C'est un peu comme si un touriste qui ne parle Anglais voulait venir discuter avec des Francais du terroir (non touristique), deja bon courage pour en trouver un qui parle Anglais, un qui parle Anglais autre que basique, et un qui va s'interesser a de grandes conversations avec un touriste. Ca me parait peu probable.
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Vrai, d'entrée, le "touriste" = personne de passage limité dans le temps, n'a presque aucune chance. Mais la question ne se résume pas aux dits "touristes". Jinjok l'a bien dit plus haut, il vit en
Thailande et n'a pas de problèe avec la langue... ce qui ne l'a cependant pas fait profiter de discussions intéressantes avec les locaux. Donc, il y a autre chose.
Sinon vivant en Indonesie depuis pas mal de temps, meme avec de l'education, en general les sujets politiques, culturels (autres que locaux), ca les passionne pas vraiment.
- -- Comme dans d'autres pays d'Asie. Et je ne crois pas que les événements de 1965 en soient vraiment l'explication. La
Thailande n'a pas connu de soubresauts aussi douloureux et cependant.... même manque d'intérêt à ce qui se passe ailleurs que chez eux! Pire, il n'y a pas moyen de tenir une discussion de 2 minutes sur les affaires du crû (et cela quand on parle suffisamment la langue locale).
Je commence d’ailleurs à me poser des questions sur le comportement des gens.... Je fais le tour de mes expériences personnelles :
Indonésie :
- C’était une période pendant laquelle j’ai vécu et travaillé dans une région complètement paumée de l’
Indonésie. J’avais des connections. À mon arrivée, j’avais été invité chez un collègue Indonésien vraiment très amical, et nous avions passé une soirée très agréable à discuter de toutes choses, et mon hôte sortait juste d’une crise de malaria ! Mais, fait peut-être significatif, c’était un Batak et les Bataks sont réputés pour être particulièrement ouverts. On les trouve d’ailleurs partout en
Indonésie, ils sont plus entreprenants que la moyenne.
- Par la suite, combien de fois je m’étais retrouvé avec les locaux, Indonésiens ou Chinois. Bon, je ne parlais pas bien la langue, en tout cas pas suffisamment pour faire de la philosophie, mais en gros l’impression générale que j’en ai tirée c’est qu’on sourit, on apporte à boire et à manger, on regarde la télé, on ne se dit pas grand-chose.
- J’avais des contacts soutenus avec deux familles chinoises. Chaque fois que je passais dans le chef-lieu de province, on m’invitait et je me rappelle en particulier une grande maison tout en bois et l’une des jeunes filles de la famille, très belle, j’en rêvais ! Mais de même : s’asseoir confortablement, manger et boire qqc, pas un poil de discussion et observer autour de moi le train-train quotidien de la maison...
- Chaque fois que je passais à
Jakarta, des membres de l’une ou l’autre de ces deux familles chinoises venaient me chercher pour aller au restaurant et plus tard dans les discos. Certains parlaient assez bien l’anglais et nous pouvions discuter... surtout des affaires. Mais ce qui je crois était le plus important pour eux était de confirmer par leur hospitalité leur relation avec moi, même si cela se résumait à manger et boire ensemble.
Thaïlande :
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Koh Pha Ngan il y a 30 ans, avant l’invasion (...). Deux jeunes Thaïes charmantes qui y faisaient une période de service en tant qu’enseignantes du primaire m’avaient invité dans la famille chinoise qui les logeait. À cette époque, mon thaï était inexistant, mais nous parlions bien anglais les filles et moi. Nous étions autour de cette belle table ronde avec de bonnes choses à manger. Le chef de famille avait dû poser 2 ou 3 questions « de quel pays est-il ? » « quel âge a-t-il ? » « combien de temps reste-t-il ici ? »... ce qui avait formé une discussion d’au moins 5 minutes. Pour le reste, on m’indiquait de goûter à tel ou tel plat, basta !
- Isàán, de nos jours – je connais depuis quelques années un petit village où j’ai une femme absolument charmante. Je me débrouille assez bien en thaï et commence même à comprendre quelques bribes de « phasàá Isàán ». Je bavarde un peu avec les gens de la famille qui sont tous des gens très agréables, mais franchement cela ne va pas très loin. Je me ballade dans le village, les gens m’invitent à m’asseoir avec eux, me posent quelques questions, j’ai des brins de discussion mais jamais plus de quelques minutes et sans jamais toucher à quoi que ce soit de vraiment sérieux.
Je trouve des points communs dans tout ça. Il me semble qu’en premier lieu, les Asiatiques que je connais mettent une grande importance à marquer les positions personnelles respectives, selon une espèce de topologie hiérarchique où chacun trouve sa place, invité, aîné, personne respectée, parent, ami etc... Cela met tout le monde à l’aise et à partir de là, on n’éprouve aucun besoin de se casser la tête avec des discussions difficiles. Des discussions qui paraissent divertissantes à des occidentaux feraient partie des « discussions difficiles » ou « fatigantes ».
Il est même possible que les gens trouveraient grossier de pousser la discussion. Une chose me frappe, c’est le sens de l’espace personnel. Les Asiatiques que je connais ne se touchent pas sans arrêt les uns les autres comme les occidentaux le font. Il y a bien sûr des gestes affectifs – les hommes de la famille me passent le bras autour de la taille, me mettent la main sur l’épaule – mais pas question de bonnes poignées de mains ou de grandes tapes dans le dos (ce serait particulièrement grossier). De la même façon, pousser une discussion un peu sérieuse serait peut-être violer les frontières d’une autre dimension de l’espace personnel.
J’élucubre... mes excuses pour avoir été un peu long, mais je trouve le sujet intéressant !