Canicule
41 degrés, il est à peine dix heures
en ce matin d'été.
La sueur perle déjà au front,
et dégouline au creux du dos
On sent la lourdeur de l'air qui semble peser sur la terre.
La chaleur est si dense qu'elle en devient presque visible.
Pas un souffle de brise.
On croirait que les choses retiennent leur respiration.
Le cantonnier est avachi sur son balai,
les mômes trempent leurs pieds dans l'eau fraîche du caniveau.
Le facteur, en short et chemisette a du mal à se dépêtrer du courrier
dont le plastique lui colle aux doigts.
Les moineaux s'ébrouent dans le sable avant d'aller s'abreuver
dans le dessous de pot de mes hostas.
Les chiens n'ont même plus le courage de se flairer.
Les chats rasent les murs,
cherchant une hypothétique ombre bienfaisante.
Quatorze heures,
le soleil est au zénith.
Pas âme qui vive dans les rues.
Les mouflets font la sieste
pendant que leur mère, alanguie, jette un œil aux "feux de l'amour".
Le feu est dehors, dedans, partout.
La chaleur est là, latente, inexorable, sournoise,
accablante, écrasante, dense, épaisse, étouffante, oppressante.
Seize heures,
comme un mirage, au loin, ondulent les passants.
Leur silhouette est floue à cause de la chaleur qui fait trembler l'air.
Les ados sont là-bas, sur la place, amorphes,
le ballon au creux du bras,
n'ayant pas le courage de shooter dedans.
La file d'attente s'allonge devant l'étal du glacier.
Une petite fille aux longues nattes rousses pigne,
elle veut un cornet à deux boules,
Pistache et chocolat.
Sa mère, énervée lui colle une taloche,
et, la tirant par le bras, l'emmène loin du palais des délices.
La mioche hurle de plus belle mais ses cris s'estompent
dès qu'elle a tourné au coin de la rue.
Les guêpes vésinent autour des bacs de glaces,
chassées par le glacier.
Elles importunent les chanceux qui lèchent avec délectation
leur crème glacée en fermant les yeux de bonheur.
A la terrasse du bistrot,
affalés devant la table en zinc brûlant,
les buveurs de soda contemplent le pauvre serveur qui s'agite en transpirant.
Dix-huit heures,
le primeur se lamente devant ses légumes flétris, invendables.
Les pêches et les brugnons pourrissent doucement,
les guêpes, lassées de se faire chasser par le marchand de glaces
attaquent les fruits trop mûrs.
Vingt-trois heures,
les nuages se sont rassemblés, bouffis, violacés comme des hématomes sur le ciel.
Les premiers coups de tonnerre secouent la maison,
réveillant l'enfant qui serre plus fort son nounours.
Les éclairs zèbrent le ciel plombé, faisant danser les lutins
qui ornent le papier-peint.
Sans bruit, il sort de son lit,
Son pyjama moite se sueur.
Il entrebâille la porte avec précaution.
La maison est plongée dans le silence.
Il n'a pas peur de l'obscurité,
sauf que, dans la pénombre, tout lui paraît différent.
Les meubles semblent se mouvoir lorsqu'il les frôle.
Un éclair illumine le couloir et c'est le fracas du tonnerre.
Vite, il court dans sa chambre protectrice
et, s'enfouit sous les couvertures
en étreignant plus fort son nounours.
Le grondement s'estompe,
les éclairs s'espacent.
La pluie ne viendra pas encore abreuver la terre craquelée.
Tout ça n'est que rêve ou science-fiction.