J17. Première journée à Kochi
Indiens, Chinois, Portugais, Hollandais, Anglais, tous les marchands de la terre ont voulu profiter à un moment ou un autre de ce site remarquable si précieux pour le grand commerce maritime.
Cochin /
Kochi c’est cet opulent port de transit sur la route des épices et du thé, au temps de la première mondialisation des XVe / XVIe siècles.
J’adore les ambiances maritimes, les vieilles cités marchandes. Est-ce que la ville est encore imprégnée de l’atmosphère du grand large ? Vision sans doute fantasmée d’un passionné d’histoire, mais je suis assez excité à l’idée de découvrir les quartiers historiques de Fort-
Cochin et Mattancherry.
Nous sommes en réalité assez loin du centre, à une heure en voiture avant qu’un bac ne nous débarque enfin sur la presqu’île.
Le long paseo qui longe le chenal d’entrée du port, présente un curieux mélange d’activités traditionnelles, comme celles des pêcheurs, et d’étals à touristes. J’ai lu sur beaucoup de blogs que les gens avaient été déçus par l’ambiance trop touristique de
Cochin et les sollicitations incessantes des vendeurs de « tout et n’importe quoi. » Un peu c’est vrai. Mais rien de comparable à ce que nous avions pu endurer l’an dernier dans des villes comme
Jaipur ou
Agra par exemple.
Je sens mes compagnons un peu déçus de l’ambiance générale. Ce n’est pas tout à fait mon cas. Je prends plaisir à la vue offerte par les carrelets chinois, ces grands filets étalés le long de la grève, au passage également des cargos qui, tels des éléphants entrent pesamment dans le port.
Après la visite, un peu décevante il est vrai, de
St Francis Church, présentée comme la première église européenne bâtie en
Inde, nous décidons d’aller faire un peu de shopping le long des rues proprettes, colorées et fleuries du quartier « européen ».
Marco, le propriétaire de la guesthouse, nous avait prévenus en évoquant avec une bienveillance amusée le caractère redoutable des commerçants
cachemiris capables de « vous vendre tout ce qui est à vendre » Il faut croire que ces immigrés du Nord de l’
Inde ont été affaiblis par les langueurs du Sud, car nous les avons trouvés moins pugnaces que l’an dernier au
Rajasthan. Et nous avons fait de bonnes affaires... C’est du moins ce que nous avons cru...

Petite pause bienvenue au
« Kashi Art Cafe » Un lieu de petite restauration très branché qui expose en même temps des œuvres picturales d’artistes contemporains. L’endroit est très agréable, stimulant. Mais j’ai (nous ?), un peu l’impression que l’
Inde que nous aimons découvrir, celle du Tamil Nadu notamment, est en train de nous échapper. Face à cette modernité, mes sentiments sont ambivalents cependant. Après tout l’
Inde ne se résume pas aux vaches baguenaudant dans les rues, aux temples munificents et empreints de piété, aux encombrements des rues poussièreuses jonchées de déchets.
J’imagine un voyageur lointain venant en
France et se faisant une idée du pays à travers
Paris et tes arrondissements de l’île de la Cité. Tout voyage devrait être l’occasion je le pense, d’une nécessaire interrogation sur soi-même et de ses propres représentations du monde. Tout en gardant le plaisir si précieux de la découverte, de l’échange, de l’émerveillement, du questionnement ou au contraire en acceptant la déception voire le rejet...
Le soleil tape de plus en plus fort en ce début d’après-midi. Nous décidons, d’un coup de tuk-tuk d’aller visiter le
Palais de Mattancherry appelé aussi le
Palais hollandais.
Au XVIe siècle, les Portugais, avaient habilement offert cette belle demeure princière au Raja de
Cochin en échange de fructueuses concessions commerciales. Puis les Hollandais nouveaux maitres temporaires des lieux, l’avaient rénovée et embellie.
La visite est assez rapide, mais le coup d’œil sur la chambre royale et ses peintures murales du XVIIe siècle est emballant. Des fresques décrivant des scènes du
Ramayana, à dominante de bleu, et auxquelles on ne comprend rien faute des bons codes bien évidemment. Mais ce qui m’interpelle le plus, sont ces sourires des dieux et déesses toujours présents, et si prégnants.
Pas de jugement de valeur inversé, mais je suis impressionné par cette volonté des artistes indiens de vouloir donner une image toujours souriante de leurs dieux à l’inverse du notre, trop souvent représenté en souffrance.
Nous rentrons à la maison. Au débarcadère du bac, plus grand monde. Pas de tuk-tuk. Petite angoisse le temps de trouver un véhicule plus important, hybride entre le rickshaw et le taxi. « You know la Dame Rouge ? Chérai Beach ? Marco ? ». Nom magique, Marco, il connaît. A 20 bornes du lieu tout de même !
Retour tranquille à la guesthouse pour un diner franco-indien à base de gambas marinées dans du citron et des épices, préparé par Thanga. Jusqu’à ce jour, Nathalie, Bruno et Kate en sont témoins, les meilleures de toute notre vie !!!
Demain, retour à
Kochi encore, qui ne nous a pas tout dit...