toyota Highlander qui ne fait pas le poids mais que Kent a pourtant jugé tout à fait capable de ne pas s’enliser dans le sable mou et profond. Il n'a pas plu depuis longtemps, la piste est très sableuse, rocheuse, etc. J’applique la tactique de tourner constamment le volant de droite à gauche et je calcule comment prendre les rochers pour ne pas frotter le dessous de caisse, qui râcle par contre le sable à plusieurs endroits.

Au final j'ai attrapé un mal de tête carabiné, mais nous sommes passés sans problème. Kent filait devant et je n'avais qu'une peur: qu'il nous attende au détour d'une courbe et nous scotche par là même dans le sable.

Au croisement pour White Pocket nous montons dans le 4 x 4 de Kent. Il conduit au jugé, sans GPS. Hésitation par moments à certains croisements… Piste qui me semble longue et qui n’est pas facile, sauf pour Kent. Je me cogne deux fois le haut du crâne contre le toit de la voiture tellement il conduit vite. Nous arrivons finalement dans un décor extraordinaire, multiples formations rocheuses toutes plus étranges les unes que les autres, ors et cuivres à nouveau, sable orange constellé de moqui marbles, petites pierres qui ressemblent à du fer et qui, lorsqu’on les heurte les unes contre les autres, produisent un bruit métallique. Nous en faisons une provision. Stries, strates, spirales, tourmente de grès, c’est extraordinaire.

Lorsque le soleil se couche nous reprenons la voiture, retournons à Power Flat et filons sur CBS dans nos deux voitures. Piste acrobatique mais aucun problème d’ensablement. Nous pique-niquons de thon et d’ananas arrosés d’un bon Yellow Tail sous l’œil des lièvres du désert aux oreilles démesurées, puis nous couchons dans le 4 x 4 tandis que Kent et Sue étalent par terre leur bâche et leurs sacs de couchage. Des milliers d’étoiles brillent dans le ciel noir.

Mardi 15 mai. Coyote Buttes South

Dans la nuit, petits coups sur la voiture. Je regarde par la vitre, ne vois rien d'autre que Kent qui passe l'inspection autour de leurs duvets, pis se recouche. Milliers d'étoiles... Réveil au lever du soleil, vers 5 heures. Le ciel est rose à l’horizon, silence de premier jour du monde. Nous enfilons polaires et blousons, buvons quelques gorgées de jus de fruit, mettons de l’eau dans les sacs à dos, et nous voilà partis pour les teepees. Le soleil éclaire tout juste le haut de la roche. Petits levreaux… encore vivants. Nombreuses traces. Formation de dentelles de grès absolument partout, nous faisons très attention de n'en écraser aucune .

Prairie spiderwort. Retour voiture vers 9 h 30-10 heures. Nous repartons à pied pour les teepees pendant environ une heure.

Départ pour Paw Hole. Piste always difficult. Sue et Kent téléphonent pour le condor que nous avons vu hier, marqué A7. Kent grimpe sur le toit de la voiture. Paw Hole : teepees brun-rouge. Sue reste dans la voiture. Très chaud.

Départ pour le motel. Passage pour les 4 x 4 très difficile d’après Philippe, mais je ne l’ai pas vu… Lees Ferry Lodge. Jolies chambres. Très curieux motel avec tout un tas d’annexes bizarres. Douche puis départ pour Marble Canyon et Lees Ferry avant repas du soir offert par Sue et Kent.

Mercredi 16 mai. Grand Canyon Rive Nord

Déjeuner rapide au motel puis départ pour Horseshoe Bend avec Kent et Sue. Magnifique point de vue. Colorado vert émeraude, hirondelles, sable roux. Page. Safeway avec Kent et Sue. Ils nous offrent des cerises et du bon pain, puis nous nous quittons… Sue a un rendez-vous l’après-midi à Page.

Nous partons pour le Grand Canyon. Peu après sur la route nous apercevons les lumières de voiture de police, c’est un accident sur le bas-côté, une forme recouverte d’un drap bleu… Bifurcation pour la rive nord. De chaque côté de la route, la forêt a brûlé. Les kilomètres défilent, sans changement, c’est triste et gris.

Arrivée au camping sous les grands pins, il n'y a quasi personne. Une fois la tente montée nous partons vers la corniche. Beaux points de vue mais la brume masque en partie les merveilles du canyon. On pourrait être tranquilles dans le camping. Dommage que le voisin, de l'autre côté du sentier, mette sa génératrice en marche et nous empeste, alors que lui se met à l'abri derrière son camping-car. Le bruit est de plus insupportable. Le plus agaçant c'est qu'il y a de la place partout et qu'il est venu s'installer juste à côté de nous.

Par contre nous allons avoir un spectacle des plus extraordinaires, à une dizaine de mètres de nous. Une break arrive, en sortent apparemment un père et son fils d'une trentaine d'années. Et ils commencent à s'installer: la tente est immense et comprend des lits pliants. Puis ils passent à la cuisine: tout y est, la batterie de casseroles et de poêles au grand complet, les multiples étagères, les tringles où seront suspendues louches, écumoires et tout ce qui peut se balancer au bout d'un crochet, les torchons, maniques, un petit buffet et ses tiroirs... C'est ahurissant!! De vrais malades...

Jeudi 17 mai. En route pour les Sand Dunes via Hildale (Utah)

Nuit courte et réveils incessants. Un oiseau s’égosille à 5 heures du matin au-dessus de nos têtes. Nous déjeunons puis plions bagage pour le Cap Royal et le Point Impérial. C’est très beau, bien sûr, car le Grand Canyon est éblouissant d’un bout à l’autre, mais moins prenant que sur la rive sud. Pluie lorsque nous repartons vers la 89A, direction Colorado City et Water Canyon. Petit crapaud ou grenouille jaune dans une flaque à l’aplomb d’un rocher.

Hildale, village de mormons traditionalistes. Les maisons sont gigantesques et peuvent abriter les familles nombreuses issues de pratiques polygames. Les femmes, en robes longues, ont un peu des allures de bonnes sœurs... De hautes barrières ou palissades entourent les propriétés à l'entrée desquelles sont accrochés des panneaux de bienvenue: « Passez votre chemin! » Hum... Tout est clos, fermé, inamical. Nous partons par Cane Beds pour les Sand Dunes et arrivons au coucher du soleil. Sable roux orangé qui coule entre les doigts comme de l’eau. Dommage que les quads pétaradants s’en mêlent et strient les dunes dorées de larges traces de pneus.

Motel Golden Hills à Mount Carmel Junction, 54 $. Bien pour le prix, patron aimable.

Vendredi 18 mai. Snow Canyon

Départ par la 89 North. Nous poussons jusqu’à Red Canyon aux roches rouge sang, puis redescendons pour prendre la 14 West. Les paysages sont austères et désolés, parsemés d'épinettes sombres, sous lesquelles s'entasse encore un peu de neige. La route pour Cedar Breaks (un petit Bryce) est encore fermée de l’hiver.

Cedar City est une ville qui ressemble à Sept-Îles, au Québec. Très étendue, avec de petites maisons, de larges avenues, une circulation incessante sur Main Street. Nous faisons quelques courses dans un Wal-Mart puis direction la partie Kolob de Zion – même si l'après-midi est déjà bien avancée. Six miles de falaises rouges pour lesquelles nous devrions payer pas moins de 25 $ ! Le Visitor Center est sur le point de fermer, nous attendons avec quelques autres personnes, qui tournent en rond, l’air innocent, que le ranger quitte les lieux (à 16 h 30), puis empruntons la route de bitume rouge foncé. Très beaux points de vue, typiques de Zion, mais le tour est vite fait… Autoroute 15 South, arrivée dans St George, genre Albuquerque. Intense circulation qui ne présage rien de bon pour Las Vegas, demain…

La route de Snow Canyon est presque toute dans les banlieues. Puis, sans transition, elle emprunte le Snow Canyon, et c’est un autre monde. Nous arrivons au camping où il reste une place, la 24, à côté d’une caravane, la 25, dommage… mais le décor est tellement beau ! Des touffes de sauge et une quinzaine de mètres nous séparent de nos voisins. La 26, cinquante mètres plus loin, est beaucoup mieux, en contrebas, à l’ombre de gros rochers, totalement à l’écart. Le soir tombe, superbe et silencieux…

Samedi 19 mai. Etape à Las Vegas (Nevada)

Petit matin rose sur les montagnes en face. Nous allons faire un tour dans les Petrified Dunes, de grosses carapaces de tortues fossilisées. Ici et là, immenses hampes jaunes d’agaves (Agave Utahensis). La route qui traverse Snow Canyon est encore plus courte que la section Kolob de Zion. Au bout, nous tombons sur la Hwy 18 et sur la circulation des abords d’une ville importante. Nous faisons demi-tour et nous réfugions dans le silence du canyon. Au camping, nous plions la tente et voyons passer deux volatiles, mi-road-runner tellement il court vite, mi-coq de bruyère.

Et maintenant, à nous Las Vegas (façon de parler, c'est juste l'étape d'un soir) ! La route qui y mène en évitant St George passe par Shivwits, la réserve indienne des Paiutes. Tout est gris, austère, les badlands monochromes se succèdent, et les quelques arbres qui s’étaient entêtés à pousser ont brûlé dans un gigantesque incendie. Nous faisons le détour par la belle mais brûlante – comme son nom l’indique – Valley of Fire. Passé le Visitor Center (6 $ dans une enveloppe), nous allons voir le Mouse’s Tank en passant par Petroglyph Canyon où l’on peut effectivement voir de beaux pétroglyphs. Alain a pris un autre chemin, je vais donc seule jusqu’au réservoir, avec juste un demi-litre d’eau. La chaleur est épouvantable, une vraie fournaise ! En deux minutes je n’ai plus d’eau mais la balade étant courte je ne m’en fais pas plus que ça. Au bout, le petit réservoir est coincé dans la roche et l’eau doit être près de l’ébullition… Je suis sans chapeau et je fais donc le trajet du retour en recherchant le plus possible l’ombre des rochers, mais très vite moi aussi je suis brûlante. J’ai une soif infernale et quand enfin j’arrive à la voiture c’est pour constater qu’Alain n’est pas là, et que je n’ai pas les clefs. Je me réfugie à l’ombre des toilettes mais je suis proche du malaise, et surtout je me demande s’il ne s’est pas perdu… Un petit quart d’heure plus tard, enfin, il est de retour et avec lui je vais avoir accès à l’eau salvatrice…

Las Vegas : ville tapie dans le désert de feu. La circulation est intense sur le Strip et s’écoule sur six à sept voies. Nous avons bien choisi notre jour pour faire une étape ici puisque nous sommes samedi soir : foule innombrable, bruit permanent, haut-parleurs braillant des chansons de superpermarché, limousines en veux-tu en voilà. Alain trace la route d’un côté du Strip puis de l’autre, au pas de charge, et je le suis en trottinant. Nous doublons tout le monde à un train d’enfer et arrivons au Super 8 sur les genoux et sans avoir rien vu… Le motel 8 aurait pu être bien sans un car scolaire dont les jeunes ont fait la java toute la nuit, notamment dans la piscine juste sous nos fenêtres, sous l'œil bienveillant de leurs profs, allongés dans des chaise-longues.

Dimanche 20 mai. Death Valley (Californie)

Nous avions prévu d’aller chez Alamo faire voir ce problème de MAINT REQD mais nous laissons tomber, nous verrons bien…

La route entre Las Vegas et Death Valley est grise, grise, grise… Décidément, le désert dans toute cette région est terriblement austère, désolé et triste, terreux… envolé, le sable rose saumon. Les quelques rares plantes qui poussent sont recouvertes de poussière cendrée, et pour comble de malchance il y a aujourd’hui un vent furieux qui soulève des nuages que nous avions pris tout d’abord pour de la fumée d’incendie. La chaleur à l’extérieur de la voiture commence à être très élevée.

A Shoshone, écrasé sous le ciel immense, au croisement de nulle part, l’essence est à 4,20 $ le gallon – ce qui est le prix le plus élevé que nous ayons jamais vu. Là, sous un arbre, se trouve un petit café sympa où nous prenons deux bons thés d’Assam à l’abri du soleil avant de reprendre la route pour 72 miles supplémentaires dans la fournaise.

Lorsque nous nous arrêtons, j’ai tout juste le temps de sortir deux secondes prendre une photo avant de remonter dans la fraîcheur du 4 x 4 climatisé, l’inverse du Québec en hiver où dans les mêmes deux secondes j’attrapais l’onglée. A Bad Water, mer de sel à 86 mètres au-dessous de son niveau normal, deux canards barbotent tranquillement dans un court-bouillon juste un peu trop salé, exemple vivant de l’acclimatation en milieu extrême. Le vent brûlant dessèche la peau, les yeux, la bouche… Il est impensable de sortir sans une bouteille d’eau avec soi. Nous l’apprendrons plus tard, il fait 118° F, c’est-à-dire 48 °C à l’ombre mais… il n’y a pas d’ombre !

Sur la droite, la petite route à sens unique d’Artist’s Drive; couchées au pied des montagnes, des badlands aux très belles couleurs pastel, dans un camaïeu de vert pâle, de rose, d’ocre, de Sienne. Il y a paraît-il à Death Valley 1042 espèces de plantes (nous n’en avons vu qu’une, une espèce de petit houx blanc et poussiéreux), 51 espèces de mammifères (native mammals), 346 espèces d’oiseaux, 36 classifications de reptiles, 6 types de poisson et 5 espèces d’amphibiens. Où sont-ils donc ??? Sans oublier le bighorn sheep dans les hauteurs. Mais dans les hauteurs, justement, ni verdure ni bosquets… les chèvres invisibles brouteraient-elles la roche ?

Zabriskie Point, que nous ne verrons pas au coucher du soleil car nous voulons être à ce moment-là dans les dunes de Stovepipe Wells, est un endroit magnifique, une infinité de plissures dorées.

Nous nous baladons dans les dunes de Stovepipe Wells, douces et soyeuses dans la lumière qui tombe, après avoir pris notre chambre au motel, la dernière qui donne sur le désert. Très vite, le soleil disparaît à l’horizon. Le soir, à 10 heures, il ne faut pas dix minutes pour que le vent toujours brûlant sèche le linge installé sur le petit banc. Dans la nuit noire, le souffle chaud du dragon a quelque chose d’irréel…

Lundi 21 mai. Death Valley-Three Rivers

Au moment de quitter le motel, en chargeant les affaires dans le 4 x 4, nous nous apercevons qu’un oiseau a élu domicile dans le moteur…, et qu'il ne compte pas nous abandonner les lieux aussi facilement.

La route de Stovepipe Wells à Ridgecrest, encore désertique, grimpe à 2300 pieds puis redescend et traverse une étrange vallée craquelée, un immense puzzle d’argile créé par les fentes de dessiccation. Lorsqu’elle sort du parc, tout devient gris, jusqu’aux mines de borax, ou borate de sodium, de Trona, sinistre petite agglomération s’il en est, principalement habitée par les mineurs qui doivent être particulièrement mal payés si l’on en juge à l’aspect misérable des habitations, à la limite du bidonville. Nous avons rarement vu un village aussi peu esthétique, tout de verticalité des poteaux électriques et des poteaux métalliques plantés un peu partout. Le paysage déjà désolé, terne, poussiéreux, est noyé dans une brume de particules de sable arrachées au désert, où sont posés mobil-homes sur le déclin et cabanes décrépies, tous entourés d’un incroyable capharnaüm : outils, innombrables carcasses de voiture, ferraille, etc. Par-dessus tout, et comme si cela ne suffisait pas, trônent deux énormes usines d’extraction du borax. Ici, les chorons sont blancs.

La circulation, absente auparavant, augmente très vite, notamment les camions.

Ridgecrest - Bakerfield, passage de la Lune à la Terre en un temps record, le changement est brutal et radical. Nous pensions qu’en remontant vers le nord nous laisserions derrière nous le flot de la circulation pour Los Angeles, mais tout le monde remonte avec nous. L’autoroute traverse d’immenses étendues de vignes copieusement arrosées par les gaz d’échappement de milliers de véhicules qui passent par là quotidiennement, à nous dégoûter du vin californien.

Un peu avant Three Rivers nous traversons des orangeraies couvertes de fruits (et dépassons quelques camions aux remorques débordant d'oranges appétissants qui nous font bien envie), mais dont le sol est aussi stérile que sous les oliveraies d’Andalousie. Toute l’autoroute, de Bakersfield à Visalia, est bordée de cultures diverses, vignes, fruitiers, et d’habitations. Puis en obliquant vers l’est des collines de velours cuivré apparaissent, piquées çà et là d’arbres vert foncé, comme au Montana. C’est très beau.

Lac bleu marine serti dans les collines et, à l’horizon, les sommets granitiques de la Sierra Nevada qui abritent les séquoias géants sur fond de ciel anthracite. Nous achetons sur le bord de la route un sac d’oranges fraîchement cueillies, 4 $ pour 3,7 kg, une tomate (1 $ !), des pistaches locales (5 $) et de la papaye séchée (un régal, 2,75 $). Les oranges sont beaucoup moins bonnes que celles de Sue et Kent, mais nous avons acheté au Village Market de Three Rivers un juicer et nous nous sommes faits des jus. Sur le bord de la route, une énorme vache métallique, plus vraie que nature, qui vend du miel…

Mardi 22 mai. Sequoia NP

Le Best Western de Three Rivers est vraiment très bien et le petit déjeuner également, avec moules pour faire des gaufres. Bonne nuit au calme. La route pour Sequoi NP monte et tourne – chaque virage offre une vue magnifique sur les monts rocheux enneigés —, bordée d’une multitude de Buckeyes en fleur aux longues hampes de miel qui donneront de gros fruits ressemblant aux marrons que les Indiens faisaient bouillir plusieurs fois avant de les consommer. Merveille des fleurs d’agaves, une profusion de grosses fleurs crème sur de longues tiges rigides de plus de trois mètres de haut qui se détachent sur un ciel d’un bleu profond.

Moro Rock : à 2000 mètres d’altitude, un dôme de granit de 75 mètres de haut que nous gravissons marche après marche. Du sommet nous dominons tout le parc. D’un côté la vue porte jusqu’à la côte polluée de Los Angeles, à plus de cent miles. De l’autre l’horizon est barré par la Great Western Divide et ses quatorze monts, dominés par le Tripple Divide Peak, 12 634 pieds, soit 3 850 mètres.

Crescent Meadows. Balade sous les séquoias au tronc orange flamboyant dans le soleil, longues stries verticales. Ici, c’est le royaume de l’ours noir mais nous ne voyons qu’une biche et son faon, probablement des cerfs-mulets, un écureuil à la longue queue grise et touffue qui pose pour nous sur une branche et un tamia joueur. Sur le sol sombre et quasi stérile sont piquées d'étrange fleurs rouge vif, probablement épiphytes, très belles s (j’apprendrai plus tard qu’il s’agit du Sarcodes sanguinae, aussi appelé Snow Plant).

Nous reprenons la route pour voir le séquoia tant attendu et si mal nommé General Sherman. Nous nous garons tout d’abord sur le parking « handicapés », le parking pour les autres utilisateurs étant à Perpette-les-Coucous. Visite rapide – et mal à l’aise à cause du stationnement – de l’arbre le plus gigantesque que nous ayons jamais vu, âgé approximativement de deux mille quatre cents à deux mille sept cents ans. Toutes ses mensurations dépassent l’imagination, en particulier sa circonférence de trente et un mètres ! Il est apparemment en pleine forme et on a du mal à imaginer qu’il puisse un jour avoir une fin, d’autant que comme les autres séquoias il est invulnérable aux divers parasites et à la brûlure des flammes. Nous pourrions rester des heures à l’admirer mais l’après-midi est bien entamée. Finalement, après Wuksachi, nous faisons demi-tour dans la lumière cuivrée du soleil, dans laquelle les fleurs d’agaves suprêmement belles prennent des teintes de miel d’acacia. Longue descente en low gears.

Mercredi 23 mai. Plein ouest vers la côte

Après un bon petit déjeuner d’excellents muffins, nous quittons à regret l’excellent Best Western tenu par des Indiens (d’Inde) où nous reviendrons sûrement. L’essence est à nouveau de plus en plus chère, 3,40 $ au meilleur prix. Nous passons Visalia et laissons peu à peu derrière nous un paysage de collines rasées, marron clair, pauvre terre sur laquelle poussent vaillamment quelques arbres. Vague ressemblance avec certains coins du Montana, mais néanmoins les couleurs étaient plus vives, et les contrastes plus tranchés.

Nous nous retrouvons progressivement dans une Beauce traversée par un nombre impressionnant d’énormes camions roulant, comme toujours, à tombeau ouvert. D’après la carte, nous avions pensé emprunter une petite route transversale mais elle a plus l’allure d’une autoroute aux heures de pointe.

Arrivée à San Luis Obispo. Dès la sortie de la Hwy 40, nous sommes plongés dans l’atmosphère d’une ville sud-européenne. C’est un mélange d’architecture espagnole et de végétation luxuriante proprement américaine.

Salade à Natural Coffee bonne, mais c’est la goutte d’eau depuis trois semaines que nous en mangeons. Plutôt que de dormir là, nous décidons de pousser jusqu’à Morro Bay, au bord du Pacifique. Il flotte au-dessus du village une épaisse brume de mer à l’odeur d’iode prononcée, qui décapite le sommet du dôme gris foncé d’un gros rocher volcanique planté dans l’océan et nous cache les cheminées d’une vilaine usine qui, d’après Le Routard, gâche le paysage; l’humidité est transperçante. L’été il doit y avoir foule mais en cette saison tout est encore tranquille. Peu de monde dans les rues bordées de bottle-brush trees, ces arbres aux si jolies fleurs rouges et plumeuses. Les maisons ont des couleurs pastel… Tout le long de l’embarcadère, les maisons de bois abritent boutiques et restaurants de poissons.

Après de nombreuses hésitations, nous nous décidons pour le Fireside Inn, 59 $ plus taxes. La chambre a l’air bien et nous avons vue, par-dessus les toits et le chat de la girouette, sur le gros mammelon de granit qui est bientôt avalé totalement par la brume. Le soir, nous allons au bout du port manger un halibut et un saumon grillé à la Great American Fish Company, presque au bout de l’embarcadère. Pendant que nous attendons nos plats, l’électricité est subitement coupée… C’est bien notre chance ! Le serveur nous propose de partir car le restaurant ferme une demi-heure plus tard, mais nous choisissons d’attendre, affamés que nous sommes, et les plats finissent par arriver ! La vue sur la mer est bien agréable, même si le rocher a maintenant disparu dans un coton gris cendré, comme tout le reste…

Morro Bay est plongé dans le noir, nous rentrons dans la pénombre et nous couchons comme les poules, à 20 h 30.

Jeudi 24 mai. Big Sur

Le gérant du motel doit être d’une radinerie phénoménale ! Le motel est de la qualité d’un Best Western mais il y a deux malheureux petits savons minables et un minuscule sachet de shampoing pour deux dans la salle de bains, pas de sac en plastique dans le bac à glaçons, et le matin le gérant fait lui-même le ménage avec sa femme. Le continental breakfast se réduit à un petit carton caché sous le comptoir et qui n’est sorti qu’à la demande, contenant une dizaine de la plus mauvaise pâtisserie industrielle sous cellophane. Nous pouvons prendre un sachet chacun. Ni thé ni café… à nous de les faire dans les chambres !

Avant de prendre la Hwy 1 qui longe – du moins le croyons-nous – la côte, nous allons faire le tour du rocher puisque c’est marée basse et que l’on peut passer à gué. Tour est un bien grand mot, la route s’arrêtant à cent mètres sur la gauche, à l’entrée d’une petite plage de sable gris sur laquelle je trouve l’unique coquillage des environs. Les « vagues traîtresses » sont là, qui guettent, la corne de brume souffle sa chanson triste… Sur le côté droit du rocher, une longue plage s’étire à perte de vue sur laquelle viennent mourir d’énormes rouleaux parsemés de surfeurs, noirs comme les ravens. Nombreux panneaux d’interdiction : courants, vagues, etc.

La route de Big Sur, soi-disant étroite et tortueuse, est une véritable autoroute, elle aussi noyée dans une brume cotonneuse qui avale tout. La vue se perd au milieu, nous ne distinguons ni la mer, ni la côte, ni les falaises, ni la montagne que nous devinons au-dessus de nous, sur la droite. A Piedras Blancas, une opportune trouée dans la brume nous permet d’apercevoir un petit parking sillonné par une multitude d’écureuils qui attendent le client, il y en a tellement que le niveau de saturation est quasi atteint… il en sort de partout, des petits, des parents, grands-parents, arrière-arrière… et puis nous entendons le grognement d’un phoque… Nous nous approchons de la barrière qui surplombe le rivage et là, surprise !, il y en a des centaines, couchés sur la plage, recouverts de sable; ils s’en envoient régulièrement de grandes giclées d’un mouvement nonchalant de leurs longues nageoires qu’ils utilisent aussi comme une main pour se gratter le ventre dans une attitude tout aussi décontractée; certains ont les « pieds » l’un sur l’autre. Il y a aussi des éléphants de mer, énormes, au drôle de museau. Tous sentent effroyablement mauvais, c’est difficilement supportable.

On the road again… A Gorda, une fois n’est pas coutume, nous tombons sur un type plus que détestable dans un General Store. Agressif, teigneux et mauvais. Nous voulions juste prendre un thé mais l’eau n’était pas chaude et nous sommes ressortis.

Big Sur n’existe pas en tant que tel : un motel doublé d’une épicerie et d’une pompe à essence où les prix ne sont pas affichés, cela reproduit quatre ou cinq fois à l’identique à un ou deux miles d’intervalle, et c’est déjà fini… La Henry Miller Memorial Library se niche dans la verdure au milieu des redwoods dans un virage au-dessus des falaises couvertes de fleurs qui dominent le Pacifique. La maison tout en bois est petite et composée de trois salles dont deux minuscules; dans l’une tous les livres sont sous vitrine.

Le Pfeiffer Big Sur campground est immense et s’étire dans une sombre forêt qui absorbe la majorité de la lumière du jour et vient buter à l’à-pic d’une haute paroi rocheuse. Nous avons l’impression qu’il nous manque de l’oxygène, pourtant si nous le comparons aux campings de France (où nous n’avons jamais campé) il n’y a rien de commun.

A côté de notre emplacement, c’est-à-dire à sept ou huit mètres, cinq ou six motards mettent leur musique à fond et se croient seuls au monde. En face, une énorme caravane qui pourrait abriter un régiment tout entier, des fauteuils, des tables, une batterie de cuisine, et la cuisine qui va avec… Plus loin encore, c’est une colonie de vacances qui s’égosille… Qu’il est loin le primitive campground de Capitol Reef…

Des geais bleus veillent sur tout le monde et sur tout ce qui se mange. Rapide comme l'éclair, l'un d'eux se fait avoir en embarquant notre petite boîte d'allumettes. Le soir tombe et avec lui la fraîcheur et l’humidité qui ne nous ont pas quittés depuis que nous sommes arrivés sur la côte californienne. Les motards éteignent leur musique, les caravanes leurs groupes électrogènes, et le silence se fait soudain profond.

Vendredi 25 mai

Nous avons assez bien dormi. Les motards plient bagages et nous craignons de les regretter ce soir…

La route pour Point Lobos est bordée d’une végétation flamboyante de figues marines (Carpobrotus edulis) aux mille « feuilles » en forme de flammes dardées vers le ciel et aux fleurs mauves, jaunes et roses, au mileu desquelles pointe la splendide Mendocino Coast Indian Paintbrush (Castilleja mendocinensis). C’est un véritable jardin: des rouges profonds, des verts tendres, des orange ssaumonnés… Mais la brume est quasi permanente. Ce qui est aussi permanent ce sont les barrières, barbelés, grillages qui interdisent l’accès à la côte sur toute sa longueur. Un seul passage, au Garrapata State Park, qui offre généreusement, moyennant contribution, bien sûr – sauf pour nous qui avons scotché sur le pare-brise la preuve de notre appartenance au Pfeiffer BSSP campground –, deux miles de côte où poser ses pieds. Mais nous n’y descendrons pas, préférant explorer la jolie presqu’île de Point Lobos.

Avec des allures de côte finistérienne, elle abrite une variété de cyprès endémiques, le cyprès de Lambert, recouvert d’un superbe lichen orange vif, le seiridium cardinale, qui provoque la mort de l'arbre si les branches atteintes ne sont pas coupées à temps. En contrebas de Whalers Cove, dans la partie granitique de la presqu’île, au milieu des vagues de la petite crique, nous apercevons, sous une couverture d’algues, une loutre qui fait la planche. Elle est adorable – comme toutes les loutres d’ailleurs.

A Sea Lion Point, près des otaries qui aboient – d’où le nom de Point Lobos donné par les Espagnols en les entendant, ils les avaient prises pour des loups (on se demande quand même pourquoi vu que les loups n’aboient pas…) –, des plaques de grès ocre aux formes très étranges qui ressemblent un peu aux formations de White Pocket. Jusqu’au pied des falaises dans lesquelles nichent goélands, pigeons et guillemots, la côte est recouverte là encore des longues langues de feu de la figue marine mêlées à toutes sortes de fleurs aux couleurs magnifiques.

Nous partons pour Monterey visiter l’aquarium qui est, paraît-il, extraordinaire. En fait il n’a rien de commun avec ceux de Vancouver ou de Monaco et l’entrée est très chère (25 $), mais nous avons droit aux nourrissages des loutres joueuses, que nous pourrions observer pendant des heures. Au sous-sol, il y a une profusion d’anémones toutes plus belles les unes que les autres, dont les couleurs blanc, vert pâle, violet, contrastent violemment dans l’obscurité.

Le soir, fish & chips au Old Fisherman’s Wharf. C’est bon mais nous en avons déjà assez des fritures; excellent clam showder.

Nous avons très mal calculé car nous sommes obligés de redescendre sur Big Sur pour refaire demain la route en sens inverse, alors que nous aurions pu dormir dans le coin. Il n’y a personne à la place des motards et de l’autre côté deux petites tentes avec des jeunes très discrets. Par contre en face et tout autour, radios, cris, etc. Quel cirque ! On est vendredi et donc le premier jour du week-end, mais pas n’importe lequel : celui du Memorial Day. Il fait un froid de canard, l’air est humide mais dans la tente il fait bien chaud et encore plus dans les duvets.

Samedi 26 mai. San Francisco

Réveil et lever à 6 h 30. Nous déjeunons sommairement avec les geais bleus et commençons à faire le tri de la voiture que nous devons rendre à 14 heures à San Francisco. C’est l’un des moments les plus pénibles d’un voyage, qui annonce la fin et le retour sur l’autre continent. Il fait encore gris et froid. La brume est là, persistante, et l’autoroute bondée jusqu’à San Francisco. Lorsque nous nous éloignons quelque peu de la côte, en direction de l'est, nous voyons que le ciel, au-delà, est tout bleu ! Arrivée au golden Gate Hotel et retour de la voiture chez Avis. La chambre est minuscule mais mignonne, avec w-c et douche lilliputiens sur le palier, à un mètre de la porte. Nous faisons un tour dans Chinatown, décevant. City Light House aux belles peintures murales. Cookies en rentrant à l’hôtel. Nous restons là, au chaud, et fatigués.

Dimanche 27 mai. San Francisco, Oakland

Petit déjeuner de croissants ramollis puis en route pour le jardin japonais du Golden Gate Park. Il fait encore gris et froid et nous sommes frigorifiés en passant dans certaines rues. Au Civic Center, après Union Square, une file interminable attend le cable-car… Je ne suis pas près de le prendre, il vaut mille fois mieux marcher dans ces rues en montagnes russes. Le trolley n° 21 (1,50 $ chacun), qui longe des trottoirs gris et assez sales bordés de belles voire très belles maisons, nous mène au Golden Gate Park, en passant à Alamo Square où s’alignent les Seven Sisters, à savoir sept maisons victoriennes pressées les unes contre les autres. A l’aéroport, dans la boutique du MoMA, nous verrons un livre consacré à ces maisons et à leurs intérieurs d’un luxe inouï, ce que ne laissent pas forcément deviner leurs façades pourtant très riches.

Nous tournons et retournons dans le Golden Gate à la recherche de ce fameux jardin japonais introuvable. L’un nous dit d’aller à droite, il a l’air de connaître parfaitement les lieux, l’autre, tout aussi certain de ce qu’il dit, nous indique la direction opposée, un troisième encore une autre direction. Finalement, un couple d’Américains – qui bien sûr "adoooorent Paris" – nous y amènent. 4 $ l’entrée par personne. Il y a foule, et ce qui devait faire le charme d’un tel endroit, à savoir le silence et la solitude, n’est pas au rendez-vous, sans compter que le bruit de la circulation est nettement perceptible.

Arrêt sur le retour à Alamo Square. Froid encore et toujours.

En rentrant, Alain appelle Marian qui nous attend un peu plus tard à une station de métro (le Bart) d’Oakland !! Il nous faut donc repartir… Le métro, plutôt un RER, fonce dans le noir, sous la baie, à une vitesse incroyable. Les distances entre deux stations paraissent immenses. Au bout d’une demi-heure nous arrivons à Rockridge, comme convenu, mais nous ne la voyons pas parmi les gens qui attendent les passagers. Le musée de la Californie que Marian voulait nous montrer ferme à 17 heures et il est déjà 16 h 15… Au bout d'un moment Alain se décide à sortir de la station et elle est là, qui nous attend depuis longtemps !

Elle nous fait faire un tour en voiture d’Oakland, très vert, enfoui dans la végétation. Berkeley University, puis resto italien excellent avec ses deux filles très sympa, Erika l’aînée et Jessica la plus jeune, et le bébé de Jessica, Julian. Marian nous raccompagne jusqu’à l’hôtel, c’est-à-dire à au moins quinze miles de chez elle.

Lundi 28 mai. Départ

Dernier jour... Marian vient nous chercher à midi (l’avion décolle à 15 h 55) pour nous accompagner à l’aéroport. C’est vraiment extrêmement gentil de revenir à San Francisco, car elle a un rendez-vous à 13 h 30 à Oakland...
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On m'a dit que...
Bonjour 🙂

En écho de discussions récurrentes sur le forum Maroc et ses célèbres infondés enquiquinements marrakchis, je m'interroge à nouveau sur le fameux "on". Qui est-il ? 😕

On m'a dit que... Il parait que... Et voici qu'une ville, qu'un pays, qu'une population devient la cible d'un acharnement sans fondements, aggravé par la caisse de résonance internet. La rumeur ferait-elle ou déferait-elle une destination ? Qui sert-elle ? Pourquoi surgit-elle ? Comment s'en protéger ?

Et enfin, pourquoi une perception si différente d'un même endroit ? Question de génération ? De façon de voyager ? De se comporter ?

Je n'ai pas trouvé de vraies réponses. En avez-vous une ?
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