J14 / J15. Munroe Island et les backwaters (2)
Nous n’avons pas fait grand-chose hier, si ce n’est une virée à Kollam, ancien comptoir portugais à l’extrémité sud du lac Ashtamudi. Shopping dans la ville, notamment dans le quartier musulman, puis direction le bord de mer assez désert dans une curieuse ambiance d’arrière-saison. Et c’est dans un petit cabanon, légèrement en retrait de la plage, que nous avons dégusté sans doute, les meilleurs « milkshake » de notre séjour en
Inde.
Aujourd’hui nous avons décidé d’avoir une autre vision des
backwaters en les parcourant à pied tout au long des nombreux chemins. L’idée est aussi d’aller visiter l’usine de fibre de coco dont Rahul nous a parlé.
Belle et longue journée de promenade dans la presqu’île sous un soleil tropical. En cherchant à atteindre l’usine, nous allons très rapidement nous perdre dans le labyrinthe des chemins de la cocoteraie, et ce pour notre plus grand bonheur. Nous acceptons de vagabonder.
Un grincement à la résonance métallique attire notre attention. Allons voir !
Dans une petite cour entre les cocotiers, deux femmes s’activent. Elles sont en train de dévider des fibres de coco au moyen d’un outil assez rudimentaire de type enrouleur. Nous regardons cet étrange ballet fait d’allers-retours de la matière première vers le dévidoir. Les gestes sont précis, rapides, élégants même. Les deux femmes sont très absorbées par leur travail, mais elles nous adressent un léger sourire et se laissent prendre en photo.
Un peu plus loin des hommes sont en train de ramasser des noix de coco. L’un d’entre eux grimpe au sommet de l’arbre, sans harnais de protection. Il semble trouver ses appuis à l’aide d’entailles faites dans le tronc. Impressionnant !
Je mesure à quel point ce territoire dans lequel nous déambulons agréablement en touriste - cocoteraie, canaux, lagune - forme un écosystème cohérent, mêlant nature et activités humaines et ce depuis fort longtemps, des siècles probablement. Mais je sais aussi que cet espace humanisé est aujourd’hui menacé par l’érosion des sols et la montée des océans. Nous avons eu souvent l’occasion de voir des demeures abandonnées envahies par les eaux. Il n’y a sans doute pas que
Venise à sauver...
Le soleil est de plus en plus haut dans le ciel, et malgré quelques coups de «
Google Maps », nous n’arrivons toujours pas trouver l’emplacement de l’usine. Au débouché d’un sentier nous demandons à un passant. « Coconut factory ? » Il a l’air d’hésiter sur la réponse à fournir. « Ah yes, two hundred meters ! »
Les deux cents mètres effectués nous tombons sur une petite cabane au bord d’un canal qui semble servir des boissons. Nous commandons quatre
chai très chauds, mousseux et bien sucrés. L’homme et la femme semblent ravis de nous accueillir à l’intérieur de leur tout petit établissement. Quelques mots échangés, puis nous demandons à nouveau la direction de l’usine. Apparemment c’est encore un peu plus loin. Nous longeons une route sous un soleil écrasant, toujours pas d’usine. Un tuk-tuk passe alors fort opportunément. « Coconut factory ? OK. » Et le chauffeur nous dépose devant... un temple. Dans la Bible il est dit que Dieu inquiet de la volonté de puissance des Hommes avait mélangé toutes les langues afin qu’ils ne se comprennent plus ! Voilà le résultat !!!
Dépités, affamés et assoiffés nous finissons par trouver un agréable restaurant en bordure de rivière. A la fin du repas, le serveur nettement plus anglophone a bien compris ce que nous recherchons et commande un tuk-tuk pour nous.
Arrivée enfin à l’usine. Peut-être que le mot « factory » n’était pas le bon, car il s’agit en fait d’un petit atelier aménagé sous un hangar. Un groupe de femmes s’active, faisant un travail similaire à celui que nous avions vu dans la cocoteraie. Apparemment elles ont l’habitude de voir les quelques touristes qui parviennent à trouver le lieu et nous accueillent avec le sourire. Je perçois une tâche tout de même assez harassante et j’ai l’impression que notre venue constitue pour elles un petit moment de détente. Effectivement après nous avoir laissé prendre quelques photographies, elles nous invitent avec malice à essayer de reproduire sous leur conduite les gestes experts qu’elles effectuent quotidiennement. Enrouler, dévider, accompagner la fibre avec les doigts, nous sommes extrêmement maladroits, à la limite du ridicule. Les femmes rigolent mais avec bienveillance.
Je les observe. Il y en a de tous les âges, certaines bien frêles, d’autres plus robustes mais toutes pleines d’une énergie qui impressionne.
Il est temps de partir. Nous donnons à chacune et discrètement une petite pièce à l’abri du regard d’un homme, sans doute le contremaître ou le patron, qui vient d’apparaître spontanément.
Demain nous remontons la côte de Malabar, direction
Cochin.