Rangoun a connu cette semaine trois manifestations anti-junte. Du jamais vu depuis près de dix ans. Dans un contexte économique difficile aggravé par l’augmentation brutale la semaine dernière des prix des carburants, l’opposition au régime militaire birman tente de trouver un nouvel élan. Les militaires sont sur la défensive
Près de vingt ans après le soulèvement d’août 1988 qui avait vu la chute du général Ne Win, l’histoire semble vouloir se répéter. Dimanche, environ 500 personnes, emmenées par le groupe "
Génération étudiants 88" (en référence au soulèvement national d'août 1988 en faveur du rétablissement de la démocratie écrasé dans le sang par les militaires), sont descendues dans les rues de Rangoun pour protester contre l'augmentation massive des prix du carburant qui a récemment fait doubler le coût des transports et fait flamber le prix des denrées. Le plus important rassemblement du genre depuis neuf ans.
Malgré l’arrestation d’au moins 13 responsables deux jours après, 150 militants du même mouvement - des femmes pour la plupart - ont à nouveau défié le régime, mercredi. Durant deux heures, le groupe a défilé dans le nord de la ville, applaudi par les passants et des habitants à leurs fenêtres, avant d'être stoppés par des affidés de la junte qui ont arrêté dix manifestants.
Hier, une quarantaine de personnes se sont rassemblées pour rééditer le coup. Mais cette fois-ci les manifestants ont été embarqués au bout d’une demi-heure dans des camions par les miliciens, sous le regard impuissant d’une centaine de badauds.
Des prix insoutenables pour une population déjà asphyxiée
Cette série de manifestations vient en réponse à la hausse soudaine, le 15 août dernier, des prix des carburants. La junte a en effet augmenté le prix de l’essence de plus de 60%, doublé celui du diesel et multiplié par 5 le prix du gaz naturel. Une augmentation qui rend de fait le coût des transports inabordable et fait flamber le prix des produits dans un pays déjà asphyxié économiquement et où 90% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. En février déjà, les autorités militaires avaient arrêté la quasi-totalité des participants à une petite manifestation contre la vie chère à Rangoun.
"
Ce régime a tellement mal géré l’économie que les gens ne peuvent même plus se payer les transports publics, commente Debbie Stothard du groupe de pression Altsean-Burma.
S’il ne se montre pas plus flexible et ne propose pas de vraies solutions, il y aura inévitablement d’autres manifestations", conclut la militante.
Le retour de "Génération étudiants 88" inquiète la junte D’autres analystes sont cependant plus réservés quant au potentiel de ces manifestations, considérant le contexte accablant dans lequel vit la population et la répression de ces derniers jours menée par une junte qu’ils estiment néanmoins inquiète. "
Tous les leaders potentiels des manifestations ont été arrêtés, explique Win Min, analyste de la
Birmanie.
Ils sont paranoïaques, poursuit-il,
ils craignent que ce mouvement ne soit précurseur d’un soulèvement plus important tel que celui de 1988."
Le soulèvement, qui avait entraîné la chute du dictateur Ne Win en 1988, avait pris de l'ampleur dans un contexte similaire de crise économique provoquée par des décisions catastrophiques du gouvernement. La plupart des membres du groupe "
Génération étudiants 88" sont des ex-leaders étudiants qui ont purgé de longues peines de prison en raison de leur opposition au régime des militaires birmans. Depuis leur sortie de prison, les anciens leaders étudiants tentent de donner un nouvel élan à la Ligue nationale pour la démocratie (LND), déboussolée depuis l'arrestation de sa figure de proue et prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi.
Mme Suu Kyi a passé plus de 11 des 18 dernières années en détention. Sa dernière arrestation remonte à mai 2003. La LND, le parti qu'elle a cofondé en 1988, avait largement remporté des élections législatives en 1990, mais les résultats avaient été rejetés par les généraux au pouvoir.
(httplepetitjournal.com - Bangkok avec AFP) v
endredi 24 août 2007
Lire aussi l’article de Libération
www.liberation.fr/.../monde/273728.FR.php
Site Internet de Altsean :
www.altsean.org/
Site Internet francophone dédié à Aung San Suu Kyi :
www.asskforfreedom.org/
Le contexte Birman en bref :La
Birmanie (appellation officielle française), rebaptisée
Myanmar (« pays merveilleux ») par la junte en 1989, est riche en ressources telles que le gaz naturel, mais son économie s’est écroulée sous la pression des sanctions occidentales et la mauvaise gestion de la part des militaires, au pouvoir depuis 1962. Les Nations Unies placent la
Birmanie parmi les 20 pays les plus pauvres de la planète et la banque mondiale contre la faim affirme dans un rapport paru l’an dernier que la sécurité alimentaire est un problème permanent. Le chef actuel de la junte, le général Than Shwe, dirige le pays d’une main de fer dans un isolement quasi-total. Il a fait construire en secret une ville entière dans les montagnes pour y installer il y a deux ans la nouvelle capitale administrative,
Naypyidaw, à la plus grande surprise de la communauté internationale et des habitants eux-mêmes. Ce déménagement surprise avait d'ailleurs été en partie attribué à la crainte des militaires de se voir un jour en difficulté à Rangoun en raison des problèmes économiques du pays. Une vidéo clandestine du mariage de sa fille l’an dernier avait permis d’entrevoir une part infime de sa vie privée. Diffusé sur Internet, le film montre la mariée couverte de diamants et de perles tandis que le champagne coule à flot dans leur luxueuse villa. Selon des estimations, la junte détiendrait 1 100 prisonniers politiques dans ses geôles. Aung San Suu Kyi, leader phare de l’opposition, a passé plus de 11 des 18 dernières années en détention (résidence surveillée). Sa dernière arrestation remonte à mai 2003. La LND, le parti qu'elle a cofondé en 1988, avait largement remporté des élections législatives en 1990, mais les résultats avaient été rejetés par les généraux au pouvoir.