Je me retrouve pour partie dans tes propos, ce qui n'est guère étonnant car nous vivons des situations comparables.
Pour résumer, comme toi, j'ai vécu une période de questionnement sur mon appartenance à une certaine culture ou communauté, ceci, avant ET après mon départ en
Chine. Je vivais chaque retour en
France, pour des durées de deux ou trois semaines, comme un test sur mon adapation à ma culture d'origine et à celle de mon pays d'adoption.
Après environ cinq ans de ce jeu de yoyo, je pense m'être stabilisé et pouvoir me définir comme indécrotablement français par ma culture, mais en grand décalage avec les français de
France. Je ne serai jamais chinois et n'aurai jamais plus qu'un orteil dans la culture et le mode de pensée chinois. Le fait de parler à peu près couramment chinois, d'y vivre depuis un peu moins de cinq ans et d'avoir une copine chinoise n'y change rien, contrairement à ce que je pensais au départ. Encore plus fort: je ne me suis jamais senti autant français que depuis que je ne vis plus en
France.
Et pourtant, la certitude que je ne suis pas chez moi quand je suis en
France ne s'épuise pas. Chez moi, c'est la
Chine et nulle part ailleurs, je serais absolument incapable de rentrer vivre en
France. Je n'ai rien contre les français de
France, j'y garde de très bons amis que j'ai toujours grand plaisir à revoir, mais nous sommes différents.
Cela est-il paradoxal? Je ne le pense pas. C'est à mon avis une erreur de vouloir absolument se définir par une appartenance à l'exclusion des autres. Nous sommes tous le fruit d'un vécu, d'expériences et de rencontres multiples, et lorsque ce vécu et ces expériences se situent dans plusieurs pays, il est parfaitement normal d'être partagé.
La question se pose d'ailleurs très concrètement quand je voyage et qu'on me pose sempiternellement la même question "where are you from?" J'ai toute une panoplie de réponses à cet effet, et aucune n'est fausse: de
Nice de
France de
Chine de
Shanghai je suis français je suis français de
Chine je suis français de
Shanghai
Aucune n'est fausse, mais seule la dernière réponse me définit vraiment, et c'est donc ce que je réponds de plus en plus (les gens pensent en général que je me fiche de leur gueule quand je dis que je viens de
Chine). C'est en tout cas un vrai dilemme (avec deux m, merci lepiaf).
Je suis pour ma part convaincu que les personnes biculturelles (attention, c'est beaucoup plus rare qu'on ne le pense) ou à l'identité multiple (comme moi), ou tout simplement métissées, vont prendre une part de plus en plus importante dans la population mondiale d'ici deux ou trois générations. Des réponses comme "je suis brésilo-indien de culture nippo-iranienne vivant au
Sénégal" seront peut-être presque banales un jour. Bon, j'exagère... presque.
Et toi, nil, que réponds-tu à la question "where are you from?" Je suppose que tu dois hésiter, mais tu verras qu'un jour la réponse viendra toute seule, quelle qu'elle soit. Je vois que sur VF, tu te définis comme une québecoise à
Istambul. Tu es d'ailleurs à peu près la seule il me semble, à te définir ainsi (origine + résidence je veux dire)