La barriére de la langue n'est pas un souci.
Madagascar fut longtemps sous le régime du drapeau bleu, blanc, rouge, jusqu'en 1958 pour être tout-à-fait précis, année durant laquelle un peuple tout entier a cédé à l'Utopie en demandant, avec plus ou moins de courtoisie, au pouvoir en place, si la liberté, l'égalité et la fraternité ne pouvaient pas aller se faire voir ailleurs.
Du coup, même s'il existe plus d'une quinzaine de dialectes sur l'île, la plupart de ses habitants ne sont pas assez vieux pour avoir oublié la langue de Molière.
Perchée sur les hauts-plateaux du centre de l'île, la capitale n'est pour moi qu'un transit.Ma destination finale se trouve 800km plus au nord.
Pour l'heure, ma préoccupation est de trouver un hôtel pour la nuit.Mon auto-désigné chauffeur s'acquittera de cette tâche avec entrain, son fantasme à lui étant de trouver des blancs comme moi, des "Vaza" en malgache, qui ne connaissent pas encore les tarifs en vigueurs.Il y alla donc de sa petite surtaxe en francs français, mais tout compte fait, à bien y réfléchir, il me semble avoir déjà rencontré cet homme devant chaque gare et chaque aéroport où je suis passé.Passons....
La peur est toujours présente.
Je sais bien que ce n'est pas la première fois que je me retrouve à l'étranger, en effet Le Chemin m'avait tantôt conduit aux
USA étant petit, tantôt dans les Caraïbes aussi, mais c'était bien avant le Grand Incendie.
Non cette fois est différente,
JE suis différent.Un "je ne sais quoi"change la donne, inexplicable, imperceptible.De ces choses que l'Alchimie nous soumet sans nous demander nôtre avis.
Je suis là, dans cette chambre d'hôtel, et peut-être je ne réalise pas.Toujours préoccupé par des problèmes de logistique, d'horaires ou bien encore d'argent.
Le cordon ombilical est toujours entier, je n'ai pas lâché prise, on ne m'y a pas forcé.
Levé 7h00 du matin.
Le ciel semble être de bonne humeur, je le suis tout autant nonobstant cette petite boule au ventre toujours aussi tenace.Prendre un taxi, je suis habitué maintenant, conséquence:le trajet qui est exactement le même qu'hier, est aujourd'hui devenu moins cher grâce aux bienfaits de la négociation.
Programme:rejoindre l'aéroport, décollage dans 2h00, point d'impact moins 3h00...
"Oubli Roissy-Charles-de-Gaulle...Comment?On ne t'a rien dit?Premier arrivé, premier servi."
Me voilà a courir sur la piste pour attraper mon avion, le nombre de place est limité.Autres lieux, autres méthodes....J'embarque....Point d'impact moins 1h00.
Un vol somme toute normal si l'on fait abstraction de la vétusté de mon moyen de transport.Autres lieux, autres budgets me direz-vous.Point d'impact moins 10mn.
L’atterrissage est annoncé et imminent.
Impact......
Diégo Suarez....
"Choc thermique"n°2 en cours d'attribution.Pendant un instant, la mine de mon crayon suspend son balai...Les souvenirs se figent...
Même 16 années après, l'émotion est toujours palpable, toujours là, forte et oppressante.
Diégo Suarez...
Me voilà arrivé.
Je me rend compte à quel point il est difficile de traduire littéralement la sensation d'un cœur qui bat, du ressenti d'un souffle sur son visage d'un vent nommé Varatraza, m’accueillant à sa manière, chargé de senteurs chaudes et lourdes émanant d'une île-continent qui tiendra toutes ses promesses...
SA promesse.
Diégo Suarez.
Deux mots qui, déjà, me faisaient fantasmer, lorsque, mes billets d'avion en poche, il m'arrivait secrètement de les sortir le soir pour les lire et les relire.
Deux mots.
Deux mots seulement, et pourtant...
Un appel d'exotisme couché sur un bout de papier.
C'est ça aussi l'Alchimie:une pré-disposition à l'évasion.Un élément essentiel.Inné ou acquis, je ne saurais le dire;seul le Grand Investigateur en connait la réponse.
A suivre...