En attendant d’entrer en
Namibie...
Une lecture : « blue book » de Elise Fontenaille-N’Diaye chez Calmann-Lévy.
Un résumé...
En 1484, les Portugais, grands découvreurs de cette côte, viennent y poser sur le rivage, un
padrao, sorte de monument avec une croix, y marquant ainsi leur passage et leur prisede possession au nom de leur roi (Jean II) (ancêtre d’un voyageur de ceforum ???, je blague !).
Ce
padrao attendra ainsi 400 ans (1884) son remplacement par un nouveau
padrao, allemand celui-ci, à l’inscription germanique, sur ordre de Guillaume Ier.
Quasiment personne (de blanc), n’est allé au-delà de la plage. Le pays est occupé par :
Ses premiers occupants, les San, chasseurs-cueilleurs.
Les Namas, pasteurs nomades (appelés aussi Hottentots), venus du Sud. Avec leurs chiens sourciers (qui cherchent les sources). Très au Sud.
Les Herreros, peuple Bantou venu au XVIIème avec son bétail de l’autre côté de l’Afrique. Entre
Windhoek et
Etosha.
Les Basters venus de la région du
Cap, métis de femmes africaines et de colons blancs. Ils fondent une colonie très fermée avec pour épicentre Reboboth, le Basterland.
Hors les San, tout ce petit monde est christianisé particulièrement les Basters aux noms bibliques.
Un certain
Lüderitz, allemand, dépasse la plage et élève des moutons. Il mourra en les ramenant en
Allemagne pour les vendre. Il donne son nom à la 1ère ville allemande,
Lüderitz.
Le père du tristement célèbre Göring sera un gouverneur, sans homme et sans argent, pendant 4 ans, de ces « territoires allemands du sud-ouest africain » (la conférence de
Berlin dessine les répartitions des territoires coloniaux...sans l’avis des occupants mais ce n’est pas une surprise...et l’
Allemagne prend possession de la «
Namibie »).
Hormis faire signer des « traités » avec les indigènes, assister à la guerre Namas / Herreros pour le bétail et les pâturages... Göring sera parti depuis longtemps, avant les pires moments.
Ce Göring rendra intéressants ces territoires en« pipeautant » une découverte d’or dans une mine.
Il y a de l’or ! Voilà qui fera venir l’argent, l’armée et des colons...Très mauvaise évolution pour les peuples locaux !
Le successeur de Göring, Von François, construit un fort, Fort Wilhelm...autour duquel se bâtit
Windhoek.
Nous sommes en plein dans les délires de la supériorité des races...Même notre Jules Ferry y croit dur comme fer.
Autant dire que l’avis de ces « noirs » ne vaut pas grand-chose, leurs vies non plus.
On collecte (par différents moyens...) les crânes pour prouver la supériorité des races blanches...
A la foire coloniale de
Berlin (rien que le terme foire donne une idée de l’ambiance), on cherche à exposer ces « noirs »...La pauvre cahute, les os dans le nez etc etc...
Il se trouve que le chef Namas est particulièrement cultivé et que ce n’est pas le seul...
Ils seront donc en costume, joueront aux échecs, d’instruments de musique, liront la bible...
Premier massacre en 1897...
Les Namas sont attaqués et massacrés...enfin...surtout les femmes et les enfants...A la baïonnette de préférence pour ne pas gâcher les balles.
La peste bovine fait des ravages au même moment...Massacres +famine = catastrophe humaine.
Le successeur de ce second gouverneur arrive...
Les choses empirent.
Les pendaisons de jeunes gens par groupe de 3 ou 4 est une banale habitude.
Le nombre de viols s’accroit à une vitesse folle.
La vie d’un « kaffir » ne vaut rien.
Les Herreros se révoltent en 1904. Le général Von Trotha arrive...avec canons, fusils et 15 000 soldats.
C’est un habitué des massacres. Et là, il arrive avec un ordre d’extermination totale !
Les Herreros sont massacrés, les survivants repoussés dans le
Kalahari dont les puits ont été empoisonnés...puis attendus à la sortie...pour un nouveau bain de sang.
Le massacre est tel, tellement important, tellement brutal et odieux que même localement on se pose des questions !
« Si on les tue tous, qui travaillera à notre place ! ». Rassurez-vous ce n’est pas par humanité qu’on se pose des questions ! Et la réponse ne sera guère plus humaine.
Shark Island.
Voilà la réponse. Un camp de concentration sur cette île.
A part les fours crématoires, rien ne manque. Shark Island devient l’île du viol.
Les hommes sont pendus et comme on cherche toujours des crânes « pour la science », l’un des travail des femmes est de faire bouillir les têtes des pendus pour en retirer toutes les chairs...
Les derniers Herreros et les Namas encore à genoux y mourront.
Il n’y a plus d’hommes pour construire les voies ferrées...Des camps itinérants « de travail » le long de ces voies seront installés...pour y faire travailler les femmes.
Bilan : 1 « survivant » (et dans quel état) pour 20 « prisonniers ». 3500 entrées, 200 sorties.
En 1907, des Herreros, il ne rien quasiment plus personne...La même année, le gouverneur crée le
parc d’Etosha...Pour préserver la faune...Et 2 autres parcs pour la flore également...La Welwitschia est également à protéger ! On protège les animaux et les plantes mais on massacre les hommes !
Le mouton Karakul est introduit.
En 1908, le massacre « officiel » prend fin.
80 000 Herreros avant...15 000 après.
Moitié moins de Namas (de 40 à 20 000).
Dispersés, esclaves pour une nouvelle servitude et de nouveaux massacres ?
La même année, un énorme diamant est trouvé...L’histoire continue...
Les Britanniques (avec quelques arrières pensées aussi) ont fait réaliser une enquête à partir de 1917. O’Reilly s’en charge. Son« blue book » est un recueil de témoignages qui montre, prouve et dénonce l’étendue de l’horreur.
Dans les années 20...tous les exemplaires sont rapatriés par les britanniques...sous la pression des allemands...qui menacent de la parution d’un « white book »...catalogue des atrocités britanniques...
Un exemplaire est sauvé...il réapparaît après 94, en
AFS, dans une bibliothèque de Prétoria...
Je ne commenterais pas la situation actuelle. L’auteure s’encharge.
Cette lecture donne un éclairage différent sur ce pays et son histoire maintenant ancienne mais sûrement pas oubliée ni par tous les uns ni par tous les autres. Encore prégnante.
A méditer quand, comme moi, on admire la
Namibie.